OBSERVATION I
Le 30 juin , un insecte piqua le cocher Schneider au lobule de l'oreille gauche, pendant qu'il traversait la bruyère sous les rayons d'un soleil ardent ; la nuit suivante le pavillon de cette oreille devint d'un rouge brunâtre et se tuméfia tellement que les élévations et les enfoncements de l'hélix , etc., étaient à peine reconnais-
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sables. Cette tumeur sèche , brillante , tendue , très-sensible aux attouchements, s'étendait déjà au premier juillet jusqu'à la joue gauche. L'ouïe n'en avait que peu souffert : les bourdonnements étaient très-légers ainsi que les symptômes fébriles. L'enduit de la langue , le goût amer de la bouche , etc., indiquaient un vomitif qui fit disparaître ces symptômes Le 2 juillet , apparurent à l'hélix et aux environs des bulles solitaires , transparentes et grosses comme un pois; un fluide sanguinolent s'écoulait du conduit auditif, et on voyait au lobule une petite tache noire, trace de la piqûre de l'insecte. L'oreille du malade commença à lui chanter légèrement ; mais la surdité était insignifiante ; la rougeur , la tuméfaction et la tension s'étendirent à travers la moitié gauche de la face jusqu'au cuir chevelu; la fièvre devint continue et la soif intense. On prescrivit le sel ammoniac en mixture avec le tartre stibié. Le 3 juillet, des selles abondantes eurent une influence bienfaisante sur l'état fébrile; la tuméfaction s'étendit cependant peu à peu vers la moitié droite de la figure; elle couvrait au 4 juillet tout le visage, le cou, la tête et fermait l'œil gauche. Il s'écoulait encore de l'oreille gauche une matière jaunâtre et sanguinolente, pendant que le pavillon devenait mou et indolent Les deux jours suivants , les mêmes symptômes se développèrent à l'œil droit et à l'oreille du même côté : celle du côté gauche était en complète desquamation. Le même phénomène eut lieu à l'oreille droite le 9 juillet, et la rougeur, la tuméfaction, la tension, les bourdonnements, la surdité et l'écoulement disparurent.
b.) Dégénérescence squirrheuse du pavillon de Voreille.
Cette maladie débute par des symptômes qui ressemblent beaucoup à ceux de l'inflammation érysipélateuse ; mais ils ont un cours beaucoup plus lent. Il se forme d'abord une tumeur d'un rouge vif et plus souvent d'un
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rouge obscur ; elle s'étend peu à peu à toute la surface du pavillon de l'oreille et en confond tellement les élévations et les enfoncements que cet organe n'est plus qu'une masse informe et bosselée. Le développement de cette tumeur est accompagné d'une douleur vive , brûlante , piquante ou déchirante. La dureté n'est jamais limitée à une partie de la tumeur et les douleurs se font généralement sentir d'une manière uniforme dans toute son étendue. Il s'élève sur les parties rouges et tuméfiées de petites bulles qui ont souvent un aspect dartreux, sécrètent tantôt un liquide séreux , tantôt une lymphe un peu épaisse et sèchent sous forme de petites furfures, de lamelles minces où de croûtes plus épaisses. Si l'inflammation chronique s'étend encore davantage , 11 se produit même des excoriations et des abcès qui peuvent percer et détruire le pavillon de l'oreille. Dans la lèpre (1) occidentale, l'oreille grossit et se tuméfie en certains endroits, en d'autres au contraire et surtout au lobule , elle s'amincit et s'atrophie. Dans le cours de la maladie elle devient , au reste , toujours de plus en plus bosselée et informe , et devient ronde , surtout quand le lobule a disparu. Les tubercules de l'oreille s'ulcèrent facilement. Les douleurs vives et brûlantes qui accompagnent cet état inflammatoire chronique, troublent souvent le sommeil du patient; elles ne se lient que rarement à des affections fébriles qui sont toujours symptomatiques. Le conduit auditif souflfre ordinairement des mêmes phénomènes inflammatoires , si même comme il arrive souvent , ils n'ont pas pris naissance dans ce conduit pour s'étendre de là au pavillon. Dans ce cas , il existe toujours un degré considérable de surdité.
Le siège de cette affection se trouve dans la peau ; son cours beaucoup plus lent , la distingue de l'inflammation
(1) Hensler^ vont Abend<\ aussatze y p. 137. J47,
du pavillon doiil nous venons de parler. Elle diffère aussi de la maladie suivante soit par la tuméfaction qui occupe tout le pavillon , soit par la tendance qu'elle a de passer à une suppuration de mauvais caractère qui manque tout à fait dans l'autre affection, et y est remplacée par une suppuration réelle du tissu cellulaire. Cette maladie est de très-longue durée; elle se forme lentement pendant des années et s'étend toujours, si on se borne à en attendre la guérison de la force médicatrice de la nature qui est tout à fait impuissante ici.
Ce sont en général les maladies cutanées de nature dartreuse ou lépreuse qui, en s'étendant au pavillon, y produisent la dégénérescence squirrheuse. La malpropreté , les frottements , la surabondance des humeurs , une nourriture malsaine et irritante , etc., en favorisent le développement ultérieur. Le pronostic est très-défavorable ; on doit s'attendre à trouver la maladie très-rebelle au traitement; le plus souvent elle a déjà duré pendant des années , avant que le malade invoque les secours de l'art ; elle affecte d'ailleurs un organe qui n'a qu'une médiocre vitalité.
On doit d'abord chercher à faire disparaître l'affection générale de la peau qui a produit la maladie de l'oreille en la traitant d'après les règles de la thérapeutique spéciale : la guérison de l'une entraînera probablement celle de l'autre. Les bains sulfureux et la décoction de Zittmann se distingueront toujours ici parmi les moyens les plus actifs. Le traitement local demande une grande propreté ; il faut surtout protéger la peau voisine contre la sécrétion de sérosité ou de lymphe irritante ; on met en même temps le malade à une diète sévère et maigre ; on produit par de forts purgatifs une dérivation puissante sur le canal intestinal , on seconde ces moyens en établissant une suppuration abondante sur l'apophyse mastoïde du côté malade au moyen de la pommade stibiée et
l'on voit bientôt cette dernière exercer son influence bienfaisante en diminuant la douleur , la chaleur et la rougeur de la partie affectée Une pommade de zinc simple convient le mieux au pansement des excoriations et des ulcérations du pavillon. Nous n'avons jamais eu besoin d'employer d'autres moyens que ceux que nous venons d'indiquer ; les bains russes n'ont jamais, que nous sachions, produit le moindre soulagement; leur action violente augmente au coiitraire presque toujours la maladie. Lorsque la dégénérescence a atteint un degré si élevé qu'on ne puisse plus espérer de ramener le pavillon à l'état normal , il ne faut pas tarder d'enlever avec le couteau toutes les parties dégénérées ; on doit avoir soin de faire les incisions dans les portions de la peau qui sont restées saines. Une suppuration artificielle qu'on entretient près de l'oreille au moyen de la pommade stibiée, plus tard un cautère fait au bras du côté malade , doivent écarter les suites fâcheuses que l'ablation rapide d'une partie ainsi dégénérée pourrait entraîner après elle.