OBSERVATION IV
Madame BUrckner, âgée de 54 ans, très-bien nourrie, était sourde depuis qu'à l'âge de 16 ans elle avait eu la variole. La maladie siégeait d'abord dans l'oreille gauche; dans la suite elle s'étendit aussi à la droite. Elle était accompagnée de bourdonnements, de tuméfaction du pavillon et d'un écoulement puriforme des deux oreilles. La malade avait employé successivement les bains de vapeur russes , des fomentations aromatiques , des instillations d'eau de Cologne, l'huile de Cajeput, les eaux de Warmbrunn et de Carlsbad , l'électricité et une foule d'autres moyens : pendant ce temps le mal empira considérablement. Nous trouvâmes les deux oreilles d'un rouge foncé , tuméfiées , couvertes d'écaillés sèches entremêlées de pustules purulentes et rongeantes qui occupaient aussi les parties cutanées voisines. Le méat auditif était d'un rouge foncé et tellement tuméfié qu'on ne pouvait y introduire qu'une très-petite plume de corbeau; il sécrétait un fluide peu épais , d'une couleur jaune-verdâtre. La malade était de plus tourmentée par un bruit semblable à une forte chute d'eau qui l'empêchait souvent de dormir ; l'ouïe était si faible que la malade n'entendait qu'à peine notre montre quand nous l'appliquions contre l'oreille. La patiente fut d'abord mise à une diète sévère et fortement purgée par l'aloès ; on introduisit de l'éponge
préparée dans le conduit auditif; mais elle y produisit beaucoup de douleur et du saignement. Ce fut seulement après que les méats auditifs eurent été cautérisés pendant quatre semaines avec la pierre infernale et que l'éponge eût été enduite de pommade de zinc, que la tuméfaction disparut de l'oreille ; en même temps l'écoulement diminua , l'éruption se perdit et l'on put cesser la cautérisation. On continua seulement l'emploi de l'éponge enduite de pommade, la diète et les purgatifs. Deux mois après , tous les phénomènes morbides avaient disparu excepté de légers bourdonnements et une grande surdité : leur durée dépendait d'une lésion de la membrane du tympan qu'on put reconnaître comme un mal incurable après la dilatation du conduit auditif.
c.) Furoncle du pavillon de l'oreille.
II se forme sur une portion limitée du pavillon une tumeur plus ou moins rouge; le développement en est accompagné de douleurs piquantes, contondantes et déchirantes et d'une chaleur considérable. Son volume varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'une noisette; dans ce dernier cas la rougeur, la tension et la tuméfaction s'étendent bien au delà du foyer de la maladie et s'accompagnent de légers mouvements fébriles et de perte du sommeil. Cette inflammation se développe le plus généralement dans la conque de l'oreille, à l'entrée du méat auditif, dans le scapha, dans la cavité innominée, en général partout où le tissu cellulaire , si rare dans cette partie , est le plus abondant. Après que la tumeur est restée stationnaire pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines , elle s'étend davantage ; il s'y montre de la fluctuation qui se réduit à un point jaune et mou dans les petites tumeurs. Peu après il s'en écoule un pus mêlé de stries sanguines et il s'ensuit instanta-
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nénicnt un grand soulagemciît auquel succède bientôt la disparition complète de tous les pliénomèncs morbides. Les plus grandes tumeurs laissent après elles une élévation tuberculeuse et ridée qui dure pendant quelques mois. L'ouïe souffre d'autant moins que la tumeur inflammatoire est moins étcnJue et d'autant plus qu'elle rétrécit davantage le conduit auditif.
Cette maladie siège évidemment dans le tissu cellulaire sous-cutané et se termine toujours par la suppuration ; deux points qui la distinguent clairement des deux autres affections inflammatoires du pavillon de l'oreille. On n'a pas encore trouvé de causes déterminées de cette maladie ; le docteur Bird (1) croit l'avoir surtout observée chez les individus dont le moral était affecté ; cela dépend probablement d'une coïncidence accidentelle de circonstances inconnues. En voyant l'origine du mal si obscure, on est fort tenté d'en attribuer la cause principale au refroidis- •sement. Le pronostic en est toujours très-favorab'.e ; elle ne laisse pas d'accidents après elle, et n'est gênante que jusqu'à ce que le pus se soit écoulé.
Le but principal du traitement doit être d'accélérer la formation du pus ; car il n'y a pas d'autre terminaison à espérer. Nous la favorisons par des cataplasmes émollients continués jusqu'à ce que la tumeur s'amollisse. Si elle ne s'ouvre pas alors d'elle-même, on doit la vider au moyen d'une piqûre ou d'une incision , si elle est plus étendue. De légers purgatifs diminuent les phénomènes fébriles; ces derniers n'exigent d'ailleurs pas qu'on emploie un plus grand appareil thérapeutique.