CHAPITRE PREMIER
C'est surtout pendant l'enfance.et la jeunesse que feu obser>'e le plus {jrand nombre d'affections «de Toreille externe.'Cela tient à ce que, dans le jeune âge , et par suite de la prédominance lymphatique qui lui est propre , In peau et les glandes sous-jacentes sécrètent abondamment des fluides variés et sont plus exposées à l'action des causes morbides. On rencontre alors des phlegmasies superficielles, des écoulements de diverse nature, des excroissances charnues, etc. De plus, toutes les formes exanthématiques, si communes dans Tenfance, se propagent au pavillon et dans les n>éats, et donnent K«u à beau- Ci) Ce conseil tendrait à nous éloigner de la foie expérimentale. Il faudrait, en quelque sorte, renoncer à découvrir la cause de ces surdités qu'on nomme nenreuses, ûiute d'un nom plus exact, plus préeis ; et pour ma part, je ne saurais m'y résoudre.La^ltoection aUentive de plusieurs temporaux m'a déjà fait reconnaître un certain nombre de lésions matérielles ayant produit la perte de Taudition chez des individus quel'o i croyait atteints de surdité purement nerveuse. Je pense donc qu'il importo beaucoup de tenir compte des analogies, et de poursuivre activement la recherche du caractère anatomique des lésions qui se déreloppeut dans h portion lab^ûrivtiiiqiie de l'appareil auditif. P. M .
coup d accidents remarquables. La vieillesse ne met pas à Tabri des maladies de l'oreille externe ^ mais il faut alors des causes directes très actives. Dans la plupart des cas de ce genre observés chez les vieillards , la maladie date souvent de la jeunesse. Ces sortes d'affections , en eflet, se prolongent quelquefois pendant toute la durée de la vie.
§ t. — Maladie» da pavllloB de rorellle«
Le pavillon de roreille a été considéré bien différemment par un certain nombre d*auteurs. Ainsi Itard (i) regarde cet organe comme à peu près insignifiant pour louïe, non seulement chez Thommcmais encore chez les xinimaux. Il dit qu on peut Tenlever , qu'il peut être détruit accidentellement, sans qu'il en résulte un trouble notable de l'audition. Vering (2) est du même avis et s'uppuie particulièrement sur un fait publié par le docleucSteinmetz (3). Il s'agit, dans cette observation, d'un jeune garçon d'un an et demi dont les pavillons étaient remplacés à droite par trois lobules cutanés presque isolés, et à gauche par un seul lobule charnu. Les deux méats étaient de plus recouverts ou fermés par la peau , et cependant l'ouïe était bonne. Ce fait ne prouve rien. A Tàge de cet enfant, il est impossible d'établir avec quel- ()ue précision le degré de finesse de l'ouïe, et Steinmetz n'a donné aucun détail sur les moyens dont il s'est servi pour apprécier l'audition du jeune sujet. On ne peut croire que l'occlusion complète des méats n'ait pas eu d'influence sur l'ouïe; car, dans tous les cas de ce genre , c'est une cause puissante de surdité. Cependant l'ouïe peut persister jusqu'à un certain point chez les individus
(1) rrotlrf, etc. l. L p. 131.
(2) ÂphoriifMn, p. 6.
;3) Grœfe und WallherU Journ. Bd. i9. II. p. 118.-1883.
MALADIES OU PAVILLON DE t'oREILLE. 75
affiectés de ce vice de conformation. Mais Itard ainsi que Steinmetz ont eu tort de déclarer que Touîe était bonne quand la surdité n'était pas complète. Je suis convaincu que Tintégrité du pavillon n'est pas une condition essentielle d'une bonne audition, mais je pense que la perte de cet organe a toujours c]uelque influence sur la finesse de Fouie.
