DES ARTÈRES ET DES VEINES. 589 OBSERVATION XLIX
es soldat robuste, âgé de trente-six ans , fot saigné au bras pour une ophtalinie qui fut diminuée par cette opération. T'outefois il survint de la fièvre, et cette fièvre s’accrut par degrés. Le dix-seplième jour après la saienée, le pouls était faible et présentait cent vingt pulsations par minute; la peau était chäude, la langue couverte d’un enduit brunâtre, la respiration difficile ; le malade se plaignait d’une grande prostration de forces et de douleurs à la tête, au dos et aux ex- trémités. La plaie de la veine s'était guérie, mais le jour qui'suivit la saignée , une tuméfaction et une douleur considérables commencèrent à se manifester dans le bras, et s‘étendirent par degrés vers sa partie supérieure. Le malade fut saigné de Pautre bras, et on lui fit prendre divers médicamens. Les symptômes PHARE ,avec très-peu d'altération, jusqu'au vi ingt- -troisieme jour, qu'on — observa ‘unectumeur douloureuse au-dessus de la claviculé: Quelques jours après’, on découvrit une atitre tumeur molle; diffuse, audessou de Parigte de la mâchoire inférieure.
les symptômes: “accrurent lentement; la
respiration devint plus pénible et plus difficile; le pouls offrait rarement moins de cent vingt pulsations par minute; le malade éprouva du délire et mourut dans Je courant de la septième semaine après la saignée. La dissection du cadavre fit voir les altérations suivantes : la veine céphalique, à l'endroit où l’on avait pratiqué la première saignée , ressemblait à une artère , tant pour l'épaisseur de ses membranes que par la forme circulaire qu’elle conservait lorsqu’on en faisait la division en travers. Elle était saine au-dessous de la partie piquée. À un pouce au-dessus de la piqûre , sa cavité était fermée, et cette oblitération s’étendait jusqu’à l’épaule. Les branches qui communiquaient avec la veine céphalique au pli du bras se trouvaient saines. Les glandes absorbantes au-dessus de la clavicule étaient tuméfiées et endurcies. Le calibre de la veine jugulaire externe paraissait moindre que celui de la veine correspondante du côté opposé. La veine jugulaire interne était très-dilatée , épaissie et dans un état d'induration ; les effets de l’inflammation étaient manifestes dans tout son trajet ; elle avait les apparences extérieures d’une artère, si ce n’est qu’elle était plus grosse que toute autre artére , à l'exception de l'aorte. Les veines sous-
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 391 elaviére , axillaire, et la veine brachiale au pli du bras, offraient des apparences semblables. Les veines jugulaire externe et sous-clavière étaient remplies de pus. Après les avoir ouvertes, on les trouva très épaissies et tapissées de lymphe. Plusieurs des veines plas petites paraissaient dans un état semblable. L’inflammation , Vadhérence et linduration devenaient tellement fortes à la partie supérieure du bras, qu'il y avait une difficulté extrême à suivre les vaisseaux et à les séparer de leurs connexions. La veine cave supérieure était saine. Lies apparences morbides ne se perdaient pas graduellement, mais se terminaient tout-à-conp. Le cœur était sain; les poumons renfermaient quelques petits abcès. Un fluide séreux mêlé de flocons de lymphe se trouvait épanché dans la cavité thoracique.
Les poumons adhéraient à la plèvre cosiale, partiellement du côté gauche , mais dans une bien plus grande étendue du côté droit. Le cerveau ne présentait rien de particulier; les ventricules renfermaient seulement une plus grande quantité de sérosité qu’à l'ordinaire ; les veines de la pie-mère étaient gorgées de sang. La grande veine de Galien ainsi que les sinus offraient une dilatation 1emar- quable.
