Traité des maladies de la bouche (pathologie interne) suivi d’un précis d’hygiène de cette cavité
Je viens vous prier de bien vouloir accepter la dédicace de cet ouvrage, consacré à l'étude des « Maladies de la bouche. »
D'une part, en effet, vous avez tant fait pour tout ce qui a trait à la stomatologie, que je ne pourrais le mettre sous un meilleur patronage ; et, d'autre part, vous m'avez si souvent prouvé votre amitié, que je suis heureucc de trouver cette circonstance pour vous donner un témoignage public de la mienne.
Veuillez donc, mon cher ami, accepter cette dédicace comme un hommage rendu à vos travauœ, et comme une preuve de ma vieille amitié.
E. Maurel.
Toulouse, le 15 avril 1893.
Mon cher Ami,
Vous avez bien voulu me dédier votre Traité des « Maladies de la bouche » et même, me dites-vous, le mettre sous mon patronage. C'est certainement me réserver un grand honneur dont je sens tout le prix, et que je trouve même quelque peu disproportionné. Si, en effets j'ai eu autrefois la bonne fortune de vous initier aux études de la stomatologie, je n'étais moi-même qu'un débutant ; nous étions presque contemporains, et je ne vous avais devancé que de quelques années dans la vie médicale.
Le temps a marché depuis lors, et, de ces premières relations, il a fait une réelle et solide amitié dont j'ai goûté bien des charmes, et à laquelle vous faites aujourd'hui un nouvel appel qui me touche au fond du cœur.
Et cependant j'ai dû bien des fois vous perdre de vue, alors qu'emporté par votre carrière de marin.
vous alliez dans les pays les plus divers et dans les climats les plus variés, abordant maints problèmes d'anthropologie ou de médecine avec votre infatigable ardeur scientifique.
Vous avez touché ainsi à bien des questions , etlaissé à plus d'une votre empreinte personnelle. Je vous suivais de loin, et j'avais cette singulière satisfaction de vous voir revenir de temps en temps aux premières études de notre jeunesse.
C'est ainsi qu'aujourd'hui vous venez de rassembler les recherches qui ont fait l'objet d'un enseignement à vos élèves de la Faculté de Toulouse, auxquels vous avez voulu apprendre les « Maladies de la bouche. »
L'entreprise, certainement, n' était pas'^ téméraire ; mais elle était nouvelle, et je ne sache pas que dans aucune de nos Facultés actuelles, on ait songé à aborder dans son cadre nosographique bien défini et d'unejnanière aussi étendue, une semblable description.
Envisagé sous le point de vue spécial de la pathologie interne, le tableau des Maladies de la bouche se traduit dans votre ouvrage par l'histoire des stomatites considérées sur tous leurs aspects successifs, depuis [la gingivite simple jusqu'aux formes phlegmoneuses, ulcéreuses ou gangréneuses les plus graves.
Or, depuis les anciennes descriptions des auteurs, les notions d'étiologie et de pathologie oni subi les empreintes profondes des co?iquêtes de la bactériologie. Un remaniement complet était dofic nécessaire pour mettre en évidence les circoistances de la con-
tagion ou de la propagation de certaines formes et surtout le mécanisme de l'infection.
C est peut-être la partie capitale de votre livre, qui se trouve ainsi achevé, complété et mis au point devant la science moderne.
Je vous félicite, mon cher ami. J'ai la conviction que vous avez fait une œuvre utile et donné un bon exemple ; et cette conviction que j'exprime aujourd'hui, tous vos lecteurs, avec moi, la partageront demain.
E. Magitot.
Paris, 25 avril 1893.