Buchanan (i) semble avoir pris à tache de soutenir une opinion diamétralement opposée à celle d'Itard. Il dit que la finesse de Touïe est subordonnée à la conformation du pavillon , à son mode d'attache sur la région temporale , à l'angle qu'il forme avec l'axe des méats ; il donne une importance extrême à la profondeur de la conque, à la saillie des plis du cartilage ; en un mot , il voit dan§ la disposition physique de ce cornet des caracites suffisantSt selon lui , pour apprécier le degré de eu* rabilité de certaines maladies de rorcille. Buchanan établit que, pour bien entendre, it faut que la conque soit large et profonde, que la partie supérieure d% Thélix soit saillante, la fosse scaphoïde très marquée; il faut surtout que le lobule soit dirigé en avant, et que le pavillon tout entier forme avec le plan de la tète un angle de 2S à 45 degrés. Tout ce qui s'éloigne de ces dispositions normales est un obstacle à l'audition, et Ton y remédie en partie par le redressement de Toreille. C'est ce que l'on fait instinctivement en ramenant le pavillon avec la main, et en formant avec celle-ci un cornet qm ajoute à la surface de l'oreille externe.
Les faits allégués par Buchanan sont loin d'avoir k^ valeur qu'il leur attribue. Un malade ayant eu l'oreille ftmdue, la réunion des lambeaux produisit un changement dans la forme du pavillon, il se trouva rameaé en dehors et fit une àtallie plus considérable qu'avant la
(1) Phy$iol, iUviiraHonM oftke crgan ofkêeuing. p. 77 ci «eq.
74 MAIiADIBS DE L OREILLE EXTERNE.
blessure. Le malade déclara que cette oreille était devenue meilleure à la suite de ce changement notable dans Tangle d^insertion. Mais on n avait pas mesuré le degré de finesse de cette oreille avant ce redressement accidentel, et Ion ne peut s'en rapporter aux simples sensations du malade. Rien ne prouve que cette oreille n'entendait pas mieux que Taulre avant Faccident-On n'a pas même examiné si la différence observée après le redressement du pavillon ne tenait pas à quelque cause intérieure, de sorte qaen Tabseace de ces éléments indispensables d'un diagnostic régulier , le fait se trouve réduit à une simple allégation de malade, sans preuve aucune, et par conséquent sans valeur scientifique quelconque. Ch«e un autre malade, le pavillon formait avec la té le un angle de i6 degrés. Buchanan plaça derrière l'organe un coussinet qui le relevait et lui donnait «lO angle de 4^ degrés , et aussitôt la surdité cessa. Cette guérison miraculeuse n'est pas autre chose c|ue l'espèce de soulagement subit qu'éprouve tout individu, affecté de suixlité, qui redresse son pavillon et l'amplifie en y ajoutant la main courbée en cornet. On sent que ces cures mécaniques n'ont ni durée ni importance.
Biichauan a pris, chez cent individus vivants, la mesure des diamètres horizontal et vertical du pavillon de l'oreille, de la conque, de l'orifice , du méai externe, et de l'angle suivant lequel le pavillon est inséré à la région temporale. Les^résultats obtenus soiu parfaitement insignifiants. Cet auteur a oublié de noter le degré d'audition normale de ces individus, il n'a pas fait de recherches comparatives sur des personnes regardées comme sourdes; aussi D est-il nullement en droit de conclure q&c teU« forme du pavillou a la moindre influence sur la finesse de l'ouïe. Entre les opinions ntrémes d'Itard et de Buchanan, la vérité se tr.nive dans un juste milieu, et l'on doit reconnaitie (|ue si le pavillon de l'oreille n'est
INFLAMM. Dfi JLA P£AU DU £AV|LLON M L OREILLE. 15
pas indispensable à une bonne audition , il n'est pas non jfkàs absolument inutile. Il £Eiit partie des conditions gé* aérales de l'exercice régulier du sens acoustique.
