‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 22 sur 51 · MARCHE ET DUREE · texte numérisé non relu

MARCHE ET DUREE

assez souvent un peu moindre , lorsqu'on fait usage d'un traitement, quel qu'il soit ; mais cette légère abréviation de la maladie doit-elle être attribuée à l'action directe opérée par les médicaments, ou à l'influence qu'ils exercent sur l'imagination des malades ?

Un seul traitement nous paraît presque constamment abréger, d'une manière excessivement marquée, la durée de la colique. Ainsi, nous prouverons parla suite que la colique , traitée activement par l'emploi répété journellement des purgatifs drastiques , ne dure ordinairement que trois à quatre jours, à partir du moment où la médication a été employée. Il y a certainement quelques exceptions à cette règle; ces exceptions tiennent tantôt à la forme de la colique, tantôt àlidiosyncrasie de l'individu, etc., etc. Nous tâcherons d'établir plus tard les causes de cette résistance ou durée extraordinaire de la colique , malgré l'administration , quelquefois même la plus rationnelle, de cette médication. %

Le plus souvent, lorsqu'on fait usage de ce traitement héroïque, on peut juguler la maladie, lorsqu'elle est à son début , à ses prodromes. Dans des cas moins nombreux, la colique parcourt sa carrière sans être arrêtée par la médication.

La colique de plomb, comme nous l'avons déjà dit etprouvé dans plusieurs passages précédents, se montrant assez rarement seule, comme l'expression de l'empoisonnement saturnin , il nous faut maintenant examiner la marche de la colique, relativement aux autres maladies de plomb.

Lorsque la colique et l'arthralgie saturnines décèlent simultanément l'existence d'un empoisonnement de plomb , il est rare que les périodes de ces deux affections se correspondent. Ainsi, le plus souvent, elles n'acquièrent pas au même moment leur plus haut degré d'énergie.

2ÔG COLIQUE *A.TlUtfSKy^

Si la colique a été, dès le début, violente k et Faî<hi>*}g1e légère , celle-ci, a son tour, au bout d'un ou plusieurs jours , acquerra plus d'intensité, tandis que celle-là perdra de sa force, et vice versa. Dans quelques cas même, cette alternative de prédominance de chacune de ces affections se répète plusieurs fois pendant le cours de l'empoisonnement. Lorsque ces deux maladies saturnines ne débutent pas ensemble, celle qui aura dénoté la première l'empoisonnement , sera aussi, ordinairement, la première à cesser. Assez souvent, au fur et à mesure que l'une disparaît, l'autre se prononce davantage. Quelquefois enfin, lorsque la colique saturnine existe depuis un ou plusieurs jours , elle vient à disparaître brusquement pour être remplacée par l'arthralgie, et vice versa.

Dans le cas de co-existence de la colique et de la paralysie saturnines , rarement ces deux maladies débutent ensemble. Le plus souvent l'affection douloureuse du ventre précède l'arrivée de la paralysie de quelques jours; celle-ci ne se montre que lorsque celle-là touche à sa lin. Quelquefois la colique cesse brusquement au milieu de son cours, et la paralysie apparaît. Enfin, dans un petit nombre de cas, la colique ne se déclare qu'après l'entier développement de la paralysie.

La colique étant une maladie aiguë , sujette à de brusques exacerbations , tandis que la paralysie, maladie chronique, a une allure régulière, lente et graduée, il arrive que ces deux affections n'éprouvent point ces alternatives fréquentes de prédominance, que nous avons indiquées clans le cas où l'arthralgie et la colique marchent ensemble.

Lorsque l'encéphaîopalhie saturnine et la colique nous traduisent l'existence de l'absorption du plomb dans l'économie, voici ce qu'on observe. Le plus habituellement la colique ouvre la scène, puis au milieu de la période d'acuité

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de cette maladie, les accidents cérébraux se déclarent. Alors, tantôt l'affection douloureuse du ventre disparaît brusquement , ou continue sa marche pour diminuer ensuite d'intensité, et finir par disparaître; tantôt, au contraire, elle persiste aussi vive, jusqu'à la disparition de la maladie cérébrale , à laquelle même elle survit. Dans d'autres cas , moins nombreux, la colique apparaît en même temps que l'encéphalopathie; lorsque l'une de ces affections se fait remarquer par sa violence, l'intensité de l'autre diminue ; d'un jour h l'autre on observe de ces alternatives de prédominance de chacune de ces maladies. Nous avons vu quelquefois la colique acquérir plus d'énergie, et même se développer seulement après la cessation de l'encéphalopathie saturnine.

Dans un certain nombre de cas, la colique a cessé complètement ou presque complètement lorsque les autres maladies saturnines arrivent. N'est-ce pas une chose fort cxtraordmaire'qu'au moment où l'on croit que le malade touche a la guérison de sa colique , il soit atteint d'une autre maladie saturnine?

Enfin, il arrive quelquefois que le malade est totalement guéri do sa colique depuis plusieurs jours , voire même des semaines, des mois ou des années entières, et cependant il est atteint d'arthralgie, de paralysie ou d'cncéphalopathic saturnines, sans s'être exposé de nouveau au contact^ du plomb: ce qui prouve que les rechutes de l'empoisonnement saturnin peuvent bien ne pas être semblables à l'attaque primitive.

Dans les cas d'empoisonnement où la colique marche de concert avec l'intoxication saturnine primitive, celle-ci , et surtout l'ictère, font des progrès toujours croissants ou restent stationnaires pendant le cours de la colique; mais une fois l'affection du ventre terminée, l'ictère, l'amaigrissement, etc., disparaissent assez promptement, si le convalescent s'éloigne du foyer d'infection, et s'il prend les moyens nécessaires pour i. 17

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se purifier. II arrive quelquefois que l'ictère et la cachexie métallique n'apparaissent que lorsque déjà la colique dure depuis quelques jours, des mois ou des années entières. Le plus souvent, si l'intoxication primitive se développe au foyer d'une grande quantité d'émanations saturnines , la colique ne se déclare que lorsque l'intoxication saturnine primitive est arrivée à son entier développement, et cependant, dans ces cas, celle-ci survit encore à celle-là.

Ce qui précède prouve d'une manière irréfragable que les maladies saturnines du système nerveux cérébro-spinal ne sont pas des effets sympathiques ou consécutifs delà colique, comme presque tous les auteurs l'avaient avancé jusqu'ici , puisque chacune de ces affections peut être le phénomène précurseur ou la terminaison de la colique, de même que celle-ci peut annoncer ou le commencement ou la fin des autres formes de l'empoisonnement saturnin. Enfin, les modifications d'intensité que su bit la colique , lorsqu'au milieu de son cours survient une autre maladie de plomb, ou lorsque ces deux affections marchent ensemble, corroborent notre manière de voir, qui ne peut plus être maintenant le sujet de la plus légère contestation. Répétons donc ici que toutes les maladies de plomb ou formes de l'empoisonnement saturnin sont des affections distinctes, indépendantes les unes des autres, qui n'ont de commun que leur commune origine.

Dans le cas de colique de plomb, compliquée d'unephlegmasie des voies digestives, on remarque assez souvent que l'inflammation, lorsqu'elle est chronique surtout, précède la colique. Très-rarement, on voit la phlegmasie arriver à la suite de •l'empoisonnement abdominal. Ce n'est pas le cas d'appliquer ici cet antique adage : u6i stimulus, lui fluxus. A plus forte raison n'admeltons-nous pas, comme quelques auteurs, que dans

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la colique saturnine , même chronique , des légions organiques, telles que des squirrhes, des cancers, etc., puissent, a la longue , affecter les intestins , uniquement par suite de la persistance de l'affection toxique, L'individu dontnous avons . déjà parlé (voy. Obs. xxv), qui succomba après trois mois de souffrances atroces, ne pous présenta, dans toute la longueur du tube digestif, aucune trace d'inflammation, ni d'autres lésions organiques; et cependant cet homme avait fait usage , h plusieurs reprises , des médications purgatives les plus énergiques. Enfin, le plus ordinairement la phlegmasie et la colique débutent et marchent ensemble.

Dans cette marche simultanée de ces deux affections, le plus souvent on observe que la colique est peu saillante , peu vive pendant toute la durée de la phlegmasie. Mais aussitôt que la complication a cessé, la colique semble acquérir une plus grande intensité: elle n'était que masquée, pour a insi dire , par la phlogose. Il arrive assez souvent que l'emploi des moyens propres à combattre la colique ressuscitent la phlegmasie ? et vice versa; en sorte que l'on observe des alternatives de prédominance de l'une et de l'autre de ces affections. Ordinairement la guérison de l'empoisonnement n'a lieu qu'après celle de la complication.

Lorsque la colique de plomb se trouve compliquée d'inflammation chronique ou d'une lésion organique des voies digestives, cette dernière, qui existe depuis un temps plus ou moins long , le plus souvent acquiert momentanément un plus haut degré d'intensité par suite de l'arrivée de l'empoisonnement; quelquefois cependant, elle semble diminuer pendant le cours de la colique. Cette complication prolonge considérablement la durée de la colique; car pour traiter convenablement l'affection toxique, il faut se servir de moyens qui contribuent le plus ordinairement h augmenter la lésion organique, ce qui est un accident soUient à redouter. Après

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la cessation de la colique , la pleginasie chronique , ou lésion organique, continue sa marche comme auparavant; quelquefois elle devient alors plus intense, dans d'autres cas elle diminue, et même on l'a vue cesser complètement.

Lorsque la complication se trouve être une maladie nerveuse, il arrive quelquefois, si elle a précédé la colique, qu'elle cesse h l'arrivée de cette dernière , mais elle reparaît aussitôt que l'affection saturnine est guérie.

