‹ Traité des maladies de plomb ou saturninesChapitre 42 sur 51 · COLIQUE SATURNINE · texte numérisé non relu

COLIQUE SATURNINE

gue blanche et grosse. Dents noirâtres , gencives recouvertes d'une teinte bleue; salive alcaline. Anorexie; soif; goût amer dans la bouche. Les boissons introduites dans l'estomac ne modifient ni les douleurs ni les vomissements. Constipation depuis quatre jours. Pouls irrégulier à soixante-quinze pulsations; bonne chaleur de la peau. Le froid augmente considérablement les douleurs du ventre. Respiration libre ; dix-huit inspirations par minute.

Huile de crotou, une goutte; à peine ingérée elle est vomie; son contact avec la membrane pharingo-œsophagienne détermine une sensation pénible d'acreté et de dégoût.

Le î" novembre 1837, même état ; à cela près que le malade paraît un peu abattu. Les yeux sont entourés d'un cercle bleuâtre , profondément enfoncés dans les orbites.

Premier jour du traitement de la Charité, deux selles liquides ; souvent le malade va à la garde-robe, s'imaginant qu'il va faire une selle; tous ses efforts sont inutiles. Le 2, même état qu'hier.

Deuxième jour de la Charité, quelques selles solides. Le 3, diminution assez sensible de la colique. Le malade est plus calme; les accès reviennent moins souvent, et moins aigus. Figure fatiguée. Les vomissements ont cessé. Faiblesse avec tremblement léger des poignets et des doigts.

Troisième jour, le malade va une douzaine de fois à la garderobe.

Le 4jles accidents du côté du ventre continuent toujours à diminuer. Mais la faiblesse des poignets et des doigts augmente ; ils sont un peu fléchis, il faut que le malade emploie toute sa force pour les ramener au parallélisme avec l'arant-bras.

Quatrième jour , quelques vomissements, et selles très-abondantes.

Le 5, disparition presque totale de la colique saturnine. Pendant le cinquième et le sixième jour du traitement , cessation de la colique. Mais il y a une paralysie confirmée de l'extension du poignet et des doigts.

OnSEHVATrONS. 455

Rechutes plusieurs années et plusieurs jours après ta guerison. — Colique violente. — Invasion brusque. — Douleur diminuée par le gonflement du ventre. — Arthralgic. — Faim. — Pouls ondulcux, irrégulier. — Palpitations. — Agitation produite par l'introduction d'une sonde dans la vessie. — Alternative d'acuité de la colique et de Cartfiratgie. — Huile de croton et lavements laudanisës. — Guerison.

Saulnier, âgé de vingt-trois ans, taille de cinq pieds trois pouces, assez forte constitution, a exercé depuis dix jusqu'à vingt ans l'état de peintre en bâtiments; pendant ce laps de temps il a eu cinq fois la colique saturnine. Depuis trois ans, il n'exerce plus l'état de peintre, il vend des contremarques aux théâtres. Cet homme s'enivre très-souvent, et se livre avec la plus grande ardeur aux plaisirs vénériens; il a eu plusieurs blénorrhagies, quelques chancres, et des bubons. Du reste il se portait bien, lorsque le la juillet i838 il fut réveillé dans la nuit par des douleurs atroces dans le ventre. Bientôt des vomissements très-abondants survinrent, toutes les boissons que prenait le malade étaient vomies presque aussitôt. Saulnier, croyant éprouver tous les symptômes de la colique saturnine dont il avait été atteint autrefois, se fit transporter à l'hôpital de la Charité, où il fut reçu, le 14 juillet, salle Saint-Ferdinand, t4-

Etat actuel. Douleur dans tout le ventre, mais plus vive à l'épigastre, puis à l'ombilic et à l'hypogaslre, tortillante au moment des accès, et comprimante pendant la rémission. Lors des exacerbations, le malade se gonfle, s'enfle le ventre; cette manœuvre le 6oulage un peu, ainsi que la compression; sans cesse il change de position, pousse des cris, se lève, se frappe le ventre avec les poings fermés, etc.; le faciès est fortement grippé, les yeux sont excavés, tout troublés.

Pendant la rémission, le ventre s'affaisse; on trouve qu'il est dur, contracté.

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Hier, il a vomi dix fois au moins; aujourd'hui les vomissements ont cessé; mais des éructations fréquentes, accompagnées d'un hoquet des plus énergiques, fatiguent beaucoup le malade- Faim très -vive ; Saulnier a mangé hier un biscuit, qui a augmenté considérablement les douleurs et a provoqué des vomissements. II n'y a pas de soif; goût amer dans la bouche. Langue large, un peu jaunâtre. Dents noirâtres ; gencives teintes en bleu ardoisé dans la portion la plus voisine des dents.

Assez souvent le malade éprouve des ténesmes à la vessie, le besoin d'uriner, sans pouvoir y parvenir. Quelquefois, après bien des efforts, qui augmentent encore les douleurs, il urine goutte à goutte. Enfin, depuis vingt-quatre heures il a pu uriner, à deux reprises différentes, pendant la rémission, plein un verre environ. La vessie n'est point distendue.

M. Lemercier, interne de service, qui, comme on sait, a fait des travaux remarquables sur les maladies des voies urioaires, ne parvient qu'avec une certaine difficulté à faire pénétrer une sonde dans la vessie. Le malade éprouve de cette opération une agitation qui va presque jusqu'aux convulsions. L'urine est rouge et acide.

Au moment des accès, trente inspirations par minute; pendant la rémission on en compte vingt-quatre.

Pouls souple, assez dépressible, onduleux; pendant une douzaine de pulsations, il ne bat pas à des intervalles égaux; tantôt précipité, tantôt lent. Soixante-cinq à soixante-quinze pulsations par minute. Palpitations, battements de cœur irréguliers comme ceux du pouls. Bonne chaleur de la peau. Il n'y a pas de céphalalgie.

A midi, une goutte de croton dans une cuillerée de tisane. Depuis une jusqu'à sept heures, une douzaine de selles', composées d'une grande quantité de matières liquides, et de quelques crottins.

Le i5, il n'y a presque plus de douleur dans le ventre. La respiration et la circulation ont repris leur rhythme presque subitement ; l'urine coule toujours avec une certaine difficulté.

Douleurs atroces à la plante des pied*, aux jarrets, et à la partie

antérieure des cuisses; elles consistent en une sensation de déchirement, qui devient plus vive par accès et s'accompagne souvent alors de crampes. Ces douleurs sont augmentées par le mouvement et diminuées par la pression.

Lavement oléovineux avec trente gouttes de laudanum. Une selle.

Le 16 et le 17, disparition complète des accidents de la colique. Le malade est mis à un quart d'alimentation. Mais les douleurs des membres subsistent aussi intenses.

Le 18 , retour des coliques aussi violentes qu'au moment de l'entrée, cessation presque complète de l'arthralgie.

Une goutte de crolon; cinq selles très-abondantes.

Le 19, la colique est diminuée sensiblement. L'arthralgie a disparu. Une goutte de croton.

Le 20 , guérison complète de la colique. Le pouls a repris sa régularité. Il n'y a plus de palpitations.

On sonde actuellement Saulnier avec la plus grande facilité, sans qu'il témoigne une douleur plus marquée, que tout autre individu qui n'aurait pas éprouvé de maladies de la vessie.

Le malade prend quelques bains sulfureux pour dissiper quelques douleurs peu intenses qui reviennent dans les membres inférieurs.

Colique modérée, précédée d'arthralgie. — Tumeurs formées par des gaz. — Marche irrégulière de la colique et de Carthr algie. — Vomissements striés de sang. — Huile de crolon. Lavements laudanisés et laxatifs. — Guérison.

Christophe, assez fortement constitué, taille de cinq pieds cinq pouces, est peintre en bâtiments depuis trente ans, et cependant jamais il n'avait eu de maladies SRturnines. Il attribue celle-ci à ce qu'il a peint, pendant plusieurs jours de suite, une petite pièce, close de tqus côtés. Il fait quelquefois des excès de boisson.

