‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 5 sur 72 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'enfance et la jeunesse sont surtout sujettes aux affections de l'oreille externe ; à ces époques de la vie il y a une sécrétion plus abondante de cérumen jaune et fluide, ce qui annonce une plus grande aflfluence de liquides vers ces parties , et par suite une disposition plus intense aux maladies végétatives. Celles-ci se montrent alors sous les formes les plus variées : elles apparaissent tour à tour sous le masque d'inflammations, de sécrétions morbides, d'excroissances , etc., et se multiplient encore par la part que l'oreille externe prend aux irritations plus générales de la peau. La vieillesse n'exclut pas le développement des maladies de cette partie ; mais elle y est si peu prédisposée que ces affections ne se montrent à cet âge qu'à la suite des causes les plus puissantes. La plupart des lésions de cette nature qu'on observe chez les vieillards se sont formées pendant l'enfance ou la jeunesse ; elles.

peuvent , en effet , s'attacher à l'homme jusqu'à la fin de la vie : la nature ne parvient jamais à s'en défaire par elle-même.

g I. MALADIES DU PAVILLON DE l' OREILLE.

Le pavillon de l'oreille a été traité assez singulièrement par différents auteurs. Itard (1) lui refuse toute utilité, toute influence sur l'amélioration de l'ouïe chez l'homme comme chez les animaux, et dit que la perte en est complètement indifférente pour la fonction auditive ; Vcring (2) s'accorde tout à fait en ce point avec l'auteur français et s'appuie sur une observation publiée par le docteur Steinmetz (3) : il s'y agit d'un jeune garçon d'un an et demi qui, au lieu du pavillon, avait à droite trois élévations cutanées épaisses et mal unies et à gauche une espèce de lobule. Les conduits auditifs externes étaient complètement fermés par la peau et malgré tout cela cet enfant entendait très-clairement. Cette observation ne décide rien ; il est impossible de déterminer la finesse de l'ouïe chez un enfant si jeune, et Steinmetz n'a d'ailleurs pas dit par quel moyen il l'avait constatée. L'ouïe ne pouvait pas être parfaitement saine chez un enfant affecté d'une occlusion complète des conduits auditifs ; car ces derniers ont beaucoup d'influence sur l'audition. Itard se trompe comme Steinmetz en regardant l'ouïe comme très-bonne quand il y a, non pas une surdité complète , mais seulement une dycésie modérée qui peut exister même avec une occlusion des conduits auditifs.

(1) Traité f f. p. 131.

(2) Aphorismen , p. 6.

(3) Grœfe und Waither Journ.^ BJ. 19. I. p. 1 18. 1833.

îft TRAITÉ

Nous accordons que le pavillon n'est pas une partie asser importante de l'oreille pour que sa perte puisse ou doive entraîner une surdité complète ; mais nous sommes convaincu qu'elle est toujours suivie d'un affaiblissement plus ou moins perceptible de l'ouïe. Buchanan (1) retourne tout à fait l'opinion d'Itard et fait tellement dépendre la finesse de l'oreille du pavillon que la figure et l'angle d'insertion de cette partie ainsi que la forme et la profondeur de la conque lui paraissent des signes de pronostic suffisants pour en induire la curabilité ou l'incurabilité d'une surdité où les autres symptômes sont insignifiants. Selon Buchanan , pour bien recueillir les sons et les conduire dans le canal auditif, il faut que la conque soit large et profonde , la partie supérieure de l'hélix saillante, le scapha proéminent , le lobule dirigé en avant selon la diagonale et l'angle d'insertion du pavillon auriculaire entre 25-45 degrés; tout ce qui s'écarte de ces rapports normaux nuit à la finesse de l'ouïe, tandis que tout ce qui remédie à un tel écart , par exemple, le redressement du pavillon , etc., soulage la surdité. Les deux observations que Buchanan donne comme des preuves de son opinion, ne signifient rien. Le premier malade se coupa accidentellement dans le pavillon et on obtint en peu de jours la réunion de la plaie en plaçant derrière l'oreille un coussinet qui lui donna un angle de 45 degrés; après la guérison le malade entendait mieux de cette oreille que de l'autre qui ne formait avec la tête qu'un angle de 10 degrés. Malheureusement Buchanan ne dit pas si l'oreille blessée n'entendait pas mieux que l'autre avant de recevoir la blessure ; il ne précise pas la différence qu'il y avait entre la finesse de l'ouïe des deux

(1) Physfol. (llustr, of theorg. of fiear. p, 77. sqq.

oreilles et en oubliant d'examiner tout l'organe auditif, 11 ne décide pas si cette différence ne provenait pas de quelque autre anomalie de la plus mauvaise des deui oreilles. Chez le second malade , le pavillon formait un angle de 16 degrés; Buchanan lui en donna un de 45" au moyen d'un coussinet et il eut la joie de remarquer cinq minutes après ce changement de direction que le malade qui était très-sourd, entendait tout ce qu'on lui disait d'un ton de voix ordinaire. Cette cure miraculeuse (1) ne consistait évidemment que dans le soulagement momentané que tout sourd peut se donner en poussant le pavillon de l'oreille en avant avec la paume de la main et en recueillant ainsi un plus grand nombre d'ondes sonores.

