‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 28 sur 72 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

BI. le Dr C. M. , d'une constitution robuste , ressentit, le l^^ avril, sans cause déterminée, des douleurs modérées dans l'oreille droite ; il n'y fit plus attention , quoiqu'elles ne cessassent pas les jours suivants; mais bientôt elles s'accompagnèrent de bourdonnements et d'un écoulement séroso-sanguinolent; elles augmentèrent tellement le 6 du même mois que le malade , en proie aux souffrances les plus déchirantes , passa sans dormir trois nuits consécutives. 11 eut en même temps une fièvre violente , quoiqu'on eut employé un grand nombre de sangsues, de vésicatoires et des injections émollientes. Le pavillon de l'oreille était tuméfié et très- sensible aux attouchements , et le conduit auditif si rétréci qu'on ne pouvait plus songer à l'examiner. Nous fîmes appliquer des cataplasmes émoliients sur l'oreille, y verser de i'huile d amandes douces et insister fortement sur les purgatifs. La tuméfaction et les douleurs du pavillon cédèrent bientôt à ces moyens , et les souffrances du conduit auditif diminuèrent au point que vingt-quatre heures après leur emploi le malade dormit tranquillement. Nous trouvâmes le jour suivant beaucoup de pus épais et ca-

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sécux dans le conduit ; la sortie de ce liquide avait produit l'affaissement de la tumeur ; nous n'osâmes pas enlever la matière purulente au moyen des injections , de peur de provoquer de nouvelles douleurs, et nous ne pûmes par conséquent rien dire de l'état futur de la membrane du tympan. Le malade n'entendait plus du tout notre montre de cette oreille ; on doit toutefois faire remarquer que , depuis longtemps , l'ouïe y était trèsdure. Le 12, après plusieurs courses que le malade fit en ville, il y eut de nouveau de grandes douleurs dans l'oreille et perte de sommeil ; ces symptômes ne disparurent que le 14 , après l'application continuelle de cataplasmes. On eut le tort de couvrir , quelques jours après, l'oreille avec un sachet de fleurs de camomille ; les souffrances se renouvelèrent ; mais elles disparurent encore dès qu'on eut remplacé le sachet par un linge simple. La suppuration cessa , le conduit auditif redevint libre et l'on trouva la membrane du tympan blanche et opaque. Le malade considéra la surdité qui continuait à l'affliger comme l'état habituel de son oreille avant le développement du phlegmon , et il ne voulut pas qu'on l'examinât davantage.

OISERVATION XXV.

M. Sch... , âgé de 20 ans, d'une constitution trèsrobuste, sortit, pendant le nuit du 12 août, d'une chambre bien chauiïée et marcha sans coiffure dans la rue; il dormit bien ; mais le 13 il ressentit des douleurs dans les deux oreilles avec des bourdonnements et des élancements douloureux dans la tête. La nuit du 14 fut très-troublée , fiévreuse , et le malade y ressentit des douleurs si violentes , qu'il se plaça lui-même douze sangsues à chaque oreille ; celle du côté droit fut complètement délivrée et il ne resta dans l'autre qu'une douleur piquante au fond du conduit auditif. Cette douleur exis-

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tait encore le 16 ; elle était surtout très-sensible quand le malade mâchait à vide ; il lui semblait avoir un bouchon dans l'oreille. Il y avait en outre des bourdonnements continuels , une grande surdité , du malaise , un mauvais goût et une langue chargée. Un vomitif enleva la complication gastrique, mais n'exerça aucune influencesur les souffrances de l'organe auditif. Les purgatifs n'y firent pas davantage : le conduit auditif était tout à fait fermé. On appliqua alors des cataplasmes émollients sur l'oreille gauche ; quoique les phénomènes morbides augmentassent par l'emploi de ce moyen , on en continua néanmoins l'application jusqu'au 20, époque oii il s'écoula tout à coup du canal auditif un pus épais et strié de sang. La tumeur s'affaissa , la pression , les bourdonnements et tous les autres symptômes disparurent; la membrane du tympan était blanche , mais transparente. La suppuration tarit au bout de peu de temps , et huit jours après l'ouverture de l'abcès , le malade entendait tout aussi bien de l'oreille gauche que de la droite.

4° L'inflammation du périoste du conduit auditif.

{Inflammation métastalique. )

On remarque, dans la cavité du conduit auditif , un point rouge légèrement tuméfié , sans que le malade se plaigne de douleurs. Ce point s'ouvre après un certain temps et il reste une ouverture dont il s'écoule en assez grande quantité un pus fétide , sale et brunâtre. La surdité concomitante s'améliore beaucoup chaque fois qu'on enlève du conduit la matière purulente qui s'y est rassemblée. La sonde découvre , au fond de l'ouverture fistuleuse , une surface raboteuse , soit du canal osseux seul, soit de ce dernier et de l'apophyse mastoïde dont le périoste a aussi été envahi par l'infiammation. Dans le cours de la maladie, ces parties osseuses rejettent des

esquilles de différente grandeur qui s'approchent de l'ouverture fistuleuse du conduit auditif, sont entraînées par le pus ou se laissent facilement enlever au moyen d'une petite pince. Lorsque les portions nécrosées ont disparu par suite d'une exfoliation visible ou latente et que la dyscrasie qui entretenait la carie a cédé aux efforts de la nature ou de l'art , le mal local se guérit sans grande difficulté. L'aclivité de la nature peut même, dans ce cas, être si grande et prendre une direction si vicieuse, que dans l'étendue de plusieurs lignes le conduit auditif peut s'oblitérer , arrêter la sécrétion cérumineuse et produire ainsi une surdité très-considérable.

