IMFLAMM. DE LA PEAU DU CONDUIT AUDITIF EXTEBME
parut très rouge. On voyait au milieu du tympan une ligne d'un rouge très vif, indiquant Tinsertion du manche da marteau. Les injections terminées, la maladie fut guérie aussitôt, le malade neut plus de soufirances, Fouïe reprit sa finesse , et au bout de quelques jours la rougeur du tympan disparut d'elle-même.
Observation IX. — M. Schrœder, mattre cordier de Landsberg, âgé de quarante-neuf ans, tourmenté depuis plusieurs années par des douleurs rhumatismales dans les reins et les hanches, éprouve de plus un bourdonnement continuel dans Foreille gauche seulement. Ma montre est entendue du côté droit à i o centimètres , et seulement à I centimètre du côté gauche. On avait appliqué des vésicatoires derrière Foreille gauche, et la surdité avait paru augmenter d'intensité. La maladie était considérée comme rhumatismale, et on la croyait incurable. Je découvris de prime abord que les méats étaient remplis de cérumen noir; je Tenlevaii au moyen d'injections répétées, et en moins d'une demi- heure je fis cesser une surdité et des bourdonnements qui duraient depuis une dizaine d années. Ma montre put être entendue à la distance de 10 mètres.
Observation X, — Le comte de Dem..., âgé de cinquante-deux ans, s'était aperçu depuis longtemps que ses oreilles étaient le siège de tintements habituels et que son ouïe diminuait de finesse. A la suite de bains de mer pris à Norderney, la surdité fit de grands progrès, et les bruits augmentèrent au point qu ils ressemblaient aux sifflements d'un vent furieux. On attribua ces accidents à des hémorrhoïdes et l'on n'explora pas les oreilles. On plaça des sangsues à l'anus, on en mit derrière )m oreilles, pois on y instilla de l'eau de Cologne, de l'huile de Cajeput, mais sans diminuer les bruits et la surdité. Je pus reconnaître facilement la cause de cette maladie. Les deux méats étaient remplis de cérumen, et ma montre
102 MALAUIK^ DE LOliULLK EXTERNE.
n'était cutciulue qn a i centimètre d*un coté et à 18 centimètres de lautre. Des injections d eau tiède détruisirent cet engorgement considérable, et dans une demi-heure les bruits et la surdité disparurent complètement. Les vertiges cessèrent aussi et la guérison fut entière.
Observation XL — Madame la comtesse D... a éprouvé depuis quelques années des bourdonnements et de la surdité (|ui reviennent de temps en temps.; elle entend mieux dans une voiture qui roule que quand elle est en repos. Ces divers accidents, dont la durée est très variable, ont cessé quelquefois tout à coup, et dans ce cas, la malade disait que son oreille devenait libre, comme si on leûldébarrasséede quelque obstacle matériel. Il y avait alors nécessité de protéger loreille contre les bruits extérieurs qui devenaient presque insupportables. En i832, la surdité persistait depuis plusieurs mois. Elle avait commencé par de faibles tintements qui augmentèrent bientôt et se compliquèrent d'un tel sentiment de confusion dans la tète, que la malade ne pouvait plus écrire line simple lettre. Les bruits violents étaient insuppoi^ablés. Le méat était le siège d'un prurit , d une cuisson très pénible. On fit usage d'une foule de moyens internes et externes , on eut recours au talent du docteur Stueler, homoeopatlie, et personne ne s'avisa d'explorer les conduits auditifs. Je trouvai les deux méats remplis de cérumen trop dur et trop adhérent |>our être enlevé avec la curette. La sensibilité très vive du conduit auditif rendit nécessaires de longues injections aqueuses, et je fis disparaître eu peu de temps les vertiges, la surdité et les bourdonnements qui faisaient le supplice de la malade Un an plus tard, U y eut une légèi*e récrdive, qui céda très promptement aux mêmes moyens, et depuis le mal ne s'est pes reproduit..
Observation XII, — M. G..., conseiller des finances , éprouvait depuis plusieurs années une suixlité complète de Toreille gauche, sans cause connue. Je découvris uiie
INFLAMM. DU TIMD GLAND. DU CONDUIT AUDITIF. ÏQ^
mBB$e de cérumen noir, située au fond du méat , et je i enlevai facilement par des injections d'eau tiède. L*ouïe' se rétablit à merveille , bien qu'il y eût une petite ulcération de la peau du conduit, tout près de la membrane du tympan. Je la touchai légèrement avec du laudanum et de la teinture de myrrhe, et en peu de jours je fis disparattre une maladie qui datait de plusieurs années.
Bp — Infltmiiiation dn tUfu gUodiiUiro d v ooodoit «luUtif. (Inflammation catairhale,)
Le premier symptôme de cette maladie consiste en un prurit plus ou moins fort. Le malade éprouve un be- 8t>in irrésistible de se gratter, et cherche à faire pénétrer de Tair dans le méat. L^irritation augmente rapidement et pix>duit une douleur brûlante que rend plus vive chaque mouvement de la mâchoire ; elle se propage aux parties voisines et produit Tinsomnie. Il est rare qu'elle s'acoompagne de fièvre. Les enfants portent sans cesse la main à l'oreille malade, la tiraillent, se plaignent hautement, jettent des cris aigus tout en jouant. Le conduit auditif se gonfle en partie ou en totalité , il se rétrécit plus ou moins , oflVe ordinairement peu de rougeur et paraît chaud et sec. Quelquefois le mal envahit la con(|ue et même tout le pavillon , et alors on voit apparaître sur ces surfaces de petites vésicules ou même des pustules qui suppurent bientôt. T^e mal augniente rapidement, le méat se rétrécit par le gonflement, et Ion ne peut bientôt plus y introduire un stylet même très mince. On voit quel {uefois sur la peau ainsi tuméfiée et plus ou moins rouge, une éruption vésiculeuse très abondante, qui lui donne Taspect spongieux; bientôt s'écoule un fluide puriforme. H arrive que le mal n'envahit qu'une partie de la surfiace du méat, et alors on aperçoit une espèce de tumeur qui fait saillie et empêche d@ voir le tympan. Ce fpnRÊmwi partiel peut durer longtemps et s'accompa-
Idft MALADIES DE LOBEILLE EXTEfiNE.
gaev d'une lésion beaucoup plus légère de tout le reste du canal.
Cette uMiladie donne lieu plui^ ou moins prompteroent à un flux qui varie. Le liquide sécrété est séreux, ou mucoso-purulent; il est tantôt clair et tantôt épais et jaunâtre 9 quelquefois il parait assez irritant, il s'y mêle des stries sanguinolentes, il devient blanc ou brun, et son odeur douceâtre prend assez souvent un caractère fétide, ammoniacal, qui pourrait feire croire, mais à tort, qully a carie des os voisins. Il y a presque toujours des bruits, mais ils ne forment quW symptôme accessoire; quelquefois ils manquent tout à fait, même dans des cas oil la maladie est très aiguë et très douloureuse. La surdité est en rapport direct avec 1 étendue et la gravité de cette affection.
Quand Tinflammation catarrhale n'occupe qu'une partie du conduit auditif, la douleur est bien moindre, et on ne reconnaît la maladie que par l'écoulement muqueux qui se développe tout à coup. On doit alors examiner le méat et Ion reconnaît la lésion avec facilité. Ces tuméfactions partielles de la peau du conduit prennent souvent assez de développement pour constituer des excroissances charnues. Elles sont molles , fongueuses , d'un rouge très vif, comme vésiculeuses, elles saignent au plus léger froissement et sont douloureuses au moindre contact. Leur surface est recouverte de mucosités abondantes. Quelquefois elles prennent b forme pcdiculée et constituent de petits polypes , d'autres fois elles ont une large base, s'élèvent plus ou moins, deviennent hémisphériques ; elles s'endurcissent, prennent la consistance cartilagineuse, osseuse même, ne sont plus sensibles au contact, ne saignent plus et deviennent d'un blanc plus ou moins mat (i).
ri) J*avoae qu*il ne m^est pas possible d'admettre ces dégénères* cenees eartilagÎReiises et méve osseuses Ha suite de tinUMnasalioD sa-
Les polypes pédicules végètent ordinairement avec assez de force pour donner lieu à un sentiment de gène dans le conduit auditif. Il y a pression de dedans en dehors, la tête est douloureuse, il survient des vertiges , des nausées et même des vomissements quand le malade se tient debout. Quand au contraire ils ont une large base, ils ont une marche plus lente, et il faut que le méat soit rempli de cette production charnue, que le tympan soit refoulé pour qu il y ait des accidents comme ceux dont je viens de parler.
Quelques auteurs, parmi lesquels je citerai seulement Bnst(i) etKrukenberg (2), admettent que Tirritadon inflammatoire des parties malades est la véritable cause de cette puissance végétative qui produit les polypes , mais beaucoup d autres ont soutenu Topinion contraire. Je ne crois pas que t on pui^e mettre en doute la phlegmasie qui préside au développeilient de ces corps.
Cette maladie se reconnaît à la simple vue. Les rapports du malade lui-même sont inutiles, il faut explorer loreille, et l'on constatera facilement une tuméfaction et une rougeur occupant une étendue plus ou moins grande, on verra des granulations, des excoriations; et si les surfaces malades sont recouvertes de mucosités ou de pus, on devra commencer par en débarrasser le conduit. Ici remploi du spéculum est absolument nécessaire.
fcrUclle ëe la peau da méat il s'agit ici» on ne doit pat rooblîcr, d'one phlegmasie catacrbale, occupant le tissu glandulaire du conduit auditif. Si la maladie se borne à ce point, il n'est pas possible que la couche profonde de la peau s*enflamme, s'ulcère, fournisse des v^étalioiis charnues , des bourgeons celluleux et vasculaires. Encore moins devra-t-en s'attandre à voir le.mal gagner le périoste, le tissu osseux hd-méBM, et donner lieu à des exostoses. Il 7 a donc ici une confusion de plusieurs maladies très différentes , et dont la marche ainsi que les •jmptOBMS ne peuTont étce confondus avec Paffection dont il est question dans ce paragraphe. P. M .
(1) AufiœUê und Atfhandlw^gên aui dsm Gebiete d§r ehirurgiichm waaiaMi. i» p« zv.
[%) Jahrbueker der ambulaiorischen Klinik in Halls, p. 906.— IIM.
106 MALADIES DE l'oREILLR BXTERNE.
C'est le seul moyen de bien découvrir la nature et l'étendue du mal, de juger la forme et le volume du polype, de reconnaître son insertion, et Ton tâchera toujours de profiter de la lumière du soleil.
L'inflammation catarrhale du méat externe passe souvent de l'état simple à une forme plus grave , mais jamais elle ne s'étend au-delà de l'épaisseur de la peau (i).On la voit durer des années entières sans affecter les parties plus profondes. Je suis d'uneopinion toutàFait opposée à celle d'Itard, sur ce point, et je crois avoir raison, car il n'examine pas le méat dans cette forme de maladie. Il est à noter que la sécrétion la plus irritante ne donne jamais lieu , dans ce cas , à des ulcérations profondes de la peau du conduit; jamais les os voisins ne participent à la ma* ladie , jamais le tympan ne se perfore quoique souvent f l sôit rouge. CependaiU il arrive quelquefois une grave complication. L'oreille interne ^s'enflamme, sous l'influence d'un grand refnûdissement , quand cette cause ou toute autre analogue vient à supprimer l'écoulement du méat, et alors le cerveau se prend. La maladie, dans ce cas, s'accompagne d'un danger extrême.
