‹ Traité des maladies de la prostate (volume 2)Chapitre 4 sur 24 · DES · texte numérisé non relu

DES

La prostate a été ainsi nommée, à cause de sa situation^ par rapport au col de la vessie. Le mot prostate est^ en effets formé de deux mots grecs : irpo, en avant, et <TTaw, se tenir.

Situation. — La prostate est un organe symétrique et impair, situé sur la ligne médiane du périnée, à la partie inférieure du col vésical qu'il enveloppe entièrement par sa base, tandis que son sommet répond à la région membraneuse.

Forme. — Winslow a comparé la prostate à une châtaigne, comparaison adoptée par tous les anatomistes, malgré ce qu'elle a de vague. Comme le fait très-bien remarquer Amussat et, après lui, Gellie, dans sa thèse faite en 1854, elle représente plutôt un quadrilatère losangique ; en sorte que, parmi les auteurs, ceux qui lui décrivent une face antérieure et une face postérieure ne sont ni plus ni moins dans le vrai que ceux qui lui assignent une face supérieure et ime face inférieure; la face

H. PicaH. i

antérieure de cette glande est en même temps supérieure, comme sa face postérieure est à la fois inférieure.

Nous décrirons donc à la prostate une face antéro-supérîeure, une face postéro-inférieure, une base et un sommet, deux bords latéraux. La face .antérO'Supérieure regarde le pubis, dont elle est éloignée de 12 à 15 millimètres; elle est recouverte par la partie de Faponévrose pelvienne qui du pubis se porte à la vessie, dont eUe est séparée, d'ailleurs, par un lacis veineux dont nous reparlerons plus loin. Sur cette face viennent s'attacher quelques fibres des ligaments antérieurs de la vessie, auxquels on a donné le nom de pubio-prostatiques. Ces ligaments sont des cordons fibreux résistants qui partent de la partie inférieure du pubis à Tunion de la branche avec le corps de Tos et vont, en se dissociant, s'insérer à la fois sur la prostate, la vessie et le rectum. La glande n'en reçoit qu'un petit nombre de fibres; les plus nombreuses vont se rendre à la face antérieure de la vessie ; les plus externes au rectum, en^passant sur les faces latérales de la prostate à laquelle elles constituent une seconde enveloppe fibreuse dont elle est séparée par des plexus veineux.

La face postéro-infirieure est en rapport avec le rectum auquel elle adhère intimement au moyen d'une aponévrose très-dure, très-résistante, peu fournie de jtissu cellulaire, et étudiée par Denonvilliers qui lui a donné le nom d'aponévrose pros-

ANATOICIE DE LA PROSTATE. t

tato-péritonéale. Cette face est très-souvent creusée, sur son milieu, d'une sorte de gouttière qui Vu fait comparer à un as de cœur de carte à jouer et sur laquelle Fintestin vient s'accoler sans la déborder. M. Richet fait remarquer que la partie supérieure de cette face s'unit surtout intimement au rectum, au niveau de Fangle antérieur formé par cet intestin, pour s'en éloigner vers sa partie inférieure, en même temps que celui-ci se porte en ar* rière, de manière à laisser, entre lui et cet organe^ un espace auquel on a donné le nom de triangle prostato-rectal.

La base de la prostate embrasse entièrement le col de la vessie et se prolonge en arrière sous le trigone vésical. Elle est obliquement taillée de sa face supérieure à sa face inférieure et d'avant eh arrière. En bas, elle forme, avec la face postéroinférieure, un angle très-saillant. C'est par la base que les canaux éjaculateurs pénètrent dans la pros« tate. Ils la perforent de haut en bas et d'arrière en avant, et, après en avoir parcouru au moins un cen« timètre, dans une sorte de canal intérieur, ils vien* nent déboucher dans l'urèthre, de chaque côté du verumontanum, en formant un angle très-aigu.

On désigne sous le nom de verumontanum ou créle urèthrale une saillie située sur la ligne médiane de la paroi inférieure de l'urèthre. Plus élevée en avant, où elle se perd insensiblement, en diminuant de hauteur et quelquefois en se bifurquant dans la portiiMi membraneuse, elle envoie de chaque côté.

par son extrémité postérieure, des plis radiés, parfois à peine visibles, auxquels on a donné le nom de freins du verumontanum et qui vont disparaître dans la vessie. De chaque côté du verumontanum, viennent s'ouvrir les orifices des conduits prostatiques.