On'm’a communiqué plusieurs observations dinflammation étendue des veines apres l’opération de la saignée, et dans- une circonstance dont j’ai été témoin des accidens, les symplômes et les résultats de la dissection, quoiqu’a un degré moindre, étaient semblables à ceux qui sont décrits dans le cas qui précède. Les symptômes avaient une analogie frappante avec ceux de la fièvre typhoide, et la dissection fit reconnaître, sur divers points, l’adhérence et Poblitération des vaisseaux, et sur d’autres, des épanchemens de Iymphe coagulée ou de pus (1) dans leurs cavités, avec une induration trés-grande, un épaississement et une adhérence des parties environnantes. Quelquefois inflammation s’'étendait, aussi-bien en haut qu’en bas, dans le trajet de la veine (2). Les mêmes sym-
(1) On a trouvé plusieurs fois dans les veines un fluide qui ressemblait à du pus, quoiqu'il ne parût pas être le résultat de Vinflammation. Bichat rencontra sur un cadavre la veine splénique , ainsi que le tronc de la veine porte et toutes les branches hépatiques remplis d’une sanie grisâtre, (Anatomie générale, t. 1, Considérations générales 5, pa Lxx.…)
(2) Voyez Huwrer, tn Transactions of -a Society
for the improvement of medical and chirurgical know= |
ptômes sont survenus quand Vinflammation de la veine a été produite par lapplication d’une ligature, et Hunter a observé des altéralions semblables dans les cadavres des individus morts après des amputations , des fractures compliquées, ou par les suites de Ja gangrene (1). Dans plusieurs cas de fièvre puerpérale, le docteur Clarke (2) a trouvé les veines de lutérus remplies de pus.
M. Wilson a vu, chez une femme morte quatre ou cing semaines apres l’accouchement, les membranes des principales veines de l’ulérus épaissies et leurs cavités partielle= ment oblitérées. Les veines iliaque commune, iliaques externe et interne, et leurs plus grosses branches, particulièrement celles qui -raménent le sang de l'utérus, ainsi que les veines émulgentes et spermatiques offraient
ledge, vol.1, p. 18. — Foyezaussi ABERNETHY , Sura gical Observations , on the occasional ill consequences
of venesection, p. 147, 2° édition.
(1) Transactions of a Society for the improvement of medical and chirurgical knowledge, vol. 1,p. 19,
(2) Practical essays on ihe management of pre= gnancy,, etc., p. 65,72, 2° edition ; c’est-a-dire : Essais de pratique sur les soins qu'on doit prendre pendant la grossesse, eic. , etc.
des traces d’inflammation. Leurs membranes étaient épaissies et leurs cavités oblitérées par de la lymphe ou des caillots. Les tissus de la veine cave inférieure étaient au moins trois fois plus épais qu’à l’ordinaire , et elle adhérait d’une manière très-intime aux parties environnantes. Ce vaisseau contenait quatre onces environ de pus bien formé, qui n'avait pu se rendre au cœur , en partie par le resserrement de la veine immédiatement audessous de la naissance des trois grosses veines caves hépatiques , et en partie par une certaine quantité de lymphe coagulable qui adhérait a ses membranes, et qui, supérieurement , remplissait la cavité du vaisseau dans une étendue d'environ un quart de pouce.
Une grande quantité de lymphe coagulable, intimement adhérente à la membrane interne de la veine , remplissait complètement sa cavité inférieurement à partir des veines émulgentes (1).
