‹ Traité des maladies des artères des veines (volume 2)Chapitre 7 sur 50 · DES ARTÈRES ET DES VEINES. 5 SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 5 SECTION PREMIERE

De V Inflammation des Membranes artérielles.

Quoique la membrane interne artérielle dif fére essentiellement de toute autre membrane du corps par son élasticité et sa ténuité exiréme, par la facilité avec laquelle elle se déchire , et Vaspect onctueux particulier de sa surface, elle a néanmoins sous un rapport une analogie frappante avec les membranes séreuses : c’est par sa tendance à l’inflammation adhésive. Cette propriété , dans les vaisseaux sanguins comme dans tous les autres organes , est le premier agent réparateur de leurs lésions accidentelles ou morbides , et elle se manifeste de la manière la plus frappante dans le procédé qui effectue la guérison d’une artère divisée ou lésée. L’inflammation qui est la suite de cetie lésion donne heu à un épanchement lymphatique qui réunit les extrémités du vaisseau divisé, et qui s élendant à sa membrane interne, devient la base de l’adhérence et de l’oblitération finale. Les artères piquées se réunissent aussi par les mêmes procédés que les plaies en général.

Qu'une irritalion soit excitée par la pression dans les tissus d’une artère, l’inflamma-

ae igi itt MALADIES

tion adhésive en sera la suite ; un épanche-

ment lymphatique aura lieu dans le tissu cel-

lulaire qui unit entre elles les membranes du

vaisseau, et dans sa cavité, de manière à produire son oblitération. Cet effet de la pression

sur une artère se remarque surtout lorsqu’elle est exercée par des tumeurs volumi-

neuses, et c’est ainsi qu’ont lieu certaines gué- risons spontanées danévrisme. Cette même disposition à l’adhérence prévient fréquemment les hémorragies dans les abcès ou dans

les ulcérations étendues qui existent dans le

voisinage des gros vaisseaux sanguins, parce

que, dans ces cas, l’inflammation qui précède

la suppuration produit un épanchement

lymphatique entre les tuniques de V’artére et

dans sa cavité, de manière à l’oblitérer. C’est ainsi que, dans les cas de vomique , où la

substance des poumons est en grande partie détruite, l’inflammation adhésive prévient lhémorragie par l’oblitération des branches

desartères pulmonaires et bronchiques: toute-

fois la démonstration Ja plus parfaite qu’on

puisse avoir des effets de inflammation aizuë sur la membrane interne d'une artère , est sans contredit le cas où la maladie des parties

environnantes s'est étendue jusqu'au vais-.

seau. L'exemple suivant d’une inflammation

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 5 considérable des viscères thoraciques, où lPaffection existait en même temps dans la mem- | brane interne de l'aorte, et avait produit un épanchement lymphatique dans la cavité de cette artère, m’a été communiqué par le doc-

teur Farre, mon ami. j

‘OBSERVATION Ie.

Un homme revenu depuis peu de la Jamaïque , où il avait été cruellement tourmenté de la dysenterie, fut attaqué d’une pneumonie violente qui, en cing jours , le conduisit au tombeau. Les cavités de la plévre contenaient une grande quantité de Iymphe et de sérosité ; le péricarde élait recouvert de lymphe'; les cellules des poumons renfermaient une sérosité sanguinolente, et les bronches étaient très-enflammées. Tous les viscères thoraciques portaient des traces de linflammation aigué la plusintense, et cette inflammation s'était élendue également à Yaorte , dont la membrane interne était d’une couleur rouge foncée, et qui offrait un épanchement lymphatique considérable dans sa cavité. La lymphe épanchée était unie d’une manière trés-intime à la membrane interne du vaisseau, et une partie en était passée jusque dans Partère sous-claviere gauche,

6 : MALADIES qu'elle oblitérait presque toute entière (1). Ce cas démontre les effets de l’inflammation aiguë sur la tunique interne d’une artère , ainsi que la tendance de cette membrane à l’inflammation adhésive. Un état semblable des gros vaisseaux sanguins se rencontre quélquefois dans les inflammations violentes des viscères thoraciques. Je l'ai observé dans trois cas de cardite, de pneumonie et de bronchite; mais dans aucun d’eux lépanchement n'était aussi considérable que dans l'exemple rapporté précédemment. Chez l’un des malades , Paorte était d’une couleur écarlate foncée ; le médiastin postérieur était rempli de sérosité ; et un peu au-dessus des valvules semi-lunaires, le tissu cellulaire qui unit entre elles les membranes de l’aorte était distendu par de la lymphe. Les pathologistes ont fait peu d'attention à cette condition morbide des grosses artères. Morgagni et Boerhaave font mention, ilest vrai, deson existence; mais ils attribuent a quelques-uns des symptômes de suffocation et d’oppression du cœur que l’on remarque dans plusieurs maladies des viscères thoraciques (2). M. Portal

(t) Planche 1, fig. 5.

(2) MorGaGnt, Lib. rr, de Morbis thoracis. Epist. Anat. medica xxrr, art. 36.

DES ARTERES ET DES VEINES. n

l'a aussi observée chez. un jeune homme qui mourut quelques j jours après la répercussion d’une éruption aiguë. L’ aorte thoracique était trés-rouge, tuméfée et molle, et sa mem-

brane interne près du diaphragme était par-

ticuliérement gonflée et ramollie (1). Un épanchement lymphatique semblable a lieu quelquefois dans le voisinage des ulcérations et des dépôts calcaires des artéres. Jai vu une artère ulcérée et épaissie où un amas de lymphe, évidemment produit par? inflamma-

lion , remplissait la cavité de Viliaqgue commune.

La lymphe ainsi épanchée dans les artères donne lieu quelquefois à la production de granulations ou de fongosités : les premieres se rencontrent assez fr équemment a l’origine de l'aorte, particulièrement sur les valvules se- Re eset dans les cavités du cœur, dont la membrane interne continue avec celle des artères paraît avoir les mêmes propriétés.

L'inflammation excitée dans une artère par l’application d’une ligature , se propage quelquefois le long du vaisseau, dans une étendue considérable. J’ai vu Pinflammation de la membrane interne s'étendre jusqu'au cœur

(1) Cours d’Anatomie médicale, tome 115 p. 127.

après la ligature de l'artère fémorale dans une amputation , et le même effet a eu lieu, à ma connaissance, par l'application d’une ligature pour la guérison d’un anévrisme de l’extrémité supérieure, MM. Cline (2) et Abernethy’2)ont aussi été témoins de cette circonstance après la ligature de l'artère fémorale dans des cas d'anévrisme , et on l’a également observée dans les artères hypogastri- ~ ques, après la ligature du cordon ombilical (3). La surface interne des artères offre souvent un aspect rouge qui ne dépend pas d’une inflammation aiguë. La couleur rouge foncé dela membrane interne s'étend quelquefois à tout le système artériel , et, dans d’autres cas , on observe seulement de taches écarlates circonscrites. Cet état n’éstaccompagne ni d’épanchement lym phatique, nid’ épaississement du vaisseau ; et si Pon enléve le tissu interne, on trouve : à la membrane moy enne son appa-

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