VICES DE CONFORMATION
Comme le fait très-justement remarquer Béraud, les vices de conformation de la prostate n'ont que bien peu d'importance au point de vue chirurgical. De deux choses Tune, en effet, ou ils sont isolés, ce qui est rare, ou ils accompagnent d'autres lésions des organes génito-urinaires. Or, dans le premier comme dans le second cas, le vice de conformation
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de la glande est au-dessus des ressources de Fart. Ne le fût-il pas que rimportance, tout à fait relative de cet organe, n'excuserait pas une intervention chirurgicale toujours dangereuse. Quand le vice de conformation embrasse Tensemble des organes génito-urinaires, comme Texstrophie de la vessie, les graves inconvénients et les conséquences si fâcheuses qu'il entraîne justifient pleinement des opérations dont le résultat n'a pas été, quelquefois, sans profit pour les malades ; mais ces opérations ellesmêmes laissent la prostate de côté, sans même s'en occuper. Cette glande, d'iiilleurs, est si profondément située, qu'on ne pourrait l'atteindre, quand même on en aurait l'intention.
Quand la prostate manque, il n'y a pas, à proprement parler, vice de conformation de l'organe luimême, mais de ceux qui l'environnent ; aussi, est-ce l'ensemble de ces parties qu'il faut décrire, pour montrer leur disposition dans le cas qui nous occupe.
La prostate n'existe pas dans trois circonstances différentes :
1® Dans les cas d'absence complète des organes génitaux:
2" Dans beaucoup de cas d'exstrophie de la vessie ;
3" Dans quelques cas, très-rares, les organes génitaux sont bien conformés; seule, la prostate manque.
m >UL.\D1ES DE LA PROSTATE.
1^ On conçoit parfaitement que si les organes génitaux n'existent pas, la prostate, qui en fait partie au moins autant que de l'appareil urinaire, puisqu'elle est traversée par les canaux éjaculateurs, puisse elle-même manquer. D'ailleurs, Tappareil générateur étant complètement absent, il est impossible de se prononcer sur le sexe du monstre, dont la difformité se rapporte aussi bien aux organes génitaux mâles qu'aux organes génitaux féminins. Mais les exemples d'absence complète des organes génitaux sont excessivement rares. On voit bien, il est vrai, Tun de ceux-ci manquer, mais les autres existent. Quelquefois aussi ils ne sont pas apparents à Textérieur, et on en pourra croire Tindividu privé, si on y regarde superficiellement; mais en cherchant bien, même pendant la vie, on en trouve au moins des traces et, après la mort, on les découvre souvent entièrement.
Ainsi, dans une observation tirée du journal de Sédillot, t. XXXII, p. 376, on lit l'observation d'un enfant dépourvu de vessie, à l'autopsie duquel on ne trouva aucun des organes internes de la génération. Mais, quand on étudie attentivement cette observation, on y rencontre certains détails qui semblent indiquer, quoique l'auteur n'en dise rien, qu'il existait chez cet enfant au moins des vestiges d'organes génitaux, témoin le passage suivant qui a très-probablement rapport aux testicules :
(c Au-dessous de la tumeur et du pubis, dans la place qu'occupent ordinairement les parties géni-
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taies, nous avons trouvé à droite et à gauche, parallèlement, deux tubercules de chaque côté, adossés à la partie inférieure de la tumeur, charnus, mollasses, de contexture tendre, Tun de la grandeur d'un gros grain de café arrondi, Tautre oblong, plus petit, plus interne, séparé du premier par une rainure; une distance de demi-pouce séparait aussi les tubercules du côté droit de ceux du côté gauche. Sur cette séparation, mais plus près des tubercules droits, se trouvait une ouverture ovale de deux lignes de diamètre longitudinal, et d'une ligne de diamètre transversal, située obliquement de haut en bas et de droite à gauche. L'urine, pendant la vie, passait en partie par cette ouverture ; le stylet qu'on y introduisait pénétrait dans le bas-ventre. »
Dans Tobservation suivante, communiquée à Breschet par le docteur Dolivera, et qui est tout à fait concluante, on n'a pas trouvé trace d'organes génitaux. Ici, la prostate était bien absente, avec le reste de l'appareil générateur ; mais le sexe de l'enfant étant, par cela même, impossible à établir, le fait, d'après la remarque que nous avons faite en commençant, perd beaucoup de son intérêt :
<c L'enfant vint à terme le 26 juillet 1815; la tête, la face, le thorax et les membres supérieurs n'offraient rien de remarquable. La partie supérieure de l'abdomen était déprimée, l'inférieure présentait l'état suivant : la peau de la région hypogastrique paraissait manquer dans un point ; elle formait un bourrelet rouge de deux lignes d'éten-
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due autour de la tumeur, qui la dépassait de deux pouces environ et qui paraissait être formée par le péritoine épaissi; cette tumeur avait trois pouces à peu près dans tous les sens et paraissait contenir une portion des intestins. A la partie inférieure do cette même tumeur, et vers Taine gauche, on apercevait un prolongement d'un pouce et demi de long, presque semblable au pis d'une vache, mais dépouillé, rouge et grenu, avec un orifice par où s'échappait le méconium. Un peu plus à droite se trouvait une autre exubérance, de quelques lignes seulement, percée de plusieurs trous, par lesquels coulait continuellement Furine. Plus loin encore et dans la même direction, on apercevait le cordon ombilical, très-délié. A droite du pubis se voyait un repli de la peau qu'on aurait pris pour une portion de la vulve.
