‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 13 sur 51 · DES PROFESSIONS DE 1213 INDIVIDUS AFFECTÉS DE COLIQUE SATURNINE · texte numérisé non relu

DES PROFESSIONS DE 1213 INDIVIDUS AFFECTÉS DE COLIQUE SATURNINE

PROFESSIOUS. HOMDKE DES MALADES.

Ouvriers des fabriques de blanc de céruse. . . . 406

Ouvriers des fabriques de minium 63

Ouvriers des fabriques de mine orange. ...» 12

Peintres en bâtiments. . . - 305

Peintres en voitures 47

Peintres de décors, de lettrés et d'attributs. ... 33

Peintres sur porcelaine 3

Doreurs sur bois. 1

Peintres ou vernisseurs sur métaux. ...... 2

Fabricants de papiers peints 2

Broyeurs de couleurs 68

Fabricants de cartes d'Allemagne 13

Fabricants de cartes glacées 6

Ceinturonniers 2

Parfumeurs 2

Potiers de terre 54

Faïenciers 7

Affineurs 25

Fondeurs de plomb 14

Etameurs 8

Fabricants de potée d'ctain 4

Ferblantiers 4

Joailliers, orfèvres, bijoutiers 4

Fondeurs dits de cuivre 2

Fondeurs de bronze 1

Ouvriers des fonderies de caractères 52

Imprimeurs 12

Ouvriers des fabriques de plomb de chasse. ... 11

Total 1163

(1) J'ai observé de 1831 k 1839 tous ces Cas de colique saturnine à l'hôpital de la Charité , à l'exception de neuf qui ont été recueillis en ville ou dans d'autres hôpitaux de Paru.

CAUSES. Ç)3 frofumions. hombrb dbs uuidis.

Report. . ' 4163

Lapidaires. . 35

Tailleurs et polisseurs de cristaux. ...... 3

Ouvriers des manufactures de glaces 2

Ouvriers des fabriques d'acétate de plomb. ... 4

Ouvriers des fabriques de nitrate de plomb. ... 3

Ouvriers des fabriques de chromate de plomb. . . 3

Total général 1213

DES PROFESSIONS AUTRES QUE CELLES MENTIONNÉES AU PRÉ- CÉDENT TABLEAU, QUI ONT DONNÉ NAISSANCE A LA COLIQUE SATURNINE (1).

Ouvriers des mines de plomb.

Ouvriers des fabriques de litharge.

Ouvriers chauffeurs des bateaux à vapeur.

Vitriers.

Porcelainiers.

Verriers.

Fabricants d'émaux.

Pharmaciens.

Ces tableaux indicateurs des professions dans lesquelles on a vu des ouvriers être atteints de la colique saturnine , nous offrent un résumé des principales positions au milieu desquelles l'homme se trouve ordinairement placé, lorsqu'il contracte cette affection. Probablement qu'il existe encore d'autres professions qui , très-rarement , donnent naissance à la

(1) Nous avons trouvé dans les auteurs des exemples authentiques de colique de plomb Survenue chei ces ouvriers. Et les rapports directs que nous avons pu avoir avec quelques-uns de ces individus, ou notre correspondance avec les médecins, etc. , des pays où sont établis ces ouvriers, nous permettent d'affirmer qu'ils peuvent être atteint» de la solique de plomb,

g4 colique saturnine.

colique de plomb. Malgré tous nos moyens d'investigation,

nous n'avons pu les découvrir, soit à Paris , soit dans d'autres

pays.

L'hôpital .de la Charité de Paris reçoit indistinctement des individus de toute espèce de professions qui sont atteints de colique saturnine , et qui viennent de préférence se faire traiter dans cet établissement , attirés qu'ils sont par la célébrité de son antique traitement. C'est ce qui fait que notre tableau indique d'une manière assez précise la fréquence relative de cette maladie , considérée par rapport aux professions qui existent à Paris.

Plus de douze cent quatre malades affectés de colique saturnine sont venus sans doute à la consultation, ou ont été reçus dans les salles de la Charité , pendant le cours des huit dernières années qui viennent de s'écouler. Quelquesuns ont du échapper à notre examen ; mais ceci s'applique indistinctement aux malades des divers étals.

La Charité reçoit un plus grand nombre de malades atteints de colique saturnine que tous les autres hôpitaux de Paris réunis.

Il serait impossible , avec les seules indications fournies parles registres de la Charité, d'établir un relevé pareil au nôtre, sans commettre les plus graves erreurs; cette source est en effet très-infidèle. Ainsi, par exemple , tous les ouvriers des fabriques de céruse et de minium n'y travaillent qu'accidentellement, parce qu'ils ne peuvent, faute d'ouvrage momentané, se livrer aux travaux de leur profession habituelle. Il suit de là que lorsque ces individus , la classe laplus nombreuse des malades , arrivent à la Charité atteints de colique saturnine, presque toujours ils se font inscrire sur les registres de l'établissement avec l'indication de leur ancien métier, maçon , terrassier, plâtrier, chaussonnier, commissionnaire, instituteur, distillateur, marin, soldat, etc.

CAUSES. g5

Dans les relevés qu'on ferait avec de pareils renseignements, on accuserait à tort l'une de ces professions d'avoir produit une maladie qu'elle n'a pu déterminer. Ce sont ces données inexactes, fournies par les registres de la Charité, qui ont fait croire h M. Mérat et à quelques autres observateurs , qu'une infinité de substances étrangères au plomb peuvent produire la colique saturnine. Pour soutenir l'exactitude de celte proposition , ce médecin distingué n'a pu se fonder sur une seule observation qui lui fût propre.