L'inflammation du tissu glandulaire du méat est gêné-* ralement connue sous le nom de catarrhe de l'oreille externe, que l'on divise en aigu et en chronique (2). Je crqis ces noms mauvais, parce qu'ils. n'indiquent pas le véritable caractère de la maladie.On ne tient compte qu« de la cause présumée , on en (ait la base des indications ciu^atives, et cependant presque toujours, en pareil cas ,
(1) A Texception , sans doute , des eîrconstancM meaiioimées plot haut , et dans lesquelies on Toit sarrrnîr des inmeofs oartilaginetises , osseuses même, insensibles an contact, etc. Il est impossible d* établir une concordance exacte entre ces deux paragraphes, et Je ne relére oetta contradiction, qui n^est pas la seule de ce genre, que po«r déttantrtr insuffisance de la classification adoptée par M. Kramer. P. M.
(2) Traiti, etc. t. L p. 164. — Alard , Euai mt h eakirrhê é$ 1^ r*^fo. p.9etl4.
INFLAMM. OU T188U GLAMD. OU CONDUIT AUDITIF. 107
let sudorifiques, sous toutes les formes, demeui^ent impuissauts contre la lésion des tissus. Alard, qui a décrit cette maladie, ne donne aucun déiail sur les altérations de b peau des conduits auditifs et des organes glandulaires qu elle contient; il ne s'occupe que du sympiôme le moins important, la sécrétion muqueuse ou purulente, qui n'est elle-même qu'une conséquence de la lésion des organes, et qui souvent n'est pas dans un rapport exact avec cette lésion.
Rrukenberg (i ) réunit sous le nom d'inflammation de l'oreille, la phlogoseiégèredu méat, celle de la membrane du tympan^ et celle qui occupe Toreil le moyenne et interne. Il résulte de cette confusion de formes morbides si différentes, une longue énumération de symptômes qui se confondent et ne permettent plus de reconnaître l'espèce de maladie à laquelle on a affaire.
La durée de cette affection est tout à fait indéterminée. Alard et Itard , en indiquant pour limite quatorze jours , ajoutent que cela se passe ainsi quand elle est abandonnée i elle-même; mais leur assertion ne se trouve justifiée q»e par ce qui arrive dans les cas les plus simples. Celte maladie, lors même qu elle est traitée convenablement, a une extrême tendance à se prolonger pendant un temps considérable, on la voit durer des années entières sans qu'elle tende spontanément à la guérison. Plus elle est aodenoe, plus les coi*ps glandulaires du méit sont altérés, et moins on peut compter sur l'intervention favorable des forces naturelles. Chez les jeunes sujets , il n y a rien à att^idre du développement de la puberté (2).
(1) Jahrhû€k$r, etc. p. 203.
(â) Cela est généralement vrai , et les gens dn monde sont trop disposés à compter sur les bénéfices de ce complément d'organisation, r a ëoBC raina de parler comme il le fait , «fin de prémunir le icoatTO Mtt0 opinioa daofpareiise en ce qu'elle laisse les maladies ,el«alaânai k omiae d'une perte da temps tréa préjudiciable .Cependant j'ai TU, 4
Quand on se borne à examiner récoulemeot, il peut arriver qu*il cesse, et alors on croit le mal guéri; mais si ion examine le fond du méat avec soin , on peut voir que les parties intérieures de ce conduit sont toujours altérées , le fluide sécrété est plus épais , il se sèche dans le fond du canal auditif et s'y accumule, jusqu'à ce que, devenu plus abondant, il coule de nouveau. Dans ce cas, ou croit qu'il s agit d'une rechute, tandis que la maladie n a jamais cessé.
Cette maladie n occupe souvent qu'une oreille , mais il arrive aussi très souvent que l'autre s affecte de la même manière, et cela en vertu d'une sorte de loi sympathique qui régit les organes doubles. Mais il y a , en outre, des causes prédisposantes comme la jeunesse, la constitution lymphatique, strumeuse ou goutteuse, et le fait d'une première attaque de cette forme phlegmasique, car elle est très sujette aux rechutes , ou aux récidives. La principale cause occasionnelle, c'est le refroidissement pro duit par les lavages à leau froide , les bains de rivière ou de mer, les courants d air sur la tète au moment où il y a de la sueur, etc. Les inflammations aiguës ou chroniques de la peau, les croûtes de lait, les érysipèles de la face, la variole, etc., s'étendent quelquefois jusqu'au conduit auditif, et déterminent la phlogose du tissu glanduleux. On la voit survenir encore à la suite des fumigations ou des douches de vapeurs que l'on dirige dans les oreillts, quand on se sert d'injections irritantes, de fomentations avec des matières acres, des pommades vésicantes, et enfin quand quelque corps étranger est introduit dans les méats. Parmi ces derniers, on observe surtout les noyaux de cerise, de prune, les pois, les fe-
de très heoreas changements, sanremr sons Tinflitenee d'une pidicHé atlendae , et l*on ne sanrait nier absolumeiit les «Tantages qni peaveat en résulter pour oertataes maladies d'oreillet. Je ne m^iasoris que eooln TasMirlHotMip générale de M. Kramer. P. M.
Tes, les grains de blé y de maïs, les boules de verreries petits cailloux et certains insectes. La formation et la présence d'une masse de cérumen ne doit pas être comptée pour une cause analogue aux précédentes. J'ai eu trèS; firéquemroent l'occasion de me convaincre que ces accumulations de cérumen restant des années entières dans le méat sans occasionner Tinflammation du tissu glanduleux de cette cavité.
Le pronostic de cette maladie varie suivant l'étendue et la gravité du désordre. Quand l'inflammation occupe tout le conduit, elle cède facilement à un traitement bien dirigé. Mais quand le gonflement est partiel, qu'il occupe le fond du méat, qu'il forme un anneau près du tympan , ou quand, étant général, il est dur, insensible au contact de la sonde, enfin quand la sécrétion est presque séreuse, rare, la maladie est ordinairement incurable (i). • Les polypes à large base , d'un rouge pâle, insensibles et qui ne saignent que difficilement , sont également très difficiles à guérir. Lorsqu'on a afiaire à une excroissance diamue offrant toutes les conditions opposées, on peut la lier, la couper et détruire ainsi l'écoulement de pus qui raccompagne, ainsi que la surdité et les autres accidents qui en résultent. Cependant, même alors, la guérison radicale est souvent très difficile. La racine subsiste et donne' lieu à la reproduction de la maladie. Ce seul point malade dans le méat suffit pour entretenir et éterniser l'inflammation du tissu glandulaire et toutes ses Gâcheuses conséquences.
(1) PottT tout obsertateur attentif, il restera démonlré que les derniers caractères indiqués dans ce paragraphe ne peuTent se rapporter à Flnflammaiion du tissu glandulaire du méat auditif. Les follicules céru- ■nniféres ne se trouTent plus au-delà d'une certaine limite dans le méat, et ce gonflement circulaire, placé au voisinage du tympan, ne peut être rapporté à l'altération d'un organe qui ne s'y trouve pas. Il y a là confusion de symptômes , et ce mode d'altération du conduit auditif doit être placé ailleurs. P. ^,
itO MALADIES DE L OREILLE EXTERNE.
Les éruptions dartreuses ou impétigineuses qui se développent dans le conduit auditif externe sont très rebelles: Cela tient à leur nature spéciale , il y a diathèse générale, et la phlogose de la peau de Toreille n'est survenue que consécutivement. La maladie ne commence jamais pai* le conduit auditif ( i ).
La g'uérison n est annoncée que par un signe certain, c est le retour du cérumen à Fétat normal. Le traitemeat devra consister d abord en soins de propreté bien entendus; on fera chaque jour plusieurs injections d'eau tiède au moyen de la seringue que j ai indiquée précédemment, mais cette opéi*ation se fait assez difficilement, en raison de la courbure du méat, et aussi parce que lenflure de la peau permet, h peine au liquide d arriver jusqu'au tympan. Cela est très nécessaire, cependant, car c'est au voisinage de cette membrane que les matières muqueuses ou purulentes s'accumulent. Beaucoup de malades y parviennent assez bien, et font sortir du méat tout ce qui s'y atnasse. H y a des personnes qui préfèrent l'eau froide ou fraîche, et je n'y vois aucun inconvénient. Il convient d'employer l'eau pure et de rejeter le lait, les infusions de sureau, de camomille, etc. Les injections sont un agent mécanique et n'ont pas d'autre résultat que de nettoyer le méat.
Quand la maladie est légère, superficielle, il ne feut pas s'inquiéter des démangeaisons violentes qui l'accompagnent, les soins de propreté suffisent pour la guérir, et cette heureuse terminaison arrive après quinze jours ou trois semaines de durée. Mais alors il faut préserver cet organe de l'influence des courants d'air froid, en le couvrant d'un linge fin , en fermant l'orifice du méat avec
(1) I/eczéma, qui affecte si souvent Toreille exiernc et !e méat, est une afTeclion vésiculeuse qui se développe daos cet organe sans que le reste de la peau en soit atteint. Le traitement local est le seul qui soit applicable, et ce fait, qui n'est pas le seul, proteste contre Tassertion de M. Kramer. P. M.
INFLAMM. DU TISSU GLAND. DU CONDUIT AUDITIF, lit
du coton. Si le malade est scrofuleux , on devra donner des préparations d antimoine, des purgatifs qui souvent amènent la giiérison mieux que toute autre chose. On peut même quelquefois se borner à ce traitement interne, et le succès n est pas moins assuré. Si la maladie est due à Fexteiision d'un érysipèle de la face , la lésion du méat disparaît quelquefois avec Térysipèle. Les croûtes de lait, les éruptions dartreuses , la teigne , etc., qui coïncident avec Tinflammation du tissu glandulaire du méat , ou qui Font déterminée, doivent éire traitées énergiquement suivant les préceptes de la thérapeutique spéciale. Quand elles résistent à ce traitement, on doit avoir recours à des procédés que j'indiquerai plus loin.
Une grande propreté est im bon moyen d'empêcher que les insectes ne pénètrent dans les méats , où ils sont attirés par la mauvaise odeur de Técoulement. Quand on n*a pas prévenu cet accident , il faut y remédier avec soin, car il peut donner lieu à des suites fâcheuses. On commence par enlever les mucosités en faisant des injections répétées, puis on cherche à saisir Finsecte avec de petites pinces. Si Ton ne réussissait pas à l'entraîner , on devrait verser quelques gouttes d'huile d'amandes douces dans le méat afin de le faire périr, et alors les injections suffiront pour l'expulser. On devra bien se garder d'employer l'huile de térébenthine qui a été vantée en pareil cas.
î^s corps durs (i),- comme les pois, les fèves, etc., que les enfants s'introduisent si souvent dans les oreilles, sont beaucoup plus difficiles à extraire. Leur séjour dans le fond du méat donne lieu à des accidents graves, des convulsions ; ils déterminent un grande phlogosedes tissus, et bientôt l'intérieur du conduit devient tellement sensible qu'on ne peut plus le toucher sans exciter des douleurs aiguës. En pareil cas, il faut recourir à la saignée locale
(4) PalvMMS UMmmh. ma. i. êhmp.ir.
