‹ Traité des maladies des artères des veinesChapitre 2 sur 49 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

De l Anévrisme de l Artère carotide.

Ô,. a reconnu que l'oblitération de l'artère carotide commune n’est point suivie de dérangemens dans la fonction du cerveau , et qu’on pouvait en guérir les anévrismes par la ligature du ‘vaisseau. En 1449, Haller examina le corps, d’une femme de cinquante ans, chez laquelle la portion ascendante et-la-courbure de l'aorte étaient excessivement dilatées; ce

kyste contenait du sang grumeleux et était envia 1

ronné d’une couche membraneuse de coagu= lum, quis’éte adait dans l'artère carotide gauche et en oblitérait complètement toute l'étendue. Cette substance d’une couleur blanchâtre adhérait d’une manière si intime à la membrane interne du vaisseau, que ce n’était qu'avec peine qu’on pouvait la détacher par la dissection. Elle se prolongeait en haut dans la carotide externe jusqu’à l’origine de l’artére labiale, et remplissait entièrement le ironc rétréci de la carotide interne jusqu’à son entrée dans le trou carotidien de la portion plerreyse du temporal (1).

Petit, en 1765, publia le delist de la dissection d’un homme qui vécut sept ans après l’oblitération de l’artère carotide commune. Un anévrisme de la grosseur d’un œuf de pigeon avait existé au-dessous de l’angle de da mâchoire inférieure : par les saignées , la diète etle repos, la tumeur, en trois mois , avait été réduite à la moitié dé son volume, et au bout de deux ou trois ans, elle n’offrait plus qu’une petite nodosité assez dure. Telle était la position de cet homme depuis sept ans, lorsqu il eut une attaque d’apoplexie qui l’emporta en quelques jours. L’hémisphére droit du cer-

(1) Opuscula pathologica, Obs, x1x., Tab. 1.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. % veau était couvert d’une sérosilé sanguinolente; au-dessous de cet épanchement le cerveau était sain; ii n’y en avait point eu à la surface de I’hémisphére opposé ; mais le ventricule de ce côté ayant été ouvert, il s’en échappa cing ou six onces de sang, et l’on y trouva de plus une masse de coagulum de la grosseur d'un œuf de poule. Ce caillot était renfermé dans une large cellule qui s’était formée dans la substance méme du cerveau. Le calibre de l'artère carotide du côté gauche où cet épanchement avait eu lieu , et celui des principales branches qui en prennent naissance , parais= saient d'un tiers plus larges que dans l’état naturel. L’artére carotide droite était complétement oblitérée depuis l’endroit où elle se sépare de la sous - clavière , où elle se divise en deux branches principales vis-à-vis langle de la mâchoire inférieure. Cette artère qui en général est aussi grosse que l'extrémité du petit doigt , était convertie en une sorte dé cordon|ligamenteux de deux lignes de diamètre, et dans lequel on ne pouvait plus reconnaître aucun vestige de cavité, Un petit anévrisme de la grosseur d’une noisette était situé au com mencement de cette artère , dans l’endroit de sa séparation d’avec la souclavière, Les membranes qui composaient ce sac, étaient trés-

Das MALADIES minces ; sa cavité était remplie par une substance qui ressemblait en partie à du saindoux et en partie à du sang desséché. On pouvait y distinguerune trés-petite ouverture par laquelle il avait communiqué avec la cavité de l’artère ; ‘avant l’oblitération de cette dernière. On trouva aussi à l'endroit où l’anévrisme avait eu son siége, près de l’angle de la mâchoire, une nodosité oblongue et dure, du volume d’une olive , mais n’offrant aucune cavité dans son intérieur (1). | | Ledoëteur Baillie a observé un étatsemblable de l'artère carotide sur un sujet apporté à Yamphithéâtre d'anatomie. On découvrit à Vartére carotide droite, avant sa division en branches interne et'externe , une tumeur ovale uniforme , d’un pouce et demi environ de longuéur. Le diamètre du vaisseau n’était gûère plus du double de ce qu'il est dans l’état ordinaire..La tumeur était dure et présentait au toucher. la même résistarice qu’une glande absorbante naturelle; et si on lett palpée à iraÿers quelques fibres musculaires, on l'aurait * cértainement prise pour une glande de ce genre très - développée. Les membranes ‘artérielles

