MARCHE ET DUREE
La colique saturnine, comme presque toutes les maladies , parcourt le plus souvent plusieurs périodes. On distingue dans son cours une période d'invasion , une période d'augmentation ou d'état, et une période de déclin. Mais ces diverses phases de la maladie n'ont point une marche invariable, à gradations successives et régulières, ni une durée dont on puisse toujours fixer l'étendue , comme cela a lieu dans le plus grand nombre des phlegmasies et des lésions dites organiques.
Nous ne reviendrons pas ici sur la marche et la durée de la période d'invasion , que nous avons indiquée à l'article Prodromes.
Pendant la période d'état , on observe dans toute leur violence les phénomènes caractéristiques de la colique , dont les accès ou crises sont plus prononcés et plus rapprochés qu'à toute autre époque de la maladie. Il est rare que pendant plusieurs jours de suite que dure cette période, le degré de la colique reste exactement le môme. Tantôt, on constate une augmentation quotidienne et progressive des symptômes, jusqu'au moment de leur diminution également graduelle; tantôt, le mal fait chaque jour des progrès de violence effrayants jusqu'au moment de la décroissance.
Les choses ne se passent point toujours ainsi. Assez souvent , pendant toute la durée de la période d'acuité de la maladie , du jour au lendemain , l'intensité de la colique vavie considérablement , de manière à présenter des alternatiyjp <|&pir« ef, ,$& mieux; Ainsi, aujourd'hui la colique peut être violente, demain elle sera modérée ou même légère,
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après-demain elle redeviendra violente , puis modérée, légère le jour suivant, et ainsi de suite. Quelquefois cette variation dans l'intensité du mal se fait môme remarquer d'un moment h l'autre de la journée, par exemple du malin au soir, du jour à la nuit.
Il arrive souvent que la colique se montre plus forte vers le soir, ou pendant la nuit , tandis qu'elle se calme de nouveau vers le point du jour. Cette exacerbation de la douleur ne s'observe que lorsque la maladie est arrivée à son plus haut degré ; car lorsqu'elle est sur le point de se terminer par la guérison, par une autre maladie ou par la mort , c'est ordinairement le soir ou la nuit que ces terminaisons s'effectuent. Nous avons observé un individu atteint de colique de plomb , chez lequel les accidents saturnins se manifestaient à la chute du jour, duraient toute la nuit , et disparaissaient le matin. ( Obs. xxvm. )
De quelque manière que marche la colique pendant la période d'acuité, presque toujours la transition de cette dernière à la période de déclin s'effectue rapidement. Ainsi , d'un jour à l'autre , ou même du matin au soir, la maladie a cessé presque complètement. Lorsqu'on est témoin pour la première fois des accès fréquemment répétés d'une colique violente , on est tout effrayé du sort du malade , et on ne peut supposer que le calme va succéder dans quelques heures à tout ce bouleversement de la plupart des fonctions de l'économie. Le malade ne se plaint plus que de quelques coliques légères, continues , ou revenant par moment comme des espèces de tranchées; dans le premier cas , c'est ordinairement un sentiment de fatigue, de poids ou de compression, qu'il ressent dans le ventre; dans le second cas , ce sont des gaz roulant avec rapidité dans l'intestin , qui occasionnent encore , de temps en temps , une sensation pénible de distension. La constipation cesse ou o cessé ordinairement, les matières fécales recouvrent
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leur marche habituelle; le ventre reprend sa souplesse et fait saillie; les sphincters de l'anus se relâchent; les nausées et les vomissements disparaissent ; les gaz commencent à reprendre leur cours habituel , ils sortent en partie par l'anus; l'appétit se prononce avec énergie; le goût et l'haleine fétides se dissipent; les urines coulent avec facilité et abondance; le pouls récupère sa fréquence, sa régularité et sa souplesse accoutumées; un sommeil réparateur dissipe la fatigue, le sentiment de brisement ou de malaise général, résultat de l'ébranlement violent imprimé tout récemment à l'économie entière. Enfin, ce jour-là même, on seulement les suivants , les reliquats de la colique disparaissent complètement; le malade est guéri.
C'est une chose merveilleuse que la promptitude avec laquelle les fonctions reprennent toute leur énergie. Hier elles étaient presque toutes enchaînées; aujourd'hui tout marche comme s'il n'y avait pas eu d'accidents graves. Ce changement inespéré est annoncé tout d'abord au médecin par le faciès et le décubitus du malade. Sa physionomie a repris son jeu habituel , et son aspect presque normal. Calme et tranquille dans son lit , il ne se met plus dans les positions les plus bizarres. Ce n'est plus le même individu ; tout a changé.
Quelquefois il arrive que la période de déclin n'existe pour ainsi dire pas. La colique, montée à son plus haut degré de violence, peut cesser tout-à-coup ; une demi-heure après , le malade est rendu à la santé , ou du moins les accidents du côté du ventre ont cessé complètement. Dans quelques cas de colique, lorsque l'affection est arrivée à la fin ou au milieu de la période de déclin , tout- à-coup les accidents reparaissent avec l'intensité de l'état aigu. Le plus souvent on ne peut prévoir le retour de ces recrudescences. Parfois des imprudences de régime , surtout une alimenta-
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à la présence de la colique. Lorsqu'il existe , il se trouve être le résultat d'une autre maladie produite par le plomb (arthralgie, encéphalopathie saturnines).
