ANIMAUX
avec ceux de la colique saturnine développée chez l'homme.
Quelques observateurs, entre autres Stoll, prétendent que, chez les vaches, un des symptômes précurseurs les plus ordinaires , c'est que la peau de l'animal s'attache aux côtes.
Pendant les accès de colique , les animaux entrent en fureur , courent de tous côtés , deviennent haletants , ombrageux , et laissent tomber la bave par la bouche. Les chiens atteints de colique de plomb pourraient passer pour enragés; mais ils ne mordent pas et sont tout-à-fait innocents.
On a constaté que la sécrétion du lait s'arrêtait chez les vaches atteintes de colique saturnine.
Les femelles des animaux qui vivent autour des grandes fabriques de plomb éprouvent de grandes difficultés pour mettre bas.
Chez les volatiles de basse-cour, la fonction génératrice est principalement lésée par l'action du plomb; les poules cessent de pondre.
Il y a la plus grande analogie entre la durée, la marche , les terminaisons, le pronostic et le traitement de la colique des animaux et la même maladie chez l'homme.
Enfin , l'autopsie des animaux qui ont succombé pendant qu'ils étaient attaqués de colique saturnine , fait reconnaître les mêmes altérations que chez l'homme. (Voy. pk 88 et
Colique violente. — Formes ombilicale , épigastrit/ue, h y po gastrique , rénale. ■ — Huile de croton liglium, — Guérison.
Favrau, âgé de trente-neuf ans, taille de cinq pieds deux pouces, fortement constitué, très-irritable, ancien militaire, habituellement bien portant, a eu souvent des maladies vénériennes. Il fut travailler pour la première fois à la fabrique de céruse de Clichy, le 4 décembre i856; le 17 du même mois il fut obligé d'en sortir, atteint qu'il était des premiers symptômes de la colique. Pendant son séjour à la fabrique, sa vie avait été régulière; ses camarades et le contre-maître ne l'aperçurent pas une seule fois ivre ; il était habituellement employé au brassage.
Favrau fut tourmenté , pendant huit jours, d'un léger malaise abdominal et de divers troubles fonctionnels du côté des voies digestives et urinaires : nausées, borborygmes, anorexie, goût sucré, difficulté des garde-robes et de l'émission de l'urine. Il eut beau prendre du lait, faire usage de lavements laxatifs, la maladie n'en continua pas moins sa marche; le 5 janvier 1837 les accidents arrivèrent presque tout-à-coup à un degré d'intensité extrême ; il entra alors à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Michel ,21.
Etat actuel, le q janvier. Douleur violente de tortillement àl'ombilie, à l'hypogastre, àl'épigastrc, et à la région rénale; quoique continue, elle a fréquemment des exacerbations atroces, pendant
4lO COLIQUE SATURNINE.
lesquelles le malade , en proie à la plus vive agitation , la figure grippée et toute décomposée , les yeux excavés et tout troublés , pousse des cris perçants , change sans cesse de position , se couche sur le ventre , sort de son lit tout hors de lui en se comprimant l'abdomen avec les mains, s'accroche aux barreaux de son lit pour se livrer à un mouvement de balancement comme convulsif, etc. La douleur, en ce moment, maîtrise tellement ce malheureux qu'il ne peut répondre aux questions qu'on lui adresse ; à peine fait-il attention à une boule d'eau brûlante qu'on applique à ses pieds.
Dans l'intervalle des crises la douleur consiste en une sensation de brûlure et de compression. Les côtés de l'abdomen sont un peu endoloris.
Le ventre est dur et contracté d'une manière très-marquée; il semble collé à l'épine; l'ombilic est excavé. Lorsqu'on vient à comprimer le ventre avec ménagement ou avec force, chaque fois le malade dit ou paraît être soulagé. Cet effet de la pression est plus prononcé pendant le paroxysme que pendant la rémission. Le malade peut s'asseoir dans son lit, se ployer sans éprouver de douleurs dans les muscles de la région lombaire.
Ténesmes fréquents; on éprouve, de la part du sphincter de l'anus, une certaine difficulté pour faire pénétrer le doigt dans le rectum, qui se resserre au moment des exacerbations , et se relâche, au contraire , pendant les paroxysmes.
Constipation depuis quatre jours. Eructations fréquentes. Nausées continuelles et très-fatigantes, quelquefois suivies de vomissements qui ne s'effectuent qu'avec des efforts inouis; le malade les favorise souvent en se mettant les doigts dans la bouche. Un peu de soulagement momentané succède ù l'évacuation de la matière du vomissement, qui est d'un vert très-foncé, poracée, extrêmement amère , déposant au fond du vase une matière muqueuse, épaisse, et très-abondante. Les éructations, les nausées et les vomissements ont surtout lieu à la fin des accès de colique. Borborygmes.
Les urines sont rendues en petite quantité à la fois; souvent le malade éprouve des envies d'uriner qu'il ne peut satis-
faire, malgré tous ses efforts. Pendant la rémission de la colique, si l'on vient à introduire une sonde, on aggrave la souffrance, mais on évacue une ou deux cuillerées d'urine rouge, acide.
Soif modérée; le malade n'ose boire, car il dit que chaque fois, qu'il introduit de la tisane dans son estomac, il éprouve une sensation d'étouffernent.
Anorexie, mais pas de dégoût. Sensation d'amertume dans la bouche. Langue large , grosse pt recouverte d'un léger enduit blanchâtre. Les gencives se trouvent teintes en bleu ardoisé dans leur portion la plus voisine des dents, qui sont d'un brunyerdâtre, surtout à leur collet.
Teinte d'un jaune terreux de la face et du tronc; la conjonctive présente cette coloration jointe à un aspect bleuâtre.
La respiration est anxieuse, difficile, irrégulière, surtout au moment des accès de colique; on compte trente-cinq inspirations par minute.
Pouls dur, large, vibrant, régulier, à quarante-cinq pulsations. Peau fraîche. Absence de céphalalgie et de sommeil.
Une goutte d'huile de croton tiglium dans une cuillerée de tisane le matin, et une seconde le soir.
Le 5 janvier. Hier le malade a vomi huit à dix fois, et trois selles peu abondantes ont été obtenues. La nuit a été très-agitée. Ce matin les accidents se sont un peu calmés. La douleur est aujourd'hui beaucoup plus forte à l'épigastrc que partout ailleurs. En somme, l'état du malade s'est un peu amélioré.
Une goutte dç crotou. lieux heures après, les garde-robes ont lieu , et se répètent fréquemment , presque toute la journée. Les ju^mières selles sont composées en partie de crottins, et les au- ,tr,es sont liquides. Aucun soulagement.
Semi-sommeil une partie de la nuit.
Le 6, le malade ne se plaint plus que de petites douleurs, ce sont des espèces de tranchées. La pression du ventre augmente maintenant un peu la douleur; il a repris en partie sa forme arrondie et sa souplesse accoutumées. Les gaz commencent (i s'échapper par l'anus. L'appétit se fait déjà sentir; le goût
4l2 COLIQUE SATURNINE.
d'amertume est disparu en partie. Les nausées et les vomissements ont cessé. Les urines coulent avec assez de facilité. Lu respiration s'exécute plus librement, on ne compte que vingtdeux inspirations par minute ; le pouls a perdu de sa dureté ; il bat cinquante-cinq à soixante fois. L'état grippé et anxieux de la face a presque complètement disparu ; le malade, calme dans son lit, se sent fatigué, brisé; souvent on le trouve somnolent, mais de petites coliques le réveillent encore.
Une goutte de croton. Sept à huit garde-robes , en partie solides, en partie liquides, surviennent après l'administration de ce purgatif.
Le 7, la douleur a complètement disparu, ainsi que tous les autres symptômes dont des traces existaient encore la veille. Le sentiment de brisement général n'est pas aussi prononcé. L'ictère saturnin lui-même n'est plus aussi sensible qu'au moment de l'entrée à l'hôpital.
Lavement purgatif. Bouillon, soupe. Les jours suivants, la convalescence se maintenant, on cesse toute espèce de traitement, et on élève graduellement la quantité de nourriture.
Cet homme fut employé dans les salles comme infirmier. Il n'a point éprouvé de rechutes de la colique.
Colique violente. — Invasion subite. — Forme ombilicale. — Huile de croton tiglium. — Guérison.
Christophe Nicolas, taille de cinq pieds cinq pouces, assez fortement constitué, adonné à toute espèce d'excès, habituellement bien portant, quoique peintre en bâtiment depuis quinze ans, n'avait jamais eu la colique saturnine, lorsqu'il fut travailler à la fabrique de minium de Clicby, le 5 août i858. On l'employa d'abord à plusieurs opérations, mais on finit par le laisser au tamis pendant huit jours consécutifs; c'est alors qu'il fut subitement oblige de cesser ses occupations , par suite de l'arrivée
instantanée de douleurs atroces dans le ventre. On l'amena en
voiture à la Charité, où il fut placé salle Saint-Ferdinand, y.
Etat actuel le 9 septembre. Douleur violente au nombril, occupant trois pouces carrés environ. Au moment des exacerbations, elle fait éprouver une sensation de tortillement des plus atroces; le malade est dans la plus grande agitation ; tous ses membres frissonnent, il se couche à plat-ventre, mord ses couvertures et ses draps, pousse de lugubres gémissements, et demande à grands cris qu'on le soulage. Dans certaines crises, il s'enfonce profondément les poings sur le nombril , se serre avec sa cravate, etc., etc. Pendant la rémission, il est plus tranquille ; cependant on le trouve rarement tout-à-fait calme ; il prétend qu'il souffre encore beaucoup dans ces moments.
Le nombril se trouve enfoncé en forme de godet. La compression de cette région ne diminue que légèrement la souffrance. Tout le ventre est un peu tendu, mais surtout la région ombilicale; elle donne à la main qui la presse la sensation d'un corps très-dur, d'une pierre. Le ventre, en général, n'est qu'un peu déprimé.
Il y a des nausées, mais pas de vomissements; des éructations assez fréquentes, qui soulagent momentanément le malade, lui font éprouver la sensation d'un corps sucré passant par la bouche. Anorexie complète; langue large, enduite d'une couche saburrale blanche, assez épaisse; soif modérée. L'introduction des boissons semble soulager un peu le malade; gencives teintes en bleu dans le quart de leur étendue; dents toutes noirâtres, surtout les incisives et les canines ; sentiment de sécheresse dans la bouche. L'urine est sécrétée et évacuée comme dans l'état normal. Son acidité n'a ni augmenté ni diminué.
Pouls assez souple, irrégulier, tantôt très-lent tantôt précipité; dans l'espace d'une minute, on constate cinq à six fois l'irrégularité des pulsations artérielles. Peau fraîche ; absence de céphalalgie; respiration libre; vingt respirations par minute. Teinte jaune terreuse très-prononcée de la peau de la face ; la peau du tronc se trouve recouverte de minium dans une grande étendue. '
4 l4 COLIQUE SATURNINE.
Une goutte d'huile de croton dans une cuillerée de tisane. Une heure après, plusieurs vomissements, suivis de cinq a six garderobes, en partie solides , en partie liquides. Insomnie toute la nuit, pendant laquelle il éprouve des crises encore plus violentes que dans la journée.
Le 10, la douleur a la même intensité qu'hier; elle a envahi les flancs; tous les autres symptômes sont les mêmes.
Une goutte de croton ; deux vomissements, deux à trois heures après l'introduction du purgatif, puis quatre selles trèsabondantes; la nuit, un peu de sommeil.
