PREMIERE PARTIE
Importance de l'ouïe. — Le sens de Touïe exerce une influence considérable sur le développement intellectuel derhomme, ses lésions contribuent puissamment à lerendre'malheureux parmi ses semblables ; et sous ce double rapport , on ne peut donner trop d'attention à protéger une fonction aussi importante. Ce n'est pas la privation des jouissances musicales qui rend les sourds si mélan* coliques. Le charme de la voix humaine, la mélodie de la conversation amicale , le plaisir de cette communication perpétuelle avec ceux qui nous entourent, voilà ce qui est perdu pour celui qui ne peut saisir que quelques paroles criées à son oreille. Il fuit les réunions où ce com* merce réciproque d'intelligence n'est plus possible, il renonce à ces relations qui sont le plus grand bonheur de la vie intérieure, et sa tristesse augmente à mesure que le cercle de ses perceptions se rétrécit. Plus le malade est jeune, plus cette inârmité a d'influence sur le développement de son esprit et de ses rapports sociaux. La légèreté de l'enfance lui dérobe assez longtemps la connaissance du mal qui le frappe , mais il finit par en com* prendre la gravité et son âme en souffre davantage. Mais ceux qui sont le plus à plaindre, ce senties jeunes enfants qui ont l'oreille assez mauvaise pour ne pas entendre la voix et pour ne pouvoir parler, ou pour oublier de parler parce qu'ils n'entendent plus ce qui se dit autour d'eux. Congénitale ou acquise, cette surdité
NOnONS GI^^NÉRALES. 25
entraîne nécessairement le mutisme. Ces mulfaeureux restent plongés dans la nuit de Tintelligence. Plus à plaindre que les aveugles pour qui tout le monde se sent naturellement ému de compassion , les sourds excitent beaucoup moins d*intérét, et cependant ils en seraientbien j^os dignes , on du moins ils en auraient bien plus besoin, car leur infirmité les prive de la lumière de Tesprit qui est beaucoup plus nécessaire que celle des yeux.
Anatomie. — L'anatomie de Toreille semble arrivée à la perfection , grâce aux recherches si patientes des hommes les plus habiles. Après les travaux de Scarpa , de Soemmering , il n'y a rien à ajouter, et je considère comme inutile de grossir ce traité en Copiant^ à l'exemple cl*ltard, de Saunders, de Buchanan, les descriptions qui font la gloire de ces célèbres anatomistes. Je ne pourrais rien ajouter a ce que Ton sait sur cette matière , et personne n a pu rendre leurs descriptions plus claires et plus intelligibles que celles cjui sont entre les mains de tous les médecins instruits.
Physiologie. — Lq physiologie de lorgàne acoustique est beaucoup moins avancée. On a essayé , mais vainement, de déterminer le mode d action de chacune des parties qui constituent cet appareil si compliqué. La physiologie comparée, elle-même, est loin de fournir des lumières satisfaisantes. On manque de base certaine pour apprécier la finesse relative de Touïe. Personne ne sait ce que c est qu une ouïe fine , et Ton ne peut établit^ des degrés dans le mode d'audition de Thomme et des animaux. Il n*a pas été possible jusqu'ici de rapporter les différentes formes de surdité à certaines lésions de parties distinctes. Itard (i) a eu tort de considérer le pavillon de Touîe comme tout à fait inutile à laudition, de
(1) TMlMto. i** vfl. p. iSi.
it MAURIM DE L*0^tl4.E.
f eg^rfier la pert« de cette partie coq^o^e un wcidwi «an^ inQqenc^ ^W Touïe du l^ie^sé. Il aurftif fallu, pouraffii**^ |cper celait se livrer à des expéri^ce« çcHupacaûve» sur li| imilSHQc^ au4iûve av^ut e( après Fublatioa de cel oisgape, ef P e$t ce qm ni) pas été (ait* Kuchauau (i) tombe 49P$ Vp)(^^9 CQU^air^ IqrsqifH traite de riuflueuoe ^^§^evqfi cettp pertie surTouïe, U dit f|VQJr guéri certaines sHrdités, ep c))angeaut siiqplenieut la direction çifi pavillon , mais personne ne se méprendra sur la valeur de ces feils. On peut admettre que la forme de oet organe accessoire, ti| saillie de ses replis, la profondeur de ses cavités, peuvent contribuer à rendre Touïe plus parfaite', en recueillapt les sons d'une manière plus complète; cependant on rencontre très souvent des {personnes douées d*une grande finesse d'oreille^ et chez lesquelles le pavillon diffère beaucoup des formes qui sont regardées comme régulières et ftivorables. Il convient donc de prendre une opinion moyenne entre celles de ces deux auteurs, et de dire que Touïe la meilleure dépend très probablement du rapport harmonique de toutes les parties constituantes de l'oreille. L'importance relative de ces parties est loin d'être la ménAe. Ainsi le nerf acoustique remporte de beaucoup, sous ce rapport, sur le pavillon, mais leur bonne conformation est utile à l'exacte perception des ondes sonores. On doit considérer comme un obstacle à l'audition l'aplatissement du pavillon |)ar suite de la compression exercée par les coiffures des petits enfants. Cette mauvaise habitude des nourrices donne lieu à la paralysie des muscles de l'oreille extérieure et peut probablement nuire à l'exercice de ses fonctions. Les sauvages qui ont l'oùïe si fine, diton , doivent peut-être cet avantage à l'absence de ces coiffures si incommodes.
(1) Pkyêtol, illuiiratiimi ofiht organe ^k0Qmim$, «ts, p.W* '
fi|l)pQ|t4ÇTl^E* :t- Ces çoQ9i4ératipns sur lusuge df chacune des parties dç ^Vr^ille oqt him iKloiit4 d'inifMM^ tance que celtes qui se rattaclient aux soins conservat^lir^ de ce^ orçape§ délic^t^. l.'hygi^qp de Tprg^p^ budiiff e§| Hne çl^osç jjppt qn ^9^r^\^ s pçcqper «ip^ cessa, et aependqni op L^ H^s'iitft tovypi^rs, ^\x moÎQ^ au^ longtemps que ) op cixiit ce( organe en kw ^^^* V^^ll dç§ plus ^îpiples r^les de la prudeqce se i eipqrque cb^ t^s les hoqomes, et çependiiiit oq éviterait upe foule i\e ipaux si Top prfp^it le s^ip biep simple de sp préserver d^ Fqctipp d^d^px causes puissantes, je vapx pfirler é^ froid et du briift. Ces deux agppts sont surtout à cramdre lorsqpe lorpillp a déjà été le siège de quelqiie^ aecidepi# iofl'iipini|loires ou spires.
Le froid, ^oys qpelqpp forpae qui! soit ((ppliqpé ^^^ oreilles, agi( dp la façppla plu3 fôcheuse spripsnerfi) acoustiques et sqr |pptes }es partips constitqantes 4^ Fap? pareil auditif- S» position superQçielle et le défaut du ipoypns dp proipctiop le rendent (rès accessible à | ac* tioo d^ cette c^u^e. Qi> doit donp s ab^tepir qvpc %om dp l^yer Ipreille avec de Teau froide. \\ fapt se servir hobi^ tnellement d*eau tiède, et protéger pe| orgcinp , qunpd on prepd des bains de rivière, non seplpcneut avec du coton placé 9 rentrée du méat, mais encore avec une coiffe dp taffetas ciré. Cela est encore plus indispensable qufind m plonge, quand on reçoit des dpuches sur la tête. Le vepi froid et bumide est surtout dangereux, et il faut éviter $&m actioq par tous les moyens possibles.
Les grands bruits sopt très préjudiciables à Torgane acoustique. Le son perçant des trompettes, des cors, pt en général, des instruments de cuivre, surexcite puissamment ce sen^ , surtout quand déjà il est doué d'une grande délicatesse. (1 Test plus epcore pour les personnes dont Toreille est déjà faible. Celles qui sont tourmentées par des bourdonnements seii(eu4 le mal augpipnter sous
29 maLAoîes dé L*oiietLLE.
l'influetace île cette cause, la surdité s'accroît, et Ion àcM Féviter avec le plus grand soin.
Stmptomatologie. — Il n'y a qu'un seul symptùine (pxï soit commun à toutes les nidadtes de Toreille, sans exception , qu'elles aient leur siège primitif dans Forgane lui-mérae, ou que son altération soit sympa« thique ou consécutive à quelque lésion des organes voisins. Ce symptôme, c'est l'augmentation ou la diminution de la sensibilité de^ nerfs acoustiques. Les iritérations de l'oreille donnent toujours lieu à uu troubte de Fbuïe , et presque toujours ce trouble fonctionnel est en rapport direct avec l'intensité de la ma • ladie des organes affectés. Si, en théorie, l'on ne peut séparer la fonction de l'organe, les fbits démontrent chaque jour cette liaison nécessaire. Vering (i) et quelques autres médecins ont eu le plus grand tort d'afliruler que Fouie peut se conserver excellente chez des individus affectés, même depuis longtemps, de lésions graves des oreilles. Des assertions de ce genre prouvent combien on met de négligence dans Fexamen de ces sortes de maladies. En général, on regarde comme bonne une oreille qui permet la continuation des rapports ordinaires de la société ; on semble croire que la voix humaine, telle qu'on remploie dans la conversation habituelle, est la véritable mesure du degré d'audition dont chacun a besoin; mais deia ne peut être admis, car il y a des différences énormes entre la sonorité des différentes voix , et il est impossible de se régler sur cette chose essentiellement variable.
Les personnes qui entendent mal d'une oreille se persuadent volontiers que l'autre est excellente, et négligent êv s'en assurer d'une manière positive. Le me'decin doit
(1) AphorUtnm uber G9h€Br9trcmkhéclen. p. 13.
NOTIONS O^N^ftAI^S. 19
examÛMT cette c|uesliea importaale et se bien doaiier de garde de partager Terreui* de ceux qui croient qu'une oreille est très bonne parce qu'elle vaut un peu mieux que la mauvaise. Le moyen le plus simple d'établir la vérité, c'est de se servir d'une montre ordinaire , et de mesurer la distance à laquelle elle est eatendueu
La iàcilité avec laquelle on entend la voix ne pisut servir de règle pour mesurer 1^ finesse de l'ouïe. L'oreille n'est pas également sensible à certains timbi^s de voix , il y a des sortes d'affinités très différentes entre^ telle ouille et telle voix humaine, de sorte que Ton ne peut rien conclure de ce mode d'expérience. De ce que lo* entend bien la voix d'une personne connue, il ne s'ensuit pas nécessairement que l'on pourra saisir avec facilité un son d'un volume déterminé, par exemple, celui d'une montre, et réciproquement, celui qui entend bien une montre ne pourra pas toujours percevoir tel autre son. Cependant, comme le bruit que fait une montre est toujours le même, que l'on peut mesurer avec précision la distance qu'il y a entre l'oreille et cet instrument, on, devra se servir de ce moyen usuel pour apprécier le degré de sensibilité des oreilles. On devra noter avec spin la direction du son , c'est-à-dire , la position donnée à la montre relativement à roretlle qui écoute , et varier ces positions pour savoir quelle est celle qui est plus favorable à la perception du son. Ou devra également noter les bruits qui régnent dans l'air ambiant, et apprécier le trouble qu'ils peuvent apporter dans l'audition.
