INFLAMMATION DB LA TROMPE D EUSTACHI
bouche. Cependant ce dernier remède^ continué avec persévérance, produisit des effets très sensibles sur les intestins, sur les reins et sur la peau.
Dans les circonstances de ce genre on ne doit pas s'étonner de Finsuccès, car dès que la corde de boyau était enlevée, la membrane muqueuse de la trompe se gonflait de nouveau et devenait un obstacle à la pénétration de Fair dans la cavité de Toreille moyenne. Fallait-il donc perforer le tympan pour remédier à cette occlusion permanente de la trompe? Mais il est infiniment probable que la maladie de ce conduit s'était projiagée dans la caisse, et ces motifs m'engagèrent à abandonner le u*aitemenl et à considérer cet état comme incurable.
Observation XLIX. — M. le capitaine W..., âgé de trente-huit ans, d'une constitution robuste, d'une santé excellente , est affecté depuis quelques années d'une surdité qui a d'abord occupé l'oreille gauche, et qui, plus tard , a envahi la droite. Les bourdonnements ont toujours été très forts dans la première et très faibles dans la seconde. Le malade a fait usage de bains russes en grand nombre, de saignées, de sangsues, de purgatifs drastiques, et enfin de calomel poussé jusqu'à la salivation. Tous ces traitements divers n'ont pas eu d'action sur la maladie, qui a toujours fait des progrès.
Je trouvai les deux conduits auditifs en ti*ès bon état , la membrane du tympan transparente et briHante; mais les deux trompes étaient obstruées au point de ne pas permettre à lair d'arriver dans la caisse, bien que le malade affirmât qu'il sentait ce fluide pénétrer dans cette cavité. La bouche était très humide , le voile du palais offrait de la rougeur et de la luméfaction ; enfin , il y avait des bourdonnements considérables dans les deux oreilles. Bu cùté gauche, ma montre n'est pas même entendue au contact, à droite elle l'est seulement à deux centi* mètpes.
270 MALAD1B8 DB l'oREILLE MOYENNE.
Je prescrivis un régime sévère, beaucoup d exercice, et je fis prendre à ce malade de fortes doses de sel ammoniac J'administrai plus tard la teinture de boucage (i), laloès, et je donnai des gargarismes composés avec une foule de substances astringentes. Ce traitement, continué avec beaucoup de persévérance pendant près de quatre mois consécutifs, n'eut aucune influence appréciable sur Tinflammation chronique delà bouche, et du voile du palais, et iabondante sécrétion muqueuse de la gorge ne fut modifiée en rien. Il esta noter que le malade n avait jamais éprouvé la moindre douleur en avalant.
Cet insuccès me fit penser que je ne réussirais pas mieux à combattre l'état local de la trompe d'Eustachi. Je commençai le traitement par l'introdution d'une corde de harpe de la lettre E, puis je remplaçai cellen^i par une corde de guitare du même numéro, puis successivement, par des cordes de violon d'un volume déplus en plus considérable. J'arrivai ainsi jusqu'à la corde de harpe delà lettre A, et je parvins à l'introduire, ainsi que les précédentes, jusque dans l'intérieur de la cavité de l'oreille moyenne. Cependant je dus retirer promptement cette dernière, qui, en se gonflant, donnait lieu à des douleurs extrêmement vives.
J'essayai d'ajouter à ces bougies différents remèdes sous forme de pommade , j'enduisais ce eorps de laudanum de Sydènham , de sulfure de mercure, de sulfiate de sine, et d'une solution de ce même métal. Ces choses ne produisirent aucun bon efl^et. Dès que je retirais la corde de boyau, le canal se refermait subitement, et îln'a ja-
(1) Il y a dans le texte , tinetura pimfiinellœ. Sans Touloir étal^ ici une érudition facile , Je dirai qae la plante de ce nom est une ombellifére dont les propriétés n^ont Jamais été en grand honneur parmi les tiiérapeMtîstes polypharmaqaes. S'agiraît^l, au contraire, de la fimpte^ nelie , eipéoe de rosacée dont la décoelion a? ait un grand renom chea les sectateurs de Galien ? Je ne me charge pas de trancher cette difficulté. P. M.
