OBSERVATION XX
Un homme robuste , âgé de quarante-sept ans, mourut le 16 janvier 1812. Quelques mois avant sa mort, il avait éprouvé une grande difficulté de respirer, et une forte toux ; le pouls était fréquent » plein et irrégulier ; la déglutition difficile ; une vive douleur. se faisait ressentir aux He cervicales, en s'étendant le long du scapulum jusqu’à son angle inférieur ; et de plus ily avait une sorte .d’engourdissement dans le bras droit et daus la main du même côté, qui
avaient perdu touté espèce de sensibilité.
Aussitôt après l'apparition de ces symptômes, on observa une tumeur pulsative un peu audessus de l’extrémité sternale de la clavicule. droite, qui était légèrement sortie de son articulation : ’épaule de ce côlé était plus élevée que l’autre. Les symptômes s’accrurent d’une manière considérable a la suite d’un exercice violent auquel le malade se livra vers le commencement de l’année qui précéda sa mort. La douleur avait beaucoup augmenté dans les environs de la tumeur ; la respiration était sifflante, difficile et précipitée ; le pouls dur et plein. Le soulagement très-marqué qui avait été obtenu précédemment par des saignées copieuses et fréquentes, fut produit de nouveau par le même moyen, et l’on réitéra l’opération autant de fois que le permirent les forces du malade. Il se soumit à une diète très-sévère , consistant prin~ cipalement en de légers bouillons et en d’au- — tres liquides adoucissans. On apporta une grande attention à l’état du ventre; on défendit tout exercice du corps, toute agitation d’esprit, toute cause enfin propre à augmenter Paction du système sanguin. Quelques semaines avant la mort, la gêne de la déglutition n'était plus si grande, et le volume
DES ARTERES ET DES VEINES. 161 de la tumeur avait tellement diminué qu’elle m'était plus visible , ét qu’à peine si lon pouvait la sentir au-dessus de la clavicule. L’é- -paule avait repris sa situation naturelle, et Ja pulsation qui avait lieu dans la poitrine avait également éprouvé une diminution surprenante. Toutefois la difficulté de respirer avait augmenté ; la toux était constante et ressemblait à celle du croup; lexpectoration ~ abondante d’un mucus visqueux s’effectuait avec une extrême difficulté. Ces symptômes furent toujours soulagés par la saignée ; mais | Tirritation constante produite par la toux et l'augmentation de la difficulté de respirer, épuisèrent graduellement les forces de la vie, ‘ét le malade mourut avec tous les signes d’un asthme invétéré. La tumeur observée précédemment au-dessus de la clavicule avait entièrement disparu avant sa mort.
A Vouverture du cadavre, on découvrit qu’un anévrisme avait existé à la partie antérieure de la crosse de l’aorte, près de l’origine de l’artère innominée ou brachio-céphalique.
Il avait eu lieu en haut et en dehors, et sa partie la plus élevée était située: immédiate! ment au-dessous de l'extrémité supérieure du sternum, auquélil adhérait légèrement. Cette tumeur provenait d’une ouverture circon-
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scrite à l’aorle, ayant environ neuf lignes de
diamètre ; il était facile de s’apercevoir de l'absence des membranes du vaisseau dans
cette étendue. Le sac, réduit alors au volume
d’une petite orange, était donc formé par les
parties environnantes, et la veine sous-cla-
vière gauche, ainsi que la veine cave supé-
rieure , adhéraient d’une manière très-intime
à sa partie postérieure. Latéralement, il avait
de nombreuses connexions avec la trachéeartère, qu’il avait repoussée du côté gauche ,
et sur Jaquelle il avait exercé une pression si
forte que son iube se trouvait réduit à la
moitié de ses dimensions naturelles. L’ce—
sophage n’avait pas éprouvé autant de déplacement que la trachée. Le sac était.
rempli du coagulum le plus consistant que
jaie jamais rencontré, et qui, évidem-
ment, paraissait s’y être amassé depuis un
temps très-considérable. Le sacétait presque
entièrement rempli de cette masse charnue ,
de sorte qu’il lui eût été impossible de s’ou-
vrir dans quelque direction que ce soit. Ce coagulum ne s’étendait pas dans la cavité de
J’aorte de manière à l’obhtérer, mais il était: disposé tout autour, en sorte qu'il restait un
petit passage qui eût pu contenir la moitié
d’une noix , et qui laissait au sang la liberté
DES ARTÈRES ET DES VEINES 165 de se rendre dans l'artère innominée qui naissait de la: partie inférieure et postérieure du sac. : je pense toutefois que le sac avait plutôt commenté à l'origine de cette artère. La surface de ce coagulum avait une apparence membraneuse. L’aorte offrait dans toute son étendue une légère dilatation, et sa membrane interne, d’un rouge foncé , était épaissie, opaque et ridée. Dans quelques éndroits elle était convertie en une substance cartilagineuse et stéatomateuse. La cavité thoracique , immédiatement au-dessus du diaphragme , présentait. une dilatation conique régulière de l’aortei, qui avait une étendue de trois pouces environ. Tous les autres viscères étaient sains (1). |