€ Une tumeur oblongue, de trois pouces et demi à quatre pouces de long sur deux à trois de large, occupait la fesse gauche. Les membres inférieurs étaient très-maigres.
(( Le 29 juillet, MM. Dolivera et F'oreslier procédèrent à l'ouverture du cadavre de cet enfant : ils ouvrirent la tumeur, dont le péritoine formait l'enveloppe ; les viscères qui y étaient parurent en trèsbon état. Une sonde introduite dans l'orifice du prolongement qui présentait à son extrémité l'espèce d'anus dont on a parlé conduisit à un intestin très-grêle, qui parut être l'extrémité du colon descendant. La cavité pelvienne était très-petite; on
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n'y a trouvé aucune trace des organes génitaux, ni du rectum ; au lieu de vessie existaient deux petits renflements formés par Textrémité inférieure des uretères, qui se rétrécissaient ensuite pour aller se terminer aux petits tubercules dont nous avons parlé.
c( Le repli de la peau, que nous avons dit ressembler à une portion de la vulve, n'était formé intérieurement que par du tissu lamineux(l). »
t"* Les exemples de la seconde variété sont beaucoup plus nombreux, car très-souvent, quand la vessie est exstrophiée, la prostate n'existe pas.
On en trouve un exemple dans la description suivante des organes génito-urinaires d'un fœtus monstrueux dont Littre a fait Tautopsie.
(c 6" Les deux reins étaient parfaitement ronds et tout composés de grains comme une mûre. Le rein gauche avait 15 lignes de diamètre, et chacun de ses grains près d'une ligne et demie. Le droit en avait 9 et ses grains environ 1 .
(c V La grosseur des uretères excédait de beaucoup la naturelle. Ces conduits allaient en serpentant d'un bout à l'autre, et avaient chacun une espèce de mésentère qui les contenait dans cette disposition.
(C L'uretère gauche était d'un tiers plus gros que le droit et se terminait à la partie moyenne droite
(I) Dktionna'rf des sciences mûUcafcs, t. XIV, !8l*j.
d'une vessie de 7 lignes de longueur et de i de largeur, située dans le bassin de Thypogaslre, du côté gauche. Le cou de cette vessie était fort court, étroit, et s'ouvrait de niveau à la superficie du ventre, par un trou rond, qui faisait fonction de celui de Turetère et me parut avoir un sphincter. L'uretère droit aboutissait à la surface extérieure du ventre par un trou de figure ovale, d'environ une ligne et demie de longueur et d'une demi-ligne de largeur.
« 8* Les testicules étaient enfermés dans le ventre, l'un dans l'aine droite et l'autre dans la gauche. Le vaisseau éjaculateur du testicule droit se terminait dans la cavité de l'uretère du même côté. L'éjaculatoire du testicule gauche aboutissait dans la cavité de la petite vessie.
(( 9* Ce fœtus n'avait ni prostate ni vésicule séminale. Il avait une verge, mais point de scrotum. La verge était longue de 9 lignes et grosse de 4 ; sa figure et sa situation étaient naturelles ; elle était composée du gland, de deux corps caverheux et de l'uretère. Le gland n'avait ni prépuce ni trou, il était solide^ de môme que le reste de la verge (1). »
Voici un second exemple de la même difformité trouvée par Desault sur un sujet de 17 ans> mort des suites d'une ivresse alcoolique :
(c Les os pubis étaient écartés entre eux d'environ trois pouces. Cet écartement, qui augmentait
(\) Histoire de V Académie royale des sciences de Paris y 1789. — Sur un fœtus humain monstrueux, par M, Liltre.