INTRODUCTION
Il y a déjà plus de deux siècles que, pour la première fois, Leenvenhoeck, en étudiant le tartre dentaire, trouvait des animalcules dans la cavité buccale; et qu'il signalait ce faità son ami François Aston (l) (16S3). Il en décrivit même cinq; et, parmi eux, au moins deux, d'une manière assez complète, pour qu'on puisse les reconnaître: le leptotothrix et un spirille [2). Mais, depuis, un long silence suivit cette découverte; et il faut traverser tout le dix-huitième siècle et une partie du nôtre, pour que, de nouveau, la présence des micro organismes dans la bouche attire l'attention du monde savant.
Ce n'est, en etfet, qu'avec Erhenberg (3) que cette question fut reprise; et ce n'est que grâce à l'impulsion que ses travaux si considérables donnèrent à l'étude des inâniments petits, qu'un ccr-
(1) Arcana naturadetectaob Antonio van LeeuvenlioecX, Djlpbis Batavia. 1055, p. 42; el opéra omnla, Leyde, 1722, t. H, p. 89^
(2) LeptoUris, animalcule f, et spirille animalculo ^, de Leeuvenbock.
(3) Erhenberg. — Organisation, systematlk und Giog Verhalnisse der infusionsthierchen, Berlin, 1830 — et Tie infusianthierchen als volkora nane organismen, Leipzig, 1838.
INTRODUCTION
tain nombre de reoherohes furent dirigées dans ce sens.
En outre, je dois le faire remarquer, pendant une longue période, s'étendant de 1830 à 1881, ces recherches appartinrent plus à l'histoire naturelle qu'à la pathologie; et, si quelques-unes intéressent cette dernière, ce n*est même qu'au point de vue d'une affection qui jusques-là était restée en dehors du domaine médical, la carie dentaire.
Parmi les premiers on peut citer ceux de Henle
(1840) (1) , Buhlmann (2) (1840), Dujardin
(1841) (3) Mandl (1843) (4), Erdl (1843) (5), ■Robin (1847-1853 et 1875) (6); et parmi les seconds , ceux de Ficinus (1847) (7) , Klenke
(1) 1840, Path. Uiitersuchutigen.
fÊ) 1840, Biihlmann. Arcli. fûr àiuitomie.
aS) 1841, Dujardin, Hisloife nàturéUe des zoophites.
(4) 1843, Mandl, Compte rendu de l'Ac. des sciences, t. XVII, p. 213.
(5) 1843> ECdl, AUg. Zeitung f, chirurgie, n« 29, p. 159.
(6) Robin, 1847, Des végétaux qui croissent sur les animaux vivants, p. 42,
1853, Histoire naturelle des végétaux parasites.
1875, Journal d'anatomie, p. 379.
(7) 1847, Ficinus, Journal des chir., vol. XXXVI, p. 1.
INTEODUCTION
(1850) (1), Magitot (1866) (2) et Leber Rotteinstein (1867) (3) et Arnd (1880) (4).
Ce n'est donc, réellement, que depuis les travaux de Pasteur, Ghamberland et Roux, d'une part, et la thèse de Rappin de l'autre, que les microbes de la bouche ont été étudiés au point de vue qui nous intéresse ici ; et que cette étude a commencé à prendre l'importance que justement on lui accorde aujourd'hui.
C'est, en effet, en 1881, que Pasteur faisant des recherches sur la salive d'un enfant atteint de rage , découvrit et isola un micro-organisme, qu'il reconnut ensuite, il est vrai, rester tout à fait étranger à la production de cette affection ; mais qui, retrouvé peu après comme l'agent de la pneumonie, inspira une des idées les plus ingénieuses et les plus fécondes de la pathologie microbienne.
En même temps, Rappin, à l'iastigation de Cornil, abordait la question plus franchement encore ; et, quoique ses recherches présentent quelques imperfections difficiles à éviter dans un travail inaugural, il faut reconnaître que dès cette
(1) 1850, Kleake, Die Verderbniss der Zahn, Leipzig.
(2) Magitot, Traité de la carie dentaire, 1866.
(3) 1867, Leber Rotteiastcia, Ti'^té dfl la carie dentaire, Paris.