INFLAMMATION DE LA TROMPE d'eUSTACHI. 371
mais été possible de iaire passer une seule bulle d air jusque dans Fintéricur de la caisse. Je ne crus pas devoir pratiquer la perforation de la membrane du lyrapan,et x^la, par les mêmes motifs que j ai exposés dans Inobservation précédente. Le malade quitta Berlin non guéri et certainement incurable.
'Observation L. — Je n ai pas été plus heureux dans les soins que j'ai donnés à M.Rud..., dont l'observation, rapportée précédemment, porte le n* 38, page 1 94. Ce malade était affecté d'un rétrécissement des trompes ayant lap-» parence d'une lésion organique. La corde de boyau, introdnite dans lorifice delà trompe d'Eustachi, pénétra, sans beaucoup de difficultés, jusqu'à la profondeur de quelques millimètres; les douleurs étaient très modérées, mais bientôt l'instrument s'arrêta contre un obstacle q«i ne put être ftinchi qu'avec peine. Il me fallut pousser la bougie à différentes reprises , et je la sentis enfin qui glissait au traversd'uneouverture très étroite, sorte de rétrécissement annulaire qui n'était pas unique. Le second obstacle ne put être franchi qu'après un mois de traitement, et la bougieputalorspénétrer jusque dans la cavité de Toreille moyenne. En retirant la bougie, il sembla au malade que toutes les parties intérieures de Toreille étaient entraînées avec l'instrument, que la macpieuse se retournait et que tout allait être arraché. Il lui semblait également que le canal se resserrait à mesure qne la corde de boyau quittait cette cavité, et que l'occlusion se reformait derrière elle. Tous mes soins ne purent réussir à dilater les rétrécissements d'une manière durable, et, voyant Finutilité de ces manœuvres, je résolus de perforer le tympan. Mais cette opération ne fut suivie d'aucun succès , et il me fallut renoncer à l'espoir de guérir un mal au-dessus des ressources de l'art.
272 MALADIES DE LOEBILLE MOTENME.
C. — loflamiiialioD de la trompe d'Eiutachi, a? ec obKtératîon de oa conduit.
Cette maladie, qui est très rare, nest^accompagnéç d aucun symptôme capable de la faire reconnaître , soit à Tépoque de son début , soit pendant le reste de sa dprée. La surdité qui existe n est pas sujette à des variations , les bruits qu'on remarque queU^uefois sont loin d*étre constants', et le conduit auditif externe est ordinairement sain. Si Ton essaie de pousser de Fair jusque dans la caisse , il ne peut pas y airiver et il est impossible de percevoir le moindre bruit dans Tintérieur de la cavité tympanique. Toutes les tentatives pour passer une bougie de corde de boyau sont vaines , et dans le cas où elle pénètre daqs la trompe, ce n'est qu à peu de distance au-delà du pavillon. Quelquefois la maladie envahit le payillon de la trompe, et quand on essaie de pratiquer le cathétérisme, on ne trouve plus les dispositiooB physiques qui assurent le succès de cette opération. Le chirurgien le plus habile ne peut dire à quel endroit il convient de placer le bec de la sonde, et rien n'indique que Tinstniment s'engage dans Torifice du canal. La sonde n est pas retenue par sa présence dans un conduit étroit, et Ton ne peut la faire rester en place.
L examen du tympan, dans cette forme de maladie, ne peut fournir aucune base au diagnostic. L'altération de la trompe d'Ëustachi peut être portée à un point considérable sans qu*il en résulte aucun inconvénieilt pour le tympan lui-même. J ai déjà fait la même remarque à l'occasion de la phlegmasie de la muqueuse de la caisse avec engouement de cette cavité, et le tympan , dans le plus grand nombre des cas , ne participe pas à ces lésions des organes voisins (1).
