‹ Traité des maladies des artères des veines (volume 2)Chapitre 9 sur 50 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Des diverses Apparences morbides des ' Membranes artérielles.

1°.La membrane interne desartères est quelquefois épaissie, et convertie dans une substance qui ressemble à un cartilage ou à l’enveloppe péritonéale d’un ancien sac herniaire. Si l’on sépare les membranes du vaisseau , on

16 MALADIES trouve que la maladie occupe seulement le feuillet interne , qui, ayant perdu sonélasticité , se fend quelquefois, et forme des écailles quiavancent dans la cavité du vaisseau. Cette ‘altération de structure s'étend en général fort loin , et est accompagnée fréquemment d’un dépôt de matière calcaire. Les parties quienvironnent la membrane portent les traces d’une inflammation chronique; mais je n’ai jamais vu de vaisseaux rouges sur cette por- Lion de la membrane interne quiavaitété convertie en substance cartilagineuse. De toutes les maladies auxquelles sont sujets les tissus des artères, celle-là est une des plus rares: Les valvulessemi-lunairesde l’aorte se changent assez souvent en une substance dense, fibreuse , semblable en quelque sorte à celle des ligamens ou des tendons. Quelquetois elles sont converties en un cartilage, et paraissent avoir éprouvé cette altération que jai déjà décrite , et que j’ai rencontrée dans d’autres parties du système sanguin. | Lorsqu’elles sont attaquées de la sorte, elles ontune apparence resserrée et contractée, et sont évidemmentimpropres a remplir leurs fonctions de valvules (1). Dans plusieurs

LA

(1) Planche r, fig. 6.

DES ARTERES ET DES VEINES. 17 eas, j'ai observé qu’elles étaient rompues , et qu’elles formaient des éminences cartilagineuses sur les côtés du vaisseau. Ces états ligaménteux ou cartilagineux des valvules sont souvent accompagnés de cette augmentation de:substance musculaire du ventricule gauche a laquelle ona donné le nom d’anévrisme ac tif du cœur. ‘J'ai rarement vu cette dernière maladie sans qu’il n’y eût quelque altération morbide des valvules semi-lunaires ; et en général elles étaient: devenues ‘incapables de pouvoir supporter: la quantité de; sang lancée dans l’aorte: Leur ‘état de rugosité et de contraction lorsqu'elles sont converties en cartilage les empèche: aussi de pouvoir clore lentrée du vaisseau, de sorte qu’une portion du sang qui est lancé: dans Vaorte’reflue dans le :ventricule. Ce‘dernier est donc éntretenu dans un état d’excitation constante ; d’oùrésulte probablement cette augmentation de-volume de ses parois rusbulaines qui constitue l’anévrisme actif! Jo eld

«29, La surface interne des Aus est convertie aussi trés-souvent en. urie substance molleet pulpeuse bornée comme précédemment à la membrane interne (1). Tantôt elle

oan

(r) Planche 1, fig. 3.

18 ogi» MALADIES

offre l'aspect de pelits tubercules aplatis , et tantôt sa surface est irrégulière et en quelque sorte charnue, circonstance qui, je crois , A, engagé. Pak a donner a.cet état morbide des artères, le nom de stéatomateux : on le rencontre souvent chez les sujets atteints d’anévrisme. L’élasticité. de la’ mem- branginterne étant détruité par cette altération de sa; structure, elle se déchire par l'impulsion. de là circulation ; ét donne par là naissance ; à :des anévrismes. Néanmoins, je nai.» pas encore rencontré: cette wt i re. dans aucune-aitere. : Ver oP Une. des. affections: les plus fréquentes des itissus. artériels. est lamas d’une -matiére athéromatense. (1) on purulente dans le systéme cellulaire qui unit les membranes interne et moyenne. du vaisseau. La partie malade est : d'une couleur jaune, opaque, et est:en général un peu élevée au-dessus de la surface environnante.Quelquefois cesélévationssont considérables et très-étendues, tandis que; dans d’auires, cas ; elles sont circonscrites et offrent ‘une apparence tuberculeuse ou pustulaire. Si

* ty CA, 4 Pr. t : a. ee rene, vs +> Lt 258 a £35 a 4 LÀ Es .

(1) Mollis succus erat , pultaceus , non dissimilis ejus qui in atheromate reperitur. HaurEen , Opuscula patho= logica.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 19 l’on y pratique une ouverture, on peut faire sortir de dessous la membrane interne, au moyen dela pression , une matièré dont la consistance varie depuis celle du fromage jusqu’à celle du pus ordinaire (1). Une ulcération survient quelquefois à à la surface de ces élévations, et, pénétrant le feuillet moyen de l'artère, donne lieu à la formation d’un anévrisme. Une matière calcaire est aussi trèssouvent déposée dans le centre de ces éminences, et quelquefois la surface de l’artére offre la même apparence que si ces élévations eussent éprouvé l’altération commune. aux glandes intestinales converties, par l'effet de la suppuration , en une matière caséeuse. Le dépôt de cette matiëre-entre les membranes artérielles est quelquefois assez considérable pour oblitérer la cavité du vaisseau. J'ai été témoin de cette circonstance sur les artères rénales et fémorales du même sujet.

