‹ Traité des maladies de la bouche (pathologie interne): suivi d'un précis dChapitre 11 sur 21 · STOMATITES SIMPLES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

STOMATITES SIMPLES EN GÉNÉRAL

or, parmi elles, vous devez vous le r trouve le groupe des parlielles, compren site, la gingivite, etc., et, c'est sur ces è dois l'ajouter, autant que sur le groupe det totales, queje compte m'ètendre.

Quant aux stomatites de causes spécial paraissent avoir été mieux étudiées; q« même l'ont été d'une manière complète, donc qu'à faire bénéficier leur description ( récents.

Bibliographie. — Sans vons citer tous les se sont occupés de ces affections, je vous si

Le traité des maladies de la bouche par i en 1805;

Les articles des dictionnaires de la pren de ce siècle;

Le guide du médecin praticien de Vallei:

Racle et Lorrain ;

Une thèse de Montpellier de Juvénal (186

Les chapitres que Niemeyer, Jaccoud e ont consacrés à ces affections;

Les travaux spéciaux de Laboulbéne ( chino(2)etBeaumel{3);

Les deux articles stomatites: du Llictionnai parChauffîird (1882), e( du dictionnaire enc; ■'1883} parliergeron;

Les thèses de Paris d'Arguelo sur les félidés, 1878: de Kappin sur les Dac/t'rirs dt (Paris 1881);

Et enfin la thèse d'agrégation d'Heyde l'éruption de la dent de sagesse, de 1878.

(11 Le cours sur les stomatites. — Laboulbéne, Pari* (2j Dftmaacliino. — Traité des maladies des voies di( (3, TraiM des maHdiei ilu tube digeslir, 1888.

STOMATITE ERYTHEMATEUSE AIGUË

Définition. — La stomatite érythémateuse aigué est une affection assez commune, caractérisée par une couleur blanche ou rouge-foncé de la muqueuse buccale, et par une sensation de brûlure qui s'exagère au moindre contact. Anatomiquement, elle est constituée par une altération de Tépithélium, parfois par sa destruction, et aussi par une congestion plus ou moins vive du chorion sous-jacent.

Je dis blanche ou rouge-foncé, parce que en eflFet ces deux couleurs peuvent se présenter. La première, lorsqu'elle apparaît, ne se montre qu'au début de l'affection. Elle est due à l'altération de la couche la plus superficielle de l'épithélium et cette dernière laisse après sa chute la couleur rouge-foncé, qui, avec des tons diflférents, persistera jusqu'à la fin, à moins que des poussées aiguës ne viennent rappeler la couleur blanche. La couleur de la muqueuse buccale, je tiens à le bien préciser, ne présentera donc pas des teintes allant du blanc au rouge-foncé; elle n'offrira que l'une d'elles et bien tranchée : elle sera ou tout à fait qlanche ou tout à fait rouge.

Etymologie. — Le mot stomatitey je vous l'ai dit, vient du mot ^rrôtia bouche. Le mot érythémateuse vient également du grec; mais je vous dois à son propos quelques explications.

L'origine d'éry thémateuse est le mot grec spuer.tia qui signifie rougeur à la peau. Or, s'il fallait s'en tenir strictement à cette etymologie, toutes les stomatites seraient érglhémateuses, puisque, dans toutes, la couleur rouge de la muqueuse est exagérée. Mais l'usage est

20 STOMATITE ERYTHÉMATEUSE AIGUË*

ici intervenu ; et il veut que ce mot ne s'applique qu'aux inflammations superficielles de la peau et des muqueuses, à celles en général dont le processus anatomique ne dépasse guère le chorion . Le moif^rylheuiaieux est donc devenu, par Tusage, à peu près synonyme du mot<^n[/ar/7/a/ou mieux épithéllal, si Ton prend comme base de la classification, ainsi que je l'ai dit, le processus anatomique.