(1) J'ai sur ce poÎDt ane opinion tout à fait opposée à celle de M. Kraner. J'ai toi^ours obser? é des altérations de forme et de couleur du
INFLAlfMATION DE LA TROMPE DEUSTAGHI. 27 S
L^oUitération de la trompe se rencontre toujours des deux côtés à la fois. Il est à peu près impossible de Savoir d'une manière positive si la surdité qui Taccompagne résulte seulement de cette lésion ou bien de quelque complication de surdité nerveuse.
La cause la plus ordinaire de cette maladie est 1 action du froid. Saissy(i)y Itard (2), Saunders (3), lattribuent plus particulièrement aux inflammations chroniques du pharynx et des amygdales , et mieux encore aux ulcérations de nature syphilitique. Je ne puis accepter le jugement porté par ces deux derniers auteurs, car Saunders n'a jamais pratiqué le cathétérisme des trompes , et ce n'est qu'à Taide de cette opération qu'il est possible de reconnaître que ce canal est oblitéré. Quant à Itard, sa manière de procéder en pareille circonstance ne peut m engager à accepter son témoignage. En effet, il place la tète du malade sur une table , de façon à ce que l'oreille soit en haut, il verse de l'eau dans le méat et le remplit , puis il recommande au malade de faire une forte expiratioB en fermant le nez et la bouche, et il cherche à constater si le liquide s'agite ou reste immobile par suite de cet
tympan , lorsque la caisse ou la trompe était le siège d^ane phlegmasie ai^ë ou chronique, -et surtout lorsque cette cavité était remplie de mucus. La face interne du tympan est doublée par une membrane muqueuse, tout comme sa face externe partage Torganisalion de la peau du méat. Les maladies de ces deux surfaces membraneuses ne peuvent manquer da se propager Jusqn^au tympan , et c^est ce que J^ai vu un grand nombre de fois. Gomment en pourrait-il être autrement ? Par quel pri- YÎ^ge la maladie sVréterait-clle précisément au pourtour de la cloison membraneuse ? Si cela se remarque quelquefois , je crois pouvoir dire que c^est par exception, et que, dans la grande majorité des cas, le tympan participe aux lésions des surfaces voisines. Il devient opaque, il change de couleur et même de forme ; et ces signes, observés avec soin, fournissent d'utiles renseignements sur les maladies de Poreille moyenne.
(1) Saaiy etc. p. 184.
(2) Traité, etc. t. IL p. 190.
(3) The anatomy and the dù$(Uê$, p. 79.
27 A MAI-ADIE5 pp J. OREILLE î^fOYEffNp.
leflbrt, D^ns ce dernier pas, il pepse qi^e la trPffipe est oblitérée; mais commue il reconnaît lui-mêipe 1^ peu de valeur dun pareil signe, il s'efforce d'y joindre tous les ri^psejguefpents possibles sur la cause et les accidents de la maladie. Rien de tout c^la p'a de valeiir jféçW^"
S^i^sy ^ fqit mieux , |[i)ais cependant il p'a pas fait asse^; i) introduit )a sonde et cherche à la faire avancer dan^ ]a trompe, ipais il se borne à cela, et, ep pareille cir- ÇQnçt^qce , il n'y a que la bougie de corde (Je boyau qpi ppi$^e pi^pétrer dans le canal rétréci et qui permette de distinguer une véritable .oblitération de la simple occlu- §iQ[) produite par di| ipuc^ji accumulé.
Qa vQi.t que l'opinion de ces aif (eurs sur l'inOuepce d^ la pharyngite et d,e l'aipygdalite, considérées compie causes de la maladie en qqestipû, n'est pas fondée sur une étii4js rigoureuse des fait9 .çt qyie l'on ne peut pas l'admetir^. Jusqu'à ce qu'une n^ain habile et exercée ait exploré, eu pareil cas, l'orifice de la trompe et Je reste dç ce conduit; jusqu'à ce que les bougies de corde de boyaii, ^n^ployée^ avec dex^érité^ ^jept dépi.pntré que Ije calibre ^fi ce canal esjt effacé et pe peut recevoir ciet instrument délicat, il est impossible de aonner quelque crédit à cette étiologje à laquelle i| manque une dén^onstri^tion péfppjptoirp.