Au point culminant du verumontanum, existe un orifice long de 3 à 4 millimètres, large de 1/6 à 1/4 de millimètre, qui donne accès dans une cavité de 1 centimètre de profondeur environ. Cette dépression, dont on ignore les usages, c' est Vutricule pros^ lalique que certains anatomistes regardent comme l'analogue de Tutérus et même de Tutérus et du vagin chez la femme.

Le sommet embrasse en partie la portion musculaire de Turèthre et vient se terminer en arrière du ligament de Carcassonne ou aponévrose moyenne dont il est distant, au dire de M. Richet, de lOmilli-* mètres environ.

Les bords latéraux, qu'on pourrait désigner sous le nom de faces, à cause de leur épaisseur, sont en rapport avec le muscle releveur de l'anus dont ils sont séparés par l'aponévrose latérale de la prostate.

L'urèthre traverse la prostate de haut en bas et d'arrière en avant. La portion de la glande qui se trouve en arrière est ordinairement plus épaisse que celle comprise entre cet organe et le pubis ; le rapport, d'après M. Sappey, serait de 1 à 4 millimètres. Au dire de quelques anatomistes, la partie

ANATOMIE DE LA PROSTATE. ft

de la glande située en avant de Turèthre, derrière le pubis, n'existerait presque jamais; en sorte que la glande recevrait Turèthre comme dans une gouttière ; mais c'est là une erreur manifeste, cette disposition étant assez rare. Quelquefois cependant on a vu tout Topposé, et la plus grande partie du tissu glandulaire être située en avant de Turèthre. Dans ces cas, Tépaisseur des tissus qui sépare 1er rectum de Furèthre est peu considérable, et le doigt sent facilement à travers le rectum les instruments introduits dans le canal.

La prostate est enveloppée sur toutes ses faces d'aponévroses, qui s'appliquent exactement sur elle et lui forment une sorte de cage qui contient en même temps Furèthre et à laquelle on a donné le nom de loge uréthro-prostatique. Ce sont : en arrière, l'aponévrose prostato-péritonéale, qui sépare, comme nousravonsdit,lerectumdelaprostate. Cette aponévrose, de forme triangulaire, à sommet tronqué, s'étend de haut en bas et d'arrière en avant, en tre l'aponévrose supérieure et l'aponévrose moyenne, Sa base se continue en haut avec le péritoine, au niveau du cul-de-sac recto-vésical; son sommet avec la lame supérieure de l'aponévrose moyenne ; en avant, elle adhère intimement à la prostate ; en arrière, le rectum glisse sur elle; latéralement, elle se confond avec le tissu cellulaire qui entoure les plexus veineux périprostatiques.

Sur les côtés, Taponévrose latérale de la prostate ou pubio-rectale, qui s'étend, comme la précé-

$ aiAUDIKS DE U PROSTATE.

dente, de haut en bas, entre les deux aponévroses supérieure et moyenne du périnée et, d'arrière en avant, entre le pubis et le rectum. En bas, Taponévrose moyenne du périnée, ou ligament de Carcas* sonne, qui, comme nous Pavons vu, limite presque le sommet de la prostate. Cette aponévrose, traversée par Turèthre, s'attache en avant à l'angle formé par la symphyse du pubis, sur les côtés, à la lèvre interne de l'arcade pubienne, et s'avance par sa base jusqu'au niveau du rectum. Là, elle se divise en deux feuillets : l'inférieur, qui se continue avec l'aponévrose superficielle du périnée, et le supérieur, qui s'unit avec le précédent sur les côtés, mais qui, par sa partie moyenne, s'applique sur la face antérieure du rectum, rejoint l'aponévrose moyenne et ferme de cette façon la loge prostatique en arrière.

En haut, la loge prostatique est recouverte par l'aponévrose supérieure, qui s'insère, comme on sait, à la circonférence du bassin et dont le centre est percé pour livrer passage en avant au col de la vessie et en arrière au rectum ; elle recouvre la face supérieure de la prostate, mais non la face antérieure, et vient se fixer à la partie postérieure de la symphyse pubienne par deux faisceaux ligamenteux connus sous le nom de ligaments antérieurs de la vessie (1).

