II. MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE
Le conduit auditif externe est un canal de forme ovale,
(1) Grœfe uiid Walther, Jounu M. 19. 4. r>. 631-38.
à la structure duquel concourent la peau du carti'age , et une portion du temporal. Il est situé entre l'apophyse articulaire de la mâchoire inférieure et l'apophyse mastoïde, commence au bord antérieur de la conque de l'oreille et s'étend dans une longueur de 1 1/4 à 1 1/2 pouce d'abord un peu en avant , puis en haut et en arrière et enfin en bas et en avant jusqu'àlamembrane du tympan qui le ferme et le sépare complètement de la caisse du tambour. La paroi inférieure est de 1-2 lignes plus longue que la supérieure. Ce canal est entièrement recouvert par l'épiderme qui s'amincit toujours davantage en s'avançant vers la membrane du tympan qu'elle recouvre cependant encore d'une couche très-fine. Sous l'épiderme se trouve le derme qui est couvert de poils courts et roides à l'endroit où il pénètre dans le méat auditif. Il contient dans le reste de son étendue jusqu'à une ligne à une ligne et demie de la membrane du tympan, un grand nombre de petites glandes qui sécrètent le cérumen. Ce dernier se rend à la surface du conduit par de petits canaux efiférents non ramifiés. Buchanan(l) compte de mille à deux mille de ces glandules , dont la plus grande partie est située au milieu de la paroi supérieure du méat. Un tissu cellulaire assez serré et rare dans lequel il ne s'accumule jamais de graisse, lie le derme au cartilage et au tissu osseux sous-jacent.
La courbure que le conduit auditif décrit , met sa base et la niembrane du tympan dans une position telle qu'avec la largeur naturelle de ce canal, elles ne deviennent toutes deux bien visibles que lorsqu'on y introduit un rayon solaire bien vif et qu'on tire fortement l'oreille en haut et en dehors pendant qu'on écarte le tragus et qu'on Incline beaucoup la tête sur le côté opposé.
(1) Physiol, itlustr. of tlie org.of hear. p. 18.
DES MALADIES DE l'oREILLE. 83
Ces manœuvres suffisent aussi longtemps que le canal et la membrane du tympan sont sains ; mais dès qu'il s'y est fait des changements morbides, on a besoin d'un instrument particulier pour effacer la courbure genouilléedu méat auditif, le redresser et pouvoir introduire sans peine jusqu'au fond un rayon de lumière solaire ou artificielle.
Fabrice de Hilden (1), donna le premier un instrument de cette espèce sous le nom de spéculum auris ; mais les branches ont une forme pyramidale qui en gêne beaucoup l'introduction. Depuis Hilden, on ne mentionne plus nulle part cet instrument indispensable aux médecins qui traitent les maladies de l'oreille, et il n'y a pas jusqu'à ïtard , Saissy et Deleau qui l'oublient. J. Frank (2) est le seul auteur qui parle d'un spéculum de l'oreille ; mais il ne le décrit pas.Wright (3) rejette comme inapplicables les spéculum à trois branches qui paraissent être en usage en Angleterre (4), vante son propre instrument et oublie de le décrire. Nous avons aussi vu des spéculum dont le bout inférieur avait une forme ovale , ce qui est tout à fait contraire à son but ; d'autres avaient des branches qui s'ouvraient au moyen d'une vis ; cela en ralentit l'application et contrarie la liberté des mouvements.
Notre spéculum qui a subi l'épreuve d'une longue pratique, est un entonnoir de métal , long d'un pouce cinq lignes , et divisé en deux branches sur sa longueur ; le bout inférieur est cylindrique et a une ligne de diamètre et sept lignes de longueur; de sorte qu'on peut facilement l'introduire dans le conduit auditif, lors même qu'il est plus étroit qu'à l'ordinaire (v. fig. 1, pi. 1). Les
(1) Opéra omnîa, 1646. p. 7,
(2) Praxeos med. univ. prœc. il. vol. 1. s. 2. b. p. 886.
