PRÉFACE DU TRADUCTBUK. XI
traduction anglaise de M. Bennett ; j'ai réclamé la coopération de M. le docteur Schlesinger-Rahier, toutes les fois quMl s'agissait de quelque passage obscur ou douteux 9 et je crois , gr&ce à ces précautions » avoir donné une idée exacte du travail original de M, Kramer. La traduction française, publiée en Belgique , ne brilld pas par la correction, il faut le dire; àù y trouve même certains contre-seM^ qui doivent sans doqte être imputés à rimprimeur ou à toute autre cause du môme ordre^ Elle présente, en outre, des omissions assez nombreuses, et j'ai pu croire , à différentes reprises , que le traducteur avait eu l'intention de donner, non pas l'ouvrage entier, mais bien un abrégé du Jivre de M. Kramer. Je n'ai pas cru devoir en agir ainsi ; j'ai fidèlement re<produit le texte de l'auteur dans tout ce qui tient à la partie scientifique , et j'ai scrupuleusement respecté le fond. Je ne me suis permis quelques modifications que dans la forme, et voici pourquoi.
M. Kramer se pique de franchise ; il va droit au but ; sa critique est vive ; il nomme un chat, un chat, et cette façon d'agir, qui a sa source dans un sentiment d'honnêteté fort respectable, donne à son style une allure agressive, des formes rudes et hostiles , qui sont difficilement tolérablea dans notre langue. Sans rien changer à ses appréciations, j'ai cru qu'il convenait d'adoucir un peu leurs aspérités, et j'ai pris sur moi de retrancher quelques personnalités inutiles. La science, un peu moins âpre , ne perd pas de son mérite ; on peut toujours instruire sans châtier les ignorants , et un peu de bienveillance ne gâte rien. J'espère que M. Kramer ne me reprochera pas d'avoir altéré son texte , affaibli sa pensée et travesti ses intentions. Il reconnaîtra, j'ose le croire, que j'ai pris à tâche de conserver à son livre sa véritable physionomie scientifique.
De son côté , le lecteur pourra se convaincre que je n'ai rien négligé de ce qui pouvait ajouter à la valeur réelle de cet ouvrage. Je Tai annoté avec soin , et il est peu de passages importants sur lesquels je n'aie émis une opinion motivée. Il ne m'a pas été possible d'entrer en discussion avec l'auteur sur une multitude de points secondaires; je n'ai pas voulu faire un commentaire sur les pages que je traduisais, car un pareil travail eût dépassé de beaucoup le but que je m'étais proposé. M. Kramer a écrit en praticien; il a négligé les développements scientifiques qui ne cadraient pas avec le plan de son livre, et je n'aurais pu, sans méconnaître ses intentions , lui reprocher des omissions volontaires. Je ne pouvais donc m'attacher à compléter son œuvre , et j'ai dû me borner à indiquer certains points essentiels, sur lesquels nous différons de sentiment
On a pensé que mon Mémoire sur V Exploration de l'appareil auditifs publié en 18Û1, pouvait être consulté avec fruit par les personnes qui s'occupent des maladies de l'oreille, et je l'ai imprimé à la suite de ma traduction. Il en a été de même de mes Rechercha sur Vorigine de la surdité^ et j'espère que ces travaux , insérés dans la Gazette médicale y figureront convenablement & la suite de l'œuvre de M, Kramer.
Paris, 5 octobre 1847.
P. MENIÈRE.
Od s'est souvent plaint de Tabandon dans lequel les auteurs ont laissé les maladies de Toreilie. Ces plaintes paraissent justes et bien fondées quand on compare, sous le rapport du nombre et de la valeur scientifique, les ouvrages consacrés aux maladies des yeux avec ceux qui traitent de la pathologie de loreille. Ces derniers, en effet, sont très inférieurs. Cependant Timportance relative de ces deux appareils d'organes est loin d'être la même. L'ouïe influe beaucoup plus sur l'intelligence que la vision. Mais la conformation de l'œil , sa position superficielle, la transparence de ses membranes, ont singulièrement facilité l'étude de ses lésions morbides , tandis que l'oreille , cachée dans la profondeur d'un appareil osseux, semble se dérober aux recherches, et ne prdmet que de faibles résultats à ceux qui seraient tentés d'en entreprendre de nouvelles.
Je n'ai point été arrêté par cette considération. J'ai voulu, avant d'aller plus loin, soumettre à un examen consciencieux la série complète des connaissances qui nous ont été transmises sur la pathologie auriculaire. Cette revue critique a pour but d'apprécier à leur juste valeur les faits et les idées qui jouissent de quelque autorité dans
2 MALAPl^^ PB L'qR]{)L(«f(.
cette partie de la sciencemédicaie. Je crois utile de rechercher franchement ce qui a été fait par nos prédécesseurs, et d'indiauer avec ^xac(iti|df3 qu^l a 0té mqn point de départ.
Je déclare d^avance que les travaux réjjuliers et vraiment scientifiques sur cette matière appartiennent aux temps modernes. Il a dû en être ainsi» puisque Ton ne s'est occupé de l'exploration de loreille que depuis quelques années. Tant que Ton s'est contenté de symptômes rationnels, que l'on n'a tenu aucun compte des lésions réelles de l'organe malade, on n'a jamais pu établir un véritable diagnostic, et, par conséquent, le traitement est resté dans le domaine de Fempirisme.
Je commence par les écrits d'Hippocrate. Les maladies de l'oreille n'y sont nulle part mentionnées comme des affections spéciales ; le médecin de Cos n'en a parlé qu'en faisant la description de certains symptômes qui surviennent dans le cours de quelques maladies. Ainsi, les affections fébriles aiguës et très graves se compliquent quelquefois d'accidents vers les oreilles, et ces accidents, observés avec soin, fournissaient à Hippocrate des éléments de pronostic. C'est dans ce sens (i) qu'il décrit la surdité, les bourdonnements, les otorrhées, les tumeurs qui se développent derrière les oreilles ; il note également ia transparence du pavillon, le refroidissement de cette partie, sa rétraction ; mais toujours il rattache ce phénomène à d'autres symptômes plus graves, comme le déhre, la paralysie , les sueurs et les urines critiques. Il dit que les douleurs d'oreilles sont dangereuses quand elles surviennent dans une fièvre ardente, à moins qu'il ne s'établisse un écoulement de pus par les conduits externes, ou un saignement de nez. Hippocrate a encore décrit des tumeurs qui apparaissent derrière les oreilles, et qui se
(I) Coaeœ pnfnotionei, Àphorismi.