Il nvest également impossible d'admettre le moindre rapport entre l'hypertrophie des apiygdales et l'oblitéraliiop de la trompe a JEustachi ( i ). J'ai observé un très gv^jad
(1) Je possède plus de cent observations de surdité chez des Jeunes sujets, dans lesquelles la guérison complète de la maladie a été le résultat de l'ablation d'amygdales hypertropbiées. Je ne connais pas de fait plus soljidement démontré que celui-ci, et il esit impossible de ne pas en tirer if conséquence que le gonlement des amygdales donne souvent lieu à une lésion des trompes qui entraîne la surdité. Dans la grande majorité des cas , J^aflecte de défendre tout emploi d'un remède quelconque» pour laisser à l'opération le mérite de celte guériaon remarquable, et le succès a rarement trompé mon attente. Certes , il ne s'jgit pas d^oibliiératioo
INFLAMMATION DE Là TROMPE DEUSTACIII. 275
ppp[}bf|S de personnes chez lesquell^ç ces organes avalent pris un yolume considérable^ et qui avaient ou non de la surditç ; mais dans tous les cas la trompe était libre. J'avoue ne pas comprendre comment l'accroissement plus pu moins grand de ces corps glanduleux pourrait donner lieu à loblitération de la trompç , et empêcher lair delà traverser, et j ose dire qu'aucun des médecins qui ont admis cette singulière c^use mécanique de la surdité, u^a pris le soin de pratiquer le caihétérisme du canal gqttural de loreille moyenne. Itard (i) lui-même mérite un semblable reproche , car sa manière d'explorer loreille dans les circonstances de ce genre est si insuffi- Sî^nte, qu'il n'a jamais pu y trouver les éléments d'un bon {diagnostic.
L(ç pronostic de cette maladie est extrêmement grave, et, selon p^oi, l'oblitération du canal doit être considérée ponome une lésion incurablç.
Saunders et |tard pensent que la perforation de la membrane du tympan est le seul moyen de remédier à une pareille altération de l'oreille moyenne. Les observations rapportées par ce dernier auteur (2) sont loin de prouver la grande efficacité de ce remède, car la plupart de ses opérjations oiit été suivies d'un succès insignîBant.Mais ilfeut remarquer d'abord qu' Itard n'a pas l'avantage d'avoir établi bien clairement le diagnostic de la maladie qu'il a traitée. Pour moi , je pense que cette opération n'a aucune utilité dans cette circonstance, et qaun médecin prudent doit s'en abstenir. ,0n devra se rappeler que l'inflammation qui a existé dans la trompe, et qui Ta oblitérée, na pas
de la trompe, et la discussioD que soulève M. Kramer n^est pas iâ & sa place. L^amygdalite et ses suites, relathement à Toreille moyenne, doi* vent figurer dans Particle précédent, et, suivant moi, cette maladie y Joue oD rôle très important. F. H.
(1) Traité, etc. t II. p. 174.
(S) Trafic, etc. t. IL p. 9Û(^Hi.
^lÙ MALADIES DE L OREILLE MOYENNE.
pu se localiser au point de ne pas envahir la membrane muqueuse de la caisse , et que cette cavité doit être afiectée de lésions qui rendent les suites de lopération plus que douteuses.
Saissy (i), dont le diagnostic manque également de précision , a pris un parti que tout médecin prudent s'abstiendra de suivre. Il a osé enfoncer dans son cathéter un stylet pointu et perforer, à laide de cet instrument dangereux y Tobstacle qui existait dans la trompe. Il n a pratiqué cette opération qu'une seule fois, et encore, après avoir franchi un intervalle de 1 3 à 1 5 millimètres , il crut devoir s'arrêter et laissa son œuvre incomplète. Je ne conseillerais à personne d'imiter cette manœuvre téméraire. Saissy parait attacher beaucoup d'importance à l'invention de ce procédé opératoire, mais je ne vois pas quelle gloire pourrait lui en revenir. L'opération est tout à foit impraticable. Le cathéter, qui sert à conduire le stylet pointu , donne par sa courbure , à cet instrument, une direction qui n'est pas en rapport exact avec celle du canal malade; et enfin, dans le cafs où l'oblitération existerait à l'orifice même de la trompe, dans le pavillon , il ne serait pas possible de maintenir l'instrument en (ace de Touverture présumée. On voit par là combien il est dangereux d'enfoncer ainsi , au hasard , un instrument piquant dans une région où il existe beaucoup d'organes qu'il importe de ne pas blesser.