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Quatorze jours avant son entrée à l'hôpital, il éprouve des douleurs aiguës dans les mollets, avec des crampes et quelques élancements à la. plante des pieds. Après une semaine de la durée de ces souffrances, le ventre devient lui-même le siège de douleurs assez vives; enfin, le malade entre à la Charité le g septembre i838, dans l'état suivant :

Douleur dans tout le ventre, mais beaucoup plus marquée à l'épigastre, consistant en une sensation de brCdure et de distension, revenant plus forte par accès. En ce moment, la face du malade se grippe; il se couche sur le ventre, pousse quelques cris. Pendant la rémission, il souffre à peine.

Ventre bosselé, inégal, un peu dur ; borborygmes ; éructations fréquentes. Souvent on entend les gaz circuler avec bruit, et alors les tumeurs du ventre disparaissent. Quelques nausées, mais pas de vomissements. Absence de selles depuis avant-hier. Langue blanchâtre, un peu sèche. Appétit, pas de soif. Les dents sont noirâtres, et en très-grande partie détruites. Les gencives sont a peine bleuâtres. Respiration libre ; goût amer. Pouls à cinquante-cinq pulsations, un peu dures.

Quelques fourmillements à la plante des pieds. Les douleurs des autres parties des membres inférieurs ont disparu depuis hier.

Une goutte de croton ; trois quarts d'heure après, vomissements bilieux striés de sang.

Le soir, lavement uléovineux, avec addition de trente gouttes de laudanum de Sydenham.

Le 10, augmentation des souffrances; la douleur s'étend davantage dans les hypocondres. Elle a abandonné presque l'épigastre pour se concentrer à Fhypogastre et dans les testicules. Les envies d'uriner sont fréquentes. Le malade n'urine que goutte à goutte avec de grands efforts. Ténesmes à l'anus.

Une goutte de croton dans deux onces d'huile de riccin. Vomissements trois quarts d'heure après l'administration de cette potion purgative.

Le soir, lavement oléovineux laudanisé, trois selles.

Le il, amélioration marquée de tous les symptômes.

Une goutte de croton dans une cuillerée de tisane ; ni vomissements ni selles; lavement oléovincux laudanisé, trois selles.

Le 12, aggravation des accidents du côté du ventre, et surtout à l'épigastre; vomissements difficiles, douloureux, nausées, etc.

Lavement oléovincux laudanisé , deux selles.

Le i3, cessation presque complète des douleurs de ventre, mais apparition de douleurs lancinantes et de crampes dans les mollets et à la plante des pieds.

Bain sulfureux. K

Le 14, diminution des douleurs des membres inférieurs. Le malade dit éprouver une assez vive souffrance à l'ombilic ; il y a des nausées sans vomissements.

Une goutte de croton ; sept selles.

Le i5, cessation complète des accidents du côté du ventre et des membres inférieurs. Pouls souple à soixante-cinq pulsations.

Colique violente, chronique. — Rechute non semblable à la première attaque. — Constipation pendant quinze jours consécutifs. — Douleurs dentaires — Saignées, vomitifs, huile de croton, huile de riccin, eau de Sedlitz , lavements purgatifs, insuccès. — Hydrochlorate de morphine. Guérison,

Le Faucheux, jardinier à Vaugirard, rue Notre-Dame, n° 17, âgé de vingt-cinq ans, d'une haute stature et d'une forte constitution, habituellement bien portant et menant une vie fort régulière, se mit en devoir, vers les premiers jours d'avril, dépeindre une voiture et vingt-quatrepanneaux. Pour faire toute cette peinture, il employa seize livres de céruse , une demi-livre de lithargeetquelqueslivres d'huile fixe et essentielle. Le quinzième jour de ce travail, il commença à ressentir des douleurs dans le ventre, et des nausées. Les selles devinrent dès lors difficiles.

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Après huit jours de prodromes, la colique devint très-forte. Le malade poussait des cris, se plaçait dans les positions les plus bizarres pour chercher quelque soulagement. Les médecins qui "virent cet homme mirent en usage une infinité de médications pour combattre cette colique, qu'ils prenaient pour une gastrite, une entérite, etc.; saignées, sangsues, cataplasmes, vomitifs, purgatifs doux, etc., furent inutilement employés. Je fus appelé au bout de deux mois de souffrance, et je trouvai le malade, le i5 juin 1808, dans l'état suivant.

Faciès grippé, œil enfoncé dans l'orbite, entouré d'un cercle bleuâtre, exprimant l'anxiété la plus vive.

La face, le tronc et les conjonctives ont conservé leur colloration normale. Amaigrissement prononcé; les gencives offrent une belle teinte d'un bleu ardoisé ; dents noirâtres. Le malade éprouve dans les dents une souffrance assez vive, analogue aux agacements qu'on ressent après avoir mangé des fruits aigres.

Douleur dilacérante, aiguë, à l'ombilic, àpeine sensible àl'épigastre et à l'hypogastre , ni diminuée, ni augmentée par la pression, revenant par accès beaucoup plus forte. En ce moment, Lefaucheux pousse des cris affreux; il se met en double, s'appuie le ventre sur le bord de son lit, se jette par terre, se roule sur le carreau, etc.

Le ventre est considérablement déprimé ; lorsqu'on le presse, on le trouve extrêmement tendu, contracture. Eructations trèsfréquentes; ténesmes à l'anus. Le doigt, introduit dans le rectum, se trouve fortement serré, au moment des accès par le sphincter, et l'intestin; ni nausées ni vomissements.

Depuis quinze jours, le malade n'a pas eu de selle. Anorexie; les aliments, introduits dans l'estomac, sont rejetés sans souffrance.

Haleine et goût fétides ; langue blanchâtre, large et épaisse ; papilles non développées. Les urines sont évacuées en aussi grande quantité que dans l'état normal, et sans que les douleurs de colique soient accrues.

Insomnie depuis deux mois; sentiment de fatigue extrême; absence de céphalalgie ; pouls de quarante-cinq à cinquante pul-

OUSKRVATIONS. 4^)l

salions par minute, très-dur, large, régulier; peau fraîche. Respiration libre, large; dix-huit inspirations par minute.

Deux gouttes de croton dans du rob de sureau, vomies une demi-heure après leur ingestion.

Le 17, même état, même prescription.

Le 18, une goutte de croton le matin et une goutte ie soir ; ni vomissements ni selles.

Le 19, toujours même état. Deux onces d'huile de riccin, lavement des peintres. Quatre selles de matières globuleuses, noirâtres, dures, très-fétides.

Le 20, un peu d'amélioration.

Le ai , eau de Sedlitz avec douze gros de sulfate de magnésie. Trois garde-robes.

Le 22, aucun soulagement.

Le 25, un grain d'hydrochlorate de morphine en quatre pilules; lavement des peintres. Quatre garde-robes.

Le 24, diminution considérable de la colique. Le même traitement est prescrit les jours suivants.

Le 28, guérison complète.

Lefaucheux reprend ses travaux de jardinier.

Le 20 juillet, sans cause connue, il fut pris tout-à-coup, au milieu de la nuit, de douleurs dans le ventre et à la plante des pieds.

Cette fois la colique ne siège pas à l'ombilic avec le plus d'intensité; c'est l'épigastre qui se trouve le plus endolori. On constate des nausées presque continuelles , et des vomissements fréquents. Du reste, la violence des douleurs est à peu près la même que celle de la première attaque.

Je prescris de nouveau l'huile de croton et de riccin, l'eau de Sedlitz et les lavements purgatifs. L'hydrochlorate de morphine, administré depuis deux jusqu'à à trois grains, en huit pilules chaque jour, et continué pendant une semaine, enlève tous les symptômes de la colique.

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Sur ma recommandation, le malade se fit nettoyer les dents et les gencives par un dentiste. Depuis que le sulfure de plomb a été enlevé des organes qu'il imprégnait, il ne s'est point développé chez cet homme d'accidents saturnins.

OBSERVATION XXÏÎ.

