‹ Traité des maladies des artères des veines (volume 2)Chapitre 10 sur 50 · DO ANNE MALADIES · texte numérisé non relu

DO ANNE MALADIES

rendre raison d’un grand nombre de phéno- . mèênes qui ont lieu dans la vieillesse. La dé- crépitude, l'absence d'énergie musculaire qui caractérisent cet état de l’homme, peuvent être expliquées en partie, si l’on veut faire attention à cette condition presque constante des artères dans les dernières périodes de la vie. La différence la plus remarquable existante entre les diverses parties du corps chez le jeune homme et chez le vieillard est le manque de vascularité dans celles du dernier. Si Yon injecte un muscle chez Pun et chez l’autre, celui du jeune homme offrira une organisation bien plus compléte que celui du vieillard. C’est maintenant un fait reconnu, qu'une quantité convenable de sang est nécessaire a chaque organe pour qu'il y ait un développement. suffisant de la puissance nerveuse ; et si les artères les plus déliées sont Abinerges dans la vieillesse, ou sl leur calibre est diminué par ces altérations organiques de leurs tuniques, n’y peut-on pas trouver les causes de la débilité et de la désorganisation progressive qui Paccompagnent ? Quoique la contraction et Voblitération des vaisseaux soient fréquemment des attributs d’une existence prolongée, je ne me refuse pas moins à admettre les incrustations

calcaires des. membranes artérielles comme dues aux progrès de l’âge, parce qu il est trèsrare deles rencontrer chez les animaux, dont plusieurs , tels que l'éléphant, l'aigle, etc. , > vivent trés-long-temps.

Le dépôt d’une matière calcaire dans les tissus artériels produit souvent les effets les plus fâcheux, soit en détruisarit cette portion du vaisseau qui est le siége de V’incrustation , soit en arrétantle cours du sang qui la traverse pour aller vivifier d’autres parties. Cette espèce de corps étranger excite del’irritation dans lesmembranes environnantes, et donne ainsi liéu à une ulcération qui devient la cause d’un ‘anévrisme par la destruction successive des membranes interne et moyenne. D’autres fois l'artère ayant perdu son élasticité se rompt par quelque impulsion soudaine du sang qui y circule } ‘et l'affection dont ‘nous ‘venons de parler n’en'est que plus: promptement produite. Cette disposition empêche aussi les ‘effets salutaires de la ligature , en excitant une ulcération’ et une EF eke gie secondaire. - |

Le dépôt de matières calcaire, athéromateuse ou caséeuse dans les tissus artériels est une cause fréquente d’hémorragies passives, soit en occasionnant une ulcération ,

soiten détruisant l’élasticité du tube, qui, dans cet état, se rompt facilement par Pimpulsion du sang, ainsi que nous l’ayons déjà dit. L’hémoptysie, chez les vieillards, est souvent accompagnée de cette altération des artères, et rarement” aiété a même d’ examinérun cas d’apoplexie. indépendant. de toute violence accidentelle , qui : n'offrit pas au moins une condition morbide des: artères cérébrales. Cette circonstance a été remarquée par plusieurs auteurs, entr’ autres par le docteur Baillie (1).

Le cas suivant a été choisi. parmi un grand nombre 2. parce qu'il montre cet état morbide des artères du cerveau dans le plus à grand développement possible. i

“OBSERVATION Iv.

Un De sel uste, âgé ‘de quarante-cing ans, qui, pendant quelquetemps, avait laissé voir dessymptômes de folie, était depuis plusieurs mois privé dela parole etparalysé ducété droit, lorsqu’il fut atteint tout d’un.coup de symptômes d’apoplexie , tels que, respiration stertoreuse , dilatation des pupilles, insensibilité totale , perte du mouvement volon-

(1} Morbid anatomy, p. 453 , ou, Anatomie pathologique , traduct. de M. Guerbois.

DES ARTERES ET DES VEINES. 91 taire, etc. Dans cet état , sa femme, lui donna un purgalif qui lui fit tant de bien , que le lendemain il put sortir de son. lit. Au bout de:dix jours , pendant lesquels la paralysie et l'insensibilité continuérent, il. éprouva une nouvelle attaque. La respiration stertoreuse et l’insensibilité étaient plus grandes qu’à la première , etle pouls était fréquent et dur. Il fut saigné copieusement ; mais la, perte de la puissance musculairene permit. pas de donner des purgatifs, si ce n’est.en lavement. Il mourut le second jour. En enlevant le crane pour l'examen! du cadavre , on fit.une petite ouverture à la dure-mère., qui donna issue à enyiron trois onces d’une sérosité. jaunâtre. Un amas de sang coagulé recouvrant. l'hémisphère gauche du cerveau se trouvait à la surface de la pie-mère, et. un semblable amas adhérait à la du re-meére, quien. était soulevée. La .sérosité qui, s'était écoulée se trouvait entre ces deux couches de .coagulum. L’hémisphère droit en offrait aussi une qui des deux côtés paraissait bigarrée, et semblait être due à un épanchement anciende fibrine dans laquelle étaient. interposées des masses d’un coagulum récent. La pression du sérum avait produit nn enfoncement sur le côté gauche du cerveau , et la surface interne du coagulum