Il ne fiiut pas oublier que toutes les montres sont loin de produire un même bruit, et .que par conséquent, il est indispensable de déterminer avec précision la distance à laquelle la montre dont on se sert est entendue par des oreilles saines. Il faut donc faire de nombreuaes expériences pour acquéi'ir cette sorte de critérium. Ce sera seulement alors que l'on pôutra obtenir un résultat
SA , ifALibtKâ bÈ L'oÂÈiLLE.
èokiëittâtii. Tbtls tes tnfidecitift qui font des i*èchek*cbes clé ce gehre ddiveni âct|tiërir la ëonnaissâfice dé ce point itnportdht^ el sans lequel leurs observations h auraient ancttfië Valeur. On devra , daiis les cas de sbrditë ireis fbrtëy se set*Hi^ d'ùhë itloht^é qu une libniie oreille enlèml à une dist{&nt*è cbtisiâërabtë. Celte que J^einploie babitfliffllëKlént est éntteduè â ude distatice dé io mètres, par Éh iHâividii dont Touïe est normale, lorsqu'il règne un silënbé c6th{)Ièt daUà le lieu ôii se Fait rexpèriènce. • Pbni- t|Ue cette évalua lion ait dé la valeur, il faut qu^ou fa disse toujours tlans les mêmes circonstances. On doit (fViter dé faire l*éprëiivè après les injections et avoir soin dé |)ldcer là mbtifi*e dé la inêitie manière. Wolke(i) a CT)nstruit le premier un instrument destiné & produire uti bruit appréciable; c^est un iuarteau métallique qui totftbe d'une hâUtetir déterminée, sur une ptaqiie sonore, llard (3) é peut-être cotitiu cet instruihenl; son acoumétrë est diâ^ôSé d'àpfès le même principe et ri^offré de différence que dans les accessoires. On peut objecter à ces inventiôhs cju'élles sont d'un usagé difficile , qu'on ne lés a pas toujoui-s sous la main, et qu'avec elles, on ne peut apprécier les petites nuances de surdité qui siirvienhenk d'uii môlueut & l'autre. tJhe montre est plus commode sous tous les rapports, et avec elle oh peut tenir compté des plus petites ditTéreiices existant entre chaque oreille, et apprécier des degrés d'audition équivalàrtti a ou 3 centimètres. * .
DÉVELOPPEMÈWt — Efl généra!^ les ttâitttlles tforeilles affeetettt Une tnarché dtroniqué , elles S811I àpiffétiques, et quitrtd là fornie tdflamfnatoire est afccDUipagftée de ft*Tre,cellé-(Ci rt'ést pas f^ès aigftë. HabîtueHement h pWcîgoé« 9\é déVelop{3e leht^iUetit, etit* iâiX sujette à de fffr
(1^ GilberVê ànncd^, IX M. 8 St. — 1802. (2} Traité, ttcA. ll.pl. l.fl.
îiO*tttwS GÉNÊ^AtÊi. 51
qaènt^s retilltités et dbiitie Heu à des altëràtioné cdHsSditive«. Leslilâifldies aiguëâ des breilieâ sont dUk âfl^cdotis dhronicjnes , dàhis là proportion dé deu^ itir cent. Gela dépend de \^ stmctare de l'organe. Les tisstls ossétijc et cartilagineux contenant peu de traîne celloletise et de faisseatit, d'enRflmtneht lefotéttiënt.
FiÉ^mcB. — Les affiections de ForeUlé s«nt très ( ■unes » et même beaiIccMip phM eoromiines qu'on ne le cmt géoéraleiBènl* Il endive à cb€K{He iastant dans le moade, que les perSoimes chez qui Foule s'af&iblit, eoiBpensent cette hnperfectioa du sens par une attelition plitt grande à saisir la moindre parole. Souvent aussi où at^ Iribne la surdité apparente à des distractions; 6ous ee rapport, les oMiladies dés oreilles sont bien plus fedilës à cacher que celles de Tœil , et â« là Texistence d'un grand noiDbre de surdités mécdnnues ou dissimulées.
Pbédi.spositioN. — On ne peut nier que chez beaucou|) d'individus la surdité ne soîtliéréclitaîre. il y a des familles danâ lesquelles l'ouïe est naturellement faible et qui sont prédisposées à la surdité, surtout dans sa forme nerveuse. La surdi-mutité se rencontre même assez souvent chez uh certain nombre d'individus de )d même famille^ et cependant, jusquici, Ton ne connaît palS d'exemple d'enfants sourds - iiiuets , nés de parents sourds-muéts eux-mêmes. Les progrès de l'âge entraînent habituellement la perte de l'ouïe , mais la cause la plus efficace de la surdité se trouve dans la conformation de fôreille. Exposée à l'action de tous les agents extérieure, dépourvue de tout organe protecteur, elle doit être souvent affectée de lésions que l'on néglige , et qui deviennent graves parce que la plupart des médecins n'y aonnent aucune attention.
Étiologie. — Vàrtni les causes qui produisent les tna-
52 MAtADI£6 DE l'oREILLE.
ladies de Foreille, aucune n'est invoquée pbis fréquemment que le froid, surtout par les persosnes inattentives qjii, n ayant rien remarqué dans leur genre de vie habituelle, indiquent cette cause banale à défeut de toute au- ^ tre. Il est certain qu'il entre dans la structure de loreille externe un tissu glandulaire très abondant qui subit avec facilité l'influence des causes rhumatismales ou catarrhales. Il y a dans Toreille moyenne une membrane muqueuse qui a des propriétés analogues. Les altérations cutanées, surtout celles quï semblent liées à une diathèae sei^fuleuse^ se rencontrent souvent dans les oreilles. L'érysipèle de la face , la scarlatine, la variole, la rougeole , les différentes espèces de gourmes, de croules laiteuses, de teignes, se propagent aux oreilles et donnent lieu à des maladies nombreuses de ces organes. Je ne possède pas de faits concluants capables d'établir des rapports de causalité entre les maladies de l'oreille et celles de qud* ^es organes éloignés, comme par exemple, le fi)ie, Tmérus, etc. Les réactions sympathiques de ce genre , bien qu'on en parle souvent , sont loin de me paraître prouvées. Tiedemann (i) a dit que la céphalalgie avec tintement de l'oreille droite correspondait aux affections hépatiques, que ces mêmes phénomènes occupant le côté gauche du crâne se rapportaient aux maladies de la rate, que la surdité périodique dépendait de quelques coliques , des fièvres intermittentes , de la présence des vei*s intestinaux , de la grossesse , de la pierre dans la vessie; mais ces assertions qui ne sont fondées que sur quelques coïncidences éventuelles , n'ont aucune réalité. Les observations de ce genre ont été recueillies légèrement, sans critique suffisante, on n'a pas examiné les oreilles avec le soin nécessaire , ni étudié le développement des maladies principales : aussi ne puis-je leur accorde^ une
(1) ZeiUehr. fur die Phyiioiogie. toI. I^p. 272.
oonfiaDoe entière. Bremser (i) peuse que Tirritation produite par la présence des vers dans Tintestin ne peut être considérée comme la cause des phénomènes sympathiques qn on lui attribue, car toutes lescauses d'irritation da tube digestif peuvent en produire d analogues,, ce qui ne permet guère de leur attiîbuer cette sorte de spécificité dont tout le monde parle sans preuves à lappui. Il esta remarquer que cet auteur, qui a fait tant de recherches sur ce sujet , n a publié aucune observation de tronble de louïe occasionné par la diathèse vermineuse. Pour qu un faitdece genre eût une valeur incontestable, il Couidrait que lappareil auditif du malade eût été examiné avec soin avant le développement de cette surdité sympathique. Dans beaucoup de cas, on a observé la surdi* mutité à la suite de convulsions chez les enfants dont les dents se développent ; mais le plus souvent on n a pas constaté que Tenfant avait entendu lorsque la maladie convulsive s'est développée. On n'a pas davantage tenu compte des maladies de toute autre nature qui auraient pu contribuer à amener ce fâcheux résultat.
On peut dire avec bien plus de raison qu'un grand noQibre d organes soufB^nt sympathiquement de l'excitation violente des nerfs acoustiques. Teule (2) a remar* qaé que des sous perçants et désagréables produisaient Fagacement des dents, une toux fatigante, un larmoiement involontaire , une métrorrhagie, etc. Le chatouillement de l'intérieur du méat auditif provoque la toux. Enfin Taflieiiblissement de louïe s'accompagne assez souvent de celui de la vue , de la perte de l'odorat , et, dans quelques cas , ces lésions sensoriales ne se remarquent que du côté où existe la surdité.
L'inflammation et la suppuration du cerveau qui s'é^ tendent peu à peu jusqu'au rocher, et de là dans la ca-
(1) Mendê WûrtMritn lebenden Men$ehen. p. 128. Çft) De Pwrmllê, etc. p. 256 et seq.
34 MALADIES DE LOMBILtE.
vite de Toreille moyenne, ne peuvent être considërées comme une afFection sympathique. Il serait plus juste de penser que la maladie a suivi une marche opposée.
Ijes fièvres nerveuses nuisent généralement à Taudi» tton. On a depuis longtemps remarqué ce phénomène consécutif que Ion considère quelquefois comme un^ base assez sûre de pronostic dans ces maladies graves. Pour moi , je ne suis pas disposé à lui accorder lieaucoup de confiance.
Les passions tristes ont une ftcheuse influence sur Touïe, et la surdité qui résulte de cette cause est le plus souvent rebelle à la thérapeutique la plus énergique. Rien ne prouve que la goutte et la syphilis soient des causes actives (^altération des nerfe acoustiques. Vering ( I ), et Jos. Frank (2), qui soutiennent cette opinion , n ont pas examiné les oreilles avec un soin convenable , et ne peuvent être considérés comme juges compétents en pareille affaire. Il est certain qu il nexiste nulle part de faits capables de servir de base à cette opinion.