La prostate est, en outre, entourée de plexus

(i) RichtU Anotomtè ehirurgicali.

ANATOMIB DB U PROSTATE. 7

veineux dont Timportance est considérable au point de vue chirurgical. Ces plexus, qui s'appliquent directement sur la glande et la séparent des enve** loppes que nous venons de décrire, sont au nombre de trois : deux latéraux et un antérieur. Les deux latéraux partent de chaque côté de la partie antérieure du rectum^ se portent en avant et se jettent dans chacune des extrémités du troisième, qui est transversal, et recouvre toute la partie antérieure de la prostate. Ce plexus reçoit, en arrière^ la plupart des veines venant du col de la vessie^ et en avant celles qui arrivent du dos de la verge en passant au-dessous du pubis. La prostate est donc entourée en tous sens, excepté en arrière^ par de gros plexus veineux (plexus de Santorini), qui sont en quelque sorte le confluent de toutes les veines de cette région.

Les veines situées en avant de la prostate offrent une disposition particulière : elles traversent le muscle de Wilson, qui s'étend de chaque côté delà portion membraneuse de l'urèthre, à laquelle il s'insère en arrière, tandis qu'en avant il s'attache à la face postérieure de la symphyse et du corps du pubis, ce qui lui a fait donner le nom de pubio-uré* thral. Ces veines sont accompagnées par des prolongements fibreux, qui en tiennent les parois écartées et béantes. Les artères peu importantes viennent des vésicales, dont Tune a reçu le nom de vésico-prostatique.

11 nous reste un point à étudier, le plus impor-

tant certainement pour les chirurgiens ; ce sont les dimensions de la prostate. En effet, sans la connaissance exacte des divers diamètres de la glande, il est impossible de pratiquer aucune des tailles uréthrales, puisqu'elles ont toutes pour but d'extraire la pierre au travers d'une incision de la prostate et du col de la vessie. Mais, il faut bien le dire, si ces dimensions ont été étudiées par un grand nombre d'anatomistes, il n'en est presque pas qui se soient entendus sur les chiffras et qui en aient donné de concordants.

Senn, prenant pour centre le canal de l'urèthre, a donné les suivants, qui représentent les rayons de la prostate :

De Turèthc à la partie moyenne et inférieure. 14 à 46 mm.

— directement en dehors. .. ; i6 à i8 »

— la partie inférieure et extérieure. . 20 à 22 »

Pour M. Sappey, ces chiffres sont trop considérables et devraient être ainsi rectifiés :

Rayon inférieur il mm.

— transverse 45 »

— oblique en bas et en dedans. ..*..• 22 »

Ces mensurations, regardées comme exactes par M. Richet, ne concordent pas avec celles qu'a trouvées M. Dolbeau; pour ce chirurgien, en effet, voici quels sont les chiffres représentant les mêmes rayons :

Rayon inférieur : 45 mm.

— transverse 43 »

— oblique en bas 48 n

ANATOMIE hE U PROSTATE. 9

Et^ à ce propos, M. Dolbeau fait cette réflexion fort juste qu'il ne serait pas exact de baser sur ces chifires restreints Pouverture qu'on peut obtenir en incisant méthodiquement le col de la vessie (1).

D'un autre côté, d'après M. Richet, adoptant en cela les idées de Deschamps, le diamètre de IV rifîce du col vésical dilaté ne peut atteindre que 16 millimètres, tandis que, d'après M. Dolbeau, on peut arriver jusqu'à 18 millimètres. Donc, si on s'en rapporte aux mensurations de MM. Sappey et Ri* ehet, on obtiendra, par la taille bilatérale, c'està-dire par la section de la prostate suivant ses deux rayons obliques, en bas et en dedans, qui, étant chacun de 22 millimètres, viendront s'ajouter aux 10 millimètres de la dilatation du col, une ouverture totale de 60 millimètres. Si, au contraire, on adopte les chiffres de M. Dolbeau, cette ouverture n'aura que 54 millimètres, 18 pour le col et 18 pour chacun des rayons obliques en bas, en tout trois fois 18. D'où il résulte que, d'après M. Dolbeau, on ne peut retirer par l'ouverture de la taille bilatérale, quand elle ne dépasse pas les limites de la glande, qu'un calcul de 3 centimètres de diamètre et de 3 centi piètres et demi, en s'en rapportant aux mensurations de M. Richet.