Dans cet ordre d'idées, le moi ér y Uuhnateux exprime le premier degré d'une inflammation, dont les formes ulcéreuses et phelg)noneuses représentent des degrés plus avancés.

Synonymie. — Cette affection a été décrite sous le nom de stomatite simple ou érythémateuse par Valleix, Jaccoud, Dioulafoy, Damaschino et Beaumel, tandis que d'autres lui ont donné le nom de stomatite catarrhale. Mais quelquos-uns de ces auteurs ont englobé dans la môme description, non-seulement la forme érythémateuse telle que je la comprends, maisaussiles formes ulcéreuses et gangreneuses, et même une partie des stomatites que j'ai désignées sous le nom de partielles, telles que la gingivite et la glossite. Or, c'est là, je crois, une extension beaucoup trop étendue donnée à ce nom.

Pour ce qui me concerne, j'ai déjà suffisamment insisté sur ce que j'entends pavstoinatite simple, pour n'avoir plusbv^soin d'y revenir; et, quant à la forme érythémateuse, je dois ajouter qu'elle ne comprendra que l'inflammation superficielle de la muqueuse, et qu'elle restera complètement distincte des formes ulcéreuses et autres que nous étudierons séparément. A plus fort? raison restera- t-ellc distincte des glossitos et gingivites,

DEUXIÈME LEÇON 2l ' j v^ J >

dont les caractères s'éloignent encore davantage de ceux des formes précédentes, et qui auront ainsi chacune leur étude spéciale. ^ 'C y

Division. — Au point de vue de Tétiologie, cette affection est primitive ou secondaire.

Etiologie. — La cause la plus fréquente de la première est le contact des aliments, et surtout des liquides trop chauds; et il est peu d'entre vous qui ne puisse en fournir quelques observations personnelles. Ces cas s'observent surtout chez les enfants. En Angleterre, cetta fréquence serait encore augmentée par rhabitude de les laisser boire à une théière placée ii demeure sur le poêle, et dont la température peut parfois devenir trop élevée.

A côté de la chaleur se placent les condiments, tels que le poivre, les achars, la moutarde, et surtout les diversespréparationsdans lesquelles entrent lespiments des pays chauds. Ceux qui ne connaissent pas leur activité en sont d'autant plus souvent victimes, qu'on trouve un malin plaisir à les laisser s'instruire à leurs dépens. Quelques sucs de fruits peu murs, quoique avec moins d'intensité, peuvent produire le môme résultat. Il en est de même de certains fruits épineux, tels que ceux de X Opuntia vulgaris, connus sous le nom de figue de Barbarie, si communs en Algérie, quand on néglige de les débarrasser de leur enveloppe ; ce qui arrive souvent aux personnes qui n'ont pas été prévenues.

Ce sont là les causas les plus fréquentes. Mais, à côté celles-là s'en trouvent d'au très, que vous devez d'autant plus connaître que leur influence s'accroît tous les

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22 STOMATITE ÉRYTHÉMATEUSE AIGCE

jours avec les proirrès de l'industrie. Ces causes, que le docteur Juvenal a réunies dans une excellente thèse soutenue devant la Faculté de Montpellier, en 1863, sont au nombre de trois : 1' les vapeurs irritantes; 2* l'air chaud; 3* la vapeur d'eau.

Le fait suivant, cité par le docteur Juvenal, quoique le calorique n'y soit pas étranger, me parait se rapporter à la première d'entre elles.

Pendant qu'un élève en pharmacie transvase du sulfure de carbone, entre une perscmne qui machinalement laisse tomber la cendre de sa cigarette. Le sulfure de carbone s'enflamme, une détonation se produit, et les gaz résultant do cette combustion se répandent avec rapidité du rez-de-chaussée jusqu'aux étages les plus élevés.

L'élève et plusieurs autres personnes placées dans d'autres appartements présentèrent une série de lésions, parmi lesquelles figuraient celles de l'inflammation de la muqueuse bucco-pharyngienne.