112 MALàDlES DE LOItEILLE EXTERNE.
OU générale, couvrir Foreilte de cataplasmes émollieDts ei Faire des instillations calmantes dans le méat. Quand cette vive irritation est apaisée, on essaie d'enlever le corps étranger au moyen des instruments les plus convenables. S'il ne dépasse pas la partie moyenne du conduit, on tâche de le saisir avec des pinces , ou bien on se sert d un levier aplati. Quand le corps étranger est arrivé jusqu'au tympan, lorsque, par une déchirure de cetlâ membrane, il est entré dans l'intérieur de la caisse, d faut encore recourir aux mêmes moyens, en les modifiant suivant la forme du conduit et suivant le volume et la configuration du corps étranger lui-même. Il iaut ooe grande dextérité et une persévérance à toute épreuve pour réussir en pareil cas. Les instruments dont on a besoin pour cette opération délicate doivent être appropriés aux conditions matérielles de l'accident.
Itard (i) pense que les noyaux de cerise, les pois et autres graines introduites profondément dans le méat ou même dans la caisse, se développent, et poussent une petite tige qui peut servir à les arracher de la place <]u'ils occupent, il cite l'autorité de Tulpius à l'apinti de cette opinion , mais je ne pense pas que cela puisse se faire ainsi. Il importe donc de les enlever le plus promptement possible , et de ne pas attendre le développement de ce germe. Ou doit placer loreille en présence d'un rayon de soleil , on dilate le conduit avec le spéculum, et cela étant ainsi , si la main de lopérateur est leste •I ferme, le succès est certain. Si la petite tige était dé* veloppée , on la tirerait doucement , mais il est probable qo'elle viendrait seule. Alors on pourrait diviser en fragments les deux portions de l'amande qui reste , et on les enlèverait par parcelles (st).
(1) TraUé, etc. 1. 1. p. 347.
(^) Une longue expérience de ces aortes d'opérations n'a proufé qu'une douclie d*eau tiède, oeiwooableawDt dingée, était §am contre-
Autrefois on a recommande une pratique singulière, et Du Verney lui-même Fa conseillée. Quand le corps étranger paraissait comme enclavé au fond du méat, on conseillait défaire une incision au cartilage, de dehors en dedans , et d'introduire par là une sorte de levier destiné à repousser ce corps. Cela est barbare. Si le corps étranger est arrivé jusqu'au tympan , il est alors dans la portion osseuse du méat, et les incisions ne peuvent pénétrer jusque là. A plus forte raison ne peuvent-elles permettre de le dépasser et d'agir sur lui de façon à le pousser de dedans en dehors.
Les polypes sont fréquemment Tobjel de quelques opérations de la part des chirurgiens auristes. Quand ils sont pédicules, on peut les entourer d'une ligature, ou les exciser avec des ciseaux fins et courbés sur le plat. On peut encore les raser avec un couteau dont la lame courbe et arrondie au bout est tranchante des deux côtés. On se sert assez souvent d'une pince à mors aigus et multiples, avec lesquels on saisit le polype et on larrache en le u»rdant.
Les instruments tranchants sont ceux que je préfère (1 ),
dit le meiUetir moyeD à employer contre ces accidents. Je crois pouYoir établir, en thèse générale, que ce jet liquide, qui pénétre dans le méat , peat tonjours s^insinuer entre le corps étranger et les parob du conduit auditif; Peau s'accumule peu à peu derrière lui, elle fait effort pour revenir Ters Torifice externe, et elle chasse devant elle la substance quelconque qui se trouvait logée au voisinage du tympan. 11 m'est arrivé un grand nombre de fois d'extraire en un instant des corps étrangers que l'on avait vainement essayé d'enlever par toutes sortes de moyens , au grand détriment des patients. J'ajoute que les malades , surtout quand îb sont Jeunes, peureux, indociles, ne s'effraient pas de cette douche et ae prêtent volontiers à des tentatives auxquelles ils ne se soumettraient pas s'il s'agissait d'introduire de nouveaux instruments. P. M.
(1) J'ai en à traiter, depuis neuf ans, plus de 120 cas de polypes du méat auditif y et jamais il ne m'est arrivé de me servir d'un instrument tranchant quelconque pour enlever ces tumeurs. Jamais je n'ai songé nn instant à passer une ligature autour de leur base, et une curette ordinaire m'a toi^odrs suffi pour enlever ces productions charnues. Dans le cas on la tumeur remplit le conduit auditif, je me ^ers d'un stylet bou-
liA MALADIES DE L OREILLE EXTERNE.
non que je blâme ceux qui se servent de la ligature, mais je dois iaire observer qu'il est extrêmement difficile, pour ne pas dîne plus, de passer un fil autour du pédicule quand le polype est inséré près du tympan. Quand rexcrois* sanoe charnue est moUé* et vésiculeuse, elle safiaisse aussitôt qu'on Tincise , et on peut arracher le reste avec une pince. Au reste , il est assez difficile d'indiquer à lavance la règle de conduite à suivre. On aura égard à la forme du polype, à son insertion, à son volume, à sa consistance, aux dimensions du méat auditif, à la docilité du malade, car chacune de ces circonstances peut influer sur le manuel opératoire. Dans tous len cas , il (aut y voir très clair et la lumière du soleil est nécessaire.
L'heureuse influence exercée par le laudanum de Sydenham sur les polypes du nea a engagé quelques médecins à tenter la même application sur ceux de l'oreille. Pour ma part, je l'ai souvent essayé contre des polypes mous, et contre ceux qui sont beaucoup plus fermes, et jamais je n'en ai retiré de bons effets. 11 m'a semblé au contraire que ces végétations grandissaient au contact de ce stimulant. Gbea un enfant que je trailaîs ainsi, je vis , au bout de huit jours, un second polype se développera côté du premier.
Les caustiques ont été considérés comme )e vrai moyen curatif des polypes ; mais , selon moi , l'oh a tort de ne se servir queue ces agents. Leur applicatioiiesl toujours très douloureuse, leur action est lente, et je pense qu'on ne doit les employer que quand la situation profonde du mal ne permet pas de l'atteindre autrement. Les
tonné pour recoiuMMre le poiat d*iliMrtioB, Je fkw ctrcoter le stylet aatour da polype , et Je constate mit quel point des parois dd méat se tronte ^adhérence. Cela fait, Je me sers de la curette comme d'un lerler, Je prends mon point d^appntsur la partie de Poriliee (fui correspond I la racine dn polype , et je Tarrache arec fiUHlité. Cette mandstnre si simple est variée suivant la nécessité locale , et Je n*ai Jamais été réduit à en employer d*antres. P. M.
caustiques sont au contraire très utiles pour détruire les racines d^un pcdype extirpé. (Test le vrai moyen de les anéantir et d empêcher la reproduction de ta maladie; mais il fout être en garde contre les récidives. On doit explorer le méat avec soin à plusieurs reprises, caries i*echutes sont fréquentes.
Le polype du méat est d'autant plus difGcile à guérir qu'il a duré plus longtemps et que , par conséquent , il a produit une altération plus profonde de la peau sur laquelle il est implanté (x). On devra s abstenir soigneusement des substances trop caustiques, de Talun^ du sulfure dexinc, de la potasse à Talcool, de la solution de chlorure de 2inc, etc. ; le nitrate d argent seul peut être employé, parce que son action es^très locale. Il est vrai que quand onlap^ique souvent, il se mêle à la matière de lecoulement et lui donne des propriétés escarrotiques qui altè'^ rent les parties sur lesquelles il se répand, mais cela ne peut jamais avoir de suites fôcheuses. On doit surtout rejeter la potasse caustique, qui est vraiment dangereuse dans ce cas.
Le nitrate dargent doit avoir la fom^ d\in crayon mince de 3 millimètres de diamètre. Ou le porte sur la partie que l'on veut cautériser au moyen d'une canule courbée en zigzag et garnie à son extrémKé d une douille en platine. La lumière du soleil est indispensable. La racine du polype est ordinairement douée d'une sensibilité exquise, et la douleur est très vive quand on y applique le nitrate d'argent. Le plus souvent la végétation charnue
(1) Le polype est le résultat et non la ca we àe Tahérayon de la peau do conduit auditif. M. K ramer ne donne aucun caractère k Taide duquel on puisse reconnaître la nature même de la végétation charnue qui s'est déreloppée dans le méat, et cependant il importe arànt tout de savoir s^i| s'agit d'un polype nNiqueux, vésiculeux, ou d'une fongosité venant da périoste, ou d'une tumeur squirrheuse d'une nature plus grave encore, et ce serait la chose la plus utile à connaître, car le traitement est essentieHeneirt difTérent, suivant ces diverses circonstances. K M.
s'accroît de nouveau , et , après ua certain nombre de tenta tives , il font y renoncer. Dans ces ciconstances , je me suis très bien trouvé de faire des injections avec une solution saturnine. Ce médicament, que je formide ainsi: eau 3o grammes, acétate de plomb 6 déqigrammes, est très utile et semble arrêter la force végétative du polype. Les malades ont rarement la patience de répéter tous les jours ces injections dont ils ne sentent pas la nécessité , ils se croient guéris , car un reste de polype ne cause aucune gène. Cependant il importe beaucoup de continuer ces injections pendant un mois et plus , pour que ce moyen, qui agit lentement, produise tout son eflfet. Aucun autre astringent n'a eu entre mes mains la même efficacité que celui-ci.
Les remèdes généraux , les dérivatifs locaux sont tout à fait inutiles; ils ont même Tinconvénient d'affaiblir et d'altérer la constitution du malade , et ne peuvent en aucune façon empêcher qu'une certaine quantité de fluides nourriciers ne se portent vers la racine du polype.
Quand il s'agit d'une végétation charnue à large base, dure, presque insensible, saignant peu au froissement, occupant un grand espace dans le méat, et prenant quelquefois une consistance^ très considérable , le traitement est en général ^toirt à fait inutile. On ne peut employer alors ni ligatures ni excisions, les cau^iques seuls sont applicables, mais ordinairement leur emploi donne lieu à des accidents fâcheux. Le polype grandit rapidement, il devient plus dur et quelquefois il se manifeste des symptômes cérébraux capables d'inquiéter. Ainsi on voit survenir des vertiges, des douleurs de tête. En pareil cas, j'ai essayé plusieurs espèces d*escarrotiques , comme la potasse, le chlorure de zinc, mais sans succès. J'ai fait des scarifications profondes sur ces tumeurs charnues , il s'est écoulé beaucoup de sang, et les caustiques appliqués alors ont agi avec plus de force, mais sans amener
la guérison. Chez un malade qui souffrait beaucoup , par suite de lapplication réitérée du nitrate d'argent, les douleurs ont diminué après rétablissement d'une suppuration copieuse derrière le pavillon de Toreille malade. Je ne puis regarder ce fait comme concluant; car, dans bien des cas analogues, le même moyen n a pas produit de résultat semblable. En pareille circonstance, les injections saturnines sontle meilleur moyen de calmer les douleurs. J*ai vu Tacétate de plomb augmenter notablement la portée de louïe chez un malade qui avait un polype fort remarquable. Ce corps charnu, longuement pédicule, ressemblait à une stalactite qui descendait de la paroi supérieure du méat. Il était inséré près du tympan et offrait tant de dureté, qu*il résistait au tranchant du bistouri.