Tout ce que nous venons d'exposer est d'ailleurs beaucoup plus théorique que pratique, car, quoi qu'on fasse, il est bien rare que l'incision de la taille

{{) Dolbeau. Traité pratique de la pierre dans la vessie.

ne dépasse pas les limites de la prostate. Cet organe, comme Fa fait remarquer Deschamps, et après lui M. Richet, est, en effet, moins large à sa pointe qu'à sa base, d'où il résulte qu'une incision qui divise cette dernière partie dans les trois quarts de sa largeur dépassera nécessairement les limites de sa pointe, puisque son étendue sera forcément la même en haut qu'en bas. Dès lors, les plexus veineux et les enveloppes fibreuses seront eux-mêmes divisés, exposant Topéré à toutes les conséquences qu'on voulait éviter: Du reste, il vaut mieux, au dire de M. Richet, d'accord en cela avec Malgaigne, qu'il en soit ainsi, car il est encore moins dangereux de dépasser les limites de la glande que de contondre et déchirer les bords de l'incision.

Structure (1). — Cet organe est pourvu d'une enveloppe propre, épaisse de 1/2 millimètre, extrêmement adhérente au tissu glandulaire avec lequel elle est en continuité de fibres, ainsi que nous le verrons bientôt. Elle se distingue assez facilement à la dissection du tissu cellulaire périprostatique; elle offre une teinte grisâtre demi-transparente bien prononcée. Elle estformée principalement de fibrescellules ayant les dimensions, l'aspect extérieur et la structure de celles de la vessie. Ces fibres entrent pour les 9/10 environ dans la composition de cette enveloppe; elles sont remarquables par le dévelop-

( i ) Cette description est celle qui a été donnée par le professeur Robin, dans la Thèse de Gel lie. Paris, 4854.

ANATOMK DE lA PROSTATE. il

pement des nodosités propres à la plupart de ces fibres; elles sont disposées en faisceaux, dans lesquels toutes sont parallèles, et forcément adhérentes les unes aux autres. La plupart de ces faisceaux ont une direction longitudinale; d'autres sont obliques; quelques-uns disposés transversalement. Notons, en passant, que la portion prostatique de Turèthre est pourvue de faisceaux de fibrescellules semblables, mais plus petits, et la plupart ayant une direction longitudinale.

Nous allons actuellement traiter de la structure intime du tissu glandulaire proprement dit.

La prostate appartient, en effet, à la classe des glandes en grappes composées ; elle diffère toutefois, sous plus d'un rapport, de la disposition des autres glandes qui composent ce groupe. La différence consiste surtout en ceci, que les culs-de-sac appendus à chacune des divisions des conduits excréteurs se jettent sur cette division dans toute sa longueur, à des intervalles inégaux et relativement assez grands. Ils ne se jettent pas, comme dans les autres glandes en grappes, à l'extrémité même de cette division ou subdivision du canal sécréteur, et, par suite, ils ne sont pas réunis en un groupe, acinus^ ou grain glandulaire, séparé des autres aussi par une couche cellule- vasculaire propre à chacun d'eux. De là vient que la coupe de la prostate est homogène et non point granuleuse comme dans les autres glandes.

Voici maintenant, plus en détail, quelle est la

disposition propre à chaque cul-de-sac et au tissu interposé. Le tissu de la prostate se compose d'une trame accessoire et de la partie sécrétante proprement dite, faisant corps l'un avec Tautre, d'une manière plus intime que toute autre espèce de glande. La trame se compose des éléments suivants : 1** Fibres du tissu cellulaire assez abondantes disposées en faisceaux mal limités, accompagnées de matière amorphe finement granuleuse. Ces faisceaux sont dirigés en tous sens, le plus souvent parallèlement à la direction des tubes sécréteurs et des conduits excréteurs. 2* Ce que présente de remarquable cette trame, c'est la présence d'une quantité considérable de faisceaux de fibres -cellules. Beaucoup de ceux-ci sont en continuité, à la surface de la glande, avec les faisceaux qui entrent dans la composition de l'enveloppe propre de la prostate ; aussi en résulte t-il, pour cette enveloppe, une grande difficulté à la séparer de la glande. Les fibres-cellules, outre leur quantité, sont remarquables par leur dimension ; car, sous tous les rapports, elles ressemblent à ce qu'on trouve dans la vessie, et si quelques-unes sont plus courtes, toutes sont aussi larges. Les faisceaux des fibres-cellules sont remarquables aussi en ce que leur direction est, pour la plupart, la même que celle indiquée pour les faisceaux du tissu cellulaire. 3* 11 existe dans la trame (lu tissu prostatique un assez grand nombre de filets nerveux; ces filets existent soit dans la partie jaunâtre superficielle, soit dans la portion

