II. MOYENS GÉNÉRAUX
Les remèdes qui en changeant l'activité de tout l'organisme, doivent réagir sur les maladies de l'oreille, laissent, à peu d'exception près, attendre en vain cette réaction bienfaisante. Cela s'explique naturellement quand on considère qu'il n'afflue que peu de liquides à cet organe et que les liaisons que le nerf acoustique a avec le reste du système nerveux, sont insignifiantes. L'anostomose Pe Jacobson (1) ne donne des filets qu'à la muqueuse de la caisse du tambour et les deux nerfs anastomotiques découverts par Varrentrap s'appliquent seulement au nerf acoustique pour aller présider aux fonctions organiques dans le labyrinthe. Or comme les vaisseaux et les nerfs sont les intermédiaires des réactions sympathiques et antagonistes, ou ne doit en attendre qu'une influence trèslégère sur l'oreille L'expérience confirme complètement ces vues théoriques : les affections de l'oreille qui pro^
(1) MuiLFR; Physiologie, 1. 2. p. 768-749.
DES MALADIES DE l'OREILLE. 57
viennent d'une maladie générale (par exemple, un catarrhe de la caisse du tambour produit par une affection catarrhale des voies respiratoires) ne cèdent que très-rarement aux moyens généraux les plus puissants, quand même ceux-ci guérissent la maladie principale. Les remèdes locaux les font au contraire disparaître très-vite, quand on les applique convenablement. Aussi ne doit-on avoir recours aux traitements généraux que lorsqu'une indication bien évidente le réclame.
1. Les bains russes doivent être mis en première ligne parmi les moyens généraux qui n'ont aucune action sur l'organe auditif. Ils n'ont jamais produit dans aucune maladie de l'oreille, je ne dis pas une guérison réelle, mais même un léger soulagement ; et cependant on les prescrit tous les jours contre toute espèce de surdité. Nous avons même vu naguère un médecin très-estimé ordonner des bains russes à un jeune homme qui avait une occlusion complète des deux conduits auditifs ; il avait oublié d'examiner l'organe souffrant 1
2. Les bains de mer sont tout aussi fréquemment employés dans les maladies de l'oreille que les bains russes; ils sont cependant beaucoup plus nuisibles que ces derniers ; ces bains augmentent toujours les bourdonnements et la surdité ; ils les provoquent même souvent quand ils n'existent pas. Les médecins des eaux trouvent facilement des consolations pour leurs pauvres malades et ils ne sont pas en général aussi francs que le docteur Sachse il) qui déclare que l'eau de mer diminue évidemment la force de l'ouïe. Les bains chauds, sulfureux, ferrugineux, etc., nuisent toujours aux maladies de l'oreille quand ils provoquent une grande chaleur ou une congestion à la tête.
(1) Med. Beob. wid Berner K. i. Bd. p. 213.
On ne doit les conseiller que lorsqu'ils sont indiqués par une affection générale concomitante.
3. La surdité nerveuse n'est que rarement combattue par les émétiques ; elle ne l'est jamais avec succès. Ces médicaments peuvent enlever un engouement récent de l'embouchure de la trompe d'Eustache ; mais cette maladie légère disparaît souvent spontanément; ils peuvent même soulager le malade, quand l'engouement occupe à la fois la trompe et la caisse du tambour : guérir, jamais.
4. Depuis Hippocrate on a tant recommandé les purgatifs contre la surdité qu'un sourd sort rarement des mains d'un médecin sans être purgé d'importance. On ne doit conseiller ces médicaments que comme moyens adjuvants dans les inflammations aiguës et chroniques de l'oreille ; ils sont toujours nuisibles dans la surdité nerveuse : il est on ne peut plus ridicule de vouloir guérir les bourdonnements au moyen de purgatifs. L'aloès recommandé par Vering (1), ne peut convenir que dans les cas rares oii des convalescents de fièvre gastrique souffrent d'une surdité qui ne tarde jamais à disparaître d'elle-même.
5. Il est heureux qu'on n'ait en général recours à la saignée que lorsque les maladies de l'oreille sont inflammatoires ou fébriles ou quand il existe une pléthore générale chez le malade ; la phlébotomie nuit toujours dans la surdité nerveuse ; elle augmente presque toujours les bourdonnements et quand elle les diminue ou les fait disparaître, c'est qu'elle a affaibli tout à coup l'activité vitale du nerf acoustique ; alors la surdité concomitante s'accroît infailliblement.
6. Nous ne voulons que mentionner la salivation, la faim et les frictions que les empiriques les plus grossiers
(I) Aphorismen^ 1. c. p. 40.
ont quelquefois employées pour remédier à de prétendues exostoses, etc., de l'organe auditif. Ces moyens ne sont pas plus efficaces que la décoction de Zittmann qu'on administre si souvent en désespoir de cause.