Le u, amélioration très-marquée. La douleur a diminué des trois quarts ; le ventre n'est presque plus tendu ; les nausées ont cessé, mais les éructations continuent. La langue se nettoyé; le malade n'éprouve cependant point encore l'aiguillon de la faim. Le pouls a repris en partie sa régularité. Le faciès n'exprime plus l'anxiété des jours précédents ; le malade a la physionomie d'un homme qui est sous le poids d'une fatigue extrême.
Une goutte de croton. Huit garde-robes. L'amélioration se continue toute la journée.
Le 12, tout est rentré dans l'ordre. Le ventre fait saillie; il a recouvré sa souplesse; les gaz sortent par l'anus. Toute douleur a cessé. Le pouls est souple et parfaitement régulier. Le malade demande avec instance des aliments. — Bouillon, soupe, lait.
Le i3 et les jours suivants on abandonne toute espèce de traitement. Le malade sort parfaitement guéri.
Colique violente. — Forme épigastrique. — Traitement de la Charité. — Guérison,
Marchand, âgé de vingt-cinq ans, taille de cinq pieds cinq pouces, fortement constitue, fait très-souvent des excès de boissons, et cependant il jouît généralement d'une bonne santé. En i853 , ayant été travailler a l'une des fabriques de céruse du Pccq, il fut
OBSERVATIONS. ^ib
atteint une première fois de colique de plomb, après un séjour de deux mois dans cet établissement. Après la guérison, il reprit son ancien état de matelassier. Au mois d'octobre i836, Marchand, faute d'ouvrage, fut travailler dans la fabrique de cérusc de Clichy ; au bout de six semaines, le lendemain d'une ribote, il éprouva une sensation de resserrement à l'épigastre avec quelques nausées; l'appétit commença a se perdre, et il se plaignit d'un goût sucré. Les jours suivants, ces légers phénomènes morbides augmentent et diminuent alternativement; les garde-robes deviennent rares, et les forces commencent à se perdre. Après sept à huit jours de persistance de ces prodromes, les accidents vinrent presque subitement à acquérir un haut degré d'intensité, ce qui détermina le malade à entrer à l'hôpital de la Charité. Le numéro 14 de la salle Saint-Jean lui fut assigné.
Etat actuelle 29 décembre. Douleur très- aiguë à l'épigastre, devenant par moment plus intense, et faisant éprouver alors un sentiment de dilacération violente. Pendant l'exacerbation,le malade pousse des cris, se ramasse dans son lit sous ses couvertures, descend brusquement à terre, puis se recouche pour se ployer en double, etc., etc. La figure exprme l'anxiété la plus grande et l'angoisse la plus pénible. Les accès reviennent plus souvent que toutes les cinq minutes. L'épigastre est tendu et dur. Comprimé, il ne fait pas varier d'une manière sensible l'acuité de la douleur. On aperçoit des battements énergiques de l'aorte qui ébranlent tout l'abdomen. Nausées continuelles, vomissements fréquonts d'une matière très-verte qui laisse sur l'œsophage et la bouche les traces du passage d'un liquide fort amer. Dans la soirée d'hier, et pendant la nuit, le malade «1 vomi plein deux cuvettes. A chaque vomissement il rejette peu de matière a la fois. De temps en temps, hoquet qui agite beaucoup le malade. Les boissons introduites dans l'estomac n'aggravent ni ne diminuent les douleurs; elles n'excitent ni ne calment les vomissements. Constipation, éructations fréquentes. Dyspnée, trente inspirations par minute, inégales. Le malade n'ose dilater sa poitrine, dans la crainte d'augmenter ses souffrances. Langue grosse, recouverte d'un enduit jaunâtre peu épais; soif assez vive; anorexie, sans
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dégoût. Salive alcaline, sécrétée en proportion convenable. Gencives recouvertes d'une grande quantité de sulfure de plomb. Dents un peu déchaussées, noirâtres, en partie détruites. Le malade affirme qu'il avait de belles dents avant de travailler la céruse. Teinte d'un jaune sale trés-proncucée. Pouls dur, vibrant, régulier, a quarante-cinq pulsations. Bonne chaleur de la peau. Insomnie ; absence de céphalalgie. Bon état de toutes les autres fonctions.
Premier jour du traitement de la Charité. — Augmentation des vomissements; lavement rendu sans matières fécales, une demiheure après avoir été pris ; grande agitation la nuit.
Le 5o décembre, aggravation des accidens.
Deuxième jour du traitement de la Charité. — Trois garde-robes en partie solides.
Le 5i, un peu d'amélioration ; la douleur de l'épigastre n'est pas aussi vive, et les vomissements sont moins opiniâtres. Le hoquet et les éructations moins fréquentes ne fatiguent pas autant le malade.
Troisième jour. — Trois à quatre garde-robes, composées d'une grande quantité de scybales grisâtres.
Le 1er janvier 1807, le mieux fait des progrès; la douleur n'est plus sujette qu'à des exacerbations peu marquées. Les vomissements ont cessé cette nuit. Le hoquet a disparu; les gaz s'échappent par l'anus. L'épigastre n'est plus aussi dur ni aussi déprimé. Le pouls est remonté à soixante pulsations. La respiration devient calme. Quatrième jour.
Le 2, la douleur ne consiste plus qu'en une sensation profonde de pesanteur. La langue se débarrasse de son enduit. L'appétit se prononce. Le malade a dormi cette nuit quelques heures pour la première fois. La circulation et la respiration fonctionnent presque avec leur liberté normale. Léger sentiment de fatigue générale. Cinquième jour. — Le 3, à peine quelque léger endolorissement ; les gaz parcourent les intestins en tous sens et avec bruit; lcui excrétion s'effectue presque complètement par l'anus. — Bouillon, soupe, lait. Sixième jour. — Le l\, tous les svmptômes de la colique ont disparu. Exeat.
OBSI-ffiVATIOÏV;. 41/
Colique violente. — Formes Irypo gastrique et rénale. — Huile de croton, opium et lavements purgatifs. — Gucrison. — Pouls fréquent.
Babey, âgé de trente-deux ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin , est broyeur de couleurs depuis seize mois chez un peintre en bâtiments. Pendant tout ce temps il n'a point été malade. Il a eu , étant militaire , plusieurs véroles, des pneumonies, un rhumatisme, etc. Habituellement il fait de grands excès de femme et de boissons alcooliques.
Douze jours avant son entrée à l'hôpital, après avoir nettoyé la surveille son atelier, et s'être trouvé, par cela même, dans une atmosphère de poussière saturnine très-épaisse pendant sept à huit heures, il commença à éprouver quelques douleurs sourdes dans le bas-ventre et à la région rénale; il s'aperçut en même temps que ses urines étaient moins abondantes qu'à l'ordinaire, qu'elles coulaient plus difficilement, et même avec un peu de douleur, tellement qu'il crut d'abord qu'il allait avoir une chaudepisse. Les jours suivants ces accidents augmentèrent lentement ; les garde-robes devinrent difficiles ; des rots et des éructations arrivèrent ; l'appétit se perdit', et Babey ne pouvait plus se livrer à son travail avec la même ardeur. Enfin , le 5 juillet i856, les accidents ayant pris tout-à-coup un grand accroissement, il entra à l'hôpital de la Charité, où il fut placé dans la salle Saint-Michel.
Etat actuel, le t\ janvier. Douleur tortillante, atroce par|moments, à l'hypogastrc et dans les testicules. Le malade éprouve à la région rénale une sensation de déchirement excessivement aiguë, s'irradiantle long des flancs jusqu'à la vessie, continue, mais exacerbante également. Les parois du bas-ventre sont très-déprimées, comme excavées et extrêmement dures; le reste du ventre est également rétracté et tendu , mais à un degré beaucoup moindre. Souvent ténesme vésical; malgré des envies fréquentes d'uriner, le malade ne peut y parvenir; depuis deux I. 27
4l8 COLIQUE SATURNINE.
jours il n'a pas évacué un detni- verre de ce liquide. La région hypogastrique percutée rend un bon son; mais lorsqu'on veut introduire une sonde dans la vessie, le malade pousse des cris horribles, disant que cette opération aggrave considérablement ses souffrances ; cependant, pendant la rémission , on parvient à l'y faire pénétrer, quoique avec une certaine difficulté. La sonde ne tait évacuer que quelques gouttes d'urine rouge. Le malade ne souffre point dans les masses musculaires des lombes: il peut se ployer, etc. , sans augmenter la douleur qu'il éprouve dans le ventre. Les deux testicules, au moment des exacerbations, se retirent fortement vers l'aine; la verge n'est pas douloureuse. Constipation opiniâtre qui dure depuis quatre jours; souvent il va à la garde-robe, s'imaginant rendre des matières fécales ; vain espoir, tout se borne à un ténesme. Le doigt, introduit dans le rectum, éprouve, au moment des exacerbatious , une compression très- énergique au sphincter de l'anus et tout le long de l'intestin qu'il peut toucher; pendant la rémission le doigt ne se trouve plus resserré comme dans un .tau. Quelques borborygmes, surtout dansla fosse iliaque droite; éructations. Langue blanchâtre; pas de soif; anorexie: goût fade. Les gencives ont une belle teinte ardoisée , qui n'a envahi que deux à trois lignes de leur portion la plus voisine des dents; dents d'un brun-noirâtre. Teinte d'un jaune terreux très-pronou'.ee de toute la peau ; mais qui est masquée, sur les bras , etc., par la crasse ou poussière de céruse dont ils sont recouverts. Pouls dur, lent, régulier, quarante pulsations. Vingt inspirations pai minute. Insomnie.
Pendant les crises de douleurs, qui se déclarent à peu près à un intervalle de dix minutes, le malade, en proie à la plus grande anxiété, la physionomie toute décomposée, se roule dan- son lit en poussant des gémissements lugubres; il se sert de sou oreiller pour se compiimer le ventre, et supplie ses voisins de peser dessus avec leurs poings de toute leur force ; celte manœuvre le soulage pour un instant. Il mord ses draps, semembres s"ag;tent; on le prendrait, par moment, pour un h<«mme en proie à une violente fureur.
OKSEKVATIONS. 4 t <J
Pendant l;i rémi -sion ii bst silencieux, les ycUx fermés, et ne S8 livre pas au moindre mouvement, dans la crainte de rappeler la douleur.
Huile de crolon, deux gouttes dans du roi) de sureau ; lavement purgatif des peintres; un grain d'opium.
L'huile procure deux selles liquides , peu abondantes ; le lavement est rendu un quart d'heure après qu'il a été pris. Aucun soulagement à la suite de ces remèdes. L'opium n'empêche pas le malade de souffrir cruellement toute la nuit.
Le 5, la douleur des testicules a encore rteqUis de l'intensité. Quelques douleurs fugaces dans la partie supérieure du ventre et vers la poitrine. — Même prescription qu'hier. Dix-neuf selles dans la journée et la nuit; évacuation à cinq reprises différentes d'une grande quantité d'urine.
Un peu de somnolence la nuit.
Le 0, changement complet dans l'état du malade. La figure est fatiguée, mais calme; il n'y a plus qu'un léger endolorissement continu dans le ventre, qui a repris toute sa souplesse. La douleur de la région rénale et des testicules n'existe plus. Le pouls bat quatre-vingt-dix fois par minute; la chaleur de la peau est cependant naturelle. Sentiment de fatigue générale. Appétit déjà prononcé; langue rosée.