Les gaz produits dans ce cas sont : l'acide sulfureux, l'acide carbonique, et aussi de l'azote provenant de l'air atmosphérique qui a fourni l'oxygène aux gaz précédents, et mis ainsi en liberté. Quoique, comme je l'ai déjà dit, et comme le docteur Juvenal le fait remarquer, le calorique ne soit pas resté étranger à cette action irritante des gaz, il faut attribuer le rôle le plus important à leur composition chimique, surtout en ce qui concerne l'acide sulfureux. Si, en effet, le doute peut subsister pour l'élève, il ne saurait en être de même pour les personnes qui n'étaient pas dans l'appartement où la combustion a eu lieu. Pour ces personnes, en effet, tout au moins, l'action irritante <?az me paraît devoir être admise indépendamment le de leur calorique.

Or, les lésions observées par le docteur Juvenal furent les suivantes. Je citerai surtout les passages qui ont trait à la muqueuse bucco-pharyngienne :

« La bouche et le pharynx sont le siège d'une rougeur plus intense dans les régions pharyngiennes; quelques points sont pâles, blanchâtres; le sens du goût a disparu; les mouvements de déglutition sont pénibles; les dents ont pris une couleur jaunâtre et sont devenues d'une sensibilité extrême.

Ces lésions, localement peu graves, n*ont eu aucune suite fâcheuse. Ainsi, à Térythème des fosses nasales a succédé une sécrétion assez abondante a'un liquide aqueux comme dans le coryza. L'irritation conjonctivale a disparu après quelques jours de durée sans laisser de traces. Pendant la convalescence, les dents, légèrement branlantes, étaient très douloureusement influencées par le contact des liquides, et surtout des substances solides.

Seulement sur la muqueuse bucco-pharyngienne, plus directement atteinte par les vapeurs embrasées, quelques lambeaux d'épithélium se sont détachés; et une douleur vive a persisté pendant quelques jours au niveau des surfaces dénudées, surtout lors du passage des liquides. Remarquons, toutefois, que le sens du goût et de l'odorat n'ont repris leurs fonctions que longtemps après, c'est-à-dire vers le dizième ou quinzième jour. »

La deuxième cause, je l'ai dit, est celle de Vair surchauffé. Ici, il ne s'agit que du calorique, les gaz étant complètement inoffensifs par leur composition. C'est surtout dans les incendies que vous aurez l'occasion de constater ces accidents, et particulièrement dans ceux des vastes locaux, tels que théâtres.

24 STOMATITE KRYTHÉMATEUSE AIGUË

casernes, navires. C'est, en eflfet, ce qui fut observé par le docteur Juvenal, lors de Tincendie du vaisseau le Sanli PiétrL Ce navire, qui servait de bagne dans le port de Toulon, renfermait 667 condamnés au moment où il prit feu; et, quelque promptitude que Ton mit à Tévacuer, 42 hommes furent atteints d* accidents plus ou moins graves. Sur co nombre, 15 présentèrent des accidents asphyxiques, et 27 furent mons atteints. Chez ces derniers, on ne constata que rinflammation des diverses muqueuses exposées àTair surchauffé, conjonctive, pituitaire, bucco-pharyngienne et respiratoire.

Pour le premier groupe, le docteur Juvenal constata que les muqueuses buccale et pharyngienne étaient légèrement enflammées, assez cependant pour que sur quelques points Tépithélium se détachât. « De là,, dit-il, une douleur vive, surtout au contact d'un liquide nonseulement froid, mais même frais.

Pour le second groupe, ce furent les accidents de la muqueuse respiratoire qui dominèrent la scène; ce qui, du reste, s'explique par l'exquise sensibilité de cette muqueuse, comparée à celle des muqueuses buccale et pharyngienne.

