SECTION IT
. Des Symptômes et du Diagnostic de V Anévrisme.
L'apparition d’une tumeur offrant des pulsations dans le voisinage d’une artère, fera soupçonner à tout chirurgien prudent l’existence d’un anévrisme. Mais il existe plusieurs maladies qui, par leur siége ou par d’autres circonstances , peuvent offrir les symptômes des anévrismes, tandis que, dans d’autres cas, des anévrismes ont l'apparence d’autres affections. Le traitement respectif est si différent, et une erreur à cet égard peut avoir des suites ai dangereuses, qu'il est de la plus grande
104 re MALADIES importance de se familiariser avec leur diagnostic. Les symptômes qui indiquent l’existence d’un anévrisme sont bien plus obscurs lorsque la maladie a son siége au thorax ou & © Yabdomen , que lorsqu’elle a lieu aux membres. Les anévrismes du thorax ou de labdomen deviennent le plus souvent funestes avant qu’on aitsur leur existence cette conviction intime qu’on ne tarde pas à acquérir pour les tumeurs anévrismales extérieures ; et les viscères qui entourent les premiers sont sujets à une variété d’affections dont la plupart des symptômes sontégalement communs aux anévrismes de l'aorte et de ses premieres ramifications. Je considérerai donc, 1° les progrès et les symptômes des anévrismes au thorax et à l'abdomen; et 2° joffrirai quelques observations sur les circonstances. propres à faire distinguer les anévrismes des arières des membres des autres affections avec lesquelles on pourrait les confondre.
Lorsqu'un sac anévrismal naît de l'aorte, immédiatement au-dessus'des valvules se~ mi-lunaires , les symptômes en sont très-équivoques, parce que la tumeur arrive rarement à un volume assez considérable pour se manifester au dehors , et en outre parce que les symptômes qui en résultent, ressemblent à
ceux de plusieurs maladies du cœur. Le pouls esten général faible et intermittent ; l’action du cœur est irrégulière et accompagnée de palpitations fréquentes ; il existe dansla poitrine un sentiment de constriction et une douleur intense qui s’étend du sternum jusqu'aux bras et enfin une difficulté de respirer proportionnée au volume de la tumeur. Quand le sac naît de la partie antérieure de l'aorte ascendante, il est en opposition avec les cartulages des cinquième et sixème côtes qui sont gradueltement absorbés , et alors la tumeur paraît au dehors. Quand il provient de la partie antérieure de la courbure de l'aorte, les cartilages des troisième et quatrième côtes sont détruits; tandis que, s’il existe à la partie supérieure de la courbure de l’aorte ou à l'artère innominée , il monte au-dessus du sternum et des clavicules. | | Les progrès des anévrismes de la partie supérieure de la courbure delaorte méritent une attention particulière, parce qu’il est facile deles prendre pour des anévrismes des artéres carotides et-sous-claviéres. La tumeur parait d’abord au bas du cou et monte graduellement. Le sternum et les clavicules empéchent sa sortie en avant, et compriment la base. de cette portion du sac qui s’'avance à l’exté-
rieur. Cetie circonstance fait paraître la maladie comme naissant au-dessus du thorax, et Pespèce d’étranglement occasionné par la.
résistance des claviculesetdusternum devient dans certains cas si considérable » qu'il fait paraître possible la ligature de l'artère entre le sac et le thorax. J’ai vu plusieurs anévrismes de la partie supérieure de la courbure:
de l'aorte qui s’avangaient au-dessus du sternum et des clavicules , et dans un cas, l’espace entre la tumeur et le sternum était si considérable, qu’on proposa la ligature de l’artére carotide pour cause d’anévrisme ; maisla dissection fit voir qu’il avait son siégea l’origine de l'artère innominée et de la courbure de Vaorte (1). Si Pon eût tenté cette opération, il est évident que le résultat en eût été funeste. La fréquence des anévrismes de la partie supérieure de la courbure de l'aorte donne une importance irès- grande à ce qu’ on soit prévenu de cette particularité de leurs progrès. Les anévrismes de l’aorte thoracique, en comprimant la trachée et l’œsophage, causent
(1) Un cas assez semblable à celui-ci est rapporté par M. Allan Burns. Yoyez Burns, on the surgical Anatomy. of the head and neck , etc. , é’est-a-dire , Anato+ mie chirurgicale, de la tête et ducou, p. 32.
de grands obstacles à la respiration et à la déglutition , et sont. souvent pris pour des maladies des poumons ou pour des resserremens de l’cesophage. Quand les progrès de cette affection ont détruit les os et que la tumeur fait saillie à l'extérieur , la pression qui avait lieu sur les parties internes est diminuée et les symptômes sont adoucis. Toutefois les anévrismes du thorax deviennent souvent funestes par la pression du sac sur des organes importans situés dans le voisinage. À mesure que la tumeur se développe, elle contracte des adhérences avec les viscères environnans et elle s’ouvre fréquemment dans leurs cavités.
- Lesanévrismes de la base de l'aorte se répandent en général dans le péricarde ; quelquefoisils adhèrent à Partére pulmonaire , et deviennent funestes en sépanchant dans sa cavité (1). Quand le sac naît de la courbure de Paorte , il s'ouvre le plus souvent dans la trachée-artère (2) et quelquefois dans l’œsophage
(1) J’oyez une observation rapportée par le docteur Wells, dans les Transactions d’une Société pour l’accroissement des connaissances médicales et chirurgicales, vol. 111, p- 85.