On prend trois onces d'urine évacuée la veille, à travers lesquelles on fait passer un courant de gaz hydrogène sulfuré, qui ne donne pas lieu à un précité noir. Lavement purgatif; un grain d'opium.
Le 7, il n'y a plus de traces de colique; le malade a parfaitement dormi. Les jours suivants, Babey sort en très-bonne santé ; le poids a repris sa fréquence et sa souplesse accoutumées.
Gotique violente. — Jaunisse. — Accès de dyspnée. — Huile de croton, tau de Sedlilz; insuccès. — Guérison sponlancc.
Dubouxc, âgé de quarante-quatre ans, d'une haute stature, d'une assez forte constitution, et d'une intelligence bornée, avait été obligé d'abandonner son état de tisserand pour prendre celui
420 COLIQUE BATUUtHK.
de broyeur de couleurs au porphyre et à la molette. Cet homme, d'une Tie très-régulière, n'avait été alité qu'une seule fois dans sa vie pour une fluxion de poitrine qu'il avait eue dans sa jeunesse. Apres avoir travaillé six semaines à son nouvel état, il commença à ressentir dans tout le ventre un poids, qui le lendemain se changea en des douleurs dilacéiantes . par moment plus aiguës que dans d'autres. A la douleur fugace se joignirent bientôt la difficulté d'aller a la garde-robe, quelques nausées et même des vomissements. Dubouxe, qui était un grand mangeur, perdit l'appétit et s'aperçut que ses forces commençaient a l'abandonner; cependant il travaillait toujours. Enfin dans une nuit tous ces accidents s'aggravèrent, de nouveaux survinrent, et Dubouxe entra à la Charité le 3i juillet iS55, salle Saint-Michel. 22.
Etat actuel. Douleur très-vive à l'épigastre, un peu moiudre à l'hypoeondre droit, à Tombilic; continue, mais exacerbante, elle consiste à l'hypocondre en une sensation de déchirement, et le malade dit qu'elle est tortillante dans les autres points.
Pendant les crises, qui arrivent à des intervalles tout-à-fait inégaux, ce malheureux devient presque furieux; ilehauge à tout instant Je position, se couche à plat-ventre, s'agenouille en se pelotonnant dans son lit, etc.
Pendantla rémission, le malade est toujours agité, la do.. quoique moins aiguë, le maîtrise presque sans cosse, La compression lors des crises soulage un peu; hors ce temps-là elle augmente
nient la douleur. Eructations fréquentes, fétides, su. ris; haleine d'une odeur toute particulière . saturnine. Nausées habituelles, vomissements fréquents, d'une matière verte, assez limpide, suivis d'un peu de soulagement momentané. Langue jaunâtre, bouche amère. Constipation depuis cinq jours, leinle d'un jaune terreux de la face; dents et gencives colorées en brun, en bleu.
Au moment des exacerbations de la douleur, les mouvements iratîoG se précipitent, deviennent incomplets, bruyants, tnbleol comme euchainés par la souffrance. On compte quarante -cinq inspirations. Lorsque la crise est p^--
I • .- I rt irrvguliei ; on compte
OBSERVATIONS. 4a l
soixante-quinze pulsations qui, pendant l'espace d'une minute, sont tour-à-tour lentes et précipitées , larges et grêles. Bonne chaleur delà peau.
Deux gouttes d'huile de croton dans du rob de sureau. Vomissements une heure après l'introduction dans l'estomac du purgatif. Aucune selle.
Le 1" août, augmentation de la douleur à Phypocondre droit.
Huile de croton une goutte, le soir lavement des peintres. Ni vomissements ni selles.
Le i, jaunisse ou suffusion ictérique assez prononcée; la peau de la face et du tronc est imprégnée dans toute son étendue du principe colorant de la bile. Cette jaunisse se remarque également sur la conjonctive. Les urines ont une teinte jaunâtre, tirant légèrement sur le vert; la chemise du malade, imprégnée de ce liquide, conserve une teinte jaune; l'acide nitrique cependant n'y fait pas apparaître le jeu de couleur indiqué par Berzelius , comme le signe de la présence du principe colorant de la bile.
Même état des autres symptômes. — Deux gouttes de croton ; lavement des peintres. Deux selles peu abondantes, en trèsgrande partie liquides.
Le 3 aucune amélioration. — Eau deSedlitz; deux à trois selles formées en partie de matières fécales pelotonnées, grisâtres.
Bain sulfureux, à la suite duquel tout le tronc et les membres se recouvrent d'une matière noire (sulfure de plomb), dans des points même où auparavant on n'apercevait aucune particule saturnine.
Les jours suivants on prescrit de l'eau de Sedlitz, de l'huile de riccin, des lavements purgatifs, des pilules d'opium; rien ne soulage le malade, quoiqu'il aille souvent à la garde-robe.
Legaoût, grande évacuation de matières fécales sans remèdes; soulagement très-prononcé.
Le 10, disparition complète de la colique; on ne compte plus par minute que vingt inspirations régulières; le pouls a repris aussi sa régularité normale; les urines sont toujours très-foncées en couleur, et cependant la jaunisse diminue.
Les jours suivants continuation de l'amélioration, et exeat.
422 COLIQUE SATURNINE.
Colique violente. — Vingt-deux coliques antécédentes. — Accès de dyspnée. — Aphonie. — Tumeurs mobiles du. ventre. — Douleur dans le canal de l'urètre. — Huile de croton tiglium. Lavements laudanisés. — Guérison.
Jomée, âgé de cinquante ans, fortement constitué, est peintre en bâtiments depuis trente-quatre ans. Cet homme a été déjà atteint vingt-deux fois de la colique saturnine ; il affirme, et nous nous en assurons chez son patron, qu'il est très-propre, et qu'il mène une vie régulière. Le plus habituellement, c'est en été qu'il éprouve les atteintes de la colique; il n'.y a que quatorze ans qu'il a été pour la première fois affecté de ce mal. Etcepcndantsesoccupationsont été toujours à peu près les mêmes, avant comme depuis cette époque.
Huit jours avant son7 entrée à la Charité, il brûla, avec de l'essence de térébenthine, un grand nombre de vieilles peintures; le lendemain de cette opération, il commença à éprouver quelques douleurs au creux de l'estomac; il ne put déjeûner, et cependant il retourna travailler. Le soir, les accidents allèrent en augmentant, et les douleurs devenant vives, on fit appeler un médecin, qui prescrivit douze sangsues à l'anus, un lavement émollient et une potion camphrée. Les jours suivants, le mal prenant une nouvelle acuité, Jomée se fit transporter le i2aoûti838 à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Ferdinand, n. i5*
Etat actuel. Douleurs atroces à l'ombilic, àl'hypogastrc,àl'épigastre et à la base de la poitrine. Elles consistent, pendant l'cxacerbation, en une sensation de tortillement que la compression diminue , tandis que, pendant la rémission , elle augmente la soutfrance, qui se réduit à un simple sentiment de constriction. Le ventre donne à la main qui le presse une sensation de dureté extrême; au moment des exaeerbations, on voit et on peut toucher à l'ombilic et à l'hypogasire des tumeurs saillantes , paiuLv-aut formç&a évidemment uat ;K uiit-anal.
OUSURVATIONS. l\ïh
glomérécs, et qui disparaissent avec l'acuité de la douleur. Ces tumeurs ne sont point accompagnées de borborygmes ni de gargouillement. Le doigt introduit dans le rectum éprouve, d'une manière extrêmement marquée, une sensation de resserrement, de constriction à l'anus et dans l'intestin , lorsque la douleur a une grande violence. La voix du malade se trouve toute essoufflée, haletante comme dans la pleurésie diaphragmatique, la respiration est tout-à-fait incomplète, courte, suffocante; aussi constate-t-on une espèce de jactitatiou. On compte quarante-huit inspirations par minute. Dans la rémission, la respiration se régularise un peu, devient moins fréquente ; mais la voix est toujours essoufflée. Pouls souple, mais irrégulier; soixante-cinq à soixante-dix pulsations par minute. Pendant les crises de colique, l'anxiété la plus grande est peinte sur la figure du malade; il ne sait quelle position prendre pour souffrir moins, eteependant respirer ; il s'asseoit sur son séant, sort de son lit, marche, etc. L'émission des urines est difficile; aussitôt que le malade est parvenu à uriner, il éprouve une grande cuisson le long du canal de l'urètre. Teinte d'un jaune terreux de la face et du tronc. Aspect ardoisé des gencives , peu prononcé aux dent«. Langue blanchâtre, un peu sèche. Soif vive; anorexie. Goût fade. Une goutte d'huile de croton dans une cuillerée de tisane, qui est suivie de plusieurs vomissements deux heures après son ingestion.
Le soir, lavement avec trente gouttes de laudanum Sydenham ; il est rendu un quart d'heure après avoir été administré.
Le i5, même état qu'hier; seulement aujourd'hui, c'est l'épi— castre qui se trouve la partie la plus douloureuse. Les accès de lyspnée sont encore plus pénibles ,• le malade semble menacé à sout moment de suffocation. Cependant le cœur et les poumons iuscultés ne font reconnaître aucune lésion organique appréciable; seulement le bruit d'expansion pulmonaire est faible, et bs bruits du cœur sont irréguliers.
Une goutte de croton, un lavement laudanisé: vingt selles, nais peu abondantes, et en grande partie liquides. La i4< aucun i.hangement.
42/4 COLIQUE SATURNINE.
Même traitement que les jours précédents; cinq à six vomissements; deux selles composées d'une petite quantité de matières fécales.
Le i5, grand soulagement, surtout à la région hypogaslrique. Les urines commencent à couler plus facilement, et la cuisson de l'urètre se fait à peine sentir.
Faciès un peu moins grippé.
Deux gouttes de croton; depuis midi jusqu'au lendemain matin, vingt selles au moins, composées, les premières, d'une grande quantité de matières fécales pelotonnées.
Le 16, cessation complète des coliques. Endolorissement général, mais très-léger du ventre. La voix n'est plus étouffée ni éteinte. Le malade respire librement et largement. La physionomie exprime le calme, mais la fatigue. Lepouls a repris sa souplesse ; on compte soixante-dix pulsations par minute. Le ventre ne se trouve plus contracté ; le malade urine très-souvent avec la plus grande aisance et sans douleur. La faim se fait sentir.
Lavement oléovineux avec trente gouttes de laudanum. Une seule selle semi-liquide. Sommeil la nuit, pour la première fois depuis l'entrée à l'hôpital.
Le 17, le mieux se continue.
Le 18, cessation complète des douleurs du ventre et de tous les accidents. La teinte jaune terreuse de la peau a même disparu presque complètement.
Colique violente. — Invasion brusque. — Douleur dans tout le ventre. — Pouls dicrote. — Traitement de la Charité. — Guérison.
J. F. Voisin, âgé de quarante ans, d'une forte constitution, d'untempérament sanguin, taille de cinq pieds un pouce, a ci une fluxion de poitrine et plusieurs autres maladies. Cethomim a toujours exercé des états très-fatigants; mais, du reste, il mène une vie fort régulière. Il y a quatre ans et demi, broyeur
OBSERVATIONS. ^2t>
chez un marchand de couleurs, il n'a éprouve, pendant quinze mois qu'il y est resté, que quelques douleurs dans les membres inférieurs. Depuis six mois il travaillait à la fonderie dans une affincric d'or et d'argent. Tout-à-coup il fut pris, au milieu de son travail, de douleurs atroces dans le ventre. Ses camarades furent obligés de le conduire de suite à sa demeure. Le lendemain i5 décembre 1 856 on le transporta à la Charité, où il fut placé dans la salle Saint-Jean.