PRQNOs^nc. — Le pronostic des maladies de Ipreille n est pas généralement grave. L organe auditif, il est vrai, est renfermé dans une cavité osseuse à parois dures et sèches, recevant peu de vaisseaux , et fort isolé par kl nature même du système nerveux qqi le constitue. Ces circonstances sont peu favorables aux aiouvements critiques nécessaires à la guérisoo , et la force médtcairice delà nature parattn agir ici que dunsdes (imites très restreintes ; d*un autre côté , on ne peut espérer de produiriT une réaction bien salutaire en agissant, même avec énergie, sur les organes éloignés.Oo pense généralemeut que, par suite des progrès de lage, les enfants sourds seront guéris à mesure que les organes se développeront et at-
(1) Aphoriitnen, etc. p. 16, 92, 34, etc.
(2) Prax, m$d, univ, prœcepta, pars II. vol. I. tect. U. b. p. 897.
MOTiOMS OÉMÉAALBS. S 5
teindront leur complément d'énergie vitale. Cette es* pérance est vaine et l'on doit y renoncer.
Quoi qu'il en soit, il importe de savoir que Ton peut, dans les maladies des oreilles , arriver k un diagnostic certaîo, non pas, il est vrai, en suivant la routine, et que ces affections marchent généralement avec lenteur. Ces deux circonstances permettent de guérir la maladie, quand on s'y prend à temps, ^t que Ton emploie un traitement convenable. Malheureusement, la plupart des malades négligent de réclamer les conseils de la science , ou bien ils s adressent à des médecins qui ne possèdent pas les connaissances nécessaires. Par suite de ces deux ciconstances, le mal devient trop souvent incurable, car la nature est insuffisante à guérir ces lésions,. Malades et médecins espèrent qu'une affection souvent indolente disparaîtra d'elle-même, et en cela ils se trompent beaucoup. On croit même, dans bien des cas, qu'une otorrhée constitue un émonctoire utile aux enfants, et l'on craindrait de les en débarrasser par un traitement rationnel. C'est là une erreur funeste. Beaucoup de personnes , qui deviennent sourdes peu ^ peu , ne remarquent cette surdité que quand elle est déjà arrivée à un point extrême. D'autres, qui sontf^los clairvoyantes, renoncent à tout traitement parce qu'elles connaissent l'insuffisance des moyens qu'emploie la routine. Tout cela est bien tieheux , car le mal fait des progrès inévitables.
Ceux qui ne sont traités que par la médecine banale, dont l'inutilité est le moindre inconvénient, sont encore moins à plaindre que ceux qui ont usé de remèdes vio' lents. Ces derniers sont , en effet , presque toujours incurables, et le traitement te plus méthodique n^a plus de prise sur des organes qui ont été fatigués par des tentatives irréfléchies. II est certain que la plupart des méde* oins sont absohiment étrangers aux procédés de la thérapeutique des maladies de l'oreille', aussi bien qu'à la connaissance des lésions de cet organe. On doit regarder
s 6 MALADIES DE LORKILLK.
comme une chose rare que ces sortes de maladies cinlent au mode de traitement qu'ils mettent en usage.
Le degré de la surdité, Tâgedu malade et la durée de la maladie, n'influent pas sur le pronostic , tandis que les lésions organiques et les troubles fonctionnels consécutifs ont une importance extrême sous ce rapport. On doit constater les premiers directement, par Tinspection oculaire, par Tintroduction delà sonde. Les seconds se jugent au moyen de lacoumètre. Ces sortes de choses doivent passer en première ligne, même avant les disposi* tions héréditaires.
Dans les maladies aiguës de Toreille , le pronostic est beaucoup plus favorable, ce qui dépend d'abord de ce que les malades se hâtent de réclamer les secours de Tart , puis, de ce que les indications sont évidentes, même pour les médecins qui n'ont pas étudié spécialement les affections de cet organe. Il faut cependant noter que les phlegmasies aiguës ne sont pas toujours arrêtées et guéiies par mi traitement énergique , et que la surdité qui en en quelquefois la suite est pl^is fâcheuse que celle qui se développe lentement, et sous Tinfluence de certaines maladies chroniques.
Les maladies de Toreille exterae sont plus faciles à guérir que celles de Toreille moyenne, il est également certain que les maladies d'oreilles développées pendant l'enfance cèdent plus facilement au médecin instruit que celles qui attaquent la vieillesse, et cela dépend en grande partie de ce que , chez l'enfant , le mal occupe ordinairement le pavillon et le méat externe, tandis qu'il est plus profond dans un âge avancé. L'affaiblissement des nerfs acoustiques est une disposition habituelle chez les vieillards, cependant il ne faudrait pas croire que chez eux la surdité est toujours incutable.
Les lésions purement organiques de l'oreille sont en général moins graves que celles qui sont vitales ou dynamiques. Les causesdecesdernières nous échappent leplus
NOTIONS GÉMÉRALLS. 7^1
souvent et résistent bien plus à nos moyens thérapeutiques , tandis que Ton a de nombreux moyens d'action sur les simples altérations de tissus. Il est vrai que les maladies organiques , quand elles ont une longue durée, déterminent la faiblesse de Touïe en s'opposant à son activité normale^ et cette espèce de surdité consécutive a besoin d'être traitée longtemps encore après la disparition des lésions matérielles qui l'ont produite.
Tjraitement. — Je sens le besoin de justifier toutes les assertions précédentes relatives au pronostic des maladies d'oreilles. Ces idées s'éloignent beaucoup de celles qui sont généralement admises, et j'espère qu'en les appuyant des résultats de ma pratique, je parviendrai à détruire les préjugés des médecins au sujet de ces sortes d'affections. On sef*a à l'avenir plus disposé à entreprendre le traitement des diverses espèces de surdité, et surfout ou comprendra la nécessité de s'en occuper en temps convenable. J'ai fondé mes assertions relativement à la cnrabilité des lésions de l'oreille , sur deux mille faits recueillis par moi avec le plus grand soin, et pris indistinctement dans mon journal. Ce chiffre est assez considérable pour qu'il puisse servir de base à une bonne statistique des maladies de l'appareil auditif.
Sur ces deux mille malades, le tiers environ m'a paru incurable; les deux autres tiers ont été ou complètement guéris ou seulement soulagés. La plupart de ceux que j'ai dû abandonner auraient pu retirer un notable bénéfice du traitement, s'ils y avaient eu recours quelques années plus tôt , et s'ils n'avaient pas employé des procédés empiriques souvent dangereux.
Parmi les individus affectés de tintements d'oreilles et de surdité nerveuse , il y en a au moins la moitié qui se sont abstenus de tout traitement, dans l'espoir que les accidents disparaîtraient d'eux-mêmes. Beaucoup d'entre
eux redoutent les procédés curatifis mis en usage contre cette sorte de maladie et dont ils savent, par expérience ^ la fréquente inutilité. Il résulte de tout cela que le mal fait des progrès et devient souvent incurable. Cependant quelques personnes assurent avoir vu disparaître les bruits et la surdité, mais ces heureux changements sont rares; et comme on manque de données certaines sur letat physique des oreilles , ces faits n ont aucune valeur scientifique. Le plus souvent ces guérisons spontanées se rapportent aux accumulations do cérumen dans le fond du méat, comme cela se voit si fréquemment à la suite de Tirritation de la peau de ces conduits. Il arrive alors que la masse de cérumen qui obstruait le méat, se resserre , se déplace, tombe même tout à fkit, et que, par suite de ces changements de position , les ondes sonores arrivent au tympan. Ces phénomènes s accompagnent quelquefois d*un bruit subit, d'une explosion qui est suivie d'un grand changement dans Taudition, et les malades regardent cela comme une guérison de la surdité nerveuse. C*est une erreur, et bientôt les mêmes accidents se reproduisent par laccumulation d'une nouvelle quantité de cérumen.
Dans les cas d engouement des trompes et des caisses, on observe encore assez souvent un soulagement spontané. Il se fait des changements appréciables dans l'état des tissus malades, les muqueuses se modifient, et tont à coup Fair traverse le canal d'Eustaclii^ et arrive dans la caisse en y produisant un bruit assez fort qui rétablit Taudiiion. S'il y a encore ici surdité nerveuse, le soulagement si mai-qué ne dure que très peu de temps.
On ne peut compter sur de semblables bénéfices de la nature dans toutes les autres formes pathologiques de loreille, et si on les attend patiemment, on perd un temps précieux et irréparable. Les malades qui croient devoir se soumettre a un traitement énergique ont trop
soavent recours à une foule de remèdes vulgaires qui sou t inutiles ou dangereux. On fait des fomentations avec un mélange d'eau et de lait^ on injecte danrs les méats des infusions de sureau , de camomille ; on se sert de difFérentes huiles^ comme celle d'olive , de cajeput, puis d'alooolats aromatiques^ caoune celui dit de Cologne; on enveloppe un fragment d'oignon ou de camphre avec du coton y et l'on place le tout dans le fond du méat; on met des vésicatoires derrière les oreilles, sur la nuque, sur le bras ; on applique des ventouses entre lès épaules , on donne des sudorifiques , on «lotionne les oreilles avec de l'eau froide, etc.
La plupart de ces remèdes sont employés dans le but de débarrasser les méats d'une masse de cérumen, et Ton a raison d'y recourir, car ils conviennent bien k ce genre de maladie. Mais dans les cas de surdité nerveuse, il y en a à peine un sur dix qui dépende de cette cause matérielle , et les neuf dixièmes des malades ne pourront en retirer aucun soulagement. Il est même dangereux de les employer dans les cas où le tympan est fortement enflammé.
Mais avant d'exposer plus en détail les divers modes de traitement que Ton oppose aux maladies d'oreilles, je dois dire que l'empirisme qui règne dans cette partie de la science est d'autant plus déplorable que, dans un grand nombre de cas, le diagnostic facile permet de suivre des indications rationnelles. Pour donner une idée c!e la manière de penser et d'agir des médecins les plus célèbres, je rapporterai le passage suivant d'Hufeland (i)., 11 dit : *
« JTexpôserai toUt simplement ma méthode, sans cher- « cher à établir ses bases théoriques et les déductions » nosologiques qui m'oni conduit à cette manière d agir.
(1) N9ue Àuiwahl kleiner medîclniichir Schrlftm, 1 Bd. p. 188-198.
^0 MALADIICS DE L OREILLE.