INTRODUCTION. SJ
terminent par suppuration. Il dit que quelquefois elles se jugent par une diarrhée abondante , et sa description se rapporte assez bien aux caries de Fapophyse mastoïde y qui succèdent aux otites internes. Quant au traitement de la surdité projprement dite(i) sans altérations des parties visibles de lordlle, Hippocrate conseillait tout simplement de ne pas laver cet organe, mais de le nettoyer avec de la laine; il y faisait verser de Thuile ; il recommandait au patient de se lever de bonne heure , de se promener, de travailler, et de boire du vin blanc; il défendait de manger du pain , [ainsi que de certains poissons qui se tiennent près des écueils.
Tel est le résumé succinct des connaissances qui nous ont été léguées par le médecin de Cos sur les maladies des oreilles : on voit par là que cette partie de la science ne pouvait pas avoir de plus humbles commencements.
Celse (:i) a eu la gloire de poser les bases de Tétude vraiment scientifique des maladies de Toreille. Il est le premier qui ait décrit ces affections sans les rattacher à d'autres, et qui ait prescrit un traitement rationnel pour lotîte aiguë. Mais il a fait phis encore, car il a prescrit un examen attentif de loreille malade , surtout lorsque la surdité existe depuis longtemps, et il a enseigné Fart d'enlever le cérnmen accumulé au fond des méats , ainsi que les divers corps étrangers qui y sont introduits. Il est moins digne d'éloges quand il conseille, dans la surdité chronique, accompagnée de céphalalgie et de bourdonnements, de raser la tête, de la frictionner avec de Teau chaude, de fiaire diète, de prendre beaucoup d'exercice, etc. Itard a renouvelé ces pratiques (3) sans avoir réussi à les remettre en honneur. Malheureusement, Gelse a beaucoup trop vanté les médicaments acres et irritants.
Cl) Demarb. vulg. sect. vii. pag. 978. éd. Foësii.
(2) Medieina, lib. vi. c. 7.
^3) Itard, Traité dei maladiei de Voreilh. 1'* édit. 1. 1. p. 2S8, 290.
La myrrhe, lopium, le vinaigre, rellébore blanc, lalun, la te'rébentliine , Tencens, le castoréum, etc., sont recoin* mandés indifféremment dans des cas d'otite aiguë avec ou sans inflammation, dans lotorrhée, les polypes, les rétrécissements du conduit externe, les tintements, etc. Enfin , pour simplifier cette thérapeutique, il vante une composition merveilleuse due à Archigèue, et qui suffit pour guérir presque toutes les maladies de l'appareil auditif. Cette panacée se compose de castoréum, de poivre blanc, de gingembre, de myrobolam , d'encens, de nard syrien, de myrrhe,de safran, de nitre et de vinaigre.
Cette pratique d'appliquer un composé de substances très actives à toutes les maladies des oreilles, indistinctement , lors même que l'on reconnaissait les différences certaines qui existaient entre elles, s'est conservée depuis Celse jusqu'à nous, et ces recettes ont eu la plus fâcheuse influence sur les progrès de la science fondée parce grand médecin.
Galien (i), il est vrai, reconnut quelques causes spéciales des maladies de l'oreille, comme l'introduction de certains liquides irritants , l'action du froid , la phlogose des parties voisines, la sécrétion d'une matière acre dans l'intérieur du méat. Il blâme les praticiens qui combattent ces accidents par l'emploi de la graisse, de la bile de boeuf, et de l'ail ; mais cela ne l'empêche pas de conseiller lui-même des remèdes non moins mauvais dans des lésions inflammatoires aiguës de l'oreille externe. Après avoir justement critiqué la pratique d'Apollonius, il préconise une multitude de recettes empiriques dues à Heras, à Asclépiade, à Charixène, à Archigène, à Andromaque et à beaucoup d'autres. Ces compositions bizarres offrent en effet la réunion du galbanum, de la myrrhe, du castoréum, de la térébenthine, de l'alun, de l'o-
(1) Opéra omnia, éd. Kuhn. t • XII.
INTHODUCTION.
pium, etc., et on les appliquait à toutes les maladies des oreilles, sans disiinctiou de la cause el de la forme. Dans Totalgie déterminée par le froid , il introduisait dans le méat externe des oignons , de Fail , de leuphorbe , une décoction de Sabine dans Thuile, avec un mélange de poivre finement pulvérisé. Quand le mal provenait d'une phlegmasie des organes voisins et s'était propagé de proche en proche, il ordonnaitdes frictions avec une pom* made composée de nard, d'opium, de castoréum et de lait de femm>. Quand, au contraire, les douleurs d'oreille dépendaient d'une sécrétion de matières irritantes dans l'intérieur du conduit, il faisait appliquer un mélange d'ellébore blanc ou noir, de nitre, de cannelle, de cassia, de bryone , d*arum. Quand il y avait un abcès avec écoulement purulent par le méat externe, il prescrivait, outre les remèdes précédents , le safran, la myrrhe, le chelidonium glaucium, et de plus la limaille de fer bouillie dans du vinaigre.
Dans les cas de bourdonnement d'oreilles, qui dépendent, selon lui, de flatuositésou d'une sensibilité exquise de l'appareil auditif, il conseille les médicaments discu»sifs ou incisifs, puis les stupéfiants, et il eu revient toujours aux formules compliquées mentionnées plus haut.
Dans certains cas de surdité non déterminée, il recommande d'introduire dans les oreilles un mélange de vinaigre blanc et de nitre , de suc d'oignons , de bile de bœuf, d'huile de noix, d'alun bouilli dans du vinaigre, de myrrhe, etc. Il est certain que cet étrange formulaire prouve évidemment que, sous Galien,la médecine des ma* ladies de l'oreille avait fait un pas rétrograde , et que l'on avait en quelque sorte oublié les sages conseils de Oelse, relativement à l'étude des caractères distinctifs des diverses lésions de l'appareil acoustique.