(1) Transactions of a Society for the, improvement of medical and chirurgical knowledge, vol. in, p. 65. Outre ce cas, M. Wilson a trouvé les mêmes altérations dans les cadavres de deux femmes mortes quelques jours aprés l’accouchement. Chez l’une et l’autre, plusieurs des plus grosses veines de l’utérus contenaient du pus, et
DES ARTERES ET DES VEINES. 305 Quand l’inflammation est bornée à la veine Piquée, son traitement doit être le même que celui de linflammation locale en général, et à cct effet l’on emploiera les sangsues , les lotions tièdes et la diète. Hunter croyait qu’en appliquant la Compression à la veine enflammée au-dessus de la partie blessée , de maniere à mettre en contact les parois opposées du vaisseau et à les faire adhérer ,on empécherait Vinflammation de s'étendre le Jong de la surface continue de la membrane interne du tube. Hunter fit une fois l’essai de cette pratique, et elle réussit selon ses desirs (1). L'irritation constitutionnelle quiarrive dans une inflammation étendue des veines est accompagnée de symptômes d’une faiblesse plus grande que dans toute autre inflammation aiguë en général. Cette circon= Stance peut provenir de l’étendue de la surface enflammée; mais il n’est pas impossible non plus qu’elle soit un effet produit sur
ne anne ceet
il y avait oblitération d’une partie de la veine cave inférieure par une lymphe coagulable fortement adhérente a sa surface interne et remplissant supérieurement sa ca= vite. — Toid., p.80: 3 |
(1) Transactions of a § ociety for the improvement of medical and chirurgical knowledge, vol.1, p. 29g.
le système nerveux par le pus sécrété dans Je vaisseau et mélé au sang en circulation.
Quoique les symptômes paraissent réclamer des indications opposées, il est évident , lorsque l’inflammation est aussi étendue que dans les cas que j’ai rapportés au commencement de cette section, qu’on ne peut larrêter, même dans sa première période , que par des saignées copieuses et par l’emploi rigoureux de tous les moyens propres à combattre l’inflammation aiguë en général (1).
(1) Les inflammations des vaisseaux sanguins et lym= phatiques , celle du tissu nerveux, sont beaucoup moins rares qu’on ne le croit communément, et dans mes recherches d'anatomie pathologique, j'ai souvent reconnu sur le cadavre ce genre d’altération dont je me propose de faire l’histoire.
La phlegmasie des veines était connue des anciens.
Arétée (a) parle de l’inflammation de la veine cave, et —
. . A oat donne: les signes qui la font reconnaître. On pourrait |
peut-être rapporter à l’inflammation de la veine du bras
les accidens qu’éprouva le roi Charles LX à la suite d’une ~
saignée, et contre lesquels Ambroise Paré employa des.
onguens, un bandage roulé, et recommanda l'usage de:
(a) Aretæi Cappadocis , Medici insignis, de Causis et Signis +
acutorum morborum , cap, VIII, lib. 11, p. 38 et 39. Ex. edit...
Art. med. Princip. Alb. de Halter. T. We pet4 et 15, ex. r edit. tHe
Stephan.
Re ec a ox M ER PRO ARE RS ER ONE CE
Vhuile de térébenthine chaude, mêlée avec de l’eau-devie rectifiée. Mais s’il reste quelque doute sur la vraie cause des accidens dans ce cas , il me paraît que ceux qui arrivèrent à mademoiselle Courtin, dont le bras s’enflamma et tomba en gangrène, doivent être rapportés à Vinflammation de la veine (a). |
Je regarderai aussi comme appartenant à Ja phlegmasie des veines ce que Dionis raconte des suites de la phlébo- . fomie. « Il se fait quelquefois sur le bras saigné , quoique lopération n’y ait point de part, ce qui arrive à des personnes cacochymes , accablées d’humeurs qui sont prêtes à se jeter sur quelque partie. Si on les saigne dans cé temps-là, ces humeurs se déterminent à couler sur la partie qu’on a vidée par la saignée; le lendemain, on trouve le bras gonflé et douloureux, qui enfle à vue d'œil, “et qui grossirait extraordinairement, si l’on ne travaillait à détourner ce torrent par de grandes saignées faites à Pautre bras. La furie de ces humeurs est quelquefois st grande, que j'ai vu la gangrène survenir dès le deuxième jour , et le malade mourir des le troisieme. Un pareil malheur arriva à la femme d’un officier de la reine, et quelques mois après: le duc de Saint-Simon fut saigné a Paris par un chirurgien des plus employés : il se fit sur son bras une fluxion qui se termina par un abces qu’on ouvrit , et dont il fat guéri en trois semaines sans en ètre
estropié (4). » amie’ 3 per
(a) AmprotsE Pare, liv. x, des Plaies en particulier ,.p. 401; chap. xur. ( Histoire du feu roy Charles EX') on
{b) Diowis, Cours d'opérations de chirurgie; huitième démonstation , p. 680. Edit, de Lafaye. Set 4
Planer (a), Boerhaave et Van-Swicien (4) parlent aussi de V'inflammation des veines ; et Morgagni, dont le talent a éclairé tant de points obscurs de médecine et d’anatomie , s’exprime en des termes gui ne laissent pas . d'incertitude sur l’existence de la phlegmasie dont nous traitons. L’histoire d’une femme qui présenta des aliérations dans les veines iliaque et crurale du côté gauche , et celle d’un porte-faix, dont la face interne de la veine cave abdominale offrait des traces d’érosion , paraissent démontrer qu’il avait existé dans ces parties une inflammation dont ces lésions n’étaient que la conséquence (c).
