CAUSAS. 1 1 J
sec, se trouve au milieu d'un air saturé de molécules do plomb.
Le massicot, enlevé au moyen de pelles, est placé dans des cuvettes en tôle de fer. On procède ensuite a la seconde calcination , qui est particulièrement désignée sous le nom de réverbération. A cet effet, le caîcineur enfourne les cuvettes de manière à ce qu'elles soient superposées jusqu'à la voûte. On enlève, autant que possible, tout accès a l'air extérieur; c'est dans ce but qu'on ferme le registre de la cheminée , la gueule du four, les portes du cendrier et du foyer. Jusqu'alors, le caîcineur ne se trouve que très-peu exposé au contact des particules d'oxide de plomb. Mais le lendemain , en ouvrant le four, une assez grande quantité de poussière saturnine vient à se dégager , par suite des courants d'air qui se précipitent de tout côté dans le four.
On enlève les cuvettes qui contiennent un produit d'une couleur rouge déjà assez intense, qu'on appelle minium un feu ; c'est un mélange de protoxide et de deutoxide ; puis on le pulvérise dans un blutoir composé de deux cylindres placés l'un sur l'autre. Quoique cette machine à broiement soit entourée d'une boîte en bois , une assez grande quantité de poussière s'en échappe et entoure l'ouvrier.
Ainsi pulvérisé à sec , le minium un feu est réverbéré de nouveau , c'est-à-dire mis dans des cuvettes et passé au four, comme la première fois. C/est la cuisson qui le transforme en minium deux feux, ou minium du commerce.
Enfin, arrive la dernière opération que l'on fait subir au minium, avant de le livrer à la consommation ; je veux parler de l'embarillage ou de la mise en tonneau de cette poussière rouge. Sans cesse l'ouvrier, pendant ce travail , dissémine une grande quantité de poussière ou de particules saturnines , qui finissent par surcharger tout l'air ambiaitf.
Il existe une autre espèce de minium , connue dans le commerce sous le nom de mlnc-orangc ou minc-anglalse.
il8 COLIQUE SATURNINE.
C'est tout simplement de la céruse réverbérée deux ou trois fois, a la manière du massicot,
Les ouvrier j qui fabriquent le minium , touchent peu avec leurs mains cette substance. Ce n'est guère que dans la laverie , qu'ils manient sans cesse ce poison. Nos observations, conformes à celles des directeurs de ces fabriques, nous ont prouvé que cette opération était celle où les ouvriers étaient le moins exposés à contracter la colique saturnine. S'ils prennent des précautions pour ne point faire de poussière , et s'ils ne travaillent pas dans la pièce où se font les autres opérations , ils ne se trouvent point affectés de colique ; c'est ce que nous avons observé à la fabrique de M.Tourasse. L'ouvrier chargé uniquement, dans cet établissement, du broiement du minium à l'état humide , ne se trouve point atteint de colique.
Dans toutes les autres opérations, les ouvriers tombent malades. Plus la matière saturnine est réduite en poussière et en fumée, plus l'ouvrier se trouve fréquemment atteint de cette affection. Les opérations les plus dangereuses sont dans l'ordre suivant : l'embarillage , la pulvérisation , la première calcination, le séchoir et les réverbérations. Dans ces divers travaux, le poison se trouve surtout en contact avec les muqueuses des voies digestives et respiratoires, ainsi qu'avec la peau dans une assez grande étendue. Les ouvriers, en effet, se plaignent d'une saveur sucrée , d'une odeur spécifique , qui est celle du minium : leurs dents et leurs gencives se recouvrent de sulfure de plomb. Leur peau se trouve teinte en rouge par l'oxide de plomb.
Il est difficile d'apprécier à leur juste et exacte valeur les dangers de chacune des opérations de fabrication du minium, dans les^grands établissements comme celui de Clichy; car les ouvriers employés aux diverses manutentions travaillent dans la même pièce ; ils sont donc tous exposés aux émana-
CAUSES. 1IQ
lions provenant de tous les travaux réunis; ainsi on ne peut connaître qu'approxiniativcmcnt le danger de chacune des opérations. Dans les petites fabriques de minium, au contraire, comme celle de la rue d'Aval, chaque opération s'effectu< dans une pièce séparée des autres; alors on peut suivre facilement, et avec exactitude, le degré d'influence pernicieuse de telle ou telle opération.
Dans les deux fabriques de minium de Paris, dont j'ai pu suivre les travaux, j'ai vu pratiquer les mêmes opérations qu'à Clichy, à quelques modifications près de peu d'importance. Dans ces établissements , aussitôt la première calcination terminée, on fait tomber l'oxide sur un pavé uni , et on y fait Couler assez d'eau pour l'imbiber et le refroidir. Le moulin, pour broyer le minium dans l'eau, est le même que celui dont on se sert dans les fabriques de céruse hollandaise. Quant h la pulvérisation, elle se fait a l'aide d'un énorme cylindre; les ouvriers ne sont alors nullement préservés du contact des émanations.
La fabrique de minium de Clichy occasionne un nombre proportionnel de coliques beaucoup plus considérable que les deux autres fabriques de Paris , relativement au nombre d'ouvriers employés. En effet , à Clichy, la fabrication du minium s'exécute sur une bien plus grande échelle; et puis , dans deux pièces seulement, sepratiquent toutes les opérations; ces deux circonstances contribuent au développement fréquent de la colique. Dans les fabriques de MM. Tourrasse et Guizet , au contraire , chaque opération , pour la fabrication , se fait dans une pièce isolée; et le minium n'y est fabriqué qu'en quantité assez peu considérable. 11 résulte de tout cela, que l'ouvrier de ces établissements se trouve en rapport avec une quantité de plomb beaucoup moins considérable que celui de Clichy ; il n'est donc pas étonnant qu'il soit moins souvent atteint de colique.
120 COLIQUE SATURNINE.
Ouvriers des fabriques de massicot.
Lorsqu'on veut se procurer du massicot , il suffit , après l'avoir obtenu à l'aide de la calcination et du lavage, et l'avoir fait sécher complètement, comme pour le transformer en minium , de l'écraser et de le passer au tamis; les ouvriers qui le fabriquent sont exposés aux mêmes dangers que ceux qui travaillent le minium.
Ouvriers des fabriques de litharge.
La litharge s'obtient en faisant chauffer le plomb jusqu'au blanc. La fabrication de cette substance se fait ordinairement dans les fonderies de mines de plomb , parce que ces mines contenant presque toutes une quantité plus ou moins considérable d'argent, on l'en sépare parla coupellation, qui convertit le plomb en litharge. C'est dans un fourneau particulier, appelé fourneau à coupellation , que se fait cette opération. Il consiste dans un fourneau à réverbère , dont la marche est la suivante : Pendant que la flamme qui s'élève du foyer se trouve versée dans le fourneau, qu'elle traverse pour gagner la cheminée qui est vis-à-vis , deux gros soufflets dirigent sans cesse un courant d'air rapide sur le plomb argentifère en fusion, pour faciliter l'oxidation. La chaleur, portée au blanc, est entretenue à ce degré tant que dure l'opération.
A mesure qu'il se forme une couche d'oxide à la surface du bain , le calcineur l'écume , tire au dehors cette couche qu'il fait tomber sur le sol. Peu à peu, le plomb se convertit en litharge , tandis que l'argent conserve son état métallique, et finit par rester seul au milieu de la coupelle.
La litharge ainsi obtenue est broyée avec des pilons , puis
passée au taillis, et enibarillée , lorsqu'elle se trouve réduite en poudre très-fine.
Quelquefois on fond de nouveau la litharge avec du charbon, lorsqu'on veut en retirer le plomb h l'état de métal.
Dans quelques fabriques, la litharge du commerce est obtenue en faisant fondre seulement du plomb pur, dans un fourneau à réverbère et h soufflet ('fourneau h coupellation). La chaleur est portée également jusqu'au blanc. Les opérations sont absolument les mêmes que celles que l'on pratique sur l'alliage de plomb et d'argent , retiré des mines de plomb, lorsque l'on veut en extraire de la litharge, pour séparer l'argent.
Il y a une douzaine d'années qu'une grande fabrique de litharge existait à Paris , rue Bafroy, dans la belle afïinerie de M. Gautier. Cet habile industriel fabriquait la litharge avec des saumons de plomb qu'il faisait fondre dans son fourneau destiné à la coupellation. Très-fréquemment ses ouvriers étaient atteints de colique.
La calcination, ou coupellation, présente un peu plus de danger que la même opération qui se pratique pour la fabrication du minium. Car les soufflets dirigent sans cesse sur le calcineur un épais nuage de fumée saturnine. En écumant le bain de plomb , la litharge que le coupelleur fait tomber sur le sol , lui lance dans les narines et la bouche une quantité considérable de particules toxiques.
Du reste , le broiement , le tamisage et rembarillement de la litharge donnent lieu à un dégagement considérable de poussière dans l'atmosphère. Aussi, ces opérations présentent les mêmes dangers que celles de la fabrication de la céruse et du minium. La peau des ouvriers de ces établissements se trouve également couverte de particules saturnines.
122 COLIQUE SATURNINE.
Peintres.
Après les cérusiers et les ouvriers des mines de plomb , des fabriques de minium et de litharge , les peintres sont les individus affectés le plus souvent de colique de plomb. Dans les villes et contrées où n'existent pas de ces établissements, les peintres sont sans contredit ceux qui contractent le plus habituellement cette affection. Aussi , cette maladie a-t-elle reçu , dans ces pays , le nom de colique des peintres , colica pictorum.
On distingue dans cette profession plusieurs classes ou espèces d'ouvriers , suivant la nature des travaux.
Les peintres en bâtiments, d'impression , barbouilleurs , forment la classe des peintres la plus nombreuse et la plus souvent atteinte de colique de plomb. Il résulte de renseignements que nous ont donnés des maîtres, des chefs d'ateliers, des ouvriers , les registres de la préfecture de police , etc. , qu'on peut évaluer à cinq ou six mille individus le nombre des peintres en bâtiments qui travaillent annuellement à Paris, et qui , dans les saisons favorables , comme le printemps , l'été , l'automne , exercent leur profession tous les jours.
Parmi les peintres en bâtiments, qui exercent leur profession pendant trente ou quarante ans , le quart à peu près se trouve atteint,, pendant ce laps de temps, au moins une fois, de colique saturnine.