Les diverses circonstances étiologiques qui ont précédé le développement des accidents abdominaux sont de la plus haute importance à connaître pour établir le diagnostic de la colique saturnine. Ainsi, un malade qu'on a devant les yeux se plaint du ventre , travaille-t-il les préparations de plomb, ou a-t-il été exposé ;à leur action d'une manière quelconque, on aura déjà des données pour soupçonner la nature de la maladie abdominale. Mais si l'on y joint la preuve de l'existence d'accidents saturnins immédiatement antérieurs ou concomitants , arthralgie , paralysie , encéphalopathic , intoxication saturnine primitive , on aura encore un degré de certitude de plus. Cependant , nous devons l'avouer , ces considérations ne pourraient pas , à elles seules, faire reconnaître, d'une manière positive et directe, la colique de plomb. En effet, la plupart des maladies des voies digestives cturinaires peuvent se développer chez les ouvriers qui travaillent le plomb, même lorsqu'ils sont atteints d'intoxication saturnine primitive et des autres maladies de plomb ; car tout n'est pas maladie saturnine chez un plombier, de même que tout n'est pas cancer chez un cancéreux, ni vérole chez un

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vérole, ni goutte chez un goutteux. Ce n'est que par induction qu'on porterait dans ce cas un pareil jugement. On ne peut pas non plus toujours découvrir la cause toxique qui a donné naissance à la colique. Les éléments du diagnostic doivent donc également puiser leur source dans la forme des accidents abdominaux.

La colique de plomb ne ressemble complètement a aucune autre maladie du ventre; c'est une affection a physionomie toute particulière, spécifique. En effet, quoiqu'elle n'ait pas de signes particuliers qui ne lui soient communs avec d'autres maladies, néanmoins leur ensemble, leur enchaînement et leur marche la font distinguer avec facilité de toute affec lion du ventre ou des organes voisins. Et cependant qui croirait qu'à Paris, ce sanctuaire de la science médicale , la plupart des médecins praticiens ne savent pas reconnaître la colique de plomb ? Ils la prennent pour une inflammation des organes digestifs, voire même pour un volvulus ou une hernie. Aussi avons-nous eu souvent, h la Charité, l'occasion d'apprécier les résultats de la méthode anti-phlogistique , dans des cas de colique qui d'abord avaient été traités ainsi en ville d'après cette erreur de diagnostic.

Il y a une infinité de maladies qui ont quelques traits de ressemblance avec la coliqucsaturnine, et qui, par conséquent, peuvent être confondues plus ou moins facilement avec elle.

Maladies métalliques.

Les accidents qu'occasionnent les autres substances minérales ont-ils quelque ressemblance avec la colique saturnine? Trois métaux et leurs composés ont la faculté, à la suite de leur introduction et de leur absorption dans l'économie, de déterminer des maladies du côté des voies dige»tives; ce sont le cuivre, le mercure et l'arsenic.

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Colique de cuivre. — Le cuivre et ses composés peuvent donner naissance à une colique spécifique, qui pré sente quelques ressemblances et de grandes dissemblances avec la colique saturnine.

Dans l'une et l'autre affection , le malade éprouve une vive douleur abdominale; mais, dans la maladie de plomb, un petit espace situé presque toujours sur la ligne médiane; la douleur occupe les testicules , la région rénale et le thorax sont aussi des points envahis par la souffrance. Dans la colique decuivre, le mal envahit tout le ventre, mais ne s'étend pas au-delà.

La compression augmente toujours la douleur de la colique de cuivre; un effet contraire a lieu lorsqu'on comprime l'abdomen des individus atteints de colique de plomb , surtout au moment des accès. Le ventre se trouve déprimé, tendu et contracté dans la colique saturnine; il est, au contraire, un peu plus volumineux et un peu plus souple dans le cas de colique de cuivre.

La douleur de ces deux affections est continue et exacerbante; mais les cris, l'agitation, les positions bizarres et le faciès du malade qu'on observe au moment des accès de colique saturnine, impriment une physionomie caractéristique à cette maladie, qu'on ne rencontre pas chez les individus affectés de colique de cuivre.

La constipation est un des phénomènes pathognomoniques de la colique de plomb, tandis que le dévoiement, constitué par des selles abondantes , glaireuses , verdâtres , fréquemment répétées, accompagnées quelquefois d'épreintes , caractérise la colique de cuivre. Cependant nous avons vu deux malades atteints de colique de cuivre , chez lesquels il n'y avait pas de diarrhée; et l'on se rappelle que nous avons rapporté quelques cas de colique saturnine exempts de complication, dans lesquels nous avons constaté du dévoiement. Ces

deux symptômes ne peuvent donc, à eux seuls, différencier toujours ces deux coliques toxiques.

A peine des nausées et quelques rares vomissements s'observent-ils dans la colique de cuivre, tandis que ces accidents font habituellement partie du cortège de la maladie saturnine.

Il nous a été impossible de constater , dans la colique de cuivre, cette formation si abondante de gaz et ces éructations que nous avons signalées dans le cas de colique saturnine.

L'haleine fétide , le goût sucré , la coloration ardoisée des gencives, n'existent pas chez les individus atteints de colique de cuivre.

L'anorexie , la soif et l'état de la langue ne nous ont pas paru différents dans les deux coliques. Des observateurs, qui probablement n'ont vu que peu ou point de coliques de cuivre, ont avancé que dans celle qui reconnaît pour cause les émanations cuivreuses, il y avait une soif très-vive, et que la langue était rouge, épaisse et sèche. Dans les douze cas de colique de cuivre qu'il nous a été permis d'observer avec beaucoup d'attention , nous n'avons pas rencontré ces accidents.

Il en est de même du mouvement fébrile , nous ne l'avons constaté que dans un seul cas de colique de cuivre; par conséquent, ce phénomène ne peut encore servir à établir de diagnostic différentiel. Mais cette sédation , cette dureté , cette irrégularité des battements artériels dans la colique de plomb ne sont point des phénomènes observés dans l'autre colique métallique.

Les accidents que nous avons signalés du côté des voies urinnires dans certaines formes de la colique de plomb (néphralgie et cystalgic saturnines) ne se remarquent point dans la colique de cuivre.

La respiration, qui s'accélère quelquefois d'une manière si

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remarquable dans la maladie produite par le plomb, n'est point troublée dans le cas de coliijue de cuivre.

La teinte jaune terreuse et l'amaigrissement, qui indiquent une altération primitive des liquides et des solides, produite par le plomb, jamais nous n'avons pu les voir dans la colique de cuivre.

Les autres maladies de plomb , telles que l'arthralgie , la paralysie et l'encéphalopalhie saturnines, accompagnent le assez souvent la colique , qu'elles précèdent aussi , ou dont elles peuvent être une terminaison. Malgré les recherches les plus minutieuses , nous n'avons pu rencontrer le moindre vestige d'existence de ces maladies chez les individus atteints de colique de cuivre.

La marche et la durée de ces deux affections suffisent également pour établir une distance immense entre elles. Nous avons vu que la colique de plomb, même la plus régulière, avait une marche brusque; ses diverses périodes ne se succèdent pas par une transition progressive. Nous avons noté aussi ses irrégulières alternatives d'augmentation et de diminution d'intensité d'un jour à l'autre, ainsi que ses rechutes. La colique de cuivre ne nous a rien offert d'analogue dans son allure ; ses symptômes augmentent et diminuent par gradation successive , de manière qu'on peut prédire la durée de son invasion, de son accroissement et de son déclin; et elle n'est point sujette a des rechutes.

Enfin, les boissons douces, mucilagincuses, les cataplasmes et les lavements émollients, les bains, et, si les symptômes ont beaucoup d'intensité, les évacuations sanguines et les narcotiques sont les moyens qu'on oppose avec succès à la colique de cuivre. Nous verrons à l'article Traitement , que ces moyens sont, le plus souvent, inutiles dans le cas de colique de plomb. Cependant nous devons ajouter avoir vu des coliques de cuivre intenses bien manifestes, guérir rapidement sous Fin-

flucnce du traitement ordinaire de la colique saturnine. Ainsi le traitement ne peut, à lui seul, servir à différencier suffisamment ces deux coliques , comme on s'est empressé de le proclamer jusqu'à ce jour. Le petit nombre de coliques de cuivre qu'on rencontre dans les hôpitaux et la pratique civile, fait qu'on ne peut rien avancer de bien positif, de bien certain sur son traitement propre et différentiel.

Il résulte donc de cette analyse comparative que si chacun des symptômes des coliques de plomb et de cuivre est insuffisant dans certains cas pour les caractériser , leur ensemble, leur marche, leur enchaînement permettent de les distinguer l'une de l'autre. Cette proposition résulte de faits positifs et non de suppositions gratuites. N'avons-nous pas vu en effet que dans certains cas de colique de plomb , il n'est pas un des symptômes abdominaux de cette maladie, à l'exception des douleurs, qui ne manque dans quelques circonstances, ou qui ne puisse être remplacé par un symptôme contraire, caractéristique, par exemple, de la colique de cuivre.

Cette difficulté du diagnostic est grande surtout, et même quelquefois insurmontable, dans certains cas de colique à symptômes peu intenses et peu tranchés, qui surviennent chez les ouvriers travaillant en même temps le cuivre et le plomb. Mais alors le peu d'énergie de l'affection , si d'autres accidents concomitans ne surviennent , n'offre pas un danger qui puisse faire regretter beaucoup de ne pouvoir reconnaître d'une manière positive qu'on a affaire, soit à une colique de cuivre, soit à une colique de plomb.

Dubois, dans sa fameuse thèse , a décrit une colique semblable à celle produite par le plomb , et qu'il soutenait être occasionnée par le cuivre. Les ouvriers de la célèbre fonderie de cuivre de Villedicu-les-Poêlcs , en Normandie , furent présentés par noire auteur comme étant en proie a tous les ac-

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cidents de la colique saturnine ; niais il ne manque qu'une Chose à l'exactitude de la narration de Dubois; c'est la vérité. Notre auteur n'avait pas visité cet établissement; car il y aurait vu que les ouvriers sujets à la colique saturnine sont Uniquement ceux qui travaillent le plomb. (Voy. Causes, p. i53. ) C'est ce que M. Havard, le descendant de ce médecin, qui engagea autrefois une polémique avec Dubois, nous a assuré dans plusieurs lettres remarquables qu'il nous a adressées à ce sujet.