(4j 1880, Arnd. Becherehes sur le spiroehœte denticola (arch. de Virchow, t. XXXIX. p. 76.
ifiTRObUCTIO!^
époque la question des microbes de la bouche prenait sa place dans le domaine médical. Déjà, même, on peut le dire, cette question était nettement posée. Rappin non seulement avait entrevu l'importance de ces micro-organismes, mais il avait même soupçonné leur véritable rôle. On va pouvoir en juger par ses conclusions.
Après avoir étudié le mode de formation et la composition microscopique des enduits buccaux, fait l'historique de la question et donné la technique, il décrit les principales espèces qu'il a trouvé. Savoir : un micrococcus, le baderium iermo, le hadllus tremulus, le hadllus suUilis, le vibrio lineola et rugula, le leptothriœ buccalis, le spirochœte denticola, et, enfin, le cercomonas intestinalis. Puis il essaye de se rendre compte du rôle de ces micro- organismes à l'état de santé et dans la fièvre typhoïde ; et, enfin, il arrive aux conclusions suivantes :
« 1° Que la cavité buccale est sans cesse habitée par plusieurs espèces de bactéries représentées chacune par une quantité innombrable d'individus;
2° Que ces bactéries, qui pour la plupart sont les agents ordinaires de fermentation putrides ou autres, jouent un rôle semblable dans la bouche;
« 3° Qu'en dehors des modifications chimiques qu'elles déterminent dans les enduits qui recouvrent la muqueuse buccale, elles sont probablement aussi le point de départ des ulcérations
. INTK,ODUCTION XUI
que l'on observe sur cette muqueuse dans la fièvre typhoïde; qu'il y aurait lieu de rec|iercher si elles ne jouent pas un rôle important dans l'étiologie d'un certain n mbre de processus pathologique..» , ,
Dès lors, on le voit, l'existence desmici^obes dé la bouche était nettement établie ; et déjà même on peut en sentir i'imp.ortance. Aussi les travaux vont-ils se succéder presque sans relâche. ,
Un an après, à peine, Miller (1) commençait ses publications sur les microbes de la carie dentaire, publications qu'il complétait en 1884 et 1885; et Rasmussen, en 1883, reprenant le travail de Rappin et faisant comme lui des recherches sur la cavité buccale, portait le nombre de ses micro-organismes à dix-sept. Ceux découverts par Rasmussen sont: le leplothrix, le mucorracemosus, le lanolifer spinosus, le pemcilUum, le dadosporum herbarum, ['oïdium lacLis, uii torula, le baccilhis ulma, le clostidium bulyricum, le polynoka, le micrococcus luteus et le bacilius Hansmii.
Le travail de Rasmussen (2) parut, je l'ai dit, en 1883. Or, les deux années suivantes furent cha-
(1) Miller, A.rohiv. fur, expor. palholog. 1882, vol. -XVI, p. 291. — Dontsclie ined. wocli., a" 48, p. 781; 1884 èi 1885, u» 49. — Indep. pract , 1885, p. 227 et 283.
(2) Rasmussen, Oin Drykning of microorgauismo fra spyt af sunde meiiesker. Copenhague 1883.
(3] Rosenbacb, Mikrooi'gs bel de Wemdinfectioriskrankheiten des Menschen. Wiesbaden 1884.
INTRODUCTION
cune marquées par plusieurs autres publications.
En 1884, d'abord, Rosenbach (3) annonçait qu'il venait de trouver dans la cavité buccale un bacille saprogène et le staphylococcus dans la carie. Puis, Lewis (1) d'une part, et d'autre part Gornil et Babès (2), découvraient un bacille courbe présentant, par conséquent, ce point commun avec celui du choléra, mais en différant par le mode de c ulture.
Enfin, Galippe et Malassez (3), après leurs recherches sur la nature de l'ostéo-périostitealvéolo-dentaire arrivaient entr'autres conclusions à celle-ci, qu'il s'agissait là d'une maladie microbienne. Peu après même, Galippe rendait cette opinion encore plus probable, en isolant un diplocoque et une bactérie, tous les deux pyogènes, qu'il désignait provisoirement par les lettres y et ê.