(3) On the imriet. ofdeafn. p. 35. sqq. On nervous deafnes\
(4) An account of inventa etc. by J. Weist. 1831. p. 80.
deux moitiés de l'entonnoir sont unies à angle droit vers leur bord supérieur à deux branches à tenailles, jointes par un ressort. Une pression faite sur ces branches écarte les deux moitiés de l'entonnoir qui par sa grande ouverture donne un espace plus convenable aux rayons solaires, à l'oEril et aux instruments du médecin que ne le fait l'ii!strument de Hildcn. La paroi interne de l'entonnoir doit être peinte ou dépolie ; une surface polie réfléchirait les rayons lumineux et rendrait l'examen beaucoup plus difficile. Pour en faire usage, on place le malade près d'une fenêtre sur une chaise, l'oreille souffrante tournée du côté de la lumière qui doit être vive ; de la main gauche on tire fortement le pavillon en haut. On fait en tout cas ouvrir la bouche au malade pour mettre le conduit auditif j
à l'abri de la pression de l'articulation de la mâchoire in- *
férieure et on introduit le bout cylindrique du spéculum fermé aussi profondément que le permettent la largeur et la sensibilité du méat ou que le but de l'examen le demande. En pressant avec les doigts sur les branches de l'instrument , on l'ouvre aussi largement que le conduit le permet. Le médecin peut alors y introduire les rayons solaires en inclinant convenablement la tête et il lui restera cependant assez d'espace pour bien explorer le canal auditif et la membrane du tympan. Aucune lumière artificielle ne peut remplacer l'éclat du soleil , et l'on doit toujours avoir recours à ce dernier dans les cas importants, par exemple, dans les opérations faites près de la membrane tympanique.
Malgré l'inutilité des essais qu'on a faits pour trouver le moyen de remplacer les rayons solaires dont on ne peut toujours disposer, on n'a cessé de les renouveler. On est au moins parvenu à pouvoir examiner par un temps sombre les lésions faciles à reconnaître. Cleland (1) re-
(t) Philo . liansact. vo!. 41. part. !i^ p. 848.
commanda d'abord à celle fin un verre convcs.e, ayant trois pouces de diamètre et muni d'un manche; il plaçait une bougie allumée derrière ce verre : cet appareil est grossier et inapplicable. Bozzini (1) s'arrêta à la bougie comme moyen d'éclairage et ne chercha qu'à en augmenter l'action en plaçant derrière elle un miroir concave; mais il n'atteignit pas le but. Deleau (2) recommanda plus tard un appareil qui consistait en deux miroirs concaves et une bougie placée entre eux ; mais la lumière qu'il donne est trop faible. Buchanan f3) tomba dans la même faute : une bougie n'envoie en effet, qu'un petit nombre de faibles rayons sur le miroir concave, de sorte que ce dernier ne peut pas réfléchir beaucoup de lumière et les deux verres doubles-convexes de l'appareil de Buchanan ne peuvent pas en concentrer davantage. Nous avons cherché à écarter autant que possible tous ces inconvénients dans l'appareil que nous allons décrire (v. fig. 2, pi. 1) : la pièce principale est une lampe d'Argand avec une forte mèche cylindrique dont le réservoir à huile se trouve derrière la caisse qu'on va décrire; cette caisse enferblanc, noircie à l'intérieur pour écarter toute réflexion de la lumière, entoure complètement la flamme de la lampe et en laisse proéminer le cylindre de verre à travers une ouverture du couvercle. Dans la paroi intérieure et postérieure de la caisse se trouve un miroir concave poli , qui est placé à une distance convenable de la lampe et derrière elle, tandis que dans la paroi antérieure est vissé un tuyau en ferblanc noirci à l'intérieur et long de 14 pouces; à ses deux bouts sont placés des verres doublesconvexes ayant 2 1/2 pouces de diamètre. La lampe d'Ars
(1) Der Licht.eter, 1807.
(2) Annales de l'.ndmtric j 1823, l. Xil, p. 157. sqq.
(3) Iliusir. ofucoKSl, swg. 1825.
gand envoie ses nombreux rayons lumineux sur le miroir concave , qui les rejette sur le premier verre convexe et les conduit à travers le tuyau et le deuxièm^e verre convexe, de manière qu'à une distance très-convenable pour l'éclairage du conduit auditif, ils se réunissent en un point lumineux très-vif, qui a la largeur d'une pièce de 2 groschen. Qu'on se serve delà lumière solairc/ou artificielle pour explorer le conduit auditif, on doit toujours avoir recours au spéculum dans les cas importants, surtout si on veut achever tout à fait l'examen avec les yeux et ne pas recourir comme Curtis , Itard , Wright, etc., à la sonde qui ne donne pas de diagnostic précis et peut nuire par suite de la grande délicatesse et de la sensibilité de la membrane du tympan.