(r)Mémoires He lP'Acädémie royale des Sciences pour

Yannée 1.7655 p. 758.05 + sort

DFS ARTERFS ET DES VEINES. a) ( ayant été divisées , on trouva que sa cavité était complétement - remplie d'un caillot sanguin consistant, qui n'avait pas l'apparence du sang ‘récemment coagulé après la mort, mais bien celle du coagulum d’un ancien sac anévrismal. Le ed adhérait partout d’une maniére si intime à la partie interne du vaisseau, qu’en P en séparant , on enlevait aussi des lambeaux de sa membrane interne. En divisant sa substance on trouva qu’ elle était compote ¢ de cou- ) ches distinctes, comme dans un anévrisme ordi! naire. Rien n annonçait qu’une de ces couches se fat formée depuis peu, et l’on ne pouvait douter qu elles n ’existassent long-temps avant la mort de l'individu, il est done évident dans ce Cas , que du coagalam s'était formé dans l'artère carotide par le méme procédé que dans un anévrisme, et que la téndance de l'artère aux anévrismes s "était guérie toute seule. La cavité

entière du vaisseau étant remplie de. coagulum 5 la circulation n’avait pu. aullement Ss y faire.

L’artère earotide gauche du même sujet ,

exactement avant sa division en carotides ex- Aerne et interne , présentail aussi une dilatation et une formation de coagulum ; mais la dilatation avait davantage l’apparence d’un sac anévrismal ordinairg , et le coagulum ne remplissait pas entièrement la cavilé du vaisseau,

6 MALADIES Un petit canal restait encore pour le cours du sang (1). |

M. Pelletan a trouvé l’artére earotide oblitérée par la pression d’un anévrisme volumineux de la courbure de l’aorte. L’artére contenait un caillot qui s’étendait depuis la partie comprimée par l’anévrisme jusqu’à sa division en carotides externé et interne (2). M. Astley Cooper fait mention d’un cas semblable dans lequel l’artéve carotide était oblitérée par la pression d'un anévrisme de la courbure de J'aorte. Le sie montait dans le cou, derrière de sternum et sur le côté du larynx en produisant une grande gêne de la déglutition et de la respiration, Les fonctions du cerveau ne s’accomplissaient pas moins bien , et ce sujet n’éprouva aucun symptôme de paralysie. La carotide gauche était oblitérée jusqu'à sa division en interne et en externe, par un caillot qui adhérait à sa membrane interne (3).

Ces observations anatomiques avaient prou-

(x) Transactions of a Society for the improvement ef medical and,chirurgical knowledge , vol. 1 , p. 121. (2) Clinique chirurgicale, tome 4, p. 68; (3) Medico-chirurgical transgctions » vol. 5, pli, fir. 2, |

Le)

DES ARTERES EY DES VEINES. oi wé, long-temps avant qu’on eût fait chez l'homme la ligature de l'artère carotide , que le cerveau pouvait recevoir une quantité de sang suffisante pour l’accomplissement de ses fonctions, lors même qu'une.de ses prineipales artères était oblitérée. Elles étaient encore fortifiées par les expériences des physiologistes , qui avaient trouvé que les animaux survivaient à la ligature des deux artères carotides (1). Mais les inductions importantes qu’on pouvait tirer de ces faits n’avaient pas été jusque là appliquées au traitement des anévrismes.

M. Astley Cooper fut le premier qui, dans cette vue, lia l'artère carotide; et, cette oe ration ayant été plusieurs fois eouronnée de succès , on peut la regarder avec raison comme une des découvertes les plus a alee beg de la chirurgie moderne.

(1) Valsalva lia plusieurs fois de suite les deux artères carotides sur des chiens: dans l’une des experiences , l’animal survivait depuis vingt-deux jours, lorsqu'on le tua pene de disséquer ; dans deux autres expériences, les animaux furent également mis & m rt, mais. après un temps plus court que dans la première expérience. { Voyez Valsalva opera cura. Morgagni epist. x1II, p- 507). Il est probable que Partère carotide fut liée sur des animaux, même du temps de Galien. L'expérience. est rapportée par Vanswieten, Lower, Drelincourt , Péchlin et plusieurs autres auteurs.