Tous les ouvriers que nous avons vus atteints de la colique saturnine s'étaient trouvés en contact avec le plomb d'une manière quelconque. Chez quelques-uns d'entre eux, comme les ouvriers des manufactures de glace , les ferblantiers , les. fondeurs de cuivre, qui manient principalement dans leurs travaux le mercure, le fer, le cuivre , on pourrait, au premier abords attribuera ces métaux le développement de la colique. Mais que l'on interroge ces individus avec soin , que l'on visite leurs travaux, et on s'apercevra bien vile qu'une petite quantité de plomb se trouve associée aux diverses autres substances qu'ils manient, et auquel on doit rapporter l'empoisonnement saturnin. Dans chacune de ces professions on pratique plusieurs opérations ; nous prouverons par la suite que les seules dans lesquelles l'ouvrier emploie du plomb , occasionnent la colique saturnine, tandis que celles où il travaille seulement un des métaux précités sans addition de plomb , ne donnent jamais lieu à cette affection. C'est pour n'avoir pas fait cette enquête avec assez d'exactitude que quelques auteurs ont affirmé que le mercure, le cuivre et le fer pouvaient produire la colique. Jamais ces substances, travaillées sans mélange de plomb, n'ont produit une seule fois une colique semblable à celle que le plomb fait naître.

Toutes les fois donc qu'on verra une maladie du ventre ,

q6 colique saturnine.

qui aura la même physionomie que celle produite par le plomb , quand bien même on ne découvrirait pas de suite la cause toxique , qu'on se garde bien de prononcer qu'on n'a pas affaire à une affection saturnine; car à force d'investigations , on finira toujours par découvrir que le malade s'est trouvé d'une manière quelconque en contact avec le plomb.

Une femme est reçue à l'hôpital de la Charité dans le service de M. Rayer ; elle est affectée d'une maladie ayant la ressemblance la plus parfaite avec la colique saturnine. Mais cette malade est portière, et affirme n'avoir fait usage d'aucun médicament depuis cinq à six ans , n'avoir point habité de pièces nouvellement peintes , et n'avoir jamais travaillé le plomb. En un mot, toutes nos questions ne purent découvrir qu'elle eût été en contact avec le plomb. Ce fait me paraissant fort extraordinaire , je pris toutes les précautions pour arriver à la découverte de la cause de cette colique; je me transportai au domicile de la malade , rue des Pelits-Augustins. Elle habitait un entresol , dont le plancher en mauvais état était troué clans une infinité de points. Immédiatement au-dessous du plancher, au rez-de-chaussée, se trouvait le laboratoire d'un parfumeur; on y broyait et on y tamisait quelques livres de céruse au commencement de chaque mois, pour l'incorporer dans divers cosmétiques , pommades, etc. Pendant cette opération, une partie de l'air du laboratoire, charge de particules de céruse, passait facilement a travers les fissures du plancher de l'entresol où habitait notre malade.

Il n'était donc pas étonnant que cette femme , à la suite du contact avec le sous-carbonate de plomb, fût atteinte de colique saturnine. Je le demande, si ce fait eût été observé par un clinicien qui n'eût pas mis autant d'importance et de soins que nous à rechercher la cause de cette colique,

scrait-il parvenu h la reconnaître ? Non certainement. Il se serait cru en droit d'affirmer, d'après les réponses de la malade , qu'une colique semblable à la colique saturnine pouvait se développer chez les individus qui ne se sont jamais trouvés en contact avec le plomb; et tout le monde, après lui, eût répété la même assertion. Ainsi se fût propagée l'erreur , à la suite d'un examen non suffisamment approfondi. Les gencives et les dents de cette malade se trouvaient , dans une petite portion de leur étendue , recouvertes de sulfure de plomb. Cette coloration, si elle eût été remarquée, aurait pu faire affirmer, de prime abord, que celte femme s'était trouvée en contact avec le plomb , et que sa maladie pouvait être rapportée à ce poison, qui, certainement, s'était introduit dans son économie. (Voy. page 6. )

Ouvriers des fabriques de céruse.

Dans les pays étrangers où l'on fabriquait uniquement autrefois la céruse , on ne nous a pas transmis de renseignements précis, propres a nous faire regarder cette profession comme occasionnant plus ou moins fréquemment la coliqw.

Les premières fabriques de céruse, ou de sons-carbonate de plomb, furent établies en France vers l'année 1791 par Chaillot, de Paris. Dès lors la colique de plomb devint dans notre pays une maladie beaucoup plus fréquente qu'auparavant.

Les fabriques de céruse les plus renommées, établies en France, sont celles do Clichy et de Gourbevoie, près Paris, de Lille, Strasbourg, Orléans, Lyon, Dnnkerque, Marseille, Pézenas et Nantes; le nombre des ouvriers qui y travail' lent s'élève tout au plus a cinq cents, hommes, femmes ou enfants.

C^8 COLIQUB SATURNINE.

L'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre possèdent aussi un assez grand nombre de fabriques de céruse.

Dans toutes les manufactures de céruse de l'Europe, on fabrique une quantité énorme de sous-carbonate de plomb; car cette substance est employée journellement dans les arts, puisqu'elle fait la base de presque toutes les peintures à l'huile.

En 1801, c'est-à-dire à l'époque où nous avons commencé nos recherches sur les maladies saturnines , cinq fabriques de céruse existaient dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise. Les ouvriers qui tombaient malades étaient dirigés sur les hôpitaux de Paris , et surtout sur celui de la Charité.