Buchanan ( 1 ) , après avoir exagéré l'importance du pavillon de l'oreille, n'en agit pas mieux avec le méat auditif; il y trouve des rapports auxquels il donne tout à fait arbitrairement une influence particulière sur l'audition. Ainsi il nomme sa paroi inférieure la depressional curve et la regarde comme indispensable pour écarter la confusion dans les ondes sonores, quand l'ouverture du conduit cartilagineux a une grande largeur. Il donne à l'enduit naturel de cérumen qui couvre le canal auditif le nom de ceruminous tabular circle , et dit qu'en rétrécissant le méat il réunit les sons, adoucit et rend mélodieuse leur rudesse par sa qualité chimique, etc. Lorsque le cérumen manque , les sons entrent , selon lui , irrégulièrement dans le conduit auditif , chacun d'eux est réfléchi par ses parois sèches sous un angle particulier et produit par là de la confusion dans la manière dont l'oreille les perçoit. Il croit (2) par conséquent qu'une sécrétion parfaite
(1) Phj'S. illuslr. of Ihe org. of hear. p. 5. sqq.
(2) Tbid. p. 70.
du cérumen sous la forme de ceruminous tabular circle, est un signe certain de la santé de tout l'organe. L'expérience contredit cette dernière opinion de la manière la plus évidente; il arrive souvent qu'avec une sécrétion parfaitement normale du cérumen , l'oreille moyenne ou interne est atteinte de maladies importantes qui endommagent beaucoup l'ouïe. Les vues que Buchanan donne sur la depressional curve et sur l'utilité du tabular ceruminous circle sont de vaines théories qu'on ne peut pas mieux démontrer que réfuter. La pommade (1) trèscompliquée que cet auteur décrit ne peut d'ailleurs pas remplacer le cérumen lorsqu'il manque ou qu'il n'a pas la forme tubulée ; l'expérience ne nous en a jamais démontré l'utilité , quoique nous en ayons fait usage dans beaucoup de cas où elle était indiquée. Martin Coates (2) se trompe aussi évidemment en croyant que la sécheresse du canal auditif seule (dry ears) peut produire une surdité qu'il est possible de guérir au moyen de pommades introduites dans ce canal , du calomel donné à l'intérieur, etc. Des changements dans la qualité et la quantité du cérumen , sont ordinairement des symptômes d'autres maladies et n'ont aucune importance par eux-mêmes ; ce sont rarement des affections propres et alors même ils sont sans influence grave sur l'ouïe.
Les maladies du conduit auditif rentrent tout à fait dans la classe des aflFections inflammatoires ; mais elles ont rarement un caractère aigu ; et quand elles l'ont dans le principe , elles le changent facilement en une forme chronique. Ce conduit agit surtout comme organe sécrétoire durant l'enfance et la jeunesse ; les fluides qui y affluent , diminuent toujours avec l'âge : il est donc naturel que les maladies du canal cutané et cartilagineux se
(1) Phyg. iliuslr., etc., p. 47. sqq.
(2) ,Wfrf. Gazelle, 1834. fobr.
rencontrent surtout aux deux premières époques de la vie, tandis que l'âge moyen et la vieillesse sont en général plus sujets aux affections de l'oreille moyenne et interne.
Duverney (I) divisa les affections du conduit auditif :
t» En douleur d'oreille (provenant du cérumen devenu acre et de liquides irritants et salés sécrétés par les glandes de ce canal) ; 2° en inflammation avec formation d'abcès et d'ulcères ; 3» en obstruction ( produites par des abcès et des ulcérations ou par des corps étrangers, par du cérumen épaissi , etc. Cette classification est complètement arbitraire ; celle d'Itard (2) est tout aussi confuse; il classe ces affections de la manière suivante :
1° Otite catarrhale et purulente; 2° olorrhée muqueuse et purulente ( qui sont toutes les deux des maladies consécutives des précédentes) ; S» otalgie ; 4° vers et insectes dans l'oreille ; 5° imperforation et étroitesse congéniales du conduit auditif; 6» oblitération et rétrécissement accidentels du conduit auditif; 7° polypes du conduit auditif ; 8° engouement cérumineux du conduit auditif (^ ces trois dernières divisions seraient mieux placées immédiatement après l'otite externe catarrhale , parce qu'elles en sont des produits); 9° corps étrangers dans le conduit auditif (ceux-ci appartiennent à l'étiologie de l'otite externe, etc.).