Colique violente produite par des injections d'eau blanche dans le vagin. — Arthralgie. — Rechute. — Huile de croton; insuccès. — Eau deSedlitz, hydrochlorate de morphine. — Guérison.

Au mois de janvier 185?, madame A... fut atteinte d'hémorrhagies utérines qui annonçaient l'arrivée de son temps critique. Cette dame, très-nerveuse et d'une forte constitution, fut mise, d'abord par moi , à l'usage des émollients, de légers minoratifs et des opiacés ; puis une potion astringente faite avec de l'alun, et des injections composées de la même substance furent administrées, mais en vain; l'hémorrhagie continuait toujours son cours. J'eus recours également à une petite saignée du bras, qui ne fut pas couronnée de plus de succès. Je prescrivis alors des injections dans le vagin avec l'eau de Goulard, trois fois par jour. Une demi -bouteille d'eau blanche fut employée dans l'espace de quatre jours. A cette époque l'hémorragie cessa complètement, mais madame A... commença à se plaindre de douleurs dilacérantes dans les membres supérieurs, et surtout dans les inférieurs. Les jours suivants des crampes s'ajoutèrent à ces douleurs, et le ventre devint lui-même le siège de très-vives souffrances. Le 10 janvier je pus constater l'état suivant :

Vomissements fréquents,. mais difficiles, d'une matière mucoso-bilieuse ; nausées; éructations; borborygmes; hoquets ; constipation depuis trois jours ; ventre rétracté et dur. Douleurs de colique à l'épigastre et au nombril, tortillantes, continues, mais revenant par accès, plus fortes; c'est alors que la malade, la figure toute décomposée, pousse des cris lamentables, se couche sur le ventre, se met en double, se

OBSliltVATIONS. 463

serre le ventre avec des mouchoirs, sort de son lit pour se promener dans sa chambre, etc. Aucune position ne la soulage complètement. Des frictions, et même une forte pressiou , diminuent un peu et momentanément la douleur. La région rénale se trouve être le siège d'une douleur dilacérante , qui revient plus forte avec les douleurs de la paroi antérieure; du ventre, et qui, comme elles , diminue par les frictions et la pression. La malade urine sept à huit fois moins qu'à l'ordinaire. Anorexie, ni faim nk soif. Langue un peu blanche. Certaines boissons soulagent et même empêchent les vomissements de s'effectuer; d'autres, au contraire, également douces, surexcitent la douleur.

La respiration est entrecoupée, haletante, précipitée; on compte trente à trente-cinq inspirations par minute.

Le pouls est irrégulier d'un moment à l'autre, tour-à-lour lent et précipité ; il donne soixante-cinq pulsations par minute. La peau a conservé sa chaleur normale. Insomnie. Absence de céphalalgie.

Les exacerbations ont lieu au moins toutes les dix minutes. Pendant la rémission la malade est silencieuse, et le plus souvent calme et en repos; quelquefois, cependant, elle change de place.

La matrice, examinée au spéculum, n'offre aucune altération appréciable. La malade n'y souffre pas du tout; et il n'y a pas maintenant le moindre suintement sanguin.

Les mollets, les genoux et la plante des pieds sont le siège de douleurs dilacérantes, augmentées par le mouvement et diminuées par la pression ; elles reviennent aussi, par accès, plus fortes; quelquefois des crampes se joignent à ces douleurs.

Une goutte d'huile de croton tiglium dans une cuillerée d'eau. Demi-heure après, vomissements. Le soir, nouvelle goutte de croton, également rejetée très-peu de temps après qu'elle a été prise.

Le 1 1 janvier, même état que la veille. Eau de Sedlitz, une bouteille. Trois à quatre selles liquides; plusieurs vomissements.

464 colique satijrnike.

Le 13, on n'observe aucun changement dans la position delà malade.

Un grain d'hydrochlorate de morphine en huit pilules, à prendre d'heure en heure.

Le i3, amélioration marquée des symptômes. Un peu de sommeil la nuit.

Même traitement qu'hier.

Le i4> la colique continue à diminuer.

Toujours hydrochlorate de morphine à la même dose.

Le i5, la colique a repris un peu d'intensité.

Eau de Sedlitz; sept à huit selles , composées en grande partie de petites pelottes de matières fécales. Un grain d'hydrochlorate de morphine en huit pilules.

Le 16, cessation complète de la colique. Les douleurs des membres ne cèdent que les jours suivants, où l'on continue l'administration du sel de morphine.

Madame A... fut quinze jours bien portante. Puis au bout de ce temps, elle fut reprise, sans cause connue, des mêmes accidents du côté du ventre et des membres inférieurs.

Le traitement qui avait été administré avec succès contre la première attaque, fut employé pour combattre cette seconde. Mais le sel de morphine fut porté à deux grains dans les vingtquatre heures, et continué pendant huit jours.

Depuis cette époque, madame A... a eu encore plusieurs pertes utérines, mais qui n'ont point été traitées par les injections d'eau de Goulard; on n'a point constaté d'accidents pareils à ceux qui caractérisent la colique et l'arlhralgie saturnines.

Avant sa première perte utérine, jamais madame A... n'avait été atteint de maladies du ventre et des membre?, semblables à la colique et à l'arthralgie saturnines.

Colique modérée. — Intermittences complètes des douleurs. — Rétraction du testicule gauche. — Encrpkalopathie et céphalalgie saturnines.— Huile de croton tiglium, lavements purgatifs et potions opiacées. — Guérison.

Sébastien, âgé de trente ans, d'une bonne constitution et d'un tempérament nervoso-sanguin, habituellement bien portant, alla travailler, pour la première fois, le a5 août i835 à une fabrique de blanc de céruse, établieau Pecq, prèsSaint-Germain-en-Laye. Au bout d'un mois de travail au bluttoir , il ressentit les premiers symptômes de la colique de plomb, qui le forcèrent bien lô t à se rendre à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Michel. Quoique très forte, la colique disparut complètement dans l'espace de douze jours, au moyen d'un traitement composé d'huile de croton tiglium, de lavements purgatifs et de potions opiacées. A sa sortie de l'hôpital, Sébastien ne retourna point d'abord à son ancien travail; mais, le 5 janvier i834, ne pouvant plus trouver d'occupations pour subvenir à son existence , il fut obligé de se rendre de nouveau à la fabrique de blanc de céruse du Pecq. Il était alors bien portant, etavait joui d'une bonne santé depuis la guérison de sa première affection saturnine. Dès le 17 janvier, après avoir embarillé de la céruse pendant huit jours, ce malheureux lut atteint des premiers symptômes de la colique ; et il rentra le 30 du même mois à la Charité, salle Saint-Michel, n. 7.

Voici son état le 21 janvier : Il n'est point allé à la garde-robe depuis cinq jours. Les parois abdominales ne sont pas rétractées; elles conservent leur forme normale, mab elles ont perdu leur souplesse habituelle. Les douleurs de colique siègent dans tout le ventre, principalement à la région ombilicale, où elles sont tortillantes; elles acquièrent plus d'intensité lorsqu'on appuie i. 3o

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vivement la main sur les parois abdominales; mais si on l'applique graduellement, même en pressant assez fortement, bien loin d'augmenter les douleurs on les diminue. Aussi Sébastien se serre-t-il l'abdomen au moyen de son mouchoir plié en forme de corde. Les douleurs revenant par accès, sont assez fortes et s'irradient tout le long du cordon des vaisseaux spermatiques jusque dans le testicule gauche , qui paraît en ce moment rétracté ; dans l'intervalle des accès, les coliques sont légères et le plus souvent nulles. Le pouls est fort et lent, on compte cinquante pulsations par minute. Le malade a vomi deux fois; la matière du vomissement est verdàtre, d'un goût fort amer; la langue est blanchâtre et nette; la digestion est totalement dérangée; un sentiment d'acreté se fait sentir dans la bouche et la gorge; la respiration est en bon état ; les urines n'offrent aucun caractère particulier.