En 1885, Miller terminait ses principales publications sur ce sujet, publications que nous avons vu commencer en 1882.
Les différents microbes signalés par Miller se divisent tout naturellement en deux catégories : ceux de la carie et de la cavité buccale.
Les premiers ont été désignés par l'auteur à l'aide des lettres a, <3, y ^ et s. Je n'insisterai
(1) Lewis, The. Laocet sept. 1884, t. II, p. 513.
(2) Gornil et Babès, Les Bactéries, 2» édit., p. 167; 1880.
(3) Galippe et Malassez.
pas sur oes micro-organismes qui intéressent plus particulièrement l'étude delà carie dentaire, affection qui ne fait pas partie de ces leçons. 11 me suffira de donner les renseignements suivants : Le microbe a se présente sous forme de bacil'e ; le microbe ê est polymorphe ; il est constitué par des filaments, des bactéries, et même par des coccî ; les microbes y et ^ sont des cocci ; mais ils se différencient parleur cultures. Enfin, e est un bacille recourbé en virgule.
Tous ces micro-organismes trouvés dans les dents cariées, peuvent évidemment exister dans la cavité buccale ; mais, en outre, Miller en a signalé quelques autres qui appartiennent en propre à cette dernière, ce sont :
Le baderium gingivœ pyogène, aff'ectant la forme de bactérie. 11 est épais, court, à extrémités arrondies. Sa largeur est de 1 ,"-5 et sa Iongeur de 5 à 6 i>-.
Le micrococcus gingivœ pyogène se présentant sous forme de coccus irréguliers, isolés ou réunis deux par deux,
L' lodoccusvaginatus, n'exisianiguère^ de même que le suivant, que dans les bouches malpropres. Il est constitué par des chainettes de 4 à 10 anneaux. Ces anneaux semblent être dans une gaine, et sont presque carrés, ce qui les rapproche des tétrades.
Enfin, \e spirillum putigenum, représenté par des éléments isolés courbes, 1 y- 5, se rappro-
chant, par conséquent, des micro-organismes signalés par Lewis, Miller etBabès.
On le voit donc, depuis quelques années les recherches allaient toujours se multipliant; et si la plupart avaient encore traît à l'étiologie de la carie dentaire, d'autres touchaient directement le point qui nous occupe ici, les microbes de la bouche, et commençaient à préoccuper vivement le monde savant.
Quelle confiance devait-il accorder à ces recherches? La présence de ces micro-organismes était-elle constante ou accideiitelle ? Enfin, quelle importance devait-il leur accorder an point de vue de l'hygiène et de la pathologie ?
Toutes ces questions commandaient d'autant plus la réserve, qu'il ne faut pas oublier qu'au moment où elles étaient posées, la théorie microbienne, à peine éclose, venait se heurter aux théories régnantes encore toutes puissantes.
Le moment semblait donc venu de reprendre ces recherches sur les microbes de la cavité buccale, et de se livrer à leur sujet à une véritable enquête. Ce fut un des élèves les plus distingués du laboratoire d'histologie du Collège de France qui s'en chargea.
Mettant à profit les derniers perfectionnements apportés à la technique bactériologique, procédant avec une méthode parfaite, et dès le début donnant à ces recherches toute l'ampleur qu'elles
INTRODUCTION
XVU
comportaient, Vignal se livra à une étude des plus approfondies.
Le résultat de ses recherches dépassa son attente. Le nombre des micro-organismes vivants dans la cavité buccale se trouva considérablement augmenté.
Outre ceux déjà connus, Vignal en signala onze nouveaux, que pour ne rien préjuger sur leur nature, il désigna par les lettres de l'alphabet. Je donne ici seulement leurs principaux caractères :
a) Goccus dont le diamètre oscille entre 0 5 et 0 7.