Il y a de ces ouvriers qui travaillent a peine quelques jours , lorsque la colique se déclare chez eux ( Obs. xxi ) ; d'autres, au contraire, n'en éprouvent les atteintes qu'au bout de vingt ans, trente ans de travail (Obs. xx), le plus souvent sans qu'ils se soient aperçu d'aucun changement dans les diverses circonstances au milieu desquelles le mal
les a attaqués. Enfin, le plus grand nombre de ces ouvriers sont assez heureux pour ne jamais ressentir les souffrances de cette Cruelle maladie.
Les peintres en bâtiments peignent tous les ouvrages ou fonds qui doivent avoir une teinte uniforme ; ils donnent également les premières couches de peinture aux objets sur lesquels doivent travailler plus tard les autres peintres. Ces ouvriers font entrer, dans presque toutes leurs peintures h l'huile , de la céruse en grande quantité , comme base ou excipient, assez souvent du chromate de plomb , quelquefois un peu de minium et de litharge, diverses autres substances colorantes, de l'huile fixe, et de l'essence de térébenthine,
Le sous-carbonate de plomb ou céruse réunit des pro ■ prié tés qui, jusqu'ici, l'ont fait servir d'excipient ou de base h presque toutes les peintures à l'huile. Cette substance sert à donner toutes les premières couches de peinture; dans quelques cas même, elle est la seule couleur employée. Ainsi-, c'est la seule préparation mise en usage pour colorer en blanc les bois et les meubles de nos appartements, etc. , etc. Voici les motifs qui ont fait employer la céruse , ou seule, comme principe colorant, ou mêlée avec d'autres couleurs, pour leur servir de base et leur donner du corps : 1* elle se mêle facilement à l'huile; 2° elle conserve sa couleur dans cette union ; 5° elle s'étend aisément sous le pinceau ; 4° elle s'applique exactement sur la surface qu'on veut enduire, et la recouvre uniformément et parfaitement; 5° elle prêle le corps Convenable et la faculté de sécher promplement aux autres couleurs; 6° elle n'est altérable ni par l'air ni par l'eau; aussi elle préserve le bois de toute corruption. L'huile fixe et l'essence de térébenthine sont employées pour délayer, étendre et sécher les couleurs. On fait usage du jaune de chrome et du minium comme principes colorants, et de la litharge comme dessiccalif.
124 COLIQLli SATIJUNliNJS.
L'opération qui consiste à préparer les teintes, c'csl-àdire à mélanger toutes ces substances, est considérée comme assez dangereuse. Une partie de l'essence, en se vaporisant, entraîne une certaine qurntité de particules de plomb dans l'atmosphère au milieu de laquelle se trouve l'ouvrier. Lorsque les peintres délayent dans un petit espace, inaccessible aux courants d'air, des préparations saturnines avec l'essence, comme cela arrive en hiver, ou lorsqu'ils peignent une très-petite pièce, fermée de tous côtés, ils sont plongés dans un air chargé d'émanations d'essence et de plomb; on voit alors se développer très-facilement la colique. Quand ils font chauffer fortement les pièces qu'ils peignent, pour obtenir une dessiccation plus rapide , ou qu'il se trouve plusieurs ouvriers à peindre la même pièce, afin de terminer bien vite ce travail , ces circonstances favorisent la dissémination dans l'atmosphère des particules saturnines,eton a remarqué qu'ils contractaient plus aisément encore la colique.
Il est impossible de nier, dans toutes ces circonstances , que l'essence de térébenthine, en se volatilisant, n'entraîne avec elle une certaine quantité de molécules de céruse, etc. On sait, en effet, que toutes les préparations de plomb très- divisées peuvent être disséminées dans l'atmosphère, à l'aide de courants de gaz ou de vapeur. C'est ce qui arrive dans les mines de plomb , les affineries ; c'est ce qui doit arriver ici. En effet, lorsqu'on habite pendant quelques heures un appartement nouvellement peint, on perçoit un goût et une odeur distincts de l'essence, qui ne peuvent être rapportés qu'aux préparations saturnines disséminées dans l'air qu'on respire et qu'on avale. Comment concevoir que des individus, après avoir couché dans des appartements nouvellement peints , soient atteints de colique saturnine bien caractérisée, si l'on n'admet pas que l'essence , en se vaporisant, entraîne une certaine quantité de molécules atomiques de céruse, etc.,
causes. la 5
que ces individus ont avalées et respirées pendant leur sommeil?
A l'époque où nous vivons , il faudrait ne pas être médecin pour oser affirmer que c'est à l'essence que l'on doit rapporter les symptômes de la colique qu'éprouvent les peintres en bâtiments et les individus qui habitent des appartements nouvellement peints. A-t-on vu une seule fois les phénomènes caractéristiques de la colique saturnine se développer dans nos hôpitaux, chez les malades qui font usage à l'intérieur d'huile essentielle de térébenthine? A-t-on vu une seule fois les caractères de la colique saturnine se développer chez les ouvriers qui préparent ou qui vendent l'essence de térébenthine ? A ces deux questions , je réponds par l'expression jamais.
Pendant la préparation des teintes et leur application , le peintre en bâtiments les touche assez souvent, même malgré lui. Aussi la peau de ses mains se trouve de temps en temps recouverte de plomb, que des lavages h l'eau ordinaire ou h l'eau seconde enlèvent facilement; c'est ce qui fait que ces ouvriers ont l'habitude d'en faire usage pour se laver plusieurs fois dans la journée, quand ils sortent pour manger. Mais leur peau, hors celle des mains, ne se trouve point recouverte de particules de plomb, comme celle des ouvriers des fabriques de céruse, de minium et de litharge.
Lorsque les peintres en bâtiments, pour peindre à neuf, nettoient, raclent avec le rabot un vieux bâtiment, la poussière qui résulte de cette opération , qu'on appelle ponçage à sec, vient se mettre en contact immédiat et continu avec la bouche , les narines et les yeux de l'ouvrier. C'est le travail le plus dangereux de cette profession.
Le ponçage à L'eau, au contraire, c'est-h-dire le raclement de vieilles peintures préalablement humectées d'eau, ne donne point lieu h un dégagement de poussière, ou du moins il s'en disperse très -peu dans l'air. L'ouvrier ne contracte point ordinairement la colique a cette opération.
126 COLIQUE SATURNINE.
Quelquefois, pour détruire plus profondément de vieilles peintures, on les brûle au moyen de l'essence detéiébenlhine à laquelle on met le feu. Celte opération produit un grand dégagement de fumée ou de vapeur chargée d'émanations de plomb. Les peintres redoutent considérablement ce travail , tant les suites en sont dangereuses, c'est-à-dire le développement de la colique facile.
Les peintres en bâtiments se servent quelquefois du vernis à l'alcool , qu'ils appliquent sur leur couche de peinture. Dans ce vernis entrent de l'huile fixe, de l'essence de térébenthine, de la gomme-résine-copal et de l'alcool. Ce vernis , que les peintres emploient tout préparé, les préserve un peu de la colique de plomb; car lorsqu'ils en recouvrent une couche de peinture au blanc de céruse, celle-ci ne peut plus se disséminer dans l'atmosphère.
Dans quelques circonstances , lorsque l'objet à peindre est exposé au contact de la pluie , etc. , les peintres se servent du vernis gras> dans la composition duquel entre une trèsminime quantité de litharge au lieu d'alcool. Dans cent livres de vernis, a peine entre-t-il une demi-livre de litharge.
Les ouvriers peintres qui peignent à la détrempe ne contractent point la colique de plomb. Ils se servent uniquement, dans cette opération , de céruse qu'ils mélangent avec de l'eau et de la colle. Il n'y a point de particules de plomb à se disséminer dans l'atmosphère pendant tout ce travail. Les ouvriers touchent seulement avec leurs mains la peinture à la colle. On peint à la détrempe les plafonds des appartements, quelques boiseries, etc.
Il n'y a qu'un très-petit nombre de peintures en bâtiments qui se fassent sans préparations saturnines. Les ouvriers alors ne courent aucun danger d'être atteints d'empoisonnement semblable à la colique.
Quelques peintres en bâtiments achètent leur céruse en
pain , et la broyent eux-mêmes pour faire leur lointe. Ils sont alors exposés à toutes les influences délétères de la profession de broyeurs de couleurs. (Voy. cette profession.)
Les individus qui habitent avec les peintres en bâtiments, dans une chambre, boutique, où se broyent les couleurs, où se font les teintes , etc. , sont quelquefois atteints de colique saturnine, quoique ne maniant jamais les préparations de plomb. Ils se trouvent dans les mêmes circonstances de contact que les habitants d'appartements nouvellement peints. Nous avons vu trois femmes et deux enfants de peintres, qui ne travaillaient pas les couleurs, éprouver les accidents de la colique de plomb.
Les peintres en voiture, quoique travaillant les préparations saturnines à peu près dans les mêmes circonstances que les peintres en bâtiments, sont cependant moins souvent atteints de colique que ces derniers. D'où provient cette différence? Les peintres en voitures ne se servent pas d'une aussi grande quantité de peinture; ils peignent en plein air, jamais dans des appartements clos. Ils ne chauffent pas leur voiture pour obtenir une dessiccation plus rapide. Les teintes se font presque toutes au vernis, ce qui empêche en partie l'essence de térébenthine de se vaporiser, et par suite d'entraîner une grande quantité de molécules saturnines dans l'air qu'avale et respire l'ouvrier. Enfin , rarement ces ouvriers se trouvent exposés au contact d'une forte poussière, provenant du raclage de vieilles peintures de voiture , le ponçage se faisant ordinairement h l'eau.
La profession de peintre en voiture compte environ mille ouvriers à Paris.
Les peintres d'attributs imitent, avec la peinture, le marbre et divers autres sujets. Les peintres en décors tracent avec leur pinceau toute espèce d'ornements. Les peintres de let-
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très et les fdcurs forment des lettres ou alignent des traits.
Tous ces ouvriers peignent assez souvent sur le travail de fond préparé par les peintres en bâtiments. Ils emploient cent fois moins de plomb que ces derniers. Aussi sontils beaucoup moins souvent atteints de colique. Du reste, les opérations exécutées par les peintres d'attributs, de décors, de lettres, et les fileurs, sont en petit absolument les mêmes que celles pratiquées par les peintres en bâtiments.
Les peintres sur porcelaine sont des espèces de peintres de décors. Ils se servent d'essence de térébenthine, d'huile fixe, de minium, de céruse et de jaune de chrome pour peindre sur les vases et autres objets de porcelaine. Mais les préparations saturnines qu'ils emploient sont en très-petite quantité relativement à celles employées par les autres peintres dont nous venons de parler. Les peintres sur porcelaine ne touchent avec les mains leurs couleurs que très-rarement et par mégarde. L'essence qui entre dans leurs teintes doit disséminer une petite quantité de molécules saturnines.
