DEUXIÈME PARTIE
Wildberg ( i ), le premier, a eu la pensée de séparer les maladies de l'audition de celles de Foreille. Itard , qui a adopté cette classificalion singulière, en a atténué, à force de talent^^s inconvénients les plus considérables, mais sans pouvoir les €t%cer complètement. Il y a une telle coBnexité entre Torgane auditif et les fonctions qu'il remplit , les unes sont tellement dépendantes des autres , qu'il est impossible de les séparer, et de trouver des acci* dents fonctionnels indépendants des organes qui les pro* duisent. Quoique nos connaissances physiologiques et DOS moyens d'investigation ne soient pas parfaits, et que l'on ne sache pas de quelle manière s'exécutent certains phéoomènes acoustiques , il faut nécessairement réunir CCS cbosea, à moins de s'exposer à des répétitions fréquentes. Quand Itard (a) décrit la surdité causée par un écoulement muqueux ou purulent , par une suppuration ou une carie , par une excroissance fongueuse ou polypeuse des méats ou des caisses, il est forcé de avenir à la description des lésions matérielles qui s'accompagnaient ou non de surdité. Le trouble fonctionnel ne peut pas être considéré comme une chose plus importante que la lésion qui lui donne lieu, puisque cette lésion doit d'abord être traitée et guérie pour amener la cessation
(i) Vêrntêh «ffiar anai,''phy$ioL'path, Abhanilung ûher die Gêhâf' wvhxêugB dêsMmtchen, etc. p. 250 et 282. — 1795. (2) Traité, etc. t. II. ch. 3 et 4. et 1. 1. eh. 2 et 7.
68 MALADIKS DE l'oREILLE.
delà surdité. Toutes les lésions identiques n entraînent pas nécessairement le même degré de surdité , de même que la guérison du mal local n'amène pas invariablement la cessation de la surdité, mais ces choses sont habituellement dans un rapport dont il est impossible de ne pas tenir compte.
Riedel et Vering ont suivi les errements de Wildberg et d'ltard,et le dernier a même considéré l'oreille externe comme n'appartenant pas à Torgane acoustique. Beck a elassé les maladies de cet appareil suivant qu elles occupent la partie plastique, la partie sensible, et la partie irritable. Cette division a eu pour résultat une confusion extrême dans la description des maladies de Toreille, et il a même introduit une difficulté de plus en s'occUpant à part des affections qu'il considère comme mécaniques. Le mucus qui obstrHC la trompe appartient à cette dernière classe, et Ton voit que ce corps étranger jouerait difficilement un rôle s'il n'était pas produit par un état particalier de la membrane muqueuse qui le sécrète.
La classiBcation de Buchanan (i) vaut mieux que celle de Beck, quoique, à vrai dire, elle ne présente pas beaucoup plus d'utilité pratique. Wright (2) et Curtis(3) ont renoncé à tout lien systématique dans leurs ouvra- . ges, et leurs descriptions arbitraires ne peuvent satisfaire les esprits qui comprennent4es avantages de la méthode. ^
M. Deleau a proposé en i8ao une classification des causes morbides qui engendrent la surdité, et, depuis cette époque, il n a rien publié qui modifie ce système.Tel qu'il est, il vaut bien moins que celui d'itard. Il expose l'auteur à des répétitions continuelles, sépare des afiec-
(1) Guide to acuêtie iurgiry Hull, 1823.
(2) On thé vortelttfs of deafhiu and dinoieê ofthe hkt. p. 56. —
(8) Esêay on th$ deafanddumb.
CLASSIFICATION DES MALADIES DE l'oRËILLE. 6f
doD8 qui doivem rester réunies et réunit des altérations qui n^ont aucun rapport entre elles.