6; Bacille rectiligne, à extrémités carrées, disposé parfois en chaînette. Sa longueur oscille entre tp 5 et 6 f^5.
c) Bacille court et trapu, à extrémités carrées, dont la longueur ne dépasse pas 1 4.
d) Bacille également court et trapu comme le prrjédent, mais plus long ; il a de 0 65 à 2 p.'c les extrémités sont légèrement arrondies.
e) Bâtonnet rectiligne , à extrémités arrondies, dont la longueur varie de 1 à 3 p. Il se différencie des précédents surtout par son mode d'action sur les diverses cultures.
f) Bacille de 0 à 2 4 de long, et se mettant rapidement en chaînettes.
g) Petit bâtonnet , rectiligne , extrêmement court, dont le diamètre varie suivant le milieu de culture, entre 0 5 et 1 p 5.
h) Bâtonnet arrondi à ses extrémités, étranglé
xvm
en son^milieu, dont les dimensions varient de 0 p 7 à 2
i) Bâtonnet, àextrémités carrées, courbé en arc, de la longueur de 0 p 7 à 1 k- 7.
Bâtonnet, coupé carrément à ses extrémités, formé souvent de deux articles. La longueur de chacun d'eux varie de 1 à 3 «J'.
k) Goccus, souvent groupé par deux et même par quatre; son diamètre varie de 01^75 à 1 i^.
Quant aux six déjà connus, ce sont : le staphylococcus pyogène aureus, le staphylococcus pyogène albus, le leptoLhrix buccalis, le bacterium termo, le bacillus subtllis et le vibrio rugula. ^ Tels furent les microbes vus par Vignal.
Ses recherches eurent un résultat considérable. D'abord, en effet, elles conûfmaient celles qui les avaient précédées au moins dans leur ensemble; et, de plus, vu le nombre de ces mioroorganismes, vu la constation de quelques-uns dont les propriétés pathogènes étaient déjà connues, il parut désormais indéniable , comme l'avait timidement exprimé Rappin, que ces microbes devaient jouer un rôle quelconque, soit au point de vue de la physiologie, soit surtout à celui de la pathologie.
Cette conclusion qui s'imposait après le travail de Vignal, ne tarda pas, du reste, à porter ses fruits. D'une part, Vignal lui-même, dès Tannée suivante, étudiait le rôle de ces micro-organis-
INTRODUCTION XIX
mes au point de vue de la digestion ; et, d'autre part, une nouvelle année après, Biondi, obéissant probablement à la même pensée, s'ooccupait des microbes de la salive.
Cet auteur y découvrait les suivants : - Le bacillus salivarius septicus ; le coccus salivarius septicus; le micrococus lelrayenus; le streptococcus septo-pyœmicus, et \e staphylococcus salivarius pyogène.
Enfin, deux ans après (1889), Galippe et Vignal " s'associant cette fois, reprenaient l'étude des microbes de la carie dentaire, et trouvaient dans la substance des dents cariées six micro-organismes nouveaux, ■ '■
On le voit donc, le monde des microbes de la bouche allait s'enrichissant de plus en plus. Chaque nouvelle recherche en augmentait le nombre. Or, si l'on peut supposer que certains de ces micro-organismes doivent faire double emploi, et que des études ultérieures établiront l'identité entre quelques-uns d'entre eux, on peut également admettre que tous n'ont pas encore été vus..
Ce fait reste donc désormais acquis, de la manière la plus sûre, que de nombreuses espèces microbiennes vivent dans la cavité buccale, et que chacune d'elle y est représentée par une quantité innombrable d'individus.
Or, ce ne sont là que les microbes propres à la cavité buccale, ou du moins ceux auxquels la
UfTRODUCTION
pathologie n'a pas encore donné un rôle spécial. Mais, en outre, pendant que ces recherches se poursuivaient, d'autres, non moins intéressantes, venaient successivement faire constater dans cette même cavité de nombreux microbes dont les propriétés pathogènes étaient déjà connues.