Tout ce que je viens dédire sur la nature et la position de cette maladie de la trompe, indique suffisamment le peu de valeur qu'il faut attribuer aux idées de Th. Perrin sur le traitement de cette affection. Ce médecin a voulu appliquer aux oblitérations de la trompe d'Eustachi les appareils inventés par Ducamp pour la guérison des rétrécissements de l'urètre. Quelque modification qu'on
(1) Kiêaiy etc. p. iW.
INFLAMMATION DE LA TROMPE d'eUSTACHI. 277
suppose, il sera impossible d'en venir à bout, et je regarde cette idée comme une simple rêverie.
Suivant moi y l'on doit abandonner cette maladie à elle* même, car tout 'traitement est inutile. Une étude approfondie des conditions matérielles de cette lésion de la trompe, Tobservation attentive des faits, pourront peutêtre mettre sur la voie d'une méthode curative douée de quelque efficacité en pareil cas; mais il doit m'étre permis de douter que l'on y parvienne jamais.
Observation LL — Madame la comtesse Von K..., âgée de soixante ans, d'une constitution excellente, est afFectée, depuis plus de vingt ans , d'une surdité considérable qui n'a jamais offert de variations notables dans son degré d'intensité. La malade a pris beaucoup de bains russes, elle a essayé une foule de médications diverses , sans aucun bénéfice; et les bourdonnements dont elle est tourmentée n'ont pas même diminué sous l'influence de ces moyens plus ou moins énergiques. Cette dame était très convaincue qu'il lui était possible de faire arriver l'air dans la cavité de l'oreille moyenne, mais il ne me fut pas difficile de lui démontrer que c'était une erreur. J'essayai vainement d'injecter de l'eau dans les trompes , les douches d'air n'eurent pas plus de succès, et une corde de boyau, du plus petit diamètre, ne pénétrait pas à plus d'un ou de deux centimètres de profondeur dans la cavité de la trompe. Il était évident que ces deux conduits étaient oblitérés. Je trouvai les deux méats externes parfaiiement sains , les tympans offraient toutes leurs qualités normales; mais j'ai vu si souvent ces membranes exemptes de toute altération, lors même que la muqueuse de la caisse était profondément altérée, que je me suis bien gardé de croire à l'état d'intégrité de cette dernière. Je ne me suis pas du tout cru autorisé à tenter la perforation de la cloison tympanique, vu le peu de chances de succès que présente cette opération. En couséquenoe,
278 MALADIE^ DE LOitEILLk MÔTENNE.
j*£ri déclaré à cette dame que la maladie était absolument au-dessus des ressources de iart, et je me sùiâ abstenu de tout traitement.
Ui caisse*
Il s'agit ici de la maladie que la plupart des auteurs ont désignée sous le nom d'otiie interne. Elle se présente sous deux aspects bien différents , et ces deux formes principales ont une march/e et des caractères anatomiques que Ton ne peut pas confondre dans une description conunune.
A. •« I^orme aiguë de IBaflammation profoiuie de U caisse.
Le malade affecté de cette sorte déphlegmasie ressent des douleurs aiguës qui n'occupent ordinairement que Tune des deux oreilles, il éprouve des accès fébriles aveb des redoublements le soir et la nuit, et qui s'apaisent un peu le matin; lesdouleui*sprésententunefouledenuances individuelles, elles sont tour à tour piquantes, déchirantes, brûlantes; elles s'étendent jusqu'au pharynx et s accompagnent ordinairement de bruits très intenses. La perception des sons extérieurs est douloureuse, et bientôt le malade se plaint de surdité. Tous les mouvements delà mâchoire inférieure augmentent les douleurs, et quand il survient un éternument, de la toux, quahd le malade baisse la tête , il survient des élancements qui suivent le trajet des nerfs et irradient dans toutes les directions jusqu'au Commet du cràtie. Si la maladie faitde3 progrès , les douleurs occupent la région mastoïdienne , et cette partie devient très sensible à la moindre pression. Peu à peu toutes les parties qui avoisinent Toreille se trouvent envahies par le mal , et les souffrances dé viennent extrémemetlt vives. On voit alol-s la région latérale dé h
FORME AIGUË DE^L'iNFL. t^ttOFONDE bK LA CAISSE. 279
tête se tuméfier , et cela se remarque plus paHiculièrement vers la région mastoïdienne; la peau rougit, les yeux supportent difficilement la lumière, celui qui est du côté de Toreille malade est larmoyant, et cependant le conduit additif externe n'offre aucune altération notable, au moins dans le premier temps de la maladie.