Les peintres de tableaux ne contractent point aujourd'hui la colique saturnine. Cependant ils se servent , pour faire leurs teintes, de céruse, de litharge, de chromalc de plomb et de minium. Mais ces substances, broyées et préparées à l'avance dans un petit sachet ou vessie, ne sont mélangées qu'avec de Thuile fixe. Ces artistes n'emploient pas l'essence de térébenthine pour faire leur teinte. Aucune émanation ne peut donc se détacher de ces teintes et se disséminer. Quelquefois ils touchent un peu avec les doigts leurs couleurs.
Autrefois, les peintres de tableaux étaient atteints de colique saturnine. Ainsi un peintre de tableaux d'Angers fut, au rapport de Ferncî , atteint de colique et de paralysie saturnines pour avoir pris l'habitude de nettoyer ses pinceaux avec sa bouche. Tronchin prétend que de son temps lespein-
trcs de portraits étaient quelquefois affectés de colique saturnine. Nous ne pensons pas avec cet auteur qu'on puisse attribuer la mort prématurée du Corrégc et de Raphaël, ainsi que de plusieurs autres peintres célèbres , à leur profession , c'est-à-dire à l'empoisonnement saturnin, la colique, etc. Ces grands artistes ne sont pas plus à l'abri que les autres hommes des encéphalites , des tubercules pulmonaires, des cancers de l'estomac, etc., maladies qui occasionnent si souvent la mort , surtout chez les individus adonnés à des travaux sédentaires.
Autrefois les peintres de tableaux avaient l'habitude de préparer eux-mêmes leurs couleurs. Cette préparation ne pouvait se faire qu'en broyant et en pulvérisant la céruse , le minium , etc. Cette opération disséminait nécessairement dans l'air des molécules saturnines, surtout avant l'époque de la découverte de la peinture a l'huile , par exemple , du temps de Fernel; jusqu'alors ce broiement se faisait à sec. Aujourd'hui que les peintres de tableaux ne broient plus leurs couleurs, ils ne sont plus atteints de colique saturnine; celte opération pouvait donc être, dans les siècles précédents , la cause de la colique.
Si quelques peintres de tableaux avaient , de nos jours , la funeste habitude , comme celui dont parle Fernel , de nettoyer avec la bouche leurs pinceaux imprégnés de préparations saturnines , ils pourraient sans doute contracter la colique de plomb.
iNous avons observé un cas de colique saturnine a l'hôpital de la Charité , chez un homme qui avait fait mettre sur sa pancarte, peintre de portraits , et qui affirmait n'avoir jamais exercé d'autre profession. Les médecins et élèves qui virent ce malade avant moi, et qui connaissaient l'inutilité de mes recherches pour découvrir un seul cas de colique saturnine chez les peintres de tableaux, m'annoncèrent avec em- *• 9
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pressement cette découverte. Devant eux., après avoir adressé un grand nombre de questions h ce peintre, je lui fis avouer que quatre jours avant de tomber malade , il avait peint avec delà céruse mélangée d'essence de térébenthine, cinquantequatre caisses de fleurs, et que par conséquent il avait fait le métier de peintre en bâtiments.
Doreurs sur bols.
Les doreurs sur bois se servent quelquefois de teintes faites à l'aide de préparations de plomb délayées avec l'essence de térébenthine , pour peindre une partie d'un meuble qui ne doit pas être dorée. Ils emploient aussi dans certains cas un peu de céruse et d'essence pour donner préalablement une belle teinte blanche au bois , ou un peu de chrome pour favoriser l'adhérence de la feuille d'or. Mais il est évident qu'alors, les doreurs sur bois se trouvent dans les mêmes circonstances de contact du plomb que les peintres, et qu'ils ne contractent la colique que lorsqu'ils se font peintres.
Vernisscurs sur métaux.
Les verhisseurs sur métaux sont des espèces de peintres de décors , d'attributs; ils se servent, en effet, de teintes analogues. De la céruse délayée avec de l'huile fixe , de l'essence de térébenthine et du vernis h l'esprit- de-vin, forment la base de presque toutes les peintures qu'appliquent sur les métaux, à l'aide d'un pinceau , les vernisseurs. Souvent ils ajoutent a leurs teintes du jaune de chrome. Enfin , une fois que la peinture a été desséchée, ils frottent souvent les métaux avec une brosse recouverte de mine de plomb pulvérisée , qui n'est autre chose que du carbure de fer. Ces ouvriers sont trèspeu sujets à contracter la colique, et cependant ils se trouvent en apparence dans les mêmes conditions d'absorption
CAUSlifc. lSl
du plomb que les peintres en bâtiments. D'où vient donc celle si grande différence? Évidemment du mélange d'un vernis avec les préparations saturnines. Il met obstacle à la volatilisation de l'essence mêlée avec le plomb , et par suite, au dégagement des molécules toxiques dans l'atmosphère. Il existe h Paris environ cent ouvriers vernisscurs sur métaux. Je n'en ai rencontré qu'un seul atteint de colique , et quatre qui l'avaient été autrefois.
Fabricants de papiers peints.
Les fabricants de papiers peints se servent des mêmes préparations saturnines que les peintres en bâtiments , et cependant ils sont beaucoup moins souvent atteints de colique de plomb que ces derniers. Les peintres de papier ne se servent point d'essence de térébenthine pour faire leurs teintes, qui se fabriquent dans une chaudière avec de la céruse , du chrômate de plomb , et diverses autres substances colorantes, que l'on fait bouillir avec de l'eau et de la colle. Pendant cette opération, l'ouvrier se trouve en contact avec de la vapeur d'eau qui entraine quelques particules de plomb. Les ouvriers qui brossent ou qui battent le papier peint desséché, détachent dans l'atmosphère un peu de poussière formée en partie de plomb. Les chauffeurs, les batteurs et les brosseurs se trouvent quelquefois atteints de colique saturnine. Les ouvriers des fabriques de papiers peints, dont l'occupation unique consiste à appliquer sur le papier l'enduit tout préparé, ne se trouvent point sujets a éprouver les effets de la forme la plus fréquente de l'empoisonnement saturnin ; cependant , leurs mains sont presque sans cesse recouvertes de cette teinte a la céruse et au jaune de chrome.
Les fabricants etc papier velouté se servent d'un enduit de blanc de céruse h la colle , qu'ils appliquent a froid comme
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mordant. Dans ce travail , la céruse se trouve souvent en contact avec la peau des ouvriers , qui ne sont jamais atteints de colique saturnine.
Vitriers.
Autrefois les vitriers se servaient de la céruse pour la confection de leur mastic, dont ils font usage pour assujettir les carreaux de fenêtres. Ils broyaient le carbonate de plomb, d'abord à l'état sec, ce qui occasionnait une dissémination de poussière saturnine. Aujourd'hui, les vitriers emploient le blanc d'Espagne au lieu de céruse pour la composition de leur mastic. Mais la plupart des vitriers sont en même temps peintres en bâtiments; aussi je suis persuadé qu'autrefois comme aujourd'hui, plusieurs individus attaqués de colique deplomb , inscrits sous la profession de vitriers, avaient contracté cette affection dans l'exercice de la profession de peintre en bâtiments. Il y a un siècle que les vitriers employaient encore des lames de plomb pour fixer les vitres; je doute que le maniement de ces lames ait une seule fois occasionné la colique.
Broyeurs de couleurs.
Le broyage de la céruse et du jaune de chrome, tel qu'il se pratiquait chez les marchands de couleurs, il y a quelques années , et tel qu'il sa pratique encore aujourd'hui dans quelques établissements, est une opération extrêmement fatigante et pernicieuse ; elle se fait au moyen du porphyre et de la molette. Le porphyre est une table carrée plus ou moins grande, formée d'une pierre très-dure, dont la surface doit être unie , et sur laquelle l'ouvrier promène , dans tous les sens, la molette, en formant des cercles ou ellipses; la molette est une pierre de même nature que le porphyre, et taillée en cône tronqué ; sa grande base est polie , et c'est entre
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celte base, qui doit êlro légèrement convexe, et le porphyre, que les couleurs se broient* Lorsque l'ouvrier, courbé sur la pierre , broie à l'état sec des couleurs , telles que le blanc et le jaune-plomb , il se trouve en contact immédiat avec une grande quantité d'émanations délétères qu'elles exhalent. Aussi, cette manière de broyer occasionnait naguère fréquemment la colique saturnine.
Avant d'écraser les pains de cérusc et de jaune de chrome sur la pierre, le broyeur les brise à coups de maillet ou de marteau; pendant celle opération, il se trouve environné d'un épais nuage de poussière saturnine. Ce travail est le plus dangereux de cette profession.
Les ouvriers qui broient la céruse et le jaune de chrome avec de l'huile fixe , ou de l'eau froide , après qu'elle a été écrasée h l'état sec , ne se trouvent point atteints de colique saturnine; tels sont les broyeurs de couleurs des peintres sur porcelaine.
L'humanité réclamait des procédés au moyen desquels on pût préserver les broyeurs de couleurs des dangers auxquels ils sont exposés. On a imaginé, pour cet effet, des machines ingénieuses. Ce sont des moulins à broiement, renfermés dans des bâtis en bois ou en ferblanc, et que la vapeur, le plus souvent , met en mouvement. On peut ainsi broyer en même temps de la céruse à l'état sec, humide, ou mélangée avec de l'huile; triple opération qui ne pouvait s'effectuer que successivement h l'aide du porphyre et de la molette. Pendant cette opération, une certaine quantité de cérusc pulvérisée à sec s'échappe encore a travers les fentes ou fissures qui existent toujours dans ces machines. Les ouvriers se trouvent donc encore en contact avec de l'air plus ou moins chargé de particules de plomb. Aussi plusieurs se trouvent atteints de colique saturnine.
Lorsque les broyeurs de couleurs viennent à nettoyer le
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moulin , on leur pierre , en balayant , raclant , ils disséminent dans l'air des particules de plomb. Cette opération est pernicieuse.
Les broyeurs de couleurs touchent continuellement avec les mains les préparations saturnines; souvent une grande partie de la peau de tout leur corps se trouve recouverte de parcelles de céruse ou de jaune de chrome.
Nous avons rencontré un broyeur de couleurs qui avait contracté la colique saturnine pour avoir mangé du pain que ses camarades , par méchanceté , avaient saupoudré de poussière de céruse. Cet homme broyait depuis quelques jours seulement ; ce qui doit porter à croire que c'est son pain empoisonné et non son travail qui l'a rendu malade.