Pendant plus de mille ans, les principes empiriques de Galien dominèrent la science, et même à un tel point, que
§ MALADIES DB L OfiElLLE.
les précieuses découvertes anatonjiques sur ]a structure de loreiile qui furent faites à la fin du quinzième siècle et au coramencement du seizième, par Achillini, Bérenger,Vésale, Ingrassias, Eustachi, Failope, Casserini, etc., n eurent aucune influence sur la thérapeutique des médecins de cette époque. On trouve en effet dans le traité de Mercurialis (i), qui a eu tant de réputation dans ce temps-là, una simple reproduction des idées que Galien avait exposées quatorze cents ans auparavant, et de plus quelques idées théoriques sans valeur. La surdité est attribuée aux obstructions des éléments chauds ou froids, les bourdonnements dépendent d*un certain spiritus ou d'un excès de sensibilité, les douleurs sont attribuées à Faction de la chaleur ou du froid. Quant au traitement, il est le même pour les affections aiguës et inflammatoires: cependant il conseille quelquefois la saignée , les purgatifs , les ventouses ; mais dans le plus grand nombre desMs il pi^onise le suc d'oignons , lellébore , le castoréum, et autres remèdes analogues. Il adopte aveuglément les préceptes barbares de l'antiquité. Ainsi, dans les cas de corps étran^ gers introduits dans les méats externes , il recommande de suspendre un enfant par les pieds , et de le secouer avec force pour faire sortir ce corps étranger. S'il s'agit d'un homme , il veut qu'on le lie sur une planche, qu'on lui imprime des secousses violentes, qu'on le laisse tomber avec force.
Fabrice de Hilden (2) a eu le mérite de rentrer le pre* mier dans la voie de l'observation directe ; mais malheureusement il ne s'occupa que des maladies du conduit auditif externe. Il étudia les polypes, les corps étrangers, les substances acres produisant une vive irritation de la peau du méat; et le spéculum auris^ dont on lui doit l'invention , favorisa singulièrement les recherches , et con*
(t) 0e ocuL 0t aurium affêct, prtBÎeetiones. 1591. ^2) Opéra omnia. 1646.
iriboa puissamment aux progrès de cette parlie de la science. C'est un instrument dont les médecins auristes ne peuvent se passer.
Il eût été à désirer que Bonnet, dans son Sepulchretum^ eàt fait pour les maladies de l'oreille interne ce que Fabrice de Hilden avait fait pour l'oreille extérieure | mais on ne trouve dans son ouvrage aucune description de formes pathologiques^ Tout prouve que ce médecin n a pas examiné l'appareil auditif, et qu'il n'a pas fait.pour oet orf^ne comme pour la plupart des autres. La voie qu'il suivait aurait pu le conduire à des découvertes heureuses; mais il ne l'a pas suivie dans cette occasion , et l'on doit le regretter.
Du Verney (i), quelques aunées plus tard, publia un ouvrage , dont la partie anatomique est excellente. Ce mérite fut tel qu'il rejaillit sur la partie pathologique, et 6t accepter des déductions qui n'étaient rien moins que bonnes. Les idées thérapeutiques ne valaient pas mieux, et l'on s'étonne de ce manque de résultats positifs en considérant l'exactitude et la précision des recherches de cet auteur. Cependant Du Vemey a eu le mérite d'ajouter aux idées de Fabrice de Hilden , et de faire un nouveau pas dans la voie des recherches rigoureuses. Il a traité avec soinnon seulement des lésions du conduit extérieur et de la membrane du tympan , mais encore des maladies de l'oreille moyenne et de celles de la portion labyrinthique de l'organe. On pouvait s'attendre à des descriptions exactes , mais l'auteur s'arrête en si beau chemin , et déclare (a) qu'il veut seulement montrer le rapport qui existe entre la structure de cet appareil et les fbnctions qu'il remplit. Il parle encore de l'importance que peut avoir la connaissance anatomique de l'oreille poiu* l'appréciation des différents états morbides qui s'y rencon-
(1) TraiU de Vorgane de VauXfi. 1663.
(2; Loû. eit. p. 110.
trent. Ces principes excellents auraient dû le conduire à des résultats semblables , mais il n'en a pas été ainsi. Il considère la douleur doreilles comme une maladie essentielle, et il ne cherche pas quelle lésion organique peut la produire. Il fait jouer un rôle imaginaire à la sécrétion d'une substance acre, d'un cérumen altéré; il indique comme symptôme de cette olalgie , la fièvre ardente, rinsomnie,le délire, les convulsions, les syncopes; puis il avoue que tout ce cortège effrayant peut se montrer sans qu'il y ait inflammation de l'oreille (i),sans quaucune tumeur phlegmoneuse apparaisse. Il se trompe encore quand il attribue les otites externe et interne à l'altération du cérumen ; quand il prend l'étiologie pour unique base du traitement, et qu'il unit la saignée à des applications chaudes et irritantes, à des fomentations actives , à des instillations d'huile daniset de girofle. Il semble reconnaître deux espèces d'otaU gie produites par des causes opposées , le chaud et le froid ; mais il n'indique pas leurs caractères différentiels, et les traite à peu près delà même manière, c'est-à-dire parles saignées, les purgatifs, et par des applications topiques composées de substances excitantes ou narcotiques. «
Il sépare deux formes pathologiques qui sont identiques quant à leur nature j et qui ne diffèrent que par le degré de développement. L'otite aiguë avec fièvre se termine souvent par un abcès^ et la maladie ne change pas pour cela de nom et d'espèce. Il ne s'est pas livré à un examen aitentif de l'oreille , et ce défaut d'observation directe l'a conduit à des opinions erronées. Ainsi, il admet le relâchement ou l'excès de tension de la membrane du tympan, lésions tout à iait imaginaires ; il croit également que , par suite d'une violente expiration , le nez et
(1) Loc. oit. p. 124.
INTBODUCTietf. 9
la bouche étant fermés , le tympan peut être déohiré. Cependant il avoue ne pas comprendre de quelle manière cela peut arriver (i). Entraîné par les spéculations théoriques , il a été conduit à admettre, le premier, que les tintements d'oreille ne sont pas une maladie spéciale, essentielle, mais bien un symptôme d'une lésion cérébrale , et qui peut se rencontrer dans toutes les afFectioDS deFappareil auditiF.
