TUBERCULES DE L'URÈTHRE
La tuberculose uréthrale prouve une fois de plus que cette loi de Louis : qu'après quinze ans, il n*y a pas de tubercules dans un organe, s'il n'y en a pas dans les poumons, n'est pas exacte^ quoique vraie en général. On a vu, en effet, souvent des tubercules dans l'appareil urinaire ou dans les organes génitaux, quoique les poumons en fussent parfaitement exempts La tuberculose primitive de ces organes finit d'ailleurs le plus souvent par se généraliser, à moins qu'elle ne tue le malade en parcourant sur place toutes les phases de son évolution.
La tuberculose uréthrale, en particulier, se développe d'ordinaire consécutivement à celles des autres organes urinaires, plus souvent peut-être à celle de la vessie, ou môme du testicule (!)• C'est, dans tous les cas, la prostate et le fond du canal qui sont le plus souvent atteints, en sorte que la tuberculose uréthrale n'est ordinairement pas autre chose que celle de la prostate. Cependant on trouve çà et là, rapportés dans les recueils périodiques,
(1) Tapret, Étude clinique sur la tuberculose urinaire.
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des cas dans lesquels on a observé des ulcérations tuberculeuses d'une autre portion de la muqueuse uréthrale. C'est ainsi que M. Rendu a montré à la Société anatomique une pièce présentant une ulcération tuberculeuse de la fosse naviculaire. Vidal et Ricord en avaient déjà auparavant cité des exemples. M. Tapret, interne des hôpitaux, qui a bien voulu me communiquer sa remarquable étude sur la tuberculose urinaire, couronnée Tan dernier par le prix Civiale, signale une observation de Soloweitschik, dans laquelle ce médecin décrit minutieusement une ulcération tuberculeuse de l'orifice de l'urèthre, que ses bords taillés à pic et son fond grisâtre faisaient ressembler à un chancre induré. Cette ulcération n'était pas isolée; il yen avait une seconde, longue de 15 millimétrés, dans l'étendue du canal, et une troisième au col de la vessie {!"). En lisant cette description, on ne peut s'empêcher de rapprocher ces ulcérations de celles de même origine qui siègent à la surface de la langue et qui ont été décrites par Trélat.
La tuberculose de l'urèthre n'est pas aussi fréquente que celle des reins, et ordinairement son évolution n'est pas aussi avancée. Fixée d'abord sur la vessie, comme nous l'avons dit tout h l'heure, elle y reste parfois limitée, ou bien elle s'étend aux parties voisines, le plus souvent en arrière. Par l'uretère, elle gagne le rein, ou bien l'urèthre;
(f)ArcAtv. fùrDtrrmt. uni Sifphilis, ISTO.
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d'ordinaire la prostate; rarement elle s^avance en avant de Taponévrose moyenne. La prostate envahie^ les testicules et les vésicules séminales ne tardent pas à Têtre à leur tour. Dans tous les cas, Turèthre, qui esiàla vessie ce que les uretères sont aux reins, ne subit pas des transformations aussi profondes que ces conduits qui deviennent, dans la tuberculose, durs, volumineux, remplis de masses plâtreuses, qui, en Toblitérant, lui font prendre Taspect moniliforme. L'urèthre, au contraire, n'est le plus souvent ni dilaté, ni rétréci par les tubercules. Néanmoins, ces changements de forme peuvent se présenter et, plus d'une fois, on a cru à un rétrécissement, alors qu'il s'agissait simplement d'un obstacle formé par des tubercules ; non-seulement on a cru à un rétrécissement, mais on a opéré ce faux rétrécissement, soit par la dilatation, soit même par l'uréthrotomie.
M. Tapret pense que si Turèthre subit des transformations moins profondes que les uretères, c'est parce que ces derniers conduits sont continuellement imprégnés par l'urine qui s'écoule du rein goutte à goutte et y dépose les sédiments tuberculeux et caséeux, tandis que ce liquide ne baigne l'urèthre qu'à des intervalles plus ou moins éloignés.
Les lésions de la tuberculose urinaire se présentent, d'après M. Tapret, sous quatre aspects différents :
l"" Des granulations disséminées;
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2^ Des exulcérations de la muqueuse ;
3* Des élevures pustuleuses ;
4* Des ulcérations profondes.
