‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 27 sur 72 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

M. Wiesecke avait souffert, depuis son enfance, de bourdonnements, de surdité et d'un écoulement puriforme aux deux oreilles. Un chirurgien enleva du conduit auditif droit un polype très-visible ; mais il y laissa un autre polype large qui était caché dans la profondeur du canal. Il crut reconnaître dans les vertiges, le trouble du sommeil, les nausées, etc., dont le malade continuait à se plaindre , les signes précurseurs d'une apoplexie , qu'il se mit à traiter par la saignée , les purgatifs , une diète sévère, etc. ; le tout en vain : le malade ne pouvait plus quitter le lit. Nous trouvâmes, dans l'oreille droite , un gros polype sphérique , qu'on put détruire en partie par les ciseaux et réduire peu à peu à l'état d'un petit bouton, au moyen delà pierre infernale. Les vertiges disparurent avec le polype et un régime fortifiant rétablit bientôt les forces épuisées du malade. On ne pouvait plus toucher la racine polypeuse avec la pierre infernale ; elle y produisait chaque fois de violentes douleurs et il se développait en même temps des tintements d'oreille si intenses , qu'on dut remplacer ce caustique par l'acétate de plomb : celui-ci dessécha complètement cette racine. Les bourdonnements et l'écoulement avaient d'ailleurs diminué en même temps que l'excroissance. Deux petits polypes qui s'étaient développés sur la membrane du tympan , du côté gauche , furent aussi détruits par le caustique. Toutefois, l'ouïe ne s'améliora pas : cela tenait à un épaississement considérable de la membrane du tympan , qui accompagne ordinairement les excroissances polypeuses du conduit auditif.

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Alexandre B. , âgé de 3 ans, garçon très-sain, eut,

à l'âge de deux ans , sur le dos, une éruptiou pustuleuse qui se guérit d'elle-même ; comme le régime du petit malade était trop nourrissant, cette affection eut pour suite un écoulement de l'oreille droite. Des vapeurs émollicntes , des injections adoucissantes et des instillations d'huile irritante ne produisirent aucuu effet entre les mains d'autres médecins ; mais les bains salins amendèrent l'odeur de l'écoulement et en diminuèrent la quantité. Il se développa plus tard, derrière l'oreille, une éruption qui se couvrit de grosses croûtes ; elle n'exerça aucune influence sur la maladie de l'oreille, quoiqu'elle produisit une sécrétion abondante pendant plus d'une demi-année. Nous examinâmes le conduit auditif vers cette époque et nous le trouvâmes rempli d'un liquide muqueux , jaune-verdâtre et fétide ; la peau de ce canal était tellement tuméfiée qu'on ne pouvait y introduire qu'une sonde très-mince L'écoulement était irritant et produisait des excoriations sur le pavillon de l'oreille et sur la joue. On ne put déterminer la portée de l'ouïe à cause de la jeunesse du malade ; l'oreille gauche était parfaitement saine. On mit le malade à une diète sévère et on le purgea au moyen du calomel. L'oreille fut bien nettoyée, et cette opération suffit pour faire tarir la suppuration qui existait derrière cet organe , sans servir de dérivation à la maladie réelle. On remplaça heureusement cette suppuration spontanée par une dérivation produite au moyen de pommade stibiée appliquée sous Tapophyse mastoïde ; ce remède , auquel on ajouta des injections d'une légère solution de sulfate de zinc , suffit pour guérir tout à fait l'écoulement au bout de deux mois. Le conduit auditif reprit sa largeur et sa couleur naturelles ; mais la membrane du tympan resta blanche et opaque , et on peut se réjouir de voir aujourd'hui . trois ans après la guérison , le petit malade entendre de l'oreille droite notre montre à la distauvc de six piods.