qui est plus voisine du canal de Turèthre. Sans pouvoir indiquer ici exactement quel est leur nombre et leur quantité relative, il suffira d'indiquer qu'il est presque impossible d'enlever un lambeau du tissu prostatique large de 2 à 3 millimètres et épais de 1/3 de millimètre sans y trouver un filet nerveux. Chacun de ces filets est composé en général de 4 à 6 tubes larges chacun de 6 à 8/1000 de millimètre et entouré d'un névrilème commun relativement très-abondant. Ce névrilème est en outre remarquable par une quantité assez considérable de noyaux allongés qui accompagnent les fibres du tissu cellulaire du névrilème. La présence de ces tubes nerveux est certainement en rapport avec la quantité notable d'éléments musculaires de la vie organique qui, ainsi qu'on vient de le voir, entrent dans la composition de la trame de cette glande.

Dans la partie superficielle jaunâtre de la prostate, les intervalles qui séparent les uns des autres les culs-desac sécréteurs (intervalles remplis par la trame que nous venons de décrire) sont larges de 1/100 de millimètre au moins et 6 à 9/100 au plus. Âinsi^ comme on le voit, les culs-de-sac sécréteurs sont loin d'être rapprochés et contigus, comme ils le sont dans chacun des acini des glandes en grappes ordinaires.

Nous allons maintenant nous occuper de la disposition des tubes sécréteurs, déjà nous avons vu qu'ils ne sont point groupés en acini; bien que ces

culs-de-sac se jettent successivement les uns dans les autres, de manière à former un ensemble de culs-de-sac disposés sous forme de grappes, le long des tubes excréteurs, ils s'abouchent avec ceux-ci, à des intervalles assez considérables. L'épaisseur de la trame qui sépare ces culs-de-sac peut donner une idée de la grandeur de ces espaces. Les culsde-sac sécréteurs de la prostate ont une largeur qui varie de 37 à 70/100 de millimètre; les uns sont cylindriques, à coupe circulaire, par conséquent; la plupart sont un peu aplatis. Ces derniers offrent en général la largeur que nous venons d'indiquer, dans leur plus petit diamètre, sur une largeur variable. Suivant qu'on examine ces culs-de-sac plus ou moins près du conduit excréteur, le plus grand diamètre de leur coupe [ovale est de 7/100 à 1/10 de millimètre.

Non seulement ces culs-de-sac sont aplatis, mais encore leur forme n'est pas régulière, ils présentent sur leur trajet, et surtout vers leur extrémité terminale, des bosselures latérales plus ou moins prononcées. La longueur de chaque cul-de-sac, c'est-à-dire l'espace qui sépare leur extrémité terminale de leur point d'abouchement, est généralement de 1 à 4 fois plus grand que leur largeur.

La paroi propre de ces culs-de-sac est épaisse de 2 à 3/100 de millimètre, très-adhérente à la trame, elle se déchire facilement, aussi éprouve-t-on les plus grandes difficultés à isoler les éléments glandulaires. Les tubes sécréteurs sont tapissés d'un

épithélium payimenteux par compression réciproque^ à cellules un peu irrégulières^ granuleuses à rintérieur, assez irrégulièrement disposées à la face interne des tubes. Leur diamètre est en moyenne de 2/100 de millimètre, leur noyau de 5 à 7/100 de millimètre. 11 est sphérique ou ovoïde; la forme sphérique est la plus commune ciiez certains sujets, du moins, car, à cet égard on observe des variétés d'un sujet à Tautre. Ce noyau offre un contour un peu irrégulier ; il est granuleux à Fintérieur, de teinte assez foncée et sans nucléole proprement dit. On trouve presque constamment, sinon toujours, des culs-de-sac sécréteurs remplis d'une matière jaunâtre, demi-solide, granuleuse ; cette matière est composée principalement de granulations graisseuses d'un jaune brunâtre, solides, irrégulières^ extrêmement abondantes, d'un aspect tout particulier, en un mot, et dont le volume varie de 1 à 2/1000 de millimètre. On y trouve, en outre, des cellules d'épithélium libre, pareilles à celles qui tapissent les tubes, et des noyaux libres semblables à ceux que contiennent les cellules. Enfin beaucoup de ces tubes contiennent des petits calculs formés de couches concentriques très-élégantes, dont les plus petits ressemblent un peu à des grains d'amidon ; mail ils sont presque entièrement formés de substance azotée ; les plus gros distendent souvent, d'une manière notable, les culs-de-sac qui les renferment. Nous reparlerons de ces calculs dans un article spécial.