8a thérapeutique n'est pas riche en préceptes utiles ; cependant il conseille la saignée dans les maladies inflammatoires de Toreille , nrais sans insister beaucoup sur ses avantages. Je ne veux pas m'arrêter au traitement qu'il prescrit contre les écoulements purulents du méat externe, contre le rétrécissement de ce conduit, contre les engorgements glanduleux qui renviit)nnent, contre le relâchement où la tension excessive du tympan. Tout cela est basé sur des théories, et se rapporte aux composés spécifiques des aMiens (2). Dans les cas de lésion des os de la caisse, il recommande le camphre, l'euphorbe , la myrrhe et Paloès. Il regarde l'engouement de l'oreille moyenne comme incurable. En somme, Du Verney, comme anatomiste, est digne -de notre admiration, mais ce sentiment ne peut nous être inspiré par ses travaux comme médecin.
Ce jugement s'applique très exactement à Vieussens, à Valsalva et à Cassebohm. On trouve dans Valsalva (3) quelques descriptions assez exactes de maladies du tympan, des osselets de l'ouïe et de la caisse. Ces nécropsies, faites avec soin , n'ont jmis eu d'influence sur la pathologie spéciale de l'appareil auditif, pas plus que les observations isolées de Wepfer , de Willis , de Riedlin , de F. Hoffmann , etc. Le traitement de ces maladies n'y a rien
(1) Loc. dt. p. 179.
(i) Loe. cit. p. 171-178.
(3) Tract, de awre hvmanâ, 1717.
10 MAL^DI£8 1>C LORfclLLË.
gagé, et loa continua de recourir aux formules de la polypharmacie galénique.
Ce fut à Guyot, maître de poste de Versailles^ que Ton dut l'impulsion subite et singulière qui fut imprimée à cette partie de la science mé(!icale. Un heureux hasard le porta à chercher le soulagement de son infirmité dans Tinjection de la trompe d'Eustachi. En 1 7 a4/r Académie des Sciences de Paris reçut une communication à ce sujet. Le procédé de Guyot était très imparfait. La sonde était introduite par la bouche; mais quelle que fut k ▼oie suivie pour arriver à la trompe , Ticlée n en était pas moins capitale, et cette découverte a fait époque dans rhistoire du traitement de la surdité. C'est par là, en effet, que Ion peut établir avec exactitude le diagnostic des maladies de Toreille moyenne et interne.
Les médecins français ne furent pas très enthousiasmés de cette découverte de leur compatriote. Son mérite réel ne fut bien apprécié d abord que par Cleland (i), qui la perfectionna en essayant d'introduire une sonde flexible non pas par la bouche, mais bien par les narines. Quelques années plus tard, les médecins de Montpellier (2) substituèrent à la sonde flexible un cathéter solide qui est préférable à tous égards. Wathen (3) publia quelques observations, dans lesquelles les injections parla trompe d'Eustachi avaient produit de bons résultats. A cette époque, on ne songeait pas encore à établir le diagnostic des maladies de loreille; aussi Wathen conseille dé recourir au cathétérisme de la trompe , quand les moyens de traitement dirigés sur le méat externe et la partie supérieure du gosier ont échoué. Itard (4) a donné le même conseil.
(1) Philosoph. Transaetionê, vol. XLI. part. u. p. 848. - 1741.
(2) SauTages, NoioL méth. t. II, p. 228. — 1771.
(3) Philosoph. Transactions, vol. XL1X. part. i. p. 213. — 1755.
(4) TraUiy etc. l. II. p. 77.
IZiTRODUCTIOM. il
Lescheviii (i) a étudié le cathétérisme de la trompe seulement sur le cadavre , et son Mémoire couronné n a rien ajouté aux connaissances acquises à cette époque. J'en puis dire autant des ouvrages de Btichner, Gniditsch et Wildberg, qui n'ont enrichi la science d'aucun iait nouveau. Morgagni lui-même n'a pas fait plus qu eux , car les détails anatcnniques qu'il donne sur plusieurs maladies des oreilles n'ont pas été précédés de l'examen attentif des symptômes ofierts par le malade. Ses observations sur les lésions de la membrane du tympan n'ont pas plus de valeur réelle.
Malgré l'imperfection de ces recherches sur les mala* dies de l'oreille , le traitement qu'on leur appliquait n'était pas très défectueux. On suivait les indications générales, on employait souvent les antiphlogistiques ; mais les meilleurs praticiens de la fin du xviii' siècle (2) se bornaient à traiter les maladies aiguës. Â cette époque» on essaya d'aller plus loin; on fit jouer un grand rôle au liquide de Cotugno; on attribua à ses altérations la plupart des lésions de l'oreille interne , et cette idée spéculative eut une fâcheuse influence sur les progrès de la pathologie de l'oreille. Lentin (3), à qui l'on doit ce malheureux essai, échoua complètement. Le même auteur ne fut pas plus heureux dans les conseils qu'il donna relativement aux maladies du méat externe et delà trompe d'Eustachi. Sa timidité fit plutôt rétrograder la thérapeutique , et contribua puissamment à empêcher les progrès de la médecine auriculaire.
L'absence de tout diagnostic exact dans l'étude et le traitement de ces sortes d'affections donna lieu à l'adoption des choses les plus singuhères. Ce fut au commencement du XIX* siècle que l'on adopta l'idée de la perfora-
(1) Frix de l'Académie de chirurgie, t. IV, p. 67.
(2) Borserii Instit. med. pract. L JIL p. 285. — 1785.
(3) Tentant, vitiis, audit, medendi. àuM : Beiirwge iur aueûbemden Ànneiwi$$eniehaft. 1793. 11. p. 79.
VI MALADIES DK LOIIEILLË.
tiondu tympan. On sait quel enthousiasme accueillit cette découverte ; C )oper ( i), Himly (a), et plus tard Itard (3) et Deleau (4)> qui ont vante cette opération, n'ont pas démontré ses avantages. La trompe d'Eustachi n a pas été explorée avec soin avant l'opération , et cependant tous les auteurs s'accordent à dire que l'oblitération complète de ce conduit est la véritable indication de la perforation du tympan. Il y a même un cas publié par Deleau (5), dans lequel la trompe fut trouvée libre et saine ; etcepen* daut la perforation avait été pratiquée. Le juste discrédit où tomba bientôt cette opération , qui n était fondée sur rien de positif, la fait disparaître de la pratique chirurgicale; on a oublié ses promesses mensongères, et si elle est encore quelquefois recommandée dans le traitement de la surdité , ce ne peut être que par des personnes étrangères aux progrès récents de la médecine acoustique.