Vapeurs d'eau surchauffée. — Vous pourrez observer quelques cas de stomatites produites par les vapeurs d'eau à la suite de fumigations faites par erreur avec des vapeurs trop chaudes. Mais ce sont là des cas bien rares. Les plus fréquents sont ceux qui résultent de l'échappement de la vapeur d'eau d'une chaudière que l'on vide, ou qui éclate. Le docteur Juvenal cite également deux exemples d'éclatement de chaudières, celles du Comte d'Eu, en 1847, et celle du Roland y en 1858.

Dans l'accident du Comte d'EUj sur vingt-deux hommes qui se trouvaient dans la chambre de chauffe, dix-neuf lurent atteints.

Le docteur Juvenal passe en revue les divers symptômesprésentésparles victimes; et, arrivé à ceux qui nous intéressent, il les décrit en ces termes :

« Les lèvres sont blanchâtres, comme macérées; l'intérieur de la cavité buccale, pâle, présente des plaques rougeâtres et saignantes, là où la muqueuse est enlevée: le contact des liquides occasionne une douleur vive et cuisante; la muqueuse du pharynx présente çà et là des boursouflures au milieu de sa surface décolorée».

« Quelques jours après, toutes ces parties sont le siège d'une exfoliation abondante de la muqueuse, qui se détache par lambeaux plus ou moins grands. »

Même accident sur le Roland; une seule personne, sur vingt-cinq, est épargnée.

« Les lésions du côté du pharynx, des cavités nasales et de la bouche, dit le docteur Juvenal, existaient chez tous les malades. Il n'en était pas de même des lésipns des voies respiratoires. Nulles sur les uns,

elles ont été au contraire rapidement mortelles sur les autres » .

Etplus loin : «La bouche, le pharynx, les amygdales, les piliers et les voiles du palais sont pâles; la muqueuse nasale est blanchâtre et sèche; la langue est épaisse, couverte d'un enduitjaunâtre chez les uns, et, chez les autres, l'épithélium s'enlève par larges plaques, et laisse à nu une surface d'un rouge vif».

Enfin, dans une autopsie, revenant sur ces altérations le docteur Juvenal les décrit de la manière suivante :

26 STOMATITE ÉRYTHÉMATEUSE AIGUË

« La muqueuse des lèvres est pâle, comme macérée, quoique assez résistante; il est très facile de la détacher des tissus sous-muqueux et glanduleux.

« La langue, complètement dépouillée, est rouge et saignante ; on distingue facilement la direction des fibres des génio-glosses mises à nu. La voûte et le voile du palais, également privés de muqueuse, ont aussi une teinte pâle, et paraissent moins atteints que la langue.

« La surface interne des joues offre des érosions profondes au niveau des arcades dentaires; rien de semblable n'apparaît dans le sillon dento-Iabial, où la muqueuse paraîtrait saine, si elle ne se laissait détacher par lambeaux avec facilité.

« Examinée dans la partie reculée de Tentonnoir pharyngien, la muqueuse est pâle, plissée, soulevée partiellement, ou réduite à une espèce de pulpe blanchâtre mêlée à du mucus gluant.

« Ces lésions diminuent et s'effacent peu à peu, k mesure que l'on approche de l'orifice inférieur de cette cavité » .

Telles sont les causes de la stomatite primitive. Vous le voyez, elles sont presque toujours d'origine externe; je passe maintenant àl'étiologie de la stomatite secondaire.

Les causes de la forme secondaire ne sont pas moins nombreuses. Je vous citerai d'abord le travail de dentition. Souvent, il est vrai, ces accidents dépassent l'érythème; mais, dans certains cas,* le processus ne va pas plus loin. Ces inflammations sont surtout fréquentes pour la première dentition ; elles sont rares pour la seconde; et, si elles reparaissent pendant l'éruption de la

b£UXIÉM£ LEÇON 27

dent de sagesse, le plus souvent c'est en affectant la forme gangreneuse.