Saissy passe' tout à fait sous silence les maladies de l'oreille externe, et Deleau (3) en a fait une classification complètement inapplicable qui mérite plutôt le nom de hachis , puisque de chaque symptôme isolé il fait une maladie particulière ; en voici un échantillon ; n" 8 étroitesse du conduit auditif; 19° dartres du conduit auditif; 20° inflammation du conduit auditif sans écoulement;
(l) Traité de Porg. de rouie, p. 1 15. sqq.
(.2) Traité, etc. tonj. \. p. 337.
(3) Tableau des ma!, qui enjendrcU /a surdité.
21" la même avec écoulement; 33° cpaississement des parois du conduit auditif, eic.
Saundcrs (1) remarque en peu de mots, sans donner de symptomatologie , que l'inflammation , la carie et les polypes peuvent se développer dans le conduit auditif. Wright et Curtis n'essaient pas de classification symptomatique et Buchanan (2) a tout à fait manqué la sienne. Nous avons donné plus haut notre opinion sur Beck ; Vcring a tout nouvellement mis dans un désordre complet tout ce qui se rapporte à cet objet.
Une observation attentive nous a appris que toutes les maladies du conduit auditif dépendent de l'inflammation de ses parties constituantes, et qu'elles se distinguent d'une manière très-caractéristique suivant que l'une ou l'autre de ces parties est affectée. Les lésions consécutives à ces inflammations ne doivent pas être considérées comme des maladies particulières; elles se rapportent naturellement à ce qui les a produites. D'après cela se distinguent réellement :
a.) L'inflammation érysipélateuse du conduit auditif.
Après des démangeaisons plus ou moins vives, des élancements, de la chaleur dans le conduit auditif, il s'y produit une rougeur superficielle sans tuméfaction , ni rétrécissement. Elle s'accompagne de douleurs déchirantes autour de l'oreille et à la tête, d'étourdissement , de bruits d'oreille de différente nature et d'une surdité plus ou moins intense. Apres quelques jours, il se détache des squames larges et minces , et il se développe à la suite de l'irritation concomitante du tissu glandulaire une sécrétion plus abondante de cérumen très-visqueux ,
(1) Theanat.^ etc., p. 43.
(2; Guide ta acr-itxt. surij,
dont la couleur S'arie du brun clair jusqu'au brun noirâtre ; ce fluide mêlé aux écailles s'attache très-fortement aux parois du conduit auditif et le bouche complètement. Lorsque l'engouement est modéré et que le fluide sécrété n'est pas devenu visqueux , la sécrétion s'arrête bientôt; le cérumen sèche , tombe par petits morceaux et délivre le malade de toutes ses souff'r.ances, ou bien tout en ne se détachant qu'en partie des parois du méat auditif, il permet au son de parvenir jusqu'à la membrane du tympan et soulage beaucoup le malade. Mais s'il arrive que la nature du cérumen soit fort changée , sa propriété irritante augmente la sécrétion et l'engouement du conduit auriculaire. Elle ne change toutefois jamais jusqu'à produire un écoulement mucoso-purulent , et nous sommes porté à regarder comme une exception le seul cas où nous avons trouvé une ulcération du canal auditif sous l'enduit cérumineux. Après la disparition de cet engouement il se montre souvent à la membrane du tympan une rougeur qui disparaît bientôt d'elle-même et qui n'est probablement qu'une suite de l'action irritante du cérumen sur cette pellicule délicate. Ce n'est que dans la vieillesse que ce liquide sécrétoire , après avoir séjourné pendant plusieurs années dans l'oreille , se change en concrétions calcaires qu'on ne peut faire disparaître que difficilement et en causant beaucoup de douleur au malade. Dans cette maladie, le conduit auditif est en général très-sensible aux attouchements et saigne facilement ; le malade sent que son oreille est comme pleinô et bouchée ; il lui semble quelquefois qu'elle est couverte d'un voile. Cette sensibilité existe même quand le malade ne remarque pas les légers symptômes d'irritation inflammatoire que nous venons de décrire.