Clichy employait

Le Pecq, deux fabriques,

Conrbevoie

Port-à-1'Anglais, ou Vaugirard

Aujourd'hui et depuis quatre ans , les deux fabriques du Pecq ont cessé d'être en activité, ainsi que celles du Port-àl'Anglais et de Vaugirard; restent les deux fabriques de Courbevoie et de Clichy, d'où nous viennent actuellement nos malades cérusiers.

Les fabriques de céruse des environs de Paris ne marchent pas toute l'année ; il y a des mois entiers où à peine quelques ouvriers y sont employés pour le mouvement commercial.

Comment se fait-il donc que la classe d'ouvriers cérusiers, si peu nombreuse à Paris, fournisse une quantité de coliques saturnines égale au tiers de celle de la population totale de tous les autres états qui emploient le plomb, quelque im-

ouvriers

CAU9KS. 99

mcnsc qu'elle soit d'aillours ? d'où vient cette fréquence si étonnante do la maladie dans cette profession?

On en trouve la raison dans la nature de la cérusc et des travaux de fabrication.

Le sous-carbonate de plomb ne peut se vaporiser. Mais il est facilement réduit en une poussière excessivement fine , par le seul maniement. Le frottement, la percussion, le grattage, le broiement, en un mot toutes les opérations qui ont pour but de rompre l'agrégation de ses molécules, ont la propriété de le diviser en corpuscules tellement légers, qu'ils se disséminent avec la plus grande facilité dans l'atmosphère.

Les procédés les plus ordinaires que l'on emploie pour fabriquer la cérusc , sont les suivants : procédé hollandais, procédé français, procédé Heôoul ou d'Autriche , procédé Torassa et Walkervood,

Le procédé hollandais, le plus anciennement connu, se compose de la série suivante d'opérations , qui no semblent pas exercer la môme influence délétère sur la santé des ouvriers.

On commonce par faire fondre dos saumons de plomb dans un vaste fourneau; puis on coule dans des moules de fer la matière fondue , de manière à lui donner la forme de lames minces.

La seconde opération consiste h faire les couches. Pour cela, sur une première couche de fumier, on place des vases de terre coniques, renfermant du vinaigre, qu'on recouvre d'une lame mince de plomb. On ajuste ensuite une planche de bois , sur laquelle on applique encore une couche de fumier. Au-dessus de celte couche de fumier, on établit une nouvelle série de pots contenant du vinaigre, et recouverts d'une lame de plomb. On élève ainsi successivement plusieurs couches, les unes au-dessus des autres.

100 COLIQUE SATURNINE.

On conçoit facilement que la fermentation du fumier ayant lieu, il y ait dégagement d'acide carbonique, dont l'accès dans les vases est facile par les petites ouvertures ménagées au moyen de chevilles, placées entre la lame de plomb et le pot de vinaigre ; alors , sa combinaison avec le plomb se fait graduellement , aidée d'ailleurs par les vapeurs d'acide acétique, que détermine l'élévation de la température , et par la transformormation préalable du métal en acétate de plomb.

Au bout d'un mois environ , aussitôt que la surface du plomb a été convertie en grande partie en sous-carbonate de plomb, on sépare ce sous-carbonate du métal non attaqué, en frappant les lames avec une massue en bois; c'est le battage des couches.

Le battage des couches ne détache pas tout le carbonate des lames de plomb. Les ouvriers font encore avec leurs mains ce triage. On appelle cette opération épluchage.

Le plomb qui n'a pas été transformé en sous-carbonate est fondu de nouveau, pour pouvoir être remis en couche; refonte de petit plomb. Cette opération n'est point faite ordinairement dans les fabriques de céruse ; on la pratique dans les fonderies de plomb.

On fait passer le carbonate ainsi détaché à travers le moulin , puis au bluttoir , tamis , où il est pulvérisé.

Quelquefois la céruse ainsi broyée est introduite et tassée dans des barils, pour être immédiatement livrée au commerce.

Le plus souvent, la partie la plus fine de la céruse est ramassée et délayée avec de l'eau; la pâte qui en résulte est de nouveau broyée par des meules horizontales ; c'est ce qu'on appelle le travail des meules.

On entasse dans les pots la céruse humide, pâteuse, triturée suffisamment ; cette opération s'appelle faire les pots.

Les pots de céruse sont transportés dans une étuve, à la

chaleur de laquelle ils sont exposés. Lorsque la dessication du sous-carbonate est complète , on le retire des pots , et on l'enveloppe dans du papier, pour être enfin livré au commerce.

Dans toutes ces opérations , il y a un dégagement plus ou moins considérable de poussière saturnine. Aussi, lorsqu'on entre dans ces fabriques , on aperçoit ces molécules qui voltigent dans l'air ; l'odeur de céruse et le goût sucré ou styptique qu'on ne tarde pas à percevoir, la coloration prompte des dents et des gencives des ouvriers par du sulfure de plomb, servent à constater la pénétration de ces émanations par les voies respiratoires et digestives.