Lorsque le fond du méat est boursouflé en forme d anneau, les moyens de traitement sont presque toujours insuffisants. L*éponge préparée, qui serait utile, peut très difficilement être introduite au voisinage du tympan, car en se gonflant elle occasionne des douleurs intolérables. Lorsque ce bourrelet inflammatoire est situé près de lorifice externe, l'éponge tend sans cesse à s'échapper du conduit, et le malade le plus patient a bien de la peine à la maintenir en place. Dans tous ces cas, l'acétate de plomb, qui est loin d'être un spécifique, est encore le seul moyen qui puisse produire de bons effets.
Lorsque 1 état inflammatoire du conduit externe a été causé par la présence d'un corps étranger, il faut renouveler fréquemment les injections et mettre en usage tous les moyens de traitement qui conviennent à la phlegmasie superficielle de cette partie.
Dans tous les cas où les productions charnues sont mollasses, vésiculeuses , il faut les traiter par l'éponge préparée ( i ). On la coupe en lanières étroites, proportion- Ci) Ces sortes de tamears résistent rarement à deux choses que je fais habitudlement. J'enléye avec la curette toutes les petites fongosités qui
nées aux dimensions du inéat auditif, et on les laisse en place pendant vingt-quatre heures. Les tumeurs, comprimées par le développement de ce corps élastique, s'affaissent, Tépiderme du méat s'exfolie, Técoulement purulent cesse, les bruits sefGaicent, le cérumen reparaît et la maladie est guérie. Je regarde comme, non pas seulement inutiles, mais nuisibles , une foule de remèdes vantés en pareil cas , comme r par exemple , lès cataplasmes émoilients, les fomentations calmantes, les instillations huileuses et surtout les bains russes. Presque toujours ces remèdes aggravent le mal, en déterminant une fluxion sauguiue ou humorale vers les oreilles malades.
Si la peau du méat est simplement tuméfiée sans qu'il y ait éix)sion , ni vésicules, ni fougosités; si elle est plus ou moins rouge , et qu'il y ait un écoulement de forme variable, je ne connais pas de moyen plus efficace à employer que les instillations saturnines dont j ai déjà parlé. On variera la quantité d'acétate de plomb depuis 5 centigrammes jusqu'à 5 décigrammes dans Sogramn^es d'eau, et Ton répétera cette manœuvre deux ou trois fois dans la journée, en ayant soin de bien nettoyer le conduit des mucosités purulentes qu'il contient^
Dans les cas plus graves, on frictionne la région mastoïdienne avec la pommade stibiée jusqu'à produciion d'une forte éruption pustuleuse. On laisse sécher ces pustules , et l'on recommence la friction. Il est bon de la feire au-dessous de Tapophyse mastoïde, afin que l'inflammaiion de la peau ne s'étende pas jusqu'au périoste» et aussi pour que l'action dérivative soit plus puissante. Qand ce moyen irritant a pour résultat d activer Totor-
dépassentle niveau de la peau, J^absterge le sang avec soin, et Je cautérise immédiatement toute cette surface avec un ora jon de nitrate d^argent. Je n^ai recours à l'éponge préparée que quand la maladie i^ envahi toute la surface de la peau du conduit, et, dans ce cas, Téponge est préférable k tout ^uUe moyen , patce que la oompre^ion qu^eUe exeroe a une eQcaoiié ia^ie p«rtioMUèr«. P. M.
rhée, il ne fSaut pas s'en inquiéter, cet effet ne dure habituellement que quelques jours , et Tamélioration s'établit plus tard.
Quand le malade est d'une bonne constitution, mais un peu lymphatique, il convient de lui administrer plusieurs purgatifs salins; cela réussit presque toujours, et Técoulement, surtout quand il était abondant, ne tarde pas à diminuer. Mais Tacétate de plomb a une influence directe sur les parties malades. La rougeur et le gonflement de la peau du méat diminuent, les excoriations se guérissent , l'écoulement perd sa féiidité ; et bientôt, à la suite d'une légère desquamation de Tintérieur du méat, on ▼oit revenir la sécrétion du cérumen normal. Il m'a fallu quelquefois substituer à l'acétate de plomb une solution de sulfate de zinc, de nitrate d'argent, d'alun, ou même d'adde pyroligneuY, mais très rarement, et ces différentes substances ont généralement bien moins d'efficacité que la première*
La pommade stibiée produit>un effet vésicant bien pré* ferable à celui des cantharides, et l'on devra couvrir de cette pommade les parties situées au-dessous du pavillon. Les sangsues ne sont presque jamais indiquées , la saignée de bras l'est encore moins , et le traitement antiphlogistique , prescrit par J. Frank (i), n'est pas ap|)licable dans cette forme de maladie. Itard (i) a conseillé les purgatifs, les vésicatoires, le séton , et de fortes douches sur l'oreille malade; il a, de plus, proposé d'ajouter à l'eau de ces grandes douches une forte dose de solution de sulfure de potasse, mais ces moyent échouent ordinairement. H lui est même arrivé de voir les injections irritantes produire une suppression brusque de l'otorrhée, qui fut suivie d'accidents tels ; c|u'il fallut employer précipitamment divers remèdes capables de la
(1) PraxêOê mediem univenœ prmc^ta, II. 1. 9qcL 2. b. p. 894. (t) Traité, etc. t. II. p. 105 et seq.
rappeler. Le malade qui fut traite ainsi guérit plus tard par les instillations astringentes. Il est à noter que des faits de cette nature n ont pas empêché Itard de conseiller les douches abondantes dans le traitement de ce genre d'otorrhée,etméraede les prescrire avant d'essayer aucun autre moyen.
Les médecins anglais, Saunders, Gurtis, etc., se servent avec plustle hardiesse que de prudence des préparationjs de zinc, d'alun, de plomb et de nitrate d'argent. Ils ne tiennent pas compte de l'état du conduit auditif, ou , pour mieux dire , ils ne l'examinent même pas. Les conditions physiques de l'écoulement leur suffisent, et ils songent à peine à établir quelque dérivation salutaire. Cette manière d'agir n'est pas seulement inutile, mais elle est très nuisible dans beaucoup de cas.
11 existe, à l'égard des otorrhées externes, d'étranges préjugésque le médecin est appelé à combattre. On croit généralement qu'il est dangereux de guérir cette maladie pmnlcs topiques, et qu'il faut la traiter par des remèdes internes agissant sur la constitution. Rien n'est moins vrai, surtout quand il s'agit d'une phlegmasie chronique qui a persisté pendant plusieurs années. Lorsque l'oton-hée est récente et que le sujet est un peu scrofuleux, on peut se borner à des soins de propreté et administrer avec avantage des purgatifs , qui suffisent quelquefois pour amener une guérison complète.
Mais lorsque le mal est invétéré, les médications générales n'ont plus aucune influence sur lui, l'altération locale est devenue tellement isolée qu'il faut absolument la combattre par des moyens locaux. L'important , c'est de choisir ceux qui conviennent le mieux. On devra s'abstenir des liquides spiritueux, irritants, qui arrêtent bien, il est vrai, l'écoulement, mais qui n'agissent que d'une manière passagère. La peau du méat, déjà malade, s enflamme avec violence par le contact de ces substances,
et le mal peut s'étendre à l'oreille moyenne et même au* delà et entraîner les plus fatales conséquences.
Quand, par suite d'injections irritantes > ou d'un refroidissement subit , une otorrhée de ce genre a disparu tout à coup , et que Ton voit survenir une céphalalgie profonde, des vertiges, des nausées.et des vomissements, de la fièvre, etc., il faut se hâter de combattre ces symptômes graves, appliquer des sangsues autour de Toreille, la couvrir de fomentations, de cataplasmes émollients, et chercher à ramener Técoulement par tous les moyens connus. Si Ion est appelé à temps et que Ion agisise avec vigueur , on parviendi*a à sauver le malade ; mais , dans des cas de ce genre, il importe beaucoup de saisir l'indication et de ne pas perdre de vue le point principal (i). Quand l'inflammation du tissu glanduleux du méat est traitée convenablement, louïe se rétabUt s'il n'existe pas quelque comphcation importante. Si la surdité persiste, on doit procéder à un examen attentif des autres parties de l'oreille^ pour découvrir, autant que possible, la cause matérielle de cette maladie ; on examine avec soin le tympan , la trompe , la caisse, et l'on cherche à se rendre compte de la cause du mal, pour la combattre avec efficacité.
Observation XIIL — Madame Z... se trouvant dehors au moment où il tombait de la neige , fiit saisie par le froid et ressentit presque aussitôt dei violents bourdonnements dans l'oreille gauche. Bientôt le méat devint douloureux, les bruits causèrent une sensation très désagréable, puis il survint de la surdité. I/oreille droite resta
(1) Ces iDdicitions sont bien vaguement indiquées," et Pimportance eilrème de ce point de thérapeutique mériterait des éclaircissements plus précis. 11 est impossible de traiter incidemment c^tte grande queslioa des otorrbées cérébrales, des métastases, et Je crois devoir dire que, dans un travail publié dernièrement, Al . Kramer a réparé celle omission. Je ne manquerai pas d^ajouter ce chapitre nouveau et dVn enrichir ma tradoc^n. P. M.
122 « MALADIES DE LOJIBILLE RXTEBNR.
saine. On employa des vésicatoires sur la région mastoïdienne, on fit couler de rhuile dans le fond du méat, et je vis la malade deux semaines après le début de ces accîdenU. Le conduit auditif était à moitié fermé par un bourrelet vésiculeux d'un rouge pâle , il s'écoulait au dehors uue matière mucpieuse, blanchâtre, peu abondante. Ma montre n'était entendue de ce côté qu'à la distance d'uu pouce. J'introduisis dans le méat un morceau d'éponge préparée» et, après un séjour de vingt-quatre heures, le corps élastique, en se dilatant, avait ramené le conduit à son calibre normal. Les bruits avaient cessé et tous les autres syo^ptômes avaient presque disparu. Je remis de nouveau un fragment d'épongé, çt la guérison fut complète. Pc larges squames se déuichèrent des parois du méat, et la malade vit reparaître la sensibilité primitive de son ouïe. Le traitement i^'avait duré que deux jours.
Observation XIV* -- M. Pi... deLauenbourg, âgé de dix-huit ans, éprouva, en sortant d'un bain firoid, des douleurs vives dans Toreille droite. Elles s'étendirent promptement à la région mastoïdienne et s'accompagnèrent de bruits et de surdité. Rien de semblable dans Toreille gauche. Au huitième jour de cette maladie, je pus examiner l'oreille, que je trouvai dans l'état suivant : le conduit auditif externe , dans sa partie postérieure , était gonflé, d'un rouge obscur; la membrane du tympan offrait les mêmes sympt6mes dans les deux tiers de son étendue. La douleur était peu vive, et l'écoulement était nul. Ma montre n'était entendue que quand je l'appliquais sur le pavillon. Les bourdonnements avaient diminué de force et ressemblaient à un léger murmure. Je fis appliquer quatre sangsues sur la région mastoïdienne, je donnai un vomitif, .et je versai quelques gouttes d'huile d'amandes douces dans le méat enflammé. Au bout de trois jours de ce traiteopent, ma monti^e était entendue à i5 centiinètr^
de distance, et à i uièire vers le dixième jour. A cette époque, je substituai è l'buile les iustillations d'une sotutiou légère d acétate de plomb, et la guérison fut complète, au bout de trois semaines.
