‹ Traité des maladies de l'oreille (volume 2)Chapitre 67 sur 72 · DES CORNETS ACOUSTIQUES · texte numérisé non relu

DES CORNETS ACOUSTIQUES

Beaucoup de malades traitent les affections de ï'oreilie avec tant de négligence qu'ils ne demandent des secours que lorsque ceux-ci sont devenus impuissants ; il est d'ailleurs impossible d'administrer des secours convenables dans beaucoup de maladies organiques de l'oreille, quand même on s'y prend à temps; d'un autre côté, il n'est pas rare de voiries erreurs grossières des médecins rendre incurables des affections de cet organe qu'un traitement bien approprié aurait pu amender ou guérir ; enfin la vieillesse entraîne souvent après elle une faiblesse paralytique du nerf acoustique qu'on tenterait en vain de soulager : toutes ces circonstances réunies ont fait désirer qu'au moyen d'inventions mécaniques on put rendre à l'organe souffrant une vie que tous les efforts de l'art ne peuvent pas y rétablir.

Depuis des siècles on s'est fatigué à construire des machines de ce genre et malgré tous les raffinements qu'on y a mis , on n'a pas pu se rapprocher du but ; aussi serait-il inutile de décrire toutes ces machines acoustiques qui sont ou inapplicables ou inefficaces.

Il suffit de réunir celles qui se ressemblent sous des catégories particulières , afin de pouvoir les connaître et les juger avec plus de rapidité et de certitude.

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Tous les cornets acoustiques, quelle qu'en soit la forme ou la grandeur, sont ou de simples conducteurs dont la large embouchure recueille , rassemble et conduit le son à travers un canal simple et uni jusqu'à l'oreille malade ; ou bien ce sont des appareils faits de matériaux qui augmentent le son , mais qui le changent en même temps ; ces derniers peuvent aussi être construits de manière qu'Us recueillent le plus grand nombre d'ondes sonores qu'il est possible.

On a fait un grand nombre de machines très-différentes du second genre avec de l'or, de l'argent , du laiton , du cuivre, du fer blanc, de l'airain , des conques et d'autres matières semblables qui par leurs vibrations peuvent fortifier le son recueilli ; on aurait atteint le but qu'on se proposait, «i les sourds n'avaient surtout besoin que d'un son très-fort ; mais il n'en est rien : tous les malades de cette espèce et principalement ceux qui souffrent de bourdonnements, sont affectés d'une manière très-désagréable par tous les sons forts et surtout par tous ceux qui sont très-vibrants ; une voix très-perçante leur est désagréable; il faut que le son soit clair, tranquille, et plein pour qu'ils puissent le recueillir d'une manière nette et facile , et comprendre le mot qu'on prononce. La force que les instruments acoustiques en métal , etc. , donnent au son, en détruit tout à fait la clarté ; et les efforts nécessaires pour débrouiller et comprendre les paroles qui ont un son trop élevé , surexcitent tellement le nerf auditif qu'il se précipite d'autant plus vite vers la paralysie. Cette surexcitation ne peut pas être évitée ; car il est impossible de construire les cornets acoustiques de manière que la force qu'ils donnent au son , s'accorde parfaitement avec l'excitation que chaque oreille exige ou peut supporter ; cette précision ne se trouve que dans le rapport des lunettes avec la faiblesse des yeux.

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îtord ( i ) a en vain cherché à éviter les vibrations en tendant obliquement un diaphragme de baudruche dans le tuyau de ses cornets ; de cette manière le son perd de sa violence, mais la clarté n'en est pas assez grande pour que nous puissions nous louer de posséder un appareil qui soit meilleur que les autres.

On peut en dire autant du cornet de Dunker muni de son petit chaudron de métal ; le petit nombre de malades qui y trouvent le soulagement désiré , ne doivent pas oublier à quel danger ils exposent le nerf acoustique déjà aÉfaibli en se servant de cet instrument. Chaque fois qu'ils en ont fait usage, ils sentent de la gêne et de la tension dans tout l'organe auditif; ces phénomènes doivent être pour eux un avertissement aussi pressant que l'est la tension gênante que des lunettes trop fortes laissent dans l'œil. Le danger est un peu moins grand pour les malades dont l'affection ne dépend pas d'une faiblesse du nerf acoustique , mais d'une désorganisation de l'oreille externe ou moyenne.

Nous ne pouvons pas blâmer avec tant de sévérité l'usage des instruments acoustiques qui ne servent qu'à conduire et à concentrer le son ; parmi ces derniers le cornet pour lequel le pasteur Dunker (2) de Rathenow, a obtenu un brevet , peut servir de modèle : c'est un tuyau élastique simple qui est aminci à l'un des bouts pour conduire le son dans l'oreille , tandis que l'autre est pourvu d'un entonnoir en corne pour le recueillir ; la longueur et la mobilité de l'instrument facilitent la conversation des sourds j même avec des personnes éloignées, et il retient

(1) Traité^ ii. p. 88.

(2) Beschreibung uud Amvenctung der Tlùrm mit. biegs. Leiluvgf r, 1829. Ratlienati' Uei flrck.

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cependant si bien le son qu'une voii même très-basse r est plus claire que des paroles qu'on prononce tout près de l'oreille d'une voix plus élevée.

Ce cornet ne peut malheureusement servir qu'à entretenir une seule personne à la fois; et les malades qui sont réduits à ne pas pouvoir soutenir un entretien de cette espèce sont beaucoup plus rares que ceux qui ne peuvent prendre part à la conversation dans un cercle plus grand ; dans ce dernier cas ils ne peuvent retirer aucun secours ni de l'entonnoir, ni du petit chaudron en métal que Dunker ajoute à son tuyau acoustique, quoique chez quelques individus le deuxième appareil paraisse dans le principe satisfaire ce désir.

Il y a très-peu de malades qui puissent se décider à employer le conducteur simple, malgré son utilité ; il leur est trop gênant de prendre un instrument en main pour comprendre chaque mot qu'on leur dit.

Lorsque la surdité s'est accrue au point que le malade n'entend même plus une voix forte à travers le conducteur de Dunker, on pourrait alors, comme dernière ressource, essayer de conduire le son à travers les os de la tête. Il est peu utile dans ce cas de parler près de la tête du sourd après l'avoir bien rasée et frottée avec une pommade volatile; il est plus facile d'exécuter le conseil de Jorissen (l) ; cet auteur propose de mettre entre les dents du malade une tige en bois préparée d'une manière spéciale et de faire saisir l'autre bout par les dents de l'interlocuteur, de sorte que les paroles que ce dernier prononce, arrivent au nerf acoustique à travers le conducteur en bois , les dents et les os de la tête du sourd. Itard (2)

(1) Disserl, sist. nov. mcth. iUii. reûcl. and/enl. iîala* ,

(2) Traite ii. i>. 95.

a fait un double essai pour rendre cet instrument plus commode; d'un côté il a changé la tige en bois en un porte-voix, et de l'autre il a fait fendre la tige de Jorissen au bout que l'interlocuteur doit prendre dans la bouche, de manière que les deux branches forment un écartement de deux pouces et restent en contact avec ses dents quand il prononce les mots.

Itard ne paraît pas avoir lui-même appliqué ces modifications ; elles ne donnent d'ailleurs aucune facilité véritable aux communications verbales et l'usage en est très-incommode.

Le but le plus certain et le plus honorable pour le médecin est toujours : lo de faire en sorte que le malade cherche des secours à temps ; 2° et de lui donner tous ceux que sa maladie requiert ; de cette manière on sentira moins le manque de bons instruments acoustiques.

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