Le mal se développe ordinairement vite et se rattache à une cause déterminée , comme à un refroidissement , à un bain pris avec imprudence, etc. Chez d'autres malades
il paraît se former lentement ; les symptômes augmentent visiblement en plus ou moins de temps , soit d'une manière isolée, soit ensemble; leur marche est continue ou bien lorsqu'elle offre des interruptions sensibles, le soulagement qui en résuite ne tarde pas à être suivi d'un redoublement du mal. Le cérumen s'accumule également dans l'une et l'autre oreille. On ne doit jamais établir le diagnostic d'après les symptômes subjectifs ; il faut toujours avoir recours à l'inspection oculaire : de cette manière il est si facile, qu'on doit s'étonner de la négligence que les médecins y mettent. Ce sont malheureusement les malades qui en souffrent ; leur affection , si aisée à détruire , reste sans guérison par suite de l'inattention du médecin traitant ; c'est en effet dans le bas-ventre, et Dieu sait où encore qu'on va chercher la source d'un mal qu'on traite par conséquent au moyen des remèdes les plus inutiles. Il n'y a que quelques jours que nous en avons encore eu un exemple : le conseiller intime de justice Be-wiz eut , il y a quatre ans , après une aspersion froide de la tête, des serrements et de la surdité surtout à l'oreille droite ; ces symptômes étaient accompagnés de bourdonnements et d'étourdissements de ce côté de la tête; dans le cours de ces quatre années le malade fut longuement et abondamment traité au moyen des can- Iharides, des fomentations et des remèdes internes; on l'envoya jusqu'à Tœplitz et à Warmbrunn ; on le soumit même à un traitement homœopathique : tout cela sans le moindre soulagement , et ce qui est plus remarquable , sans qu'on s'avisât d'examiner une seule fois l'oreille affectée. Nous le délivrâmes en une demi-heure de toutes ses souffrances , après que nous eûmes découvert dans les deux oreilles beaucoup de cérumen visqueux et que nous l'eûmes enlevé au moyen de simples injections d'eau chaude.
Chez la plupart des malades, on n'a qu'à tirer le pavillon
de l'oreille en haut et en arrière, et à tourner le conduit auditif vers le soleil pour voir de suite la masse brillante et d'un noir brunâtre qui bouche ce canal ; si elle se trouve très-profondément , on ne manquera pas de la découvrir à l'aide du spéculum. C'est à tort qu'on a attribué cet engouement cérumineux à la négligence et à la malpropreté des malades ; c'est un produit morbide qu'ils ne peuvent pas enlever eux-mêmes, parce que le conduit auditif déjà très-sensible par sa nature, le devient encore davantage par l'inflammation érysipéiateuse et ne supporte pas le moindre attouchement, même dans sa partie antérieure. On se trompe aussi en croyant que le cérumen s'attache aux poils fins qui se trouvent dans le conduit auditif, sans que ce dernier soit malade d'ailleurs; et en supposant qu'il ne peut alors plus s'écouler spontanément, et qu'il provoque les phénomènes inflammatoires en se corrompant ; c'est par suite de cette erreur qu'on pense que cet engouement se présente le plus souvent chez les vieillards. L'expérience démontre évidemment l'opinion contraire; chez les vieillards des deux sexes, chez qui les petits poils du canal auditif sont roides et serrés , il y a très-fréquemment absence complète de cérumen. L'engouement se fait d'ailleurs beaucoup plus souvent au fond du conduit qu'à son entrée où les poils se trouvent exclusivement , et ceux-ci sont bien plus rarement mêlés au cérumen visqueux que les lamelles de l'épiderme. Cette supposition perd toute valeur quand on observe que ce n'est pas seulement chez les enfants que l'engouement cérumineux se présente le plus souvent , mais encore qu'il se développe en très-peu de temps et succède ordinairement à un refroidissement. Il est d'ailleurs accompagné de signes si évidents d'irritation du méat auditif, qu'il ne peut pas y avoir le moindre doute sur la justesse de notre opinion qui place la source de cette sécrétion dans une inflammation de la peau. Le
refroidissement est , comme nous l'avons dit , la cause principale de cette maladie dont les récidives ne sont pas si fréquentes qu'on pourrait le penser.