Une céphalalgie très-vive, qui a surtout son siège aux régions frontale et pariétales , survient immédiatement après chaque accès de colique, et pendant la durée de ces accès une sueur extrêmement abondante recouvre tout le corps ; les rnernhres supérieurs et inférieurs ne sont point affectés de douleur.

Le malade s'assoupit un peu, immédiatement après les accès de la colique, mais bientôt il est réveillé par de nouvelles crises.

Le 22 janvier, deux gouttes d'huile de croton tiglium , un lavement purgatif des peintres, et une potion où il entre un gros d'extrait gommeux d'opium ; l'huile de croton tiglium est prise à onze heures du matin; à trois heures un quart, une selle accompagnée d'épreiutes douloureuses survient; les autres selles, au nombre de se|)t jusqu'au lendemain matin, ont lieu avec la plus grande facilité; avant la première garde-robe, il y a eu deux vomissements peu abondants.

Le 20, les douleurs de colique ont cessé presque complètement, le pouls est remonté à soixante pulsations par minulc; et le malade a dormi trois à. quatre heures dans la matinée; il se plaint d'un peu de brisement dans les membres; orge miellée, lavements de lin, et cataplasmes émollients sur le ventre. Le soir, déhVe, attaques d'épiîepsie, et coma.

Le 2Z4, lc'a5, le 26, Sébastien est toujours atteint d'accideuts cérébraux; mais on ne constate plus de phénomènes morbides du côté des voies digeslives. Les jours suivants, il sort parfaitement guéri. Après la cessation de l'encéphalopathie saturnine, nous n'avons pas constaté la moindre trace de colique. (Voy. Encêptialopatlde saturnine, obs. xx.)

Colique violente , compliquée d 'arthralgie et de gastrite. — Traitement antipklogisiique, purgatif et calmant. — Guérison.

G. Alexandre, âgé de vingt-trois ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin , peintre en bâtiments depuis dix ans, est venu habiter Paris en 1829. Il fait quelquefois des excès en femmes et en vin , et n'avait jamais été malade avant d'embrasser sa profession. Depuis ce temps, il a eu trois coliques de plomb , c'est aujourd'hui la quatrième ; il a été atteint par le choléra en 1 85 1, et a eu quelques blénorrhagies.

Le 14 juin i854> ce jeune homme se portait parfaitement bien; le i5 du même mois, sans avoir fait d'excès qu'il puisse se rappeler, et sans surcroît extraordinaire de travail qui permette d'expliquer l'invasion de la maladie, il commença à éprouver quelques douleurs sourdes dans le ventre, qui disparaissaient et revenaient d'abord ù des intervalles éloignés. Bientôt il ne put aller à la garde-robe qu'avec des efforts fatigants, et les coliques revinrent plus fortes et à des distances plus rapprochées. En même temps l'appétit se perdit et quelques douleurs se déclarèrent dans les membres inférieurs , et surtout à la plante des pieds ; enfin ces symptômes augmentèrent rapidement d'intensité, et forcèrent le malade à suspendre ses travaux, et avenir implorer les secours de la médecine à l'hôpital de la Charité , où il fut placé salle Sainl-Michçl, n° 5a. Le 19 juin i834i le malade offrait l'état suivant :

Les parois antérieures de l'abdomen forment un plan droit de

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niveau ayec le carlilnge xyphoïde et le pubis. On ne sent ni gargouillement dans la région ilio-cœcale, ni ballonnement dans aucune autre partie du ventre. L'abdomen percuté dans toute sa partie antérieure rend un son obscur. Dans toute la région ombilicale le malade ressent des douleurs extrêmement vives ; il lui semble éprouver, surtout autour de l'ombilic, un tortillement des intestins; la douleur est moins aiguë à la région hypogastrique. Ces douleurs de colique, qui sont rémittentes, reviennent ordinairement à cinq minutes d'intervalle ; l'angoisse et l'anxiété peintes sur le visage du patient annoncent leur retour; dans ce moment, ce malheureux s'agite et cherche quelque attitude qui puisse le soulager ; il porte instinctivement ses mains sur le ventre et y exerce des frictions légères, espérant ainsi calmer ses souffrances; enfin il demande à grands cris un soulagement à ses tourments.

La pression exercée avec force sur la région ombilicale diminue notablement la douleur; la région hypogastrique est aussi soulagée par la pression. Urines foncées en couleur, excrétées avec difficulté, par petite quantité à la fois; constipation depuis trois jours; ténesmes à l'anus et à la vessie.

La région épîgastrique est douloureuse à la pression , même légère; le malade y perçoit le sentiment d'un poids très-lourd, en même temps qu'une douleur cuisante, continue et toujours égale. II y a des vomissements, des nausées et des rapports nidoreux fréquents; la tisane de gomme même est rejetée cinq à six minutes après qu'elle a été introduite dans l'estomac , et elle aggrave les souffrances; bouche sèche, avec sentiment d'amertume; perte d'appétit; dégoût des aliments; appétence vive des boissons froides ; la langue , dont les bords sont rouges et hérissés de papilles saillantes , est recouverte d'une couche saburrale d'un blanc jaunâtre, très-épaisse, et en partie sèche; les gencives forment une ligne bien circonscrite et bien tranchée, à l'aspect gris-bleu dans leur portion la plus voisine des dents ; le reste des gencives est d'un bleu rouge : les dents, déjà en partie détruites , sont brunâtres à leur base et jaunâtres à leur sommet.

OBSERVATIONS. 4fy)

Organes respiratoires en bon état; peau chaude et aride; le pouls, fort et tendu comme uue corde, bat de quatre-vingt-quinze à cent fois par minute; la face injectée présente en même temps un aspect légèrement jaunâtre; un peu de céphalalgie gravative occupe la partie antérieure de la tête; insomnie continuelle; les artères temporales battent avec force.

Des douleurs extrêmement aiguës et exacerbantes, ainsi que des crampes, affectaient les membres inférieurs.

Deux gouttes d'huile de croton tiglium incorporées dans du rob de sureau; un grain d'extrait gommeux d'opium en pilule; trente sangsues à la région épigastrique ; orge miellée, diète.

Cinq minutes après l'ingestion du purgatif, le malade éprouve des nausées qui sont suivies de huit vomissements verdâtres, dont les derniers mêlés de stries de sang, aggravent considérablement les douleurs à l'épigastre.

Le 20 juin, les accidents du côté de l'estomac ont encore augmenté; ceux qui ont lieu du côté des autres parties du ventre sont moins saillants qu'hier.

Lavement purgatif des peintres; un grain d'extrait gommeux d'opium; trente sangsues à l'épigastre; bain de siège; une seule selle peu abondante dans la journée.

Le 21, la face est extrêmement injectée et un peu jaunâtre. La langue, d'un rouge ardent sur les côtés et à sa pointe, est recouverte dans son milieu d'une croûte épaisse. La région épigastrique, plus tendue qu'hier , est douloureuse a la moindre pression. La peau, surtout celle du ventre, est brûlante. Le pouls, fort et vibrant, bat cent vingt à cent vingt-cinq fois par minute ; céphalalgie vive.

Trente sangsues à la région épigastrique, une saignée de douze onces. Un grain d'extrait gommeux d'opium, lavement purgatif des peintres.

Le 22, la douleur de l'épigastre a diminué des trois quarts; les vomissements ont cessé; les boissons ingérées dans l'estomac ne font plus éprouver qu'un peu de pesanteur. Le pouls bat quatre-vingts fois par minute. La langue commence déjà à

s'humecter un peu ; un endolorissement général de la tête a succédé à la douleur gravative du front.

Mais les douleurs de la région ombilicale sont si violentes, qu'elles arrachent des cris au malade, qui s'agite en tout sens, tantôt se couche sur le ventre, tantôt prend son oreiller et ses couvertures, les presse fortement contre lui, afin d'alléger un peu ses souffrances. Les coliques continues ne laissent plus de repos à ce malheureux. Les traits du visage portent l'empreinte de la douleur et sont grippés d'une manière extraordinaire. La névralgie des membres inférieurs est la même.

lin grain d'extrait gommeux d'opium ; lavement purgatif des peintres ; trente sangsues à la région épigastrique.