Puis viennent les fièvres dites essentielles, depuis la fièvre éphémère jusqu'aux formes les plus graves, telles que la fièvre typhoïde, la fièvre typhoïde bilieuse des pays chauds, la fièvre bilieuse inflammatoire, les fièvres paludéennes graves et la fièvre jaune. Dans toutes ces affections, qui, plus ou moins, ont un retentissement sur les voies digestives, il est fréquent d'observer réry thème buccal. Il en est de même dans les fièvres éruptives, dans de nombreuses phlegmasies y ainsi que dans le rhumatisme, — Je me suis plu bien souvent à le faire constater aux jeunes collègues qui suivaient mes visites.

Symptomatologie. — Les parties les moins atteintes de la muqueuse présentent une arborisation plus ou moins riche, facile à constater. Sur ce point, tout d'abord, on ne trouve qu'une sensation de sécheresse. Sur d'autres, et, s'il s'agit d'une forme secondaire, plus particulièrement sur les gencives, on trouvé des plaques blanchâtres fort bien décrites par le docteur Bérenger-Féraud, qui leur a donné le nom de liseré gingival; et que d'autres auteurs, à l'exemple de Laboulbène, ont désignées sous le nom de bandelette nacrée^ ou, tout simplement, de plaques blanchâtres (Cornil et Ranvier).

Le siège de prédilection de ce liseré est la gencive, et surtout la gencive supérieure. La meilleure idée que Ton en puisse donner est de la comparer à la trace que laisse après lui un pinceau trempé dans une solution de nitrate d'argent.

Cette couche blanchâtre, sur la nature de laquelle je

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vais revenir en vous parlant de Tanatomie pathologique, s'enlève assez facilement; et même, quelquesjours après sa formation, tombe spontanément. Elle laisse voir alors un tissu de couleur rouge-foncé, d'aspect tomenteux et facilement saignant : C'est le chorion qui est à nu, son revêtement ayant été détruit entièrement ou en partie.

C'est là, je dois le dire, qu'elle soit primitive ou secondaire, la forme érj thémateuso la plus légère. Mais d'autres, moins bénignes, peuvent se montrer sous rinfluence des mêmes causes, mais agissant avec plus d'intensité. Surtout dans les cas de causes externes, nous verrons cette teinte blanche prendre plus d'étendue, et se généraliser presque, comme l'a souvent indiqué le docteur Juvenal.

Enfin, aux phénomènes précédents, on peut voir se joindre un gonflement plus ou moins considérable de la totalité ou de certaines parties de la muqueuse. Ce gonflement peut même atteindre un tel degré, que le malade ait quelque peine à fermer la bouche. Dans ce cas, l'érythème est accompagné d'une salivation abondante qui condamne le malade à cracher à chaque instant, et qui mémo peut entraîner un écoulement continu de salive.

Cette quantité de liquide, je dois le dire, du reste, reconnaît deux origines : une partie vient des glandes salivaires dont la sécrétion est augmentée, soit par action réflexe, soit que plus ou moins elles participent à ce mouvement fluxionnaire par continuité de tissu; et l'autre partie est le mucus buccal proprement dit, qui, de même que dans l'inflammation de toutes les muqueuses, est augmenté.

Les sensations éprouvées par le malade varient.

Dans de nombreux cas de stomatites secondaires, TafiFection, dans le cours de laquelle elles se sont développées, a jeté le malade dans un tel état de prostration, que la complication buccale passe inaperçue. Cependant, il n'est pas rare d'entendre des malades s'en plaindre, et même plus que de l'affection principale. Le plus souvent elle se manifeste par une sensation de sécheresse insupportable, sollicitant le malade à boire constamment, sans que rien puisse éteindre sa soif. On le voit faire des mouvements de mastication, comme pour provoquer l'arrivée du liquide des glandes salivaires. Dans la forme primitive, ce quidomine, c'est une sensibilité exagérée, quisouvent existe d'une manière spontanée, ou qui est ré veillée par le moindre contact, principalement des corps acides, sucrés ou froids. Pour peu qu'il y ait du gonflement, il paraît considérablement augmenté, surtout si l'on prend pour guide les indications que donne la langue. Puis^ peu à peu, ces sensations doulourcdsesdiminuent; elles cessent d'être spontanées, ne sont plus rappelées que par le contact des corps durs, et bientôt tout revient à l'état normal.

