‹ Traité des maladies des artères des veines (volume 2)Chapitre 12 sur 50 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

«Une dame de soixante-dix ans, ayant de Yembonpoint, éprouvait depuis six ans une

difficulté de respirer accompagnée de tous les autressymptômes del’asthme. Au mois d'août 1811, elle eut une attaque apparente d’apoplexie , à laquelle succéda une légère affection paralytique du bras et de la jambe gauches, dont elle ne recouvra jamais entièrement l’usage. La difficulté de respirer augmenta après cette attaque. Elle ressentit une douleur constar.te sous le sternum ; le pouls était petit et intermittent , et la moindre anxiété ou le plus léger exercice amenaient un état de syncope. Dans la nuit du 24 janvier 1812, elle s’éveilla avec une douleur cruelle à la région du cœur ; le pouls était plus plein qu’à Vordinaire , et gs respiration difficile et précipitée, La doulear diminua un peu par une légère saignée du bras. Elle ne put se rendormir et resta trés-agitée; son pouls tomba, sa figure devint livide, et elle mourut subitement le lendemain a six heures du soir.

Les poumons ‘étaient parfaitement sains ; Je péricarde était distendu par environ douze onces d’un san g coagulé très-foncé, qui s'était épanché par une rupture à la partie antérieure du sommet du ventricule gauche. Ce déchirement avait un pouce de long à la surface interne du cœur, et extérieurement n'avait guère qu’un quart de cette étendue. Le cœur

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 47 avait une grande quantité de graisse molle, et ses fibres musculaires étaient très-remarquables par leur flaccidité et leur atténuation, surtout autour du déchirement du ventricule gauche. Les artères coronaires étaient encroûtées de matière calcaire , et il y en avait une si grande quantité dans celle qui se distribue au côté gauche du coeur, que sa cavité en était complètement oblitérée. La membrane du ventricule était opaque ; les valvules semi-lunaires de l'aorte étaient dans leur état naturel , mais une croûte étendue de matière calcaire éftourait l’origine des artères coronaires. La membrane interne de l'aorte devenue cartilagineuse était parsemée de points calcaires nombreux, dont quelques-uns se détachaient et s’avançaient dans la cavité du vaisseau. La matière terreuse était en si grande abondance entre l’origine de l'artère mésentérique inférieure et la division de l’aorte en artères iliaques, qu’elle avait rendu ce

gros vaisseau roide et irrégulier , et qu’il n’a-

vait plus guère qu’un tiers de son diamètre ordinaire. Les branches principales de laorte abdominale avaient subi une altération semblable , et la cavité de l’artère mésenté-

rique supérieure était oblitérée par une sub-

stance qui avait l'apparence d’une lymphe

organisée. Les branches de communication entre cette artère et la mésentérique inférieure étaient considérablement élargies, et il en était de même pour les artères mammaires interne et épigastrique. Les viscères abdominaux se trouvaient dans leur état uaturel, mais surchargés de graisse.

lly avait une certaine quantité d’un fluide opaque entre l’arachnoïde et la pie-mère , et les ventricules latéraux du cerveau contenaient environ trois onces de lymphe. La section du corps strié droit laissa voir une matière foncée, irrégulière , quihe ressemblait à aucune autre partie de la substance de l’encéphale. Cette particularité fut attribuée à un épanchement apoplectique.

L’obstacle au passage du sang par suite d’un dépôt de matière calcaire dans la membrane interne des artères avait été observé depuis un assez grand nombre d'années par Cowper (1) et Naish (2), et avait été considéré comme une cause fréquente de gangrene , surtout aux pieds des vieillards.

L’expérience a prouvé que cet état des

(1) Philoph. Transact., c’est-à-dire, Transactions phi-« losophiques, vol. xxm, p. 1195. — xxIV , p. 1970 (2) Ibid. , vol. XXXI, p. 226.

DES ARTERES ET DES VEINES. 49 artères accompagnait au moins constamment une espèce de gangrène à laquelle sont sujettes les extrémités des personnes avancées en âge; et dans deux cas de cette maladie quise sont terminés d’une manière funeste , j’ai trouvé lestrois principales artères de la jambe presque entièrement oblitérées par une matière calcaire.: Nos connaissances sur la puissance de la circulation collatérale dans chaque partie du corps ne nous permettent pas d’admettre l’oblitération des troncs artériels conime une cause suffisante #Q j d’une quantité st

ite de sang pour la nutrition dela partie gangrénée. Il faut doncse souvenir dans ces cas que les branches ‘collatérales sont probablement atteintes de la même maladie. Mais si un vaisseau,dans une assez grande étendue , est converti en un cylindre calcaire, il perd'sonélasticité.etsa force organique à un point tel qu’il ne peut plus servir à impulsion du sang, et l’existence des parties alimentées par des vaisseaux ‘en cet état devient un argument puissant contre l’action des artères dans la circulation. Les observations précédentes sur la cause de cette espèce de gangrène démontrent en même temps sa nature incurable, et cet état des vaisseaux sanguins rend l’amputation très-dangereuse ,