Le pronostic est toujours trè^-favorable, dès que c'est lin médecin attentif qui traite le malade ; celui-ci peut alors goûter la joie de voir son ouïe , souvent affaiblie depuis de longues années, se guérir avec une promptitude inopinée. On ne doit toutefois pas oublier que l'engouement cérumineux peut être compliqué d'une surdité nerveuse, et qu'alors sa disparition n'exerce souvent pas la moindre influence sur la dycésie , les bourdonnements, etc. : le mal plus profond du nerf acoustique n'en conserve pas moins toute son intensité. On a inutilement compliqué le traitement sûr et simple qui convient à cette affection. Lentin (!) veut qu'on place la tête du malade sur une table, qu'on remplisse le conduit auditif d'un liquide tiède, qu'on introduise la canule dans ce liquide et qu'on vide seulement alors la seringue. Selon lui, cette manœuvre est agréable au malade, et communique à la membrane du tympan et aux osselets, etc.^ ini mouvement qui leur est salutaire. Lorsqu'il y a du cérumen durci , Lentin compose ses injections avec trois onces de thé de mercuriale ou de saponaire, auquel il ajoute un drachme de bile de veau et 15 à 20 gouttes de lait d'ammoniaque. Buchanan (2) décrit longuement la manière dont on doit s'y prendre pour bien faire les injections et pour empêcher l'eau de s'écouler des conduits auditifs. Soins superflus ! l'eau s'écoule malgré la grosseur de la canule , détache le cérumen et l'entraîne avec elle. On ne doit pas craindre qu'un jet d'eau lancé par une bonne seringue à oreille puisse blesser la membrane du tympan ; 1 injection n'agit pas sur elle, mais sur le
(l) Beitràgez. ausiib. Arznehv. ii. 135, {2} li/usi'r- of acousl. surg. p. 19.
cérumen durci. Les petites seringues qu'on emploie ordinairement , sont mauvaises ; elles contiennent trop peu de liquide et ont une csy^iule trop longue. Celle dont nous nous servons, a une longueur de deux pouces, et contient une once et demie de liquide. La canule a trois quarts de pouce et est pourvue d'une grande ouverture pour qu'elle puisse donner un fort jet d'eau. A sa partie supérieure se trouve une large rouelle ou deux forts anneaux pour servir de point d'appui au doigt indicateur et au médius de la main droite, lorsque le pouce de la même main presse sur le piston. De cette manière on peut avec la main gauche tirer le pavillon de l'oreille en haut et en arrière et se passer d'aide; on ne doit, en effet, pas craindre de pousser la petite canule trop avant dans le conduit auditif. Pour la propreté, on tient la tête du malade au-dessus d'une aiguière où on laisse s'écouler l'eau de l'injection. Il est très-rarement nécessaire de faire précéder les injections d'instillations d'huile d'amandes douces pour ramollir le cérumen ; de l'eau tiède produit le même effet , quoiqu'on soit quelquefois forcé de répéter plus souvent les injections. Tout autre liquide est complètement superflu; nous n'avons jamais vu d'engouement cérumineux que l'on n'aurait pas pu enlever par ce moyen dans l'espace d'une demi-heure. Immédiatement après les injections , toutes les souffrances cessent; le malade se sent la tête légère ; les bourdonnements , la surdité sont enlevés comme par un pouvoir magique ; on doit toutefois avoir soin d'examiner encore le conduit auditif avec le spéculum ; si on trouve ses parois très-rouges, on emploie avec succès des instillations de gr. j d'acétate de plomb dans gj d'eau ; à ce moyen on ajoute avec avantage dans les cas rebelles la pommade stibiée appliquée derrière l'oreille. Alors la rougeur disparaît toujours en très-peu de temps. Si on trouve une ulcération dans le conduit auditif , on ne doit la toucher
qu'avec la teinture de myrrhe, le laudanum, etc., pour la guérir d'une manière certaine. Les observations que nous avons ajoutées pour éclaircir ce^te maladie , paraîtront peut-être trop nombreuses; mais elles serviront h faire voir jusqu'à quel point on néglige l'exploration de l'oreille affectée au grand préjudice du malade, quoique tout médecin devrait être familier avec cette opération ; nous avons en même temps pour but de montrer comment des surdités très-intenses en apparence dépendent d'une maladie si facile à guérir. Il est en effet honteux que des malades restent pendant des années avec un bouchon de cérumen dans les oreilles et soient même déclarés incurables parce qu'on préfère prendre conseil de spéculations théoriques plutôt que de j eter les yeux sur ce qui est exposé à tous les regards.