Etat actuel. Douleur des plus aiguës dans tout le ventre, beaucoup plus forte à l'ombilic qu'à l'épigastre, l'hypogastre, la région rénale, etc. La colique revient plus violente par accès, à des distances excessivement rapprochées ; c'est alors qu'en proie à la plus vive agitation, le malade trouble toute la salle par ses cris; tantôt il se couche à plat-ventre sur son lit; tantôt il vient à descendre à terre pour se coucher sur la brique , ou prend une chaise qu'il applique sur son abdomen avec force ; quelquefois il se frappe de ses mains, se met une cravate en ceinture, etc., en un mot, il se met dans les positions les plus bizarres, pour tâcher de trouver quelque soulagement à de si cruelles souffrances ; mais le soulagement qui vient à la suite de chaque posture est de si peu de durée, qu'il est obligé d'en changer souvent.
Pendant les instants de calme, qui sont de très-courte durée, il pousse une espèce de grognement continu, ferme les yeux, s'enfonce et se ratatine sous ses couvertures.
Le ventre a conservé sa forme normale, et cependant il est dur, évidemment contracté; on s'en aperçoit en le comprimant. La douleur n'augmente ni ne diminue à l'aide de la pression. Constipation ; il n'est point allé à la garde-robe depuis l'arrivée des douleurs. Mais la veille il avait fait une selle copieuse. Eructations fréquentes et borborygmes. Nausées presque continuelles; efforts de vomissements fréquents et pénibles, souvent il met ses doigts dans la bouche pour les faciliter. L'introduction des boissons semble favoriser le retour des accès de douleur; et le malade, quoiqu'il ait une soif vive, n'ose boire aussi souvent qu'il le désirerait, L'appétit ne se trouve pas complète-
426 COLIQUE S/VTURNINE.
ment perdu. Le malade dit saliver un peu pins qu'à l'ordinaire; on n'observe ni tuméfaction, ni rougeur morbides de la muqueuse buccale et des amygdales. Langue large, molle, rosée, un peu sèche. Dents toutes noires, gencives bordées d'un léger lizeré bleuâtre.
Urines excrétées en très-petite quantité; leur émission est difficile, et même un peu douloureuse; assez souvent ténesmes, et envie fréquente d'uriner, sans pouvoir la satisfaire. Urines acides.
Respiration courte, un peu accélérée au moment des accès; alors trente inspirations. Pendant la rémission, vingt-cinq inspirations.
Le pouls, exploré à plusieurs reprises,est trouvé dicrotc. Cependant, cette union de deux pulsations n'est pas continuelle; on la constate après cinq à six pulsations régulières. Le pouls n'offre pas de dureté remarquable ; on compte soixante à soixantecinq pulsations.
Peau un peu chaude et légèrement moite. Absence de céphalalgie.
La figure du malade et une grande partie des membres et du tronc sont recouverts d'une crasse si épaisse, qu'on n'aperçoit pas quelle peut être la teinte de la peau.
Premier jour du traitement de la Charité , quelques vomissements; point de garde-robes. Aussitôt que la nuit arrive, redoublement des douleurs.
Le 6, aucun soulagement.
Deuxième jour du traitement de la Charité, cinq à six vomissements; une seule garde-robe.
Le 7, point d'amélioration.
Continuation du même traitement.
Six garde-robes; un peu de sommeil; cinq à six évacuations d'urine abondantes.
Le 8, les douleurs ont considérablement diminué. Le faciès n'est plus aussi anxieux. Le malade commence à respirer à son aise; il peut s'étendre dans son lit sans éprouver de sentiment de suffocation. Le pouls est encore un peu irrégulier, mais n'est plu* dicrot-
Les urines coulent avec facilité et abondance. Les gaz s'échappent, en partie, par l'anus. Il n'y a plus de nausées, et les vomissements ont cessé.
BouiLon, soupe, lait. On arrête le traitement de la Charité.
Dans la nuit, augmentation des coliques.
Le 9, le malade souffre un peu plus qu'hier; on supprime les aliments et l'on reprend le traitement de la Chanté.
Les jours suivants, l'amélioration se continue.
Le i3, le malade est rendu à la santé.
Les urines recueillies pendant tout le temps de la maladie sontmises en contact avec de l'acide hydro-sulfuriquc, qui ne détermine pas le plus léger précipité noir de sulfure de plomb.
La salive, également recueillie avec beaucoup de soin, est traitée par l'acide suif hydrique, sans que l'on puisse découvrir du sulfure de plomb à la suite de ce contact.
Le malade sort parfaitement bien portant ; il respire avec la plus grande aisance, et son pouls offre une régularité parfaite.
Colique violente. — Trente et une coliques antécédentes. — Diarrhée (prodromes). — Constipation (symptômes). — Agitation spasmodique du ventre. — Hoquet très- fréquent. — Langue rouge et sèche sans complication. — Soif très-vive. — Déglutition difficile. — Huile de croton tigtium. — Guérison.
Barbier, âgé de cinquante-trois ans, taille de cinq pieds, d'une constitution assez chétive , a exercé la profession de potier de terre depuis vingt-cinq ans, et a eu trente et une fois la colique de plomb pendant ce laps de temps. Deux mois avant son entrée à la Charité , il fut travailler à la fabrique de minium de Ciichy. On l'employa à la calcina lion pendant quarante jours; pendant tout ce temps il s'enivra aussi souvent que par le passé. A partir de ce moment, il éprouva dans le ventre quelques douleurs fugaceSj qui furent bientôt accompagnées de dévoieiuent, de
428 COLIQUE SATUBNINE.
nausées et de perte d'appétit. Ces légers accidents durèrent six jours avec des alternatives d'augmentation et de diminution ; enfin, ils [firent de tels progrès dans vingt-quatre heures, que le malade fut obligé dès lors d'abandonner son travail, et de venir le 18 août 1808 ù la Charité, où il fut placé salle Saint-Michel, 9.
Etat actuel. Douleur extrêmement aiguë depuis l'épigastre jusqu'à l'hypogastre exclusivement, et occupant trois pouces en largeur. Le malade se plaint aussi à l'hypogastre. d'une douleur en ceinture, mais beaucoup moins vive. Lorsqu'on comT prime fortement l'abdomen, la souffrance est accrue; des frictions, au contraire, la diminuent. Le ventre est très-dur et ne présente pas une surface unie. Sur la ligne médiane il offre une excavation très-marquée, et sur les côtés des saillies. Au moment des exacerbations le ventre tout entier semble bouleversé, agité par des contractions brusques, irrégufières, spasmodiques. Cet effet est surtout marqué lorsque les accès de hoquet surviennent. Dans ces moments le malade est en proie au plus violent désespoir, il se plaint d'une sensation cruelle d'arrachement dans tout le paquet intestinal; le plus souvent il se couche à plat-ventre, c'est la position qui le soulage le plus; parfois ses membres et son tronc sont agités de mouvements saccadés , et on entend un claquement énergique des mâchoires.
La figure du malade est toute bouleversée ; elle n'exprime d'autre idée que la douleur la plus atroce; quand on lui adresse la parole, il est incapable de répondre, tant il est maîtrisé par la souffrance; une boule d'eau brûlante appliquée sur le ventre est à peine ressentie. La respiration est excessivement accélérée; on compte jusqu'à cinquante-cinq inspirations par minute.
Pendant la rémission, le malade converse facilement, et lorsqu'on applique sur son ventre la boule d'eau, il la repousse brusquement. La douleur ne consiste plus alors qu'en un sentiment de compression ; le ventre est calme, assez peu contracté; mais des nausées et des vomissements difficiles tourmentent le malade. Les matières rendues ont un aspect poracé; elles laissent sur leur trajet uue sensation d'amertume extrême. L'introduction
des boissons n'a aucune influence sur l'apparition des vomissements.
Constipation depuis avant -hier. Eructations très-fréquentes; quelques borborygmesdans la fosse iliaque droite. Langue rouge, mais non hérissée de papilles, sèche et grosse. Sécheresse de la bouche. Soif très-vive; au moment des accès de colique, le malade peut difficilement boire, il éprouve un sentiment de constriction se propageant depuis l'épigastre, tout le long de l'œsophage, jusqu'au pharynx, qui ne permetpas le passage des tisanes; s'il persiste à vouloir les avaler, elles sont rejetées presque immédiatement.
Pouls lent, dur, vibrant, à quarante-cinq pulsations. Bonne chaleur de la peau. Absence de céphalalgie. Insomnie. L'émission des urines s'effectue avec difficulté. Pour y parvenir, le malade est obligé de contracter énergiquement les muscles de l'abdomen , ce qui accroît les souffrances.
La peau du visage et du tronc présente un aspect jaune terreux très-prononcé. La figure est toute ridée; le malade dit avoir beaucoup maigri depuis son entrée à la manufacture de minium. L'haleine a une odeur fétide des plus manifestes, ce dont le malade a conscience lui-même. Les dents sont toutes brunâtres, et les gencives en partie bleues.
Deux gouttes de croton dans du rob de sureau: sept à huit vomissements trois quarts d'heure après l'introduction de l'huile ; une selle liquide; lavement des peintres le soir, deux selles en partie composées de crottins.
Le 19 , il n'y a pas de soulagement marqué. Le malade a été agité toute la nuit; il est couvert de sueurs.
Même traitement qu'hier ; neuf selles , mais chacune d'elles peu abondante. Un peu de repos la nuit.
La 20 , diminution considérable des accidents ; il n'y a plus de hoquet, ni d'agitation convulsive du ventre. Lavement des peintres.
Le iii , dans la journée, retour des accidents à leur période d'acuité. Alors deux gouttes de croton, lavement des peintres; sept à huit garde-robes très-aboudantes.
45o COLIQUE SATURNINE.
Le 22, disparition presque complote de tous les symptômes de lacolique. Le malade ne ressent plus qu'une sensation de distension dans le ventre, continues et accompagnée de la circulation d'une grande quantité de gaz, qui se dégagent maintenant par l'anus. Le ventre est bombé.
Les urines coulentsans efforts. Les nausées et les vomissements ont cessé. Le pouls est à soixante-dix et souple, quelquefois il est un peu irrégullcr, c*cst-à-dire excessivement précipité, puis un peu lent. La langue s'humecte et s'amollit. Lavement des peintres.
Le 23, guérison complète.
Colique violente. — Récidives 7'approchces. — Douleur augmentée par la pression. — Tumeurs formées par des gaz. — Sensation d'mc boule remontant de Vcpigaslre à la. gorge. — Interruption subite du jet de Vitrine ; douleur et rétraction de la verge. — Traitement antipklogistique ; insuccès. — Traitement de la Charité. Guérison.
Petit, (âgé de quarante ans, d'une très -forte constitution, ancien militaire, travailla pour la première fois à la fabrique de céruse de Courbevoie, le 1" mai 1807. Après vingt-quatre jours de travail, il fut atteint de colique. Étant retourné, lorsqu'il fut complètement guéri, dans cet établissement, il éprouva de nouveau une attaque de colique saturnine, après dix jours de travail.
Petit, ne pouvant trouver d'antres occupations, fut encore, après cette guérison, à la manufacture de carbonate de plomb de Courbevoie; il y fut de nouveau atteint de colique, à deux reprises différentes, après dix-sept et onze jours de travail. Chacune de ces coliques fut, comme les deux précédentes, guérie dans l'espace de quelques jours, à l'aide de divers traitements vomi-purgatifs.