Dans un grand nombre de professions , pour avoir constamment à leur disposition de la céruse toute préparée , les maîtres ou chefs d'ateliers attachent à leur établissement un ou plusieurs broyeurs de couleurs. Quelquefois il arrive à l'hôpital de la Charité , que ces broyeurs se font inscrire sous le nom de la profession pour laquelle ils travaillaient. Cette indication peut induire en erreur le médecin, car il existe des ouvriers de plusieurs professions, pour lesquels on broie des préparations saturnines , et qui cependant ne contractent point la colique de plomb en employant ces substances toutes préparées (peintres de tableaux , fabricants de papier velouté).
Autrefois les broyeurs de couleurs de Paris étaient fréquemment atteints de maladies saturnines, et formaient une des professions qui fournissaient le plus de malades a l'hôpital de la Charité. Ils étaient alors exposés en partie aux mêmes dangers que les cérusiers ; car il y avait quelque analogie dans leurs travaux. Les broyeurs , aujourd'hui , tombent plus rarement malades, depuis que cette profession a été dotée des moyens mécaniques que nous venons d'indiquer.
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Quelquefois il nous est arrivé de voir atteints de colique et des autres maladies saturnines, des ouvriers qui se disaient employés h la fabrication de toute espèce de vernis ; et cependant ces préparations, a l'exception d'une seule, ne contiennent point de plomb. Mais les ouvriers qui fabriquent les vernis, broyent ordinairement la céruse et le jaune de chrome ; car ce sont les marchands de couleurs qui font fabriquer les vernis , et ils emploient alternativement leurs ouvriers au broiement des préparations saturnines et à la fabrication des vernis.
Les ouvriers qui prépareraient uniquement le vernis gras seraient peut-être susceptibles de contracter la colique saturnine. Pendant que l'on fait bouillir ensemble de la gomme copal, de la litharge, de l'huile fixe et de l'essence, quelques particules de litharge doivent être entraînées par les vapeurs d'essence. Mais la litharge entre en si petite quantité dans cette préparation, qu'il est présumable que les ouvriers employés a cette fabrication devraient difficilement être atteints de colique saturnine.
Fabricants de cartes d'Allemagne et glacées.
Les fabricants de cartes d'Allemagne se servent de préparations saturnines pour colorer leur papier. Lorsqu'ils veulent faire une carte blanche, ils emploient le blanc de céruse; si c'est une teinte rouge qu'ils veulent obtenir, ils font entrer dans leur pâte du minium ou de la litharge. L'enduit se fait a froid; c'est un mélange de céruse, d'eau, de colle, et quelquefois de minium , de litharge et d'autres substances colorantes. Pour appliquer cet enduit sur le carton, on le fait bouillir; une partie de l'eau se vaporisant, entraîne quelques parcelles de céruse dans l'atmosphère qui entoure l'ouvrier. Tous les deux ou trois jours ils raclent et nettoyent
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leurs établis , tout couverts de céruse desséchée. Ce grattage dissémine quantité de parcelles saturnines.
Le fabricant de cartes d'Allemagne se sert d'une brosse pour appliquer son enduit; aussi le touche-t-il très-rarement avec les mains,
Sur vingt. quatre fabricants de cartes d'Allemagne, on en trouve une quinzaine qui n'ont point été atteints de colique de plomb.
Les fabricants de cartes d'Allemagne font broyer ordinairement leur céruse par un ouvrier qui n'est occupé qu'à ce travail. Le plus souvent, le broiement ne se pratique pas dans l'atelier où travaille le fabricant.
La fabrication des cartes glacées de M. Hangrand, rue Meslay, donne également naissance à la colique de plomb. Les ouvriers appliquent à froid l'enduit , composé aussi de colle, d'eau et de céruse. Puis, aussitôt que cette opération est finie , ils suspendent sur une corde leurs cartes recouvertes d'enduit, afin de les faire sécher. Enfin, la plupart des ouvriers broyent eux-mêmes la céruse qui doit entrer dans leur enduit. On a remarqué dans cet établissement qu'il n'y avait que les ouvriers qui broyaient la céruse qui fussent atteints de colique. Les broyeurs de cet établissement sont également chargés de nettoyer les établis. Les ouvriers qui ne sont occupés qu'à appliquer l'enduit ne sont jamais empoisonnés.
Parfumeurs.
Les parfumeurs se servent de diverses préparations saturnines , et surtout de la céruse pour la préparation de certains cosmétiques. Ces individus ne sont ordinairement atteints de colique que lorsqu'ils broyent et passent à un tamis très-fin ces couleurs, avec d'autres substances qui entrent dans la composition de leurs parfums. Ce broyemeut se fait seulement tons les mois, tous les ans, sur une masse assez
considérable de parfums, et par conséquent do céruse, de minium, etc. Aussi n'ost-ce qu'à ces époques que ces ouvriers sont quelquefois atteints de colique.
J'ai rencontré un ouvrier parfumeur, qui fut atteint de colique saturnine, après avoir fait fondre , pendant quinze jours consécutifs, divers cosmétiques dans lesquels étaient incorporés de la céruse, de l'acétate de plomb et des huiles essentielles ou volatiles. Pendant que ces pommades étaient exposées a une forte chaleur, une fumée ou vapeur considérable , composée en parties de molécules de plomb, s'élevait des chaudières qui les contenaient. L'ouvrier qui dirigeait le feu ne put échapper complètement à leur contact.
Lorsque les parfumeurs pétrissent, manient à froid en tous sens leurs pommades , cosmétiques , etc. , ils ne sont exposés à aucun danger. Du moins , nous n'avons trouvé aucun ouvrier, dans plusieurs fortes maisons de parfumerie , qui ait contracté la colique dans ces circonstances.
Les perruquiers et les coiffeurs, qui ne font que manier les cosmétiques et pommades où entrent des préparations saturnines, sont à l'abri de la colique de plomb.
Ceinturonniers.
Les ceinturonniers blanchissent avec la céruse les builletcries, les ceinturons des sabres et une infinité de cuirs destinés à d'autres usages. Pour cela, ils étendent avec un pinceau une pâte ou enduit, fait avec de l'eau et de la céruse , sur l'objet à blanchir. Puis , lorsque la matière a eu le temps de se sécher, ils la frottent, la brossent avec force, ce qui occasionne la dispersion d'une certaine quantité de poussière saturnine. Pour faire leur enduit , ils broyent la céruse , ce qui contribue encore à rendre cette profession assez dangereuse.
Autrefois, les cordonniers étaient obligés de blanchir les
1§8 COLIQUE SATURNINE.
talons et même le cuir des souliers de quelques femmes âgées. Les passe-talonniers contractaient la colique dans les mêmes circonstances que les ceinturonniers.
Potiers de terre.
Dans toutes les poteries, depuis la plus grossière jusqu'à la faïence et la porcelaine, les oxides de plomb sont employés pour donner le vernis à ces vases.
Une fois que les potiers ont donné à leur vase de terre la forme qu'il doit conserver, et qu'ils l'ont exposé à une première cuisson, il s'agit d'appliquer le vernis composé de la manière suivante : on mélange de la litharge, du minium ou du sulfure de plomb , bien pulvérisés , avec de l'eau; puis on broyé dans un moulin ce mélange avec de la terre glaise , du sable et diverses substances dont on veut donner la teinte au vase. Alors l'ouvrier enduit le vase de ce vernis. Enfin , une fois revêtu de cette teinture, le vase est exposé dans un four pour acquérir l'émail, résultat de la cuisson ou fonte du vernis.
La construction des fourneaux des potiers de terre est la suivante : ce sont des tourres rondes ou carrées, dont l'intérieur présente deux parties bien distinctes, séparées par une voûte percée de plusieurs trous , qui donnent passage à la flamme, a des gaz et à des particules terreuses et saturnines. Ces émanations viennent se déposer dans la partie supérieure du four qu'on appelle Yen fer.
Les potiers de terre, en vernissant leurs vases, ont sans cesse les mains en contact avec la solution de préparations saturnines. Cependant on a remarqué que les ouvriers occupés à ce travail ne contractent point la colique de plomb. L ouvrier qui mène le four se trouve souvent au milieu d'une atmosphère chargée de particules saturnines, pendant la fonte du vernis, au moment où il ouvre la gueule du four pour
entretenir le feu et détourner les pots, ou lorsqu'il balaye l'enfer pour le débarrasser de toute la poussière qui s'y est accumulée pendant la fusion. Cet ouvrier contracte assez souvent la colique de plomb.
Le nombre des ouvriers vernisseurs se trouve bien supérieur à celui des enfourneurs , ce qui explique le petit nombre de coliques de plomb qu'on observe dans chaque fabrique de poteries de terre.
Dans les siècles précédents, Paris possédait un bien plus grand nombre de fabriques de poteries de terre qu'aujourd'hui. Le luxe , qui a introduit la faïence, la porcelaine, jusque dans les ménages les plus modestes , a dû nécessairement faire baisser la fabrication de la poterie de terre. Aussi, à Paris , rencontre-t-on assez rarement aujourd'hui la colique chez les individus de cette profession. Autrefois cette maladie atteignait un si grand nombre de potiers , lorsque ce genre d'industrie était excessivement répandu, qu'on l'a appelée colique des potiers , coiica fgullna.
Les potiers de terre , non-seulement contractent la colique de plomb, mais les vases qu'ils vernissent peuvent encore la déterminer chez les personnes qui s'en servent. Les annales de la science renferment plusieurs faits qui semblent confirmer cette assertion. Ainsi, il paraît qu'autrefois cette cause du développement de la colique était si fréquente que quelques principautés d'Allemagne , au rapport d'Ilsmann, frappées de ces inconvénients, publièrent des instructions dans le but de chercher des moyens pour vernir les pois sans préparation saturnine.
Il est cependant assez rare que le vernis des pots de terre, lorsqu'il est cuit suffisamment, détermine des accidents. En effet , les molécules de plomb qui entrent dans le vernis sont si solidement fixées , unies avec les autres parties constituantes du vase , après leur fusion , qu'il nous semble
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difficile qu'elles puissent se mêler avec les aliments et les boissons qu'il est destiné à contenir. Néanmoins si on laisse séjourner trop long-temps dans de pareils vases des aliments, et si on y fait chauffer fortement des graisses, le vernis en est attaqué, et le plomb communique aux aliments ses qualités délétères.
Faïenciers.