Le même auteur a pris chez cent individus vivants , la mesure du diamètre longitudinal et horizontal du pavillon de l'oreille , de la conque, du conduit auditif externe et de l'angle d'insertion du pavillon. Les résultats en sont tout aussi insignifiants que ceux de ses deux observations. Il n'a d'ailleurs ni donné sa mesure de l'ouïe saine , ni examiné exactement l'organe auditif chez des individus qu'il donne comme sourds ; il n'a par conséquent pas le droit d'établir que le pavillon auriculaire , en s'écartant du rapport normal , est la seule cause ou au moins une des causes principales de la surdité concomitante. La vérité se trouve entre les deux extrêmes : le pavillon de l'oreille n'est pas indispensable ; raaii aussi il n'est pas tout à fait indifférent pour une bonne ouïe. Les fractures et les plaies de cette partie sont du domaine de la chirurgie ; les secondes doivent nécessairement être réunies au moyen de la suture et être maintenues dans cette réunion par des bandelettes agglutinatives ou par le coussinet recommandé par Buchanan.

a.) Inflammation érysipélateuse du pavillon de l'oreille.

Le pavillon de l'oreille éprouve une tension désagréable et douloureuse, prend une couleur rouge plus ou moins foncée et devient chaud, brillant, dur et sensible à l'attouchement; il se tuméfie tellement que les élévations et les enfoncements qui forment l'hélix et l'anthélix , sont à peine reconnaissables. Il apparaît assez souvent sur la tumeur des bulles transparentes remplies d'un liquide clair,qui sèchent bientôt sous la forme d'une croûte mince; en même temps on y voit beaucoup de petits points purulents qui sèchent après l'écoulement du pus et forment une incrustation qui recouvre tout le pavillon ; la tuméfaction s'étend toujours jusque dans le conduit auditif, en rétrécit considérablement le diamètre et en irritant les glandules sécrétoires, produit l'écoulement d'un cérumen sale et fluide ; ces symptômes sont toujours accompagnés d'une légère dycésie. Si la tuméfaction s'est développée à la suite d'un érysipèle de la face, elle s'étend peu à peu à travers le front d'une oreille à l'autre et les phénomènes morbides ont encore toute leur intensité dans celle-ci , quand celle qui a été atteinte la première , est délivrée de toute souffrance. Le malade a toujours plus ou moins de fièvre , la langue chargée et d'autres incommodités du côté du ventre. Après que ces symptômes ont duré trois ou quatre jours , ils cessent peu à peu ; là tension et la rougeur diminuent, la peau se ride et se couvre de squammes blanches , le conduit auditif devient libre , la sécrétion morbide et la surdité disparaissent ; mais l'oreille reste encore pendant quelques jours très-sensible à l'air et aux attouchements. Cette maladie ne produit jamais une suppuration plus profonde , même quand il se présente de fréquentes récidives ; une croûte large et mince est le produit le plus apparent de cette inflammation superficielle Cette affection est une suite de l'irritation me-

caniqne et chimique du pavillon de l'oreille ou même de la peau du conduit auditif aux souffrances duquel !o pavillon ne tarde pas à prendre part. L'insolation , la piqûre d'insectes venimeux, l'excitation produite par l'élcctricité ou le galvanisme, les blessures, les liquides irritants , spiritueux ( comme la teinture de castoréum) , les pommades qu'on introduit dans le conduit auditif, l'extension de l'érysipèle de la face, etc., appartiennent à ce genre de causes. Cette inflammation ne présente aucun danger; elle ne gêne que parla tension qu'elle produit et par la grande tendance qu'elle a à récidiver à la moindre occasion , surtout quand elle se rattache à des accès fréquents d'érysipèle de la face.

Le traitement doit être tout à fait négatif par rapport au mal local. On ne doit pas couvrir l'oreille, si le malade peut garder la chambre ; sinon , on la protège au moyen d'un linge léger contre l'accès immédiat des courants d'air froid. Les symptômes fébriles ou gastriques sont traités d'après les règles de la thérapeutique spéciale au moyen de vomitifs, etc. ; quand il s'écoule de l'oreille un fluide sécrétoire ténu , on doit la nettoyer avec soin avec de l'eau tiède : le liquide sécrété est rarement assez abondant pour que des injections soient nécessaires.

Nous indiquerons plus loin les moyens qu'on doit employer pour se défaire de la tuméfaction du tissu glandulaire du conduit auditif qui survit quelquefois à l'inflammation.

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