Charles P.., fut déclaré incurable
15. Benjamin Dubois (5) le fut aussi ; mais on l'instrui* sit, c'est-à-dire qu'on lui apprit à parler sans qu'il entendit.
C'est d'après des résultats aussi insignifiants que l'institut de France accorda (6) au docteur Deleau une somme annuelle de 6,000 francs pour instruire quatre sourds-
(1) Introd, à des rech, prat. p. 157. 159.
(2) Loc. ci/, p. 164.
(3) Loc. cU,\K 166. 167.
(4) Loc. Cit. p. 168.
(5) Lac et. p. 173.
((3) CF. IXELEAU, extrait d'un ouvrage inéd. etc. p. 34. i>olc î.
DES UALÂDI&S DE LOUEILLfi. ZQ'j
muets. On signale parmi ces derniers DussauU et Eugène Lecomte qui se distinguaient déjà en t826 par leur ouïe Une et la clarté de leur prononciation. Mais dans aucun des écrits publiés par Deleau jusqu'en 1834 on ne trouve plus rien sur le reste du traitement même de ces deux sourds-muets qui donnaient de si belles espérances ; aussi doit-»on s'étonner qu'un institut si justement renommé se , laisse induire en erreur par de vaines assurances sans en voir et même sans pouvoir en espérer le moindre résultat.
Après avoir examiné et épuisé tout ce qu'on a publié sur ces prétendues guérisons , nous pouvons décider que jusqu'à présent on n'a pas réellement guéri un seul sourdmuet, c'est-à-dire qu'on n'en a pas mis un seul en position de pouvoir au moyen de l'ouïe communiquer avec ses semblables sans obstacle et dans toutes les cir-^ constances, comme le fait un homme qui entend bien. Ainsi le problème si important pour toute l'humanité de savoir si la surdi-mutité est curable , n'est pas encore résolu pratiquement ; cela suffît pour qu'on puisse douter qu'il le soit jamais d'une manière affirmative et satisfaisante.
On s'expose aux plus grandes erreurs en jugeant de l'ouïe des sourds-muets d'après une montre ou tout autre bruit ; ils peuvent apprendre à lire et à parler dans la perfection sans qu'ils entendent un seul son ; de sorte que la seule mesure de leur guérison se trouve dans la facilité qu'ils ont à comprendre tout étranger sans le secours des yeux aussi parfaitement qu'un homme dont l'ouïe est bonne peut le faire dans des circonstances semblables.
Il est nécessaire de publier dans toute leur réalité décourageante les résultats négatifs qu'ont produits jusqu'à ce jour les tentatives faites pour guérir les sourds-muets, mais en théorie on doit regarder cette guérison comme
possible; en effet, si la surdité a été produite par des maladies organiques de l'oreille externe ou moyenne semblables à celles que nous avons décrites plus haut, pourquoi la guérison de ces maladies n'exercerait-elle pas une influence bienfaisante et décisive sur la surdité et par suite sur la mutité? Pourquoi ces malades ne pourraient-ils pas alors apprendre à parler d'aprèsla méthode ordinaire? Mais on sent que ces suppositions théoriques ne peuvent être admises que pouç autant qu'on admet en même temps que le nerf acoustique n'a pas reçu des atteintes incurables dans sa vitalité par la longue inactivité dans laquelle il a dormi ; dans cette hypothèse, on doit surtout admettre que les maladies organiques de l'oreille externe et moyenne ne sont pas seulement des affections apparentes qui masquent la maladie dynamique du nerf acoustique et la laissent apparaître dans toute son incurabilité après qu'elles ont été guéries.