Des expériences chimiques ont prouvé l'existence des particules ou émanations de céruse dans l'atmosphère des fabriques de carbonate de plomb , lorsqu'on ne pouvait les apercevoir à l'œil nu. Cette démonstration a été faite de la manière suivante , par M. Arthur Dunns : « il fit placer sur un banc de sable et chauffer à la même température que l'étuve de son établissement , qui ne dépasse jamais 1 5o° Fahr. , environ 5j Ce, un vase contenant i4 kilog. de sous-carbonate de plomb humecté. Au-dessus était fixé, a la distance de 8 à 1 2 pouces , un soufflet dont le tuyau était introduit dans un tube de verre vert, contenant 12 onces d'eau distillée, acidulée avec deux gros d'acide nitrique. Alors le soufflet fut mis en action } de manière à ce que l'air chargé de l'humidité dégagée du plomb , passât en courant continu à travers le liquide ; cette opération dura six heures. Après quoi , la \ liqueur fut évaporée à siccité dans un vase de platine. Le résidu fut dissous dans une once d'eau distillée avec deux goût- tes d'acide nitrique. M. Dunns fit passer dans cette solution un courant de gaz hydrogène sulfuré, qui y produisit aussitôt un précipité noir, recueilli sur un filtre, lavé et traité par l'acide nitrique , pour décomposer le soufre. Alors, l'emploi

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de l'hydriodate de potasse ne permit plus de douter de la présence du plomb. »

« Une autre expérience fut faite en même temps avec le même appareil, mais avec cette différence qu'on ne fit pas passer un courant d'air à travers le liquide , qui , traité ensuite par l'acide sulfydrique, ne donna pas la moindre trace de plomb. Cependant, après qu'il eut été évaporé à siccité , et qu'on l'eut traité, comme dans l'expérience précédente , par l'hydryodate de potasse , la formation d'un précipité jaune très-peu abondant prouva de nouveau l'existence du plomb. Il n'est donc pas permis de douter que c'est par l'intermédiaire de l'air atmosphérique que Ce sous-carbonate a passé dans la bouteille, qui était simplement placée à côté de celle que l'on faisait traverser pAr un courant d'air. M. Dunns fait observer que la température du laboratoire était de 70 à 8o° Fahr. (21, i 1 à 26, 67 Ce), et que les portes en avaient été tenues fermées , afin que l'air fût aussi chargé que possible de la vapeur de plomb. » (Julia de Fontenelle, Journal de Chimie médicale, 1837, t. 3, 2e série.)

Presque toute la surface du corps des ouvriers se trouve recouverte de particules de céruse. Souvent on les aperçoit sous forme d'une crasse plus ou moins épaisse. Quelquefois le sous-carbonate de plomb est divisé en une poussière blanche si fine , qu'on ne l'aperçoit pas à l'œil nu dans les sillons de la peau où il se trouve logé et fortement adhérent. Mais si l'on touche ces points avec une eau sulfureuse , on obtient de suite une couche de sulfure de plomb. Combien de fois n'ai-je pas eu l'occasion de voir des cérusiers à peau blanche et fine , qui avaient fait usage, par mesure de propreté, de bains simples ou savonneux , et chez lesquels on ne pouvait découvrir aucune molécule toxique dans les rides ou enfoncements de l'épidémie ! mais venaient-ils à se baigner dans un bain sulfureux, aussitôt la peau se recouvrait d'une cou-

che noire de sulfure de plomb. Celte coloration était surtout marquée aux ongles , à la partie antérieure des cuisses , au niveau de la fourchette du sternum, au thorax, à l'ombilic, et a la face palmaire des mains.

En été, lorsque les cérusiers font usage, pour se désaltérer, d'une eau qu'ils conservent dans leur atelier, ils éprouvent quelquefois les symptômes de la colique , un ou deux jours après avoir fait usage de cette boisson ; cette eau se charge en quelques heures de particules de céruse , qu'on reconnaît à une légère couche blanchâtre déposée à sa surface. On a observé dans certaines fabriques de céruse qu'en empêchant les ouvriers de boire dans l'atelier, un moins grand nombre d'entre eux tombait malade.

La fonte et la réduction du plomb en lames offrent trèspeu de danger. Pendant ce travail , une petite quantité de molécules saturnines s'échappent du bain de plomb et se répandent dans l'air. Le fondeur touche fréquemment ce métal avec les mains.

La formation des couches n'occasionne jamais la colique saturnine. L'ouvrier manie le métal, mais aucune particule toxique ne vient à se disséminer.

Lorsqu'on enlève , a l'aide de brocs ou de fourches , le fumier, c'est-à-dire les couches , une quantité considérable de molécules de céruse vient h voltiger dans l'atmosphère de l'atelier. Assez souvent, le lendemain de cette opération, plusieurs ouvriers tombent malades.

Les postes regardés comme les plus dangereux par les ouvriers, les contre-maîtres et les fabricants , sont le battage des couches, le passage au moulin ou au bluttoir, tamis, et le tassement dans les barils. Pendant ces opérations, les ouvriers plongent au milieu d'une atmosphère de poussière de céruse , h laquelle donnent lieu les manutentions du carbonate de plomb. Souvent aussi , il leur arrive

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de manier la céruse , par exemple , dans l'opération de l'épluchage.

Le broiement de la céruse humide par les meules expose beaucoup moins à contracter la colique que les opérations précédentes. La céruse se dissémine moins dans l'air ; mais les mains de l'ouvrier en sont fréquemment enduites.

Le séchoir ou l'étuve est encore un poste fort dangereux. La chaleur, l'empotement et le dépotement contribuent à charger l'air de particules toxiques. Les ouvriers qui sont employés à ces travaux mettent souvent la main a la céruse.

Il est difficile d'apprécier, à sa juste et exacte valeur, toute l'étendue de la puissance relative de chacune de ces opérations pour la production de la colique. En effet , dans ces établissements , les ouvriers changent fréquemment d'occupations , et sont alternativement placés aux postes regardés, à tort ou à raison , comme les plus dangereux.

Ensuite, un assez grand nombre de ces ouvriers, ne travaillant qu'accidentellement la céruse, faute d'autres ouvrages , quittent ces établissements au bout de huit , quinze jours ; de façon qu'on n'a pas toujours le temps d'apprécier sur eux l'influence de telle ou telle opération de fabrication dont ils sont chargés. Enfin , une grande partie de ces opérations s'effectue dans la même pièce ; il arrive que tous les ouvriers qui y travaillent , quelle que soit leur occupation , sont soumis en partie au contact de la même quantité d'émanations; par conséquent , ce n'est plus l'opération particulière dont ils sont chargés qui peut les rendre malades , mais toutes celles réunies dans ce même atelier.