Le 23, les symptômes de la gastrite et le mouvement fébrile ont disparu presque complètement. Mais la colique de plomb subsiste, ainsi que la névralgie des membres, avec presque autant d'intensité que la veille.

Deux gouttes d'huile de croton tiglium; un grain d'extrait gommeux d'opium; lavement purgatif des peintres; cataplasmes émollients sur la région épigastrique ; bain de siège.

Six selles dans la journée ou pendant la nuit ; les dernières sont un peu fatigantes. Les matières fécales rendues chaque fois en quantité peu considérable, sont arrondies à la manière des crottins des quadrupèdes. Point de vomissements.

Le 24, la pression àl'épigastrecst un peu douloureuse; point de nausées ni de vomissements; langue humide et rosée sur ses bords, recouverte dans son milieu d'un enduit saburral assez épais et humide ; point de soif. La région ombilicale n'est plus aussi dé primée; elle l'est même moins qu'au moment de l'entrée du malade à l'hôpital. Les coliques supportables reviennent à des intervalles assez éloignés.

Les douleurs des cuisses et des genoux ont presque entièrement cessé. Peau haliteuse; le pouls, encore fort et tendu, donne soixante-dix pulsations; la céphalalgie a disparu. La face est pille et jaunâtre. Le malade est calme; il se plaint d'une grande faiblesse. Un peu de sommeil a eu lieu la nuit dernière pour la première fois.

OBSËllVATIONS. l\l »

Dix-huit grains de rhubarbe en pondre ; un demi-grain d'extrait gommeux d'opium; lavement purgatif des peintres; vingt sangsues à la région épigasirique; bain de siège.

Deux selles ont lieu dans la journée ; les matières fécales en sont moins dures et plus lices.

Le 25, il ne reste plus de traces de la gastrite ; l'enduit saburral de la langue commence à se détacher. Le malade demande desaliments. Les douleurs de colique existent toujours, mais à un degré très-modéré, et les parois abdominales reviennent insensiblement à leur état normal. La névralgie des pieds est toujours assez vive, au point que le malade ne peut se tenir debout ; il se plaint d'une grande faiblesse générale. Le sommeil de la nuit dernière a encore été agité par le retour de petites coliques. La peau a recouvré sa chaleur naturelle, et le pouls sa souplesse accoutumée; soixante-cinq pulsations.

Un demi-grain d'extrait gommeux d'opium; bain de siège; deux bouillons.

Le 26, même état que la veille; une selle d'une assez bonne consistance. Même traitement ; deux bouillons et deux tasses de lait.

Le 27, pour dissiper les restes de la colique, on prescrit une potion purgative avec une once d'huile de riccin, un lavement purgatif des peintres et un grain d'extrait gommeux d'opium.

Trois à quatre selles liquides ont lieu dans la journée; sommeil assez bon.

Le 28, les coliques ont presque totalement cessé; le malade en éprouve encore quelques-unes à de longues dislances; le ventre est aussi bombé que dans l'état normal. La névralgie plantaire a sensiblement diminué; Alexandre peut marcher sans éprouver trop de douleur.

Sel d'Epsom, une once et demie; lavement purgatif des peintres; bain de siège. Un huitième d'alimentation. Trois selles en dévoiement. Repos toute la nuit.

Le 29, disparition complète de la colique de plomb. La plante des pieds est encore un peu douloureuse. Lavement de lin, bain de siège. Un huitième d'alimentation-

47* COLIQC£ sATl'F.MM.

Le 3o juin , le malade, ne ressentant plu? que queiq picotements à la plante de? pied» . demande sa sortie , qui lui est accordée, vu son bon étal de santé actuel.

Colique , artkralgie et paralysie saturnines, à La imite de C administration dt de plomb. — Emploi inutile a. : tspèce de traitement. — Mort. — .: — Aucune altération matt .

Thuilier, Sgc de vingt-un ans, d'une assez faible constitution et d'un tempérament nerveux, entra à l'hôpital Je la Charité . le 16 juin iS54. ?alle Saint-Jean, n" 12. pour se faire traiter d'une hypertrophie du coeur.

Ce jeune homme, qui commença a exercer son Hat de peintre dès l'âge de douze ans , l'abandonna trois an- plus tard , à la suite d'une colique de plomb avec tremblement des membres, qui dura trois mois. Il embrassa alors la carrière des armes : ses goûts de voyage lui firent préférer la marine. A dix-neuf ans, obligé par sa mauvaise santé de quitter le service, il reprit son état de peintre. Quelque temps après, il éprouva encore une attaque de colique de plomb qui, cette fois . fut assez légère. Enfin . des chagrins violents vinrent troubler tous les instants de la vie de Thuilier, qui déjà était naturellement porté à la tri- et à la mélancolie; et bientôt survinrent quelques palpitations, qui, par leur augmentation progressive, le forcèrent d'entrer à l'hôpital.

Le 17 juin . l'examen du malade fit reconnaître l'état suivant : peu d'embonpoint, face pâle et légèrement jaunâtre, l'expression de la figure annonce que Thuilier est s jus le poids d'idées morales tristes.

La région précordiale est légèrement agitée par des battements sensibles à la vue et au toucher; elle rend un son mat a la percussion, dans une étendue de trois pouces verticalement, et

trois pouces et demi transversalement. A l'aide de l'auscultation, on reconnaît que les battements du cœur sent» forts, et que les bruits, qui s'entendent dans presque toute la partie antérieure de la poitrine, ont assez d'éclat, et n'offrent aucune modification dans leur timbre. Tous ces phénomènes sont beaucoup plus marqués à gauche, et surtout entre les cinquième et septième côtes, ver» la pointe du cœur. Le malade accuse assez souvent des palpitations, de la dyspnée, une espèce d'étouffement qui revient de temps en temps avec tant de force, qu'il est alors menacé de suffocation, il affirme encore qu'il sent ses palpitations s'étendre le long du cou jusqu'au sommet de la tête, et que quelquefois il est tourmenté par des éblouissements et des vertiges, surtout quand il monte un escalier, ou fait un exercice plus" fatigant qu'à l'ordinaire. Le pouls est dur, large, plein et régulier; on compte soixante-cinq pulsations par minute; absence d'oedème et de toute autre espèce d'hydropisic.

L'auscultation et la percussion ne nous font découvrir aucune affection des poumons; il n'y a ni toux ni crachats; vingt-deux inspirations par minute.

La langue, assez humide, se trouve blanchâtre dans son milieu, et rosée sur les côtés; les gencives, dans leur portion la plus voisine des dents, présentent une légère teinte gris -bleu, comme ardoisée; les dents sont brunâtres a. leur base et jaunâtres à leur sommet; l'appétit est bon; le malade va généralement une fois par jour à la garde-robe, et toutes les sécrétions se font comme dans l'état de santé.

Les autres fonctions n'ont subi aucune altération.

M. Blache, médecin par intérim du service, prescrivit d'abord une saignée de trois palettes , qui modéra un peu les symptômes de l'hypertrophie du cœur, et surtout les palpitations. Quelques jours après, on appliqua à plusieurs reprises des sangsues, dont le nombre variait de dou ze à quinze. Plus tard, deux nouvelles saignées générales furent pratiquées, et une douzaine de ventouses scarifiées furent posées .sur la région précordiale : enfin 9 la digitale fut administrée.