Enfin, Petit ayant travaillé dix jours à la fabrique de Clichy, vint se faire traiter d'une cinquième colique a l'hôpital de la Charité, salle Saint-Louis, n° ai, le 29 juillet 18^7. — Cet homme mène une vie régulière; dans les fabriques de céruse, il était employé à toute espèce d'ouvrages.
Etat actuel. Douleur dans tout le ventre, mais à des degrés divers. L'hypogastre, puis l'ombilic, l'épigastre, «ont les points où la souffrance est le plus aiguë. La verge se trouve également très-douloureuse.
La colique devient beaucoup plus forte par accès ou crises; elle fait éprouver alors une sensation de tortillement des plus pénibles. Dans ce moment le malade, dont le faciès se trouve tout-à-fait grippé et bouleversé, pousse des cris, change sans cwsc de position, se met en double , mais évite de se coucher sur le ventre. En effet, la compression de l'abdomen augmente un peu les souffrances, de quelque manière qu'on la pratique. Quelquefois le malade accuse la sensation d'une boule remontant de l'épigastre, le long du thorax, jusqu'à la gorge, où elle produit une espèce de suffocation. Dans ce moment il ne peut ni parler ni avaler, et il est en proie à la plus grande anxiété.
Les exacerbations n'arrivent pas plus souvent que toutes les heures. Lorsqu'elles ont lieu le ventre est sensiblement rétracté et dur; on constate, au contraire, qu'il est relâché et à peine déprimé pendant la rémission. Souvent des tumeurs, du volume du poing, apparaissent dans diverses parties du ventre ; elles sont très-mobiles, leur apparition et leur disparition sont presque instantanées ; la percussion, le toucher et le gargouillement qu'elles produisent, font reconnaître qu'elles se trouvent, en très -grande partie, formées par l'accumulation de gaz dans quelques anses intestinales. Eructations fréquentes.
Nausées presque continues, accompagnées de quelques vomissements de matière poracée , érugineuse. Langue grosse, blanchâtre. Anorexie; soif modérée. Belle teinte bleue des gencives; aspect noirâtre des dents, en partie détruites. Goût sucré ; haleine des plus infectes. Constipation depuis trois jours.
Le malade, que nous faisons uriner devant nous, est tout-à-
4*^2 COI.IQUf, SATURNINE.
coup pris d'une forte crise; alors, le jet de l'urine, qui était modéré, s'arrête subitement; et au même moment la verge , très-douloureuse, se retire, devient très-petite, se cache sous le scrotum. Après la cessation de l'accès, l'urine coule avec assez de facilité. Quelquefois l'urine ne coule que par saccades ; pendant son émission et même quelque temps après, une légère cuisson se fait sentir tout le long du canal de l'urètre. L'urine est légèrement acide, comme dans l'état normal.
Le pouls dur, régulier, large, bat cinquante-six fois par minute.
Amaigrissement prononcé ; la peau est flasque et la figure ridée. Teinte d'un jaune terreux de la conjonctive , ainsi que de la peau de la face et de tout le corps. Le malade dit avoir perdu beaucoup de ses forces depuis qu'il travaille la céruse.
Petit fait remonter l'invasion de la colique à quatre jours. La douleur commença par envahir Fhypogastre. La veille , on avait ouvert la grande cuve à précipiter, et il avait brassé pendant quelques heures, au milieu d'un épais nuage de poussière saturnine et de gaz.
Saignée de quatre palettes. Le caillot se recouvre d'une couenne de mince épaisseur, une demi-ligne, d'une assez bonne consistance. Le caillot est assez volumineux, non-retroussé, mou. Le sérum se trouve abondant.
Lavement émollient, rendu un quart d'heure après avoir été pris.
Le 5i, même état qu'hier. Seulement le pouls est descendu à trente-six pulsations par minute.
Huit ventouses scarifiées sur le ventre. Lavement de guimauve, rendu sans matière.
Le i" août, un peu de diminution des coliques. Quelques heures de sommeil. Pouls à cinquante pulsations, moins dures. Du reste, même état.
Deux lavements émollients. Pas de selles. Deux bouillons.
Le 2, encore diminution des douleurs et de tous les autres symptômes de la colique, à l'exception de la constipation. Sommeil. Appétit. La langue reprend sa teinte rosée. L'haleine iè-
OKSERVATIONS. 4^0
tide et le goût sucré ont presque entièrement disparu. La teinte jaune terreuse s'efface insensiblement. Le malade ne se plaint plus de la sensation d'une boule remontant de l'épigastre à la gorge. L'excrétion de l'urine devient facile et régulière. La figure récupère son expression habituelle. Le pouls, toujours aussi lent, n'est plus aussi tendu.
Lavements émollicnts. Bouillon.
Le 4 août, garde-robe copieuse sans lavement.
Lavement émollient.
Le 5, faciès grippé; douleurs violentes dans le ventre, avec tous les accidents que nous avons décrits le 3o juillet.
Lavements émollients.
Le G, même état qu'hier.
Vingt-cinq sangsues sur le ventre. Lavements émollients.
Le 7, le 8 et le 9, la colique acquiert encore plus de violence, malgré une nouvelle application de vingt sangsues.
Le 10, premier jour du traitement de la Charité; plusieurs vomissements et plusieurs selles liquides. Dans la nuit la colique commence à diminuer.
Le n, soulagement très-marqué. Deuxième jour du traitement de la Charité, trois selles.
Le 12, le mieux continue. Troisième jour de la Charité; cinq selles, composées en grande partie de crottins très-durs, jaunâtres. Emission des urines facile.
Le io, diminution aux trois quarts des accidents; quatrième jour de la Charité; dix selles, les premières solides, et les dernières liquides.
Le i4> le malade est complètement guéri. On arrête le traitement.
Petit reste encore quelques jours à la Charité, pendant lesquels il n'éprouve pas de rechutes.
434 COLIQUE SATURNINE.
Colique violente. — Mouvements spasmodiqucs du ventre. — Ténesmes à l'anus et au col de la vessie. — Dysurie opiniâtre. — Douleurs dans (escortions spcrmatiques. — Huile de croton tiglium. — Gucrison.
Reveilhac, âgé d'environ cinquante ans, d'une haute stature, fait souvent des excès de boisson, et cependant il prétend n'avoir jamais été malade. Quoique travaillant dans une fonderie dite de cuivre, depuis plusieurs années, c'est la première fois qu'il est atteint de colique saturnine. Dans la fonderie où se trouve Reveilhac, on mêle toujours une petite quantité de plomb avec les diverses substances dont on veut extraire le cuivre. Notre homme est le plus souvent au milieu d'un épais nuage de poussière et de gaz contenant des molécules saturnines. Aussi, ses gencives et ses dents sont recouvertes de sulfure de plomb.
Le 16 novembre i838 ce fondeur fit une ribole complète ; le 17 au soir il commença à souifrir un peu du ventre , et le 18 on l'apporta à la Charité , salle Saint- Ferdinand, n° 17, dans l'état suivant :
Par moment douleur des plus atroces à l'hypogastre, dans le cordon spermatique , l'épigastre et l'ombilic. Tout le ventre, qui est dur et un peu déprimé, paraît souvent bouleversé par des mouvements brusques de va-et-vient, on dirait des mouvements convulsifs; lorsqu'on applique la main sur ces parties, elle est fortement repoussée par leurs contractions énergiques. Pendant les exacerbations, Reveilhac pousse des cris comparables aux mugissements des bœufs ; la douleur le fait sauter, bondir dans son lit; il jure, tempête, pleure, etc. La compression n'augmente ni ne diminue ses souffrances, et cependant il se couche souvent à plat-ventre.
Pendant l'instant de relâche qui succède à l'accès, le ventre est calme; la pression diminue la colique, si le malade fuit tous ses efforts pour relâcher le plus possible ses muscles abdominaux.
Au moment îles paroxysmes la douleur est tortillante; dans leur intervalle le malade la compare à une simple conslriction.
Téncsmcs fréquents à l'anus; le doigt introduit dans le rectum éprouve des alternatives de contraction énergique et de relâchement de la part du sphincter et de l'intestin ; pour l'y l'aire pénétrer, au moment des accès, il faut employer une force assez grande; pour introduire même la canule d'une seringue, on est obligé de pousser avec une certaine énergie, afin de vaincre la force de résistance provenant de la contraction énergique de ces parties.
Nausées, cinq à six vomissements par jour peu abondants, d'une matière brunâtre, un peu épaisse. Eructations; légers borborygmes. Langue rosée, un peu sèche ; soif. Anorexie.
Absence de selles depuis avant-hier.
Souvent Reveilhae éprouve des ténesmes , des envies fréquentes d'uriner; depuis hier soir il s'est levé plus de vingt fois sans pouvoir satisfaire complètement à ce besoin impérieux; parfois seulement il rend quelques gouttes de liquide. A l'aide de la pression on s'assure que la vessie contient une certaine quantité d'urine , mais elle n'est point distendue par ce liquide. Il ne souffre pas à la région rénale.
Lorsque la douleur se fait sentir dans le cordon spermatique, les testicules se rétractent un peu.
Pouls assez plein; soixante pulsations.
Lors des accès de colique, la respiration devient bruyante et s'accélère; on compte vingt-cinq inspirations par minute.
Teinte d'un jaune grisâtre de la peau de la face et de tout le corps; amaigrissement prononcé.
Une goutte de croton dans une cuillerée de tisane le matin; quelques vomissements. Une seconde goutte le soir, vomie aussitôt qu'elle est ingérée dans l'estomac.
Le 19, aucun soulagement; les douleurs ont disparu à l'épi— gastre , mais elles sont plus intenses dans le bas-ventre. Cessation des nausées et des vomissements.
Même traitement qu'hier. Sept à huit selles, en grande partie composées de scybales.
436 COLIQUE SATURNINE.
Le 20, amélioration très-marquée. La douleur a diminué des trois quarts; la dyspnée n'existe plus; le malade a uriné considérablement. Les éructations et les borborygmes sont beaucoup plus rares. Le ventre est calme et presque aussi souple que dans l'état de santé.
Deux gouttes de croton , une le matin et une le soir. Douze garde-robes.
Le 21, tout est rentré dans l'ordre. Le malade demande à cor et à cri qu'on lui donne à manger. Il se plaint aussi d'un peu de cuisson à l'anus. Lavement émollient.
Les jours suivants la convalescence se maintient ; les fonctions digestives et urinaires ne sont plus troublées.
Colique modérée. — Formes ombilicale, hypo gastrique et rénale. — Urine alcaline. — Traitement par la noix vomique. — Rechute avec dévotement. — Huile de riccin, opiacés; insuccès. — Huile de croton ; guérison.
Vautrin, âgé de quarante-huit ans, fortement constitué, ancien militaire, d'une bonne santé habituelle, et menant une vie régulière, travaillait depuis deux mois ù la manufacture de céruse de Clichy, lorsqu'il vint à éprouver dans le ventre quelques douleurs sourdes, fugaces. Bientôt, à ces symptômes précurseurs se joignirent la constipation, la dysurie et l'anorexie. Après huit jours de cet état, les accidents prirent une plus grande intensité; Vautrin entra à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Ferdinand, n° 6, le 4 août i838.