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c. L'inflammation du tissu cellulaire du conduit auditif. ( Inflammation phlegmoneuse. )

Le malade sent dans le conduit auditif des douleurs qui sont d'abord légères, mais qui deviennent bientôt plus violentes, tensives et déchirantes ; ces douleurs s'étendent à la moitié de la tête et même à tout le crâne, et augmentent à chaque mouvement de la mâchoire ; il se développe en même temps un état fébrile qui redouble le soir, produit beaucoup de chaleur pendant la nuit et trouble le sommeil du malade. Le conduit auditif est tuméfié, rouge , fermé à une très-petite ouverture près ; il secrète un liquide ténu , rougeâtre , mucoso-lymphalique , et est très-sensible aux attouchements ; il semble au malade qu'il a un bouchon dans l'oreille. De violents bourdonnements et une surdité considérable ne manquent jamais de se joindre à ce cortège de symptômes. Lorsque le foyer de Tinflammation est très-borné , on voit ordinairement , dans la moitié antérieure du conduit auditif, une élévation de la grosseur d'un pois, sans rougeur apparente , mais avec beaucoup de tension , de chaleur , de bourdonnements et de surdité. Cette tumeur persévère et les symptômes augmentent jusqu'à ce qu'à son sommet apparaisse un point jaune et mou qui s'ouvre et laisse écouler un peu de pus jaunâtre : cet écoulement est suivi d'une grande rémission de tous les phénomènes morbides. Il n'y a pas de fièvre générale quand l'inflammation est ainsi limitée, ou bien s'il en existe , ce n'est que chez des personnes très-sensibles.

Les changements visibles qui se font dans ce cas au conduit auditif, se répètent delà même manière quand le foyer de la maladie est plus étendu ; mais ils se soustraient à l'observation , parce que la tuméfaction de la peau de ce conduit s'étend jusqu'à son embouchure et la ferme en totalité ou en partie.

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Lorsqu'après avoir duré pendant quelques jours , la tension douloureuse de l'oreille et les autres symptômes ont atteint leur dernière limite , on voit tout à coup un pus épais, jaune et strié de sang, s'écouler de l'oreille, et toutes les souffrances du malade s'amendent. Cet écoulement dure quelque temps, diminue de jour en jour, surtout si on le combat d'une manière convenable; alors le conduit auditif reprend peu à peu sa largeur naturelle, l'ouverture d'où le pus s'écoulait, se ferme, la membrane du tympan paraît blancbe et opaque et les bourdonnements disparaissent complètement ; mais la surdité ne se perd qu'en partie, ou , si elle se perd, ce n'est que pour peu de temps ; en peu de mots , la scène change tellement que le malade oublie bientôt les souffrances qu'il a endurées.

Il est indubitable qu'on a affaire dans ce cas à une inflammation phlegmoneuse du tissu cellulaire du conduit auditif ( comme on le voit le plus souvent dans les deux tiers antérieurs de ce canal ) Celte phlogose passe ici, comme partout ailleurs , à la suppuration et peut produire , non-seulement de violentes douleurs , mais même des symptômes fébriles très-intenses , quoiqu'elle soit peu étendue et forcément limitée par le défaut d'extensibilité des parties voisines. Dans les cas les plus légers, la maladie suit le cours des petits furoncles avec lesquels elle a la plus grande ressemblance extérieure ; la suppuration qui la termine toujours , la distingue évidemment de l'inflammation delà peau, qui n'a jamais cette terminaison ; elle ne se distingue pas moins clairement de l'inflammation du périoste du conduit auditif, par son cours rapide et par l'absence d'un point carié au fond du foyer inflammatoire.

On pourrait croire qu'il est facile de confondre cette inflammation avec la phlogose de l'oreille interne qui se développe au milieu d'un cortège de symptômes tout

aussi violents ; mais cette dernière n'attaque jamais le conduit auditif, au moins dans le principe.