En même temps que Ton s'enthousiasmait pour la perforation du tympan , les physiciens vantèrent Télectricité et \e magnétisme comme les agents les plus efficaces contre la surdité. Ces prétentions out eu le même sort que l'opération 'dont nous venons de parler. Cavallo (6), Le Bouvier-Desmortiers (7), Grapeugiesser (8), Sprenger (9), Augustin (10), Becker(i i),et beaucoup d'autres,
(1) Philoi. Tram. p. 151. 435. - 1800-1801.
(2) Comment. Gotting. lol. XVI. p. 107.
(3) Traité, etc., t. II, p. 204.
(4) Mémoire iur laper for. du tympan. 1822. ^5) Loc. Cff.p. 117,
(6) À complète treatise on electricity. 1786.
(7) Mémoire iwr le$ eourde-muett de naiseanee. 1803.
(8) Veriuche,denGalvani$mui xur Heilung einiger Krankheiten aniuwenden, 2 Aofl. — 1802.
(0) Antcendungiort der galvani-Voltaucken MetallelektrizUàt. etc.
(10) Vereuch einer volUtaendigen iyitemaiiichen Geeekichte ier gaivaniichen Elektrixitàl. etc. — 1803.
(11) Der mineraliiehe Magnetiemue und $eine Antoendung in der Meilkunit. -- 1819.
INTRODUCTION. il
OUI publié des résultats dont il est impossible de tenir compte. Sans suspecter la bonne foi de quelques observateurs comme Eschke père (i), Schubert (2), Castberg (3), PiafF, Pfingsten, etc., on ne peut accepter comme authentiques les faits qu'ils rapportent, et Ton doit se lenii* en garde contre des résultats dont on ne peut constater régulièrement la valeur.
Fabre d'Olivet (4) , qui s'est probablement servi de Télectricité, a fait un secret de sa méthode. Il se vante d'avoir guéri trois sourds^muets en quelques jours ; mais, comme il na pas publié son procédé, bien quil Teût promis, il doit être classé dans la catégorie des marchands de remèdes secrets, comme J. Williams (5), Mene-Maurice (6), etc., qui spéculent sur Tignorance et la crédulité publique. Ces façons d agir ne peuvent convenir aux médecins qui se respectent.
Ces aberrations de nos devanciers dans la pathologie de lorgane acoustique auraient dû diriger vers une meilleure voie les médecins de notre siècle ; et cependant on trouve encore parmi eux la trace de cet empirisme irréfléchi , qui ne peut conduire à aucun but honorable et utile. On souffre de voir nos contemporains accueillir , sans critique, les observations les plus merveilleuses, baser sur des faits apocryphes ou incroyables des hypo- • thèses absurdes, et négliger ouvertement I étude attentive et consciencieuse des maladies. On croirait qu'ils ont renoncé à se servir de leurs yeux pour voir ce qui peut élre vu dans les oreilles, et quils sont décidés à ne tenir aucun compte de l'observation rigoureuse des caractères physiques des maladies de cet appareil.
(1) Gahaniêekê Vertuchê. » 1803.
(S) 70» ê$r Amoênâung dê$ Gaivanismuê hêi Tinièf e^oriMH.— 1806.
(3) Nordiukeê Archiv, von Pfjiff. III. 3. p. 74.
(4) Notionê $ur 1$ setu de Vwm «n général. — 1819.
(8) Nêw obarvaHoni an thê êiêêaiM oftkê «y« mni tk$ «or. — 1807. fi) D$ la mtréité aeeidênielU, etc. Paris. 1834.
44 MALADIES De l'oRÊILLE.
Le nom de Traropel (i) peut à peine être cité, même après le commentaire prolixe de Menke. Albrecht (^),dans son ouvrage populaire, n'élève aucune prétention scientifique; mais il est déplorable de trouver dans Joseph. Frank (3) un certain nombre d'erreurs que son grand mérite a contribué à propager. H regarde encore , en i8ai, Fotalgie et les tintements d'oreilles comme des maladies essentielles ; il divise les phlegmasies auriculaires , d'après leur étiologie , sans tenir compte de la nature des lésions anatomiques, ce qui est un obstacle à tout bon diagnostic et à l'indication thérapeutique. Il décrit , sur la foi des auteurs anciens , car il n'a aucune expérience personnelle en ce genre, le relâchement du tympan et l'excès de tension de cette membrane , la procidence des osselets , les maladies des fenêtres ovale et ronde , l'hydropisie de la cavité tympanique et les altérations du liquide de Cotugno. Il est aisé de voir que ce savant médecin établit son diagnostic non sur un examen attentif de l'organe aflecté , mais bien sur les sensations du malade lui«»méme. Il n'a pas pratiqué le cathétérisme des trompes, et n'est pas en état , par conséquent , d'indiquer avec quelque précision la symptomatbiogie des affections de l'oreille moyenne et interne.
Rauch (4) , de Pétersbourg , a vainement essayé d'apprécier les lésions du conduit auditif externe et de la membrane du tympan , à l'aide d'une sonde dont il a vanté l'emploi. Ce mode d'exploration ne peut conduire à aucun bon résultat. Il a cherché à établir que la peau qui tapisse le méat , le cartilage annulaire de Toreille et le périoste placé plus en dehors, sont les parties les plus
(i) Wié iHmUmm ««m 9êkmr SHt?%» Aaff. - 1823.
(2) Die Krankh. dêi Gekarê, aamè. 3* Aafl. — 181 0.
(3) Praxeoi tMé, univer$. prœwj ta. II. vol. 1. secl. 2. b. p. 877.
(4) VêrmiêehU Âèkimél. mu thm GeHeteder Hedk\, ton einerGeieUîch. Piteriburger A$rxt9. i Sammhmg. 1821.