Observation XV. — Un jeirae enfant de deux ans et demi , d'une constitution scrofuleuse , ayant la peau recouverte d'une éruption de grosses pustules isolées , éprouve depuis trois semaines une vive douleur à loreille droite. Quelques pustules se sont développées sur le pa- Villon et ont produit en ce lieu un gonflement nptable avec rougeur brune.De plus, Torifice du méat est gonflé, rétréci ; il fournit une matière liquide, d'un jaune verdâtre, abondante, presque sans odeur, mais très irritante» car lorçille externe et la joue sopt rouges et excoriées par le contact de cette matière.L enfant jette souvent des i^ris, porte la main à son oreille , se gratte, joue , crie de nouveau , et l'écoulement est parfois strié de sang. L'preille gauche est saine. Je crus devofr m'occupetv d'abord da la constitution générale de l'enfant. Je prescrivis un régime approprié, puis j'administrai successivement l'éthiops antimonial d'Huxham, la résine de gaïac, le carbonate de magnésie, et la rhubarbe pour provoqueir chaque jour plusieurs selles. Je me cputentai de faire des injections pour tenir le méat très propre. Après huit jours de ce traitement, loreille ne fournit plus qu'une matière caséeuse, et la peau du méatn'oflrlt plusui rougeur ni gonflement, La douleur avait disparu , les excoriations se cicatrisèrent, et la maladie d'oreille fut guérie , mais l'état scrofuleux persista, comme on le pense bien.
Observation XVI. — • Le jeune Max V.,., âgé de dixhuit mois, d'un tempérament lymphatique, mais sans aucun symptôme de scrofules, a éprouvé depuis un mois qnelques douleurs dans loreille gauche d'abord, puis dans la droite; il est survenu un écoulement purulent et fétide, strié de sang , çt tout cela sans cause appréciable .
12 U . MALADIES De L OREILLE EXTERNE.
Les deux méats sont rouges et rétrécis, et cette rougeur envahit presque toute la conque. On n a pas cru qu*il y eût de la surdité. Le médecin appelé conseilla un régime sévère et donna quelques légers purgatifs. Plus lard , je prescrivis des injections saturnines, à la dose de 2 décigrammes d'acétate de plomb dans 60 grammes d'eau ; on les répétait trois fois par jour. Après un mois de ce traitement, je remplaçai cette injection par une solution d'acide pyroligneu x à la dose de 2 grammes dans 60 grammes d'eau, et ce moyen amena la guérison de l'oreille droite. La maladie était plus grave à gauche, et elle ne disparut qu'après qu'il se fut développé spontanément une éruption et un écoulement de pus derrière l'oreille. On vit bientôt reparaître le cérumen normal , et cette sécrétion prouva que le succès était complet.
Observation XVII, — Une jeune personne , mademoiselle K..., affectée d'une surdité nerveuse, avait une absence complète de sécrétion grasse dans l'oreille. Je lui conseillai d'introduire chaque matin dans le méat un tampon de coton imbibé dans un liquide composé de vin blanc de France 60 grammes, teinture de castorcura 4 grammes. Ce médicament ainsi appliqué produisit un prurit très vif, et je pensai qu'il valait mieux l'employer la nuit, afin que la démangeaison disparût en quelque sorte pendant le sommeil. Après quatorze jours de ce traitement, le méat se trouva tellement irrité que la malade ne dormait plus, se grattait sans cesse, et elle s'aperçut en outre qu'elle n'entendait plus de ce côté. Le tragus est devenu rouge, gonflé, sensible à l'extrême, le conduit auditif externe est rétréci , d'un rouge pâle et très douloureux au moindre contact. Les mouvements delà mâchoire sont très pénibles, et la malade ne peut plus rien manger de solide. L'orifice du méat est excorié par les matières muqueuses qui s'en échappent. H n'y a pas de bourdonnements. J'emploie de l'huile d'amandes douces
chaude , de l'eau de Sedlitz et un vésicatoire , mais sans parvenir à calmer les douleurs quiaugmeutent toujours le soir; il y a des frissons, de la fièvre , et cet état ne s aroéliore un peu que le matin. Le mal augmentant, il survient des bourdonnements , et le conduit se rétrécit au point de ne plus permettre Tintroduction d*une sonde ayant le volume d'une plume de corbeau. Alors j'eus recours aux injections avec la solution' saturnine à la dose ordinaire, et en peu de jours Tamélioration devint très grande. Après six jours de ce traitement , le gonflement des parois du méat se trouva dissipé , les bruits disparurent et l'ouïe ne tarda pas à reprendre son état normal.
Observation XVIIL — M.Wilcke..., étudiant, a éprouvé, vers l'âge de quatre ans« des douleurs occupant d abord roreille gauche , puis la droite. A la suite d'une éruption cutanée d'un caractère mal déterminé , les deux oreilles devinrent le siège d'un gonflement considérable, avec des excoriations superficielles, occupant surtout la conque et les méats. La maladie a envahi la profondeur de ces conduits, d'où il sort constamment un liquide séreux, irritant et fétide. Le rétrécissement du conduit est tel qu'on peut à peine y introduire une plume de corbeau. Le tympan gauche est rouge, il parait épaissi, peu sensible au contact d'un stylet mousse. Il y a quelques tintements , mais ils sont passagers. Le malade entend ma montre par&itement bien à droite, mais seulement à 8 centimètres du côté gauche. On avait administré à plusieurs reprises des bains russes, de l'huile de cajeput, mais sans aucun succès; peut-être même ces moyens avaient-ils augmenté le mal. Je prescrivis un régime sévère, je donnai des purgatifs , je fis frictionner les régions mastoïdiennes avec la pommade stibiée , et enfin je fis instiller dans les oreilles une solution d'acétate de pl&mb. Deux mois de ce traitement amenèrent une guérison complète. Le tympan gauche avait repris sa couleur normale, mais il lui res-
120 IMALADIES de l'oreille ETTERtlE.
tàii encore uh peu d opacité et d'épulsèissemetit. Ces causer ont suffi pour enti^tetiir un certain degré de sui^ dite qui persista.
Observation XIX, — Une jeune personne de quinze ans, mademoiselle de R.., d*uoe constitution délicate, est affectée depuis quelques années d un écoulement muqueut de Foreille droite. LWie de ce côté est un peu ÂiiMe, et il y a de temps en temps de légers bruits. L'écoulement est inodore et Tintérieur du méat partltt sftin, jusqu'auprès du tympan , où l'on trouve une sorte d'excl'oissance rouge^ assez large, et qui fiiît saillie dans le fond du conduit. Ma montre n'est entendue de ce côté qu'à la distance de 2 centimètres. L'autre oreille est excellente. En cherchant à explorer cette tumeur, le sang coule en abondance, ce qui diminue beaucoup son volume; elle parait alors flasque, vide, sous la forme d'une bande assez étroite. Je la saisis avec une petite pince , je l'enlevai par fragments, puis je desséchai la partie tnalade au moyen d'applications saturnines. Alors la même montre s'entendit à 20 centimètres de distance, et cette surdité dut être attribuée à un épaississement notable de la membrane du tympan. Cette altération était le résultat de Fespèce. de fluxion inflammatoire qui existait vers l'oreille depuis tant d'années.
Observation XX. -M. Sfch..., âgé de quarante-Six ans , éprouve depuis six mois un affaiblissement notable de l'ouïe du côté droit; cetteoreiHeest en outre le siège d'un écoulement abondant et fétide, mais il n'y a pas de bruits anormaux. Le malade n'avait rien fait jusque là. J'examinai le conduit auditif et je le trouvai rempK par un polype qui s'insérait latéralement. Il était très rouge, fort douloureux au toucher. Le malade éprouva aussitôt des vertiges, des vomissements ; il ne pouvait plus tenir sa tête droite. Je fis appliquer des sangsues autour de Foreille, on la couvrit de fomentations émollientes, et bientôt l'écou-
INFLAMM. DU Tl»tJ GLAUD. bU COHUVIT AUDITIF. iSt
lernent reparut. Les accidetitn ci^9èl*ettt avec ïé retour de 1 otorrhée. Bientôt le polype prit un accmisèfeuieut considérable, il survint de Vives douleurs dans lé conduit, k tète semblait entourée d*un cercle qui la comprimait rorteneiit, et le malade était incapable de se livrer à auam travail. Je saisis alors le polype avec des té^ nettes, je le tordis et je Tarracbai. Cela donna lieu à uh éoouleiiimit de sang très abondant, mais aussi les doulenfs qni tourmentaient le malade cessèrent à Tinstant néme. Sous Tinfluence des applications satUrninieè , la racine du {>olype se flétrit, mais 1 ouïe resta mauvaise, ce qui dépendait et Tépaississement de la membrane db tympan.
Observation XXI. — Othon Gû..., jeune homme de quime ans, est affecté depuis sa première ehfance d'une olorrbée des deux côtés^; il entend mal, et Ton ne sAit à quoi attribuer Técoulement et la surdité. La matière qui sort des méats est tr^ abondante , épaisse, fétide , et elte D*excorie pas les parties sur lesquelles elle coule. Je cbhstate qa^il y a dans les deut cbnduits auditifis une excroissance charnue d'un rouge viF, molle, très sensible au contact, saignant au moindre froissement ; le polype de Toreille droite recouvre en entier le tympan , cehti du méat gauche laisse voir une partie de cette membrane. Ma montre est encore entendue à la distance de s 5 centimètres de chaque côté. Les deux oreilles sont le siège de bourdonnements violents et continuels. J ai dohc cautérisé une ou deux fois par semaine ces végétations charnues avec un crayon de nitrate d'argent, et dans l'espace de trois mois elles ont été complètement détruites. Les bruits et Votorrhée ont disparu , et ma montre a pu être ehten* due à la distance de six mètres. Les deux tympans sont d'un blanc tm peu opaque, ce qui explique comment Toiiïe n'a pas repris toute sa finesse.
Observation XXI L — M. W... a été affecté dès sa pre-
128 MALADIES DE LOEBlLtE RXTBRNE.
mière enfance de bourdonnements d*oreîlles, de surdité, et enfin d'un écoulement de pus par les deux méats; Uo chirurgien consulté trouva dans le méat droit un polype qu il enleva facilement, mais il ne vit pas une autre tumeur analogue, plus grosse, et qui remplissait le fond du conduit. Gomme il y avait des vertiges , de Tinsomnie, des nausées, ce chirurgien pensa que ces accidents indiquaient une congestion cérébrale et prescrivit un régime sévère, des saignées, des purgatifs, mais sans que bêla produisit aucun bon effet. Le malade était contraint de garderie lit. Un examen attentif me fit reconnaître autour de Foreille droite un gros polype arrondi que j'enlevai en partie avec des ciseaux, et que je détruisis peu à peu au moyen du nitrate dargent. Les vertiges disparurent promptement, et un bon régime rétablit bientôt les for* ces du malade.. Toutes les fois que je touchais la racine du polype avec le petit crayon de nitrate dargent, cela doonaitlieu à des douleurs tellement vives et à un bourdonnement si violent, que je dus renoncer à ce moyen et le remplacer par la solution d acétate de plomb. Ce topique dessécha la racine, et les accidents qui persistaient encore disparurent bientôt. Deux petits polypes , qui s'étaient développés sur le tympan gauche, furent détruits par le caustique, mais Touïe resta mauvaise. Gela dépendait évidemment d'une augmentation d'épaisseur et de l'opacité de cette membrane , deux altérations qui sont la conséquence du développement de ces polypes.