Le vernis de la faïence est composé à peu près de la même manière que celui de la poterie de terre , relativement aux préparations saturnines qu'on y fait entrer. L'opération du vernissage s'effectue de la même manière. Le four n'a qu'un seul compartiment. La chaleur nécessaire à la fonte du vernis n'a pas besoin d'être élevée à un si haut degré que pour les poteries de terre. Pendant la cuisson , les gaz , les particules terreuses et saturnines qui se détachent en assez petite quantité des vases , peuvent se dégager hors du four et de l'a tôlier , au moyen do cheminées ou tuyaux d'appel adaptés au fourneau. Une certaine quantité de ces matières se dégage dans l'atelier, surtout au moment où on ouvre la gueule du four. Le faïencier ne se trouve pas aussi souvent atteint de colique de plomb que le potier de terre , puisqu'il ne se trouve pas exposé au contact d'une aussi grande quantité d'émanations saturnines.
Porcelainiers.
Autrefois les porcelainiers étaient atteints de colique saturnine , lorsqu'ils faisaient usage d'oxides de plomb pour vernir les vases de porcelaine. Aujourd'hui, toute la porcelaine fabriquée en France est émaillée avec une matière calcaire qu'on appelle feldspath. Ce vernis permet d'exposer les vases à une très-forte chaleur, et d'obtenir la porcelaine dure.
CAUSKS. ï^l
La porcelaine tendre , telle qu'elle se fabrique encore en Angleterre, est toujours émaillée avec des oxides de plomb. Mais elle ne peut être exposée qu'à un feu doux. Dans les fabriques de porcelaine de la Grande-Bretagne, on rencontre un petit nombre d'ouvriers qui ont été attaqués, une ou plusieurs fois., de colique de plomb. Les opérations pourémailler la porcelaine sont h peu près les mêmes que celles qu'on pratique pour vernir la faïence.
Ouvriers des manufactures de verre.
Les oxides de plomb facilitent la vitrification , et donnent au verre une pesanteur, une mollesse , une douceur et un coup-d'œil, qu'il n'a pas lorsqu'il ne contient pas de plomb. Aussi, les verriers emploient- ils presque toujours ces substances dans leurs travaux. Les verres colorés, les cristaux, les verres métalliques pour l'optique , la dioptrique , etc. , sont ceux qui contiennent une plus grande quantité d'oxide de plomb. Le borate de plomb entre dans la composition des verres d'optique de Faraday. Le silicate de plomb joue un grand rôle dans la fabrication du cristal, du strass et des verres denses pour l'optique.
Le plomb est soumis, avec les autres parties qui entrent dans la composition du verre , à une forte chaleur. Quelques ouvriers de ces fabriques se trouvent assez souvent au milieu d'une atmosphère chargée d'émanations saturnines. On a remarqué que les opérations de la fritte et de la fusion étaient les seules dangereuses. Pendant qu'on les exécute , il y a un dégagement assez considérable de gaz , de vapeurs et de particules saturnines. Les ouvriers qui opèrent à froid le mélange des oxides de plomb ne sont jamais affectés de celte maladie.
On n'a pas observé de colique de plomb chez les indivi-
l4& COLIQUE SATURNINE.
dus, en si grand nombre, qui font un usage journalier de verres pour les besoins de la vie. Les substances les plus corrosives ne l'attaquent pas. Ainsi, les acides sulfurique, nitrique , les alcalis , etc. , sont sans cesse renfermés dans des flacons de verre, sans dissoudre les oxides de plomb qui entrent dans la composition de ces vases.
Ouvriers des fabriques d'émaux.
Pour fabriquer l'émail blanc , qui est le plus commun , on fait chauffer avec le contact de l'air du plomb et de l'étain. Lorsque ces métaux sont transformés en oxide, on fait fondre dans un four de faïence ce produit avec du sel commun , du sable et du talc.
L'opération de la fusion et de la transformation en oxide du plomb métallique donne assez souvent naissance à la colique de plomb; l'ouvrier se trouve entouré d'émanations saturnines qui voltigent dans l'atmosphère qui l'entoure. Il touche peu avec les mains la composition de l'émail , ce sont des instruments particuliers qui servent à remuer, transporter la matière. Une fois déposé dans le four de faïence, l'émail ne répand presque plus de particules dans l'atelier ; dès lors l'ouvrier ne court plus ou presque plus de danger.
Les émaux coloriés se fabriquent de la même manière que l'émail blanc; des matières colorantes seulement sont ajoutées aux substances qui entrent dans l'émail blanc.
Ouvriers chauffeurs des bateaux à vapeur.
« Beaucoup de chauffeurs et de mécaniciens, embarqués dans des bateaux à vapeur de notre port (le Havre), ont éprouvé dernièrement des accidents très-graves, reconnus par nos médecins ;oour être la colique de plomb, Cette cruelle ma-
CAUSES. l45
ladie n'a cessé quS par l'emploi d'un traitement analogue à celui de la Charité. Ayant pris des informations auprès de ces malheureux pour tâcher de connaître la cause de ces coliques, ils m'ont dit qu'ils faisaient usage d'un mastic composé de carbonate et de deuloxide de plomb. J'ai pensé d'après ce dire , que des hommes qui sont exposés continuellement à l'action d'une grande chaleur, se trouvaient dans les conditions voulues pour absorber facilement les émanations saturnines, qui donnent lieu à la colique de plomb. » (E. Duchemin, Journal de Chimie médicale , année i838. )
Ouvriers des mines de plomb.
Depuis long-temps les médecins ont observé que la colique saturnine se développait souvent chez les ouvriers employés à l'exploitation des mines de plomb. Stockhusen et Henkel nous ont donné des renseignements intéressants sur les travaux des mines, les plus susceptibles d'occasionner cette maladie. Les renseignements que nous avons obtenus nousmême, sur ce sujet, de quelques médecins préposés à la conservation de la santé des ouvriers de plusieurs mines de plomb de la France et d'autres pays , concordent souvent avec ceux qui nous ont été légués parles anciens médecins allemands , dont les travaux sont h peine connus des observateurs modernes.
Il existe un assez grand nombre de mines de plomb; la France en possède plusieurs; la plus célèbre est celle de Poullaouen en Bretagne»
Le plus souvent le plomb métallique est extrait du minerai connu sous le nom de galène, qui est formé principalement de plomb et de soufre. Fréquemment, il arrive aussi que le plomb est uni à l'argent : ce sont les mines de plomb argentifères.
14^'i COUQUH SAïl'RNINE.
Le plomb métallique , généralement répandu dans la nature, est facile h se procurer. Il se prête aisément à toute espèce de formes; aussi est-il sans cesse employé par l'homme. Quoique le zinc l'ait remplacé avec avantage dans quelques circonstances, le plomb sera toujours consommé en grande quantité. Ainsi , on continuera à s'en servir pour couvrir les édifices , pour faire des balles et de la grenaille , pour construire des bassins, des conduits, des gouttières, des tuyaux, des cercueils , des réservoirs , des chaudières , des chambres dans lesquelles se fabrique l'acide sulfurique , et tant d'autres objets qui exigent un métal d'un travail facile et à bas prix. Enfin le plomb métallique sert a la fabrication de toutes les préparations saturnines. La quantité de plomb versée annuellement dans le commerce par les divers états européens , peut être évaluée a 761 ,800 quintaux. (Dumas, Chimie, t. iv.) Cette quantité de plomb employée pour les besoins des arts, explique facilement le grand nombre de coliques saturnines que le médecin peut observer dans sa pratique.
Quoiquelesmolécules duplomb métallique soient assez fixes, cependant, à l'aide d'un frottement modéré, cette substance développe de suite une odeur spécifique. Cette sensation ne peut être produite que par le transport des molécules trèsfines (émanations) du métal sur l'organe de l'oléfaction. La percussion détache peu de particules assez légères , c'est-àdire assez ténues pour voltiger dans i'almosphère. Le plomb est fusible à 2G0 degrés; pendant cette opération, lorsqu'elle se fait dans des vases ouverts, quelques-unes des particules métalliques se volatilisent, puis s'oxident consécutivement dans l'atmosphère au bout d'un temps plus ou moins long. D'autres molécules s'oxident sans se Jvolatiliser : ce sont celles qui se trouvent h la surface du bain en fusion. Exposé b l'air sec , le plomb ne s'oxide pas a la température ordinaire; mais vient-on à le brûler h une chaleur rouge ce-
CAUSES. l45
risc et blanche, il s'oxide de suite sans se volatiliser. Soumis au contact d'un air humide h la température ordinaire., la couche la plus superficielle du plomb métallique se transforme en sous-oxide de Berzélius, et même quelquefois en sous-carbonate de plomb.
Le carbonate neutre de plomb se trouve dans des mines de plomb situées sur plusieurs points de la France. Les mines de Poullaonen sont celles où on le rencontre le plus abondamment. Le carbonate neutre de plomb, quoique répandu dans la nature, ne se trouve point employé dans les arts; il s'ensuit que l'homme ne se trouve que rarement en contact avec cette préparation saturnine, par exemple, lorsqu'il est obligé de séparer cette substance du plomb métallique.
Le phosphate de plomb se trouve dans plusieurs mines de sulfure de plomb ; mais on ne l'emploie pas à l'état de phosphate dans les arts. Ce qu'on appelle plomb noir n'est que du phosphate qui a passé en partie a l'état de sulfure de plomb. (Ghaplal , Chimie appliquée aux arts, t. IV.)
Le sulfate, ou plutôt le sulfure de plomb, est employé pour les arts dans quelques circonstances. On l'emploie pour vernir quelques poteries, et pour faire du cristal. Le plus ordinairement il se trouve à l'état de sulfure. On le trouve et on l'extrait des mines de sulfure de plomb en Angleterre, en Russie , etc. Cette substance ne se vaporise pas ; mais elle est susceptible, à une assez forte chaleur, de se décomposer en gaz acide sulfureux, qui entraîne dans l'atmosphère des particules d'oxide de plomb , si ces particules ont été préalablement réduites en corpuscules.
Plusieurs opérations importantes se font au sein des mines de plomb dont on veut extraire ce métal. On les désigne sous les noms de triage, lavage, bocardage, grillage ou fonderie, et coupcUation. Ces travaux occasionnent plus ou inoins facilement la colique saturnine.
l4<) COLIQUE lltf&HlNE.