Nous allons terminer par quelques mots sur la structure des conduits excréteurs de la prostate. Nous avons déjà parlé de leur volume et de leur direction, de leur mode successif de réunion les uns dans les autres. Voici maintenant quelle est leur structure. Lorsque les culs-de-sac, en se réunissant les uns dans les autres, finissent par constituer un conduit de 2 à 3/10 de millimètre, on peut constater que Tépithélium de la face interne prend peu à peu la forme cylindrique ou mieux primatique, puis dans les tubes un peu plus larges, ces cellules épithéliales ont leur extrémité libre chargée de cils vibratiles, en général très-nettement caractérisés. On trouve pourtant, quelquefois, des sujets chez lesquels les cellules n'ont pas la régularité de forme, ni la longueur considérable qui leur sont habituelles. Il importe aussi de noter, dans répaisseur des cellules, autour de leur noyau, des granulations graisseuses d'un jaune foncé, volumineuses, ressemblant à celles qui flottent dans le liquide prostatique et lui donnent sa couleur blanche.

La paroi propre de ces conduits excréteurs, qui tapisse Tépithélium que nous venons de signaler, est composée d'une certaine quantité de fibres propres du tissu cellulaire, accompagnée de matière amorphe finement granuleuse, mais sans fibres élastiques. Ils renferment aussi une quantité au moins égale de faisceaux de fibres-cellules, formant avec les éléments précédents, une seule et unique

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 17

couche, dans laquelle les faisceaux musculaires sont principalement disposés en long, et les autres obliquement, sans qu'il soit possible d'en apercevoir dont la direction soit, d'une manière précise, circulaire et transversale.

CONSIDERATIONS GENERALES

Le rôle physiologique de la prostate, peu connu des anciens, est considéré aujourd'hui comme prépondérant dans Véjaculation et dans la miction.

Éjaculation. — La fonction immédiate de la prostate, c'est la sécrétion d'une humeur particulière. Ce liquide existe toujours dans les conduits glandulaires; mais sa quantité augmente pendant le coït, en dehors duquel il n'est jamais excrété. A ce moment, les fibres musculaires végétatives de la prostate, qui forment environ le tiers de l'organe, se contractent sur les glandules qu'elles entourent et en expriment le contenu.

Ce liquide possède une réaction alcaline et la consistance du lait épais, crémeux, non visqueux : il est blanc, plus ou moins jaune, selon les sujets. C'est lui qui restitue au sperme sa couleur blanche qu'il a perdue dans les vésicules séminales. La sécrétion du liquide prostatique étant peu rapide, la couleur du sperme devient plus grisâtre, moins lactescente et plus claire, quand plusieurs coïts se sont succédé dans un court espace de temps.

H, Picard, 2

Quand on examine le liquide prostatique sur un cadavre, on le trouve légèrement alcalin, de couleur laiteuse ou opaline très-prononcée, assez coulant. 11 se compose d'un fluide incolore, tenant en suspension de très-fines granulations et des gouttelettes graisseuses, quelques rares cellules épithéliales prismatiques et quelques gouttes hyalines d'une substance visqueuse. 11 ne contient pas de leucocytes.

Les cellules épithéliales peu nombreuses dans le liquide éjaculé, le sont bien davantage dans celui qu'on exprime de la glande. Ce sont des cellules à cils vibratiles, tapissant les canaux extérieurs. Dans les glandules on trouve aussi des concrétions dont nous parlerons dans un article spécial.