Cependant le mouvement fébrile devient plus intense, la céphalalgie prend un caractère de violence insupportable, la nuit est sans sommeil , le jour sans repos, et souvent on voit arriver un délire îurieux. Le pouls est dur, très fréquent, la peau cbâudé , la soif ardente, les urines rares et rouges ; il y a de la constipation , un état atixieux , des vertiges, inappétence et tiausées.
Au milieu de ces symptômes plus eu moins violents suivant la constitution 4m malade , on voit survenir tout à coup un écoulement éè pus par h méat, la Mehnbrane du tympan s'est ouverte spontanément et labcès se vide avec promptitude par cette vole Facile. t)ans d'autres cas moins heureux, la peau qui recouvre la régioJi mastoïdIenUé rougit peu à peu, se soulève, et bientôt Ton peut constater une fluctuation qui indique que le pus cherche une issue de ce côté. Pfus tard , en effet, l'abcès s ouvre et l'on voit sortir une quantité plus ou moins considérable de pus mêlé de sang et de fragments osseux. 11 arrive quelquefois qu'on trouve les osselets de l'ouïe au milieu de ces matières rejetées au dehors ; et si l'on introduit par cette ouverture un stylet boutonné, on pénètre aussitôt dans les cellules mastoïdiennes et même jusqu'à là portion pierreuse du temporal qui parait plus ou moins altérée et comme vermoulue.
Dans les cas moins graves, les accidents diminuent d'intensité dès que le pus commence à s'écouler au dehors; la fièvre , la céphalalgie et les autres symptômes s'amendent peu à' peu- par le fait de cette otorrhée qui persiste très longtemps. Il en est de même de la ^tardité
qui est toujours le résultat des désordres graves survenus dans la cavité tyrapanique. Si le malade est d'une mauvaise constitution , si les altérations du rocher sont plus profondes, la fièvre tend à se perpétuer, elle prend le caractère hectique, le malade maigrit, les sueurs laflaiblissent , les douleurs de tête se renouvellent de temps en temps avec une graode violence , et enfin la mort arrive tout à coup par suite de quelque épanchement apoplectique dans l'intérieur du crâne ou du cerveau.
Lorsque labcès de la cavité tympanique ne s'ouvre pas au dehors , les symptômes s'aggravent de plus en plus, et presque toujours alors on voit survenir une méningite aiguë qui ne tarde pas à entraîner la mort du patient.
B, — Forme chronique de rinflammation profonde de la-caÎMe.
Dans cette forme de la maladie de la caisse , les douleurs sont moins vives, les symptômes généraux ont moins de violence, mais il y a cependant un sentiment de lassitude très remarquable. Le malade est tourmenté par des bourdonnements très forts, et il se plaint d'une grande surdité. Le tympan ne résiste pas longtemps ; il s'ouvre et livre passage au pus , qui remplit la cavité de loreille moyenne. On remarque que cette sortie du pus ne donne pas lieu à un soulagement subit comme dans le cas précédent. Les douleurs persistent avec opiniâtreté, elles partent toujours du même point et s'accompagnent souvent d'élancements aigus qui remontent jusqu'au sommet de la tète. On s'aperçoit que le patient est lourd, assoupi, son visage exprime un abattement profond , il est tourmenté par des frissons qui se renouvellent assez souvent, il éprouve un délire tranquille » et l'on voit survenir peu à peu un état comateux qui se termine par la mort.