Etat actuel. Douleur à l'ombilic, à l'hypogastre et à la région rénale, continue, mais exacerbante. Au moment desaccès, qui reviennent toutes les cinq minutes , la colique fait éprouver une sensation de tortillement, et se trouve très-légèrement diminuée par la pression ; le malade pousse, de temps en temps, quelques cris; souvent il se remue dans son lit, se pelotonne sous ses couvertures, se couche à plat-ventre, etc. Dans l'intervalle des
cxaccrbations, la douleur est réduite à une simple constriction, et cependant augmentée par la compression.
Les muscles de la paroi antérieure de l'abdomen se trouvent tendus, et le ventre est déprimé principalement sur le trajet delà ligne médiane. En faisant fléchir les membres inférieurs sur le bassin, et en occupant l'attention du malade, on ne parvient pas à enlever cette tension qui devient plus marquée, ainsi que le retrait du ventre, au moment des accès de colique.
Constipation depuis quatre jours.
Soif modérée; anorexie. Langue rosée, humide; goût sucré dans la bouche ; haleine fétide, saturnine, dont le malade a conscience. Gencives teintes en bleu ardoisé, dans leur portion la plus voisine des dents; ces dernières ont un aspect jaune noirâtre trèsprononcé. Le malade affirme qu'avant d'aller travailler àClichy, il avait des dents fort blanches.
Envies assez fréquentes d'uriner, sans évacuation possible. Ce liquide s'écoule en quantité trois à quatre fois moindre que dans l'état normal. L'urine, légèrement citrine, transparente, sans dépôt, traitée par l'acide nitrique et exposée ù la chaleur, ne donne pas de précipité d'albumine, et cependant elle est alcaline. Un papier rougi par un acide, mis en contact avec l'urine que le malade évacue à la visite, bleuit de suite; taudis que le papier de tournesol ne change pas de couleur.
Un courant de gaz hydrogène sulfuré qu'on fait passer à travers cette urine, ne donne point lieu ù un précipité de sulfure de plomb.
Le pouls, régulier, large, tendu, donne cinquante-cinq pulsations par minute. Peau fraîche.
Teinte légèrement vermeille de la face, nuancée d'une coloration d'un jaune sale. La conjonctive a un aspect jaune terreux très-marqué. Amaigrissement prononcé.
Un lavement avec trente gouttes de teinture alcoolique de noix vomique. Hydromel tamarin.
Le lavement a été rendu tel qu'il avait été pris. Cependant un peu de soulagement sur les dix heures du soir.
Le 5, même état qu'hier.
Deux lavements de teinture de noix vomique ? deux selles li-
458 COLIQUE SATUBSINE.
quides, composées presque uniquement des lavements rendus une demi-heure après qu'il ont été administrés.
Le 6. un peu d'amélioration ; deux lavements de teinture de noix vomique.
Encore une selle liquide après chaque lavement. Le 7. l'amélioration se continue. Cessation des envies fréquentes d'uriner; diminution de l'alcalinité de l'urine.
Lavements de teinture de noix vomique ce jour-là et les suivants; guérison apparente le 10, sans selles solides obtenues. Seulement l'urine se trouve toujours un peu alcaline.
Le 12, retour des douleurs dans le ventre, à l'ombilic, à l'hypogastre et à la région rénale; dysurie, ténesmevésical. Les souffrances sont un peu plus vives qu'au moment de l'entrée à Vhùpital. L'urine est redevenue plus alcaline. Anorexie, longue blanchâtre ; dévoiement; pouls à soixante pulsations ; peau fraîche. Lavements émollients.
Le i5, même état qu'hier., Lavements émollients. Depuis minuit, cessation du dévoiement.
Le if\, même état, à cela près que la constipation a remplacé la diarrhée.
Une goutte de cfoton dans une cuillerée de tisane; deux selles en partie solides.
Le i5, un peu de soulagement; deux onces d'buile de riccin avec une ou deux de sirop de nerprun. Lavement oléovineux avec trente gouttes de laudanum de Sydcnham. L'administration de ces médicaments n'est suivie d'aucune selle, ni de la moindre amélioration.
Le 16, augmentation des douleurs : une goutte de croton : lavement oléovineux et laudanisé.
Sept selles dans lesquelles on aperçoit quantité de petites boules de matières fécales noirâtres. Le malade urine, dans l'espace de douze heures, une quantité de liquide supérieure à celle qu'il a évacuée depuis trois jours.
Le 17, guérison complète. Le 18, l'urine est redevenue légèrement acide. Le malade passe à l'hôpital sa convalescence, j* niant laquelk on a'dbserfe pa< de nmveile reeh .
Cotique violente. — Frisson au débat. — Agitation extraordinaire. — Respiration entrecoupée, suffocante. — Douleur tout autour de la poitrine; palpitations. — Irrégularité du pouls. — Traitement par les purgatif». — Guérison.
Poulain, âgé de vingt-huit ans , taille de cinq pieds cinq pouces, d'un tempérament nerveux et d'une constitution un peu sèche, faisant quelques excès de boissons, travaille depuis l'année 1824 à l'état de ferblantier. Jamais il n'avait été atteint de colique ni d'autre maladie saturnine , lorsqu'au mois d'octo^bre i836, il fut attaqué pour la première fois de colique. Depuis lors, deux fois encore ila éprouvé lesatteintes de cette affection.
Au mois d'octobre 183?, pour la quatrième fois, Poulain commence à ressentir les phénomènes précurseurs de la colique saturnine; douleurs vagues dans le ventre; nausées, anorexie, évacuation des matières fécales difficiles, etc., etc. Mais avant de ressentir ces accidents, il éprouva à deux reprises différentes du frisson, qui ne futpointsuivi de chaleur ni de sueurs. Plusieurs jours auparavant, il avait étamé de grandes baignoires, avait préparé une grande quantité de soudure, et s'était trouvé long-temps au milieu d'une fumée épaisse, chargée d'émanations de plomb.
Le t3 du même mois, il me firnppeler rue Saint-Denis, 212, où il demeurait. Je le trouvai dans l'état suivant.
Le malade, tourmenté par des douleurs atroces dans le ventre, se roule dans son lit, porte ses mains sur son ventre, crie, appelle au secours, se jette par terre, se roule sur le parquet de sa chambre, conjure sa femme de s'agenouiller sur son ventre, ce dont il éprouve un peu de. soulagement momentanément. Sa figure, horriblement crispée, exprime la plus cruelle angoisse. Ses yeux sont troublés, égarés. Quoique son intelligence soit parfaitement conservée, il est cependant tellement maîtrisé par la douleur , que, dans un moment, il entr'ouvre violemment la fenêtre de sa chambre pour s'y précipiter ; dans un autre moment, il saisit
44û COLIQUE SATURNINE.
avec fureur son rasoir pour se' couper la gorge. Ses membres et son tronc sont presque sans cesse agités de mouvements saccadés. Le malade compare sa douleur ù un sentiment de terrébration.
Pendant la rémission, qui n'arrive qu'à d'assez longs intervalles, il y a fort peu de calme ; seulement le malade ne se livre point à toutes ces extravagances.
La douleur est beaucoup plus vive à l'ombilic, puis à l'épi— gaslre ; l'hypogastre et les côtés du ventre sont moins endoloris.
La pression soulage un peu; le ventre se trouve extrêmement rétracté; l'ombilic surtout paraît enfoncé en godet. Le ventre est très-dur, trè s-fortement déprimé; il n'a plus sa forme arrondie ; des tumeurs inégales, tendues, apparaissent sur divers points de l'abdomen, surtout au moment des plus violentes exacerbations.
Le doigt introduit dans le rectum éprouve une forte constriction de la part du sphincter et de l'intestin. Le malade ne peut pas conserver de lavements plus de cinq minutes; ils sont rejetés précipitamment. Ténesmes à l'anus,quiparaîtréellementenfoncé, contracté sur lui-même. Le malade croit par moments qu'il va rejeter des matières fécales; il se rend sur le vase de nuit, mais inutilement.
Constipation depuis cinq jours ; éructations fréquentes. Nausées, vomissements peu abondants d'une matière vert-chou, très-épaisse.
Langue blanchâtre, épaisse et peu sèche. Soif vive ; les boissons, à peine introduites dans l'estomac, sont rejetées avec de grands efforts. Anorexie.
Quelquefois le malade éprouve le besoin d'uriner; il ne peut le satisfaire, ou ce n'est qu'avec de grands efforts qui augmentent encore ses souffrances. L'urine est rouge et acide.
Le malade se plaint d'un sentiment de construction à la base et tout autour de la poitrine. Lors des exacerbations, la respiration s'accélère considérablement; quelquefois elle semble comme arrêtée brusquement par un violent accès de colique ; alors elle devient entrecoupée, su£focante. La région précordiale
est agitée par des battements précipités et irréguliers; leur timbre est étouffé, mais sans mélange d'aucun bruit anormal. Les palpitations se trouvent encore plus marquées pendant les crises violentes. Le pouls est fort irrégulier; d'un moment à l'autre, il est lent et assea large, ou précipité et à peine perceptible ; on compte soixante-quinze à quatre-vingts pulsations. La peau est moite; il n'y a pas de céphalalgie.
Je prescris une goutte de croton dans une cuillerée, de tisane, matin et soir, et j'engage le malade à se faire transporter à la Charité. A peine la première goutte est- elle prise, que plusieurs vomissements ont lieu. La seconde goutte est également rejetée ; mais une demi-heure seulement après son introduction.
Le i4 octobre, aune seconde visite, je trouve encore le malade en proie à une plus grande agitation, s'il est possible. Il demande un soulagement prompt ou ia mort ; il court comme un forcené dans son appartement; il brise, casse tous les objetsqu'il trouve sous sa main. Il ne fait attention à rien. Nous nous assurons néanmoins que l'intelligence est intacte, et que ces extravagances ne sont que l'effet de l'exaltation causée par la douleur; car, lorsque nous l'entretenons, il répond parfaitement juste ; et pendant les courts instants de relâche , il regrette de s'être livré à toute cette agitation qu'il n'a pu maîtriser.
Nous prescrivons deux gouttes de croton comme hier. Le malade, n'ayant pas de confiance daus celte médication , se fait transporter à la Charité. Il n'y reste qu'un jour, au bout duquel il veut sortir. Enfin, il entre à l'Hôtel-Dieu, où, traité à l'aide des purgatifs, on m'a dit qu'il avait guéri dans l'espace de huit jours.
Colique violente chez une femme. — Non apparition des règles, douleur d l'kypogastre, etc. — Sangsues, insuccès. — Huile de croton; opium; lavement des peintres ; guerison. — Arrivée des menstrues.
Françoise-Joséphine Coslat, âgée de seize ans, d'une petite taille, d'une constitution assez faible, frotteuse de caractères
442 COLIQOB saturnine.
d'imprimerie depuis huit mois, est habituellement bien portante. L'année dernière seulement, éprouvant quelques symptômes d'une congestion vers le cerveau, elle fut saignée.
Le 3 décembre 1 836 , sur les deux heures de l'après-midi , après avoir dîné, elle éprouva tout-à-coup des douleurs de colique, depuis le nombril jusqu'au pubis. La veille elle avait été deux fois à la garde-robe avec la plus grande facilité, mais sans dévoiement. Son habitude, dans l'état de santé, est de faire deux selles chaque jour. A huit heures du soir elle vomit une fois, à dix heures trois fois. Dès ce moment les douleurs sont devenues beaucoup plus fortes.