Le mercure peut donner naissance a des maladies métalliques totalement différentes de la colique saturnine. C'est ainsi que les inflammations spécifiques qu'il occasionne sur les divers points de la muqueuse digestive , chez lés ouvriers qui le travaillent, ou chez les individus qui le prennent comme médicament , ne peuvent être comparées à la colique de plomb. L'eutérite mercurieîle est caractérisée par un dévoiemenl très-abondant, des douleurs obtuses et continues dans le ventre, augmentant par la pression , accompagnées de lièvre , et de tout le cortège de la cachexie mercurieîle. On ne peut donc confondre l'entérite, ou la colique mercurieîle , avec la colique saturnine. t

L'arsenic déposé sur un point de l'économie éloigné du tube digestif, va faire sentir, comme le plomb , ses effets délétères sur les organes abdominaux; mais ces effets n'ont aucune analogie. L'action de î'arsenic sur le tube digestif, à la suite de son absorption , est analogue à celle qu'il produit lorsqu'il se trouve porté directement dans ces organes. Il n'est pas possible de trouver la plus petite ressemblance entre la colique saturnine et un empoisonnement par les substances corrosives.

Colu/ues dites végétales.

Bon nombre de médecins anciens , et même modernes , ont décrit quelques maladies des organes abdominaux, inhérentes à certaines localités , qui offrent un ensemble de symptômes analogues à ceux qui traduisent l'existence de 3a colique de plomb. Ouvrez, en effet , tous les ouvrages qui traitent des coliques végétales, du Poitou , de Madrid , dii Dcvonshire, des Indes, etc., vous verrez des phénomènes abdominaux , cérébraux et rachidiens , qui offrent quelque ressemblance avec la colique et les autres maladies saturnines.

Ces coliques étant produites, d'après quelques auteurs, par les végétaux qui croissent dans ces pays , on les appelle coliques végétales, par opposition aux coliques métalliques produites par les substances minérales.

D'autres observateurs , contemporains de ceux qui nous ont transmis des histoires de la colique végétale , ont nié l'existence de cette affection endémique i ils ont cherché à prouver qu'elle n'était autre chose qu'une colique saturnine , dont la cause avait été méconnue.

L'histoire de ces affections étant encore pleine de doutes , nous avons fait de nombreuses recherches , afin de nous assurer positivement s'il existe réellement une Colique propre à certains pays, et si elle a quelque ressemblance avec la colique saturnine. Pour résoudre cette double question , nous ne nous sommes pas contentés de lire les descriptions obscures et incomplètes de ces maladies qui nous ont été transmises; nous avons encore demandé aux médecins qui habitent les contrées, terres classiques de la colique végétale, les notions qu'ils possèdent sur cette maladie. Des renseignements extrêmement intéressants nous ont été adressés de Normandie , du Poitou , de Madrid, du Devonshire et des

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Indes, par MM. Vasse, Havard, Alfaro, Thomson, Dupont et de Beaumont.

Nous croyons avoir aujourd'hui assez de documents pardevers nous pour pouvoir dire si la colique végétale ressemble , par ses symptômes , à la colique saturnine , et si elle est produite par les préparations de plomb.

Colique de Madrid. — Luzuriaga, un des médecins les plus célèbres delà Péninsule, Thierry, MM. Larrey, Marquand, Morthereux, Jourdain , Déplace, Lisle, Urbain Coste et Pascal, médecins français qui ont séjourné quelque temps à Madrid , énumèrent les symptômes suivants comme caractéristiques de la colique qu'ils ont observée dans cette ville :

Dans le début, douleurs sourdes et passagères dans le colon et l'hypocondre droit , ou l'ombilic ; sentiment de plénitude dans l'estomac ; défécation difficile, rarement de la constipation; nausées , borborygmes, éructations; anorexie, coloration jaune livide des conjonctives et de la face (couleur plombée), abattement, morosité.

Au bout d'un à trois jours environ, les symptômes précédents augmentent beaucoup d'intensité ; les douleurs tortillantes , rongeantes , déchirantes , diminuées ou indifférentes à la compression, reviennent, sous forme d'accès très-rapprochés, à l'épigastre et dans tout le ventre, ainsi qu'aux lombes, au thorax et aux parties génitales; elles sont tellement atroces qu'elles arrachent des cris aux malades qui , en proie aux plus vives angoisses , se roulent dans leur lit, se recourbent , se jettent par terre à plat ventre , etc. ; des hoquets incommodes, des nausées et des vomissements de matière poracée, érugineuse, muqueuse et bilieuse, suivis de soulagement momentané , s'observent pendant cette période de la maladie; quelquefois des coliques très-fortes précèdent les vomissements , qui, ne s'effectuant qu'avec beaucoup de difficultés , plongent le malade dans une anxiété très-grande ,

une sorte de jactitation; la constipation est complète ; les parois du ventre, insensibles an toucher, se dépriment et se contractent; la sécrétion de l'urine est entravée , l'évacuation de ce liquide se fait avec difficulté ; la tristesse s'empare de plus en plus du malade, il s'affaiblit. Quelquefois il y a des accès de dyspnée et de dysphagie, au moment des exacerbatious de la colique. Le pouls est tout-à-fait naturel , suivant quelques-uns ; plusieurs parlent de sa tension et de sa dureté; d'autres disent qu'il est accéléré. Langue humide, naturelle, ou recouverte d'un enduit muqueux, jaunâtre; absence de céphalalgie ; insomnie continuelle ; peau conservant sa température ordinaire. Lorsque la constipation est vaincue par le traitement , les évacuations alvines sont d'abord formées de matières très-dures, divisées à l'infini, qui ont la forme de crottins de brebis ; cette évacuation soulage le malade pour un temps seulement.

Ces symptômes , après avoir duré sept à huit jours , peuvent disparaître complètement, surtout s'ils sont exempts de complication et traités convenablement; elle malade est ramené à la santé. Dans d'autres cas, ces accidents vont toujours en s' aggravant ; alors , la maladie s'étend aux centres nerveux. Des douleurs et des crampes envahissent les membres supérieurs et inférieurs , qui alternent quelquefois avec celles du ventre. On voit apparaître la paralysie incomplète , surtout aux muscles extenseurs des membres supérieurs, l'aphonie, l'amaurose et la surdité momentanée. Du délire, des convulsions , des attaques d'épilepsie et le coma , mettent fin à ce désordre en amenant la mort.

Quelquefois, aux accidents de la maladie se joignent des phénomènes divers , indices d'une complication. Ainsi , clans certains cas, on observe que le ventre, acquérant une grande chaleur, se ballonne, devient douloureux à la pression , que les urines se colorent en rouge , que la peau de-

%rjQ COLIQUE SATURNINE*

vient sèche, chaude, et que la circulation s'accélère (fièvre). Un affaiblissement considérable, mais graduel, accompagné de cachexie, succède h cet état, au milieu duquel peut succomber le malade.

Les phénomènes qui annoncent une issue favorable de la colique sont: la cessation des douleurs, le rétablissement du cours des urines et des selles, le retour du sommeil, des éruptions miiiaires ou des érysipèles. Le mal cède ordinairement en dix ou douze jours. Les récidives et les rechutes sont fréquentes , et alors le danger devient très-grand.

Le traitement le plus, efficace est celui des opiacés et des purgatifs. A l' autopsie, on ne rencontre aucune altération appréciable dans les organes où siège la maladie.

La description que je viens de tracer de la colique de Madrid, on ne la trouve pas aussi nettement ni aussi complètement exprimée dans les Mémoires publiés sur cette affection. Tous les traits en sont éparpillés dans les différents auteurs qui ont écrit sur cette maladie. En les réunissant, j'ai fait un tableau de cette colique , qu'il s'agit de comparer maintenant avec la colique de plomb.

D'après la description que je viens de donner delà colique de Madrid, il est évident qu'il y a la plus grande analogie, je dirai même la ressemblai; ce la plus complète, entre cette affection et la colique de plomb.

Mais à quelles causes doit-on attribuer la colique de Madrid ? C'est ici que les opinions sont fort divergentes.

Les médecins espagnols, tejs que Luzuriaga, Hernandez, etc., pensent que la colique de Madrid est produite par les préparations de plomb employées au mauvais étamage des batteries de cuisine, y la confection des poteries vernissées, désignées sous le nom de ilnajas, ainsi qu'à la falsificationdes vins et des liqueurs.

Mais d'abord les batteries de cuisine de Madrid (les nié-

dccins français s'en sont assurés) no diffèrent pas,' sous le rapport de rétamage, de celles de Paris; les ouvriers qui se livrent à ce genre d'industrie dans la capitale de l'Espagne sont presque tous Français. On ne peut doue attribuer la colique à l'emploi de pareils vases.

Il n'est pas exact de dire non plus que les tlnajas destinés à recevoir les vins, les vinaigres, les huiles, et à conserver toutes sortes de substances alimentaires, soient vernissés; aucun d'eux n'est recouvert de vernis où entre du plomb. (Percy , Mortherenx. )

Quant à la falsification des vins par la litharge, les médecins militaires français se sont assurés qu'il est très-rare que cette fraude ait lieu avec la litharge ; car les vins d'Espagne sont doux , agréables , riches en principes généreux , et ne passent pas facilement à une fermentation acide.

Il n'est donc pas probable que la colique de Madrid soit produite généralement par le plomb employé à la falsification des vins , et pour la confection des vases destinés à préparer et à conserver les aiiments; car quand bien môme, dans quelques cas de colique, on reconnaîtrait une pareille origine, pourrait-on, de ces faits isolés et partiels, déduire la cause générale de cette maladie ? Non , assurément.

Les médecins français pemsent que la colique de Madrid est due aux glaces, aux fruits ou aux légumes , souvent hors de saison, dont on fait un extraordinaire usage, au sol de cette capitale , et surtout au changement subit et très-marqué de la température du jour el de la nuit; en un mot au refroidissement.