HfTRODUCnOM. 15
ordinairement atteintes de phlegmasies aiguës , tandis que les organes glanduleux sont plus sujets à la phlogose chronique. Cette assertion est tout à fait contraire à Texpérience ; on peut en dire autant de ses idées au sujet de rinfitieoce qu'exerce Tinflanimation chronique sur la sécrétion du céruroen. Suivant Rauch , cette sécrétion est alors diminuée ou même supprimée. Il pense que, dans ce caSt il feut appliquer du cérumen normal sur les parties malades, ou derrière le pavillon de l'oreille. Ce topique a pour effet, suivant lui, de rappeler la sécrétion interrompue, et de guérir la surdité qui en est la conséquence. Tout cela est absolument dénué de fondement. Le même auteur s'est beaucoup occupé des polypes du lâéat externe; il préconise la ligature comme un excellent moyen de guérison ; mais je ne puis à cet égard partager son avis.
En suivant l'ordre chronologique, j'arrive aux traités de Van Hœven (i) et de Beck (2); ils sont écrits avec soin , mais sans critique , et leur utilité scientifique est nulle. Ici se rangent encore l'ouvrage populaire de Riedel (8) et les aphorismes de Vering (4). Ce dernier auteur ne paraît pas avoir jamais pratiqué le cathétérisme des trompes , car il dit que la sonde recourbée de Saissy est le meilleur instrument à employer dans cette opération. Ses idées sur Fétiologie des maladies de l'oreille ne peuvent soutenir l'examen. Il pense, en effet, que la plupart de ces affections dépendent d'une diathèse générale; et Tobservation journalière s'oppose à ce que Ton admette cette opinion. Enfin, Vering affirme que les inflammations chroniques de l'oreille peuvent exister pendant un
(1) Disquii. anat. pathol. de wg. aud. 1822. — Distert, pathol de morb. (turiwn wtâittuque, 1824.
(t) Diê Mrankhêiêen dêê Gekœrorgans. 1827. (8) Uêbêr éiê Mrankkekên de$ Ohn und des Gehmt, 1R32. ,4) Aphoritmen ùber Gêkcsrkrankheiten, 1884.
temps considérable sans avoir aucune influence Bàcheuse sur le sens de louïe , et personne ne sera de son avis. Il adopte le sentiment deHufeland (i) sur cette matière. Ce célèbre médecin a dit que toutes les affections de Toreille peuvent être regardées comme des degrés difFérentfi d'un même trouble fonctionnel , et pas du tout comme des formes morbides distinctes; et il ajoute qu'il espère les guérir toutes par le même traitement. Ces idées spéculatives sont évidemment contraires à tout ce que Ton observe , et l'autorité de Hufelaud ne parviendra jamais à détruire les différences fondamentales qui existent entre les maladies du conduit externe, du tympan et de la caisse, et celles qui ont leur siège dans la portion laby* rinthique.
La connaissance des affections de Toreille est encore moins avancée efi Angleterre qu'en Allemagne. Les tra* vaux de Cleland et de Wathen, bons pour le temps où ils ont paru, ont été oubliés, et leurs'compatriotes nont pas suivi la voie indiquée par ces deux médecins. Wright (a) dit que Ton ne peut compter sur les résultats du cathétérisme des* trompes; il prétend que cette opération est très douloureuse , et que Ton peut la remplacer par les sternutatoires et les gargarismes; il nie (3) les avantages d'une classification méthodique des maladies de Toreille, peut*être pour rendre excusable le défaut de méthode qui règne dans son livre; il annonce qu il s'occupera de la surdité nerveuse dans un autre ouvrage, et cette promesse, qu'il n'a pas encore remplie, n'a été faite que pour couvrir Timperfection de ses idées à ce sujet. Cet auteur regarde les pilules purgatives comme le véritable traitement de cette maladie; et il est difficile de légitimer une pareille opinion.
(1) M fine Méthode diê Taubheit xu heilen. Hufeland'i Journal. Bd. 53. ^) On thê variêiiêi of dêofnêti anddi$ea$êi oftht êar. p. 187.-1929. (3) Loe. eii. p. 56196.
Le travail de Wright est cependant bien meilleur que ceux de Stevenson (i) et de Gurtis. Ce dernier, qui est placé à la tête d*un grand établissement consacré au traitement des maladies de l'oreille, était à même de produire un bon livre; mais il n en a pas profité. Il applique les astringents à toutes les formes d'otorrhée, et perfore le tympan quand la trompe est obstruée ; il ajoute à cette opération les émédques, qui sont quelquefois utiles; il ne parait pas avoir jamais pratiqué le cathétérisme des trompes; il <;onsidère le tintement d'oreilles comme le principal symptôme de la surdité nerveuse (2), et le combat par le calomel , aussi longtemps que le malade peut le supporter. Dans les cas douteux, il s'applique à reconnaiti*e si la lymphe de Cotugno (3) a diminué de quantité ou a disparu complètement; il recherche également s'il y a du cérumen durci dans le fond du méat; il croit que le tympan peut être rendu concave en dehors (ce qui est la forme normale) par Taction d'un son très aigu; il croit aussi qu'en insufQant de Tair par la trompe , ou en aspirant celui qui est contenu dans le méat, on peut rendre au tympan sa forme convexe. Dans l'otite aiguë des enffints, il met de l'opium dans le conduit auditif. Tous les' ouvrages de Curtis portent le cachet de Tempirisme le plus complet, et cependant, en Angleterre et ailleurs, cet auteur a la réputation d'un auriste distingué.
Les travaux de Saunders et de Buchanan n'ont pas été appréciés avec plus de justesse. Saunders (4)» le moins bon des deux, traite les maladies du conduit auditif externe sans tenir compte des symptômes différentiels , et il ne I explore qu'avec une sonde. Il établit trois degrés dans l'otorrhée, l'écoulement puriforme simple, l'écoulement
(1) DéofheUy iti eauiei, etc.
(3) A ireatiêê on the physiology and di$ea$$» ofthe ear, 1817.
(3) C<U€i illuêtraiive ofthe treatment ofthe disea$e$ ofthe ear,
(4) Tkê anatom^ and the diseasés ofthe ear, 3« éd. — 1829.
là MALAtolfô DÊ L'okfelLLE.