Dans cet état, les diverses fonctions de la cavité buccale sont toutes plus ou moins altérées. Je viens de parler de l'insalivation, et de vous dire combien elle est exagérée. Mais ce n'est pas là sa seule modification. D'une part, si la salive est augmentée comme quantité, rien ne prouve que sa composition soit la même, niqu'elle contienne la mèmequantité de diastase salivaire; etd'autre part, vu la douleur provoquée par le contact, la mastication étant gênée, le mélange intime de la salive avec le bol alimentaire n'a pas lieu, ou sî^ulement d'unemanière imparfaite. Ainsi, modification probable de la salive d'abord, et mélange moins intime,

> SFOMATITE ERTTHBXATBCSE AIGUË

uite, telles soot les deux modi0cations que subit salivation. La mastication, je viens de le dire, est )mplète. Or, elle D'à pas seulement pour but de >ri8er l'insalivation ; ce n'est même là que la parla moins im[K)rtaDle de son but. Son but principal, s le savons, est la division des aliments; cette tie de cette fonction laissera donc beaucoup à irer.

. est rare que le goût ne soit pas profondément irè et même aboli. Vous devez vous rappeler que enal l'a presque toujours observé.

Infln, la prononciation est souvent gênée. Mais ïieurs causes la font varier ; et, de toutes, la plus ■ortante est le siège de la lésion. Nous savons que sons, correspondant aux voyelles et aux consonnes, sont obtenus que grâce à des modiOcations impriîs au tuyau vocal. L'altération précise de la nonciation correspondra donc à certaines modifiions de ce tuyau, ou du moins à. l'impossibilité 18 laquelle il se trouvera de prendre ta forme indispenle b. la prononciation de telles consonnes ou de es voyelles. Je reviendrai, du reste, sur cette ation quand il s'agira de la forme chronique, l est rare que la stomatite, tant qu'elle reste dans limite de la forme érythémateuse provoque des hioDiéncs à dislance. Cp n'est également que tout fait exceptionnellement qu'elle retentit sur les iglions lymphatiques. Les adénites sont très rares, l en est de même des phénomènes généraux.

inmoins, dans les formes intenses avec gonfleit de la muqueuse, on peut constater un mouve. ut fébrile, sans que pourtant ce retentissement sur at général puisse prendre de l'importance.

Anatomie pathologique. — Dans un degré modéré, d'après Laboulbène, la muqueuse présente une coloration rouge diffuse plus ou moins foncée; elle est épaissie. Les vaisseaux capillaires turgescents forment des arborisations, et les saillies granduleuses sont plus marquées qu'à l'état normal. A son état plus avancé, la muqueuse est le siège d'une hyperémie considérable,

et recouverte d'un enduit blanchâtre /'bandelette

nacrée).

Enfin, nous avons vu, dans l'autopsie donnée par le docteur Juvénal, que toute la muqueuse bucco-pharyngienne peut être couverte d'une pellicule blanchâtre, s'enlevant même par lambeaux.

« Cet enduit (1) est constitué par des cellules abondantes d'épithélium pavimenteux buccal. Ces cellules sont aplaties, lamelliformes, parfois repliées sur les bords, imbriquées et stratifiées entr'eiles. Leur bord n'est pas crénelé » .

« Les dimensions sont les suivantes : les cellules mesurent 40 à 80 millièmes de millimètre (0,04, à 0,08), le noyau, relativement petit, de 3 à 4 millièmes de millimètre » .