Les auteurs ont en général confondu cette inflammation phlegmoneuse avec le catarrhe léger de la tunique glandulaire , et l'ont décrite, sans distinction déterminée, sous la dénomination d'otite externe. Itard ( I ) lui-même, qui reconnaît une otite externe purulente , ne comprend pas sous ce nom la maladie dont il s'agit ici , mais deux états morbides qui diffèrent complètement entre eux et qui ne sont pas ce que leur nom exprime. D'abord , il y fait entrer la suppuration superficielle qui se produit dans le canal auditif sous forme de croûtes , quand l'érysipèle vésicnleux de la face ou d'autres éruptions purulentes envahissent ce méat ; puis il y ajoute la sécrétion purulente qui d'un os carié s'y écoule par une ouverture fisluleuse ; d'un côté ainsi une inflammation de la peau, de l'autre une phlogose du périoste ; mais rien du tissu cellulaire. Il est assez singulier que l'une des observations qu'Itard publie, donne une image parfaite de l'inflammation phlegmoneuse telle que nous venons de la décrire ; on sent qu'elle ne s'accorde pas avec sa division de l'otite externe et que cette dernière contredit ainsi à la fois la nature et sa propre théorie.

Krukenberg décrit l'inflammation de l'oreille de manière qu'on ne peut pas supposer qu'il ait eu une connaissance exacte de la maladie dont il s'agit ici. La durée ordinaire est de trois à sept jours ; elle se termine toujours par la suppuration , quand même on parvient à calmer de bonne heure la plus grande violence de l'inflammation au moyen de sangsues et d'autres remèdes appropriés. C'est une des maladies les plus rares , nonseulement du conduit, mais même de toute l'oreille. Elle provient toujours d'un refroidissement, qu'elle se

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développe dans les deux oreilles à la fois ou seulement dans l'un de ces organes ; elle prend surtout naissance quand la tête se trouve exposée à un courant d'air froid pendant qu'elle est en pleine transpiration.

Le pronostic est favorable malgré la violence des symptômes ; il y a toujours suppuration ; le pus s'écoule ordinairement dans la cavité du méat auditif et l'écoulement ne tarde pas à tarir , même sans que le malade prenne de grandes précautions; mais l'ouïe est souvent endommagée , parce que cette affection produit facilement l'épaississement de la membrane du tympan. On ne doit craindre la carie du conduit osseux , que lorsqu'une cause discrasique bien évidente favorise l'extension de la phlogose au périoste.

Le but principal de la thérapeutique doit être de hâler la suppuration : la nature se débarrasse toujours ellemême du pus en le faisant écouler spontanément par le conduit auditif. Lorsque l'inflammation est très bornée, nfcompagnée de symptômes locaux très-modérés et sans fièvre, il suffit d'employer des cataplasmes émoUients de gruau , de farine de lin , etc. , jusqu'à ce que la petite tumeur s'ouvre ; mais quand la phlogose s'étend à la plus grande partie du méat auditif , lorsqu'elle s'accompagne de douleurs intolérables, de fièvre, etc. , il est toujours nécessaire d'avoir recours, sinon à une saignée, du moins à une application de huit à douze sangsues autour de l'oreille ; on doit entretenir l'écoulement du sang jusqu'à ce qu'il y ait une rémission notable des symptômes ; après cela on couvre sans cesse l'oreille de cataplasmes émolUents et on y instille de l'huile d'amandes chaude jusqu'à ce que l'abcès s'ouvre , ce qui se reconnaît facilement à la diminution subite des phénomènes morbides. On n'abandonne toutefois pas les cataplasmes avant que toute tension douloureuse ait disparu : dans 1 entretemps , l'ouverture de l'abcès se ferme ordinaire-

ment d'elle-même, si on a eu soin d'enlever le pus qui s'en écoule, au moyen de lotions ou de légères injections d'eau chaude. Il faut réduire , pendant toute la maladie , la nourriture du patient aux aliments les plus aqueux et les plus simples, et le purger tous les jours avec des remèdes salins, pour écarter les congestions qui pourraient survenir. Celte affection ne laisse jamais de traces après elle et ne demande pas de traitement ultérieur. Lorsqu'il y a une lésion concomitante de la membrane du tympan , on la traite par les moyens que nous indiquerons plus loin.

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