Les médecins de Madrid précités, Luzuriaga et Hernaudez, ne veulent pas admettre l'action de pareilles causes pour la production de la colique de Madrid. lis affirment que les affections qui en dérivent sont bien différentes de celle dont il est question^ que ces maladies (lièvres, diarrhées avec '

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coliques passagères, etc.) ne sont jamais aussi rebelles, quoique plus dangereuses; qu'elles causent le plus souvent la diarrhée, et que si la constipation a lieu, elle n'a jamais ce caractère d'opiniâtreté qui est particulier aux coliques métalliques; enfin, qu'elles ne sont jamais suivies de paralysie et d'autres accidents cérébraux, et ne sont point, comme la colique de Madrid, sujettes à des rechutes. Ils ajoutent encore que la comparaison de la colique de Madrid avec celles observées dans tous les pays par les meilleurs praticiens, fait voir qu'il n'en est pas qui ait plus de ressemblance avec elle que celle dite des peintres.

En présence de ce conflit d'assertions si opposées et si peu vraisemblables, émises de part et d'autre, sur la cause présumée de îa colique de Madrid , nous avons douté de l'exactitude de la description des auteurs. Nous no pouvions nous persuader, d'une part , qu'un groupe d'accidents semblables a ceux de l'empoisonnement saturnin, fût produit par toute autre cause que le plomb; par exemple, par les variations de température, etc. D'un autre côté, nous ne pouvions nous résoudre à admettre que les seules batteries de cuisine et les falsifications des vins de Madrid , pussent occasionner si souvent la colique de Madrid. Nous avons donc dû chercher à nous éclairer à l'aide de documents uouveaux, pris à une époque où la science d'observation a fait de grands progrès en Espagne comme en France.

M. Orfila a bien voulu nous mettre en relation avec un jeune et savant médecin , qui a fait tout dernièrement ses études médicales à Paris, M. Alfaro. Cet observateur était plus que tout autre en position de nous donner des renseignements intéressants sur la colique de Madrid : directeur de la Gazette Médicale de Madrid , il se trouve en relation avec un grand nombre de ses confrères; ancien interne de l'hôpital de la Charité de Paris , il a observé jgrand nombre de fois la

colique saturnine. Ses réponses aux questions quo nous lui avons adressées louchant la cause, les symptômes , etc. , <lo la colique de Madrid , doivent donc inspirer une grande confiance, et jeter de vives lumières sur cette maladie. Extraits de la correspondance de M. Alfaro.

« i° On confond ici, sous le nom de colique de Madrid, une foule de maladies différentes, et surtout la plupart des affections du ventre, telles que des entérites, des colites, des dysenteries , des néphrites et des hépatites.

» Il n'y a point, a Madrid, d'entité morbide, connuo sous le nom de colique de Madrid , qui ait quelque ressemblance avec la colique saturnine , et les divers accidents produits par le plomb du côté des centres nerveux , paralysies et névralgies partielles des membres , délire , attaques d'épilepsic, coma.

» 20 On a eu tort de créer, sans motif valable, une nouvelle entité (colique de Madrid), en dehors des cadres nosologiques. Luzuriaga et lïernandcz ont décrit la colique saturnine telle qu'elle se présente fréquemment à Madrid , chez les individus et les ouvriers (les peintres en bâtiments, etc. ) qui se trouvent en contact avec le plomb. On rencontre aussi rarement a Madrid qu'à Paris la colique saturnine, chez les individus qui ont mangé des aliments préparés dans des vases mal étamés , ou qui ont bu des vins falsifiés avec de la litharge.

» Plusieurs causes contribuent , dans la capitale de l'Espagne, au développement des phlegmasies du ventre, qu'on désigne sous le nom de colique de Madrid. Les promenades au Prado et le iong du canal , a l'entrée de la nuit , sous l'influence de l'humidité, sont une cause puissante des dérangements du tube digestif. La prétendue colique de Madrid se manifeste surtout à la fin de l'été , et durant le cours de l'automne; elle est duc alors à l'usage des glaces, des fruits et 1. 18

â?4 COLÏQUË SATURNINE.

des légumes souvent hors de saison , dont on fait un extraordinaire abus. Ajoutez que les eaux potables de Madrid sont souvent altérées par le mélange des eaux croupissantes , ou qui ont déjà servi aux usages domestiques, surtout à l'époque des violentes chaleurs; et vous apprécierez aisément l'influence directe et positive que toutes ces 'causes doivent exercer sur les affections abdominales, généralement confondues sous le nom de colique de Madrid.

» 3° Les altérations anatomiques s si j'en juge par le nombre assez borné des autopsies qui ont été faites avec les conditions d'une observation rigoureuse , n'ont rien démontré qui autorisât à former de la colique de Madrid un groupe à part dans la nosologie : elles ont toujours révélé les caractères propres a la colite , à la gastrite et aux autres affections dont j'ai parlé plus haut »

Ces documents, fournis par M. Alfaro, nous permettent donc d'affirmer qu'il n'y a point, actuellement, de colique de Madrid, en tout semblable à la colique saturnine, à moins qu'elle ne soit produite par le plomb.

A l'époque du séjour de nos armées à Madrid, fréquemment les soldats français furent atteints d'une colique ayant la plus grande ressemblance avec la colique saturnine. Mais il est permis de penser que ces accidents furent produits par des vins empoisonnés avec du plomb. M. Larrey affirme luimême que fréquemment l'autorité militaire fut avertie que du vin empoisonné était distribué h nos soldats. Les recherches nécessaires à constater le poison ne furent pas faites , ou le furent par des apothicaires ignorants, comme l'étaient souvent ceux de cette époque qui suivaient les armées. Pendant que nos soldats étaient si souvent en proie à ces horribles souffrances , les habitants de Madrid , ceux du moins qui ne travaillaient point le plomb, n'éprouvaient pas les mêmes accidents.

Colique du Devons hirc. — La colique du Dcvonshirc, en Angleterre , avait une physionomie en tout semblable h celle de la colique de plomb. Nous avons déjà prouvé, à l'aide de documents nombreux (voy. Causes), qu'elle était produite par le plomb, et qu'aujourd'hui cette maladie ne se montrait plus dans ce pays que chez les ouvriers qui travaillent les préparations saturnines , ou chez les individus qui se trouvent en contact avec ces poisons d'une manière quelconque. La colique de cidre du Devonshire , h l'époque où nous vivons, n'est autre chose qu'une diarrhée , ou une dysenterie produites par l'usage des cidres aigres ou nouveaux de ce pays, bus en trop grande abondance.

Colique de Poitou. — Ce que nous venons de dire de la resse mblance de la colique du Devonshire avec celle produite par le pîcmb , s'applique h la colique de Poitou. Il n'y a plus aujourd'hui de colique de Poitou , en tout semblable à la colique de plomb , à moins qu'elle ne soit produite par les préparations saturnines.

Colique de Normandie. — Bonté a décrit cette colique, qu'il croit tantôt minérale et tantôt végétale. Sa description étant un assemblage de colique saturnine et de colique végétale, on ne peut la prendre pour type de comparaison avec l'empoisonnement produit par les préparations de plomb.

M. Vasse, médecin distingué de Rouen, a bien voulu nous donner les renseignements suivants sur celte colique, en réponse aux questions que nous lui avions adressées à ce sujet. « On observe, a Rouen et dans les environs, la colique végétale , occasionnée chez les individus adonnés au cidre et au poiré durs et raides. Dans cette affection le ventre est ballonné , et résonnant comme une caisse de tambour fortement tendue; les douleurs sont très vives , la pression les augmente; elles occupent tout le ventre, et ne se font point

•276 COLIQUE SATURNINE.

sentir plus fortement dans un point que dans un autre. Le malade, lorsque les coliques sont très-vives , se roule dans son lit, se jette h terre , se recourbe, ainsi de suite pendant au moins trois ou quatre jours ; il n'y a point de paroxysmes bien marqués. Tantôt constipation, tantôt diarrhée, analogue a celle des cholériques, très-rarement ténesme et selles sanguinolentes; éructations , mais point de borborygines , nausées, et vomissements de matières porracées; urines rares, difficiles, rougeûtres, et laissant déposer dans le vase une matière opaline ; membres brisés ; en général , fièvre peu intense, cependant, j'en ai presque toujours observé; souvent froid vif; absence de céphalalgie. La face du malade est livide , comme plombée; les traits en sont tiraillés, les lèvres sont pâles , l'haleine fétide. La muqueuse de la bouche et de la gorge se trouve décolorée, et présente le même aspect que la muqueuse d'un cadavre dans l'état normal. Les lombes sont toujours douloureuses, ainsi que les extrémités, qui sont quelquefois en proie à des crampes , des contractures. La durée de cette affectiou a toujours été , pour moi , de huit à douze jours; et elle a cédé constamment au traitement suivant :

»Eau de Scdlitz, une peinte par vingt-quatre heures; si le sujet est sanguin , je fais appliquer vingt sangsues a l'anus , ou je pratique une petite saignée du bras; lavements purgatifs faits avec de l'huile de riccin ; frictions sur le ventre avec un mélange de quatre onces d'eau distillée d'amandes amères , un gros d'extrait de belladone , et dix grains d'opium; boissons délayantes. Les matières fécales rendues sont dures, granulées, et ressemblent a des crottins de mouton. Je n'ai jamais observé ni paralysie des muscles extenseurs à la suite de la colique végétale, ni amaurose, ni perle de la sensibilité; quelquefois la vue était affaiblie, mais les pupilles se contractaient parfaitement bien. Les indivi-

dus atteints de colique végétale ne sont point non plus attaqués d'épilcpsic proprement dite.

» Je n'ai observé de terminaison fâcheuse qu'une seule fois; deux adultes qui avaient bu du poiré en grande quantité, éprouvèrent les accidents de la colique, compliqués de symptômes cérébraux et de la moelle épinière; délire actif, soubresauts des tendons , torpeur, dyspnée , membres convulsionnés , ratatinés en arrière , orteils raides représentant tout-a-fait la carpologie des fièvres ataxiques, et bientôt paralysie de toutes les extrémités. La mort est arrivée , dans les deux cas, à la distance de quelques jours de l'invasion. La nécropsie n'a point été permise.