» L oreille, comme l'œil, peut certainement éprouver » des maladies de nature différente et qui ne peuvent être » considérées comme les divers degrés d'un même trouy ble fonctionnel. Les tintements, les bourdonnements w d'oreilles, la dureté de Touïe et la surdité complète, I» diffèrent par leur nature comme par leur siège. Il y a » (les lésions qui occupent le tympan , d'autres la caisse , y d'autres la partie labyrinthique, les canaux demi-circu- » laires, d'autres enfin qui ont leur siège dans le nerf V acoustique lui-même. Dans tous ces cas, le diagnostic » est très obscur, et je le crois peu utile au traitement. Il » importe beaucoup plus de déterminer la nature du mal, » le caractère essentiel de la maladie , et l'expérience » m'a démontré qu'il est le plus ordinairement rhuma- » tismal. >
S'appuyant sur ces idées, Hufeland prescrit degrands soins de propreté, il conseille des frictions capables d'activer les fonctions de la peau , et des dérivatifs sur le tube intestinal. Il pense que Ton peut exciter les fonctions dé-, parties au nerf acoustique , «nais il est superflu de rapporter les moyens qu'il prescrit pour cela , ils sont compliqués et sans utilité possible. Je démontrerai' que les maladies des oreilles sont fort différentes les unes des autres. Lors même que le caractère rhumatismal ou catarrhal appartiendrait à la plupart d'entre elles, il ne s'ensuivrait pas que l'on dût négliger les autres points essentiels que présente leur étude attentive. Une cause unique dans son origine donne lieu h des lésions fort différentes suivant la nature des tissus qu'elle envahit, et l'oreille, sous ce rapport, présente des conditions si particulières qu'il est impossible de méconnaître la nécessité d'avoir égard à ces altérations locales.
Il me paraît utile de passer en revue la plupart des moyens thérapeutiques mis en usage contre les maladies de l'oreille. Il y en a beaucoup que la routine accepte ,
NOTIONS GÉNÉRALES. ki
d'autres sont vantés comme des spécifiques , la plupart sont dangereux, et je veux les signaler. Pour mettre plus d'ordre dans cet examen , je les diviserai en moyens lo« eaux et {généraux.
i"* MOYENS LOCAUX.
Électricité. — Je commence par cet agent parce qu'il est le moins efficace de tous ceux que Ton a vantés. On a dierché à établir une analogie entre le fluide électrique et Finflux nerveux, et l'on est parti de là pour vanter les effets thérapeutiques de ce remédepuissant. L^abbé NoL let (i) s'éleva contre cette induction non fondée, et les fauteurs de l'opinion contraire , Bertbolon (s), Mauduyt (3), Comus(4), Poma et Bainaud (5), ne purentj'appuyer sur des raisons valables. Relativement à la surdité, on ne peut nier que Télectricité n'ait une action très vive sur le nerf acoustique. On en a inféré que ce fluide devait contribuer à ranimer la sensibilité de l'oreille , et on l'a surtout appliqué dans des cas de surdité nerveuse.
Mauduyt (6) a traité dix sourds par ce moyen consi^ déré comme héroïque, et un seul a paru légèrement soulagé. Givallo (7) affirme que l'électricité guérit toute espèce de surdité , mais il ne donne aucune preuve à l'appui. Lebouvier Desmoutiers (8) dit qu'il a réussi par ce moyen à rendre l'ouïe h une sourde-muette, mais, quelque temps après cette guérison , l'enfant se trouvait dans le même état qu'avant le traitement. Hufeland (9) a publié dans son journal un grand nombre de guérisons de surdité, mais la plupart ne supportent pas une critique
(i) iSfiMyei., irt Électricité. 1755.
(2) De VéUeir. du earpi humain, 1. 1, p. 502.
(3) Mim. de la 80e. roy. de mid. 1778.
(4) Jawn, dêpkytiquê, 1775.
0^ Joum. de méd,, no? . 1787.
(5) Jhei. dê$ Se. méd,y irt. Élsgtiucitâ.
(7) Â eampUiê trêoHM an eleclrietly. ? ok U. p. 146. (8^ Considér. sur le$ iowrdi'mu$i$ de naiwmeê, (9)Jo«irfia/,yn,p.l89.
A2 MALADIES DE l'oREILLE.
sévère; car chez les uns, la surdité était sujette & des intermittences très marquées, et chez les autres le mal était très récent. Busch (ï),de Marboiîrg, a traité par Télectricité une surdité chez un homme de soixante ans, et', après dix séances, le mal a paru détruit 11 est probable qu'il s'a{jissait dans ce cas d'un simple engouement de la trompe. Reste à savoir jusqu'à quel point le fluide électrique peut liquéfier le mucus accumulé dans ce conduit, ftien ne le prouve jusqu'ici. Lentin (a) parle des avantages qu'on peut retirer de l'électricité combinée avec les injections stimulantes , mais il avoue qu'il n'a pas eu le temps de (aire des expériences. Les médecins Français de notre époque ont fait peu de cas de ces belles promesses. Saissy (3) pense que ce moyen n'est applicable que dans les cas de surdité par suite de paralysie partielle. Itard (4) dit que l'électricité n'est, utile à rien dans les maladies de l'oreille, et Deleau partage celte manière de voir (5). La plupart des médecins qui ont cru aux propriétés de l'élecuicité contre la surdité, s'accordent à dire que cet agent doit surtout être employé contre la forme que l'on désigne sous le nom de torpide^ c'est-à-dire, par défaut d'influx nerveux. Mais cette espèce de surdité est rare, car je l'ai rencontrée à peine trois ou quatre fois sur cent. Il en résulte que dans le plus grand nombre des cas où ' l'on a employé ce moyen de traitement, on a dû augmenter le mal en raison de la violente excitation que produit le fluide électrique sur un appareil nerveux déjà surexcité. J ai pu constater Tinsuffisance de ce traitement sur cent deux malades affectés de surdité nerveuse, et je ne conseille à personne d'y recourir.
(1) Huf9land'9 Journal. LXXT. p. 70.
(2) Beitrdge %ur ausùbenden Arzneiwiiêêmokaft, II. p. ItO et Be<|.
(3) E$9ai, etc., p. 272.
(4) Trcdiéy etc. t. II. p. 79.
(5) Le docteur BenneC ajoute , dans M Êraêmeiiûn anglaiiê de Toa- TTige de M. Kramer, <iiie le« aaédecing tagUig oe paraisseot pas avoir fait de recherches sur ce sujet. P. M.
MOTIONS GÉNÉRALIS. kl
Ed coiisidéniBl réiectricitéy le galvaaisnie et le magnétisme animal comme des émaBations de la même puissance, oo a essayé d'ntiliser les propriétés différentes de ces agents pour améliorer la surdité. On a même pensé que le magnétisme minéral pouvait être avanta* geuji en pareil cas, mais aucun fait ne justiSe cette opU Dion. L'introduction d'un aimant dans les méats, ou son appUcation en masse sur le pavillon , n'agissent pas autrement que par la sensation de froid qui se développe alors, et cela peut nuire.Quant au galvanisme et au magnétisme, ce sont des agents très actifs qui ont été fort en vogue dans ces derniers temps en Allemagne. L'électro-magnétisme surtout a été vanté outre mesure. Voici les résultats que j'ai constatés :
Il s'agissaitle plus souvent d'une surdité nerveuseavec bourdonnements. L'électro - magnétisme , dans ce cas, eieroe une action très vive , très irritante, sur les nerfs acoBStiques. Ces effets sont plus marqués encore quand le courant est dirigé delà trompe au méat externe.L'effet immédiat de ce courant est de produire des douleurs aiguës dans l'oreille, des mouvements convulsifs dans les parties voisines, une augmentation de la faculté d'entendre; mais ce changement heureux ne dure que très peu de temps. Si Ton continue d'agir ainsi pendant plusieurs jours consécutifs, il y a presque toujours augmentation des bruits et aggravation de la maladie. 11 est évident pour tout observateur attentif, que l'électro-magnétisme n'agit pas comme tonique, mais ..bien comme irritant; les nerfs acoustiques sont violemment surexcités, et l'on comprend toat le danger d'une pareille médication. Qn doit donc appointer la plus grande réserve dans l'emploi de cet agent thérapeutique. On s'arrêtera, dès que Ton aura remarqué une augmentation notable des bruits, et sortout dès que l'on verra lu surdité devenir plus forte.
Le magnétisme minéral a été considéré comme un moyen puissant de guérison dans les cas de surdi-mutilé
llU MALADIES DE LOAEILLE.
congénitale ou acquise. Le docteur Barriés, de Hambourg, qui a expérimenté ^sur les sourds-muets de Finstitut de Berlin, avait signalé quatorze guérisons sur cinquante-huit malades, mais j'ai pu constater que ma montre n'était pas du tout entendue, même en l'appliquant sur Foreille des deux entants que Ton citait comme les plus beaux exemples de ce succès étonnant. Et cependant ma monrre est entendue à lo mètres par les personnes qui ont l'oreille saine. Baldinger (i), Andry (2) et Thouret n ont rien publié de concluant sur cette matière ; Becker (3), qui a traité des surdités incomplètes et accidentelles, rapporte trois observations dont une seule a quelque valeur. Les deux autres sont insignifiantes. Bulmerincq(4)> qui essaya le même remède,fut contraint d'y renoncer parce qu'il survint des bourdonnements violents et une congestion cérébrale inquiétante. Le docteur Schmidt (5) et un M. Bahrdt, qui ont traité un certain nombre de sourds-muets à Berlin , ont échoué complètement.
Le galvanisme a été prôné avec enthousiasme par un bon nombre de savants qui ont presque tous agi au hasard , sans savoir quelle espèce de surdité ils essayaient de guérir; aussi leurs assertions ne méritent-elles aucune confiance. Grapengiesser (6) rapporte seize observations dans lesquelles le diagnostic n'a pas été établi ; aussi les trois cas de guérison qu'il indique n'ont-ils pas de valeur. On ne sait pas si le mieux obtenu a persisté. Âugus-
(1) Dans Opute, mediea : Narratio 8uccinctahist.de magnetis Viribv» ad morbos saoandoa.
(2) Beobachtu^gen und Untersuehungên ûber den Gêbraueh dêi Magneti, etc. 178tf.
(3) Der mifhercUùehe Magneti$mus und $éine Ànnoendung in der Hêilkumt. 1829.
(4) BeiUrOge xwr ùrxiL Bêhandiung nUtUlst des nUneralisehen Magnêiismuê. iB3!6,
(5) Bufeland'i Joum. p. 117. sept. 1834.