Cependant, en réunissant le témoignage des fabricants et des ouvriers; à ce que nous avons pu voir par nous-mêmes dans ces établissements, nous sommes persuadé de l'exactitude de ce que nous venons d'avancer au sujet du dan-

ger relatif qu'entraîne à sa suite chacune des opérations du procédé hollandais. Plusieurs fois, nous avons vu des ouvriers être exempts de la maladie , pendant qu'ils ne travaillaient qu'aux ouvrages que nous avons signalés comme les moins dangereux; venaient-ils à être occupés a ceux qui déterminent la dissémination d'une plus grande poussière, alors ils étaient attaqués de la colique.

Le procédé français diffère du procédé hollandais. Le premier est suivi à Clichy, et le second à Courbevoie, près Paris.

Le procédé français consiste à faire attaquer le protoxide de plomb fondu ( litharge ) , par l'acide acétique impur (vinaigre), et à faire passer à travers la solution aqueuse d'acétate de plomb qui en résulte , un courant de gaz acide carbonique.

Quatre opérations résultent, en quelque sorte, de ce mode de préparation.

i°. D'abord, la saturation du vinaigre par la litharge; pour obtenir ce résultat , on dépose de la litharge , réduite en poussière très-fine, et du vinaigre dans un réservoir circulaire d'une énorme capacité, qui laisse aux mélanges le temps de se combiner; puis le liquide ou sous-acétate de plomb, formé après précipitation d'un excès d'oxide, est transvasé dans un autre réservoir au moyen de tuyaux de communication.

2°. L'acide carbonique se dégage d'un foyer de charbon de bois , pour se rendre ensuite à travers des tuyaux de communication dans celte autre cuve dite à précipiter, où nous avons laissé le sous-acétate de plomb. Là s'opère la combinaison de l'acide carbonique avec une grande partie de l'oxide de plomb de l'acétate. Pour opérer la séparation de l'acide acétique et de l'acétate liquide non décomposé du

106 COLIQUE SATURNINE.

carbonate, on a recours à l'opération du brassage; l'ouvrier, avec un rabot , imprime à la masse entière un mouvement de va et vient , qui contribue à séparer les parties solides d'avec les parties liquides. Puis on évacue l'acide acétique et l'acétate de plomb en ouvrant les robinets adaptés à la cuve.

58. Le carbonate de plomb ainsi obtenu, humide et retenant encore de l'acétate de plomb non décomposé, est transporté sur de vastes égouttoirs , au moyen d'une pompe foulante et aspirante. Là , on a encore recours à l'opération du brassage ; à l'aide de ce travail , l'acétate s'écoule par des canaux pratiqués sur les parois des égouttoirs , tandis que la céruse reste à l'état solide.

4°. On fait passer ensuite la céruse au filtre, pour la laver ot la purifier le plus possible.

C'est alors qu'à l'état de pâte molle, on la met dans des pots qu'on soumet à une douce chaleur dans une étuve , afin de la faire sécher pour la livrer au commerce. Si au lieu de la laisser en pain, on veut l'obtenir en poudre, on la fait passer au moulin, puis au tamis, et on l'embarille.

L'acide carbonique, toujours en excès dans les appareils , se dégage des cuves, etc., dans l'atelier, malgré les cheminées d'appel. Plus lourd que l'air, il gagne les couches inférieures , qui sont en contact avec les organes respiratoires et digestifs de l'ouvrier. Ce gaz entraîne avec lui des parcelles très-ténues d'acétate et de carbonate de plomb , faciles à reconnaître par une odeur caractéristique et le goût styp tique , astringent, de l'air qu'on respire dans l'atelier.

Ce dégagement de gaz acide carbonique et d'émanations de plomb a surtout lieu en quantité considérable , lorsqu'on ouvre la cuve à précipiter pour brasser et transporter le carbonate sur les égouttoirs. Dans ce moment, l'ouvrier se trouve enveloppé d'un épais nuage de gaz et de molécules

saturnines. L'opération du brassage contribue aussi a la dissémination des molécules do plomb et dos gaz.

Uno opération qui semble encore fort dangereuse est le nettoyage des pots qui contenaient antérieurement de la céruse. Pendant ce nettoyage, qui s'opère on raclant la céruse sèche ot adhérente aux parois des vases , l'ouvrier est exposé à une grande quantité de poussière saturnine. Ses vêtements , sa figure, ses membres en sont couverts. Une fois les pots nettoyés, l'ouvrier empote la céruse humide; alors le danger n'est plus le même.

Le séchoir ou étuve peut aussi être considéré comme trèspernicieux. La grande quantité d'eau que contient toujours la céruse de Clichy se vaporise facilement à une température aussi élevée que celle de l'étuve. Cette eau, en se volatilisant, entraîne avec elle dans l'atmosphère des molécules de céruse et d'acétate de plomb non décomposé. Il suffit de se tenir quelques minutes dans le séchoir pour percevoir une forte odeur d'acétate et de carbonate de plomb.

Le broiement , le tamisage , l'embarillement de la céruse de Clichy sont également des opérations très -dangereuses, et s'exécutent de la même manière que dans les fabriques où l'on obtient la céruse par le procédé hollandais.

Enfin , les mains des ouvriers baignent souvent dans la solution d'acétate de plomb. On a remarqué h Clichy que le filtrage et le lavage de la céruse n'étaient pas suivis des mêmes dangers que les autres opérations de fabrication.