La premiére personne a qui M. Cooper fit la ligature de l’artére carotide, fut une femme de quarante-quatre ans ; elle fut admise à Phôpital de Guy, le 23 octobre 1805. La tumeur, d’après son récit, s’était. manifestée cing mois auparavant au-dessus de la partie moyenne du cou, et, grosse alors. comme l’extrémité du doigt seulement , elle avait des battemens trèsforts , et elle occasionnait une violente pulsation dans le cerveau. Cette tumeur s'était dé- | veloppée graduellement ; Jusqu’à ce qu’elle eût atteint en haut la mâchoire inférieure, et inférieurement elle descendait nt. de la partie moyenne du cou. Quinze jours avant Vadmission de la malade , la pulsation dans la tumeur et: dans: le cerveau était devenue SI forte qu’elle la privait du sommeil ; le crâne , de ce côté, était devenu si sensible qu'on ne : pouvait lé toucher : les alimens solides ne-passaient qu "avec une extrême difficulté , et une toux violente tourmentait sans cesse la malade. En examinant la tumeur, M. Cooper trouva qu’elle occupait les deux tiers du cou: elle avait un mouvement de pulsation trés-fort, étla peau était amincie à sa partie la plus proéminente. ‘Au moment de l’opération,, elle s’étendait depuis le menton jusqu’au-delà de Vangle de la machoire, et en bas, elle descendait à la dis-

DES ARTERES ET DES VEINES. “9 tance de deux pouces et demi de la clavicule. * M. Cooper fit une incision longue de deux pouces sur le côté interne du muscle sterno= mastoidien , depuis la partie inférieure de la tumeur jusqu’ à la clavicule , qui découvrit les

iscapulo et sterno-hyoïdien ; ces

Rs i ayant été repoussés vers la trachée , on apercut la veine jugulaire. Les mouvemens de eeite veine produisaient. la seule difficulté qu’il y eût dans l'opération , parce que , d’après les différens états de la respiration , elle se pré sentait à l'instrument tantôt distendue et tantot entièrement déprimée. Introduisant un doigt dans la plaie pour s’assurer de cetle veine, M. Cooper fit une incision sur l'artère carolide , et Vayant découverte , il la sépara de la paire vague , et passa une aiguille courbe audessous d’elle , en ayant. soin d’écarter d’un Côté le nerf récurrent , et de l’autre le nerf de Ja huitième paire ou pneumo-gastrique. Les deux ligatures furent ensuite liées à un demipouce l’une de l’autre, ce qui était la plus grande distance que l’on put mettre entre elles. M. Cooper ne juga pas à propos de courir les risques d’une hémorragie en divisant l'artère, dans la crainte où il était que les ligatures ne fussent détachées par la force d’impulsion du cœur, l'intervalle étant si peu considérable entre les deux ligatures, qu'on n'aurait pu em-

ployer aucun moyen pour arrêter l'effusion du sang. Aussitôt que les fils eurent été liés , toute pulsation cessa dans la tumeur. L’opération étant terminée, la plaie fut pansée superficiellement , et la malade quitta la chaise sur laquelle elle avait été assise pendant l'opératié mais il lui survint une quinte de toux si violente , qu'on crut un instant qu’elle en perdrait la vie. Cette toux semblait provenir d’une accumulation de mucus dans la trachée qui ne pouvait étre expulsé au dehors; elle dura prés d une demi-heure et finit par s’appaiser.

Le lendemain de l'opération, la pulsation dans la tumeur n’était pas revenue; celle du cerveau avait cessé, et il n’y avait nulle apparence d’une diminution d'énergie nerveuse dans aucune partie du corps. Les symptomes furent favorables jusqu’au septième jour qu'il survint une irritation constitutionnelle considérable ; le bras droit et la jambe du même eôté furent privés de sentiment, et la malade ne pouvait les mouvoir qu’avec une grande difficulté. Ces symptômes diminueérent ; mais la malade ne pouvait avaler d’alimens solides, et elle était tourmentée par une toux fréquente. Le onzième jour, les ligatüures se détachèrent; le douzième et le treizième jours, son état paraissait meilleur à tous égards ; la tumeur avait

DES ARTERES ET DES VEINES, ER diminué de volume , et la malade avalait avec moins de difficulté ; le quatorzième jour, une irritation générale très-violente parut de nouveau; la tumeur avait augmenté de volume , et était très-douloureuse au toucher ; la plaie paraissait aussi étendue qu’à l'instant de l’opération , et elle laissait écouler une sanie séreuse ; Ja malade se plaignait d’une grande difficulté pour avaler , et d’une toux aussi violente que prolongée ; son pouls était fréquent , et le bras gauche plus faible que l'autre, Depuis lors la tumeur augmenta de volume, et la peau, à sa surface, devint d’un rouge brun ; le dix-sepième jour, le pouls était petit, et présentait cent huit pulsations par minute ; la malade ne pouvait plus avaler même sa salive , et tout essai de déglutition produisait une toux violente. Elle mourut le dix-neuvième jour.