32 MALADIES était parcourue d’unemaniére admirable par les vaisseaux de la pie-mére. La substance propre et les cavités du cerveau étaient dans leur état naturel; mais toutes les artères, depuis les plus grosses à la base du crane Jusque leurs dernières ramifications dans la pie-mére, se trouvaient dans un état morbide trés-prononcé. Dans quelques endroits leurs cavités étaient oblitérées par un dépôt de matière athéromateuse entre leurs membranes; et dans d’autres, elles étaient entièrement convertiés en tubes calcaires. Nous ne pûmes découvrir endroit par lequel Pépanchement — s'était opéré ; mais très-certainement il aura été la suile de cette cotidition morbide des mé.

branes artérielles. fa hate #4 La même altération de structure des tissus artériels qui, dans d’autres parties du système, donne naissance à un anévrismé à la suite de Pulcération ou de la rupture de ées mêmes artères, produit Papoplexie dans les:

vaisseaux du cerveau. ‘L’apoplexie qui ‘est due à la rupture d’ une artère peut donc’ être répardée comme une espèce d’ anévrisme, Quand les membranes d’une artère, aux membres, par exemple, sont détruites par | Pulee ration ou rompues par l'impulsion de la circülation’, ’épanchemient est restreinten général

par la résistance des parties environnantes qui forment un sac pour contenir le sang extravasé. Mais la substance molle et peu résistante du cerveau ne peut aussi arrêter l’épanchement : quand donc ses artères serompent eu quand leurs membranes sont détruites par Pulcération,, le sang est épanché en abondance dansles tissus environnans , parce qu’il - n'ya pas là d’enveloppe cellulaire pour s'y opposer ,et pour former un sac anévrismal au moyen de son extensibilité. -

Une matière calcaire est souvent déposée dans la substance des valvules semi-lunaires de l’aorte dans la première période de la maladie ; les valvules sont en général épaissies , et la matière terreuse s'étant accumulée entre les deux feuillets de la membrane qui forment ces replis , elle n’est séparée de la cavité même du vaisseau que par une pellicule mince. Mais lorsque le dépôt est d’une grande étendue , cetteenveloppe membraneuse est détruite, et le sang est en contact immédiat avecla matière calcaire. Cette incrustation d’une apparence trèsirrégulière commence en général à la base des valvules, et s'étend à leur centre. D'autres fois, dans son origine, ce n’est qu’un petit tubercule appelé corpus Arantii, et qui

se propage ensuite le long de l'extrémité libre

de la valvule jusqu’à ses attaches aux côtés de l’aorte. A mesure que le dépôt calcaire augmente , il produit les effets les plus facheux : les valvules, roides et immobiles, ne pouvant plus garder leur position sur les côtés de l'aorte, se projettent dans son intérieur , et leurs extrémités étant réunies par la matière calcaire , le calibre du vaisseau est diminué — d’une manière étonnante (1). Quelquefois les valvules sont déchirées dans la première pé2 riode de la maladie, et leurs débrisrétrécis sont recouverts de concrétions terreuses irrégulières qui s’attachent aux côtés de l'aorte. Cependant, en général , les valvules sont réunies et font saillie dans l'artère, en laissant dans quelques cas une simple fente ou fissure pour le passage du sang ; et j'ai même vu plusieurs fois le calibre du vaisseau devenu Inférieur e à celui de l’artère carotide.

Cet état des valvules de l'aorte a des conséquences plus funestes qu’un dépôt de matière calcaire danstoute autre partie du tissuartériel; le système général du corps souffre de la diminution de la quantité de sang qui devrait passer dans l'aorte, Le cœur devient le siége des symptômesles plus pénibles, parce que, ne

(1) Planche », fig. a.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 35 pouvant se vider dans une seule contraction, etse trouvant stimulé parle sang qui y est res: té , ils’efforce , par la fréquence deson action, de compenser la diminution de lacirculation.

En conséquence ses parois musculaires sont épaissies, ses cavités sont élargies , et les systèmes veineux et pulmonaire sont dilatés par l'accumulation du sang. |

Le cœur souffre dé cette excitation constante et de cetétat de palpitation et d'exercice continuel. Quiconque: a’ éprouvé les sensations terribles produites par un dérangement passager dans l’action da cœur peut seul se faire une idée de Pagonie effrayante des malheureux atteints de cette maladie incurable. J'ai eu occasion d’en observer tous les

symptômes, comme on na verra dans le cas suivant :

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