5o | MALADIÉS à moins que;par le hasard le plus heureux, la | partie des artères sur laquelle on applique la ligature n’ait pas encore été alteinte par la maladie. | FO Les incrustations. calcaires surviennent principalement dans les artères du tronc et dans les branches des artères carotides et iliaques , plus souvent dans les secondes et troisièmes divisions des vaisseaux que dans leurs ramifications. Elles n’existent presque jamais aux membres supérieurs , et lon doit remarquer que quoiqtiene ssoient très - fréquentes dans l'aorte, il estextraordinaire que Yartére pulmonaire ou ses valvules manifestent cette apparence morbide. I] est rare que Jes membranes de l'artère pulmonaire, et en général que tout ce qui appartient au système sanguin de la partie droite du cœur, en soient affectés. Je n’ai jamais rencontré de matière calcaire dans la membrane interne de l’artère pulmonaire, etje n’ai vu que dans un trés-petit nombre de cas cette membrane opaque ou distendue par une matière athéromateuse.

Bichat va même jusqu’à nier la possibilité de l'existence d'une matière calcaire dans les vaisseaux destinés à la circulation a sang noir (1). Cependant, lorsque j je m bi a nea 3

(1) Anatomie Las t. il, p. 404.

des maladies des veines, je rapporterai des observations de matière terreuse reucontrée dans leurs membranes, et les exemples connus de cette affection dans l'artère pulmonaire et dans le côté droit du cœur sont assez nombreux et assez authentiques pour renverser l'hypothèse qu’on a cherché à établir (1).

Quelques-unes des observations qu’on rapporte sur l'affection morbide de l’artère pulmonaire prouvent qu’elle existait dès le moment de la naissance, et peuvent être considérées comme des vices de conformation.

(1) Les auteurs suivans ont trouvé la maladie en question dans l'artère pulmonaire ou dans les parties situées du côté droit du cœur :

ConvisarT , Essai sur les Maladies du cœur, Page 203, 209, 225.

Senac, Traïte de la Structure du cœur, t. 11, p. 402.

Bonet, Sepulchretum anatom., lib. 111 ,. sect, 21.

Moneacni, Epist. xLvn, art. (6.

Haver , Opuscula pathologica , obs. 1x,

Burner, de Polyposis concretionibus variorum in pectore morborum causis , , Alid. 1729. |

MOHRENHEIN , Wiener Beytrage, b. x1, s. 215.

Pout., de’ Ossif. vasor. præternatural. , Lips. 17974.

Baaner, Ob. Med. incis. iconibus cadaverum anatomicis illustratæ , Frib. 1965.

Bacu , dans la Bibliot, chirurg. de BIS > PPVIL

Dan MALADIES

Tel était probablement le fait rapporté par Morgagni » dans lequel les valvules, pulmonaires , chez une fille de seize ans, étaient unies de telle sorte qu'elles ne laissaient qu’une petite ouverture pas plus large qu'un grain d'orge pour le passage du sang (1). Les valvules, à leur partie supérieure, paraissaient aussi cartilagineuses, et contenaient un petit point de matiére terreuse. Les vices de conformation de lartère pulmonaire, qu'on pourrait prendre pour des affections morbides , , sont assez communs. Deux fois. jai trouvé ce vaisseau fermé à son origine, et le sang envoyé aux poumons par le canal artériel ; et une troisième fois, chez un foetus, les valvulesétaient irrégulières et recouvertes par un commencement de fongus. |

SECTION Vi oa.

‘Dela Dilatation Rie nature des A rtéres.

La maladie que je ‘vais net ét décrire consiste dans un ‘élargissement permanent et contre nature de la. cavité d’une. artére, et en général, elle. s'accompagne. de

quelque. altération morbide de ses: mem-

- (1) À. Moncacnt, Epist. xvir, art. 12

branes. Quoique plusieurs auteurs, et notamment ceux qui ont écrit sur la pathologie des vaisseaux sanguins, s’en soient occupés, on Va toujours confondue avec l’anévrisme , et par le défaut de connaissances précises sur son anatomie, il en est résulté un grand nombre de discussions opposées dans lesquelles on a enveloppé jusqu'à l’histoire de cette affection. J’espère cependant , lorsque je traiterai de la formation de lanévrisme , démontrer clairement les différences qui existent entre ces deux maladies; je me bornerai pour l'instant à décrire les apparences et les symptômes de la première.

Son siége le plus ordinaire est dans la portion ascendante et dans la courbure de l'aorte, “qui, dans quelques cas, se trouve dilatée - dune manière extraordinaire, et qui forme

alors une large poche ou sac, commençant en général immédiatement au-dessus des val vules semi-lunaires. Les membranes de lartere, épaissies d’une manière remarquable et encroulées de matière calcaire ou athéromateuse , forment l’enveloppe du sac. Il y a une sorte d’uniformité dans cette condition morbide du vaisseau, puisqu'on rencontre les mêmes altérations dans les différentes parlies du sac, et cette circonstance me parait

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