Le 4) les douleurs augmentèrent d'intensité, et les vomissements devinrent plus fréquents; il n'y eut pas de selle. Entrée le soir à la Charité, salle Saint-Vincent, n°9; nous la trouvâmes dans l'état suivant le lendemain matin :
Ventre un peu déprimé, contracté d'une manière très-marquée, surtout dans toute l'étendue occupée par les muscles droits de l'abdomen; cette tension des muscles congénères détermine une espèce de canal depuis l'appendice xiphoïde jusqu'au pubis. Douleurs très-vives à l'épigastre, moins aiguës à l'ombilic et à l'hypogastre, nulles ailleurs; elles font éprouver une sensation d'arrachement ; quoique continues , elles acquièrent par moment beaucoup plus d'intensité; c'est alors que la malade, la figure toute grippée et égarée, se met dans les positions les plus bizarres, en poussant des cris aigus ; elle prie, supplie l'infirmier, ses voisines, de venir comprimer de toutes leurs forces son ventre avec leurs mains; cette manœuvre la soulage un peu ; elle se serre fortement le ventre avec un mouchoir.
Lors des instants de calme, qui arrivent à des intervalles fort inégaux, la malade toute fatiguée demeure presque immobile dan? son lit, les yeux fermés, n'osant faire de mouvement, ni même répondre aux personnes qui l'interrogent, dans la crainte de ramener un accès. Vomissements d'une matière verdâtre . épaisse, et extrêmement amère; nausées fréquentes. Soif trèsvive; anorexie; bouche pâteuse; langue un peu sèche et légèrement blanche : dente nwrûtres, eeuçites léeerenaeHt bleues;
OBSERVATIONS. l\l\b
teinte janncpàlc de la face. Insomnie; pouls un peu dur et tendu, cinquante-cinq pulsations. Bon état des fonctions respiratoires et urinai res.
La malade, habituellement bien réglée depuis deux ans, devait avoir ses régies hier. Les douleurs que cette femme éprouve dans les lombes, aux aines et aux cuisses, lors de ses époques menstruelles, n'ont aucune ressemblance avec celles qu'elle ressent aujourd'hui.
Seize sangsues à l'anus, lavement des peintres, cataplasmes.
Le 6, la colique a encore acquis un peu plus d'acuité. Une goutte de croton dans du rob de sureau , lavement des peintres, julep.
Sept à huit garde-robes composées en partie de matières dures, sous forme de petites pelottes jaunâtres, nageant au milieu d'une assez grande quantité de matières liquides.
Le 7, diminution considérable de tous les symptômes de la colique. La douleur a diminué aux deux tiers; uniformément continue, elle ne consiste plus qu'en une sensation de compression. Les parois abdominales ont repris de leur souplesse. Les nausées et les vomissements ont cessé. Il y a eu un pe.u de sommeil cette nuit. Le pouls bat quatre-vingt-dix fois par minute ; du reste la chaleur de la peau n'est pas modifiée.
Lavement des peintres, julep.
Le 8, la colique a encore beaucoup diminué, il n'y a plus que de temps en temps quelques petites douleurs vers l'ombilic. L'appétit se prononce, la bouche se nettoie. Le pouls est a cent pulsations par minute ; julep.
Le g, il n'y a plus de traces de colique. Seulement la malade est très-faible; elle ne peut se tenir debout. Le pouls est toujours a cent, souple et régulier.
Dans la nuit, Joséphine Coslaî éprouve de la pesanteur aux lombes, quelques tiraillements aux aines et aux cuisse;? : et enfin les règles apparaissent.
Le 10, la malade est très-bien. Lorsque ses règles ont cessé . elle sort parfaitement guérie de l'hôpital.
444 COLIQUE SATUUMM,.
Colique violente. — Rechute après plusieurs années. — Très-grande fréquence du pouls. — Traitement antiphlogistique et purgatif. — Guérison.
Maréchal, âgé de trente-deux ans, d'un tempérament biliosonerveux, et d'une constitution grêle, apprit à l'âge de dix ans la profession de peintre en bâtiments, qu'il abandonna à vingt-etun ans, pour entrer comme machiniste à l'Opéra. Pendant tout le temps qu'il a exercé l'état de peintre, il u été atteint chaque année une ou plusieurs fois de colique, d'encéphalopathie, d'arthralgie et de paralysie saturnines.
Lorsqu'il abandonna sa profession pour l'état de machiniste , il se portait parfaitement bien; aucune maladie saturnine n'existait plus. Chose extraordinaire ! Quoique dès lors il ne se trouvât plus jamais en contact avec le plomb d'une manière quelconque (ce dont nous nous sommes assurés, H.M. Andral, Rayer et moi, en interrogeant ce malade, ses parents, et en visitant l'atelier où il travaillait), chaque année il éprouvait une ou plusieurs attaques de colique, d'encéphalopathie, d'arlhralgie ou de paralysie saturnines. Le plus souvent ces diverses maladies se développaient simultanément. Au concours du bureau central des hôpitaux qui eut lieu au mois de juillet iS56, Maréchal , qui était encore à la Charité pour le fait de plusieurs maladie? saturnines, fut pris pour sujet d'une leçon; les juges et les compétiteurs qui examinèrent ce malade furent fort étonnés d'apprendre de lui que, depuis neuf ans, il n'avait pas une seule fois manié les préparations saturnines.
La peau de Maréchal présente toujours une teinte d'un jaune terreux très-prononcé (ictère saturnin); il est très-maigre , paraît être plus vieux de dix ans qu'il ne l'est réellement; ses dents sont en très-mauvais état, toutes brunâtres, cassées la plupart; les gencives dans la plus grande partie de leur étendue ont un aspect d'un bleu ardoisé.
Maréchal étant venu un grand nombre de fois à la Charité, atteint de plusieurs maladies saturnines, il t'ait le sujet d'une observation de la plupart des maladies saturnines décrites dans cet ouvrage. Nous n'allons donc ici en parler que comme atteint de colique saturnine. Cet homme entra à la Charité, salle Saint- Louis, n° 9, le 3o octobre 1808. Voici l'état dans lequel nous le trouvâmes à cette époque.
Douleur très-vive, tortillante à l'ombilic, moins intense à l'épigastre, diminuée par les frictions, et augmentée par la pression. Au moment des accès, le malade se couche à plat-ventre, s'enfonce les poings dans le nombril, se serre avec sa cravate, pousse des cris lugubres, demande qu'on le fasse aller à la garderobe ; quelquefois il sort de son lit, marche à pas précipités dans la salle, en foulant son ventre avec les mains; nous avons vu parfois ce malheureux appuyer fortement son ventre sur les barreaux en fer de son lit.
Pendant la rémission, il est assez calme dans son lit; les traits du visage sont fortement affaissés, et expriment une vive anxiété. La douleur est sourde et engourdissante. Les crises reviennent à des intervalles très-inégaux.
Le ventre est excessivement déprimé, on le dirait collé contre la colonne vertébrale. Il donne à la main qui le comprime une sensation de dureté extrême, mais qui n'est bien marquée que dans les paroxysmes.
Constipation depuis huit jours; éructations fréquentes, quelques nausées. Langue blanchâtre, épaisse. Anorexie, soif. Sensation d'amertume extrême dans la bouche.
On compte cent pulsations régulières, très-faibles, à peine sensibles. Peau fraîche. Absence de céphalalgie. La respiration est difficile, haute et accélérée , surtout au moment des accès de colique. On compte trente à quarante inspirations par minute. La voix est haletante, étouffée; à peine le malade peut-il se faire entendre.
Trente sangsues sur le ventre. Lavements émollients.
Le 3i , même état. Eau de Sedlitz. Cinq à six selles en partie liquides.
440 • COLIQUE SATURMNE.
Le icc novembre, amélioration. Eau de Sedlitz. Trois sclics composées d'une grande quantité de crottins.
Le 2, continuation du mieux. Les nausées n'existent plus; les vents sortent par l'anus. Le pouls bat cent fois par minute. La respiration s'exécute avec facilité.
Le 3, le 4 et le 5 , on continue l'administration d'une bouteille d'eau de Sedlitz, qui provoque toujours un assez grand nomlire de garde-robes.
Le G, guérison complète.
Maréchal avait une paralysie du poignet et des doigts, qui augmente un peu pendant la durée de la colique.
Colique modérée. • — Cause : cuisson des aliments dans une fondme de plomb. — Douleur dans un seul testicule. — Effets variables de la compression. — Analyse de la matière bleu-noirâtre qui recouvre les gencives et les dents. — Huile de croton. — Guérison Unie. — Constitution atmosphérique.
Hervy, âgé de cinquante ans, d'une haute stature, excessivement gros et gras, fondeur de caractères d'imprimerie depuis trente ans, fait de temps en temps des excès de boissons alcooliques. Il y a dix-huit ans, pour la première l'ois, il a été atteint de colique saturnine. Quelques jours avant d'être affecté de cette maladie dont il éprouve actuellement les effets, il but, (outre son habitude, de l'eau qui avait séjourné dans l'atelier, et il fit cuire, pour la première fois, ses aliments sur son fourneau.
Le 23 novembre au matin, il commença à éprouver des douleurs sourdes dans le ventre; la veille il avait été à la garderobe; dans la journée l'appétit se perdit; le soir des vomissements se déclarèrent, et une petite selle eut lieu.
Les accidents augmentant d'intensité, le malade entra le 25 novembre i838 à l'hôpital de la Charité, où il fut placé salle Saint-Ferdinand, n° 2i.
Etat actuel. Douleur térébrantc assez forte à l'épigastrc, légère à l'hypogastre, à peine sensible à l'ombilic, vive dans le testicule droit, revenant plus aiguë par accès. Elle diminue par la pression pratiquée d'une manière graduelle avec la main déployée ; si l'on vient, au contraire , à déprimer le ventre tout-àcoup et avec force, on exaspère la souffrance; lorsque les membres inférieurs ne sont pas fléchis préalablement sur le bassin, on n'obtient aucun soulagement de la pression. Constamment la pression du ventre déplace le siège de la douleur ; exercée à l'ombilic ou l'hypogastre, elle la fait remonter à l'épigaslre. Le malade soutient ses testicules avec la main; cette suspension pallie un peu la douleur. Le testicule droit remonte seul vers l'anneau inguinal, au moment des crises.
Ventre très-volumineux, surchargé de graisse ; il a conservé à l'extérieur sa forme normale. On peut difficilement s'assurer s'il est contracture ou souple; il semble cependant que sur la portion médiane de l'abdomen, on le trouve dur, tendu.
Nausées, quelques vomissements; éructations; langue blanchâtre, très-large, humide; anorexie, pas de soif; goût amer; haleine fétide.
Dents en très-grande partie détruites, noirâtres, gencives recouvertes d'un large lizeré bleu ardoisé; de l'eau oxigénée, mise à plusieurs reprises en contact avec elles, donnent naissance à une traînée blanchâtre de sulfate de plomb. La salive recueillie les jours suivants en quantité suffisante, et mise en contact avec un courant de gaz hydrogène sulfuré , ne donne point lieu à un précipité noir de sulfure de plomb.
Constipation. Quelques ténesmes; souvent envie d'aller à la garde-robe, sans aucun résultat. Les urines coulent assez difficilement; pour cela le malade est obligé de faire de grands efforts.
La respiration est embarrassée, accélérée. Hervy éprouve un sentiment d'étouffement, d'oppression , lors du retour des accès de colique. Vingt-huit inspirations par minute.
Pouls souple, cinquante-cinq pulsations. Fac iès grippé; la peau a conservé sa coloration normale.