Je laisse à la chiiiirgie les blessures du pavillon. Quand la peau seule est divisée , on la réunit au moyan de bandelettes agglutinatives. Si le cartilage eat fracturé, il faut employer, de plus, des coussinets propres à tmo»tenir les pa^^tiés rapprochées jusqu'à ce que la soudure soit complète. On peut même quelc|uefpis recourir à la suture, qui na aucun des inconvénients qu on lui a reprochés.
jL — loianuDaUon de la peao du pavilloD de Toreille.
A son début, cette maladie donne lieu à une sensation de tension douloureuse, elle passe par toutes les nuances du rouge vif au rouge le plus foncé; la peau est chaude, luisante et très sensible à la moindre pression. Le gon* flement de la partie malade devient assez considérable pour changer sa forme et faire disparaître les saillies et les enfoncements qui la caractérisent. Il se forme assez souvent des bulles produites par le soulèvement de Tépiderme et l'accumulation dune sérosité claire j ces vésicules se rompent, se dessèchent, et forment des croûtes légères d'un jaune vif. Quelquefois on aperçoit de petits foyers purulents qui se vident et donnent lieu à des incrustations assez épaisses. Presque toujours la tuméfaction du pavilloiji t'étend au méat, rétrécit son diamètre , provoque un flux de matières mucoso-purulentes, de cérumen altéré; et une surdité plus ou moins forte est le résultat de cette maladie aiguë. Si ces accidents sont consécutifs à un érysipèle de la lace , on voit ordinairement les deux oreilles se prendre Tune après Tautre , et la première atteinte est déjà guérie quand la seconde se gonfle à son tour. On obse#ve, dan^ ces cas, un peu d« fièvre, la
7 s MALADIES DE LOBKlLLE EXTERME.
langue est saburrale et il -y a ud certain nombre de phénomènes gastriques ou intestinaux. Après trois ou quatre jpurs^ les accidents diminuent, la tension et la rougetn* cessent peu à peu, la peau se ride et se recouvre de squames blanchâtres c|ui tombent lentement, le conduit auditif devient libre, lair y pénètre, le fluide excrété m^êejà^ coulorau dehors ^ et tout se rétablit dans l'état normal. Cependant il est assez habituel de trouver \n, peau du pavillo^très smsible à l'impression de lair et aux frottements des corps extérieurs, et cela persiste plus ou moins longtemps.
' HJette maladie ne donne jamais lieu à une suppuration profonde , même quand, par suite d'une disposition particulière , on la voit se reproduire fréquemment chex le même individu. Elle est quelquefois le résultat d'une irritation mécanique ou autre de la peau du pavillon, il arrive aussi que cette irritation, portée d'abord sur la peau du méat, s'étend au pavillon et l'envaliit tout entier. L'insolation prolongée, la piqûre de certains insectes, rirritation produite par réleciricité, le galvanisme ou par certaines blessures, celle qui résulte de l'emploi de quelques pommades irritantes ou de teintures alcooliques , comme celle de castoréum, sont des causes très actives du développement de cette maladie. Elle n'offre, du reste, aucun danger, fille détermine une gène assez grande en raison de la tension et du gonflement des parties atteintes, enfin elle est très sujette aux récidives. Ce dernier feit est surtout la conséquence des érysipèles de^ face.
La maladie locale du pavillon n'exige spécialement aucun traitement direct. Il vaut mieux ne pas couvrir l'orfeille et garder la chambre. Si l'on était contraint de sortir, il faudrait préserver la partie malade de l'action de l'air froid en l'enveloppant avec un linge fin. S'il y a des symptômes fébriles gastriques, on donne des vomitifs, etcKJuand il y a un éwulement mu(iueux ou puru-
INFLAMM. DE LA PEAl/ DU PAVILLON DE L'oREILLE. 17
lent par lé méat externe, il est bon de feire de petites in*jections d'eau tiède pour nettoyer ce conduit , mais cela est rarement bien nécessaire.
J'indiquerai plus loin le mode du traitement qui doit être mià en usage quand la peau et les glandes oéruminifères du méat sont devenues malades par suite de cette affection, et persistetit malgré la guérison de la partie extérieure.