4°. Un fongus particulier, semblable a ces excroissances qüi viennent aux organes de la génération et auxquelles on donne ordinairement le nom de vénériennes, se manifeste quelquefois sur les valvules semi-lunaires de l'aorte. Cet état des valvules semi-lunaires de

9 rrr re ee ce SET VEAP CRE A FET IT I I LT REP I

(1) Planche 1, fig. t.

l'aorte est assez rare; mais on l’a observé aussisur les valvules mitrale et tricuspide, et sur celles de l'artère pulmonaire (2). Dansle plus grand nombre des cas que j'ai examinés , les valvules s'étaient rompues, et leurs bords étaient garnis d’excroissances fongueusesnombreuses et molles. Ces végétations , ainsi que M. Corvisart les appelle, naissent souvent par des pédicules étroits, et sont pendantes dans la cavité du vaisseau ; ous que, dans d’autres cas, elles ont une ‘urge base et l'apparence de granulations morbides et molles. M. Corvisart les considère comme l'effet de la syphilis (2); mais, dans un exemple que je rapporterai, l’absence totale de cette maladie dans toute la vie du malade prouvera qu’elles ne dépendent pas toujours de cette cause. Je n’ai jamais rien rencontré de semblable dans les branches de laorte ; mais on verra dans le cas suivant un fongus pareil aux excroissances des valvules de l’aorte, et qui, par son développement , occasionna Voblitération des

artères fémorale et profonde.

(1) M; Convisanr, Essai sur les maladies du coeur, page 221 et 225. | (2) Iéid., p. 217.

Un jeune homme de dix-huit ans fut affligé, six semaines avant sa mort , d’une vive douleur à la tête et de vomissemens continuels. Le pouls était plus fort et plus dur qu’à l’ordinaire , et on s’aperçut d’une pulsation vibratoire fréquente dans le côté gauche de Pabdomen. La jambe droite était froide, et l’on ne put découvrir aucune pulsation dans ses artéres. L’action du coeur était aussi par moment trés-peu distincte. Le malade était très-faible ; sa langue et ses lévres étaient recouvertes de saburres, et il mourut comme emporté par le typhus. A Vinspection du cadavre , on trouva que le cœur avait son volume naturel, et que ses cavités avaient leurs dimensions ordinaires ; sa substance

musculaire était saine. Deux des valvules -semi-lunaires de V’aorte étaient déchirées , et de leurs bords naissaient un grand nombre @excroissances verruqueuses. Immédiatement au-déssous des valvules, et à l’origine de ces excroissances , on voyait une ulcération étendue qui avait pénétré profondément dans l'épaisseur du ventricule à la base de Yaorte (1). Le passage du sang à travers cette

| (1) Planche 11, fig. 7.

cavité Pavait dilatée en forme de das sac anévrismal qui s’étendait vers le ventricule droit, dont il n’était séparé que par la membe qui entoure ce dernier et par quelques fibres musculaires. Une petite quantité de pus se trouvait au-dessous des bords de cette cavité. La membrane interne de l'aorte était parsemée d’un grand nombre de taches blanchâtres. L’artére fémorale droite ainsi que la profonde à son origine étaient remplies d’une substance blanche et ferme, semblable à ces excroissances qui surviennent aux valvules de l'aorte. Cette substance adhérait fortement aux côtés de ces vaisseaux qui en étaient entierement oblitérés. |

5°. Il est'si fréquent de trouver les arléres. des sujets avancés en âge encroûtées de matière calcaire que, d’après Bichat (1), sur dix individus au - dela de soixante ans, il en est sept chez lesquels cela se rencontre , et le docteur Baillie (2) ne craint pas d'avancer qu’à cet âge cette disposilion morbide est plus commune que ne l’est la structure natu-

(1) Anatomie générale , t. 11, p. 292.

(2) Transact. of a society for improvement, etc.; c’est à-dire , Transactions d’une société pour l’avancement des connaissances médicales et chirurgicales > Vol. 1, p. 133.

relle du système artériel. L'aspect qui en résulte pour la surface d’une artère dépend entièrement de l'étendue dans laquelle lé dépôt calcaire se fait. Quelquefois la membrane interne présente de nombreuses taches blanches d’une grande finesse, tandis que dans d’autres cas, la matière calcaire est entre-mélée — de dépôts caséeux , qui y produisent une sorte de boursoufflure et de gonflement. Plus généralement cependant elle forme une sorte de croûte ou d’écaille qui craque sous le doigt comme la coquille d’un œuf (1). Ces

‘ incrustations n’affectent aucune forme parti-

culière ; mais-elles sont irrégulières et dispo~ sées dans une direction longitudinale et circulaire. Quelquefois elles forment des éminences qui savancent dans la cavité du vais-

seau et qui diminuent son calibre; et assez

souvent, dans les artères des extrémités infé-

-rieures, elles occupent toute leur circonfé-

rence, et forment des anneaux distincts unis par les portions membrancuses interposées.