Causé pah la présônçfe dun t^dlypë, et Tëtoulehient par Suite dé là carie des ôâ de là caisse. îl ne tient aucun Goniptè des causes déierminant ces lésions, décrit lêgèreutent le mode dé traitêtnfefat qui convient , Selon lui , aux deux premières espèces, et né dit rifen dé la troisième. Cependant il parle ailleurs des Injections , des saigiiées , des sàngsUbS et du selon, comme de fchosëâ fort utiles dans ces circonstances. Podr lui, Tobl itéra tidtl de 4â trompe d'ËuStachl résulté le plus SoUtëtit d'une ahginfe grave, d*iilcétationS syphilitiques de la partie supérieure du pharynx, et, dans ces cas, sort diagnostic est basé unlqiiétnent sur les renseignements fournis par leS malades eux-ihêmes. L'impossibilité de feiré arrIVfer l'air dans la caisse, en respirant avec force, lui parait un signe stifflsant pour môtlVer la perforation de la membrariè du tympah. 11 n'établit pas avec pibs de précision les caractères de la surdité nervéuSe ; il admet Fe^istertcë de cehe forme pathologique quand le malade est tnurnlenté par des bout-donnements , et que la trompe et la caisse sont libres; il regarde cette lésion acôusti(iue comihe le résultat dune infiltration lymphatique des nerfs dti labyrinthe, et il propose de la traiter par les sangsues, léâ purgatifs drastiques et le quinquina.
Buchanan(i)estle seul médecin anglais qui pratique le cathétérismedes trompes; mais c'est la seule bonne chose due Ton puisse approuver en lui. Sa classification contient des répétitions et des erreurs. Ainsi, dahs Son sixième genre , on trouve une otite aiguë Sans surdité , une autre avec diminution de l'ouïe, une autre aveosUrdité et suppuration, il donne une importance extrême (2) à la configuration du pavillon dé l'oreille et à la sécrétion du cérumen : ces deux choses ont, suivant lui, une grande
(1) An engraveârepreseiitatîofi oftheanatùmy ofthéhùfnan eàr, ^tc.
(2) Phyi, illuitr, ofthe orgaû ofheariug, etc. — IttS.
yiilèbce éUr ]é ëebë dé TbiHe^ et riéti ti'est moins fondé. H â propdM de rempklfeër le cériiméti absent pût une pônlteâde grasie, et 11 tréli aVôir trouvé dans Tâeide pyroligneux un spécifique assuré eolilt*e tbiites les olerriiées ehrmiqMes , bien ^ue ces deux médicaments lëiënt knpuiléafttd dafaà tè ^lus gt^nd notnbre des cas. Il affirmé cependant que raéidë pyroligneux est le plui puissant ftMèdë que Fdn ait intrëduit depuis des siècles dans la ihéltipeâtiqùe deé tuàlëdieë de rbrëille. Ses recherches ânatdnilqués Sur lès dithèusions de loreillé externe ne pe«itent étfe eonsid6t*€ë9 quë comktie un essai sur une questUitt à résôbdhe \ 11 faudrait d'immenses travaux comparaitft pofar ërriVfer à quelcttle résultat utile, et enëore ftttdrait-il poUr celd que Toti eût détermihé avec préci* sien ce qUe Ion doh entendre pai* une bonne ôU uue mauvaise oiiîei
Je rëcontlàiS ëvèfc ^lâisil^ quë les ouvrages français tf ftat^ et de Delëiu tàleUt itiiëux qUe tous les précédents. Quelques autetirs de la même nation les avaient précédés ; mais ils sont •beaucoup hlbiUè i*êmarquàl)les. Ainisi Des mdnceaux (i) et Alard (2) bht peu ajouté à ce quë loii savait avant eux. Ce dët-bier, dottt l'ouvrage a été à tort considéré coitime exbelient, contient seulement quelques idées asse^Kprééi^s sUf la.^^ép^rdtioti des catarrhes ib terne et externe de f oreiHè. 11 dotme le nom de catarrhe aigti S rinflammatiohlé|jèrë dëS organes glanduleux du méat externe; il ne parie pds dëspolypeë ni des autres altéi-ations de ce méat cbmtrlë ëâUses du catarrhe cht^ohique; il ignore que Tbtbrrhéé itlték^ne dépend souvent de faccumnlation du liiUfcUS dàhs la caisse ; il dirigé toute son attention sur la matière de réebtilëinènt, éUf le iyin()léâië de là maladie t|ui Toccasionbë, et hoH pas sur ëèttë ttidhldie elle-n^émej enfin H presëflt ftfëè ëonfiance eoiïtrë ëës
(1) Traiié det malaàiH éH yliMé «t àé$ ithiliei, ^ vol. -^ 1789. ^2) Bêêoi iur U earàrrh9 «b VôHiîh, 18ë7.
20 MALAWES DE LOABILLE.
écoulements d'oreilles, quelle que soit la cause qui les produise, des injections spiritueuses aromatiques, dool il a probablement aussi peu usé que du moxa, quil recommande très vivement.
Monialcon (i) est un servile copiste de Lescbevin. Saissy (2) quoique plus moderne , ne mérite pas la renommée que lui ont faite ses deux traducteurs allemands. Il parle 9 sans preuves à lappui, de diverses maladies quil n'a pas vues , comme la membrane spongieuse qui revél le tympan des nouveaux-nés, le relâchement et lextréme tension de cette cloison , la paralysie du muscle interne du marteau , la saillie en dehors que fait le tympan, etc. Il néglige Tinspection oculaire dans les cas d'inflammation du tympan , et perfore cette membrane sans aucun motif valable. Il confond le catarrhe de la caisse avec l'inflammation de cette cavité qui se termine par l'ulcération de la cloison membraneuse et donne lieu à un écoulement de pul. Il ne donne aucun signe diagnostique de cette sorte de phlegmasie aiguë, de ce qu'il nomme l'hydropisie de la caièse, de l'engouement de cette cavité, et des cellules mastoïdiennes, des maladies des osselets de l'ouïe et de leurs muscles moteurs. Les symptômes qu'il indique sont tout à fait imaginaires et sont incapables de conduire à un diagnostic d'ailleurs impossible. Ce que dit cet auteur à propos du Cathétérisme, et de l'injection des trompes et de la caisse, me porte à croire qu il a peu pratiqué ces sortes d'opérations ; sa sonde à triple courbure est un instrument aussi peu convenable que possible, et je doute qu'il ait pu s en servir avanèageusement. On ne doit accorder aucune confiance à ce qu'il dit sur la perforation de la trempe oblitérée au moyeu d'un t rois-quarts; c'est une opération dangereuse et impraticable. Tout ce que Saissy avance sur les maladies de l'o-
(4) Di€t. déi Se. méd. t. XXXVIII. p. 24-35.