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la distance ordinaire des épines antérieures de chaque os iléon, était occupé supérieurement par un ligament très-fort, très-épais, recouvert par la peau, qui lui était très-adhérente. Au-dessous de cette partie s'élevait un fongus ou bourgeon charnu rouge, et qui avait été très-sensible, surtout pendant le froid. Ce fongus était de la grosseur d'un petit œuf de poule ; il avait à sa partie inférieure deux trous d'où Turine s'écoulait goutte à goutte. Il touchait et était appuyé sur deux corps ronds, semblables à ceux qui résulteraient d'une division verticale du gland jusqu'au canal de Turèthre ; et c'était effectivement le gland ainsi conformé, sur lequel on remarquait une gouttière formée par la paroi inférieure de Turèthre, comme lorsque ce canal existe. Vers le milieu de cette paroi, et dans la partie de Turèthre qu'on nomme dans l'état naturel fosse naviculaire, s'élevait un tubercule semblable au verumontanum. Au côté de ce tubercule étaient les deux orifices des conduits éjaculateurs ; au-dessous du gland se trouvait un lambeau de peau imitant un prépuce fendu dans sa partie supérieure* Le périnée était un peu saillant et présentait un petit scrotum, qui cependant ne contenait pas les testicules. Ces organes étaient près du pubis, dans deux replis de peau qui, par leur figure et leur situation, ressemblaient aux grandes lèvres des femmes ; ils avaient la môme conformation que dans l'état naturel et étaient seulement plus petits qu'ils ne le sont communément à l'âge de dix-sept ans*
:H .MAI,Al»IE< DE LA PROSTATK.
Les conduits déférents suivaient leur direction ordinaire et se terminaient dans les vésicules séminales. Ces vésicules étaient très-petites et situées derrière la partie inférieure du fongus. On n'a pas trouvé de prostate. Les corps caverneux avaient leurs attaches aux os ischion et pubis, comme dans Tétat bien conformé ; mais ils se portaient vers le fongus, où ils se terminaient après s'être réunis (1). »
On pourrait multiplier ces exemples, car les observations n'en manquent pas. Cependant, malgré leur nombre, il ne faudrait pas en conclure que Tabsence de prostate est inséparable de Texstrophie vésicale ; loin de là, les cas où ce vice de conformation existe avec la 'persistance de cette glande sont certainement les plus fréquents.
3° .M. Deville a présenté à la Société anatomique un exemple de la troisième variété. C'était une pièce recueillie par M. Gandon, dans laquelle la vessie était énormément dilatée. Près du col vésical, on ne constate aucune trace de prostate, et à la place qu'elle devrait occuper, la vessie se prolonge sous forme d'infundibulum, avec Turèthre parfaitement libre, terminé par un méat urinaire, à quatre lèvres, bien conformé.
Dans quelques cas d'exstrophie de la vessie la prostate existe bien, mais elle est déformée ou plus petite qu'à l'état normal. C'est ce que l'on voyait sur un sujet de vingt ans dont l'autopsie a été faite par
(I) Commentaire de médecine^ par une Société de médecine d'Edimbourg (cité par Chopart, Traite rfcs maladies ur inaires , p. 108).
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Pînel : « On remarquait, dît-il, la glande prostate au col de la vessie, dans Tintervalle des os pubis^. Elle avait moins de volume que dans rétat ordinaire et sa forme n*était pas non plus naturelle.
Dans une observation de Deschamps rapportée par Chopart et ayant pour sujet Tautopsie d'un homme de 30 ans, on trouve la phrase suivante : (c Les testicules, les vésicules séminales et la glande prostate n'ont offert de particulier que d'être plus petits qu'ils ne le sont communément à cet âge. »
Quelquefois la prostate existe bien, mais elle semble avoir changé de nature; ainsi Flajani l'a vue semblable à un morceau de tissu cellulaire induré; ou bien on n'y trouve plus d'orifices glandulaires; témoin le fait rapporté par Quatrefages que nous avons cité dans les généralités. Dans quelques cas, elle n'est plus traversée par les canaux éjaculaleurs qui cheminent en dehors d'elle pour s'ouvrir sur un point quelconque de la surface uréthrale, ou se perdre dans le ventre ou les tissus environnants, sous forme de deux cordons blanchâtres sans orifice apparent. Dans un cas rapporté par Quatrefages, ils traversaient encore la prostate, mais, après s'être réuniS; dans son intérieur, en un seul canal d'une ligne et demie de diamètre, sur huit lignes de longueur, qui s'ouvrait sur la ligne médiane, au fond du sinus circavésical.
H. Picard. 3