FOBME CHRONIQUE DE l'iNFL. PROFONDE DE LA CAISSE. 281
Chez certains malades il n'y a pas dotorrhée, et les douleurs qui semblent devenir de plus en plus profondes, sans prendre un caractère plus violent, indiquent une termirïiaison fâcheuse. Le malade est languissant, il est sujet à des rêvasseries continuelles , il cherche la solitude, tient sa tête dans ses mains, la balance dans tous les sens, puis il la laisse pencher du côté de Toreille affectée, et bientôt on voit survenir le même état comateux, accompagné de quelques symptômes fébriles qui se terminent par la mort.
Chez certains individus, les choses se passent autrement. Â la suite d'une longue otorrhée dans laquelle la membrane du tympan est presque entièrement détruite, il arrive quelquefois que Fioflammation profonde se dé- . veloppe, des douleurs aiguës se font sentir et l'écoulement de pus cesse presque tout à coup. Quelquefois aussi lotorrhée u est pas supprimée, ce qui ne diminue pas le danger de cette sorte d'affection.
On voit des personnes placées dans les conditions que je viens d'indiquer, et chez lesquelles l'apparition d'une douleur aiguë et profonde dans l'oreille anciennement malade s'accompagne d'un gonflement œdémateux des paupières, surtout du côté de l'oreille affectée; puis il sui*vient un abattement inaccoutumé, une faiblesse générale , et l'on remarque des frissons et de la chaleur alternant avec une sorte de régularité périodique. Presque toujours ces symptômes sont considérés comme appartenont aune fièvre intermittente plus ou moins grave; mais bientôt le délire se manifeste, puis le coma succède à cette. excitation cérébrale, et la mort ne tarde pas à arriver. Dans ces graves circonstances , on remarque que le pouls, quelquefois fébrile, reste souvent dans l'état naturel , quelquefois même il est ralenti.
Dans les cas où l'on parviendrait à combattre ces symptômes cérébraux et à les arrêter dans leur marche, il
282 MAtADIEd ht L'OREtLLfe MdTfeNdE.
est à craindre qu'ils ne repnraissent bientôt. Le retour de la céphalalgie et des douleurs d'oreille ramène îniBÎlliblement le danger auquel le malade n'a échappé que par miracle.
L'examen cadavérique fournit des résultats semblables dans les deux formes de la maladieeif question. On trouve du pus dans la cavité de loreille moyenne, dans les cellules mastoïdiennes et même dans la partie labyrinthique de Torgane auditif. Souvent aussi Ion constate une carie des surfaces osseuses qui s'étend plus ou moinslom. Enfin on remarque que la dure-mère qui tapisse le rocher est rouge, épaisse, recouverte d'une couche de matière purulente et quelquefois même décollée dans une étendue plus ou moins considérable. On peut également observer des altérations semblables sur les membranes qui revêtent le cerveau et le cervelet; on rencontre un épenchement -purulent ou plastique entre les divers feuillets des méninges ; enfin , il s'est quelquefois établi une communication entre ce foyer purulent et la Cavité de Toreille interne et moyenne, grâce à la carie du rocher qui permet aux matières sécrétées par les parties malades de s'écouler au dehors par cette ouverture accidentelle (i).
Alard (1), qui décrit cette grave maladie, l'a désignée sous le nom de catarrhe interne aigu de l'oreille. Itard (3), qui s'en est également occupé, l'a divisée en deux espèces qu'il appelle, la première, otite interne catarrhale^ la seconde , otite interne pttrulente. D'après la description qu'il en donne, ces deux formes ne diffèrent entre elles que par l'intensité des symptômes, et rien n'indiique des caractères diflférentiels plus positifs. On comprend cc-
(1) M. Kramer a consacré un long article à ce point importaçt de la pathologie de Toreille. L'otorrhée cérébrale sera traitée plus loin, avec tous les développements que comporte la gra? ité de cette maladie.
(3) E$$ai $ur U catarrhe de VoreilU.
(3) Traitéy etc. 1. 1, p. 172. 17».