Les ouvriers employés h faire le choix du minerai propre à l'exploitation, se trouvent rarement atteints de colique saturnine. Ceux qui bocardent, c'esfc-a-dirc broyent le minérai en morceaux plus ou moins fins, pour le dégager de sa gangue, ont plus souvent cette maladie. Les laveurs n'y sont point sujets. Les opérations les plus dangereuses sont la fonderie et la coupellation, qui ont pour but de séparer le plomb métallique des substances étrangères avec lesquelles il est uni. Les fondeurs et les coupelleurs tombent fréquemment affectés de ce mal.
Tous ces ouvriers touchent avec leurs mains le minerai. Ceux qui le trient , produisent un peu de poussière aux dépens de cette substance, en la frappant avec des marteaux et autres instruments. Les pilons du bocard pulvérisent un peu la matière qu'ils brisent; et cette poussière se dissémine assez facilement dans l'almospbère. Les ouvriers qui lavent ne fout pas voltiger dans l'air de molécules de plomb.
Les fondeurs et les coupelleurs, au contraire, se trouvent sans cesse en contact avec une fumée saturnine qui sort des fourneaux où se brûle le plomb. Pour se faire une idée de la quantité de fumée à laquelle le fondeur est exposé , il faut savoir que la fonte du minerai de plomb s'opère dans un fourneau à manclie , dent la température est élevée au degré de la chaleur rouge. Le combustible , qui est du charbon de terre ou du cok, est projeté dans le fourneau avec le minerai et des substances décomposantes, telles que du fer. La combustion donne lieu à un dégagement considérable de gaz et de particules solides , provenant du minerai et du combustible. Cette fumée, composée de gaz acide sulfureux, carbonique, hydrogène sulfuré, etc., de sulfure de plomb , de plomb métallique et d'oxide de plomb, etc., passe, en partie, dans des chambres et dans la cheminée , situées au-dessus du foyer; mais une partie re-
Hue sous la hotte ou voûte et dans !a pièce où se trouve (c fondeur. Enfin , le bain de plomb lui-même, qui s'écoule en dehors du fourneau , donne lieu h un dégagement de quelques parlicules saturnines.
Dans la coupellation, qui ne se pratique que dans les mines de plomb argentifères, on se sert d'un fourneau h réverbère, dont le foyer de combustion se trouve élevé au degré de chaleur blanche , pour oxider le plomb et séparer l'argent qui lui était uni. Le vent des soufflets adaptés au fourneau pousse avec énergie la fumée sur le coupelleur, qui est obligé de se tenir très-près de la gueule du four, pendant dix à douze heures. Il y a dans celle opération une plus grande quantité de plomb disséminée dans l'air que dans la fonte; carie soulïlet contribue à lancer directement sur l'ouvrier cette fumée pernicieuse. Cependant, ici comme dans la fonderie, les chambres et la cheminée servent de dégagement à la majeure partie de la fumée saturnine.
En hiver, les ouvriers ont souvent l'habitude de prendre leurs repas dans l'intérieur de la mine, ce qui permet à quelques molécules de poison de se mêler avec les aliments et les boissons. L'usage qu'ont les mineurs en Angleterre de faire griller leur viande sur les saumons de plomb, produit le même résultat. Aussi, a-t-on vu la colique survenir au milieu de ces circonstances, chez des ouvriers qui n'étaient point tombés malades, jusqu'au moment où ils ont contracté ces funestes habitudes.
Ouvriers des affiner les.
On trouve , dans les établissements qu'on appelle affineries, une parfaite image des dangers auxquels sont exposés les ouvriers des mines de plomb. On y voit en petit les diverses opérations qui s'exécutent pour l'extraction du plomb
l48 COLIQUii SATURNINL.
au sein des mines de plomb argentifères. Dans ies affineries, on a pour but de séparer plusieurs substances métalliques mêlées ensemble, et provenant des travaux des joailliers, bijoutiers, horlogers, monnoyeurs, etc. Ce déjet est formé surtout de plomb, d'or, d'argent et de diverses matières terreuses.
Paris possède plusieurs belles affineries, entre autres celle de M. Gautier, rueBaffroy. Dans les alïincries où travaillent vingt ouvriers, cinq ou six sont annuellement atteints de colique de plomb, à moins que ces établissements no soient assainis a l'aide de procédés particuliers dont nous parlerons plus tard. (V. Traitement préservatif.) Les opérations les plus dangereuses sont , comme dans les mines de plomb , ïa coupellation , puis la fonderie; le bocardage, et surtout le triage, le sont beaucoup moins; enfin, le lavage ne présente aucun danger.
Plombiers,
Sous le nom de plombiers , on comprend plusieurs professions qui peuvent occasionner assez souvent la colique de plomb. Aussi l'a-t-on désignée anciennement par i'épilhète de colique des plombiers , colica plumbariorum.
Les ouvriers des fonderies de plomb se trouvent assez fréquemment atteints de colique. Dans un énorme fourneau à vaste ouverture , avec ou sans cheminée d'appel , situé dans une pièce close, mais, en général, assez spacieuse, on fait fondre du plomb métallique. Ce métal est assez souvent recouvert d'une petite couche d'oxideet de carbonate de plomb , surtout lorsqu'il constitue ce qu'on appelle le vieux plomb. Le plus ordinairement, ce vieux plomb a séjourné dans la terre (cercueils, tuyaux, etc.), ou a été exposé à l'humidité, «jais à Tair libre (bassins, fontaines, etc.), ce qui ex-
CAUSES. l49
pliquc l'oxidation et la carbonisation de ses couches les plus superficielles. Avec le vieux plomb , on mélange des lingots formés, uniquement ou presque uniquement, de métal pur. La chaleur du fourneau n'est pas portée assez haut pour la transformation du métal en massicot, minium, ou litharge. La surface du bain se recouvre de sous-oxide de plomb qui, réduit en une poussière très-fine, est entraîné facilement dans l'atmosphère par les courants d'air, ou le dégagement d'acide carbonique et d'autres gaz provenant du combustible , qui alimente le feu de la chaudière. Avec cette fumée se dégagent aussi des particules de plomb métallique et de carbonate de plomb. Le fondeur se trouve sans cesse en contact avec cette vapeur, et ses mains touchent souvent le métal.
Une fois le plomb fondu, les ouvriers qui le travaillent sont appelés lamineurs. Ce sont eux qui préparent le métal purifié, de telle sorte qu'il puisse être employé à ses nombreux usages, dans les arts et le commerce, c'est-à-dire a former tuyaux , tables , bassins , fontaines , plats , vaisselle, etc., etc. ; mais pour cette préparation, lorsque le plomb passe au laminoir, aucune particule saturnine ne se disperse dans l'atmosphère. Les ouvriers le manient à tout instant , mais à l'état solide fixe ; aussi leurs mains sont teintes par ce métal. S'ils ont soin de ne pas toucher leurs aliments avec leurs mains recouvertes de plomb, ils ne sont jamais atteints de colique.
Le plomb laminé est livré au commerce. Alors, dans plusieurs états on le travaille, fontainlers , ciseleurs, etc. Dans toutes ces professions, le plomb ne se trouve point réduit en particules assez légères pour se disséminer dans l'air pendant qu'on le travaille. Nous avons cependant vu survenir la colique saturnine chez plusieurs marchands de plomb qui ne le faisaient pas fondre. Mais voici à quelle occasion :
iSô CÔLÏQUIi 5ATUKNINE.
les rouleaux de plomb qu'on achète dans les fabriques de plomb laminé, si on les expose a l'air un peu humide, par exemple, dans des magasins situés au rez-de-chaussée, bientôt ils se recouvriront d'une légère poussière d'oxide et de carbonate de plomb. Si on vient à les déployer, pour en vendre une partie , cette couche de poussière grise se répand dans l'air; si on répète souvent ce travail, la coliquo s'en suit.
Il y a quelques années , plusieurs garçons de magasins de la fabrique royale de plomb laminé déroulèrent, rue des Prouvâmes, où se trouve un dépôt de cet établissement, un grand nombre de rouleaux de plomb, dans une petite chambre. Pendant cette opération , qui dura toute la journée, ces ouvriers se trouvèrent au milieu d'un tourbillon de poussière, volti géant dans l'air de la pièce où ils travaillaient. Le lendemain, tous, à l'exception d'un seul , furent atteints do colique do plomb.
Les ferblantiers font usage, pour souder, unir leurs vases , d'une composition où entrent du plomb et de l'étain. Pour obtenir la soudure des plombiers , on associe du plomb avec la moitié de son poids d'étain , puis on fait fondre dans une marmite ces deux substances; pendant cette opération , l'ouvrier remue sans cesse le mélange , et se trouve exposé au contact des particules très- ténues de sous-oxide de plomb et de plomb métallique, qui s'élèvent de la surface du bain dans l'atmosphère. Cette dissémination des molécules de plomb est singulièrement favorisée par les courants d'air, que l'ouvrier renouvelle par des mouvements imprimés fréquemment h l'alliage en fusion.
Les etameurs se servent également d'un alliage de plomb et d'étain , pour recouvrir les ustensiles de cuisine en cuivre, en fer, etc. L'étamage s'obtient a peu près de la même manière que la soudure des plombiers. Ces ouvriers , cepen-
dant, ne se trouvent pas exposés h un aussi imminent danger que les ferblantiers , car la matière cîc rétamage contient beaucoup moins de plomb que la soudure des plombiers.
Lorsque les ferblantiers et les étameurs veulent appliquer leur alliage sur un grand vase , comme des baignoires , des chaudières, ils sont obligés de le faire fondre de nouveau et en quantité considérable; cette seconde fusion les expose à peu près au môme danger que la première.
Si la fonte s'opère dans une petite pièce , close de toute part , l'ouvrier contracte beaucoup plus facilement la colique , que si cette opération s'effectuait en plein air.
Le plus ordinairement, les ferblantiers et les étameurs n'appliquent que sur des vases de peu de dimension leur alliage d'étain et de plomb; alors, ne faisant fondre qu'une petite quantité de ce poison a la fois , les molécules de plomb ne viennent se déposer sur leurs organes qu'en très-petit nombre , insuffisant pour donner naissance à la colique.
L'application de la soudure et de Félamage ne donne jamais naissance par elle-même h la colique saturnine. Il n'y a point de particules de plomb a se disséminer pendant cette opération; les ouvriers ont leurs mains recouvertes de plomb, car sans cesse ils le manient.
Les potiers d'étain se servent d'une grande quantité d'étain et d'un peu de plomb , pour la fabrication des ustensiles de cuisine, de table. Ils font fondre ces deux substances ensemble avant de les couler dans des moules de fer , pour leur donner une forme quelconque. Ces ouvriers contractent la colique, dans les mêmes circonstances que les ferblantiers et les étameurs, mais moins souvent , en raison de la petite quantité de plomb qu'ils emploient.