« On observe constamment des granulations moléculaires, fines, punctiformes, noirâtres ou grisâtres, avant de 1 à 2 millièmes de millimètre, et d'autres granulations à bords nets, réfractant fortement la lumière, jaunâtres, variablesdegrandeurentre2et3 ii».

« Les globules purulents sont assez rares; enfin, des spores ou corps reproducteurs de mucédinées et de végétaux inférieurs se trouvent souvent dans cet enduit » .

(1) Laboalbëne pa^r'^s 6 et 7 — Anatomifl patholoffiaue

32 STOMATITE ÉRYTHÉMATEUSE AIGUË

«L'alcool dilué, Tacide acétique, T acide picrique elle picro-carminate d'ammoniaque rendent très nets les contours des cellules épithéliales ; elles sont gonflées par des solutions de potasse et de soude. L'acide acétique dissoutunepartiedes granulations moléculaires; Téther et le chloroforme dissolvent les granulations de nature graisseuse » .

« Les spores ne sont pas attaquées par les réactifs ordinaires, mais seulement par les acides concentrés. »

Enfin, je dois ajouter que dans les formes les plus graves avec gonflement, un véritable exsudât séreux se forme dans Tépaisseur du chorion et du tissu conjonctif sous-jacents. On peut même trouver des cellules plasmatiques en voie de prolifération.

Mais toutes ces lésions sont peu avancées, et quelques jours suffisent généralement pour que tout revienne à rétat normal.

Vous allez trouver ici une première application des notions d'histologie que je vous ai exposées.

Nous allons voir, en eflfet, que les altérations durables ne dépassent pas répithélium. Tantôt, seules, les couches les plus superficielles sont atteintes ; les cellules plates disparaissent, laissant au-dessous les cellules polyédriques; et la disparition des premières suffit pour donner lieu à une rougeur plus vive. D'autres fois, une partie de ces cellules polyédriques formant la couche ôpithéliale intermédiaire, sont profondément atteintes ; leur contenu devient granuleux; elles perdent leur transparence, et leur réunion forme cette membrane décrite sous des noms divei's par les auteurs : couche blanchâtre de Juvénal, liseré gingival, bandelette nacrée. — Dans les cas de stomatite secondaire, quelques cellules lymphatiques ont eu le temps de

glisser .entre les cellules épithéliales ; dans les cas de cause externe, au contraire, ces cellules lymphatiques font défaut.

Le plus souvent, c'est cette couche qui s'enlève par lambeaux ; il est rare, en effet, que le chorion soit rais à nu. Il peut l'être cependant, et c'est dans ce cas que de petites hémorrhagies se produisent.

Les arborisations, le gonQeraent du corps muqueux dont je vous ai parlé, ne persistent pas. Les premières tiennent au développement du tissu capillaire du chorion, et le gonflement à un léger épanchement qui s'est fait dans son épaisseur.

En somme, je le répète, et c'est ce que vous devez retenir, les véritables altérations caractéristiques de notre aflfection, celles qui sont durables, se passent toutes dans l'épithélium, et c'est ce qui distingue la forme érythémateuse de celles que nous étudierons bientôt.

Marche et Durée. — A la condition de ne pas irriter la stomatite primitive par des contacts incessants ou par un traitement intempestif, l'affection marche d'ellemême vers la guérison ; et quelques jours, souvent quelques heures, lui suffisent. Même pour les cas avec gonflement, on peut compter que le septénaire est la limite extrême.

Quant aux formes secondaires, et leur étiologiedoit le faire prévoir, elles suivent la marche de l'affection dont elles ne sont qu'un symptôme, et leur durée est subordonnée à celle do cette affection.