474 COLIQUE SATURNINE.

Ce traitement n'amenant pas une amélioration assez marquée, M. Heurteloup, qui venait de remplacer M. Blache dans le service, ordonna trois grains d'acétate de plomb en pilules, le 8 août i834- Le médicament ne produisant pas d'effet sensible , le médecin éleva la dose successivement, et avec toute la prudence possible, jusqu'à vingt-quatre grains. Depuis le 18 août, cette dernière dose fut prescrite tous les jours jusqu'au 22 du même mois. Alors, le malade commença à s'apercevoir qu'il n'était point allé à la garde-robe depuis deux jours; quelques vomissements et des coliques survinrent, en même temps que les membres inférieurs se trouvèrent atteints de douleurs contusives; on supprima de suite l'acétate de plomb; néanmoins, les jours suivants, tous ces symptômes augmentèrent d'intensité, et le malade se trouvait, le 24 août, dans la position que voici :

Rétraction assez marquée des parois abdominales; coliques exacerbantes dans tout le ventre, mais principalement vers l'ombilic, qui ne sont point augmentées ni diminuées par la pression; au moment des exacerbations, le malade s'agite dans son lit, et les traits du visage expriment une assez vive souffrance. Constipation. Nausées accompagnées de rares vomissements de quelques cuillerées de matière verdâtre ; langue humide, blanchâtre dans son milieu, et rosée sur les côtés. Urines rares et fortement colorées. Douleurs contusives, rémittentes, uniquement dans les membres inférieurs, principalement à la plante des pieds et autour des genoux ; quelques crampes dans les mollets. Teinte légèrement jaunâtre de la face. L'impulsion du cœur se trouve sensiblement plus faible, et les bruits devenus moins éclatants s'entendent dans un espace plus limité qu'au moment de l'entrée à l'hôpital. Le malade ne nous accuse plus ses palpitations, sa dyspnée, ni ses étouffements; enfin, il affirme qu'il est singulièrement soulagé du côté du cœur. Le pouls, assez faible , ne donne que cinquante à cinquante-cinq pulsations. Les autres organes interrogés avec soin ne nous offrent aucune modification appréciable.

Cette série de symptômes fait reconnaître facilement une colique saturnine , qui avait été produite par l'acétate de plomb.

OBSERVATIONS. i^-jh

On commence de suite !e traitement de la Charité; six jours suffisent pour faire disparaître complètement l'affection saturnine.

À peine la colique fut-elle guérie, que les palpitations, la dyspnée revinrent peu à peu. M. Heurteîoup prescrivit alors une saignée générale, qui produisit momentanément un amendement marqué des symptômes de l'hypertrophie du cœur. Vers le 8 septembre, les palpitations, la dyspnée et l'étouffoment prirent sans cause connue un nouveau degré d'énergie; plusieurs ventouses scarifiées ne combattirent pas avec beaucoup de succès cette surexcitation. Alors, on revint à l'administration de l'acétate de plomb, qui fut donné en pilules, d'abord à la dose de quatre grains. On éleva successivement et par gradation la dose du médicament, jusqu'à vingt-quatre grains; aucun accident ne survenant, on fit un dernier effort contre l'hypertrophie, en donnant trente grains d'acétate par jour, pendant quelque temps (1). Le 26 septembre, quelques douleurs fugaces se firent sentir dans les membres inférieurs; quelques coliques survinrent également avec de la constipation, et le malade était dans l'état suivant, le 28 septembre 1 834 (2)«

Douleurs extrêmement fortes dans la région ombilicale, qui s'irradient dans le reste du ventre, et que la compression lente et graduée diminue un peu. Ces douleurs deviennent par instant tellement violentes, que le malade, presque furieux, pousse des cr's aigus, s'agite et se roule dans son lit, se comprime le ventre avec les deux mains fermées, demande avec énergie qu'on le fasse aller promptement à la garde-robe, etc. Les parois abdominales ont éprouvé une rétraction sensible; des vomissements de bile verdâtre , précédés de nausées, surviennent assez fréquemment; quelques gaz s'échappent de temps en temps par la bouche; l'haleine est fétide sut generis, saturnine; l'appétit a disparu, et la soif est modérée; la langue humide, blan-

(1) On augmentait la dose du médicament , à cause de son peu d'effet physiologique et thérapeutique.

(2) On avait supprimé, depuis deux jours, l'acétate de plomb.

47^ COLIQUE SATURNIKE.

châtre dans son milieu , se trouve rosée sur les côtés. La face , qui présente une teinte jaunâtre prononcée, exprime la souffrance et l'anxiété; ces deux derniers caractères se dessinent avec force , au moment de l'arrivée de violentes coliques , par des contractions énergiques et comme convulsives de tous les traits du visage. Les membres inférieurs, et principalement les genoux et les cuisses, sont exclusivement affectés de douleurs vives et exacerbantes ; quelques crampes se font parfois sentir dans les mollets; la plante des pieds est le siège de picotements et de fourmillements assez douloureux. Les membres supérieurs conservent leur sensibilité normale. Le pouls, assez faible, ne donne que cinquante à cinquante-deux pulsations ; la peau a conservé sa chaleur naturelle; les symptômes de l'hypertrophie du cœur ont perdu sensiblement de leur énergie , le malade n'y fait plus attention; les urines, rares et rouges , sont facilement excrétées ; les autres fonctions de l'économie ne nous offrent aucun trouble.

On prescrivit deux gouttes d'huile de croton tiglium, un lavement de séné, et la tisane d'orge miellée. Le malade éprouva quelques vomissements , une demi-heure après l'ingesiion de l'huile de croton ; maÎ9 il n'y eut point de garderobes.

Les accidents du côté du ventre persistant, et même acquérant encore plus d'énergie, on donna les jours suivants quatre, six, huit, et enfin dix gouttes d'huile de croton. A cette dernière dose seulement, il y eut quatre garde-robes dans les vingt-quatre heures. Le médicament était pris en présence du pharmacien et des infirmiers, nous l'avons vu nous-mème prendre une fois ; ainsi l'erreur était impossible. Dans la salle voisine , qui fait partie du service de M. Rayer, deux gouttes de croton données le même jour à un cérusier affecté de colique saturnine , procurèrent six garde-robes. Notons encore que l'huile administrée à ces deux malades, sortait du même flacon de la pharmacie. Du reste, le purgatif continué pendant trois jours à cette dose , ne produisit pas d'accidents. Six gouttes furent ensuite seulement prescrites.

onsEitVATioxs. 477

La colique , sous l'influence de ce traitement, diminuait sensiblement, lorsque le malade se plaignit, le 10 octobre, à la visite, d'engourdissements et de picotements dans les épaules , et plus particulièrement vers le muscle deltoïde; un léger tremblement affectait toute l'étendue des membres supérieurs; le mouvement d'élévation du bras de chaque côté était difficile et incomplet. Les symptômes de la colique, quoique beaucoup diminués, subsistaient encore. Alors, on eut recours à la limonade sulfurique, qui, continuée pendant trois jours, n'amena aucune amélioration. Le traitement de la Charité ne fit pas non plus disparaître la colique, et ne put empêcher la paralysie d'envahir îa totalité des membres supérieurs. Le 18 octobre iS54, le malade présentait l'état suivant :

Malgré tous les efforts de sa volonté, Thuilier ne peut élever les bras, qui restent appliqués contre la poitrine. L'immobilité des fibres musculaires du deltoïde est remarquable, lorsqu'il exécute quelques mouvements de l'épaule encore conservés. On n'aperçoit pas le plus léger frémissement dans tous les muscles des membres supérieurs , quelque effort que fasse le malade. Les articulations du coude, du poignet et des doigts sont dans une légère flexion ; l'avant-bras et la main conservent leur position intermédiaire à la pronalion et à la supination. Enfin, les extrémités supérieures obéissent passivement et avec facilité à tous les mouvements qu'on leur communique (1).

Les parties paralysées ont acquis dans le sens de la flexion une grande exaltation de sensibilité; la douleur est dilncérante, continue, augmentée par la pression et le mouvement, plus forte la nuit que le jour. Les souffrances sont parfois tellement atroces, que le malade pousse des cris aigus, et qu'elles le réduisent alors au désespoir le plus cruel. Le tact est parfaitement conservé; les poignets et les doigts sont affectés d'un

(1) La paralysie commença par envahir les muscles extenseurs, puis les fléchisseurs , etc.

4?& COLIQUE SATURNINE.

sentiment de pesanteur très-marqué. Enfin, ce malheureux accuse un froid glacial dans ses membres malades, aussi recommande-t-il avec instance qu'on les entretienne chauds.