Observation L — ^ Schneider , cocher , traversant une bruyère pendant un été très chaud (3o juin), fut piqué par un insecte au lobule de Toreiile gauche. Dans la nuit, cette partie se gonfla beaucoup, et le pavillon tout entier, devenu d'un rouge brun, acquit un tel volume que sa forme ordinaire était à peine reconnaissable. Le mal envahit même la joue voisine, et tontes ces parties gonflées étaient très tendues et douloureuses au moindre toucher. L'ouïe ne fut pas altérée, il y eut quelques bourdonnements, un peu de fièvre; et la bouche étant amère, on donna un éinétique qui fit disparaître ces symptômes. Le 2 juillet, il se ipanifesta sur Thélix et sur Içs parties voisines, des vésicules du volume d'un pois, pleines d'un liquide transparent ; il y eut un peu de suintement sanguinolent par le méat externe , et la piqûre de l'insecte se reconnaissait sur le lobule à un point noir. Il survint un léger bourdonnement, mais sans surdité. La rougeur et la tuméfaction envahirent la moitié gauche de la face et du cuii' chevelu , la fièvre devint très vive et la soif ardente. On prescrivit un mélange de sel ammoniac et de tartre stibié. Le 3 juillet, à la $uite d'évacuation^ àlvines très copieuses, la fièvre tombe, mais le gonflement érysipélateux s'étend jusqu'à la moitié droite du visage. Le 4» il a envahi tout le visage , le col , le péricràne, et l'œil gauche ne peut plus s'ouvrir. L'oreille malade fournit toujours une matière jaunâtre et sanguinolente, mais le pavillon devient mou et indolent. Les jours suivants ^ l'ortitle
78 BIALADIES De LOREIU^ EXTERNE.
droite présente la même succession de phénomènes ; les paupières se ferment, tandis que du côté gauche tout revient à Fétat naturel. La desquamation sopère de ce côté, et elle n arrive à droite que le 9 juillet. La guérison n'a pas tardé à être complète.
B. — loflammitioD da eoriam da ptYiDoB de lH>r«Ik.
Cette maladie commence à peu près comme 1 erysipèle> mais sa marche est beaucoup plus lente. On voit apparaître une tumeur d'un rouge quelquefois vif, mais le plus souvent brun ; le mal fait des progrès, envahit tout le pavillon, le déforme considérablement, et lui donne une épaisseur énorme. H y a ordinairement des douleurs vives, aiguës, accompagnées d'un sentiment de brûlure , de piqûre ou de déchirure. L*oreilleest toujours prise en totalité et les douleurs sont diffuses. On voit apparaître des vésicules qui se déchirent et versent un fluide séreux ou purulent. Gela forme des croûtes épaisses qui prennent I aspect de dartres furfuracées, squameuses ou autres (1). Si le mal augmente, il arrive quelquefois des ulcérations profondes , le cartilage peut éire perforé , détruit en plus ou moins grande partie. Dans Téléphantiasis des Arabes, Toreille se tuméfie partiellement, et le plus souvent le lobule s'amincit et s atrophie ; puis par les progrès du mal quand elle s'est gonflée, sa forme devient ordinairement roude. On voit alors les tubercules de loreille s'ulcérer. Il survient des douleurs aiguës capables d'enlever tout sommeil au patient. Il n'y a pas de fièvre, à
(i) Il y a éTÎdeniment ici confusion de plusieurs espèces de dermatoses. L*eczenia^ chronique est, de toutes les maladies de peau qui attaquent le paTilIbn, ceHe qui produit le plus ordinairement cette tuméfoclion de tout Torgane , et il est impossible de lui attribuer les caractères de tubercules ou d^ulcéralions qui appartiennent à des espèces très différentes. Voir à ce sujet V Abrégé pratiqué iê$ maladUê de la peau de MM. Schedel et Caienafe. V éditîoo. 1847. P. M.