7. Enfin dans ces derniers temps on a prôné (1) l'arnica comme le spécifique de la paralysie du nerf auditif produite par une métastase rhumatismale. 11 suffit de dire que cette spécificité repose sur un fait incomplet et mal observé, pour en montrer toute la futilité.
Nous venons de combattre dans cette revue critique la plupart des traitements qu'on oppose ordinairement aux maladies de l'oreille ; mais on ne doit pas s'en autoriser pour croire que nous voulons considérer ces afi'eclions comme étant tout à fait isolées et sans liaison avec celles du reste de l'organisme ; nous protestons formellement contre une telle explication ; nous sommes au contraire persuadé que dans toutes les maladies de l'oreille et surtout dans celles de longue durée, il faut régler avec soin l'état général du malade d'après les principes de la thérapeutique générale et spéciale ; on ne doit toutefois pas avoir en vue d'améliorer par cette voie la souffrance deVorgane auditif : on se tromperait décompte; ce qu'on doit se proposer par là, c'est de préparer le fondement sur lequel on établit le traitement particulier de la maladie de l'oreille.
Le plus grand nombre des affections de cette partie sont simples et ne s'accompagnent pas de maladies générales qui aient une liaison intime avec elles, elles ne peuvent par conséquent être guéries que par une médication bien adaptée à chaque état morbide particulier qui ne peut naturellement être reconnu qu'après un examen attentif de
(1) Mea, Zietung des f'ereim fuv Heilk. in Preussen. 1833. Aug. 1 i\
l'organe de l'audition. C'est donc cette exploration locale qui est surtout nécessaire au patient qu'on va soumettre à un traitement ; sans cet examen on expose à l'aveugle hasard la guérison d'une surdité. Parmi une foule d'exemples nous ne voulons en citer qu'un seul qui démontrera à l'évidence que sans les recherches locales les maladies de l'oreille prennent souvent un caractère incurable qu'on aurait pu facilement écarter, si on les avait reconnues et traitées à propos.
Parmi 300 affections de l'oreille nous trouvâmes 35 inflammations chroniques de la membrane du tympan ; dans 28 de ces dernières cette membrane était en partie détruite et cependant les médecins qui avaient traité ces malades , ne s'étaient seulement pas doutés de l'état morbide de cette tunique délicate ; ils avaient employé des remèdes qui devaient encore l'augmenter. Si on avait reconnu à temps l'inflammation chronique de cette membrane par l'inspection oculaire, on aurait certainement pu en éviter la perforation, c'est-à-dire une lésion incurable et inaccessible à toutes les tentatives de l'art; alors ces malades n'auraient pas été victimes de l'inattention ou de l'ignorance de leurs médecins.
Nous ne devons pas nous laisser induire en erreur sur cette opinion en lisant que Curtis ( 1 ) dont nous aurons assez souvent à mentionner l'ignorance et l'empirisme grossier, a traité dans le dispensaire des maladies de l'oreille de Londres 8782 sourds et qu'il en a complètement guéri 3780,, soulagé 2497 et laissé sans amélioration seulement 2505 : ces données ne sont pas plus dignes de croyance que les écrits de Wright ; les résultats brillants de la pratique de ce dernier paraîtront tout à fait indignes de confiance, si
(1) A clinîcal report of the royal dispensarx for Ihe dis. o[ the car, 1830.
l'on considère seulement qu'il assure (1) que les gargarismes sont tout aussi actifs dans les maladies de la trompe d'Eustache et de la caisse du tambour que les injections. Nous devons par conséquent attendre des renseignements plus dignes de foi avant de croire que sur 1500 affections de l'oreille, Wright en ait guéri 496, soulagé considérablement 380 et amendé en partie 290, tandis que des restants, il y en avait encore 210 qui continuaient ou avaient interrompu le traitement et qu'il n'en avait abandonné que 1 24 comme incurables; nous mettons en regard de ces résultats incroyables un tableau où nous avons classé avec soin 300 maladies de l'oreille d'après la différence de l'état morbide et le rapport des résultats thérapeutiques ; nous avons mis en tête les malades chez lesquels l'examen le plus attentif de l'organe souffrant ne laissait pas espérer la moindre amélioration et qui n'ont par conséquent été soumis à aucun traitement ; après ceux-ci viennent ceux qui ont été guéris, soulagés, abandonnés; enfin nous avons encore donné le rapport de la fréquence des affections de l'oreille externe, moyenne et interne ; on y verra combien les maladies du nerf acoustique l'emportent à cet égard sur les autres.
(1) Piain adi^ice for ail classes of deaf perso mt^ etc. 1826. p. 111.
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