Parla dissection on trouva la poche anévrismale enflammée , et dans son intérieur, outre le caillot de sang, une quantité considérable de pus, L’inflammation s’étendait à la partie externe du sac, le long de la paire vague , presque jusqu’à la base du crâne. La glotte était en grande partie oblitérée , et la surface interne de la trachée-artère enflammée, offrait en outre une Aymphe coagulable adhérente à sa membrane muqueuse. L’accroissement subit des parties à

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la suite de l’inflammation , et le volume de la tumeur avant Vopération , avaient occasionné une telle pression sur lé pharynx , qu’on avait beaucoup de peine à introduire dans son intérieur une bougie de la grosseur d’une plume d'oie. Les nerfs n'avaient éprouvé aucune lésion , et la ligature qui avait ambrassé l'artère avait ménagé d’un côté le nerf récurrent et de

Pautre la paire vague. La mort paraissait avoir

été causée par l’inflammation du sac anévrismal et des parties adjacentes , et cette inflammation avait tellement augmenté le volume de la tumeur, que cette dernière, par sa pression sur le pharynx, empéchait la déglutition, et sur le larynx excitait une toux violente, et mettait des obstacles a la respiration (1).

Il résultait au moins de cette dpération , cette importante induction , qu’on pouvait lier l'artère carotide , et que les ligatures se détachaient avec sûreté ; il n'existait même aucun

doute que, dans des circonstances plus favo-

rables, on ne parvint à oblenir la guérison d'un anévrisme de ce genre, aussi bien que de ceux des autres parties du corps, etau er des mêmes procédés curatifs. 343 = Ree

(1) Medico-chirurgical Les VOR I; D Fs pl. Let It.,

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"DES ARTERES ET DES VEINES. 19 En 1808, M. Cooper répéta cette opération,

et son résultat confirma la justesse des principes qui l'avaient fait entreprendre. L’anévrisme existait depuis six à sept mois; il était accom= pagné d’une vive douleur du côté gauche de la tête, et d’un mouvement de pulsation dans le cerveau. La tumeur rendait la prononciation extrémement pénible , et occasionnait unelégére difficulté de respirer. Lorsque le malade essayait de se baïsser , il éprouvait une sensation insupportable, et comme si la tête eût été prête à se fendre, accompagnée de vertiges, de perte de la vue, et d’une insensibilité press que totale. La tumeur était située exactement au-dessous de l’angle de la mâchoire , et vers la grande division de la carotide commune.

Elle avait le volume d’un œuf de poule , et présentait une proéminence à sa partie moyenne ; le cou avait une longueur considérable, propre

à laisser un grand espace pour HO Vartère carotide,

. M. Coopercommengason incision vis-à-vis de | la partie moyenne du cartilage thyroïde, depuis la base de la tumeur , et la prolongea jusqu’à un pouce de la clavicule , sur le côté interne du muscle mastoïdien. En soulevant le bord de ce muscle ; on pouvait voir distinctement l’omo-hyoiïdien croisant la gaine des vais

rh MALADIES seaux , ainsi que le nerf descendant de la neuvième paire. M, Cooper sépara ensuitele muscle mastoidien de l’omo-hyoidien, et la veine jugulaire qui, dans son état de distension , s'étend sur l'artère carotide , devint alors apparente. En écartant la veine, la paire vague qui se porte entre elle et l’artére carotide , quoiqu’un peu a son côté externe, fut mise à nu.On évita facilement ce nerf; une aïguille courbe d'acier, faite à cedessein, et portant un double lien, fut alors passée au-dessous de l’artère. Deux ligatures ayant élé introduiles de la sorte sous le vaisseau , on lia immédiatement l’inférieure. M. Cooper détacha ensuite l'artère des ‘parties environnantes, dans l’étendue d’un pouce au-dessus de la ligature inférieure, et dia la supérieure. Enfin une aiguille et un fil furent passés à travers l’artère entre les deux ligatures. La section de l’artère fut alors exécutée. La plaie fut pansée en rapprochant ses bords au moyen de bandelettes agelutinatives ; les ligatures pendaient au-dehors de chaque côté de la plaie, qui fut recouverte d’une compresse également maintenue par des bandelettes agglutinalives. :

Aussilôt après l’opération, le malade fut délivré d’une douleur atroce qui s était,

DES ARTERES ET DES VEINES. 15 manifestée deux mois après la formation de la tumeur, et qui s’étendait vers la tempe gauche ; elle était accompagnée d’un battement violent de toutes les artères de ce côté. Cette douleur ne reparut plus; la pulsation de la tumeur n’avait pas entièrement cessé, quoiqu’elle fût assez diminuée pour être obscure ; le malade n’éprouva aucun symplôme fâcheux après l'opération ; il fut quelquefois incommodé par une toux et une douleur de tête légère ; mais ces symplômes diminuérent avec la tumeur, Le troisième jour elle devint dure, et son contenu fut absorbé graduellement ; sa pulsation , quoique faible , était encore perceptible plus de deux mois aprés l’opération. La ligature supérieure se détacha le vingt-deuxième jour, et l’inférieure le lendemain. La tumeur était à peine apparente le vingt-quatrième jour; on ne sentait plus les artères faciale et temporale du côté gauche.