(6) Veriuehe^ d$n Galvanismuâ xur Hêilung einiger Krmnkhêiten (m%uw$ném, S* Aofl. . p. 226.
NOTIONS GÉNÉBALES. 45
tin (i) parle de deux sourds soulagés par leinploi de ce moyen , n^is chez qui ramélioration ne s'est |ias soutenue. FUes (2) avoue que sur trois malades traités par lui , il n*y a pas eu de soulagement , et que sur un quatrième le mal a augmenté. Le docteur Walther (3) a été plus heureux dans un cas de surdité survenue à la suite d'une fièvre nerveuse, mais on sait que ces sortes de surdités se guérissent souvent d'elles-mêmes. Il a échoué sur plusieurs autres individus, et Bremser n a pas publié de ftiits satisfaisants. Le pharmacien Sprenger (4), qui avait annoncé des merveilles, a été jugé avec sévérité , mais justement, par Eschke (5), Pftiff et Pfingsten (6). Le docteur Caslberg (7), qui a fait de nombreux essais sur trente-trois sourds-muets, a observé quelques traces d amélioration pendant la première semaine de ce traitement, mais bientôt les choses parurent revenues à leur état primitif. IPest certain que le galvanisme produit sur les nerfs acoustiques une stimulation très vive, et Schu* bert (8) expUque ainsi la facilité avec laquelle certains malades peuvent percevoir quelques sons nouveaux pour eux, mais ce mieux ne se soutient pas , et souvent même cette secousse ne tarde pas à augmenter la maladie première. Itard (9) s exprime à peu près de la même feçon sur ce point, et on peut conclure de tout ce qui a été fait sur ce sujet que le galvanisme n a jamais rendu de ser-
(1) r^mteh êintr volUUmdifim lyUamol. G9tehickt$ dêê Gaham»mm, p. 200 et seq.
(i) Voyex Grapengiesfler.
(3) Uêb9r diê therapeuiiiehê indikaiion tmé d$n T$ehmcitmu$ dm- $QkHmiêchm OpwoHwmf^. Wien. 1803. p. 164 et seq.
(4) Anwm^Mn^mwt der 6ah(mf-VoltanekenMetatt0l€kUrixiidt,e\e,
(5) GakHm. Venueke. 1803.
{•) I9wrd. Arckiv, II, 7»; III, 1, p. 242 IV, l, p, 56.
(7) Ibid., m, ni, p. 74.
(8) Van der Anwendvng de$ Galvaniimui bei Tanbgebamm. [9} Traité, eic.y II. p. 72.
kê MALADIfiS DS LOIBIIXE.
vice bien fignalé dans le traitement des affections de Toraille , tandis que souvent il a causé un doimnage considérable à ceux qui Tout subi (i).
Moxa et cautère actuel. — Ces moyens ont été conseillés dans les otorrhées chroniques et dans les paralysies des nerfs acoustiques. On les a surtout vantés lorsqu'on pouvait croire à une surdité métastatique , à la suite d'éruptions supprimées et autres accidents analogues. Quelquefois on y a recours en désespoir de cause , et lorsque tous les moyens rationnels ont été épuisés. Mais, suivant nM>i,ces motifs ne justifient pas l'emploi de ces procédés énergiques y surtout quand on n a pas recherché avec soin la cause matérielle de la maladie. Je ne puis donc partager Tavis d'Itard sur ce point. Sur 171 cas rapportés dans son ouvrage , un seul Ait traité avec succès par le cautère actuel. Il le conseille dans des circonstances où il ne me parait pas du tAut indiqué. Je
(1) Cette reme critique se rau^rte, comme on le Toit, à des expériences déjà un peu anciennes. Depuis les travaux de ces auteurs, quelques tentatives nouvelles ont été fiiites en France. Les plus anoienMt •Mit d»e8 à M. Mag endie et ont été publiées , du moins «n partie , par M. le docteur Constantin James -, d'autres expériences ont été faites par M. le docteur Jobert de Lamballe, et ces dernières n^ont été le résultat d^aucune communicatioa officîelk^ devant les corps savants, non plus fue dans les recueUf scientifiques. )1 serait dilGcîle de s'expli^er catégoriquement sur la valeur réelle et absolue de ces nouvelles recherches sur Télectro-magnétisme, et de dire ce que la thérapeutique spéciale des maladies d'oreilles y a gagné. Pour ma part, j'ai employé plusieurs fois cet agent dêaa le traitoMBl de eertaÎBes fÎNrnMs de aordilé serveuse, et sans en avoir jamais retiré aucun avantage. Il &at donc attendre que MM. Magendie et Jobert de LambaUe aient fiit connaître d'ane manière précise les résnltcls de leur pratique avant de se prononcer d'une manière poaitive sur k valeur de cet agnit. Je ne pais dove oclte note saas dure an mot des préteotiooa de quelques magnétiseurs , relativement à la possibilité de guérir les sourds-muets par leurs procédés singuliers. M. Dupotet a fiiit en ma présence, à l'Institat royal des Sourds-Muets, uae série d'expériences sur mq élèves de la maitoQ, et les procès- verbaux de ces séances très nombreuses , ainsi que It rapport de M. Mageodie deiant l'Académie des Scioncet, ont déaioatré l'inutilité des tenUtives de ce magnétiseur. P. M.
HOTtOn; aBNÉflALB3. 47
ii*ai pas wcorQ eu roccasion de recueillir des faits probaots eu faveur de ces moyens de traitement, qui sca)t cependant très souvent employés. Je les considère , ei| général, comme dangereux , en raison de la violence de leur action, et je leur préfère tous ceux qui agissent plps doucement.
Épispasti(jfi4es. — Les diverses pommades vésicantes, et surtout la pommade stibiée , sont fréquemment appliquées derrière les oreilles, et constituent des remèdes favoris de la médecine domestique. On y a recours dans toutes les espèces de surdité, quelle que soit leur cause. U est certain que les épispastiques n'ont aucune influence heureuse sur les maladies de loreille moyenne» ^expérience prouve même qu ils sont généralement nuisibles dans la surdité nerveuse. On en retire quelques bons effets dans certaines formes d'inflammations cbro* niques et circonscrites du méat externe et du tympan. La pomu^ade stibiée me parait devoir être préférée, et j^ rapplique ordinairement de prime-abord. Je n'entretiens pas la suppuration plus de dix à douze jours, et j'attaque successivement les deux oreilles» On ne doit pas entretenir la suppuration longtemps dans ta crainte d'ulcérer h peau et de produire , comme cela arrive quelquefois , une nécrose supei^cielle de l'apophyse mastoïde (i)«
Saignées locales. — Les applications de sangsues sqnt indiquées dans toutes les phlegmasies aiguës de l'oreille , quand il y a douleur vive, et souvent elles sont fort utiles quand il y a inflammation du périoste des méats et de la caisse.On pourrait même, dans ce dernier cas, recourir à la saignée du bras. Dans les cas ordinaires , les sangsues
(1) P^Mto <|a0 eet friolioM, faîtM mm méugMent, d^Daeot fou- Yeot Uea à k formatioo de cicatrices prcfondca, TÎcîetifet , qui enlrah MBt des adhérences et des difibrrahés du psTÎUoD. C'est on moyen ^*on dMt bannir de la tbérapeotiqne lorsqu'il faot l*applk|«er aux Icflunes et surtout aux Jeunes filles. F. M.
contribuent à rendre la suppuration plus prompte, ce qui forme la terminaison la plus naturelle des petits phlegmons des méats et de la caisse. On ne doit jamais les . employer contre les bourdonnements. On ignore les conditions physiques de ces bruits singuliers, et Ton ne peut les prendre , sans erreur, pour un symptôme de congestion cérébrale. La pratique des médecins ordinaires comporte un bon nombre de saignées locales ou générales feites dans Fiiitention de remédier à des tintements d*oreilles qui étarient occasionnés par du cérumen accumulé dans les méats, par une inflammation chronique du tym* pan, un engouement de la trompe ou de la caisse et autres lésions analogues. On comprend tous les inconvénients de cette manière d'agir. J'ajoute que ces saignées sont surtout mauvaises lorsqu'il s agit d une surdité nerveuse (i).
Cautères. — Ceux que Ton met aux bras ne m'ont jamais paru avoir la moindre influence sur les maladies d'oreilles. Un malade affecté d'inflammation chronique de la gorge , des trompes et des caisses , portait depuis un an un large cautère au bras, on y plaçait jusqu'à vingt pois; la suppuration était très abondante, le bras était amaigri, afBiibli; et c'est là le seul résultat certain de ce traitement si pénible (2).
Sétons. — Ce moyen si puissant et auquel on a recours si communément, m'a toujours paru inutile. J'ai constaté qu'il aggrave la surdité nerveuse en augmentant les bruits qui raccompagnent, il n'a pas même une action bien certaine sur les inflammations chroniques de la
(1) M. le docteur Deleau emploie habitoellement les Tentouses scarifiées derrière les oreilles, et plus particulièrement, je crob, dans le» formes chroniques de surdité nenreuse. J^ai yu beaucoup de malades ehei lesquels ce genre de traitement, continué pendant un temps considérable , n*a produit aucun bon effet. P. M.
(2) Le docteur Beonet ajoute un fait qui lui appartient et qui confirme pleinement la manière de voir de M. K ramer sur ce point de thérapeutique banale. P. M.
NOTIONS OÉMÉBALBS. Â9
caisse, accompagnées ou non d'otorrhée, et, dans tous les cas, je pense que les frictions avec la pommade stibiée sont préférables.
Instillations, — Les liquides spiritueux que Fou verse par gouttes dans les conduits auditifs externes sont dangereux. Ainsi , Fhuile acoustique de Mène-Maurice , prônée par son inventeur, a, suivant lui, la propriété de fortifier les glandes qui sécrètent le cérumen et de ranimer la sensibilité des nerfs acoustiques. Ce remède , employé indistinctement contre toutes les formes de surdité, na aucune vertu , et le spéculateur qui le vend recommande d employer, quand le mal résiste à son usage, des vésicatoires , des purgatifs et autres remèdes connus. Les feits de guérison publiés par Mène-Maurice, dans la brochure qui accompagne son huile (i), n ont aucune valeur scientifique. J'ai vu des personnes devenir sérieusement malades par Femploi prolongé de cette drogue mystérieuse, tandis que d'autres auraient pu être guéries promptement, par des moyens rationnels, de maladies fort simples qui s'aggravaient par le retard apporté au traitement nécessaire.