» Je ne me trompe jamais sur le diagnostic de la colique végétale; elle n'a pas de ressemblance avec la gastrite, la gastro-entérite , la péritonite, le choléra-morbus , etc. Pour moi , elle a un cachet tout particulier. Souvent , au faciès du malade, j'ai deviné et la maladie et son origine. Pourtant , on pourrait la prendre pour une colique des peintres , si d'avance on ne demandait au malade sa profession. J'ai toujours considéré cette affection comme essentiellement nerveuse. Aussi, est-ce le traitement par les opiacés , aidé des laxatifs , qui m'a le mieux réussi.

»La colique végétale n'est pas très-fréquente à Rouen ; on l'observe surtout pendant les mois d'octobre, novembre, décembre'et janvier.

»La colique végétale ne règne pas en épidémie. Elie attaque plutôt les hommes , et surtout ceux de la classe malaisée. Il n'existe pas un atome de plomb dans la construction des pressoirs , des cuves et des tonneaux qui servent h recevoir les cidres.

«Les cidres du pays de Caux apportés à Rouen ne donnent point la colique végétale; ils no sont point frelatés avec la litharge; tandis que ceux delà Basse-Normandie , qui sont

2^8 COLIQUE SATURNINE.

falsifiés, l'occasionnent. C'est parce que j'ai vu la différence de l'action des cidres de Basse-Normandie et du pays de Caux, que j'en ai cherché la composition et fait l'analyse, et que j'ai trouvé quelquefois de la litharge clans ceux vendus au Champ-de-Foire.

» Quelques médecins de notre ville , quoique pensant que cette affection est toute nerveuse , n'osent dire , cependant, si elle est due à la présence de la litharge que l'on a trouvée dans les cidres , ou si cette boisson , par elle-même , est de nature a déterminer ces accidents. Quant à mon opinion , je suis persuadé que les préparations de plomb y sont pour beaucoup; cependant, je crois que les cidres les plus purs peuvent occasionner cette maladie. »

La colique végétale de Normandie présente évidemment des analogies et des dissemblances avec la colique saturnine. Dans l'une et l'autre affection il y a des douleurs de colique irès-vives, exacerbantes , jetant le malade dans une grande agitation; mais la douleur de la colique de Normandie occupe tout'le ventre, et celle de la colique saturnine se trouve limitée à des parties circonscrites. Dans la colique de plomb il y a dépression du ventre; ballonnement, au contraire, dans la colique de Normandie. La compression soulage habituellement la douleur saturnine ; elle augmenlo un peu celle de la colique végétale. La constipation est plus fréquente, et le dévoiement plus rare dans la colique de plomb; les matières fécales excrétées ont le même aspect et la même forme. Des éructations , des nausées et des vomissements ont lieu dans l'une et l'autre maladie.

La diminution de la sécrétion urinaire, et la difficulté de l'excrétion de ce liquide, s'observent également dans les deux affections. On constate l'absence de céphalalgie et l'aspect grippé du visage dans ces deux maladies. Les pulsations artérielles sont dures et ralenties dans la colique

de plomb ; elles se trouvent accélérées dans la colique de Rouen.

Des accidents graves se développent quelquefois, pendant le cours de ces deux affections , du côté du système nerveux cérébro-spinal. Des douleurs névralgiques des membres, accompagnées de contractures ou de crampes , se déclarent avec ces coliques. Les convulsions , le délire , la somnolence ou le coma, qu'on observe dans le cours de la colique végétale , sont-ils semblables à ceux de l'empoisonnement saturnin ? C'est ce qu'il est difficile de dire; car la colique végétale étant une affection assez rare , on doit , à beaucoup plus forte raison , rencontrer rarement des accidents cérébraux produits par la cause qui a donné naissance aux accidents abdominaux. On ne possède donc pas assez de faits de ce genre pour établir une comparaison.

Si, à l'hôpital de la Charité de Paris, on rencontrait chez un peintre en bâtiments ou un cérusier la série des accidents que M. Vasse signale comme ceux de la colique végétale, on ne manquerait pas d'affirmer que chez cet homme existe une colique saturnine, compliquée probablement d'une irritation ou phlogose du tube digestif et des voies urinaires.

M. Vasse nous apprend que les individus qui boivent une grande quantité de cidres provenant de la Basse-Normandie, et falsifiés avec de la litharge , sont atteints de colique végétale. Quoi de plus vraisemblable, en effet, ;que de voir simultanément se développer des accidents saturnins, et une légère phlegmasie produite par l'usage immodéré de cette boisson empoisonnée? Tous les médecins qui pratiquent dans les pays où on recueille des cidres , savent qu'ils occasionnent facilement de légères irritations vers le tube digestif. La colique végétale est rare en Normandie, parce qu'on y boit rarement du cidre lithargiré. Pour prouver que le cidre non falsifié peut donner naissance à la colique végétale , il aurait

280 COLIQUE SATURNINE.

fallu rencontrer cette affection chez des individus qui auraient buducidrenonmangonisé,parexemple celuidupays deCaux. Or, jusqu'à présent, on n'a pu encore observer la colique végétale dans ces circonstances. Concluons donc que la colique végétale de Normandie a des points de ressemblance et de dissemblance avec la colique saturnine simple, puisqu'elle paraît être un assemblage d'une irritation des orga nés abdominaux et d'une colique de plomb.

Quoi qu'il en soit de la cause de la colique végétale de Normandie, il est possible, abstraction faite de sa cause, de la distinguer de la colique saturnine.

Colique végétale des Indes , de Cayenne , de Surinam. (Maladie des barbiers, de Béribéri.)

Dans ces derniers temps, un médecin militaire français a publié un Mémoire sur la colique végétale qu'il a observée à Cayenne. Voici les traits caractéristiques de cette maladie, d'après M. Segond.

Le début de celte colique végétale peut être brusque et instantané; dans les cas contraires , la maladie s'annonce par les prodromes suivants , dont le développement est lent et parfois alternatif: — Malaise abdominal, vague, intermittent ou fixe, siégeant dans le colon tra nsverse, la région épigastrique ou duodénaie; diarrhée bientôt suivie de constipation; anorexie, difficulté de la digestion; langue blanche, muqueuse, un peu humide; dyspnée; pouls dur et lent, inégal; abattement général , pesanteur et brisement des membres, morosité, traits affaissés ; insomnie.

Après quatre , cinq ou six jours de ces prodromes s'organise un état plus pénible; douleur poignante, dilacérante, qui se fixe a la région duodénaie, à l'ombilic, sur le colon transverse, h l'hypocondre droit, à l'hypogaslre; hoquet, éructations, bâillements réitérés; langue enduite, vers sa base, d'un limon jaune vcrcuHre ; sécheresse de la muqueuse

DIAGNOSTIC. 28l

buccale; nausées, vomissements de matières porracées d'une acidité remarquable , et quelquefois teintes de sang. Les vomissements soulagent d'abord, puis épuisent le malade. Peau alternativement chaude et aride ou froide et poisseuse; pouls lent, serré, profond, intermittent; constipation absolue; émission rare des urines; ténesme très-douloureux au col de la vessie, avec impuissance d'uriner; jaunisse, respiration sourde, lente et profonde, immobilité du thorax; anxiété précordiale considérable; douleur du rachis et des reins très-intense; douleurs névralgiques avec crampes dans les membres, surtout les inférieurs ; tendance h la paralysie des membres supérieurs et même h l'ancsthésic et a l'aphonie; faciès grippé, anxieux; agitation continuelle, le malade se couche en supination, se met sur son séant , fléchit les membres abdominaux sur le tronc , porte ses mains au ventre.

Dans la troisième période, qui apparaît du huitième an quinzième jour du début de la maladie , augmentation des douleurs des membres et du rachis; l'abdomen, horriblement tendu et ballonné , présente une sensibilité telle que la main n'y est pas applicable, les fomentations ne sont pas toujours tolérées; teinte plombée. Pouls faible, d'une fréquence extrême ou d'une lenteur remarquable, inégal, irrégùlier, quelquefois fièvre ; c'est alors que le malade est en proie h une inflammation vive et étendue des muqueuses gastro-intestinale et génito-urinaire. Affaiblissement de la respiration ; arrivée de l'amaurose, de la surdité, du bégaiement et de l'aphonie; délire sombre et mélancolique, avec apyrexie, ou furieux et menaçant, ce qui coïncide avec une fièvre des plus violentes; convulsions, attaques épileptiformes , coma.

Cette maladie n'est pas toujours constituée par ces trois périodes; ic plus souvent la troisième manque.

Il n'y a rien de fixe ni de parfaitement régulier dans révolution de cette affection. D'un moment à l'autre, sa phy*

sionornie change. Les alternatives de mieux et de pire sont fréquentes.

La durée est également très-irrégulière, variable suivant son intensité et la nature de la médication employée pour la combattre.

Quand cette colique passe à l'état chronique, le malade tombe dans un amaigrissement qui tient du marasme et de l'atrophie générale. Dans cet état, une sorte de mélancolie, mélangée d'hébétement, s'empare du patient.

Lorsque l'affection doit se terminer par le retour h la santé, le malade rend des matières fécales sous forme globuleuse; la sécrétion uriuaire se régularise, ainsi que celle de la salive et de la transpiration.

Cette maladie est sujette à des récidives et à des rechutes.

M. Segond a constaté à l'autopsie une hypertrophie des ganglions du grand sympathique. Souvent aussi des altérations phlcgmasiques concomittantes ont été trouvées par lui dans les divers organes du ventre. Cependant l'auteur de ce Mémoire pense que la colique végétale est une névralgie du grand sympathique.

Les narcotiques, les purgatifs et les opiacés ont été employés avec succès par le médecin de Cayenne contre cette maladie. M. Segond attribue la colique; végétale des Indes , et de Cayenne en particulier, à l'abus de l'alcool, du café, mais surtout au climat ou h la constitution atmosphérique, c'est-à-dire aux brusques transitions de chaud et de froid, qu'on observe dans ces pays.

