OBSERVATION XLVI
jVieiie Stéphan s'attira, par un fort refroidissement, en novembre 1833, de vives douleurs dans l'oreille gauche et une surdité double. Peu de temps après , il s'établit à
l'oreille gauche un écoulement légèrement fétide, accompagné de bourdonnements modérés et souvent interrompus; on employa sans succès les cantharides , les sangsues, de légères injections, etc. Quelques semaines après le développement de la maladie , nous trouvâmes à droite le conduit auditif sain , la membrane du tympan transparente , la trompe d'Eustache bouchée et la portée de l'ouïe de deux pouces; à gauche, le conduit auditif rétréci , et rempli d'un liquide très-fluide , jaunâtre et inodore ; la membrane du tympan était d'un rouge pâle, et perforée de manière que l'air expiré en sortait en sifflant ; cependant la portée de l'ouïe y était encore de huit pouces. Il y avait aux deux oreilles des bourdonnements assez forts, semblables à un coup de vent. Le pharynx et le voile du palais étaient rouges et indolents.
En soufflant fortement et à différentes reprises, l'air entre enfin dans la caisse du tambour de l'oreille droite en produisant un gargouillement très-perceptible ; l'ouïe s'étendit immédiatement à 16 pouces; on ne put pas répéter assez souvent cette manœuvre parce que l'état inflammatoire du pharynx la rendait très-sensible à l'introduction de la sonde ; c'est pourquoi l'amélioration de l'ouïe ne se maintint pas et disparut après que de nouvelles mucosités se furent accumulées dans l'oreille.
Il fallut donc avant tout délivrer le pharynx de cet état inflammatoire chronique , et on n'y parvint ni par les sangsues , les vomitifs , les purgatifs , les gargarismes de toute espèce , ni par les bains russes. Ces derniers excitèrent même de violentes douleurs à l'intérieur et à l'extérieur de l'oreille gauche et parurent augmenter l'écoulement ; les douleurs devinrent à la fin si vives que la patiente pouvait à peine ouvrir assez largement la bouche pour qu'on pût y introduire le doigt; l'huile d'amandes chaudes , les cataplasmes de gruau et l'eau de Seidlitz amendèrent assez ces symptômes pour qu'on put
bientôt s'occuper de nouveau de l'état de la bouche. Mais toutes les tentatives qu'on fit avec l'iodine, les bains russes, les gargarismes alumineux, etc., échouèrent; le pharynx et le voile du palais restèrent extraordinairement rouges, tuméfiés et empirèrent toujours l'état de l'oreille. Nous parvînmes à la vérité à étendre, au moyen des insufflations et des douches d'air, la portée de l'ouïe de l'oreille droite jusqu'à huit pieds; mais cela n'aida à rien : peu de jours après cette amélioration se réduisit de nouveau à un pouce. La malade résolut alors d'employer la décoction de Zittmann ; elle en prit régulièrement pendant six semaines ; un jour elle entendit tout à coup un claquement dans l'oreille droite ; c'est-à-dire que l'air atmosphérique se fraya tout à coup un passage jusque dans la caisse du tambour. Après le traitement, la malade entendait notre montre à la distance de trente pieds ; et depuis son oreille a conservé cette portée. Il est probable que dans ce cas la décoction de Zittmann avait liquéfié le mucus visqueux assemblé dans l'oreille moyenne et l'avait ainsi disposéà une sortie volontaire qui s'annonça par le claquement susmentionné. L'irritation inflammatoire du pharynx et du voile du palais avait en même temps notablement diminué et n'agissait plus d'une manière préjudiciable sur la muqueuse de l'oreille moyenne. Le traitement de l'oreille gauche ne se rapporte pas à l'objet dont il s'agit