Si, après la mort, on fait sortir le sperme contenu dans les vésicules séminales par le canal déférent, on voit qu'il est gris-brun, tandis que le liquide prostatique qu'on exprime des orifices glandulaires a la consistance de la crème, de couleur jaunâtre, analogue à du pus, dont on ne peut le distinguer qu'au moyen du microscope. Aussi a-t-il souvent été pris pour ce liquide chez des sujets morts avec une épididymite (1).

Le liquide prostatique ne paraît pas, d'ailleurs> nécessaire à la fécondation, les spermatozoïdes étant, sous ce rapport, la partie active du sperme. Ce qu'il y a de certain, c'est que le sperme est éja-

(1) Hobin, Leçons sur les humeurs.

CONSIDÉRATIONS GÈNKHALES. J9

culé avec autant de facilité chez les individus dont Ja prostate ne sécrète pas de liquide. Ainsi, M. de (Juatrefages a vu un individu dont cet organe ne'^ présentait aucun orifice glandulaire et qui cependant avait des érections et des éjaculations naturelles.

Outre la sécrétion et Texcrétion du liquide que nous venons de décrire, la prostate, recevant, par sa base, les conduits éjaculateurs qui la parcourent dans la plus grande partie de sa longueur, doit exercer aussi une action sur eux, action qui aide probablement à la projection du sperme dans Téjaculation, soit par la contraction de ses fibres musculaires, soit par le gonflement de son tissu en général et du verumontanum en particulier, qui contribue à Tocclusion du col vésical en arrière, comme le prouve l'impossibilité d'uriner pendant Térection.

L'occlusion du col vésical, pendant Téjaculation, est regardée par MM. Kuss et Duval comme d'une importance capitale. Autrement le sperme, maintenu en avant par la contraction du muscle de Wilson, passerait dans la vessie, comme on le voit dans certains cas pathologiques. Arrêté en arrière par le verumontanum, en avant par le muscle de Wilson, ce liquide s'accumule entre cesdeux obstacles ; mais, la constitution du muscle de Wilson ne lui permettant pas de rester longtemps en contraction, il se relâche et livre passage au sperme qui, grâce à son accumulation, se précipite avec force

en avant. D'un autre côté, le muscle de Wilson se contractant de nouveau, pour se relâcher ensuite, explique les saccades spasmodiquesde réjaculation. La turgescence du verumontanum pendant Téjaculation aurait, au dire de Thompson, aussi pour but de maintenir entrouverts les canaux éjaculateurs. Le rôle considérable de la muqueuse prostatique dans cette fonction explique pourquoi ses maladies la troublent si souvent.

On pourrait se demander, néanmoins, si la prostate est indispensable à réjaculation. Quoique je n'aie point trouvé d'observations dans lesquelles on ait pru constater en même temps et l'absence de cet organe et Texcrétion du sperme, il est permis de croire que la contraction des canaux éjaculateurs, celle des vésicules séminales, des canaux déférents et, probablement aussi, de l'épididyme dont les muscles à fibres lisses onl des contractions lentes, mais très-puissantes, suffiraient à cette fonction. La contraction des canaux éjaculateurs et déférents ne se produit-elle pas, en effet, sur les animaux récemment tués, par l'excitation directe de ces conduits ou seulement de la portion lombaire du grand sympathique ou de la moelle épinière au moyen de la pile ?

Miction. — Le rôle de la prostate n'est pas moins important ici. L'accolement de ses parois serait, au dire de MM. Kuss et Duval, la principale cause de la rétention de l'urine dans la vessie. Pour eux, le sphincter vésical n'existe pas, par cette raison qu'il

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ne peuty avoir contraction permanente d'un muscle. C'est, pour ces auteurs, la muqueuse prostatique qui joue le principal rôle dans le besoin d'uriner. Quand la réplétion de la vessie est complète, l'urine fait irruption dans la région prostatique et provoque Faction réflexe qui nous avertit du besoin d'uriner. C'est alors seulement qu'intervient, sous l'influence de la volonté^ la contraction du muScle de Wilson pour empêcher le liquide de s'échapper. Si le rôle de la prostate est important en physiologie, il ne l'est pas moins en pathologie. Placée au confluent des deux appareils urinaire et génital, quoiqu'elle paraisse plutôt appartenir à ce dernier, puisqu'elle est soumise aux lois organiques qui séparent les organes génitaux dans les deux sexes, et qu'elle est spéciale à l'homme, ses maladies exercent sur l'un et l'autre une influence considérable. Je ne parlerai pas de ses vices de conformation qui, à de rares exceptions près, ne sont jamais isolés. Mais qu'une phlegmasie simple, superficielle ou profonde s'empare de l'organe, on saisit aussitôt combien son importance, au point de vue dont nous parlons, est peu en rapport avec son volume. Souvent, en effet, les testicules deviennent alors douloureux, les épididymes se gonflent ou s'indurent, la rétention d'urine même se montre quelquefois, et, contrairement à ce qui se passe pour un grand nombre d'organes, en apparence beaucoup plus importants, à cette phlegmasie aiguë, pour peu que des soins pressants et énergiques n'aient pas été