Parmi les auteurs modernes, plusieurs ont parlé de Vinflammation des veines ou ont publié des observations sur celte maladie ; mais c'est à Sasse (d), Meckel (e) et a J. Hunter os qu’on est le plus redevable, Schwilgué a communiqué à la Société de Médecine de la Faculté une note insérée dans la Bibliothèque médicale, où il trace rapidement les principaux caractères des phlegmasies des veines et des artères. Il ne rapporte aucun fait qui lui
(a) Jo. Zach. Plaineri instit. chirurgice rationalis, etc. , p. 18 et 19: Lipsiæ , 1758. LE SV
(6) Gerardi L. B. Fan-Swieten , Commentaria in H. Boerh. , Aphorismos,, ete., t 1, § 372, § 354, p. 628 et 630. Edit, guarta Leidensis.
(c) Jo. Baptistee Morgagni de Sedib. et Causis Morbor. per anat. indag. Epist. LVI, art. 10 ; epist. LIII, art. 37 , p. i7iet 119, t. Iv. Edit. Lovianit.
(d) Dissert. de Vasorum sangui ferorum inflammatione. Hal. 3797:
(e) Dans l’ouvrage de Sasse.
-(f) Medical and Philosophical commentaries , by a a Sables in Fuel vol. third. p. I, p. 430,
‘ soit particulier (a). Nous verrons plus loin que MM. Abernethy , Osiander, Reil, Frank, Sherwen , Charles Bell, Marjolin, Fizeau, Bodson , B. Travers, ont aussi
ecrit sur celte matiere : ; mais ils n’ont point rattache ce qu'ils ont dit à un corps de doctrine,
§ I. Inflammation des Veines produite par la phlébotomie.
Suivant J. Hunter » quelques médecins ont attribué les accidens qui suivent la saignée à la piqüre d’un nerf. Mais les nerfs sont lésés dans beaucoup d’opérations chirurgicales sans qu’on en voie survenir rien de facheux. Il faut aussi remarquer que les nerfs qui peuvent être intéressés dans la saignée sont petits et ‘tres-peu Ap on any,
D'autres personnes ont pensé que ces mêmes accidens reconnaissaient pour cause la piqüre d’un tendon ou d’une aponévrose. J. Hunter fait observer avec raison que les tendons sont fréquemment piqués sur d’autres points du corps sans qu’il en résulte le plus petit inconvénient, et le tendon d’Achille est souvent coupé ou déchiré sans qu'on voie paraître les symptômes qui se manifestent quelquefois apres la saignée. Encore si ces accidens sur— venaient lorsque cette opération a été pratiquée sur une veine voisine d’un tendon, on pourrait raisonnablement soupçonner qu'ils sont dus à la blessure de cette dernière partie; mais ces symptômes inflammatoires arrivent apres Pincision de Ja veine céphalique ou de la médiane céphalique, et non lorsqu’on a ouvert la basilique ou la médiane basilique, |
Enfin des physiologistes ont cru devoir accuser la con= stitution générale du sujet ou le mauvais état des humeurs
sm
et des solides. Ils se trouvent aussi en opposition avec fa raison et l’expérience , car une persont'e qui jouit de la plus parfaite santé est susceptible d” éprouver les accidens qui suivent la saignée , tout comme les sujels cacochynies , infirmes ou d’une faible complexion. I est bon de remarquer que dans plusieurs circonslances où ces accidens sont survenus , le malade avait été saigné à l’autre bras sans aucun inconvénient.