Montgolfier avait proposé un moyen de faire le blanc de plomb en se servant de métal, de vinaigre, d'acide carbonique et d'air. A cet effet il établit, par le moyen d'un tuyau , une communication entre un fourneau allumé et un tonneau rempli d'une certaine quantité de vinaigre , et qui communique d'ailleurs , par le moyen d'un autre tuyau , avec

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une boîte remplie de lames de plomb coulées et uon-laminées. L'acide carbonique provenant de la combustion du charbon se rend dans le tonneau, se charge de vapeurs de vinaigre , et de là arrive dans la boîte où se trouvent les lames. Celles-ci sont promptement attaquées; il en résulte, comme dans le procédé hollandais, un mélange d'acétate et de carbonate , que l'on sépare par les lavages.

A Krems , ou plutôt près de Vienne , c'est aussi en exposant le plomb à la vapeur de vinaigre qu'on prépare le blanc de plomb. Mais les pots ne sont pas entourés de fumier, comme dans le procédé hollandais ; on les élève artificiellement au degré de température convenable pour transformer les lames de plomb en carbonate. (Bull, de Pharm. , t. I. Cadet- Gassicourt. )

Le procède de M. Reboul, de Pezenas , qui diffère de celui de Hollande et de celui de Clichy, se rapproche d'un procédé usité en Autriche. Voici en quoi il consiste : Des lames de plomb très-minces , roulées en spirales , sont empilées dans un cuvier plein de vinaigre distillé ; on les retire ensuite pour laisser à l'air le moyen d'agir sur le plomb ainsi humecté.

Puis ces lames sont placées dans des caisses de bois de sapin à fond garni d'un grillage, et disposées par piles de sept à huit, les unes au-dessus des autres, dans une éluve. La base de chaque pile est un réservoir muni d'un tuyau d'écoulement, qui traverse la cloison de l'éluve.

Un fourneau est établi au milieu de l'étuvc , qui est recouverte d'un plancher percé de plusieurs ouvertures , correspondantes à chaque pile.

Tous les matins, on arrose les caisses supérieures de chaque pile avec du vinaigre distillé, ou avec du vinaigre tenant déjà

du plomb en dissolution. Après l'arrosage général, les trous sont formes au moyen d'une trappe.

Au bout de quatre ou cinq semaines, la majeure partie du plomb des caisses est convertie en sous-carbonate, que l'on sépare à l'aide du lavage et de l'agitation dans l'eau. Cette opération s'effectue dans des barils de bois totalement fermés, contenant des cailloux de quartz. ( Ann. d'Hyg. et de M éd. lég. , t. xv.;

Le procédé de fabrication de la céruse que suivent MM. Torassa et Walkervood consiste à réduire d'abord le plomb en grenaille, et à placer cette dernière avec une quantité suffisante d'eau, dans une caisse doublée en plomb, ouverte en dessus et suspendue par des tourillons dans un bâti.

On imprime à cette caisse un mouvement alternatif de bascule, qui détermine un frottement mutuel des grains de plomb , assez énergique pour détacher de petites particules de plomb pulvérulentes, qui se mêlent avec l'eau. Après avoir enlevé et filtré ce mélange d'eau et de plomb, on l'expose, en le remuant continuellement pendant huit a dix jours , à l'action de l'air. Le plomb ne tarde pas alors à s'oxider, puis à se transformer en sous-carbonate, à l'aide de l'acide carbonique de l'air, sans qu'on ait besoin de faire usage d'acide acétique , sans employer non plus ni la chaleur ni des appareils dispendieux. Si la céruse formée retenait encore de l'humidité , on la ferait sécher avant de la mettre en pain.

Les manipulations relatives au moulage, à la dessiccation et au broyage de la céruse fabriquée suivant les procédés Mongolfier, d'Autriche, Reboul, Torassa, n'ont rien qui ne leur soit commun aux fabriques par le procédé hollandais.

110 COLIQUE SATURNINE,

Les avis sont fort partagés sur la plus ou moins grande facilité que comporte avec lui chaque procédé do fabrication pour donner naissance a la colique de plomb.

Chaque fabricant affirme à priori , sans analyse comparative, que son procédé est le moins dangereux; et les médecins, ne suivant point ordinairement les ouvriers dans ces fabriques, ne peuvent que s'en rapporter au dire de chaque directeur. Nous avons assez fréquemment visité les fabriques de Clichy et de Courbevoie , et interrogé les ouvriers qui en sortaient malades , pour pouvoir indiquer d'une manière positive la fréquence relative, c'est-à-dire la proportion des individus affectés de colique, dans l'un et l'autre de ces établissements , où l'on prépare la céruse par les procédés français et hollandais.

Sur nos quatre cent sixcérusiers, deux cent quatre-vingtquatorze avaient travaillé àClichy, quatre-vingt-huit à Courbevoie , cinquante au Pec, et vingt au Port-à-1'Anglais ou à Vaugirard. Si l'on se rappelle que Clichy emploie à peu près trois fois plus d'ouvriers que Courbevoie, on n'est pas étonné que cette dernière fabrique ait envoyé a la Charité a peu près trois fois moins de malades. Les autres fabriques, n'ayant continué leur fabrication que pendant deux à trois ans , et le nombre des ouvriers variant sensiblement d'une semaine à l'autre , on ne peut établir aucun calcul positif relativement au nombre proportionnel des malades qu'elles ont fournis.

Les cérusiers qui fabriquent le sous-carbonate de plomb , suivant les procédés français ou hollandais, contractent tous la colique saturnine après un séjour dans ces établissements, qui varie depuis trois jours jusqu'à six ans.