Observation XXIII. — Un jeune garçon de trois ans , de bonne constitution, éprouva , à l'âge de deux ans, une éruption de pustules sur le dos. Les pustules s'effacèrent spontanément, mais comme l'enfant était nourri très abondamment, il survint une otorrhée à droite. Plusieurs médecins prescrivirent des injections émollientes, des fumigatious de même nature, puis des instillations d'une certaine huile acre; on eut recours plus tard à des bains
de mer qui diminuèrent lotorrhée et firent disparaître sa mauvaise odeur. Il survint derrière Toreille une éruption qui se couvrit de squames épaisses, mais elle n'eut aucune influence sur Fotorrhée, bien qu elle fournit une suppuration abondante pendant plus de six mois. A cette époque j'examinai le conduit auditif, je le trouvai plein d'un fluide muqueux, d'une couleur jaune- verdâtre et très fétide. La peau du méat était épaissie au point de ne pas laisser pénétrer un stylet boutonné. Il y avait des excoriations sur le lobule de l'oreille, sur la joue , partout où le fluide excrété touchait la peau. L'enfant était trop jeune pour que l'on pût savoir à quelle distance il entendait une montre. L'oreille gauche était saine, je prescrivis un régime sévère , et je donnai plusieurs doses de calomel qui purgèrent l'enfant. Je fis des injections aqueuses, et ces simples soins de propreté suffirent pour arrêter l'otorrhée ; H en fut de même pour l'éruption qui existait derrière le pavillon. Je remplaçai ces écoulements par une éruption résultat de frictions stibiées sur la région mastoïdienne, je fis injecter dans le méat une solution légère de sulfete de zinc , et après deux mois de traitement l'otorrhée était guérie. Le méat reprit sa largeur ordinaire, la peau offrit sa couleur normale , mais le tympan resta blanc et opaque. Cependant Touïe est assez bonne, et aujourd'hui , trois ans après ce traitement , ma montre est entendue à la distance de 2 mètres.
C. — Inflammation du tissu cellulaire du conduit auditif. (Inflammation phlegmoneuse.)
Cette maladie débute par des douleurs , d'abord légères, dans le conduit auditif externe, puis elles auguienlent et deviennent pulsatives, déchirantes; elles s'étendent à toute la moitié correspondante de la tête; souvent même elles envahissent le côté opposé , et deviennent encore plus vives dans les mouvements de mastication.
1$0 MALADIES DE LOBEIjO'E EXTEBNP.
Sou vent il y a de la fièvre, surtout Iç soir et pendant la nuit, et de l'insomnie ; le méat est rouge , tuméfié, quelquefois même complètement fermé ; il en sort un liquide aqueux , rougeàtre. Le malade se plaint d'avoir Toreille ferinée comme avec un bouchon. Ces symptômes sont toujours accompagnés de bruits et de surdité plus ou moins considérables.
Quand on examine le méat, on y trouve ordinairement une tumeur saillante, arrondie , d'un rouge vif; cela ne se voit que quand Ja maladie n'est pas très violente, car alors le conduit est fermé par le gonflement et Yon ne voit rien. La tumeur en question dure quelques jours, puis on voità son sommet une tache jaune, il se forme une petite pointe, et bientôt le pus s'écoule. Cette terminaison s'accompagne d'une rémission notable de tousles symptômes, et la maladie est bientôt guérie. A ce degré, on n^observe de fièvre que chez les individus très irritables. Si l'inflammation est plus vive, plus étendue, tout porte à croire que les choses se passent de la même manière. L'abcès se vide et les douleurs ainsi que la fièvre disparaissent. Le pus qui s'échappe du méat est sanguinolent, 1 écoulement dure plus ou moins longtemps suivant l'étendue du phlegmon, la tuméfaction des parois du méat diminue peu à peu, et les choses reviennent à l'état naturel plus oii moins rapidement, suivant la coustitution du malade. La surdité qui dépendait du gonflement du conduit , disparaît aussitôt que lair arrive jusqu'au tympan. En somme, cette maladie aiguë et douloureuse n'a qu'une courte durée, et le patient n en garde pas longtemps le souvenir.
Il est évident que cette sorte d'abcès a son siège dans le (issu cellulaire du méat, et cela est facile à voir lorsque le iniil occupe la moitié externe de ce conduit ( i ). Le tissu
^1) Juaqo'à preuve du oonlraire, je pente que le pMegaK>a dhi Méat ne se développe que dans la moitié externe de ce oaoal, là où il y a
INFLAMM. DU T1S$U C£LLUt. DU CONDUll AUDITIF. 1^1
OÙ la phkgmasie se développe est très serré» très peu extensible ; aussi le malade ëprouve-t-il de violentes douleurs causées par cette sorte d'étranglement des parties enflammées. Cette inflammation se termipe toujours par suppuration. Lorsqu'elle est très bornée, elle 'marche à la manière des petits furoncles , auxquels elle ressemble parfaitement (i). La formation du pus indique que c'est le tissu cellulaire qui est affecté et non pas la peau , car cette dernière ne suppure pas. On reconnaît aussi que la phlegmasie ne pénètre pas jusqu'au périoste, car la sonde introduite dans le foyer ne trouve pas Tos à ou, et la maladie marche trop rapidement pour que les parties profondes en soient le siège. Enfin, on pourrait croire que les symptômes de rinflamination du tissu cellulaire du conduit auditif se rapportent à une phlegmasie aiguë de Toreille interne, maison évitei^a cette erreur en remarquant que ce phlegmon extérieur ne trouble pus fouïe d'une manière notable, et que, d'ailleurs, dans l'otite interne, le méat est ordinairement sain.
La plupart des auteurs modernes ontconfondu lephlegmon du tissu cellulaire des méats avec l'inflammation ca-
beaacoup de tissu cellulaire. Plus loin, daos la portion osseuse du conduit, la pean qui le revêt est si mince, elle adhère au périoste par un tissu si serré , que les phlegmons ne s^y rencontrent que bien rarement , car je n'ai jamais eu Toccasion d>n Toir dans cette partie de Toreille externe. Cest là que se rencontrent les inflammations du périoste , celles que M. Kramer appelle métastatiques, et qui tiennent, selon lui , à une cachexie ecroftdeuse on autre. P. M.
(1) Il y a ici confusion entre deui états pathologiques essentiellemcM diàérents. Le phlegmon et le furoncle n'ont aucun point de ressemblance. Le premier produit un abcès aigu : le second s'accompagne toujours de la mortification d^une partie de la peau. Le bourbillon du furoncle forme le caractère essentiel de cette espèce d^inflammation Cn« tSBée, et M. Kramer a eu tort de ne pas Findiquer. Ces deux espèces de phlegmasies se renoontrent très soutent aussi bien sur le pavillon qne dans les méats , et eomme elles, occupent à la fois le tissu de la peau et b trame ecHuieiite seiis>)aoente,oii ne comprend pas comment M. Kramer peut àkê rni peu plus loin que la peau ae suppure pas» P. M.
lurrhale du tissu glanduleux de ce conduit. Ces diverses maladies sont toutes comprises sous la dénomination * commune d'otite externe. Itard (i)Jni-même, qui parle d'une otite externe purulente, ne fait pas ime mention spéciale de ce phlegmon aigu, et indique deux autres états pathologiques tout à fait étrangers au méat externe. Il confond sous un même titre Térythème superficiel qui envahit le conduit quand un érysipèle se développe aux joues et au cuir chevelu, et Técoulement de pus produit par une carie osseuse avec ouverture fistuleuse dans la longueur du méat. Ainsi se trouvent réunies une pblogose superficielle de la peau et une altération des os et du périoste, sans que cet auteur fasse mention de la phlegmasie aiguë du tissu cellulaire. Cependant une des observations qu il cite dans ce chapitre se rapporte parfaitement au phlegmon ([ue je viens de décrire. Le fait qu*il raconte est en désaccord avec sa classification , et ses caractères qui n ont pas été reconnus auraient dû porter Itard à le placer ailleurs.
Krukenberg a donné une description de la phlegmasie du tissu cellulaire du méat externe, mais il est facile de voir (|u'il ne Ta observée qu'imparfaitement.
Cette affection aiguë dure ordinairement de trois a sept jours. Elle se termine toujours par suppuration , lors même qu'un traitement convenable est parvenu A modérer la vivacité de l'inflammation (2). Les sangsuessont le moyen le plus certain d'y parvenir, ainsi que les cataplasmes émollients, mais Tabcès ne s'en (orme pas moins. £n somme , ce plegmon aigu des parois du méat
(1) Traité.eic. t. I. p. 182.
(2) Je ne saurais admeUre cette assertion. Tous les Jours Je ¥oîa des malades chez qui rinflammation phlegmoneuse de la peau et du lissu cellulaire du méat audilif se trouve arrêtée par un traitement convenable; il 7 a résolution : Tengorgement des parties affectées se dissout peu à peu. et au bout de huit à dii Jours il n^en reste plus de traces. P. M.
est une chose assez rare, et même je puis dire que c'est une des maladies les plus rares de Tappareil auditif (i).
Le froid en est la cause la plus évidente. Ainsi, lorsque la tête échauffée, haignée de sueur, se trouve exposée tout à coup à un courant d'air frais, on voit survenir les symptômes de début dont j*ai parlé; le plus souvent, une oreille seule est affectée de phlegmon, quelquefois. cependant les, deux méats sont pris en même temps, et la maladie suit la marche que je viens de décrire.
Son pronostic est favorable, quelle que soit, du reste, la violence des douleurs qu éprouve le malade. Ainsi que je lai dit, cette affection se termine toujours par suppuration, le pus s'écoule dans le méat et de là au dehors, et ce flux dure très peu de temps, lors même que Ton omet toutes précautions à cet effet. Il arrive assez souvent que louïe est affaiblie parce que le phlegmon qui se développe un peu profondément dans le méat donne presque toujours lieu à un épaississeroent du tympan. Enfin, cette phlegmasie du tissu cellulaire n'entraîne une .altération de la partie osseuse du conduit auditif que chez les individus d'une mauvaise constitution , et chez lesquels le périoste s'enflamme très facilement.