Au moment des exacerbations, le malade se tourne et retourne
/,48 COLIQUE SATURNINE.
dans son lit, mais avec difficulté, à cause de son énorme corpulence. Il cherche souvent à se coucher sur le ventre ; mais il ne peut rester long-temps dans cette position; car il étouffe; il agiteses membres et pousse de temps en temps quelques cris. Les accès ne se renouvellent que de demi-heure en demi-heure.
Trois gouttes d'huile de croton dans une cuillerée de tisane, une le matin , une à trois heures , une à six heures. Après la deuxième goutte seulement, cinq à six garde-robes , dont les unes solides et les autres liquides. Après la troisième goutte, deux vomissements.
Le 26, aucun changement. Un froid vif se fait sentir depuis huit jours ; aussi nous remarquons sur nos autres^ malades des succès moins rapides à la suite de l'administration de l'huile de croton.
Une goutte de croton ; deux à trois garde-robes.
Le 27, même état encore, si ce n'est que l'hypogastre est maintenant la partie du ventre la plus douloureuse; les nausées et les vomissements ont cessé.
Une goutte de croton; cinq à six selles; deux vomissements.
Le 28, augmentation des douleurs, surtout au testicule droit, qui au moment des accès remonte vers l'aine.
Une goutte de croton; plusieurs selles.
Le 2g, cessation presque absolue des coliques; Hervy ne se plaint plus que d'un peu de pesanteur et de quelques tranchées fugaces qui sont accompagnées d'un grand bruit de gaz, qui commencent à se dégager par l'anus.
Les urines coulent avec beaucoup plus de facilité; la respiration est beaucoup plus étendue, à peine essoufflée.
Une goutte de croton ; trois selles.
Le 5o, encore quelques petites douleurs sourdes qui vont et viennent. La plupart du temps elles coïncident avec la marche rapide de quelques vents.
Une goutte de croton, deux selles.
Le 3i, encore quelques petites coliques.
Le 1" décembre, disparition complète de tous les symptômes de la colique saturnine. Les fonctions digestives, urinaires et respiratoires s'exécutent parfaitement bien.
Colique légère, compliquée de blénorrhagie. — Excès de travail. — Huile de croton. — Guérison.
Mary (Alexandre), âgé de vingt ans, taille de cinq pieds deux pouces, peau blanche, cheveux châtains, d'une constitution délicate, d'un tempérament nerveux, habituellement bien portant, travaille à l'état de lapidaire depuis neuf ans. Il y a deux ans, il a eu pour la première fois une colique de plomb violente.
Le 32 novembre i856, après avoir travaillé un mois beaucoup plus qu'à l'ordinaire, et avoir même passé les nuits, il ressentit, au milieu de ses occupations, quelques douleurs à l'épigastre, suivies, dans la journée, de nausées, de perte d'appétit. Le a5 , aux symptômes précédents, se joignit une soif vive ;le 24 et le a5, absence de selles; vomissements d'une bile jaune trèsamère, augmentation des douleurs.
Le 26 et le 27, les accidents augmentèrent, et le malade entra à la Charité, salle Saint-Michel, n. 12.
Etat actuel. Douleurs à l'ombilic et à l'hypogastre, continues, devenant un peu plus intenses par moments; le malade les compare à des tiraillements ; elles ne sont ni augmentées ni diminuées par la pression; cette dernière les fait remonter jusqu'aux tétons. Le ventre a sa forme normale ; il offre çà et là quelques points un peu durs; sa souplesse ordinaire a disparu en partie. Bouche amère et sèche. Langue rosée. Soif vive; anorexie. Nausées sans vomissements. Quelques éructations aigres; borborygmes dans les fosses iliaques. Constipation depuis trois jours. Paupières pesantes, yeux fatigués; insomnie. Au moment des exacerbations, la figure se grippe légèrement, et le malade se remue un peu dans son lit. Pouls développé, dur; soixante pulsations par minute. Peau fraîche. Respiration libre et régulière, dents et gencives recouvertes de sulfure de plomb. Les urines sont sécrétées aussi abondamment que dans l'état normal, et le malade les évacue avec la plus grande facilité.
45o COLIQUE SATURNINE.
Mary est atteint depuis trois mois d'une blénorrhagie qui a diminué considérablement depuis l'arrivée de la colique.
Deux gouttes d'huile de croton dans du rob de sureau ; cinq à six garde-robes, deux vomissements.
Le 29, à peine quelques traces de colique.
Huile do riecin, une once; trois à quatre garde-robes.
Le 5o, guérison complète de la colique.
La blénorrhagie, qui avait éprouvé un grand amendement, revient plus intense que jamais; la douleur devient très-aiguë; les érections sont fréquentes; le pus blénorrhagique est très-abondant, et le malade souffre beaucoup en urinant. Alors on commence à combattre cette inflammation à l'aide de moyens appropriés. Pendant l'action du traitement de la blénorrhagie, et après sa guérison, la colique ne reparaît pas.
Colique violente. — Changements da siège de la douleur. — Diarrhée. — Traitement de la Charité. — Guérison. — Insomnie.
Gaboloer, âgé de vingt-neuf ans, taille de cinq pieds six pouces , blond, membres grêles, est peintre en b/itimenls depuis douze 'ans, et il est atteint pour la quinzième fois de colique saturnine. La première attaque survint après quatre ans d'apprentissage. Il faisait autrefois de fréquents excès de boissons; depuis deux ans il mène une vie fort régulière. Dans une de ses précédentes coliques, il a eu du délire pendant trois jours. Habituellement il va une fois dans vingt-qualre heures à la garde-robe.
Le 20 décembre i856, il commença à perdre l'appétit, à ne
plus travailler avec la même ardeur; le soir des douleurs dans le
ventre se déclarèrent. Le lendemain, du dévoiement survint.
Enfin il entra à la Charité, salle Saint-Jean, n° 7,1e 24 du même
mois.
E i al actuel. Douleursdans tout le ventre, mais beaucoup plus aiguës au nombril que partout ailleurs; elles consislenten une sensa-
lion de déchirement atroce. Revenant plus intenses à moins de dix minutes d'intervalle, elles jettent le malade dans la plus grande agitation; la figure animée, les yeux égarés, il pousse des cris de fureur, de désespoir, qui troublent le repos des malades même des salles voisines. Un de ses camarades lui enfonce ses poings dans le ventre pour le soulager; il prend une chaise qu'il applique de toute sa force contre son abdomen; quelquefois il saute de son lit en soutenant son ventre avec les mains, et en conjurant qu'on vienne le soulager.
Pendant la rémission, il se couche le plus ordinairement sur le ventre, les yeux fermés, et il n'exécute pas le plus léger mouvement.
Le ventre est tellement rétracté, qu'il paraît décrire une courbe à concavité supérieure ; lorsqu'on le comprime, on s'assure qu'il est dur comme une pierre.
Trois selles ce matin, sans que le malade ait pris aucun médicament; les matières rendues sont la plupart liquides. Il n'y a pas de ténesmes. Quelquefois le malade vomit une matière muqueuse, comme glaireuse, très-peu abondante. Eructations extrêmement fréquentes. On ne constate pas de borborygmes» Les urines coulent avec facilité , et en aussi grande quantité qu'en santé. Langue rosée, humide; ni faim ni soif.
Les joues sont un peu injectées et couvertes de sueur; le tour des yeux a un aspect bleuâtre ; la peau du reste de la face présente une teinte d'un jaune terreux très-prononcé; on observe la même coloration jaune sur la conjonctive. Dents toutes noires; gencives bleuâtres dans leur portion la plus voisine des dents.
Le pouls se trouve être très-irrégulier. On compte soixantecinq pulsations assez souples.
Bonne chaleur de la peau.
On compte trente inspirations par minute. Absence de céphalalgie; insomnie depuis quatre jours.
Pi entier jour de traitement de la Charité.
Le 25 , aucune amélioration. Il y a eu hier une seule garderobe après le lavement purgatif. — Deuxième jour.
452 COLIQUE SATURNINE.
Le 26, même état; seulement la douleur si vive de l'ombilic Ta abandonné en partie pour gagner l'épigastre. Cependant il n'y a point de vomissements; mais la respiration se trouve plus embarrassée et moins régulière; par moment elle est baietante.
Troisième jour-, plusieurs garde -robes, en partie liquides, eu partie solides.
Le 27, on ne constate aucun changement.
Quatrième j our, douze selles.
Le 28, amélioratien sensible: l'épigastre et l'ombilic ne souffrent presque plus. La douleur s'est presque uniquement concentrée à l'hypogastre, mais ù un degré modéré. Les urines sont toujours excrétées avec facilité. La respiration s'effectue tr< ^librement.
Cinquième jour, plusieurs selles peu abondantes.
Le 29, diminution encore de la colique.
Sixième jour, cinq à six selles.
Le 5o, sentiment de fatigue dans tout le ventre. L'injection des joues a disparu; les yeux ne sont plus cernés ni enfoncé-. Le ventre fait saillie; il est souple. Le malade demande à manger; il se plaint d'une grande faiblesse.
Septième jour, deux selles.
Le 5i, guérisou complète de la colique. Bouillon , soupe, lait.
Les jours suivants, quoique le malade ne souffre plus, il est tourmenté d'une insomnie, que l'opium administré à haute dose peut seul faire cesser. La diarrhée n'a pas reparu pendant la convalescence.
Chaque fois que Cabotoer^st atteint de colique saturnine, il affirme qu'il a du dévoiement. Du reste jamais il n'est entré à l'hôpital que pour cette maladie ; et il n'a la diarrhée que lorsqu'il est atteint de colique de plomb.
OliSEUVATION XVIII.
Réduite après plusieurs mois de guérison. — Colique violente. — | Paralysie des poignets. — Traitement de laCharité. — Guérison de la colique.
Mourrot, âgé de trente-six ans, d'une assez forte constitution, d'unevie déréglée, est peintre en bâtiments depuis vingt-deux ans. Il n'y a que huit mois qu'il a été atteint pour la première fois de colique saturnine. Au mois d'octobre 1837, il fut atteint d'une colique de plomb très-violente, qui guérit dans l'espace de huit jours. Depuis ce moment il abandonna sa profession pour entrer garçon de bureau chez un agent d'affaires.
Le 3i octobre de la même année, il fut reçu à l'hôpital de la Charité , salle Saint-Louis , 54 ; nous le trouvâmes dans l'état suivant :
Le malade est en double , ramassé et couché sur le côté g'auchc ; il pousse sans cesse des cris; ses membres et son tronc sont agités de mouvements saccadés, et ses dents claquent avec force, comme dans un violent accès de fièvre intermittente; puis toutà-coup il se tourne et se retourne dans son lit, se couche à platventre ; quelquefois la tête touchant presque à terre , les pieds empêtrés dans ses draps, et les mains accrochées aux barreaux de son lit, il se livre à un espèce de balancement continu. La compression du ventre soulage un peu.
Tous les cinq à six minutes environ, il y a un peu de relâche; le malade devient calme , il ne fait plus entendre que quelques gémissements rares.
La douleur siège à l'ombilic, à peine à l'hypogastre; elle est tortillante pendant l'accès ; lors de la rémission, elle ne consiste plus qu'en un sentiment de compression. Le ventre n'est ni rétracté ni bombé. Cependant il présente une tension très-marquée.
Vomissements fréquents , quoiqu'il n'y ait pas de douleur à l'épigastrc. Nausées assez rares. Eructations, borborygme*. Lan-