J'ai déjà dit, que dès 1881, Pasteur (1) avait découvert le micrococcus qui, plus tard, devait devenir le pneumocoque.
En 1886, Vignal y voit le staphylicoccus albus.
En 1886, Fraënkel trouvait le staphilococcus aureus dans une bouche saine.
En 1887, Biondi reconnaissait dans la bouclie le streptococcus pyogène.
En 1887, Netter décrouvrait le microbe de Friedlander dans la salive normale.
Enfin, à ces microbes pathogènes, s'ajoutent tout naturellement ceux du muguet, de la diphtérie, de la langue noire et d'une manière tout aussi forcée, celui do la tuberculose.
Nous le voyons donc, le nombre des micro-organismes pouvant se trouver d'une manière constante ou accidentelle dans la cavité buccale est considérable. Or, si l'on cherche à les grouper, au point de vue qui nous occupe, il me semble qu'au moins, d'une manière provisoire, on peut les diviser ainsi qu'il suit :
lo Ceuco dont les propriétés pathogènes sont
(1) Bulletin ae l'Acad, de méd. pp. 70, 94, 379, 716,
INTRODUCTION
déjà connues, et qui exercent leur action plus spécialement dans cette cavité elle-même.
Ce sont : 1° les micro-organismes du muguet, celui de la diphtérie, celui de la langue noire, auxqiiels il faudrait ajouter ceux de la carie dentaire ;
2' Ceux dont les propriétés pathogènes sont également connues ; mais qui exercent leur action indifféremment dans la cavité buccale et sur d'autres points de l'organisme.
' Nous trouvons ici, tout particulièrement, le streptococcus, pouvant donner lieu à l'érysipèle, et les microbes pyogènes par excellence: les deux staphylococcus , aureus et alhus ;
3" Un troisième groupe dont les propriétés pathogènes sont également connues ; mais qui exercent leur action surtout sur d'autres points de l'organisme. Ce sont : le microbe de Pasteur, celui de Friedlander, celui de la tuberculose et de la grippe ;
4° Enfin, les plus nombreux, dont les propriétés pathogènes ne sont encore ni déterminées, ni même établies.
Ce sont plus particulièrement ceux de Vignal, de Rasmussen et de Galippe.
INTRODUCTION
Tel est le résumé succinct de nos connaissances actuelles sur les microbes de la bouche; voyons maintenant, d'une manière rapide et en suivant cette classification, les applications qu'en a déjà faites la pathologie, et celles qu'elle peut en faire.
Il n'y a que peu de considérations à présenter sur les microbes du premier groupe.
Il est incontestable, néanmoins, que l'existence des autres doit exercer une certaine influence sur eux, soit pour favoriser leur développement ou le gêner, soit pour exagérer leur virulence ou l'atténuer. Ce que nous savons sur la vie des microbes ne peut laisser aucun doute à cet égard. Mais les recherches faites dans ce sens sont encore bien peu nombreuses.
Toutefois, celles de Vignal et de Galippe ont établi que certains d'entre eux modifient leur milieu de culture en l'acidifiant ; et il me paraît évident que cette action ne peut qu'être favorable au développement du muguet et de la carie dentaire.
Le troisième groupe a donné lieu, je l'ai dit, à une des conceptions les plus ingénieuses et des plus fécondes de la pathologie microbienne. C'est celle du microbismê latent, si bien désigné par Verneuil. Or, de nombreux faits concernant ce groupe ne laissent aujourd'hui aucun doute sur son importance.