Saundors, Saissy, J. Frank, etc., adoptant les idées de Du Verney,ont essayé de classer les maladies de loreilie daprès un ordre anatoraique rigoureux. Ils ont tenu compte de la structure des partie affectées , et ont suivi la seule voie régulière qui puisse conduire au but. Ces tentatives n ont été en quelque sorte qu'ébauchées , et l'on voit partout des lacunes , même dans la description des maladies de l'oreille externe. Ces auteurs ont voulu tirer parti de la nature des produits morbides^ comme mucus, pus, polypes, etc., et cela les a entraînés dans des erreurs nombreuses. Il eût bien mieux valu , pour la science, qu'ils s'occupassent des lésions organiques qui donnaient naissance à ces matières sécrétées. S'ils se sont trompés ainsi à propos de lésions extérieures , visibles ; que n'ont-ils pas dû ftiire quand il s'est agi d'apprécier les laaladies de la caisse et celles de Toi^ille interne? La plupart ne. connaissaient pas le cathétérisme de la trampe , ou du mioins ils ne savaient paa^ratiquer cette manœuvre exfJoratrice : aussi se bornaient-ils à créer des hypothèses sur les lésions de ces parties profondes. Saissy Im-raéine nsdgff su sonder la trompe d'Eustacfai de hçKï à bien éuRr les lésions qui s y développent, aussi ses observations n'ont aucune valeur réelle.
Chez tous les malades qui ont eu recours à mes conseils, j'ai constamment cherché à découvrir la véritable lésiop des parties constituantes de l'oreille, afin d'apprécier )||eondition organique des symptômes. Je suis bien convaincu que cette marche est la secde qui conduise à des indications justes et radonneHes. Depuis quelques années, une pratique .plus étendue m'a permis de voir toutes les formes connues dei. maladies de l'oreille, ainsi que l'immense variété de lésions anatomiques ou autres dont la cause identique donne lieu cependant à des for-
?0 MALADIES DE L*OftElLLE.
Baes diverses. Il m'est donc permis de donner une classification méthodique qui comprenne la séri« entière (i) de ces altérations intéressantes. Je ne changerai rien aux bases de la classification indiquée dans la première édition de mon livre, mais je pourrai mettre plus de précision dans la description de certaines formes pathologiques. Ainsi, je séparerai les lésions du méat de celles qui affectent le tympan, je décrirai à part les lésions du pavillon, et j ajouterai quelques détails sur certaines pblegmasies aiguës de loreille externe.
Il ma semblé utile d'ajouter à mes descriptions on certain nombre d'observations recudllids avec soin. On ma reproché d avoir choisi , parmi les faits que j'ai publiés y non. pas des cas rares et remarquables , mais bien des maladies capables d'appuyer mes vues pathologiques et thérapeutiques. J ai voulu tout simplement raconter des histoires de malades de façon, à indiquer la forme et le caractère de la maladie, et j'y ai mis assez de clarté, ce me semble, pour que les médecins attentifs puissent facilement rectonaltre les cas semblables qui se présenteront à eux. Je me suis proposé un but pratique, et j'espère l'avoir atteint.
Dans les maladies de l'oreille externirct moyenne , les affections pUegmasiques jouent manifestement le premier rôle. En ayant égard à cette cause principale, je nai pas cru devoir séparer l'inflammation des parties des altérations consécutives auxquelles die donoe lieu. Ainsi les polypes du méat, les perforations du tympan, etc., ne doivent pas être placées ailleurs , puisque ces altérations des tissus sont toujours accompagnées d'une phlegmasie chronique de la peau envirmmante. Ces idées étiologiqpKs ne ^ont pas applicables ayx maladies des neHEi
(1) Je proteste , dès ce moioent, ooRtre cette prétention, ^exposerai à la fin du chapitre premier mes remarques sur celte classification , qui •it bonne ^pOM, an priacîpe, mais très inanfisante. P. M.
acoustiques. Les lésions deloreille inrerue ne sont appréciables pour nous que par les symptômes qui se manifestent, et les lésions de fonctions sont notre seul moyen de les reconnaître. Le mode de traitement que j'ai employé avec assez de succès dans beaucoup de maladies de ce genre, ne permet guère de considérer la surdité nerveuse comme étant le résultat d'une inflammation de loreiUe interne, et cette considération suffit pour qu'on s'abstienne de rechercher des analcvgies mal (ondées (i).