Le traitement de cette maladie aiguë doit consister dans l'emploi méthodique de tous les moyens capables de favoriser la suppuration. La nature, dans cette circonstance, se débarrasse spontanément du pus formé; il coule dans le méat, et l'abcès se vide facilement. Quand le phlegmon a peu d'étendue, qu'il y a peu ou point de fièvre, et que les symptômes locaux sont modérés, on doit se borner à couvrir l'oreille de cataplasmes émol-
(1) Je ne pais partager cette maDÎére de Toir. Tai rcDContré très souvent des abcès aigus, et ce quUl y a de remarquable, c^est que certains ittdiTidas 7 sont très dbposés. Une domestique qui a été longtemps au service de M. Itard , et que j^ai soignée depuis la mort de ce'médecin célèbre, a éprouvé, dans Pespace de quelques années, plus de vingt abcès phlegnoneux dans les méats. P. M.
i^U MALADIES DE L OREILÎ E EXTEHNE.
lt6Dts, (le fomentations et autres topiques analogues. L*abcès s ouvre de lui-même. Mais quand Tinflammation a pris un plus grand développement, que la majeure partie du méat est envahie, qu'il y a des douleurs aiguës, delà fièvre, alors il est utile do faire une saignée, non pas générale, mats locale; on met dix à douze sangsues autour de Toreille, on entretient Técoulement de sang au moyen de lotions chaudes, jusqu'à ce que le malade se sente soulagé, puis on recouvre loreille de cataplasmes émollients, on instille de Thuile d'amandes tiède dans le conduit auditif, et Ton renouvelle ces applications jusqu'à ce f|ue l'abcès s*ouvre (i). On reconnaît qu'il en est ainsi à lj diminution subite des accidents et à l'écoulement' d»i pus. Il faut continuer encore les mêmes moyens de traitement, et cela jusqu'à ce que la tension douloureuse de l'oreille ait disparu. L'abcès se ferme de lui-même. (>n a soin d'enlever la matière liquide et les croûtes qui se forment dans le méat au moyen de lotions faites doucement, d^injections poussées avec pruder^ce. Le malade doit se couvrir peu pendant la période aiguë de cette af- • fection ; il doit prendre d^s aliments légers , et se purger chaque jour avec des substances salines, afin de diminuer la congestion qui se fort vers la tête. Cette maladie disparaît promptement et sans laisser de traces notables. Quelquefois , cependant, le voisinage du phlegmon a donné Ken à une inflammation légère du tympan, et
(1) Je BOYMspM pourquoi Foq «UettdratI cette MiTertwesfeBteBéeb J'ai rhabitvde d'ouvrir tous les abcès aigus que Je rencontre , et Je ne pense pas quUl y ait aucun motif capable d'en empêcher. €ette maladie est très douloureuse ; il faut donc hâter sa terminaison, et nul moyen n'est plus efficace que la pointe d'un bistouri. Je me sers d'un instrument de ce genre, à lame très étroite , et Je l'enlbnce dans la tumeur avec les précautions qu'exige sa position ptus ou moins profonde dans le méat. Le pus sort aussitôt, Mncision elle-même fournit du sang, et le malade est soulagé instantanément. Je ne sache pas qu^l existe aucune objection raîsonnabte contre cette pratique. P. M.
'INFLAMM. Di: TISSU CELLUL. Dl CONDUIT AUDITIF. 135
alors il Faut traiter cette complication par les moyens que jlndiquerai plus tard.
Observation XXIV. — Le docteur CM..., grand et robuste, éprouva tout à coup, le i^ avril, et sans cause appréciable , une douleur légère dans 1 oreille droite. (I n'y donna que peu d attention. Le mal continua les jours suivants, îl survint des bruits, et enfin un léger écoulement d'une matière séreuse mêlée de stries de sang. Les douleurs devinrent de plus en plus vives, et le 6 avril elles avaient une telle intensité que le patient passa trois nuits sans dormir. Il y avait de la fièvre. On appliqua un grand nombre de sangsues autour de Toreille, on mit des vésicatoires , on fit des injections calmantes, et le tout en vain. Le pavillon était tuméfié, douloureux au toucher, et le méat fermé par le gonflement de ses parois. Je fis appliquer de nouveaux cataplasmes émollients, on instilla de ITiuile dans le conduit auditif, et j'engageai le malade à prendre de fréquents purgatifs. Ces moyens eurent un succès complet, et, vingt-quatre heures après leur emploi , le malade put doroûr tranquillement. Après une nuit de repos; je trouvai le conduit rempli d'un pus épais , crémeux , les parois s^étaient affaissces, mais je n'osai pas faire d'injections dans la crainte de ranimer les douleurs. Le malade n'entendait pas ma montre au contact, et très probablement le tympan était enflammé, mais je .ne pus m'en assurer en raison de la vive sensibilité des parties phlogosées. Il faut dire qu'avant la maladie, cette oreille était affectée d'une surdité notable. Le 15 avril, le malade étant sorti en ville, éprouva de nouveau des douleurs aiguës accompagnées diiisomuie; cela dura jusqu'au i4, elles cataplasmes procurèrent du soulagement. Un peu plus tard , le malade ayant recouvert l'oreille avec un sachet rempli de fleurs de caraomille, les accidents reparurent enore; mais on remplaça ce sachet par uit simple hng^) ^ ^^ calmé se réta-
135 maladiils de l'oreille externe.
blit. La suppuration cessa peu à peu , les parois du méat reprirent leurs dimensions régulières , mais je trouvai le tympan opaque, blanc, et la surdité persista. Le malade trouvant qu il entendait comme avant le développement de ce phlegmon aigu, ne voulut pas quon s'occupât davantage de son oreille.
Observation XXF, — Un jeune homme de vingt ans, sortant d'un appartement où il avait très chaud, au milieu de la nuit du 1 2 août, marcha tête nue dans la rue^ et se coucha bientôt après, sans ressentir aucune douleur d'oreille. Il dormit tranquillement; mais à son réveil, le i3, les deux oreilles étaient le siège d un bourdonnement aigu et d'élancements douloureux qui envahissaient la tète. La nuit suivante fut très mauvaise, fièvre vive, agitation extrême, et les douleurs d oreilles deviennent si aiguës que le malade se fait appliquer douze sangsues de chaque côté. Ce moyen eut un plein succès pour l'oreille droite, et elle se trouva guérie; mais la gauche conserva une douleur piquante au fond du méat , elle persistait encore le 1 6 août. Elle devenait plus vive dès que le malade remuait les mâchoires. Il lui semblait avoir un bouchon dans le méat. De plus, Fouïe était très faible, il éprouvait des bourdonnements considérables, lalangue était saburrale, l'appétit nul, et un malaise général se faisait sentir. Au moyen d'un émétiquc, je fis disparaître la complication d'embarras gastrique, mais celte secousse n'eut aucune influence sur le phlegmon des conduits auditifs. Quelques purgatifs furent administrés avec tout aussi peu de succès, et le gonflement des parois du méat resta le même. Je prescrivis des cataplasmes émollients sur l'oreille gauche. Ces applications chaudes augmentèrent les douleurs , mais ou les continua cependant; et le 20 août , labcès s'étant ouvert tout à coup, le méat se trouva baigné de pus sanguinolent. Le gonflement des parois diminua, le sentiment dépression disparut ainsi que les bourdonnements.
INFLAMM. DU PÉRIOSTE DU CONDUIT AUDITIF. 1S7
Quand je pus voir le food de Toreille , je trouvai le tympan en bon état. L abcès se vida peu à peu , et le huitième jour il ne restait plus rien de cette maladie si douloureuse; Touïe était redevenue excellente.
D. — Inflammation da périoste du conduit auditif. (Inflammation métastatique.)
Cette maladie se développe ordinairement tout à fait à l'insu du malade. Si Ton examine le conduit auditif, on remarque dans sa profondeur une saillie pointue, rouge, qui s^ouvre à son sommet et verse dans le méat une certaine quantité de pus brunâtre , épais et fétide. Cette matière s accumule dans le conduit et trouble Taudition. Si on Tenlève avec soin , Touïe devient meilleure. En introduisant un petit stylet courbe dansTouverture qui fournit le pus, on arrive à quelque suriace osseuse dont l'altération est manifeste. Le mal est souvent vers la région mastoïdienne, dout le périoste est envahi par riuflammatioii profonde. On trouve de temps en temps , parmi la suppuration, des fragments osseux, de petites exfoliations qui se détachent, ou qui doivent être exiraitiîs avec des pinceç. Quand ces esquilles osseuses sont enlevées et que, par suite des efforts de la nature, ou par un traitement approprié , le mal s'arrête, il se forme une cicatrice et la guérison est complète. Quelquefois il arrive que cette cicatrice produit un rétrécissement considérable du méat, et il en résulte une surdité par suite de la rétention du cérumen ou de toute cause analogue. On a vu le méat oblitéré pai* un travail de ce genre.
Cette maladie commence évidemment parle périoste delà portion osseuse du coinluitauditif externe. Cependant on la vue se développer à la suite d'une altcrutioi» plus profonde , par exemple, quand le rocher ou lapophyse mastoïde sont frappés de nécrose. Cette maladie
iSê MALADIES DE LOUKILLE EXTERNE.
ri a été décrite par personne jusqu'ici. Itard (i) n'en fiait pâ9 mention, même dans ]e chapitre où il traite de lotorrbée symptomatique ou idiopathique, de celle qui dépend de la carie des cellules mastoïdiennes ou du rocher lui-même. Il dit en passant et sans s'y arrêter que le canal osaeux peut prendre part à Tallérttiion d« ces parties profondes, et il n en parte pas lorsqu'il traite de la surdité par métastase. Au reste, les observations qu'il a publiées sur ce point n'ont que peu de valeur, car il est aisé de voir qu'il n'a pas exploré le conduit auditif de façon à prendre tme idée exacte des altérations locales qui constituent cette maladie.
Le diagnostic de cette affection ne peut. s'étabHr qu'après avoir sondé la fistule et reconnu la lésion du tissu osseux. Cette lésion consiste en une surface inégale , raboteuse , molle; la peau environnante est saine , et if en est de même du reste de Forgane, à moins qull ne soie affecté de quelques complications particulières.
Cette maladie snrt toitfonrs une marche lente, chronique; il fant des années po«rqu*ellc atteigne sa tcrmî» naison favorable par suite d'une heureuse modifioftion survenue dans la constitution générale de l'individu , on par Teffiet d'un traitement approprié. Les exfoliations osseuses cessent peu h peu, la cicatrisation s'opère, et lotorrhée qui existait depuis longtemps (fisparalt enfirt. L'examen de l'oreille feit voir robirtératîon du trajet fi»tulcux.
La carie de la portion osseuse du nïéat se rencontre surtout chez les sujets scrofuleox , particalièremest pendant qu'ils sont en bas âge. Je ne possède aucun feit asse« concluant pour autoriser à dire que la goutte ou la syphilis ont donné lieu à des accidents <fe ce [;enre. Mais il y a deux affections éruptives aiguës , la scarlatine et la
(1) Traita, etc. 1. 1. p. 2tf7et seq. t. II. p. S79.
INFLAMM. Dl' PéRIO.^rÉ Dr CONDUIT AUDITIF. !3§
rougeole, qui ont une influence directe sur le ddvelop- I émeut de cette maladie de roreiile. La variole a également donné Heu à ces altérations du tissu osseux , moins fréquemment pent-élre que les deux autres exanthèmes , mais avec autant et plus d'énergie.