Fièvre. — Ainsi, le mouvement ou l'état fébrile n'existe point dans la colique de plomb, à moins qu'il n'y ait quelque complication inflammatoire ou organique. Qu'on se rappelle en effet que l'accélération, la fréquence insolite de la circulation ne suffisent pas pour caractériser la fièvre ; il faut de plus noter, pour constater l'existence de cet accident , une augmentation de chaleur à la peau qui devient d'abord ûcre , sèche , et se couvre de sueurs ; il faut encore qu'on puisse constater de la céphalalgW, un malaise général, de la lassitude , une diminution dans les foces musculaires , ainsi qu'un trouble de toutes les fonctions.
Nutrition. — On observe très- promptement une diminution de la nutrition générale , lorsque la colique dure pendant quelque temps; l'amaigrissement fait de rapides progrès , et le malade , si l'affection se prolonge pendant des mois , des années entières , finit par tomber dans une espèce de marasme qu'on a nommé cachexie métallique. La maigreur devient alors extrême , la peau dure , écailieuse et jaunâtre; les muscles diminuent de volume et s'atrophient. D'autres individus, au lieu d'être émaciés, sont bouffis, atteints d'anasarque.
Faciès. — La face offre un aspect tout particulier dans la colique de plomb, et qui souvent suffit pour faire deviner la maladie. On observe, en effet, une altération profonde des traits , laquelle annonce la plus vive souffrance et l'anxiété la plus grande. Il est presque impossible de méconnaître cette physionomie, quand on l'a observée une seule fois; mais il est difficile delà décriie. Ce n'est point le simple faciès grippé des individus atteints de péritonite. Il y a dans la figure du malade affecté de colique saturnine , des contractions muscu-
laircs plus vives, des changements plus brusques, une agitation plus marquée; en un mot, un bouleversement plus complet. L'angoisse qu'elle exprime indique aussi une plus grande acuité de la souffrance. Les yeux sont enfoncés profondément dans les orbites , ou bien forment saillie hors de ces cavités; ils se trouvent entourés d'un cercle bleuâtre, et sans cesse en mouvement, comme les autres organes de la face; ils sont troubles, égarés, et expriment vivement les divers degrés de la douleur que le malade éprouve. Le nez s'effile un peu, les joues se cavent; en un mot, il y a une tension et une rétraction des muscles et des traits de la face analogues à celles du ventre. Cette expression de la figure se trouve surtout bien dessinée au moment de l'exacerbation; car dans les rémissions elle offre une altération beaucoup moins marquée j elle se recompose en partie. Ajoutons enfin que la peau de la face , ainsi que la conjonctive, présentent encore , ordinairement, à un haut degré , la teinte jaune terreuse, caractéristique de l'ictère saturnin. Nous avons trouvé la figure injectée à six malades atteints de colique de plomb non compliquée ; chez deux d'entre eux seulement, il y avait un peu d'accélération du pouls.
Facultés Intellectuelles. — Le moral se trouve aussi profondément altéré que la physionomie. Les malades du caractère le plus gai, le plus indifférent, le plus impassible , ne peuvent s'empêcher de concevoir de très-grandes inquiétudes sur leur existence. Ceux qui sont atteints pour la première fois de colique , sont ordinairement plongés dans le plus violent désespoir., dans les plus cruelles angoisses ; ils se promettent d'abandonner leur profession , cause de tant de douleurs. Pendant la rémission , lorsque la souffrance n'agite pas le malade, il y a chez lui une langueur excessi- Tement marquée, un abattement extrême.
Ordinairement l'intelligence n'est pas troublée; seule-
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faisceau toutes les observations que possède la science , ou que nous avons recueillies , pour en prendre la durée moyenne. Car pour établir avec exactitude une pareille approximation , il faudrait que tous les cas réunis fussent pris dans les mêmes circonstances; or, ne l'ayant pas été, leur durée varie beaucoup. ïl faut donc établir les distinctions suivantes pour arriver à une appréciation exacte de la durée de la colique.
i°. Lorsque les individus qui ont contracté la colique peuvent encore, en raison de la bénignité de la maladie, travailler au milieu des circonstances qui leur ont occasionné ces accidents , l'affection dure indéfiniment, si on n'oppose aucun traitement. C'est ainsi que nous avons vu de ces individus être malades pendant des années entières. Quelquefois, cependant, mais très-rarement, la colique se dissipe d'elle-même au bout de quelques jours.
2°. Nous supposons maintenant que les malades abandonnent les travaux, causes de la colique.
Dans le cas de colique abandonnée aux seuls efforts de la nature, le plus souvent il est impossible d'en fixer positivement la durée. Le plus ordinairement elle subsiste douze, quinze jours , des mois, des années entières, ou indéfiniment. Dans un petit nombre de cas elle disparaît spontanément après deux, trois, sept, huit jours. Lorsqu'elle est violente, sa durée est en général plus longue que lorsqu'elle se trouve modérée ou légère.
5°. Le plus souvent, lorsque le médecin est appelé pour traiter la colique de plomb, déjà le malade a été tourmenté depuis plusieurs jours par ce mal cruel. Nous allons donc d'abord indiquer la durée moyenne de la colique , à partir du jour où le traitement a été mis en usage.
Il existe plusieurs espèces de traitements qui, dit-on, guérissent certainement la colique , c'est-à-dire en abrègent la durée. Nous pensons, nous, que la durée de la maladie est