Diagnostic. — Le diagnostic, s'il ne s'agit que de reconnaître la stomatite, n'offre pas de difficulté. Mais

STOMATITE ÉRYTHÉMATEr8!î AIGDE

iD est pas toujours ainsi, quand il s'agit de la spé- ■- L'inflammation buccale est-elle simple, ou bien lie née sous l'influence de la syphilis, de la tuberle, etc. ? Ce diagnostic ne pourra être discuté que tard, quand j'aurai passé les autres stomatites ïvuc. Pour le moment, qu'il me suiflse de dire que jmméraoratifs constituent les moyens de diagnosiplus précieux. S'il s'agit de la stomatite primitive, ilade, le plus souvent, vous en indiquera lui-même luse. Le mal la suit de si près, que l'erreur pas permise. Quant aux formes secondaires, c'est es la connaissance de l'état général du malade lous nous guiderons. Ici encore les cas difâciies me issent devoir être rares.

onoitlc. — Mùme dans ses formes les plus profon- )t les plus étendues, la stiimatite érythémateuse i est sans gravité. Elle ne peut dépasser quelques ; d'incapacité de travail. On peut dire que cette tion ne peut causer que des ennuis, et jamais êels soucis.

aitement. — La première indication qui se pré- I est de calmer la douleur; c'est tout d'abord ce vous demandera le malade en proie quelquefois j souffrances très vives. Ce sont les émollicnts qui idront le mieux à cette indication. Vous les renplus efficaces encore en y joignant quelque prépan opiacée, et surtout la décoction de tète de pavot. 8 préparations, employées en lotions souvent :ées, ne tarderont pas b. amener un soulagement apprécié (1). Si vous vous trouviez en présence

d'une douleur très vive, et surtout si la douleur était localisée, vous pourriez utiliser Taction anesthésique, si précieuse et si sûre, de la c ^caïne. Pour ces cas, les titres de la préparation peuvent varier de 1 à 5 grammes de chlorhydrate de cocaïne pour 100. Comme excipient vous pouvez employer Teau distillée, la vaseline, ou mieux encore la vaseline liquide de préférence à la glycérine, qui souvent est irritante. Selon l'excipient, vous aurez ainsi, soit une solution, soit une pommade, que vous pourrez étendre avec un pinceau, et renouveler plusieurs fois par jour. Vous savez, de plus qu'à son action anesthésique, la cocaïne joint une action puissante contre les congestions locales. Elle excite la contraction des vaisseaux» et peut devenir un véritable hémostatique. J'ai eu l'occasion de le constater tout dernièrement dans plusieurs opérations faites avec l'aide de ce précieux agent.

La cocaïne, outre son action calmante, aurait donc aussi une action, permettez-moi le mot, décongestionnante.

S'il s'agit de la stomatite secondaire, surtout de celle qui accompagne les aflFections graves, l'état du malade ne permet pas les soins fréquents de la bouche que nécessite l'emploi des émoUients, et la douleur n'est pas assez vive pour justifier l'emploi de la cocaïne. Mais, dans ces conditions, ce qui fatigue le plus le malade, c'est la sécheresse de la gorge. Or, sachez que vous pouvez atténuer ces souffrances, dont le malade seplaint parfois vivement, en badigeonnant de temps en temps la bouche et le voile du palais avec de la glycérine; c'est un moyen au moins inoffensif, et qui vous réussira dans de nombreux cas.

Lorsque les douleurs vives sont passées, notre rôle

STOMATITE ÉRTTHÉMATEUSE AIGUË

teu près ternaioé. Le gonflement, s'il existait, 9 bientôt; le malade ouvre et ferme la bouche lus de facilité; et quelques jours suffisent pour ite trace de cette affection légère disparaisse, lant si la guérison se faisait attendre, si un peu ae persistait, je vous engageraisàprescrirequel- ■éparations légères de chlorate de potasse à 2 °!a. a seule que je vous conseille do préférence à itre. Je vous en donnerai la raison dans une ine leçon.

Formules. — i. lotions êmûllientes

Racine Je guimauve 20 erammos.

Faites bouillir duas eau l litre.

ez reposer pendant quinze minutes et passez ; s'en ède pour lolionner la bouche, cinq à six fois dans tes •Mire heures.

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