Il est bien démontré, en effet, que dans la cavité buccale de certaines personnes saines ou malades
INTRODUOTION
peuvent exister d'une manière constante ou acci- , dentelle des microbes pathogènes, sans provoquer aucun trouble révélant leur présence. Ces microbes peuvent vivre dans cette cavité, y séjourner longtemps, tout en restant inofifensifs. Mais, que sous des influences dont la plupart nous restent inconnues, les conditions de milieu changent ; et l'on verra ces mêmes microbes, quittant cette cavité, se répandre dans ceftains autres organes, et y produire leurs lésions caractéristiques. De ce nombre sont surtout les microbes de Pasteur, de Friedlaender, et celui de la grippe ; et probablement aussi celui de la tuberculose.
Les mêmes faits ont peut-être lieu à propos des microbes du quatrième groupe et surtout à propos de ceux du deuxième que j'ai réservés les derniers, parce que c'est surtout sur eux que je veux plus particulièrement insister.
Il nous a été démontré, en effet, que les microbes les plus fréquents de la suppuration se rencontrent souvent même dans des cavités buccales saines , et que comme ceux du troisième groupe, ils peuvent y vivre longtemps sans manifester leur présence. Or, après l'explication qui vient d'être donnée pour ceux du troisième groupe, il était tout naturel qu'on en fît l'application à ceux du deuxième.
C'est à Galippe que revient l'honneur d'avoir fait cette application , et, depuis, de l'avoir le plus ardemment défendue.
INTRODUCTION
Partant de ces faits bien établis que la bouche contient de nombreux microbes, y compris ceux de la suppuration ; que ces microbes peuvent y séjourner pendant un certain temps sans manifester leur présence; qu'enfin, les phénomènes d'inflammation et de suppuration ne se développent presque exclusivement que sous une influence microbienne, notre distingué confrère en est arrivé à cette conception que toute inflammation de cette muqueuse est microbienne ou pour employer son expression, septique.
Toutes les autres influences, quelles qu'elles soient, ne font qu'agir sur ces microbes ou sur l'organisme, soit pour augmenter l'énergie du premier ou pour diminuer la résistance du second. Mais sans microbe dans la cavité buccale, pas d'inflammation de sa muqueuse.
Cette opinion, qui tout d'abord parut un peu osée, me semble aujourd'hui indiscutable. Je m'y rallie, dans tous les cas, d'une manière absolue. Mais quels sont les microbes qui entrent en scène dans tel ou tel cas ? Ceux que j'ai compris dans le 4« groupe sont-ils pathogènes ou non ? Nous l'ignorons. Mais, je le répète, désormais l'intervention d'un agent microbien quelconque dans l'étiologie de toute stomatite me paraît indéniable.
Pour Galippe, je l'ai dit, cette loi ne connaît pas d'exception ; si bien que, malgré un fort courant qui s'éleva contre lui, il y fit entrer même la stomatite mercurielle.
IISfTRODUCTION
Nous verrons bientôt ce que l'on doit penser de cette dernière affection. Mais, si une opinion contraire existe encore à son propos, tout au moins pour toutes les autres, après les travaux deGalippe, l'accord semble unanime; et les deux travaux les plus importants parus depuis, ceux de David et de Thomas, l'un sur la pathologie et l'autre sur l'hygiène, se sont entièrement inspirés de cette pensée.
Ainsi donc , après ces diverses recherches d'ordres différents, les idées générales inspirant la pathologie de la bouche étaient les suivantes :
l» Qu'il existe dans cette cavité un grand nombre de microbes ;
2° Qu'un certain nombre de ces microbes, qui restent inoffensifs pendant longtemps, peuvent, sous certaines influences diverses, devenir pathogènes ;
3° Que cette action pathogène peut s'expliquer, soit par l'augmentation de virulence de ces microbes, soit par la diminution de résistance de l'organisme ;
4° Mais que, quelle que soit cette influence, aucune inflammation de la bouche ne peut se montrer sans l'intervention des microbes.
Ces données, on le voit, étaient assez nettes; et elles étaient déjà suflîsantes, comme l'ont compris depuis la plupart des auteurs, pour inspirer l'hygiène et le traitement. Elles se sont d'ailleurs
lu