L'huile de cajeput, le camphre, l'opium, le suc d'oignons , l'huile d'ail , la teinture de castoréum , l'eau de Cologne, et beaucoup d'autres préparations analogues, ont été vantés depuis longtemps contre la surdité, mais sans spécifier l'espèce , et par conséquent sans cfue l'on sache rien de positif sur leur mode d'action. Dans le plus grand nombre des cas, ces remèdes irritants occasionnent de la douleur, de l'inflammation, et Ton doit s'en abstenir avec soin. J'ai expcrinienlé plusieurs fois la
(1) Plusieurs arrêts du tribunal civil de Paru ont condamné M. Mène- Maurice à une forte amende, en se basant sur ce que son remède, dont la formule n*est pas au Codex, ne se compose que d'huile et d'une matière colorante. Les poursuites dirigées par le ministère public n'ont pas arrêté la Tente de cette drogue, et te public, qui vuU decipi, continue de Tacheter : decipiatur ! P. M.
Sft MALADIES DE L*OREtLLE.
teinture vineuse de castoréum , à la dose de quelques gouttes sur un tampon de coton. Ce tampon est introduit matin et soir dans roreilie , et bientôt il donne lieu à de la chaleur avec gonflement des parties, puis il sunient des bruits aigus , des douleurs qui se propagent à la face, et presque toujours la surdité augmente. Cela doit suffire, ce me semble, pour rendre circonspect ; à plus forte raison devra-t-on redouter les suites de certaines pom^ mades contenant du sulfure de mercure et autres sels métalliques que Ton conseille d'introduire dans les méats. Jos. Frank, qui a vanté ce moyen , ne la probablement jamais employé lui«>méme.
Injections. — Celles qui sont faites avec des liquides doux, comme le lait mêlé à Feau, les infusions émollientes, nont pas d'inconvénient quand il s'agit de combattre un état inflammatoire aigu. Il n'en est pas de même des injections irritantes, qui ont une action ficheuse sur le tympan. Je pense que les douches, appliquées sur Toretlle et dirigées en même temps dans le conduit, sont dangereuses dans la plupart des cas. S'il y a inflammation du tympan , le mal augmente par suite de l'action mécanique de la douche; si la surdité est nerveuse, l'ébran* leo»ent des parties peut être très préjudiciable. En somme, }« crois que l'on doit renoncer à ce moyen de traitement, bien qu'il fesse partie de la thérapeutique de ménage (i).
(1) Je suis bien loin de partager cette opinion. Pal tu très souvent les jtfBQJps modifier de U manière la plus avantageuse des inflammations cbroniqueâ^du méat et du tympan. L^action mécanique d^un Jet d'eau tiède sur le tympan détermine des changements singuliers dans la texture de cet organe. Les otorrhées chroniques , remarquables par leur abondance, par la nature acre et fiéiide du liquide excrété, ont cédé très souvent aux injections seules, et je regarde ce moyen comme uo des agents les plus actifs de la thérapeutique auriculaire. Les médecins auristes anglais sont généralement peu partisans des injections aqueuses, et quelques uns les proscrivent d'une manière absolue. Je crois , au contraire, que Ton peut en tirer un grand parti dans le traitement d'oa oertain nombre de maladies d'oreilles. P. M.
IfOTIOHS GÉNÉRALES. 5|
FuMiGATiows. — On a beaucoup vanté les douches de vapeurs produites par certaines eaux minérales , comme celles de Tœplitz , de Wiesbaden, etc. Je les crois dangereuses toutes les fois que Ion a affaire aux diverses formes de surdité nerveuse. J'en dirai tout autant de certaines fomentations huileuses ou narcotiques employées sur l'oreille; elles ne produisent de bons effets que dans les cas depblegmasie aiguëdu méat ou du pavillon. Mais tous ces moyens réussissent bien mieux quand il n'y a pas d'autre maladie qu'une accumulation de cérumen dans les conduits extérieurs; et encore vaut-il mieux alors se servir de petites injections émcftailes qui favorisent la sortie de ces corps étrangers.
Il y a encore une foule d'autres moyens vulgaires dont je ne veux pas m'occuper plus longtemps. Les petits painschauds coupés en deux moitiés, et arrosés d'huile de camomille ou de tonte autre substance analogue , les fumigations de fleurs de sureau, le lait de nourrice, sont de ces remèdes que l'on emploie faute de mieux , et qui sont du domaine des gardes-malades.
r MOYBBfS GéraÊRAUX.
On a pensé que beaucoup de médicaments qui exercent leur action sur l'organisme entier pouvaient entraîner une modification de l'état pathologique des oreilles • mais cette vue théorique n'a pas été confirmée par l'expérience. On ne doit pas s'en étonner si l'on considère le peu de vaisseaux qui se répandent dans l'organe auditif et le peu de liaison qui existe entre lui et les organes voisins. L'anastomose de Jakobson (i) ne fournit de filels quà la muqueuse de la caisse, et les deux filets découverts par Arnold et Varrentrapp vont au labyrinthe et n'établissent qu'une faible relation entre le nerf facial et
(1) J. MHIfer, Phy$iologi0. 1. 2. p. 7«8. 749.
52 MALADIES DE L OBEILLE.
lacoustique; peut-être même n*y a-t-ilqu'unesunpie juxtaposition. En tout cas , la faiblesse de ces rapports explique très bien le défaut de réactions sympathiques qui pourraient modifier letat particulier des oreilles. Ainsi une affection catarrhale de la caisse, consécutive aune maladie semblable des voies respiratoires , nest pas sensiblement modifiée par le traitement général qui gué* rit la maladie principale, et la lésion de 1 oreille persiste malgré tout ce que Ton fait pour remettre les muqueuses dans leur état normal. Il résulte de ce fait, qui est certain, que les traitements généraux sont rarement utiles pour la guérison des maladies de loréitle. Il faut donc recourir de préférence à ceux qui agissent localement, et n'employer les autres que quand il y a une indication manifeste. Cependant il ne faut pas oublier que certaines formes de maladies d oreilles paraissent liées à Tétat général de la constitution du malade. Chez les individus épuisés par un mauvais régime, par les fatigues et les privations, il importe de relever les forces , de restaurer 1 économie, car c'est seulement après ces précautions indispensables que Ion peut agir efficacement sur loreille affaiblie. On peut dire que dans certaines diathèses bien marquées, la maladie de loreille doit céder au traitement général; ainsi certaines otalgies rhumatismales liées à un état rhumatismal général , disparaissent sous l'influence des bains de vapeurs, des bains sulfureux et autres moyens analogues. Quelques lésions du méat externe chez les enfiinis scrofîileux disparaissent par le bénéfice du traitement général qui modifie la constitution. Ces choses doivent être prises en sérieuse considération.
Les bains russes ont été préconisés comme un remède héroïque dans le traitement de la surdité nerveuse attribuée à une disposition rhumatismale. Sans vouloir discuter le mode d action de ces bains, je dirai très nettement
qn après avoir vu un grand nombre de malades traités par ce moyen , je n*ai jamais observé, non pas une guérison y mais même un soulagement quelconque. J'ai vu prescrire ces bains dans des cas où les deux méats étaient oblitérés. On ne prenait pas la peine d'examiner Toreille, on se contentait de rechercher si le froid figurait parmi les causes occasionnelles, et cela suffisait pour prescrire un remède incapable d'agir avec efficacité. On en a fait tout autant à des malades chez qui les tympans étaient détruits ou qui avaient les trompes oblitérées, toujours sous le vain prétexte que le mal avait été produit par un refroidissement.
Les bains de mer sont fréquemment employés dans le traitement de la surdité. On pense que leur action tonique doit fortifier le système nerveux, mais le plus souvent ils produisent une surexcitation considérable et augmentent les bourdonnements; il arrive même que ce symptôme apparaît à la suite de ces bains salés. Le docteur Sachse (i) a eu la bonne foi de dire que ces bains produisaient souvent la surdité. Cela dépend du froid auquel les malades sont exposés, de la violence des vagues qui frappent les oreilles, et cette observation est si juste, quç beaucctTp d employés dans ces sortes d'établissements, recommandent aux baigneurs de prendre beaucoup de précautions pour se soustraire à cette double cause de maladie d'oreilles.
Les bains sulfureux y ferrugineux et autres, d'eaux thermales naturelles, sont ordinairement nuisibles aux personnes sourdes, parce que l'excitation qui en résulte donne lieu à des accidents congestifs. Cependant ces sortes de remèdes sont utiles dans les cas où une dîathèse spéciale les indique suffisamment. Les individus faibles, lymphatiques, scrofuleux, ceux qui ont été affectés de
(1) MMeinimhe Bt^baehhtngen tmd Betntrkungm. 1 Bd. p. 218.
maladies outanées, en retirent de notables avantages, et les affections des nerfs acoiîstiques qui existent en même temps peuvent être très heureusement modifiées par ces agents thérapeutiques. L'essentiel, c'est de bien saisir l'indication et de tenir compte du diagnostic précis de la surdité.
V hydrothérapie a eu la prétention de guérir toutes les maladies, et à plus forte raison la surdité. Je n ai pas le loisir d entrer dans de grands détails pour démontrer les graves inconvénients de cette thérapeutique , surtout dans les cas de surdité nerveuse. Cependant on comprendra facilement quels effets peuvent produire sur les oreilles déjà faibles, les bains prolongés dans Teau froide, les douches de même nature, les enveloppements dans des linges humides, etc. (i).
Les éméiiques n'ontjamais eu aucun succès dans le traitement de la surdité nerveuse. Quand, au contraire, on a affaire à un engouement récent delà trompe, la secousse produite par le vomitif détermine quelquefois un mouvement salulaire dans les conduits engorgés, et peutprovoquer la sortie du mucus épaissi. C'est dans des cas de ce genre que Curtis et [tard en ont retiré de bons effets. Mais lorsqu'il s'agit d'une accumulation de mucosités dans la caisse, les émétiques ne peuvent plus être utiles , le mal est situé au-delà de leur sphère d'activité, et il persiste,à moins qu'un léger soulagement passager ne satisfasse le malade et compense les ennuis de cette médication perturbatrice. Il s'agit ici d'un simple palliatif, car il est évident que ce traitement ne peut amener la guérison complète ^e la maladie.
Le^ furgatifs ont été employés de tout temps dans le traitement de la surdité ; depuis Hippocfatejusqu^à nous, les soimls ont rarement échappé à ces formules variées ,
(1) Schedel, Mx^m. êUnifUé dé n^étUkéFupiê. 184ë. p. 68. V. U.