Cette maladie commence évidemment dans le périoste du canal auditif; on ne peut cependant nier qu'elle ne puisse aussi succéder à une carie du rocher et de l'apophyse mastoïde. Aucun auteur , pas même Itard (1 ) , n'a décrit la carie primitive du conduit Ce dernier médecin n'en parle pas à l'article otorrhée purulente idiopathique et symptomatique, où il traite de la carie des cellules mastoïdiennes et du rocher , et où il ne dit qu'accessoirement que le canal osseux peut prendre part à l'affection de ces parties ; il n'en parle pas davantage à l'article surdité par métastase. Comme il n'a d'ailleurs jamais examiné le conduit auditif dans les cas de ce genre, les observations qu'il publie sont sans valeur pratique.

Le diagnostic se fonde toujours sur l'exploration faite avec la sonde ; quand on l'introduit par l'ouverture fistuleuse, elle rencontre la surface du canal osseux qui paraît comme vermoulue ( wùrmstichig). La peau du conduit auditif et la membrane du tympan sont d'ailleurs saines , si elles ne sont pas accidentellement affectées de maladies qui leur soient propres.

(1) TiaiU jC\c. t. 1. 1>. 207. (jq. t. ii. [.. 379.

Le cours de cette affection est chronique au plus haut degré ; il se passe plusieurs années avant qu'un développement puissant du corps ou un traitement convenable aient mis un terme à l'exfoliation ainsi qu'à la suppuration et cicatrisé l'ouverture fistuleuse.

Les scrofules prédisposent surtout à la carie du canal osseux ; nous n'avons pas d'expériences concluantes pour décider si la syphilis et la goutte ont aussi quelque influence sur cette affection.

La cause occasionnelle la plus puissante nous a paru résider dans le trouble du cours naturel de la scarlatine et de la rougeole ; la variole exerce une influence peut-être plus nuisible encore.

Le pronostic est toujours fâcheux quoique le jeune âge où cette inflammation se présente ordinairement, offre plus de chances à une issue favorable , par suite de la période de développement qui la suivra, que toute autre époque de la vie où cette période est déjà passée. Si l'on parvient à amender considérablement la maladie scrofuleuse , les parties cariées ne manqueront pas de s'exfolier et l'écoulement de l'oreille guérira sans peine. Lorsqu'il y a une oblitération du conduit auditif, on doit poser son pronostic d'une manière très-douteuse ; car on ne peut pas prévoir jusqu'à quelle profondeur cette oblitération s'étend dans ce canal, ni quelles complications il peut y exister. Dans les cas les plus favorables , il est diflScile , non pas d'ouvrir les parties oblitérées , mais de les tenir ouvertes.

Le traitement doit être dirigé d'après le principe dyscrasique du mal et se borner localement aux soins de propreté, jusqu'à ce que la source de la maladie soit tarie ou diminuée. S'il se présente une esquille à l'ouverture fistuleuse, il faut l'enlever au moyen d'une pince ; il est rare que l'ouverture doive être élargie. Nous ne pouvons approuver ceux qui emploient des teintures irri-

tantes pour hâter l'exfoliation et nous devons nous borner à répéter que Krukenberg assure avoir vu des suites heureuses de l'usage interne de l'acide phosphorique uni à l'asa-fœtida.

Lorsque l'os s'est exfolié, l'ouverture fistuleuse se guérit sans que l'art ait besoin d'intervenir; nous supposons toujours que le principe général de la maladie a disparu. On doit ouvrir l'oblitération du conduit auditif pour pouvoir juger de sa profondeur et de l'importance de l'état morbide. L'instrument qui convient le mieux dans ce cas , c'est un trois-quarts semblable à celui qu'on emploie pour la ponction de l'hydrocèle. On le pousse au centre de la partie oblitérée , en suivant la direction du conduit auditif jusqu'à ce que tout obstacle cesse ; c est là le signe qui indique qu'on est au delà du point oblitéré. On élargit alors l'ouverture en y faisant une incision cruciale au moyen d'un bistouri droit, boutonné et étroit ou avec un petit couteau mousse et tranchant sur toute son étendue. Lorsque l'oblitération est très-étroite et formée par la peau seule , on peut retrancher les petits lambeaux que l'incision a produits et guérir la plaie en la touchant avec la pierre infernale. Cela devient beaucoup plus difficile aussitôt que la partie oblitérée est longue de plusieurs lignes et a une structure cartilagineuse. Les plaies qu'on a faites sont très-sensibles aux attouchements, et nous n'avons pas encore pu parvenir à les préserver d'une nouvelle oblitération en y introduisant des cordes à boyau , même quand on oignait cellesci avec de la pommade de plomb ou de zinc. On obtient encore le plus souvent ce résultat, en les touchant avec la pierre infernale, qu'on peut porter sur toute la longueur de l'oblitération, au moyen d'un porte-caustique très-mince. L'éponge préparée est encore moins applicable que les cordes à boyau ; le gonflement qu'elle subit la fait sortir de la plaie, et celle-ci en supporte plus

difficilement la présence que celle des cordes. S'il se trouve encore des esquilles au delà du point oblitéré , l'écoulement recommence dès qu'on a enlevé cet obstacle, et il ne se guérit qu'après la sortie de ces portions nécrosées. L'ouïe reste encore faible après la cicatrisation des plaies , soit parce que le conduit auditif n'a pas repris sa forme primitive après l'opération , soit parce que la membrane du tympan est épaissie ; ces deux circonstances exercent en effet une influence incalculable sur l'ouïe.

Il nous est impossible de publier ici des observations complètes ; aucun des malades que nous avons traités n'a encore eu la patience d'attendre la fin d'un traitement qui devait naturellement traîner en longueur.

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