En moins de trois mois pe le malade fut complétement guéri, et put retourner à ses travaux de porteur (1). |

Moins d’un an après la ligature de l'artère carotide , dans le cas que nous venons de rapporter , cette opération fut répétée avec succès

(1) Medico-chirurgical transactions, vol. 1, p. 222.

par M. Travers , pour un anévrisme par anastomose dans l'orbite. Ce cas -est trés ~ intéressant ; non-seulement parce qu'il est le second dans lequel l'artère carotide ait été liée avec succès, mais aussi parce qu’il prouve que la maladie des artères les plus ténues, à laquelle ona donné le nom d’anévrisme par ‘anastomose , peut être guérie par la ligature du tronc d’où elles prennent naïssance.

La malade de M. Travers étaitune femme âgée de trente-quatre ans, qui, quelques années avant l'opération, s’aperçut du commencement d’une iumeur pulsative : cette tumeur s’accrut de manière à remplir la plus grande partie de l’orbite , en poussant en avant le globe de l’œil , et en formant deux sacs distincts à l’angle interne. La compression et les applications froides furent essayées sans succés. À moins d’extirper Voeil, Vexcision était évidemment impraticable , et le résultat d’une telle opération eût été trés-incertain, tant par rapport au grand déplacement du globe de l'œil , que par l’origine connue de la maladie dans l’intérieur de l'orbite. Une compression exacte des artères temporale, angulaire et maxillaire, n'avait produit aucun effet sur la tumeur. En appliquant le pouce sur le tronc de la carotide com-

mune, la pulsation cessait enticrement, et

DES ARTERES ET DES VEINES. ee; le bruissement dans la plus petite des lumeurs devenait si faible, qu’il était difficile de déter= miner s'il continuait ou non, Eelairé sur l’ori: gine de la maladie; sachant ; d’après le cas de M. Cooper, qu’en pouvait lier avec sûreté |’ artère carotide , et réfléchissant particulièrement sur la diminution permanente et sensible de l'impulsion du sang destiné à l'entretien de la maladie qui devait suivre nécessairement Veblitération d’un tel canal , M. Travers pro céda à l’opération.

La malade fut couchée , le cou soutenu par un oreiller, et le menton légèrement tourné vers l'épaule gauche, Une incision longue de deux pouces et demi fut commencée à la dis= tance d’un pouce au-dessus de l'extrémité sternale de la clavicule, et prolongée dans une direction oblique le long du bord antérieur du muscle sterno-mastoidien. Les fibres du muscle étant découvertes , son bord fut soulevé , et la gaine des vaisseaux fut incisée avec précaulion du côté de la trachée. On passa ausdessous dé l'artère , par cette plaie qui avait fort peu

’étendue , une aiguille courbe munie d’uns double ligature , en prenant soin de ne pis intéresser le nerf. L’aiguille ayant été retirée, les ligatures furent liées séparément , l'inférieure ala partie la plus basse de la dénudation

i8 MALADIES de l'artère , et la supérieure à la plus haute ; elles étaient à environ trois lignes de distance

lune de lautre , et, lorsqu'elles furent liées ,

on put sentir distinctement la division de la membrane interne du vaisseau: Les lèvres de la plaie furent légèrement rapprochées par des bandelettes agelutinatives et les ligatures maintenues au-dehors vis-à-vis de l’endroit de leur applicationsur lartère.

a malade se rétablit promptement. La ligature supérieure se détachale vingt et uniéme jour, et linférieure le vingt-deuxième. La plaie se guérit vite, et à la fin de la cinquième semaine, la malade se trouvait dans le même état qu'avant l'opération (r).

Je vais rapporter avec un grand plaisir, au lecteur, une troisième observation où l'artère carotide a été liée avec succès pour la guérison d’un anévrisme. Je la donnerai dans les mémes termes où elle m’a été communiquée par celui de mes amis qui a fait l'opération.

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