Nous trouvons dans cette description de la colique végétale, une grande ressemblance avec celle de la colique saturnine. Quelques différences seulement séparent ces deux affections. D'abord des symptômes morbides, ayant la plus grande analogie, ont lieu du coté des voies diycstives et uri-

naircs. Dans l'une et l'autre do ces affections , constipation , nausées , vomissements , dysurie et douleurs. Mais le ventre est ballonné, douloureux à la pression dans la colique végétale; il est, au contraire, insensible et déprimé dans la colique saturnine. Les douleurs deviennent plus fortes par crises, et le malade est en proie à la plus grande agitation , dans l'une et l'autre de ces affections. Ou n'observe point de douleurs ni de rétraction des testicules dans la colique végétale. Les troubles de la respiration et de la circulation, la formation de gaz intesiinaux, ainsi que la tempérture de la peau , sont les mêmes chez les individus atteints de ces coliques. L'état de la langue, l'anorexie, le faciès, etc. , n'offrent pas de différences capables de faire distinguer ces deux maladies. Enfin des paralysies des muscles extenseurs des membres supérieurs, des névralgies des membres inférieurs , du délire , du coma , des attaques épileptiformes et l'amaurose, s'observent pendant le cours de la colique de plomb , comme pendant le cours de la colique végétale. La fièvre s'observe plus fréquemment dans la colique végétale. Mais à quel litre? Est-ce à la nature même de la maladie, ou a celui d'une complication inflammatoire, plus fréquente dans la colique végétale que dans la colique saturnine? C'est sur quoi M. Segond ne nous édifie point- L'ictère nerveux paraît beaucoup plus fréquent dans la colique de Cr.yenne que dans la colique de plomb. Enfin on ne rencontre point, chez les individus atteints de colique végétale, les phénomènes caractéristiques de l'intoxication saturnine primitive , qu'on observe presque constamment dans la colique saturnine.

La marche et la durée du mal ont la plus grande ressemblance dans ces deux affections.

M. Segond a cherché a établir d'autres différences symptomaliques que celles que nous venons de signaler entre ces

284 COLIQUE SATURNINE.

deux maladies ; mais ces différences n'existent pas. Si l'auteur avait eu l'occasion d'observer la colique saturnine , il n'aurait pas tenté cette tache, qui l'a fait tomber complètement dans l'erreur, par exemple, quand il dit qu'il n'y a pas d'accès de dyspnée, de dysurie, destrangurie, dans la colique de plomb, que l'expression du visage est naturelle pendant la rémission, etc.

Nous ne dirons pas non plus avec M. Segond, que le grand fait qui distingue ces deux maladies, c'est que l'une revêt la forme sporadique, tandis que l'autre procède presque toujours épidémiquement. Car dans le cas où la colique végétale n'est pas épidémique, comment la différencier à l'aide de cette seule donnée de la colique saturnine; et dans les pays où on travaille le plomb en grand pour les arts, si la colique végétale s'y développait, comment l'en distinguer de la colique saturnint, endémique, pour ainsi dire, dans ces contrées?

Il nous faut donc confesser que la colique de Cayennc, si elle existe telle que[ l'admet M. Segond, offre de grandes ressemblances avec la colique saturnine. Pour dire franchement notre pensée, nous ne croyons pas que l'auteur ait décrit cette maladie uniquement d'après les faits qu'il avait sous les yeux, et que par conséquent sa narration soit très-exacte. En effet, sa description se trouve calquée toute entière sur une thèse publiée par M. Ghabaud en 1809 , sur la colique végétale. Mais M. Chabaud n'avait pas observé un seul cas de la colique végétale qu'il a décrite. Or M. Segond, en se servant de la description de M. Chabaud pour décrire la colique de Cayenne, a dû inévitablement commettre des erreurs; car est-il possible qu'un médecin français puisse deviner de son cabinet en France ce qui se passe à Cayennc ? Ce qui fortifie encore notre présomption , c'est que parmi les observations de colique végétale que rapporte M. Segond,

celles qui sont recueillies au lit du malade n'offrent point un résumé des phénomènes caractéristiques de celte maladie, (ju'il a établis a l'article symptômes , tandis que les observations qui ont été faites après coup par notre auteur, à l'aide de souvenirs seulement, ont la plus grande ressemblance avec les caractères de la colique végétale décrite dans la thèse de M. Chabaud. Il est donc difficile de pouvoir établir complètement les points de ressemblance et de dissemblance qui existent entre la colique qui règne à Cayenne et la colique de plomb, puisque nous n'avons pas de relation très-exacte de la première de ces affections.

Nous ajouterons enfin que M. Segond a peut-être méconnu l'influence saturnine dans plusieurs observations qu'il rapporte comme des exemples de colique végétale. Ainsi, à la page 7 de son mémoire, je trouve que les chauffeurs et les mécaniciens du bateau à vapeur la Louise ont presque tous été atteints do colique de Cayenne. Or nous avons vu (pag. i42) que ces ouvriers contractent facilement la colique saturnine parleur exposition au contact des émanations de plomb, qui proviennent du mastic dont ils se servent. Les phénomènes morbides observés chez ces ouvriers étaient-ils réellement ceux de la colique saturnine ou ceux de la colique végétale? C'est ce dont M. Segond ne se met point en peine, car il paraît méconnaître que ces ouvriers emploient dans leurs travaux le carbonate et l'oxide de plomb. A la page Gq du même travail, je trouve encore qu'un imprimeur est atteint de colique végétale. Or la profession de cet individu pouvait lui occasionner la colique saturnine : il aurait donc fallu nous donner des renseignements sur ce point. Du reste, quoique M. Segond affirme à priori que les vins et les liqueurs de Cayenne ne sont pas frelatés avec le plomb, comme la plupart de ceux qu'on envoie dans les colonies, je voudrais cependant qu'il eût analysé ces boissons, pour que je pusse

â86 C0LIQCE SATURNINE.

affirmer avec certitude que le plomb n'a aucune part à la production de la colique qu'on observe à Cayenne.

Quoi qu'il en scit, si à Cayenne ou dans d'autres contrées, il existe une maladie particulière au pays et non d'origine saturnine, caractérisée cependant parle développement d'accidents névralgiques du côté des voies digeslives et urinaires, ainsi que vers le système nerveux cérébro-spinal, il serait a désirer que des médecins instruits, et habitués aux études cliniques, en fissent une description exacte et très-détailléc, d'après des observations nombreuses recueillies au lit du malade, et non à l'aide de dissertations faites dans le cabinet par des personnes qui n'ont jamais vu la colique végétale. C'est alors qu'on pourrait comparer, sans craindre l'erreur, ces maladies avec celles qui constituent l'empoisonnement saturnin, pour dire d'une manière plus positive toutes leurs ressemblances et toutes leurs dissemblances.

I\ évroses et névralgies du ventre.

Plusieurs névroses ou névralgies des organes digestifs et génitaux présentent quelques traits de ressemblance avec la colique de plomb ; quelquefois même la différence est assez difficile à saisir.

Gastralgie et gastro- entera !gic. — Ces affections ont d'assez grandes ressemblances avec la colique de plomb. Elles offrent aussi des différences suffisantes pour empêcher qu'on ne puisse les confondre. Nous avons essayé de faire sentir les unes et les autres dans le tableau suivant, qui représente les symptômes de chacune de ces affections.

Colique de plomb.

Douleur vive , aiguë , tortillante.

— exacerbante.

— diminuant par la pression.

— augmentée après les repas.

— s'exaspérant plus souvent le soir.

Au moment des accès , agitation ,

cris, positions bizarres.

Constipation habituelle, opiniâtre.

Déjections globuleuses (scybala).

Dureté et dépression du ventre.

Ténesme à l'anus.

Battements exagérés à l'épigastre.

Absence de fièvre intermittente.

Urine rouge, dysurie, ténesme vé-

sical.

Diminution de la sécrétion urinaire.

Douleur à la région rénale.

Langue recouverte d'un mucus sa-

burral, Appétit nul.

Jamais dépravé.

Eructations, borborygmes.

Bâillements nuls.

Vomissements bilieux.

Chaleur naturelle du ventre.

Soif ordinaire.

Pouls lent, dur, irrégulier.

Amaigrissement prononcé et rapide.

Faciès grippé, bouleversé.

Absence de céphalalgie.

Jaunisse rare.

Dyspnée.

Douleurs névralgiques dans les membres inférieurs.

Paralysie des muscles extenseurs.

Délire, épilepsie, coma.

Amaurose.

l'as de défaillance.

Durée très-courte, de quelques jours.

Marche rapide, cessation complète des accidents.

Physionomie mobile.

Gastro-cntcralgic.

Douleur vive, aiguë, déchirante.

— intermittente.

— diminuant par la pression.

— moins vive après les repas.

— se manifestant plus souvent le matin.

Pendant les accès un peu d'angoisse.

Constipation fréquente , facile à dissiper.

Suivie tout-à-coup et sans cause de dévoiement.

Déjections naturelles.

Absence de dureté et de dépression du ventre.

Absence de ténesme à l'anus.

Battements exagérés à l'épigastre.

Fièvre intermittente.

Urine claire, facilement excrétée.

Sécrétion urinaire ni augmentée ni

diminuée.

Absence de douleur.

Langue décolorée, large, nette.

Appétit souvent exagéré.

Souvent dépravé.

Eructations, borborygmes.

Bâillements fréquents.

Vomissements muqueux.

Alternatives de chaleur et de froid à l'abdomen.

Soif ordinaire.

Pouls faible, grêle, irrégulier et fréquent.

Amaigrissement peu sensible etlent.

Physionomie peu altérée.

Céphalalgie.

Jaunisse rare.

Dyspnée.

Absence de douleurs névralgiques des membres inférieurs.

— de paralysie des muscles extenseurs.

— de délire, d'épilepsie et de coma.

— d'amaurose.

Défaillances, syncopes, etc.

Durée forllongue, dessemaines, des

mois, des années entières, indéfinie.

Marche lente ; apparition et retour fréquent des accidents , quelque- a

fois périodiques. ^

Physionomie de la maladie moins variable.

2 8S COLIQUE SATURNINE.