NOTieilS GÉNÉBALEt. 55
ayant toutes pour but de provoquer Faet'ioll la plus énergique du tube intestinal. Les purgatifs sont utiles lorsqu'il y a^lv» signes d'inflammation aîguë, ils tendent à diminuer la phlogose locale ; mais il faut bien segaixler de les prescrire dans les cas de surdité nerveuse , car ilf affaiblissent le malade, et .augmenteit le mal. Lorsque les bruits paraissent dépendre d'une congestion sanguine vers le crâne , on peut les administrer sans crainte, * car alors ils produisent une dérivation salutaire. L'aloès, tant vanté par Vering (i), ne peut passer pour un spéoifique merveilleux. La surdité qui arrive pendant les fièvres dites nerveuses est, comme on le sait, assez sujette à disporaltre spontanôUwt pendant la convalescence ; il ne faut donc pas se bâter de donner laloès, sous prétexte qu'il existe une sympathie active entre le foie et le nerf acoustique; rien ne justifie ces assertions.
Les saignées générales ^ comme je Tai déjà imit pressentir, ne conviennent que dans les cas où la surdité s'accompagne d'un phlegmon dans les diverses parties de Toreille ; on diminue ainsi la pléthore qui complique la maladie locale on soulage les douleurs du patient. Mais cette même évacuation sanguine est fort nuisible quand il s agit d'une surdité nerveuse, elle augmente les bourdonnements, quelquefois elle les fait naître, et la surdité s accroît avec une grande rapidité. C'est â des saignées abondantes pratiquées dans des cas de ce genre qu il faut attribuer Tincurabilité d'un grand nombre de surdités qui font le désespoir des malades.
La salivation produite par l'emploi de quelques sels mercuriels a été vantée comme un moyen capable de guérir certaines surdités attribuées à des accidents syphilitiques profonds. On a dit que certaines exos* toses du rocher ou des autres parties du temporal
pommaient produire la surdité, et en conséquence on a prescrit des mercuriaux de toute espèce. Je ne connais aucun &it de guérison par l'emploi de ces moyens. La décociio^ile Zittmann, préconisée en pareil cas, n a jamais produit de bons effets. On en peut dire autant de la cura famis conseillée (kns les mêmes vues. Le docteur Fritz, de Prague , assure avoir guéri par les fiîctions*de Louvi*ier quarante molades dont la surdité, d'origine syphilitique^ avait résisté à tous les moyens de traitement. Ces faits, rapportés légèrement et sans détails suffisants, ne méritent pas grande confiance; respèce de surdité n'est pas indiquée avec précision , et Ion ne sait vraiment qne penser de ces assertions si étonnantes, il vaudra toujours mieux avoir recours à des procédés plus réguliers, plus rationnels.
Varnicaa été considéré dans ces derniers temps (i) comme un véritable spécifique des surdités qui dépendeftt d'une paralysie des nerfs acoustiques. Lorsque la cause de cette paralysie parait de nature rhumatismale, on regarde les fleurs d'arnica comme un moyen iniàillibie de ramener louïe à de bonnes conditions , et Ton a cité un certain nombre de faits à Tappui de cette opinion. Mais je déclare que je ne puis admettre cette vertu , qui n'est rien moins que démontrée. Les observations publiées sont tout à fait incomplètes et Ton ne saurait en accepter les conclusions. Les médecins qui font des essais de ce genre ne se livrent à aucun examen précis de Toreille malade, ils n'explorent pas les trompes, ils ne savent dans quel état est la caisse , et ils se hâtent d'attribuer à un remède nouveau les heureux changements qui sont survenus spontanément dans une maladie quelquefois très curable. Avec cette manière d'agir, il n'y a pas de médecine possible.
(!) Mêd. Zêitung de$ Vereim fur Heilkundein Pr9u$i$n. 1833.
On pourrait conclure de tout ce qui précède que je re-' garde les maladies des oreilles comme une affection locale, sans liaison nécessaire avec les divers états morbides de Téconomie, mais cela serait fort loin de ma pensée. Je pense au contraire que, dans bien des cas, il fout tenir compte de Tétat général du malade, et étudier avec un soin extrême les conditions de santé dans lesquelles il se trouve. Cela est surtout nécessaire quand il s'agit des maladies d'oreilles qui doivent avoir une longue durée. On aura donc égard à toutes les règles de la thérapeutique générale et spéciale, afin d'obtenir, avec toute la sûreté possible, l'améliora lion de Tétat local en mén^e temps que celle de la constitution entière. Mais il faut avant tout s attacher à porter un diagnostic exact , et savoir précisément à quelle espèce de surdité Ion a affaire.
La plupart des maladies d'oreilles sont simples, localfw^ et ne dcmnent lieu à aucun phénomène général capable de motiver des indications particulières. Il faut donc les traiter là où elles existent , par des moyens directs, en rappoil avec leur nature intime. Mais ici encore on ne doit jamais se dispenser d'explorer l'organe ma<lade. Il faut, par des recherches exactes, reconnaître avec précision le point lésé , la nature de la lésion, lès complications qui peuvent se rencontrer , analyser chacun déè symptômes , les isoler, les rapporter aux différentes altérations qui existent , et ne rien abandonner au hasard dans l'administration du traitement. J'ai toujours agi ain^i , et je vais essayer d'exposer les résultats que j'ai obtenus dans ma pratique.
Beehereliet ftatîstiquet sur la fréqnenee et la cnrabililé des tnaladieg de.Foreîlle.
Les premiers résultats de ce genre que j'ai publiés n'étaient appuyés que sur trois cents observations prises
au hasard dans mon registre. Aujourd'hui je puis en donner un bien plus grand nombre. Le relevé que je présente ici comprend deux mille faits observés et recueillis par moi, avec tout le soin dont je suis capable.
Les maladies de l'oreille externe figurent pour un tiers dans le total ; les deux autres tiers appartiennent aux lésions deTôreille moyenne et interne.
Les maladies de Toreille moyenne , bornées à la muqueuse de la trompe et de la caisse, ne forment que le dixième de la totalité. Ce nombre paraîtra bien faible quand on considère la facilité avec laquelle les pblegmasies des membranes muqueuses se propagent aux surfaces voisines de même nature. Les afîections catarrfaales du nez et de la gorge semblent devoir envahir à chaque instant les trompes et les caisses, et déterminer une hypersécrétion du mucus qui baigne ces surfaces. Les faits bien observés contredisent cette étiologîe qui n'est que spéculative. A chaque instant on attribue la surdité ner* veuse à une affection catarrhale avec diminution de la sécrétion muqueuse ; mais ce ftiit de diminution ne se remarque qu'au début des maladies catarrhales, et bientôt les surfaces nialades passent à un état opposé. Cela est encore plus remarquable quand la lésion tend à deve« nir chroni((ue. Ces considérations ne permettent pas d'attribuer la surdité nerveuse aune maladie d'origine catarrhale, et tout ce que l'on dit à ce sujet est hypotbé* tique.
Les lésions du tympan comptent pour un quart dans mon relevé général , et elles se renconti'ent dans les sept huitièmes des otorrhées. Il importe de bien s'entendre sur ce |K>int essentiel. Itard ne parle pas de l'inflammation aiguë ou chronique du tympan , comme d'une maladie îéiopathique ; il la rattache aux affections de l'oreille externe ou aux accidents de l'otite interne , muqueuse ou purulente. Cependant cette maladie mérite un« atten-
tkm spéciale. Le tympan s enflamme isolement ^ il a est pas toujours malade par suite de la lésion des tissus du méat ou de la caisse, etjai eu souvent loccasioD d'en faire la remarque. C'est cette lésion spéciale qui figure pour un quart dans cette statistique, et qui est une des causes les plus efficaces de la surdité. Sous le rapport de la fréquence, elle vient immédiatement après la surdité nerveuse. Elle a une grande tendance à passer à Vétat chronique , et cette terminaison ae remarque huit fois sur neuf.
Parmi les maladies de Foreille moyenne, celles qui occupent la membrane muqueuse de cette cavité sont beaucoup plus nombreuses que celles qui ont leur siège dans le périoste.
L'inflammation de la membrane muqueuse de la caisse offre ordinairement la forme catarrhale diffuse, avec sécrétion très abondante de ses produits naturels. La surdité légère qui compliqife cette irritation diminue bientôt et disparait même entièrement a^ec Fespèce de rfanme qui Fa occasionnée. Il faut admettre alors que la trompe na pas été plus fortement affectée, et que les produits de la sécrétion morbide ont pu sortir de la caisse avec facilité.
Dans certains cas assez rares , Finflammatiou occupe un point de la trompe, et le mal qui y séjourne un temps assez long donne lieu à un rétrécissement ou même quelquefois à Foblitéraiion de ce conduit. H doit y avoir sécrétion d'une- lymphe plastique , suppuration du tissu cellulaire soas^xnuqueux.Dans ces circonstances, le reste de la membrane muqueuse conserve ses qualités normales, quoique ces obstacles dans le canal soient une cause très efficace d'engouement de la caisse. J'ai long* temps cru que les coarctures de la trompe d'Ëustachi étaient une maladie assez commime, mais des observations plus attentives m'ont démontré mon erreur. Je re-
60 MALADIES DE L OftElLLE.
gardais comme un rétrécissemcDt organique un simple gonflement de la muqueuse de ce canal, et l'impossibilité de faire passer de Tair dans la caisse me semblait uo signe certain de ce genre de lésion. Mais cela ne suffit pas; il faut que lair poussé par une pnmpe pneumatique ne puisse arriver dans Toreille moyenne, et qu'une bougie en corde de boyau ne puisse franchir l'obstacle. Si Ion prend ces précautions indispensables , on trouve alors que les rétrécissements delà trompe sont aux autres maladies de l'oreille dans la pro[>ortion d'un sur soixante et onze.
L'oblitération de la trompe est beaucoup plus rare encore, peut-être même est-ce la plus rare de toutes les maladies de l'oreille. Le diagnostic en est extrêmement difficile, car il^ ne s'appuie que sur des signes négatifa. En faisant usage de la pompe pneumatique et de la sonde exploratrice , on ne peut arriver dans la caisse , et c'est tout. Je n'ai trouvé jusqu'ici que deux malades atteints de cette affection, et encore ne puis-je affirmer que je ne me suis pas trompé.