D’après toutes ces considérations, J. Hunter fut porte à rejeter les opinions anciennement reçues , et il fut aussi conduit à prendre cette détermination en observant ce qui arrive chez les chevaux. |
Il n’est pas rare de voir des palfreniers pratiquer ; sans nécessité ou par dés soins mal entendus, une saignée au cou de leurs chevaux, souvent même lorsqu'ils sont en bonne santé. Hunter vit que le cou de ces animaux se tuméfiait, et qu’ils périssaient. Il voulut découvrir la cause de ces phénomènes et de celte terminaison. Une dissection attentive Jui fit reconnaître que la cavité de ‘la veine jugulaire était enflammée ; que cette inflammation se prolongeait au loin sur la surface interne du vaisseau , jusque dans la poitrine, et quelquefois jusqu'au cœur Jui-même. Ces observations le conduisirent tout naturellement à ‘penser que la surface interne des veines chez l’homme peut , dans quelques circonstances, être affectée d’inflammation comme le sont les membranes fn revélent nos cavités splanchniques :
Dans l'examen qu’il fit d’abces au poumon, il découvrit des allérations qui changeren| ses conjectures en cer— titude. Il trouva souvent que la surface interne des veines à la suite des abces était non-seulement dans uy état
d’inflammation, mais encore en suppuration sur plusieurs points. Il put même parvenir à assigner les progrès et la fin de inflammation et de la suppuration. HI avait toujours reconnu qu’elles s’étendaient sur les membranes des veines, à une certaine distance et dans toute la circonference de l’abces. Il vit les mêmes altérations en exa= minant les veines des membres lorsqu'une inflammation tres-intense était survenue après l’amputation. Il était, en outre, persuadé que l’inflammation ne s’étendait sur le membre, dans quelques circonstances et plus ou moins loin du moignon , que par la seule raison qu’elle s’était développée dans la cavité de la veine. D’après tous ces faits, Hunter ne balança plus pour attribuer les accidens de la saignée à une phlegmasie de la membrane interne des veines, et bientôt il en/trouva une nouvelle preuve sur un malade qui vint à l'hôpital Saint-George pour s’y faire traiter d’une inflammation. du bras droit, par suite de la saignée a la veine basilique. Ce malade ne resta que huit jours à l’hôpital; il y mourut soudainement. La dissection du membre fit voir une inflamma= tion de la yeine qui s’étendait, de la piqure faite par la lancette jusqu’à l’aisselle. Vers le milieu du bras, la veine était en suppuration , et. dans un autre point, le vaisseau offrait une ulcération et une division en deux parties. Chaque bout, irrégulier et festonné, se terminait à l’abces. Les membranes de la veine avaient acquis beaucoup d’épaisseur , et.la surface interne de ce vaisseau, à quelque distance au-dessus et. au-dessous-de Ja plaie’, était tellement couverte de lymphe coagulable , que son canal, se trouvait oblitéré ; et.que le sang n’y pouvait plus passer. Enfin dans plusieurs points il existait. de véritables BE 2G
Aos MALADIES
adhérences. Plusieurs branches des veines voisines se trouvaient également imperméables, et les membranes de Vartere étaient affectées par l’effet de leur eontiguité avec la partie malade.