II y a des névralgies du tubo digestif qui, survenant avec d'aulrcs névroses, peuvent être d'autant plus facilement prises pour la colique de plomb, que ces dernières présentent quelques traits de ressemblance avec les accidents saturnins qui se développent du côté des centres nerveux cérébrospinal.

Coliques hystériques ou nerveuses. — On rencontre des femmes sujettes à l'hystérie, qui éprouvent des douleurs de colique atroces, diminuées par la pression, accompagnées de constipation et d'éructations fréquentes. Ces malades se plaignent en même temps de douleurs aiguës dans les membres. Plusieurs observateurs ont vu des paralysies des extrémités inférieures survenir à la suite de pareilles coliques. Des amauroses passagères, du délire ou du coma ont été également notés dans ces circonstances. Mais, dans cette affection, il n'y a point d'altération des fonctions de l'appareil urinaire ; le pouls est petit, concentré, et non dur et tendu, comme dans la colique de plomb. La colique hystérique, qui se trouve exaspérée par la moindre émotion, ne s'accompagne pas de dépression du ventre; au contraire, il est ballonné. Il n'y a point de nausées ni de vomissements. Lorsque cette colique n'existe pas seule, indépendamment de toute autre symptôme de rhystéric,la maladeéprouvc la boule hystérique, ainsi que des convulsions, qui ne ressemblent point aux convulsions saturnines, que l'on voit se développer quelquefois pendant le cours de la colique de plomb.

Enfin, nous pouvons le dire par anticipation, l'efficacité des opiacés dans les coliques hystériques, et son insuccès assez fréquent dans la colique de plomb, permettent encore d'établir le diagnostic différentiel.

Colique mcthralgique. — Les femmes nerveuses, h l'époque è^ de l'âge dit critique , après des hémorragies utérines trèsabondantes, sont quelquefois prises de douleurs atroces dans

le ventre, diminuées par la pression, revenant pin* i't»)tcs par accès, et jetant alors la malade dans la plus grande agitalion. De la constipation, des nausées et des vomissements viennent encore établir une grande ressemblance entre cette colique et celle produite par le plomb. Mais l'arrivée des douleurs de colique, à la suite d'une ou plusieurs hémorragies , l'absence de dépression et de contracture du ventre, la sécrétion normale de l'urine et son écoulement facile, la souplesse du pouls et la disparition des accidents lors du retour de l'hémorragie, permettent à un observateur exercé de distinguer la colique méthralgique de la colique de plomb.

Inflammation des organes abdominaux.

Au dix-huitième , et même au dix-neuvième siècle , quelques efforts ont été faits pour confondre la colique de plomb avec les inflammations. Mais , pour opérer cette fusion , il serait nécessaire que la colique saturnine ressemblât aux maladies avec lesquelles on veut lui faire contracter alliance.

La gastrite et la gastro-entérite sont, au rapport de ces médecins (Bordeu, Broussais, Palais etc.) , les phlegmasies auxquelles la colique de plomb doit être assimilée. Quelles grandes différences cependant séparent ces affections ! Dans les phegmasies du tube digestif, la douleur est fixe dans une partie de l'abdomen , continue et moins vive que dans la colique de plomb. Elle se trouve constamment augmentée parla pression dans la première de ces affections, et le malade, loin d'être agité et de se placer alternativement dans les positions les plus bizarres , se tient calme dans son lit, averti qu'il est que le mouvement augmenterait ses souffrances. Le ventre des individus affectés de gastro-entérite est bombé , plus chaud que dans l'état normal, et il est douloureux dans i. 19

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une bien plus grande étendue que dans la colique saturnine ; lorsqu'il se tend , ii augmente de volume , le contraire a lieu dans la colique de plomb. Dans la gastrite, il y a un peu de constipation ; 1 entérite est presque toujours accompagnée de de voiement ; et il n'y a point deténesmes douloureux. Les boissons les plus douces , prises même en très-petite quantité, augmentent les douleurs de la gastrite et provoquent de suite les vomissements. Les aliments excitent encore avec plus d'énergie les douleurs et les vomissements. La langue est rouge, pointiUée, sèche; il y a du dégoût pour les aliments; la soif est extrême; le malade désire ardemment les boissons rafraîchissantes. On constate de la céphalalgie, une vive injection delà face, du malaise général, de lafièvre, dans les phlegmasies du tube digestif. Les urines sont rouges, sédimtntcuses, sécrétées en quantité un peu moindre, et évacuées avec ja plus grande facilité ; et il n'y a point de désirs fréquents d'uriner sans pouvoir y satisfaire, comme chez les individus atteints de colique de plomb. Des névralgies des membres n'accompagnent pas la gastro-entérite; le malade se plaint seulement de brisement. Dans un très-petit nombre de cas d inflammation du tube digestif, on a pu observer la paralysie, du délire et des convulsions; mais ces accidents n'ont point la physionomie de ceux produits par le plomb. A peine les accidents de la colique saturnine sont-ils calmés, que l'appétit renaît; aussitôt après la guérison,qui a lieu en quelques jours, le malade peut reprendre impunément son régime habituel; la convalescence de la gastro-entérite est toujours longue, et le moindre écart de régime peut en provoquer le retour.

Dysenterie , colite. — L inflammation du gros intestin ne peut être confondue avec la colique saturnine ; car dans l'une de ces maladies, il y a toujours des épreintes et des selles mucoso-sanguinolentes, tandis que la constipation est. après

la douleur, le caractère le plus constant de la maladie produite par le plomb. Nous trouvons dans la dysenterie que la douleur suit principalement le trajet de l'intestin colon , que nous n'avons jamais trouvé uniquement douloureux dans la colique de plomb. Enfin, il nous reste, pour distinguer ces deux maladies, les différences que nous avons dit exister entre la colique saturnine et la gastro-entérite. Quelques auteurs assurent avoir vu survenir , à la suite d'une dysenterie grave, une paralysie analogue à celle qu'on observe pendant le cours de la colique de plomb. Les cas dans lesquels ce phénomène consécutif a été observé n'appartiennent-ils pas à la colique végétale , qui le produitjfréqueinment, plutôt qu'à la dysenterie ? (Ghomel et Blache , art. Dysenterie du Dict. en 20 vol.)

Péritonite, — Cette phlogose n'a de commun avec la colique saturnine, que les vomissements et la constipation ; mais la tension , le ballonnement et la sensibilité extrême du ventre, la petitesssc et la fréquence du pouls , la chaleur de la peau et l'absence des autres symptômes de la colique do plomb, établissent une différence tranchée entre ces deux affections.

Colique de plomb compliquée de phlegmasies du tube digestif. — Il n'est pas toujours facile de reconnaître ia réunion de ces deux maladies. Cette difficulté se fait surtout sentir lorsque les symptômes abdominaux sont peu marqués , peu tranchés. Souvent ce n'est que le début , la marche ultérieure de ces affections , ainsi que l'influence des traitements mis en usage , qui peuvent faire reconnaître leur présence simultanée. Enfin , ce qui sert encore h établir le diagnostic d'une colique de plomb compliquée d'une inflammation des organes digestifs, c'est le développement si fréquent des autres maladies saturnines. Cette seule donnée ne suffirait pas; car les autres formes de l'empoisonnement saturnin peuvent, indé-

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pendamment de la colique, exister chez un plombier atteint d'une pure et simple phlogose intestinale.

Néphrite et cystite. — Les altérations fonctionnelles qui ont lieu du côté des voies urinaires ont été prises pour des inflammations de ces mêmes organes, par des observateurs peu attentifs et inexpérimentés. Cependant, la douleur continue et constante qu'on observe à l'hypogastre et à la région rénale , augmentée par la pression , l'altération physique et chimique de l'urine, divers produits de nouvelle formation , tels que du pus , etc. , ainsi que le mouvement fébrile , qui caractérisent la néphrite et la eystite , suffisent grandement pour les différencier des formes hypogastrique et rénale de la colique de plomb.

Hépatite. — Lorsque, chez un individu atteint de colique do plomb, la douleur se fait surtout sentir h l'hypocondrc droit , et que la jaunisse survient , on pourrait prendre cet état pour un cas d'hépatite, si tous les autres symptômes de la colique saturnine n'existaient pas , et si la douleur de l'hypocondrc ne changeait pas d'intensité et de place d'un jour à l'autre , etc.

Lésions organiques de L'abdomen.

On pourrait croire à priori qu'il n'est pas possible de confondre une lésion organique du ventre avec la colique saturnine. Celle erreur de diagnostic est cependant arrivée à un de nos médecins des plus habiles , ainsi qu'à l'auteur de cet ouvrage. Un broyeur de couleurs est reçu h l'hôpital de la Charité pour des douleurs excessivement violentes du ventre, qu'il attribuait à l'influence de sa profession. Ces douleurs occupaient tout l'abdomen et la région rénale; elles consistaient en un sentiment de dilacération, qui, par moment, devenait si atroce que îe malade poussait des cris affreux.

Pendant les cxaccrbalions, cet homme, excessivement agité, se comprimait le ventre avec les mains, changeait sans cesse de position sans pouvoir en trouver une dans laquelle il éprouvât du soulagement. Pendant la rémission, la douleur ne consistait plus qu'en un sentiment de compression; les parois abdominales étaient rétractées et dures comme une pierre; des vomissements fréquents fatiguaient le malade; depuis quatre jours il était souvent tourmenté du besoin d'aller à la garde-robe ; il affirmait qu'il était complètement constipé. Les urines coulaient en aussi grande abondance et aussi facilement que dans l'état normal. Il y avait des éructations très-fréquentes. Le pouls, déprimé, régulier, battait soixante-cinq fois par minute. La chaleur de la peau était normale , et la langue fort belle. Le malade se plaignait aussi de douleurs aiguës , exacerbantes , et de crampes dans les mollets et h la plante des pieds. La nuit précédente les douleurs avaient été si violentes, qu'elles avaient fait délirer quelques heures ce malheureux.