Les ouvriers malades, que nous avons observés, venant de Clichy, ont travaillé cinquante-un jours, terme moyen, avant d'être atteints de colique; ceux de Courbevoie ont quitté après cinquante-sept jours de travail.

Gette différence dans le nombre de jours que les ouvriers ont travaillé dans chaque établissement est assez considérable pour qu'on puisse affirmer d'une manière positive que dans l'une de ces fabriques l'ouvrier se trouve plus vite frappé par la colique ; cependant on ne peut pas en conclure que le procédé français, en lui-même, soit plus dangereux que le procédé hollandais, car il existe, en dehors de ces modes de fabrication des circonstances qui en font varier le danger relatif.

Ainsi, à Clichy, on fabrique vingt fois plus de céruse qu'à Courbevoie. Mais ne doit-il pas arriver que l'établissement où l'on travaille le plus en grand la céruse , soit celui où les ouvriers tombent plus promptement malades?

Ensuite, à Clichy, toutes les opérations de fabrication s'effectuent dans la même pièce; tous les ouvriers sont en contact avec les émanations provenant de la céruse totale qui se fabrique dans un seul atelier. Au contraire, à Courbevoie, les opérations se pratiquent dans àcs pièces séparées; les ouvriers ne sont donc point exposés au contact de toute la poussière de l'établissement. Cette disposition différente de ces fabriques doit nécessairement influer considérablement sur la santé des ouvriers.

Ce qui prouve la véracité des propositions précédentes, relatives au danger de ces procédés de fabrication , e'est que depuis un an, à Clichy, on fabrique une petite quantité de céruse suivant le procédé hoDandais, dans le même atelier que la céruse par le procédé français ; j'y ai remarqué qin.e les ouvriers étaient toujours plus tôt atteints de la colique que ceux de Courbevoie. Il est probable aussi que la céruse de Ciichy, obtenue par le procédé français, étant plus légère que celle de Courbevoie , car elle contient de l'acétate de plomb en plus grande quantité, cette légèreté spécifique doit aider un peu à sa dissémination dans l'air, et par suite , favoriser son absorption par les voies digestives et respiratoires.

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Aussi at-on remarqué dans les diverses professions (peintres en bâtiments , etc.) où l'on emploie la céruse en grande quantité, que celle de Clichy occasionnait plus fréquemment et plus facilement la colique que celle obtenue à l'aide du procédé hollandais.

Ainsi on peut dire, d'une manière générale, que les procédés hollandais et français contribuent très-promptement à faire naître la colique de plomb. Néanmoins , nous pensons que si la quantité de céruse fabriquée , le nombre des ouvriers, la disposition des ateliers, etc., étaient les mêmes dans deux fabriques de céruse, l'une française, l'autre hollandaise, les ouvriers de la première tomberaient moins promptement malades que ceux de la seconde , quoique la céruse française soit plus pernicieuse à employer que la céruse hollandaise.

Les autres procédés de fabrication de la céruse n'étant point mis en usage à Paris ou dans les environs , nous n'avons pu nous assurer par nous-mêmes de leur danger plus ou moins grand, comparativement aux autres.

M. Reboul, de Pezenas, dans une lettre adressée à M. Chevalier (Ann. d'Hyg. et de M éd. lég., t. xv), affirme que dans l'espace de neuf ans , il n'y a pas eu , dans sa fabrique, un seul ouvrier atteint de colique de plomb ; et il attribue ce résultat, en grande partie , à son procédé. Quoique cette assertion paraisse énormément exagérée, il est cependant permis de croire que dans cet établissement, la colique doit cire moins fréquente que dans ceux de Clichy et de Courbevoie. En effet , les ouvriers peuvent éviter le contact d'une grande partie des émanations des sels de plomb , et de respirer l'air chargé des poussières de ces sels, puisque la céruse se prépare dans des étuves , où il s'agit de n'entrer, pour en retirer le produit, que lorsqu'elles sont bien refroidies et aérées.

La céruse retirée de ces étuves, étant à l'état pâteux, n'a

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pas besoin d'être broyée , mais seulement lavée, puis séchée et empaquetée. Voila les seules opérations qui peuvent faire voler la poussière saturnine dans l'air, ou mettre ces substances en rapport avec la peau. Ce procédé , qui semble moins exposer l'ouvrier au contact des émanations saturnines, devrait être suivi par un médecin instruit, qui pourrait nous donner des renseignements utiles et nous apprendro s'il expose plus rarement les ouvriers à contracter la colique.

Ce que nous venons de dire de la moins grande fréquence de la colique chez les ouvriers qui travaillent la céruse suivant le procédé Reboul, semble s'appliquer en partie aux ouvriers de l'établissement de MM. Torassa et Walkerwood.

D'après ce qui précède, nous pouvons affirmer que, parmi tous les ouvriers qui travaillent les préparations saturnines, les cérusiers sont ceux qui se trouvent le plus souvent atteints de colique de plomb. Les directeurs , contre-maîtres , chefs d'ateliers de ces établissements éprouvent eux-mêmes les atteintes du mal. 11 n'y a pas de profession où l'homme soit sans cesse entouré, de toutes parts, d'une aussi grande atmosphère d'émanations saturnines. Ces individus ne respirent , pour ainsi dire , que du plomb , et ils peuvent l'avaler à tout instant; il n'est donc pas étonnant qu'ils l'absorbent en quantité considérable et qu'ils soient très-souvent et trèspromptement affectés de la forme la plus fréquente de l'empoisonnement saturnin.