Les granulations sont semblables à celles du poumon.
Les exulcérations ressemblent à Fherpès et n'en diffèrent que parce qu'elles sont accompagnées par des granulations indiquant leur origine.
Dans la troisième forme, on voit des élevures à sommet blanchâtre, à base indurée et entourée d'une auréole rougeàtre, comparable aux pustules varioliques et aux follicules isolés de Fintestin. (Dufour.) Ces petites saillies sont acuminées ou ^ ombiliquées ; quelquefois elles sont entourées par une sorte de bourrelet muqueux.
A la période ultime de la maladie, il existe des ulcérations irrégulières, jaunâtres au centre, mal limitées sur leur bord. Elles ressemblent à des plaques de favus. (Reyer.) La muqueuse qui les entoure prend une coloration ardoisée ou devient ecchymotique, teinte due à Tinflammation périphérique et aux granulations. Du reste, les différentes formes de lésions que nous venons de décrire se trouvent le plus souvent réunies sur le même sujet.
Comme symptômes de la tuberculose uréthrale, nous trouvons ceux auxquels donne lieu cette maladie, quand elle siège sur une autre partie du même appareil : Un pissement de sang, ordinaire*ment pas très-abondant, pouvant se renouveler
plus ou moins souvent. Si les tubercules ne siègent pas en arrière, mais en avant de Taponévrose moyenne, rien ne s'opposera à ce que le sang puisse apparaître en dehors de la miction. Quelle qu'en soit la forme, cette hématurie, qui se montrera de bonne heure sans que rien ait pu la faire prévoir et sans cause provocatrice, aura pour le diagnostic une importance considérable.
La tuberculose uréthrale donne lieu aussi à un écoulement variable en quantité. Cet écoulement, auquel Ricord a donné le nom de blennorrhagie tuberculeuse, n'a pas, au point de vue du diagnostic, l'importance que ce médecin a voulu lui donner, car le pus ne présente au microscope aucun caractère distinctif de celui de la blennorrhagie ordinaire. Le plus souvent, les malades, et quel* quefois les médecins eux-mêmes, prendront cet écoulement pour une blennorrhée simple ou la récidive d'une chaudepisse ancienne.
A ces deux symptômes prédominants : hématurie et écoulement de pus, il faut ajouter le ténesme uréthral, ténesme qui peut être assez violent pour amener la rétention d'urine; de la cystite, donnant lieu à des besoins fréquents et impérieux d'uriner; de la chaleur, de la douleur même pendant la miction, douleur et chaleur surtout intenses au début et à la fin de cette fonction.
Comme nous l'avons dit, la tuberculose urinaire évolue parfois complètement sur place, plus souvent elle cause la mort en se généralisant. Parfois,
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c'est une granulie aiguë du poumon qui emporte le malade.
Le traitement doit être général ; les toniques locaux , sous forme d'injections astringentes ou caustiques, devront être rejetés ; on s'abstiendra aussi, autant que possible, du cathétérisme, et si on le pratique, en cas de rétention, ce sera toujours avec des instruments en gomme, aussi mous que possible et n'ayant pas un bec pointu : la sonde à béquille pourra ici rendre de grands services.
S'il existait des ulcérations profondes ou des cavernes, on pourrait faire dans l'urèthre des irrigations d'eau phéniquée, comme je l'ai indiqué, en parlant des tubercules de la prostate, dans mon Traité des maladies de cette glande.
On fera prendre au malade des boissons adoucissantes: le lait non bouilli en constituera une excellente. On y ajoutera une nourriture fortifiante, sans être irritante : de la viande assez fournie de graisse ; du beurre en aussi grande quantité que possible. On ne craindra pas une quantité raisonnable de vin de Bordeaux. Les bains sulfureux seront très-utiles, et ceux d'eau de mer eux-mêmes ne devront pas être redoutés, surtout dans un climat chaud.
Enfin on couvrira le malade de vêtements en laine, et on lui conseillera d'éviter les excès, de quelque espèce qu'ils soient.
Définition de Turètlire I
DiREcnoif \
Courbe de Turèthre. — Angle uréihral 2
Ouverture de Turèthre dans la vessie 2