On est surpris de la rapidité avec laquelle les parties paralysées maigrissent; les téguments sont flasques, et le relief des muscles a déjà disparu.

La voix, qui a perdu beaucoup de son timbre habituellement assez éclatant, est maintenant très-faible; l'articulation des mots se trouve gênée, quelquefois même incomplète.

Les membres inférieurs jouissent de toute l'intégrité de leurs mouvements; des douleurs contusives se font sentir dans les genoux, surtout à leur partie interne, aux cuisses et à la plante des pieds. Ces douleurs, qui parfois s'exaspèrent, ne deviennent pas plus fortes par la pression et le mouvement, et ne sont point accompagnées de gonflement ni de rougeur de ces parties. Quelques crampes sillonnent de temps en temps les mollets.

Les parois abdominales sont toujours rétractées; des coliques sourdes, assez souvent exacerbantes , se font sentir dans tout le ventre, et principalement vers la région ombilicale; elles n'augmentent ni ne diminuent à la pression de la main. Cependant le malade, au moment d'une colique assez forte, se couche quelquefois sur le ventre , pour en modérer l'acuité; il y a aussi de la constipation qu'on ne peut vaincre qu'imparfaitement ; la langue conserve toujours le même état ; anorexie, et parfois quelques nausées.

Çà et là, on aperçoit quelques grosses pustules d'ecthyma, sur toute la surface du corps ; la peau offre , en général, une teinte jaune, plus prononcée à la face, dont les traits sont fortement affaissés.

L'impulsion du cœur a repris de la force, et les palpitations reparaissent assez souvent; la dyspnée est également revenue en partie. Le pouls, faible et déprimé, ne donne que cinquante pulsations, et n'est point, par conséquent, en rapport avec l'énergie assez marquée des battements du cœur.

Conservation intacte de l'intelligence; les autres fonctions

de l'économie ne semblent point modifiées d'une manière notable.

Pour combattre toutes ces affections diverses, on emploie tour-à-tour, et simultanément, le traitement de la Charité, puis l'huile de croton tiglium, la limonade sulfurique, les bains sulfureux, la strychnine, la thériaque , l'opium à la dose de huit grains par jour, etc. Tout est inutile. La paralysie et l'exaltation de la sensibilité, ainsi que la colique, ne font aucun progrès vers la guéiison jusqu'au if\ novembre, jour où le malade succombe, en proie aux douleurs les plus atroces, qui ne lui laissaient plus que fort rarement quelques moments de repos, le jour et la nuit; au point que quelques instants avant sa mort, ce malheureux jeune homme, dans son désespoir, se disait heureux de pouvoir abandonner la vie où il souffrait tant !

Nécropsie pratiquée le i5 novembre i854-

Peu de raideur cadavérique.

Crâne. — La dure-mère et l'arachnoïde n'offrent rien qui soit digne de remarque. La dernière de ces membranes se trouve lubrifiée par une assez grande quantité de sérosité, à peu près comme dans l'état normal. On observe quelques granulations sur la pie-mère de la convexité du lobe antérieur droit; du reste, cette méninge ne nous laisse voir ni injection anormale, ni infiltration, etc., absolument rien. La masse encéphalique est assez ferme et d'un blanc grisâtre à l'extérieur; coupée avec beaucoup de soin par tranches minces, elle ne nous présente aucune altération. Les ventricules latéraux contiennent environ une cuillerée de sérosité transparente.

Colonne vertébrale. — La cavité arachnoïdienne de la moelle renferme à peu près deux cuillerées de sérosité transparente. Quelques veines de la pie-mère paraissent sensiblement dilatées. La moelle, examinée avec toute l'attention possible, ne nous offre pas la plus légère altération dans sa consistance, sa couleur et son volume ; les racines des nerfs vertébraux ont conservé toutes leurs qualités physiques normales. Tous les nerfs des plexus brachial et sciatique, les pneumo-

480 COLIQUE SATURNINE.

gastriques et hypoglosses, ainsi que les divisions principales du grand sympathique, sont disséqués avec le plus grand soin, sans qu'on puisse trouver la plus légère modification morbide de ces parties, appréciable aux sens.

Les muscles du bras, de l'avant-bras, de la main et des doigts, sont pfiles et grêles; il y a un assez grand contraste entre ces muscles et ceux des autres régions du corps , par exemple des membres inférieurs ; il n:y a point de différence marquée entre les extenseurs et les fléchisseurs ; les muscles du larynx ne nous paraissent pas sensiblement atrophiés.

La membrane muqueuse de l'estomac présente une légère arborisation vers le grand cul-de-sac, sans ramollissement ni épaississement ; l'intestin grêle ne nous laisse voir rien de notable, si ce n'est çàet là quelques traînées d'injection; le cœcum offre en quelques points, une injection assez marquée sans autre altération.

Le colon ne nous semble pas manifestement rétréci; la membrane muqueuse conserve ses caractères physiologiques; on ne trouve rien de particulier dans le rectum et l'œsophage.

Le foie, d'un assez petit volume, est un peu pâle; i! contient peu de sang dans son intérieur.

Il y a une bonne cuillerée de sérosité citrine dans le péricarde, on ne découvre aucurfe trace d'inflammation de sa membrane séreuse; le cœur surpasse le volume du poing du sujet; la cavité du ventricule gauche est évidemment dilatée; ses parois, vers la base, ont environ neuf à dis lignes d'épaisseur; les valvules et les orifices n'ont subi aucune altération; le ventricule droit et les deux oreillettes ne semblent pas sensiblement hypertrophiés. Les gros vaisseaux, et surtout les artères, en général vides de sang, n'ont éprouvé aucune modification dans leur texture.

Les poumons, crépitants dans leurs deux tiers supérieurs, sont un peu gorgés de sérosité et de sang noir à leur base.

La rate, les reins, la vessie et les uretères, ne nous offrent rien de notable.

Colique modérée. — Artliralgie. — Complication de pneumonie. — Mort. — Autopsie.

Jarriau, âgé de soixante-un ans, d'une assez forte constitution, ancien militaire, broyeur de couleurs depuis six mois, entra à l'hôpital de la Charité le 6 janvier i838, salle Saint-Ferdinand, n° 8, pour se faire traiter d'une colique de plomb, dont il était atteint depuis huit jours. Il présentait l'état suivant :

Douleur dilacérante à l'ombilic et à l'hypogastre, revenant plus forte par accès; alors le malade pousse quelques cris, sa figure se grippe, il comprime son ventre avec les mains, y exerce quelques frictions. Pendant la rémission il y a fréquemment des éructations. Constipation depuis quatre jours; les urines sont excrétées en beaucoup moindre quantité que dans l'état de santé, et avec douleur; pendant et aussitôt après leur émission, le canal de l'urètre est affecté d'un sentiment de cuisson. Ventre déprimé, dur, inégal; borborygmes.

Douleurs avec crampes à la plante des pieds et à la cuisse , augmentées par le mouvement et diminuées par la pression , revenant plus fortes par crises, mais à des époques tout-à-fait différentes de celles de la colique.

Douleur gravative, obtuse dans tout le côté droit de la poitrine; respiration difficile, douloureuse, haute, accélérée. Souffle bronchique et bronchophonie à la partie moyenne et postérieure du même côté ; on entend du râle crépitant tout autour. Le côté gauche est à peine douloureux, cependant il existe aussi un peu de râle crépitant à la partie inférieure , avec un peu de bronchophonie. La matité sensible à droite ne l'est point à gauche. Toux quinteuse, opiniâtre, arrachant des cris de douleur au malade. Crachats rouilles, adhérents au fond du vase.

La peau est chaude, sèche et aride. Quatre-vingt-dix pulsations régulières, larges. Céphalalgie. Langue rouge, sèche; soif vive; anorexie. Courbature.

48« COLÏOllh SATURNIN*).

Saignée de quatre palettes. Le sang se recouvre d'une couenne assez épaisse , avec caillot retroussé.

Lavement purgatif, rendu une demi-heure après, tel qu'il a été pris.

Toute la nuit le malade est agile; il dit souffrir davantage; les douleurs lui arrachent assez souvent des cris.