Dans la première période de leur formation, ces incrustations sont souvent accompagnées d’un dépôt de matière athéromateuse au-

(1) Des écailles d’une matière calcaire se rémarquent à la surface de l’aorte dilatée représentée dans la planche ni.

dessous de la membrane interne, et fréquemment aussi elles sont*environnées par une ulcération plus ou moins étendue. Chez les sujets avancés en age, elles existent quelquefois sans aucune autre altération morbide des tissus artériels. Dans certains cas , elles sont probablement détachées des parois du vaisseau par l’ulcération , et tombant dans sa cavité, elles ont produit ces calculs ‘que plusieurs auteurs rapportent avoir trouvés dans le cœur et dans les artères (1).

‘Ces incrustations paraissent toujours commencer dans la substance de la membrane interne , et en général sur la surface: externe de ce feuillet : en effet, on trouve presque constamment une pellicule mince continue avec la membrane interne, s'étendant sur la matière calcaire , et. la séparant du. sang qui passe dans le vaisseau. Cette pellicule manque quelquefois ou est pendante dans. la cavité du vaisseau, et alors le sang est en contact avec la matière calcaire. Dans d'autres cas tous les feuillets du vaisseau sont compris dans la maladie, et convertis en un cylindre osseux qui n’offre plus la moindre

(1) M. Porrat , Cours d’Anatomie médicale, tome 11, page 85. |

DES ARTÈRES EY DES VEINES. 25 trace de la structure originelle. Une matière calcaire est souvent déposée dans la membrane qui tapisse le coeur, particulièrement autour des valvules semi-lunaires et tricuspides. Cette incrustation paraît se faire d'après des lois semblables et commencer à la surface externe de la membrane, puisqu'il existe en général une pellicule délicate entre la matière calcaire et la cavité du cœur. On a vu dans quelques cas de semblables concrétions s'avancer comme des polypes dans la cavité de cet organe, aux parois duquel ils tenaient par des pédicules membraneux (1).

Des conjectures diverses ont été formées sur la nature de ces incrustations. Haller (2) pense qu’elles sont dues à un simple épaississement de la matière comme caséeuse, si communément déposée entre les membranes ‘interne et moyenne des artères. é

Quelques auteurs ont comparé la membrane au périoste et ces incrustations à los, tandis que d’antres se sont imaginés qu'il y

(1) M. Ponrat, Cours d’Anatomie médicale, tome lit, page 84. j

(2) Caseosa primo, indè callosa , quasi coriacea, demüm osseæ squamee fit simillima. einenta phys. , om, yur, p. 516, § xxy. |

a6. pit MALADIES |

avait une affinité décidée entre la matière purulente environnant leur circonférence , et la moelle. On donne ordinairement le nom d’ossifications à ces inctustations, quoique les phénomènes de leur formation n’aient au- cune ressemblance avec ceux de l’ostéogénie. Elles paraissent rarement à des périodes fixes de la vie, et ne sont pas précédées par l’existence d’un cartilage, ce qui est le caractère constant de l’ossification naturelle. Elles n’ont pas la structure fibreuse des os, puisque la matière calcaire n est distribuée dans aucun tissu élémentaire, mais seulement déposée sous une forme irrégulière et homogène de cristallisation , dans la structure de laquelle on ne peut distinguer aucun PEPAAE TRUE particulier.

Je suis redevable à M. ore oe analyse chimique de ces concrétions. Il a trouvé qu’elles ne renfermaient que du phosphate de chaux et de la matiére animale dans les proportions suivantes.:

Phosphate de chaux. . , . . 65,5 Matière animale. ...... 34,5 } ; 100,0

La matière animale, composée principalement d’albumine, n’offrait que des traces de gélatine ; mais les proportions relatives de

chaux et de matière animale varient selon Pancienneté de la concrétion. On ne put découvrir de carbonate de chaux dans leur composition. | | La fréquence des concrétions calcaires dans les artèrés des individus avancés en Age a été le sujet d’un grand nombre d’hypothèses, et quelques auteurs les ont regardéesnoncomme | des affections morbides , mais comme des.

effets naturels de la prolongation de l’existence. Toutefois si cela était, leurétendue et leur quantité devraient être proportionnées à l’Âge du sujet; ce qui n’a nullement lieu, puisque, dans le petit nombre d'exemples de longévité qui ont été examinés avec attention, cette condition des vaisseaux sanguins n'était pas trés-remarquable (1). Les effets qui en résultent sur les organes particuliers , et sur tout le systéme en général, sont très-intéressans sous le rapport pathologique, et pour

- (1) D’une autre part, une matière calcaire est quelquefois. déposée dans les artères de tres-jeunes sujets. Mon ami M. George Young possede une artère temporale qu il a enlevée sur un, enfant de quinze mois , et dont les membranes sont converties en un lube complet de matière calcaire. M. Portal a réncontré un cas semblable. (Cours d’Anatomie médicale , tome m1, page 153.) J’oyez aussi Scarpa , sur l’Anévrisnie, traduction de M. Delpech.

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