Dans quelques cas d’inflammation des membranes des veines, il est arrivé que les parois de ces vaisseaux ont contracté des adhérences qui ont borné l’inflammation en l’empéchant de se porter au-delà. Quelquefois ces adhérences se formaient de distance en distance , du pus s’accumulait dans les intervalles et constituait de petits abces séparés. Hunter raconte qu’il a eu occasion d’ou= vrir une suite de ces abces sur le trajet de la veine saphene, depuis la pointe du pied jusqu’à l’aîne, et dans celte circonstance l’inflammation s’était élevée d’une plaie à l’extrémite du pied (a).
Sherwen ne partage point les opinions de John Hunter; il pense que, le plus communément, la douleur et l’inflammation qui surviennent dans le point où l’on a fait une saignée doivent être regardées comme dépendant de la lésion du nerf, et particulierement de sa section incomplete, plutôt que de Virritation et de la phlesmasie de la veine. Les deux observations que renferme son Mémoire ne viennent point, selon moi, à Pappui de son assertion, Il avoue méme que la seconde paraît confirmer le sentiment de Hunter , et que les phénomenes qui succéderent à Popération de la saignée paraissent dépendre de l’inflammation de la surface interne de la veine. Voici le fait : Une dame de distinction , tres-
(a) Medieal and Philosophical Commentaries ; etc., vol. 111, part. 1, p. 430. thy
DES ARTERES ET DES VEINES. 403 se a SS np de ig eink avancée én âge, d’une constitution mauvaise et scorbutique, fut saignée du bras à la veine médiane. Au bout de tres-peu de temps, elle se plaignit de sensibilité et d’inflammation à la plaie, Sherwen fut appelé. La douleur augmenta graduellement ; et se termina par un abces situé à quélques pouces au-dessous de la piqûre , entre les muscles fléchisseur radial du carpe et supina= teur. Une matière purulente s’écoula pendant long-temps de la plaie; enfin la maladie se termina par un abces au-dessus de la clavicule, que l’on crut dépendre de l’ab- Sorption du pus formé dans les parties siluées au-dessous, mais qui devait être rapporté à l’inflammation transmise par la veine, Ce dernier abcès fut accompagné d’une grande douleur, et ne guérit qu’après une longue et abondante évacuation de pus. de.
Dans Ia seconde observation ; le malade présenta des phénomènes analogues à ceux que nous venons de faire connaître, mais ils furent plus longs et plus intenses. Cependant l'issue de la maladie fut heureuse, et si nous devons nous en rapporter aux symptômes, nous regar= derons l’affection qui les produisait comme une inflam= mation de la veine (a). | |
Dans les plaies des veines qui ne se réunissent pas immédiatement , ilarrive souvent une inflammation dont le degré et l’étendue peuvent varier. Une inflammation légère devra seulement produire un épaississement des parois de la veine et leur adhérence ; une inflammation
(a) Case of the Puncture of anerve in phlebotomy » communi= vated to Dr Andrew Duncan, by John Sherwen. Voyez Medical and Philosophical Commentaries’; by ‘a Sociéty wm Ldinburgh, Vol. iv, p. 210,
Lok MALADIES
; gran gs : ere plus intense sera moins bornée, et des abces pourront en résulter. La matiere de la suppuration se mélera aux fluides en circulation, et donnera lieu à de facheuses conséquences ; ou bien si l’inflammation est circonscrite, l’épaississement et l’adhérence des parties voisines en seront un effet immédiat, un abces se formera dans ce point. Si la phlegmasie du canal veineux occupe une grande surface, tres - probablement qu’il s’ensuivra le développement d’une fièvre symptomatique, surtout st irritation se prolonge le long de la membrane interne des veines jusqu’à l’organe central de la circulation. M. Abernethy cite trois faits tirés de sa pratique sur l’inflammation des veines apres la phlébotomie. Dans le premier cas, la veine s’enflamma dans l’étendue de trois pouces au-dessus et de trois pouces au-dessous de la pigure. Cette phlegmasie avait pour symptômes la rougeur , la douleur et le gonflement des tégumens correspondans à la partie affectée. Une fièvre très-forte se ma nifesta ; le pouls était fréquent et la langue chargée. Apres la cessation de inflammation, et la tuméfaction étant dissipée , la veine parut imperméable au sang, car elle ne se gonflait plus lorsqu’on la comprimait au-dessus de la partie affectée. Le second cas ressemblait au premier , mais à un degré moindre. Dans le troisième , l'inflammation , au lieu de s’étendre en haut du côté du cœur, gagna la partie inférieure, et alla jusqu’à l’articulation du poignet , sans doute parce qu’il s’était formé une adhérence entre les parois de la veine , au-dessus du point où elle avait été ouverte (a).