Ida COLIQUE SATURNINE.
Fabricants dépotée d'étain.
Les ouvriers qui fabriquent la potée d'étain sont quelquefois atteints de colique. Ils fondent , dans une marmite placée sur un fourneau h cheminée de dégagement, parties égales de plomb et d'étain. La température de la marmite est fortement élevée, presque jusqu'à la chaleur blanche. Pendant cette opération, le plomb et l'étain se réduisent en poussière fine , que le moindre courant d'air dissémine dans l'atmosphère. Delà fumée, composée en partie de molécules saturnines , se dégage par la cheminée , ainsi que dans la pièce où se trouve l'ouvrier. Cette profession compte un très petit nombre d'ouvriers a Paris.
Fondeurs de cuivre.
Les fondeurs de cuivre forment une profession dans laquelle on rencontre quelquefois des ouvriers atteints de colique de plomb. Dans ces établissements on mélange toujours un peu de plomb , ainsi que d'autres métaux , avec le cuivre , que l'on expose h une très-forte chaleur dans un fourneau à vent. Le plomb et les autres métaux , pendant la fusion , s'oxident, et le cuivre est mis à nu. Un épais nuage de fumée, composé de litharge , d'oxide de zinc, etc., de gaz acide carbonique, et hydrogène sulfuré, remplit l'atelier. Les gaz qui se dégagent proviennent en partie des combustibles chargés d'opérer la fusion des métaux.
II y a certaines fonderies de cuivre neuf, comme celles de Paris, où on emploie une très-petite quantité de plomb pour la fusion , une livre sur cent de cuivre. Les rognures qui proviennent des ateliers où l'on travaille le cuivre, et qui contiennent uue très-petite quantité de plomb, fournissent
CAUSliS. 1^3
la matière saturnine mélangée avec le cuivre que l'on fond dans ces établissements. Très-rarement les ouvriers éprouvent les accidents de la colique saturnine.
Dans d'autres fonderies, par exemple, celle de Villedieules-Poêles , en Normandie , on mêle une douzaine de livres de plomb pour cent livres de cuivre. Il n'est donc pas étonnant qu'on y rencontre plus souvent des cas de colique saturnine.
Quelquefois, lorsqu'on vient à fondre de vieux métaux pour en retirer du cuivre , une assez grande quantité de plomb s'y trouve mêlée ; alors les fondeurs contractent plus souvent la colique saturnine que dans les cas de foule de cuivre neuf.
Après que le cuivre a été fondu , on lui fait subir diverses opérations pour les besoins des arts. Lorsqu'on le travaille seul , jamais il n'occasionne la colique saturnine ; aussi , nous n'avons pas rencontré à Paris un seul tourneur, ni un seul ciseleur en cuivre, qui ait été atteint de cette maladie. Les monteurs en cuivre, qui se servent de plomb métallique qu'ils réduisent, à l'aide de la lime, en molécules ténues, mais non assez légères pour se disséminer dans l'atmosphère , ne sont cependant point attaqués de la colique saturnine. Quant aux ouvriers des fabriques de cuivre , qui fondent et coulent les morceaux de plomb, que les monteurs ajustent au cuivre qu'ils travaillent, ou dont se servent les autres ouvriers de ces établissements pour des mâchoires, etc., ils éprouvent quelquefois les symptômes de la colique saturnine.
Un grand nombre d'auteurs, entre autres Dubois et M. Mérat, ont avancé que le cuivre pouvait occasionner la colique saturnine. A l'appui de leur dire ils ont cité des faits. Mais la cause de ces exemples de colique n'a pas été étudiée avec soin; ces médecins n'ont pas examiné les divers travaux des
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fabriques de cuivre, au milieu desquels les ouvriers avaient été atteints d'empoisonnement saturnin ; car ils auraient reconnu, comme nous, que les seules opérations dans lesquelles les ouvriers en cuivre contractent la colique saturnine, sont celles qui exigent l'emploi d'un peu de plomb.
Orfèvres , bijoutiers , joailliers.
Ces ouvriers fondent quelquefois du plomb pour faire des mâchoires, ou pour obtenir certaines pièces de plomb qu'ils doivent introduire dans des objets d'argent et d'or. Pendant cette opération, il y a des molécules saturnines qui s'élèvent du bain de plomb dans l'air. Si le fondeur ne prend pas de précaution pour les éviter, il sera atteint de colique saturnine. Ces ouvriers manient fréquemment les pièces de plomb qu'ils ont fondues. Très-rarement on observe la colique chez les orfèvres , les bijoutiers et les joailliers, en raison même du peu de plomb employé dans les travaux de ces professions.
Fondeurs de bronze.
Le bronze des cloches, des statues, des médailles, en générai celui qui est employé dans la fabrication des objets d'art, renferme ordinairement a la fois du cuivre, de rétain, du zinc et du plomb. Il en est de même des bronzes destinés h la dorure. Les ouvriers qui le fondent contractent quelquefois la colique. Mais la petite quantité de plomb qu'ils emploient, rend raison du petit nombre de coliques qu'on observe chez eux.
Les bronzeurt sont des ouvriers qui peignent avec des couleurs, imitant le bronze, plusieurs métaux, par exemple, le cuivre. La céruso et le jaune de chrome entrent
causas. i55
souvent dans leurs loi nies faites a Veau. Je n'ai pas rencontre un seul de ces ouvriers h Paris qui ait été atteint de colique.
Ouvriers des fonderies de caractères d'imprimerie,
Dans les fonderies de caractères d'imprimerie f on exécute plusieurs genres de travaux , qui exposent différemment les ouvriers à contracter la colique saturnine.
Les ouvriers de la fonderie , c'est-à-dire ceux qui fondent dans une vaste chaudière, l'antimoine et le plomb pour former l'alliage ou la matière des caractères , sont très-rarement affectés de colique. La fumée et la poussière , qui se dégagent du bain, sortent par des cheminées placées au-dessus de la chaudière et sous la hotte. Le fondeur ne se trouve en contact qu'avec une petite quantité de molécules saturnines disséminées sous la hotte , lorsqu'il s'approche de la chaudière pour écumer le bain. La fumée , avec laquelle il peut alors se trouver en contact, est composée d'antimoine, do plomb métallique , de sous-oxide de plomb , d'une petite quantité de céruse, d'acide carbonique , etc. La cérusc provient des vieux plombs dont on se sert ordinairement pour former l'alliage. Ces vieux plombs, ayant été longtemps exposés à l'humidité, en plein air ou en terre, se sont recouverts d'une légère couche de carbonate de plomb.
Les ouvriers de la fondeie touchent sans cesse avec leurs mains le plomb pour le placer dans la chaudière.
L'alliage d'antimoine et de plomb ainsi obtenu est fondu de nouveau par les fondeurs de caractères. Sans cesse ils sont penchés sur leur petit fourneau où se fond l'alliage; des particules de métal et d'oxide de plomb s'échappent à la surface du bain, et pénètrent nécessairement dans les na
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rines et la bouche de ces ouvriers. Pour placer dans le moule le plomb et l'antimoine fondus , ils se servent d'une petite cuiller , et ils touchent à peine le caractère après qu'il a été formé.
Les fondeurs de caractères d'imprimerie ont assez souvent la funeste habitude de faire cuire leurs aliments sur les fourneaux où ils fondent l'alliage de plomb et d'antimoine. Des particules saturnines qui se dégagent dans l'atmosphère, pénètrent en retombant dans les vases où cuisent les aliments. L'ouvrier qui vient à manger de pareils mets peut avaler une quantité de plcmb capable de donner naissance h la colique. Nous avons vu des ouvriers de fonderie de caractères d'imprimerie qui n'avaient jamais été atteints de colique de plomb avant de faire la cuisine dans leurs ateliers ; aussitôt qu'ils contractaient celte funeste habitude , ils tombaient malades. (Obs. XV.)
Sur cent fondeurs de caractères, on en trouve les trois quarts qui n'ont point été atteints de colique saturnine ; l'autre quart l'a été une ou plusieurs fois.
Lorsque les caractères ont été coulés, ils présentent quelques aspérités qu'il faut faire disparaître. Pour cela , le polisseur les frotte sur une pierre de grés. Pendant cette opération , une quantité assez considérable de poussière très-fine de plomb métallique et d'antimoine se dissémine dans l'air qui entoure l'ouvrier. Après avoir frotté un certain nombre de caractères , le polisseur débarrasse sa pierre de la poussière métallique qui ne s'est pas disséminée. Ce nettoiement répand encore dans l'air ambiant beaucoup de poussière. L'ouvrier se sert d'une peau de gant très-épaisse pour manier le caractère. De tous les ouvriers employés dans une fonderie de caractères , les froiteurs sont ceux qui le plus souvent se trouvent atteints de colique. Dans la fonderie de M. Tarbé , sur cent dix polisseurs , j'en ai trouvé trente-cinq
qui avaient déjà été attaqués do colique de plomb. Cette opération est généralement exercée par des femmes.
Les ouvriers coupeurs et apprê tours, après avoir aligné plusieurs caractères sur une tige métallique, les égalisent a l'aide d'une lime, qui, par son frottement, détache des parcelles de plomb extrêmement ténues et susceptibles de se disséminer dans l'atmosphère. Ces ouvriers contractent quelquefois la colique.
Le travail des composeurs consiste à mettre en ordre sur une règle les caractères qui ont été fondus, frottés et limés. Ces ouvriers ne détachent pas des molécules de plomb capables, par leur ténuité, de se disséminer dans l'atmosphère. Sans cesse ils manient les caractères : ces ouvriers ne contractent jamais la colique de plomb. J'ai questionné avec beaucoup d'attention tous les composeurs des deux belles fonderies de caractères de MM. Tarbé et Didot , sans pouvoir en découvrir un seul qui ait été atteint de colique de plomb.
Enfin, les ècréneurs , les metteurs en page manient seulement les caractères , sans exercer sur eux aucune opération qui puisse disséminer dans l'air quelques-unes de leurs molécules. Nous n'avons pas rencontré un seul de ces ouvriers qui ait été atteint de colique de plomb.
Imprimeurs.
Les compositeurs mettent souvent les caractères dans leur bouche lorsqu'ils corrigent leurs planches. J'ai observé le développement de la colique chez plusieurs de ces ouvriers qui avaient contracté cette funeste habitude. Les imprimeurs, en juxtaposant et en pressant les caractères les uns contre les autres , en détachent quelques parcelles qui se précipitent dans les casseiins, dont la surface finit par se çou-
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Vrir de poussière saturnine. Mais pour nettoyer leurs casses, les compositeurs se servent d'un petit soufflet qui fait voler un nuage de molécules saturnines , au milieu duquel ils ne peuvent être placés impunément.