Le 7, le malade semble éprouver des douleurs dans le ventre plus aiguës qu'hier, et plus souvent exacerbâmes. Le souffle bronchique s'étend au sommet du poumon gauche.

Saignée. Lavement purgatif.

Le 8, le malade est affaissé, tout couvert de sueur. La respiration est difficile; les crachats, expectorés en très-petite quantité , ont l'aspect du jus de pruneaux. Dans tout le côté gauche de la poitrine, souffle bronchique et bronchophonie. Dans le côté droit, l'auscultation fait même découvrir un peu de souffle bronchique. Pouls petit, très-fréquent, cent vingt pulsations. Les accidents du côté du ventre semblent moins aigus qu'hier.

Lavement purgatif; vingt-cinq sangsues. Deux selles, dont l'une composée en partie de scybales.

Le 9, le malade paraît moins prostré qu'hier, Mais les douleurs de ventre semblent plus vives; du moins le mahide se plaint davantage. Même état des poumons.

Le 10 et le n, îa pneumonie fait toujours des progrès. Le malade tombe dans une prostration extrême; alors on ne peut plus discerner les accidents qui ont lieu du côté du ventre et des membres; enfin, il meurt à onze heures du soir.

Autopsie. ■ — Les organes abdominaux à l'extérieur ne présentent aucune altération appréciable. Le paquet intestinal paraît avoir son volume normal; il n'est pas déprimé, tassé le long de la colonne vertébrale. Son diamètre n'est pas non plus diminué, et on ne constate pas de rétrécissements partiels. On observe une belle arborisation sous-péritonéale des intestins correspondants à la région ombilicale. A l'intérieur, on rencontre vers le grand cul-dc-sacde l'estomac quelques veinules considérablement dilatées; du reste, la muqueuse de ces organes a

conservé une bonne consistance et une épaisseur normale. Le duodénum est teint en jaune par la bile; après l'avoir lavé, on ne découvre sur la muqueuse que quelques points rouges sans altération de consistance et d'épaisseur. Le jéjunum et l'iléum sont également teints par la bile; leur muqueuse offre, dans quelques endroits, des arborisations et des plaques rouges, hypostatiques. La consistance de cette membrane est normale, ainsi que son épaisseur; les glandes et les follicules sont trèspeu apparents. Le gros intestin, distendu par quelques gaz, a une teinte gris-bleu. Le coecura offre cà et là quelques injections fines sans autres altérations. La partie inférieure du gros intestin contient une assez grande quantité de matières fécales.

Le foie, d'un volume assez considérable, n'a pas une grande consistance. La rate est volumineuse et friable.

Les reins ont un volume convenable; ils sont un peu injectés; du reste, leur consistance et leur texture sont celles des reins à l'état normal. Lebassin et les uretères ne nous présententaucune altération.

La vessie, dans son bas-fond, offre une plaque rouge de la largeur d'une pièce de dix sous; du reste, sa consistance et son épaisseur n'ont rien de particulier à noter.

On rencontre une fort belle hépatisation grise de la plus grande partie du poumon gauche. Le sommet est à l'état d'hépatisation rouge. Le poumon droit se trouve aussi hépatisé à la base. Quelques fausses membranes, de nouvelle formation, se remarquent au sommet du poumon gauche. Il y a dans ce côté de la poitrine une petite quantité de liquide un peu floconneux.

Le grand sy mpathique est préparé avec le plus grand soin. La portion cervicale , les ganglions thoraciques, le grand et le petit splanchniqu e ne nous offrent rien d'anormal sou* le rapport de leur forme, de leur aspect et de leur consistance. Le cerveau et la moelle épinière ne nous laissent apercevoir que quelques suffirions sanguines, cadavériques, sans importance.

48A COLIQUE SATURNINE.

Colique chronique. — Palpitations , accès de dyspnée, simulant une angine de poitrine. — Traitement antiphlogistique; limonade sulfurique; insuccès. — Huile de croton tiglium. Guérison.

Chanier, âgé de vingt-trois ans, taille de cinq pieds trois pouces, peau fine, cheveux châtains, d'une assez forte constitution, d'un tempérament nerveux, habituellement bien portant, exerça la profession de peintre en bâtiments dès l'âge de six à sept ans. Il a eu une première colique saturnine étant encore enfant. La deuxième n'est survenue qu'il y a dix-huit mois. Depuis cette époque il en a été atteint cinq fois.

Les premiers jours de novembre i856 il éprouva une attaque de colique saturnine, qui fut traitée inutilement parles antiphlogistiques et la limonade sulfurique ; enfin , le malade, après trois semaines de vives souffrances, entra à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Michel, n° 10, le 6 décembre i856.

État actuel. Douleur tortillante, vive, à l'ombilic et à l'hypogastre, revenant plus forte par crise, diminuant par la pression.

Au moment des accès de colique , souvent la douleur remonte de l'épigastre dans la poitrine, pour se propager le long de la face interne des membres supérieurs ; le malade est alors en proie à la plus vive agitation, à la plus cruelle anxiété; il s'asseoit dans son lit, éprouve de violentes palpitations , un, sentiment de suffocation, qui va presque jusqu'à la syncope. On compte trente-cinq à quarante inspirations par minute. A peine l'accès de colique a-t-il disparu que tous les accidents du côté de la poitrine et du bras se dissipent ; le malade est fatigué, anéanti ; 1 dilate sa poitrine largement et avec lenteur.

Le ventre est excessivement rétracté ; lorsqu'on le palpe, il donne à la main la sensation de ti?sus musculeux, affectés de ( > ampe

îl n'y a ni nausées ni vomissements. Des éructations fréquen-

tes et très-fétides ont lieu; langue large, rosée, recouverte dan? son milieu d'une légère couche saburrale. Anorexie. Soif modérée. Amertume de la bouche. Dents cariées ou détruites en grande partie, noirâtres; les gencives, dans une grande portion de leur étendue, se trouvent teintes en bleu-ardoisé, et elles saignent au moindre attouchement. Constipation depuis quatre jours.

Pouls fort irrégulier; on ne peut compter dix pulsations de suite, séparées par des intervalles égaux; du reste, elles sont assez souples, mais très-profondes, et facilement dépressibîcs; on en compte soixante-dix à soixante-quinze par minute. La peau a conservé sa chaleur naturelle. Amaigrissement très-prononcé.

Une goutte d'huile de croton tiglium dans du rob de sureau.

Deux selles ; trois vomissements.

Le 7 , même état qu'hier, à cela près que la douleur s'est un peu étendue vers le bas-ventre, et que la compression qui soulageait hier, augmente un peu les souffrances.

Deux gouttes d'huile de croton; sept à huit selles.

Le 8, amélioration très-marquée. La douleur ne revient plus par accès ; elle est continue, ce n'est plus qu'une sensation d'un poids comprimant le ventre. Les palpitations sont excessivement rares; le malade respire librement, et il ne ressent plus de douleurs d'accès dans la poitrine et le long des bras. Le pouls a repris en partie sa régularité accoutumée. La physionomie commence à recouvrer son jeu habituel.

Huile de riccin. Lavement purgatif des peintres. Trois selles composées en partie de scybales nageant au milieu d'une grande quantité de liquides. Sommeil tranquille, pour la première fois depuis trois semaines.

Le 9, le malade est complètement guéri. Il n'y a plus de palpitations ; le pouls , souple, parfaitement régulier, bat soixante fois par minute. La respiration s'accomplit avec la plus grande aisance; on compte dix-huit inspirations par minute. Les gaz sortent par l'anus; il n'y a plus de douleur de ventre. L'appétit se prononce.

486 COLIQUE SATURNINE.

Le malade sort de l'hôpital ; plusieurs fois il vient nous voir. îSous sommes surpris de la rapidité avec laquelle l'embonpoint revient. Cet homme, dans les autres coliques, n'a\ ait jamais éprouvé de symptômes du côté du cœur et de la respiratiDn, analogues à ceux que nous avons constatés dans celle dernière attque.

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