Le pronostic de cette maladie est toujours filcheux. Bien qu'elle affecte plus pnrticulièrement les jeunes sujets, et que les bénéfices d'une constitution qui se perfectionne en se développant doivent être pris en grande considération, il nVn est pas moins vrai que ce genre de lésion a un caractère grave. Si Ton parvient , par un régime convenable et un bon traitement, à modifier le tempérament lymphatique exagéré, on voit l'oiorrhée diminuer peu à peu , Texfoliation osseuse se faire d'ellemême et la cicatrice achever la guérison. Si au contraire le mal a pris un développement considérable, s*il s'est fait unecoarctation du méat, et que son diamètre soit effacé pinson moins complètement, le pronostic exigera une plus grande réserve, car il est difficile de savoir jnsqu à quel point s'étend roblitcration et quelles sont les altérations consécntf\*es qui ont envahi le tympan ou la caisse. L'essentiel, en pareil cas, cestde s'opposer autant que possible à cette occlusion du conduit , et d'employer en temps utile tous les procédés de dilatation que fart possède.. Quand le méat est oblitéré » (m peut dire que U maladie eii isciirable.
Le traitement de cette maladie consiste 3urtout dans la Dunlification qu il faut faire subir à la constilutioo du ttalacie. C est là le point essentiel. Pour \es sotna locaux, ils consistent en injections et autres précautions de propreté. On enlève les fragments osseux qui se détacfaent ^ <m le« entn^e avec des pfiices, et qoekpief ois, mais rare^ ment,itfaut élargir Touverture par où ils doivent sortir. Je rejette coaàpk'tement^e ma pratique les teintures acres at itrîMmtts MnHffitHes «t altribu*, bie» à tort, b prophM
lAO MALADIES DE l'OREILI.E EXTERNE.
de hâter les exfolia tions osseuses. Krukenberg assure avoir retire de bons effets de l'usage intérieur d'un mélange d'acide phosphorique et d^assa-fœtida, mais je crois devoirme bornera faire mention de ce fait singulier sans m'en porter garant. Habituellement « lorsqu'une portion d'os s'est détachée, la cicatrice du méat se fisiit avec promptitude , quand toutefois la cachexie scrofuleuse s'est améliorée. Les oblitérations du méat survenues par suite de cette espèce de maladie doivent être traitées de la manière suivante. On se servira d'un trois-quarts à hydrocèle , et l'on tâchera de l'introduire dans le conduit auditif, en ayant le soin de le diriger dans le sens de la courbure naturelle de ce conduit. On poussera le trois-quarts avec précaution jusqu'à ce que l'on sente qu'il n'y a plus de résistance. C'est là le signe qui indique que Ton est parvenu au-delà de la partie oblitérée. L'instrument étant retiré, on élargit l'ouverture en y faisant une incision cruciale au moyen d'un bistouri, on ret-ianche même les angles saillants de cette incision, et on cautérise les surfaces avec un crayon de nitrate d'argent pour amener la cicatrisation.Toutceci ne se faitbien que quand l'oblitération est charnue, étroite et sans épaisseur (i); mais quand elle
(1) 11 est à TegreHer que M. Kramer n^ait cité aucuo fait k Tappui des préceptes quHl doone dans ce paragraphe. Ildit bien, k la fin du chapitre, qu^il n^a pas d^observations complètes, parce que les malades n^ont pas eu la patience d^attendre la guérison ; mais il aurait pu indiquer les résultats précis des diverses opérations qu^il a pratiquées. Pour moi, voici ce que Je puis dire. Les rétrécissements du méat, sans lésion du tissu osseux, cèdent assez bien aux corps dilatants, aux cautérisations, aux douches prolongées. Quand la paroi osseuse s*est développée et a envahi le méat, je n^ai Jamab obtenu aucun succès d'un traitement quelconque, k plus forte raison quand le canal était oblitéré. Je ne conseillerais k personne de perforer cette cloison solide, à moins que les deui oreilles ne se trouvassent précisément dans le même cas. Si Ton avait alors la certitude que les trompes fussent libres, que les caisses eussent conservé leur capacité normale, si la sensibilité des nerfs acoustiques était évidente, et que Tobstacle situé dans le méat fût le seul, alors, en effet, on pourrait tenter de trépaner eeUe ossification , et peutsélre en résulte-
INFLAMM. DU PÉRIOSTE DU CONDUIT AUDITIF. \Ui
esl plus longue, que sa structure est plus ferme, quelle a acquis une consistance presque cartilagineuse, on éprouve beaucoup de difficultés. L'opération alors devient très douloureuse, la plaie est sensible, et tous les efforts du chirurgien ne parviennent pas à empêcher un nouveau rétrécissement. On se sert de cordes de boyau ((ue Ton enduit de pommade contenant du zinc ou de l'acétate de plomb, on touche les surfaces avec le nitrate d'argent; on emploie même Téponge préparée, coupée en fragments très minces ; mais tous ces moyens réussis* sent rarement. On augmente peu à peu le volume des cordes de boyau, on en tait tout autant pour Téponge; mais cette dernière substance, qui se dilate très promptement, sort du méat, et cause d'ailleurs tant de douleurs qu'elle est supportée avec beaucoup d'impatience par les malades.
Lorsque l'écoulement purulent persiste, on peut en conclure qu^il y a encore quelque portion d'os nécrosé, et Ton doit examiner avec soin le fond du méat pour découvrir le point malade. Si l'ouïe est faible , on doit s'assurer de la cause de cette surdité et y remédier autant que possible. Souvent cela dépend de l'étroitesse du méat ou bien encore de l'altération du tympan.
Je ne puis joindre à ce chapitre quelques observations à l'appui, parce que les mala4es que j'ai traités n'ont jamais eu la patience de rester entre mes mains jusqu'à guérison complète. Cette affection est toujours très longne et le traitement n'est presque jamais suivi jusqu'à la fin.
nit-il quelque aTantaf^e pour le malade* Mais que de précautions à prendre dans un tel diagnostic , et que de motifs il faudrait atoir pour se décider à faire cette opération ! P. M .
i&2 UALàOlËS DE l'oREILUS EXTERN^:.
g S. — HalaAes die la wmmmÊhrmne te tjwmptm.
fia position profDiide de cette membrane , en la soustrayant à Tetamen des observateurs, a Fait admettre, sur les maladies dont elle peut être afFectée , les opinions les plus singulières, les hypothèses les moins Fondées; et pour mon propre compte, j'ai longtemps pensé que cet organe ne présentait pas d'altérations qui lui appartinssent directement.
Willis (i)est le premier qui ait parlé de quelques aF- Fections imaginaires du tympan. Sa juste célébrité donna un grand crédit à ces suppositions, on les adopta comme réelles, et personne ne songea à examiner des assertions qui auraient eu besoin de preuves. Cet auteur raconte qu'une personne digne de Foi lui a dit avoir connu une dame très sourde qui ne pouvait faire la conversation que quand elle se trouvait dans une chambre oh Ton battait un tambour. Il dit encore qu'il a appris qu'un sourd comprenait tout ce qu'on lui disait quand on sonnait les cloches d'une église voisine de sa demeure. Willis conclut de ceci que ces deux personnes avaient un relâchement de la membrane du tympan , et que le son éclatant du tambour et des cloches donnait à cet organe le degré de tension nécessaire pour entendre ta voix. Les Faits qui servent de base à cette théorie sont malheureusement incertains, il ne les a pas constatés lui-même, il n'a pas vu ce relâchement de la membrane avant les bruits en question , et sa tension sous leur influence.
Les signes physiques seuls ont quelque valeur dans l'étude des maladies du tympan. Celte membrane est accessible à kl vue dans presque toute son étendue ; rien n'est plus Facile que d'apprécier son état brillant, sa transparence, son opacité totale ou |)ariielle; on peut
;1; De anima bruiarum. Opéra omaia, pars posterior. p. 108.
MAL49JE8 PIS L4 BiEMJ|B4ME W TYMPAN. lAI
voir sa concavité et reconiuittre Its chao|[«oitnu du# A une auçmeotatioa d épaisseur. Or, Willis et U>u«'c6us qui ont adopté ses hypothèses o ont jamais essayé d'étudier les caractères physiques de cette membrane , par conséquent on ne peut attacher aucune importance à leurs as* sertions. J'ai vu des personnes très sourdes chez lesquelles un bruit perçant déterminait une diminution notable de la surdité ; et chez elles , dans le moment même où louîe était plus mauvaise , le tympan était luisant » sec, transparent, concave, très tendu par conséquent, et tout à fait dans les conditions normales.
Du Vemey (i) et quelques autres auteurs ont pansé que le relâchement de la cloison tympanique était la conséquence d'une otorrliée chronique comme on en voit quand la peau du méat est enflammée et gonflée. J ai pu, dans un très grand nombre de cas de ce genre» constater que le tympan avait sa tension ordinaire. Quand il est lui-même enflammé, on le trouve épaissi , rouge, opaque; mais jamais je n ai aperçu aucun signe de relâchement
Suivant Saissy (2), cet état de relâchement du tympan survient à la suite de la destruction du muscle tenseur de cet organe; mais il oublie que la cause qui a agi sur ce muscle a dû agir aussi sur le tympan lui-même. I! attribue ce même phénomène à une oiorrhéc chronique et à une hydropisie de la caisse. Ces assertions ne sont fondées sur rien. I/faydropisie de loreille moyenne, si elle existait, aurait certainement pour résultat de tendre le tympan en le poussant an dehors.
Beck (3) admet qu'un éternument violent peut déchirer le tendon du muscle externe du marteau. Par suite de cet accident, le tympan tombe alors dans le méat à la
(1) Traité de Vargam de l'ouïe, p. 175.
(3) Eeeeti iwr U$ fMladiei de l'oreille interne. 1827. p. 41 .
(3) Krankheiten de$ Gehiror§emt. p. SfelOelseq.
ikk MALADIES DE L OREILLE EXTERNE.
manière d'un sac , et la chaîne des osselets ne peut plus conserver sa position naturelle. Ces idées sont J3urement imaginaires, aucun fait ne peut être invoqué à Tappni, et jamais anatomiste n'a eu Toccasion de constater par In dissection cette rupture tendineuse, pas plus qu'il n'est arrivé à un chirurgien aufiste de voir cette procidence en forme de sac de la membrane du tympan. Beck ap-. puie son hypothèse sur des considérations théoriques sans aucune valeur. De plus , il disserte longuement sur rinfluence fâcheuse que Touïe subit de la part du vent du nord, sur l'action de Tair humide, etc. On ne peut se refuser d'admettre que ces causes contribuent puissamment à produire les maladies catarrhales de loreille moyenne et même les affections nerveuses; mais dans tous les cas où j'ai pu examiner le tympan, je n'ai jamais rencontré aucun phénomène indiquant un relâchement de cette membrane , ni aticune autre variation dans sa forme générale.
Beaucoup d'autres auteurs ont décrit ce prétendu relâchement de la cloison tympanique , mais sans rapporter jamais aucun fait à lappui. Ainsi Leschevin , Gniditsch, Jos. Frank, Riedel, Vering, etc., copient ce qu'ont dit leurs devanciers; ils acceptent sans examen le témoignage de ceux qui ont parlé de ce qu'ils n'avaient pas vu, et se montrent non moins crédules à propos d'une maladie tout aussi hypothétique. L'excès de tension du tympan a dû figurer dans tous les écrits de ceux qui ont admis son relâchement. Ils inventent des causes pour expliquer ce phénomène ; ainsi la contraction permanente et spasmodique du muscle interne du marteau est décrite comme l'agent direct de cette tension de la membrane, ils ajoutent que le vent chaud et humide peut diminuer ce spasme et rendre la surdité moins forte, et ils créent ainsi une pathologie complète, causes et effets, à laquelle il ne manque que la réalité.