Si les ouvriers de toutes les autres professions saturnines viennent à travailler accidentellement à la fabrication de la céruse, ils sont beaucoup plus fréquemment atteints de colique que lorsqu'ils exerçaient leur premier métier. J'excepte seulement les ouvriers des fabriques de minium.

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Ouvriers des fabriques de minium.

Le plomb, est de tous les métaux connus, celui qui fournit le plus grand nombre d'oxides pour les arts. La variété et la vivacité de leurs couleurs, si nécessaires pour la peinture; la propriété qu'ils ont de rendre les huiles siccatives, cl de faire vernis; leur vertu fondante, ainsi que les autres propriétés qu'ils donnent aux verres, etc., etc., les ont fait préférer a tous les autres oxides , et en ont tellement multiplié l'usage, que leur préparation se fait en grand pour le service d'une infinité d'arts; aussi les individus que l'on rencontre atteints de colique, sont souvent des ouvriers des fabriques de massicot, de minium et de lilharge.

Tous ces oxides de plomb se réduisent, avec la plus grande facilité, en une poudre ou poussière , plus ou moins fine,, même impalpable, et ce, à l'aide de la percussion, du broiement et du frottement. Or, dans toutes les manipulations qu'on fait subir à ces substances, on les divise toujours en molécules très -ténues. Cette poussière atomique se dissémine très-facilement dans l'atmosphère, à l'aide surtout de courants d'air. Du reste ces oxides ne sont point volatils; seulement ils se dissolvent dans les acides , etc. Leurs molécules sont facilement entraînées dans l'air avec des gaz , des liqueurs volatiles , des vapeurs qui se trouvent en contact avec eux.

Plusieurs fabriques de minium sont établies en France; celle de M. Pécard Tachereau, établie à Tours, est l'une des plus considérables.

Le département de la Seine possède trois fabriques de minium ; ce sont celles de Clichy , de La Villette et de la rue

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d'Aval. Vingt ouvriers y sont seulement employés à la fabrication de cet oxide de plomb. Le nombre des malades atteints de colique saturnine est moins considérable que celui des cérusiers. Mais, comme nous le verrons plus tard, les ouvriers qui fabriquent le minium sont plus souvent atteints d'arlhraîgie saturnine que de colique; ce qui fait qu'ils sont plus souvent affectés d'une maladie de plomb, abstraction faite de l'espèce, que les cérusiers.

Les ouvriers employés h la fabrication du minium travaillent à peine, terme moyen, quarante-cinq jours avant de d'être attaqués de colique ou d'arlhralgie saturnine.

Les procédés de fabrication du minium exigent une série nombreuse de manipulations. Voici celui qui est suivi à la grande fabrique de Clichy.

On introduit dans un four h réverbère du plomb métallique en saumons. Le four reçoit une flamme vive qui fait fondre le métal ; c'est la calcination. La chaleur du fourneau, qui va jusqu'au rouge cerise foncé, provient d'un foyer alimenté avec du bois ou du charbon de terre. Lorsque le métal est fondu , le caicincur au moyen d'un ringard de fer, agile vivement le bain de plomb, afin de le convertir tout entier on une masse pulvérulente d'oxide de plomb. Pendant cette opération, qui dure sept à huit heures, l'ouvrier est sans cesse h la gueule du four, par où sort une forte fumée d'oxide et de métal réduits en poussière ou en vapeur. Cependant une partie de l'air et du gaz qui s'échappent du fourneau est reçue dans une longue cheminée, située sous la voûte, et qui transmet au loin une partie des émanations.

Lorsque le plomb paraît entièrement converti en oxide , on arrête le feu et on ferme îe four.

Le produit de la calcination demeure dans le four jusqu'au lendemain malin. Alors on l'enlève tout refroidi avec une longue pelle de fer, et on le transporte au moulin à la-

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ver. Mais ce transport de l'oxide pulvérulent contribue à répandre dans l'air une certaine quantité de poussière.

La laverie a pour objet de broyer le protoxide de plomb ou massicot, et de le séparer du plomb métallique auquel il est encore mélangé. Pour obtenir ce double résultat, un moulin à broyer est monté dans une cuve, où l'on fait arriver de l'eau, à l'aide d'une pompe aspirante. A mesure que le massicot est broyé , comme il est plus léger que le plomb , il s'en sépare, reste en suspension dans l'eau , avec laquelle on l'entraîne.

Aussitôt que le liquide du moulin perd sa teinte jaunâtre, pour commencer à noircir, on arrête lapompe. On fait écouler, par une ouverture pratiquée ad hoc, ce résidu, qui n'est autre chose que du plomb métallique , qu'on appelle dégrênage ; il est remis au four pour être calciné de nouveau. Cinq quarts d'heure ou une heure et demie suffisent ordinairement pour faire une lavée.

Lorsque les ouvriers ont soin de ne pas agiter le massicot en le plaçant dans la cuve, ils ne disséminent point de poussière saturnine pendant cette opération ; seulement ils ont souvent les mains dans la cuve de la laverie, où ils touchent sans cesse le massicot.

Quand le massicot a été bien broyé et bien lavé, on le transporte au séchoir, établi au-dessus du four à calciner. Pour cela , on élève tout autour un parapet de sept h huit pouces de hauteur, formé de quelques pièces de bois fortement unies. On verse dans cette espèce de bassin le massicot liquide, qui, au bout de deux à trois jours, se trouve suffisamment desséché. Pendant la dessiccation, une épaisse vapeur ou fumée, composée de nombreuses particules de massicot humide, s'élève de la fournaise. Aussi l'ouvrier, lorsqu'il enlève le massicot du séchoir, avant qu'il soit complètement

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