La phlegmasie du périoste de la caisse est moins rare qu'on ne serait tenté de le croire, d'après le petit nombre de faits de ce genre que j'ai notés. Cela tient à ce que j'ai dû ranger dans d'autres catégories les individus affectés de cette maladie consécutivement à la perforation du tympan. Cette affection de la membrane du tympan est le plus souvent la cause de cette complication profonde. Rien n'est plus rare, en effet, que de voir le périoste de l'oreille moyenne s'enflammer primitivement, à moins qu'il n'y ait quelque blessure ou lésion mécanique des parois de la caisse. Cependant je dois dire que cette sorte d altération paraîtrait plus commune, si l'on examinait les oreilles des individus qui meui'ent à la suite des otorrhées chroniques. La plupart deT ceux qui succombent en pareil cas sont pris* de symptômes cérébraux, délire,
coma, convulsions, etc.; on ne tient compte que de ces accidents si graves, on oublie lotonhée qui disparait, et Ton néglige de constatera mode daliéralion des parois de Toreille moyenne. Abercrombie lui-même qui a examiné avec tant de soin le crâne et le cerveau des malades dont il rapporte les observations, n a pas toujours poussé les recherches jusque là, et, sous ce rapport, les faits qu'il a publiés n ont pas toute la valeur qu'on leur attribue.
La surdité ner\'euse compte pour un peu plus que la moitié dans mes deux mille observations. Cette fréquence est tout à fait en rapport avec lactivité des nerfs acoustiques, et avec Tabsence d'organe protecteur pour Toreille. Je regarde la surdité comme spécialement nerveuse, quand elle ne se rattache ù aucune lésion appréciable de Toreille externe et moyenne. Je n attache aucune importance à Tabsence de la sécrétion du cérumen, et cette particularité me parait une des conséquences de la maladie de Foreille interne. Mais nous examinerons ce point quand il sera question de l'histoire de cette espèce de surdité. Le tympan est souvent opaque, dans cette maladie, et je ne puis regarder cette altération de tissu que comme un vice de nutrition dépendant de la surdité nerveuse. On peut en dire autant de la sécheresse de la muqueuse de la caisse, et cette altération que Ion n'a pas constatée le scalpel à la main, appartient probablement à la même cause. Beaucoup d'altérations pathologiques ont été observées dans la caisse par le docteur Toynbee, et ce médecin a dit que très probablement il y en avait de semblables dans la caisse des malades que j'ai traités pour des surdités nerveuses. C'est une supposition gratuite de sa part. Il est à noter qu'il avoue ne pas savoir quelle espèce de surdité présentaient les individus dont il a eu occasion de disséquer les temporaux. Enfin , la surdi-mutité congéniaie m'a paru devoir écre considérc^e
62 MALADIES DE l'oREILLB.
comme une surdité nerveuse, car sur un bon nombre de sujets que j'ai pu examiner , je n'ai pas rencontré de lésions anatomiques appréciables dans les deux premières parties de Toreille, ou bien j'ai trouvé des défauts de conformation de la portion labyrinthique.
Le sexe a une grande influence sur la fre'quence des nraladies de Toreille. J'ai rencontre 1274 hommes et seu* lemeot 726 femmes. Les recherches du docteur Yearsley donnent le même chiffre, i3i8 hommes et 682 femmes. Ces proportions varient si Ton a égard à la nature de la maladie. Les lésions du pavillon, du méat , du tympan, sont trois fois plus communes chez les hommes que chez les femmes, ce qui tient évidemment à ce que les oreilles des premiers, toujours à découvert, sont bien plus exposées à l'action du froid et de toutes les autres causes analogues. Pour les maladies des membranes muqueuses de la trompe et de la caisse, la proportion n'est que du double. La surdité nerveuse est à peu près aussi fréquente dans un sexe que dans l'autre.
H est rare qu'une saule oreille soit affectée, à moins que la maladie ne soit très aiguë. Dans le plus grand nombre des cas, les deux organes subissent les mêmes influences et s'altèrent de la même façon, surtout quand la maladie affecte la membrane muqueuse , les tissus glanduleux, etc. Cependant on voit assez souvent la surdité nerveuse ne frapper qu'une oreille.
Le bourdonnement d'oreilles est un symptôme qui se rencontre très fréquemment. Sur les 2000 malades que j'ai examinés, je n'en ai trouvé que 733 qui n'en avaient pas éprouvé. Ces bruits, qui varient de caractère, d'intensité^ de durée, etc., compliquent presque toutes les formes de surdité sans qu'il soit possible, dans un très grand nombre de cas , de dire à quelle cause on peut les attribuer. Tout ce que l'on a dit sur les suppressions du flux hémorrhoïdal , sur les rhumatismes, ne me paraît
pas prouvé, et le plus souvent il n'y a que coïncidence. Je n ai pas observé de bourdonnement chez les sourdsmuets (i).
Ck>mnie dans toutes les autres maladies, loreille droite est plus souvent affectée que la gauche.
L*àge des malades donne lieu à quelques rémarques intéressantes. Le quart de mes malades avait moins de dix ans. Ils avaient le plus ordinairement des inflammatioDS chroniques du tympan et de la muqueuse de la caisse. Ce sont les maladies propres à Fenfance. Dana les dix années suivantes, le nombre de ces maladies diminue considérablement, et elles deviennent plus rares à mesure qu'on avance en âge. Mais de vingt à quarante ans , on voit souvent se développer la phlogose de la peau du méat externe. C'est, en effet, alors que l'on observe les accumulations du cérumen. Elles dépendent de cette inflammation superficielle de la peau et des glandes qui la rem))lissent. On peut en dire autant des phlegmasies du tissu celMaire du méat : l'état pléthorique des hommes dans la force de Tàge dispose ces parties à l'inflammation aiguë et à la suppuration qui en est la conséquence.
L'inflammation catarrhale des trompes et de l'oreille moyenne appartient au jeune âge, et elle devient plus rare h mesiu'e que l'on vieillit.
La surdité nerveuse apparaît dans la seconde moitié de b vie. Elle attaque ordinairement une seule oreille , et elle ne parait avoir aucun rapport avec les affections cm/^
fi) Je dois dire qu'il m'est arrivé plusieurs fois d'être consulté pat des sonrds-maets qui étaient tourmentés par des bourdonnements d'oreilles. A cet égard , il faut noter une chose importante. Ces sortes de bruits anormaux s'observent le plus souvent chez des individus dont la surdi-mutité est accidentelle ; mais je les ai cependant rencontrés chez plusieurs élèves de l'Institut royal qui étaient dans la catégorie des ftourdsHDuets de naissance. Je ifke propose de donner de plus amples détails sur ce sujet intéressant Les bruits anormaux, chez des individus emièrcaeiil privés de l'oi^ soat MsaréMent m éM phéMMèaes physiologiques les plus singuliers qu'on puisse signaler. F. M.
ÙU MALADIES DE l'oREILLE.
tarrbales qui sçnt si souvent regardées comme la cause de cette fâcheuse maladie.
La durée des maladies doreilles est généralement longue. Sur mes 2000 malades, i65o étaient iHteints depuis plus d'un an-, 164 seulement souffraient depuis trois ou quatre semaines. H n y a que trois maladies de iWeille qui affectent la forme aiguë; ce sont la phlogose de la peau du pavillon, celle du tissu cellulaire des méats et celle du tympan.Toutes les autres suivent une marche habituellement chronique. Cependant il arrive quelquefois que' les glandes du méat s'enflamment vivement et sous forme aiguë. Je me réserve de donner des détails particuliers sur la marche et la durée des diverses maladies de Toreille , à mesure qu elles se présenteront dans la suite de mon travail.
Il me reste maintenant à établir la proportion des guétisons ou améliorations que j ai obtenues dans le traitement des maladies de Toreille. Avant de donner mes chiffres, je dois dire qu'il faut s'entendre sur la vrieiu: de ces mots, guérison et amélioration. Un malade ne peut être considéré comme guéri que quand Touïe a repris le degré de finesse qu'elle avait avant la maladie. Pour qu'il y ait amélioration , il faut que le malade ait recouvré une partie de ce qu'il avait perdu. Mais tout cela exigerait la connaissance préalable du degré d'audition qui existait avant la maladie , et c'est ce qui manque presque tou- •^urs. Des mesures de ce genre doivent être prises avec une montre dont la somme de bruit a été déterminée par un grand nombre d'expériences comparatives sur des personnes ayant une ouïe intacte.
Plusieurs médecins auristes ont publié les résultats de leur ti^aitcment.Curtis (i ), dont nous avons déjà apprécié la manière d'obscyver et d'agir , a dit que sur 878:1
(1) A elinical report of th$ royal diêpemary for th$ dit$a$e$ ofihe $ar. 1830.
NOTIONS GÉNÉAALES. 65
sourds, il avait obtenu 8780 {juérisons complètes: 2497 ODt été améliorés ou soulagés , et aSoS ont été déclarés incurables. Je ne puis ajouter beaucoup de confiance à ces ch.fFres^ pas plus qu'à ceux qui ont été donnés par Wright (i). Cet auteur affirme que les gargarismes sont aussi efficaces contre les maladies de 'a trompe et de la caisse, que le caibétérisme et les injections liquides ou gazeuses. Sur i5oo malades, Wright dit en avoir guéri 496, amélioré beaucoup 38o^ soulagé partiellement 290. Il n'en a trouvé que i a4 qui lui ont paru incurables. Je ne puis admettre ces assertions, parce qu*elles me paraissent dénuées de preuves (a).
J'ai voulu agir autrement. J*ai rangé par catégories distinctes les deux mille malades qui servent de base à ma statistique. Mes observations, recueillies avec le plus grand soin, portent toutes un diagnostic rigoureusement établi à laide des explorationsies plus minutieuses, tant de Toreille externe que de la tix)mpe et de Foreiire moyenne. En agissant ainsi, on se dispense de traiter certains patients qui ont des affections incurables , on évite également de donner trop de confiance aux rapports exagérés que vous font les malades ; enfin, on parvient à ne tenir compte que des symptômes positifs des maladies que Ion a Toccasion de voir.
(1) Plain advie$ for ail ctaaei ofdtafpersons, etc., p. 111. — 1826.
(S) n serait facile 'de prouver que toas ces chiffres ne différent pas beancoap les uns des autres. En réunissant tous ceux qui ont été donnés par les auteurs , et en les Joignant à ceux qui me sont propres , j'arrire à un total de Itf ,000 maladies d^oreilles, dont le tiers environ a été {■érL Les soulagés et les incurables se partagent les deux «vires 4iers en proportion à peu prés égale, et Je crois que toute statistique bien fiûte dôonera un résultat analogue. P. M.
MALADIES DE l'oREILLE.
TABLEAU Hé la enniInHté et # U fré^faenoe des nuOadiet de l'ormlle.