donnés, succède une inflammation chronique d'une ténacité désespérante ou bien des abcès, des phlegmons auxquels la proximité d'organes importants donne une gravité considérable.

Si, au lieu d'une phlegaïasie simple aiguë ou chronique, nous avons affaire à une affection diathésique, nous voyons la glande, détruite peu à peu, laisser à sa place, comme dans la tuberculose, des cavités et des fistules auxquelles Part se trouve presque impuissant à remédier, ou, comme dans le cancer, des tumeurs qui remplissent le plus souvent la cavité vésicale et procurent aux malades, comme la transformation précédente, tous les tourments de la cystite, de la rétention ou de Tincontinence d'urine, avant de les conduire au tombeau.

Les traumatismes de la prostate, qu'ils soient accidentels, comme à la suite d'une chute, d'un coup ou d'une blessure par arme à feu ou arme blanche, ou intentionnels, comme dans la taille, donnent lieu à des considérations intéressantes, que le tissu prostatique ait seul été atteint ou que ceux dont il est entouré l'aient été avec lui. La facilité ordinaire de la guérison des blessures limitées à la glande étonne autant que la gravité de celles qui la dépassent. Enfin, nous trouvons à étudier dans la prostate, comme dans beaucoup d'autres organes, mais avec les caractères que leur imprime la glande où ils naissent, des calculs et des kystes.

En outre de ces affections locales ou générales, communes à tous les organes du corps humain, la

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prostate offre à étudier une maladie tout à fait spéciale, son augmentation de volume chez les vieillards, changement si important au point de vue des maladies de la vessie et des reins, dans la dernière partie de la vie. La prostate s'hypertrophie, comme on a coutume de le dire, et aussitôt difficulté de la miction, quand il n'y a pas incontinence d'urine, racornissement ou dilatation de la vessie. Ajoutez à cela la décomposition de son contenu et, par suite, son inflammation catarrhale, si commune à un certain âge, inflammation qui ne tarde pas à se propager, en arrière, jusqu'aux reins par les uretères, et en avant à Turèthre dont la sensibilité devient extrême, chez ceux qui souffrent de cette affection. Enfin, si Tobstacle au cours de Turine est considérable, non-seulement les reins sont comprimés, mais le cœur lui-même, obligé à plus d'efforts, pour contre-balancer la pression qui s'exerce sur la colonne sanguine, ne tarde pas à être affecté.

En résumé, nous décrirons les maladies suivantes :

absence de la prostate, i® Les vices de conformation l défaut de réunion des lobes

de la prostate.

les contusions.

2* Les blessures comprenant { les plaies.

les fausses-routes .

les inflam- i aiguës et chromations | niques.

3* Les inflammations com- | (les abcès dans la

prenant j les suppu- 1 prostate et les

rations ] abcès périprostatiques.

24 MAUMES DE U PftOâTATE.

simples j traumaUques.

herpétiques.

4* Les ulcérations ( d'ath '-' ï arthritiques.

ques.

serofuleuses.

cancéreuses, tuherculeuses.

Ti* Les maladies dialhésiques | ^^^i^j.

ù° Les cavernes et les fistules.

1* Les calculs prostatiques.

8*" Les kystes de la prostate.

I l'augmentation de volume simple, les tumeurs prostatiques, les valvules uréthro-vésicales.

iO* L'atrophie.

Incidemment, je dirai quelques mots de la spernuUorrhèe, à propos de \8Lprostatorrhèe,ei des diverses humeurs normales déversées dans Turèthre et qu'on a souvent confondues avec des liquides morbides. A propos des tumeurs prostatiques, je donnerai une description des polypes de Turèthre.

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