Les ouvriers qui sont uniquement occupés a la presse n'éprouvent jamais les symptômes de la colique de plomb. La nature de leurs occupations ne les met point en contact avec les émanations saturnines.
Ouvriers des fabriques de plomb de chasse.
Les ouvriers qui fabriquent le plomb de chasse sont inégalement exposés à la colique , suivant qu'ils sont employés à telle ou telle opération. Nous ne dirons rien de la fonderie du plomb , ni de son moulage qui précède tous les autres travaux. (Voy. Fonderie de plomb en général.) Dans l'opération du tamisage une quantité considérable de poussière, formée de sous-oxide de plomb et de plomb métallique , se détache des grains de plomb. Au moment où l'ouvrier dépose dans le tamis les sacs de plomb, l'air ambiant se charge d'un épais nuage de poudre saturnine. Le passage à la planche , quoique moins dangereux que les opérations précédentes, expose néanmoins la santé de l'ouvrier, qui se trouve en contact avec une atmosphère chargée de quelques particules saturnines, émanées des grains de plomb. L'opération du polissage, au contraire, n'offre aucun danger ; les grains de plomb sont renfermés dans une boîte, et ne se trouvent plus en contact avec l'air extérieur.
Le fabricant de plomb de chasse manie souvent les grains ; aussi , ses maâîs sont souvent recouvertes de plomb.
Sur douze ouvriers d'une fabrique de plomb de chasse, il y en a la moitié qui , chaque année , se trouve Atteinte de colique saturnine.
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Lapidaires.
Les lapidaires doivent la colique saturnine à l'emploi qu'ils font de meules ou de roues de plomb métallique, pour tailler certaines pierres précieuses. L'ouvrier, avant de tailler, recouvre sa meule d'émeri délayé dans de l'eau. Le frottement de la pierre précieuse sur la meule détache quelques particules de plomb; l'enduit humide qui les recouvre, empêche d'abord presque complètement leur dissémination dans l'air. Mais au bout de quelques minutes , le lapidaire brosse avec force ses pierres taillées; alors, l'émeri qui leur adhère étant sec, les molécules de plomb et d'émeri , agitées avec la brosse, se répandent facilement dans l'atmosphère sous forme d'une poussière assez épaisse. Lorsque l'ouvrier vient a balayer son établi , pour le débarrasser des parcelles de plomb qui n'ont pu se disséminer, ou qui sont retombées après avoir voltigé quelque temps , il détermine encore le dégagement d'une grande quantité de poussière dans l'atmosphère au milieu de laquelle il travaille. Les lapidaires savent bien que l'opération de la taille est peu dangereuse , mais que le brossage des pierres et le balayage de l'établi causent facilement îa colique de plomb.
Ces ouvriers sont obligés de toucher souvent à leurs meules pendant la taille; aussi, leurs mains sont recouvertes de molécules de plomb.
La profession de lapidaires ne compte pas à Paris plus de cinquante ouvriers. Je n'en ai rencontré que six qui n'aient jamais été affectés de colique ou d'autres maladies saturnines. Tous les autres lapidaires, travaillant depuis une ou plusieurs années, que j'ai questionnés, ont été atteints d'empoisonnement.
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Tailleurs et polisseurs de cristaux.
Les tailleurs de cristaux, dans l'opération de l'ébauche, frottent le cristal sur une roue en fonte, ou en fer, recouverte de sable humide. Ce frottement détache une assez grande quantité de parcelles de verre très-fines, qui, étant mouillées , retombent la plupart sur l'établi sans se disperser; mais une fois desséchées, lorsqu'on veut en débarrasser l'atelier en les balayant , elles se disséminent dans l'atmosphère au milieu de laquelle se trouve l'ouvrier. Celte poussière , on le sait, contient de l'oxide de plomb. J'ai vu plusieurs tailleurs de cristaux qui m'ont dit avoir contracté la' colique en travaillant à l'ébauche.
Les polisseurs de cristaux, pour donner le brillant à leurs verres , se servent de cendres d'étain et de plomb , qu'ils appellent potée. Cette matière, délayée dans de l'eau, est appliquée sur le cristal; une roue de bois, mise en mouvement continu au moyen d'un tour, frotte le verre ainsi recouvert de potée. Une grande quantité de cet ailinge humide tombe sur l'établi du tour, où elle se dessèche bientôt; les jours suivants l'ouvrier, en nettoyant sou établi, fait voler dans l'air une certaine quantité de potée. Ces ouvriers manient souvent leur composition pulvérulente de plomb et d'étain.
La prdfcssion de tailleurs et de polisseurs de cristaux est une de celles qui occasionnent le moins souvent la colique de plomb.
Ouvriers des manufactures de glaces.
Les polisseurs de glaces se servent aussi de polec d'étain pour donner le brillant aux glaces. À cet effet, ils frottent leurs verres avec une brosse recouverte de celte poudre d'é-
CAUSES. l6l
tain ot de plomb, rendue humide par son mélange avec un peu d'eau. Après cette opération, ils jettent du plûlrc en poudre sur toute la glace, qui est encore recouverte d'une certaine quantité de potée humide. Lorsque le plâtre et la potée sont desséchés , on les détache de la glace en frottant avec une brosse sèche. Pendant ce travail quelques parcelles de potée et de plâtre viennent h se disséminer dans l'atmosphère sous forme d'une poussière très-ténue, Sur cinquante polisseurs de glaces on en trouve à peine un qui ait été affecté de colique de plomb.
Les clameurs de glaces, qui emploient seulement le mercure et 1'étain, n'éprouvent jamais les symptômes de la colique saturnine. Cependant, on voit figurer ces individus dans les listes d'ouvriers atteints de cette affection, qu'on a dressées d'après les registres de l'hôpital de la Charité (Gardannc et Mérat). Mais il est évident pour moi qu'on a inscrit sous le nom à'étameurs des polisseurs de glaces ; cette confusion est assez facile h faire , car ces ouvriers travaillent dans le même établissement, les manufactures de glace.
Ouvriers des fabriques de nitrate de plomb.
Pour obtenir le nitrate de plomb en grand , on fait bouillir en plein air, dans une énorme chaudière , de la litharge et de l'acide nitrique. Pendant cette opération une assez grande quantité de fumée, composée de gaz nitreux , de particules de litharge et de nitrate de plomb, se dégage. Aussi , les organes de l'ouvrier, qui remue souvent le mélange, peuvent-ils se trouver en contact avec cette fumée. Chaque fabrique de nitrate de plomb n'a qu'un très-petit nombre d'ouvriers, et l'opération se faisant en plein air, les met en partie à l'abri du contact du poison.
Le nitrate de plomb a été mis en usage dans ces derniers 1. 11
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temps par M. Faraday, pour la fabrication de verres pesants , des! mes aux opticiens. Les ouvriers, chargés de la fabrication de ces verres, peuvent être atteints, comme les autres verriers, de colique saturnine.'
Ouvriers des fabriques de chromale de plomb.
La préparation en grand du chromale de plomb s'obtient en versant, dans une cuve en bois, une solution de chroma te de potasse et de nitrate de plomb. A la suite du contact a froid de ces deux sels , du chromate de plomb se forme et se précipite. Puis, le jaune de chrome est enlevé et mis à égoutter sur une toile grossière. Enfin, on lui donne la forme de pains plus ou moins volumineux, pendant qu'il est encore à l'état de pale. Dans toutes ces opérations, l'ouvrier a sans cesse les mains en contact avec le nitrate et le chromate de plomb humides. Aucune particule saturnine ne se dégage dans l'atmosphère. On n'a pas vu une seule fois les ouvriers employés à ces travaux être atteints de colique.
Mais les ouvriers qui embarillent ou débarillent les pains de jaune de chrome desséché, disséminent un peu de poussière dans la pièce où ils se livrent à ce travail. On a remarqué qu'ils étaient quelquefois atteints de colique.
Le jaune de chrome se rencontre dans la nature. Plusieurs minerais en sont exploités , tant en France qu'à l'étranger. Les ouvriers de ces établissements sont susceptibles de contracter la colique saturnine.
Ouvriers des fabriques d'acèlate de plomb.
En décrivant les divers procédés, à l'aide desquels on obtient, à Clichy, la céruse française, nous avons indiqué les dangers auxquels étaient exposés les ouvriers occupés à coin-
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biner la litharge et l'acide acétique, pour obtenir de l'acétate de plomb. Il serait donc superflu de revenir ici sur le même sujet. (Voy. Fabrication de la ccruse.)
Chimistes , pharmaciens.
Les chimistes , dans leurs expériences sur les préparations de plomb, se trouvent en petit dans les mêmes circonstances que les fabricants des divers produits saturnins. Aussi peuvent-ils contracter la colique de plomb, si le poison vient, pendant ces expérimentations , à se disséminer sous forme de poussière , de fumée , en un mot , à se répandre dans l'atmosphère.
Ce que nous venons de dire de la possibilité où sont quelquefois les chimistes, d'être atteints de colique de plomb , s'applique aux pharmaciens, qui font entrer les préparations saturnines dans quelques médicaments, tels que l'onguent de la mère, l'emplâtre diapalme, le diachylum gommé, etc.
Teinturiers et imprimeurs sur étoffes.
Les imprimeurs sur toiles et étoffes peintes font usage d'acétate neutre de plomb , pour préparer la grande quantité d'acétate d'alumine qu'ils emploient comme mordant. Afin d'obtenir l'acétate d'alumine , on dissout à froid de l'alun et del'acétate de plomb dans l'eau. On fait dégourdir seulement cette dissolution, lorsqu'on l'applique sur l'étoffe à imprimer. Pendant ces deux opérations , des molécules saturnines ne peuvent se disséminer dans l'atmosphère. Mais les mains de l'ouvrier plongent sans cesse dans la solution d'acétate de plomb. Les teinturiers , pour faire adhérer diverses teintes sur leurs étoffes, se servent également comme mordant d'une solution d'acétate de plomb obtenue à froid. Malgré toutes
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nos recherches dans plusieurs grandes maisons de teinturerie et d'impression sur étoffes de Paris et des environs, nous n'avons pu découvrir un seul ouvrier dans ces établissements qui ait été atteint de colique de plomb.
VOIES d'absorption des préparations saturnines