(2) Euai sur ht maladie$ de l'arêHU interne, 1827.
IPîTROTOCTIQN. 21
rdlie ioterne, rie la fenêtre i)vale, (iu labyrinthe, du ttquide de Gotugno^ n'est appuyé^ur aucun feit exact; il cherche en vain à établir les bases d'un diagno$tic in»-^ possible , et son travail sur ce point n est. qu'un ama» d'hypothèses.
Itard (i) Inen supérieur, sous tous les rapports, à set devanciers , n^est cependant pas exempt d'imperfections, et cela se voit surtout dans la-mëthede suivant laquelle il a cru devoir classer les maladies de l'organe acoustique^ Il sépare les lésions lâatérielles des troubles fonctionnels, il ne rattache pas les polypes et les rétrécissemenis d^ conduits à l'inflammation du méat et de la caisse. 11 cherdie à distinguer le pus du mucus , et base sur ce point si obscur, la différence du catarrhe et de l'olorrhée. Il admet les otalgies purement nerveuses , et craint cependant de les traiter par l'introduction de L'opium dans le méat .èxtnnie. Il pense que le tympan peut se perforer San» qs'il a»it préalablement enflammé, et il regarde le bourdonnement comme une affection essentielle, bien que Du Verney eût démontré la fausseté de cette opinion il y a déjà plus d'un siècle.
Nonobstant cette Imperfection de son œuvre , Itard a le grand mérite d'avoir traité les maladies d'oreilles d'une manière méthodique et SIM* tout avec beaucoup plus d'exactitude j^t de critique qu'on ne l'avait fait avant lui. 11 se prononce nettement sur le compte de certaines maladies adoptées par tous les médecins spéculatifs , il regarde comme purement imaginaire le relâchement du tympan, sa tension excessive , les paralysies des muscles de la chaîne osseuse , la luxation de ces osselets et autres in* ventions deceux-qui ne savent ni regarder m voir. Il aurait dû se montrer également sévère pour les prétendues ïdiératîons de quantité ou de qualité de la lymphe de Co-
'(f ) rraiti éki maladiet de Vùrêilk et ék Pmudiiion. lS2t, 3 ré.
MALADIP« 0« LOKKILLE.
tngno. Oa 6H peat dire autant de son opioioB sur la sur* dite ^nl est consécutive à l|i perte des osselets de Teuie. Oetaeeideiit <|ui u*est pas rare, n'arrive pas sans «uHI y «il eu iaMaq^ioiation de la caisse, perforaiien du tympasi et Ton conviendra que ces lésions doivent entrer pour ^piek|ue «hase dans la ppeduetien de la«urdité que Ton ebserve alors. Seul^aieaf il estdifficiled assigner à ces diverses eauses la part qu^élles ont eue dans le résultat dé-
«Bitif.
bard a rendu un grand service à la médecine auricu* hrire en instituant les injections aqueuses dans b caisse pour traiter les maladies de Toréille meyenne. On doit avi;ir une entière confianoe dans tout ee qu'il dit à de sujet, n décrit avec une gmnde exactitude ses procédés opératoires , d'abord très impar&its; il indiqpe les inconvénients de ses premières teniaiives , les douleurs épreu* vées par les malades, les nausées , les vertiges qni résultaient de ces injections, et Ion voit avec quille sagacité il a suivi cette voie expérimentale, fies instruments sont amples et commodes, et il a déployé une grande sagacité dans Tusage qu'il fallait en (aire, suivant les difficultés qui se rencontraient dans la pratique. Les succès qu'il a obtenus dans le traitement du catarrhe de Toreilie moyenne, sont fort remarquables, et attestent le soin extrême qu'il a mis dans Tétude des particularités de cette maladie.
Après de tels travaux , après de si grands progrès dans cette partie de la science, il n'y a pas eu très grand mé* rite de la part de Deleau à substituer Tair aux liquides injectés par Itard. Cependant l'air^ considéré comme agent dilatant et comme modificateur des surÊM^es malades , est très préférable aux liquides aqueux ou autres , et je lé démontrerai plus loin. Il est fiàcheux que Deleau se soit borné au diagnostic et au traitement des «naladies de l'oreille moyenne. Jusqu*à ce jour rien ne prouve qu'il soit serti de ces étroites limitées. (I ne s'est p^s opoufié des
llITIIODUCTtON. 21
lésions de IWeille interne^ et il regarde comme incurables les affections dans lesquelles l'air pénètre librement dans la cavité ff^inpqifiquf . Itard a ê\é boRuçoup plus loin dans cette voie , il détermine avec assez de précision le diagnostic de cette forme de surdité nerveuse, et décrit sa marche, son mode de développement ; il a même indiqué des essais de traitement fort rationnels , mais le peu de succès qu^il çn pbtiut F^mpéclia de continuer des recherches qui auraient pu le conduire à des résultats du plus hs^m ji|0r^f. Pepuis lui, per§q))ne q a tenté de perfectionner ces pr^n^iers es$^i§, et de poursuivre des Recherches si intéressantes : aussi a-*t on at^andonné à elle«mêmes les surdités dites nerveuses.
J'ai voulu combler cette lacune et venir en aide à un grand ijombre de maMesqup je pe pouvais considérer comme joctirables. J espère proqver que la surdité nerveuse ne résiste pas toujours à un traitement méthodique, et que dons beaucoup de cas on pei^t lamélioref potablemei^t. J'ai essayé en outre de classer ces maladief deloreille, $uiv(int une méthode plus régulière qu on ne Tayait f^\\ jusqu'ici. Je me suis efforcé de ramener ces affections à un certain nombre de lésions organiques facilemeat appréciables , et de démontrer que Ton doit mettre dç côté toutes les maladies spéculatives. Enfin j'aj chercl^é à établir le diagnostic , nop sur les impression^ resseiities par )es malades , pt sur leurs rapports plus ou ipoiiis ei^acts , mais sur dçs caractères physiques , facilement appréciables. Cette Ji^açç ma également servi pour fona(^r les indications d'i^i) traitement çimple et rationnel.