Tout cet ensemble de symptômes paraissant caractériser une colique de plomb , on prescrivit une goutte de croton et un lavement purgatif des peintres. Le lendemain les acci dents s'étant aggravés, on demande au malade s'il a été à la garde-robe; sur sa réponse négative une seconde goutte de croton allait être prescrite , lorsque l'infirmier nous ap porta le bassin où s'était rendu le malade dix[à douze fois', pendant la nuit; nous aperçûmes alors une petite quantité de matières muqueuses, sanguinolentes. L'exploration du ventre est faite de nouveau et avec beaucoup de soin, et l'on rencontre une tumeur très-dure, occupant le flanc gauche, dans la direction du gros intestin. Dans ce point la moindre pression faisait pousser les hauts cris. Dès lors le traitement par les purgatifs drastiques est abandonné ; on prescrit les ventouses scarifiées sur la région occupée par la

tumeur, cause probable de tous les accidents. Les jours suivants , des sangsues et. des ventouses scarifiées , et des lavements laxatifs , finirent par enlever les phénomènes morbides, à l'exception de la tumeur du flanc gauche. Celte dernière fit des progrès lents , et entraîna le malade au tombeau six mois après son entrée à l'hôpital de la Charité. A l'autopsie, on trouva qu'une partie du colon descendant était transformée en une tumeur cancéreuse. Des traces de péritonite ancienne existaient tout autour de cette tumeur.

L'exacerbation des douleurs , chez cet homme , paraît avoir été"le résultat de quelques points de péritonite, qui s'étaient développés dans le voisinage de la tumeur. Peutêtre aussi , chez ce malade , existaient simultanément une colique saturnine et une tumeur cancéreuse. Cet individu nous avait affirmé qu'il ne souffrait que depuis une quinzaine de jours; les douleurs n'étaient arrivées à leur summum d'intensité que la veille de l'entrée à l'hôpital.

Les hernies inguinale et crurale , ëurtout lorsqu'elles *:»* étranglées, occasionnent, comme le plomb, des coliquvs, des nausées, des vomissements , des borborygmes, des hoquets , de la constipation. Mais dans les hernies étranglées , les vomissements sont mêlés de matière fécale ; le ventre se ballonne, devient excessivement douloureux h la plus légère pression; on reconnaît, à l'aide du toucher, la tumeur qui occasionne tous ces accidents ; le malade est jeté dans un état de prostration considérable; la face est pâle, le front, la partie antérieure de la poitrine , se couvrent d'une sueur froide; le pouls est petit, vif, concentré, serré, etc., etc. Tous ces symptômes mettent une grande ligne de démarcation entre les hernies et la colique saturnine. Il est cependant toujours prudent, lorsqu'on examine un malade qui paraît mime être atteint de colique de plomb , d'explorer tout d'abord les ouvertures normales de la cavité abdominale , afin

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de s'assurer que quelque hernie ne contribue point au développement des accidents qu'on a devant les yeux.

L'iléus {étranglement interne, volvulus) a, par ses symptômes, une ressemblance plus marquée que les hernies avec la colique de plomb ; il est cependant assez facile d'établir la différence qui existe entre l'iléus et l'affection toxique. La douleur n'a pas le même caractère dans les deux maladies ; dans l'iléus , elle occupe d'abord un point fixe de l'abdomen avant de se généraliser, et il semble quelquefois au malade que l'intestin est agité de violentes convulsions; le ventre est gonflé et tendu, le malade ne vomit d'abord que des matières muqueuses et bilieuses; mais bientôt il rejette les lavements et les matières stcrcorales elles-mêmes; la peau est chaude et sèche; le pouls petit, irrégnlier, intermittent; il survient des sueurs froides , des lipothymies , et le malade succombe en peu de temps. Cette affection reconnaît ordinairement pour cause occasionnelle un étranglement ou une oblitération de l'intestin.

Colique vermincuse. — Les vers , par leur présence dans le canal digestif d'un plombier, pourraient simuler, jusqu'à un certain point, la colique saturnine. On sait, en effet , que ces animalcules donnent naissance à des douleurs de colique, accompagnées de constipation, de nausées et de vomissements. Mais ces accidents ont moins d'acuité que ceux qui caractérisent la colique saturnine, et ils ne changent pas aussi sensiblement de physionomie , ni d'intensité , d'un jour à l'autre. Les malades , loin d'avoir perdu l'appétit dans les maladies vermineuscs, en ont un qui les rend voraces, car ils éprouvent du soulagement après avoir mangé. Enfin, l'apparition des vers dans les vomissements et les garderobes , et la cessation des accidents à la suite de cette évacuation , ne peuvent laisser de doute sur l'existence de l'une ou de l'autre maladie.

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La colique stercorale, due a un amas de matières fécales dans les intestins , donne lieu à des douleurs qui ont de l'analogie, sous le rapport de l'acuité , avec celles de la colique saturnine ; mais dans cette dernière maladie , elles siègent sur la ligne médiane , tandis que dans la première , ce sont les côtés du ventre et l'anus qu'elles occupent. La pression ou des postures bizarres paraissent soulager les malades dans l'une et l'autre affection. Quand on palpe, ou qu'on percute le ventre des individus atteints de colique stercorale, on découvre aisément les tumeurs dures, arrondies, inégales, que forment les matières endurcies; on ne rencontre rien de semblable dans la colique de plomb ; des tumeurs s'observent également dans le ventre, mais elles sont de nature différente , paraissent et disparaissent d'un moment h l'autre. Le doigt , introduit dans le rectum des individus atteints de colique stercorale, peut faire reconnaître des matières fécales placées dans l'extrémité inférieure de l'intestin; tandis que si c'était une colique de plomb, on éprouverait des alternatives de resserrement et de relâcbement. Il n'y a aucun trouble fonctionnel du côté des voies urinaires , dans la colique stercorale ; il est rare aussi qu'on observe des vomissements tenaces ; le pouls conserve la régularité et la fréquence de l'état normal , quelquefois il est serré et fréquent. Enfin , il faut se rappeler que ces amas de fèces existent surtout cbez les individus sédentaires, les femmes , les hommes âgés, dont les intestins ont perdu l'énergie nécessaire pour l'évacuation des matières fécales.

Lherminier reçut, en i855, dans ses salles, un peintre en bâtiments, âgé de quarante-cinq ans, qui se plaignait de douleurs atroces dans le ventre , que la pression diminuait un peu. Cette douleur se faisait sentir surtout dans les fosses îtkiqucs , et s'irradiait vers l'hypogastre. La sécrétion urinaire était aussi abondante qu'à l'ordinaire ; et l'excrétion de son

produit était facilement évacuée. Il n'y avait ni nausées ni vomissements ; le malade demandait avec instance h manger; la langue était rosée, large et humide; les digestions se faisaient assez bien , seulement les douleurs devenaient plus aiguës cinq h six heures après chaque repas. Le pouls était souple , régulier, battant soixante-cinq fois par minute , et on ne put constater de traces des autres maladies saturnines. Lhcrminier, suivant son habitude, prescrivit le traitement de la Charité ; mais, voyant que le malade, arrivé au troisième jour, n'avait éprouvé aucun soulagement, il se mit à palper le ventre; là où la douleur était accusée, il reconnut, à son grand étonnement , et nous fit reconnaître dans chaque fosse iliaque, des tumeurs arrondies, un peu pâteuses, qui ne changeaient pas de lieu et de place. Lhcrminier, fort de sa découverte, prescrivit matin et soir une goutte de croton; le lendemain , la douleur avait disparu complètement , mais le malade avait été dix-huit fois à la garde-robe , et avait rendu une quantité considérable de matières noires , exhalant une odeur très-fétide. Cet homme n'avait jamais éprouvé les atteintes de la colique saturnine.

Colique néphrétique et hépatique. — Lorsque des calculs sont engagés dans les conduits de l'urine et de la bile, ils donnent naissance à des douleurs atroces dans le ventre, à la région rénale, s'irradiant aux testicules et au thorax. La pression soulage cette douleur, qui revient plus violente par crises; pendant les exacerbations le malade se tord dans son lit, se jette par terre, pousse des cris, etc. L'affection calculeuse détermine des nausées , des vomissements , des éructations; il y a constipation, dysurie et ténesme vésical. Le pouls conserve sa souplesse et sa régularité ; quelquefois il se déprime et devient momentanément irrégulier. Ces accidents durent quelques heures , une journée , vont et viennent. Ces symptômes présentent une grande ressem-

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blance avec ceux de la colique de plomb. Mais dans les coliques hépatique et néphrétique, le malade, après avoir beaucoup souffert , est tout-à-coup soulagé par l'expulsion d'un calcul dans les garde -robes ou les urines. Antécédemment , de pareilles coliques sont survenues, qui ont cessé également à la suite de l'évacuation de calculs ; ou bien le malade rendait souvent, sans douleur, de petits graviers. Chez l'individu affecté de colique hépatique, il y a un ictère trèsprononcé , vert ; et dans la colique néphrétique , si les acci dents persistent , le ventre se ballonne. Quelquefois , avec le développement des calculs biliaires et urinaires, coïncide des lésions organiques du foie et des reins , qui , faisant tumeur, se laissent reconnaître par la vue , le toucher, ou la pression. Enfin , dans les maladies calculeuses , on ne constate pas la dureté , la vibration et la lenteur du pouls.

Colique de plomb simulée.

Plusieurs fois nous avons rencontré , à la Charité , des ouvriers en plomb , qui se disaient atteints de cruelles douleurs de ventre, et de tous les autres signes de la colique saturnine , qu'ils connaissaient fort bien , pour les avoir observés chez eux antécédemment. Ces malheureux venaient à l'hôpital par paresse ou faute d'occupations. Ils se faisaient vomir, tendaient le ventre , poussaient des cris , se tordaient dans leur lit , se grippaient le visage , etc. Mais la conservation de l'appétit, l'état rosé de la langue, l'absence d'éructations , la souplesse du pouls et la cessation de l'agitation lorsque le médecin avait quitté la salle du malade , sont des moyens suffisants pour reconnaître cette supercherie, lorsque l'ouvrier peut simuler parfaitement , ce qui est très-rare, l'existence de tous les autres symptômes de la colique. Dans ce cas , une première application de ventouses scarifiées avec

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