(a) The Surgical works of John Abernethy , vol. 11, p. 147. — On the ill consequences sometimes succeding to venæsection.
Un accident très-fréquent apres la saignée est , suivant M. Charles Bell, le gonflement et l’inflammation de la petite plaie. Cette inflammation peut être érysipélateuse , s'étendre sur tout le bras, et se terminer par la suppu= ration.
La phlegmasie de la membrane interne de la veine elle-même est aussi une circonstance fâcheuse ; parce que la maladie peut se propager le long du vaisseau et parvenir Jusqu'au cœur.
On a vu l’inflammation qui suit la phlébotomie donner lieu à un abces , ou gagner les tissus aponévrotiques, affecter le fascia lui-même, et finir par amener un endurcissément du tissu cellulaire et la contracture du muscle biceps. Dans ces circonstances, en connaissant les rapports particuliers de l’aponévrose avec les tissus adja~ cens, on se rend compte des effets produits, et l’on peut remédier au mal. M. C. Bell nous assure que dans les inflammations et les abcès de l’avant-bras , il a fréquem ment vu survenir un épaississement de l’aponévrose , et des adhérences avec les parties voisines. Souvent, apres avoir détruit l’inflammation , il a fait cesser la contracture ou roideur des parties , par l’emploi des cataplasmes camphrés, puis par l’usage d’une attelle rembourrée placée le long de l’avant-bras , et appropriée à sa cour bure, pour étendre le bras ou pour le maintenir toujours convenablement (a).
Après ces recherches historiques sur l'inflammation des veines à la suite de la saignée , nous rapporterons quelques observations sur cette maladie.
(a) A System of dissections explaining the anatomy of the human Body, etc. ; by Charles Beli. Vol. 11 , p. 281, London, 180g.
Gaspard Goldinger, âgé de vingt-deux ans, garçon cordonnier , entra à l’Hôtel-Dieu de Paris, le 31 octobre 1806, pour y être traité d’une épilepsie dont 1l n’avait éprouvé les premieres atteintes que six semaines auparavant. Il fut plusieurs fois saigné; et la dernière phlébotomie qu’on lui pratiqua au bras fut suivie de douleurs dans la partie blessée. Le lendemain, le malade se plaignit de son bras; il y avait aux environs de la saignée un peu de rougeur et de tension ; les jours sui vans, la douleur s’accrut , le gonflement s’ ’éténdit depuis eee jusqu’au-dessous du coude. Le voisinage de la piqûre élait rouge, le pouls devint faible et fréquent. Ces accidens augmenterent encore pendant les jours qui suivirent ; la fièvre s’alluma, la prostration des forces survint , une douleur vive se manifesta au: côté droit du thorax, la respiration se fit avec difficulté, et “ mort arriva dans la nuit du 23 novembre.
A ouverture du cadavre, on trouva ala partie supé~ rieure du cerveau une assez grande quantité de sérosité jaunâtre , infiltree entre l’arachnoïde et la pie-mere , et dans quelques parties du tissu de cette dernière mem brane. La portion de J’arachnoïde étendue sur la conveuité du cerveau avait perdu de sa transparence, et acquis plus d’épaisseur et de dureté. Les ventricules latéraux renfermaient un peu de sérosité jaunâtre. Dans la partie moyenne et postérieure des plexus choroides, de Von et l’autre côtés, on remarquait une concrétion du volume d’un petit noyau de cerise: cette concretion pas raissail être formée par du phosphate calcaire. Il sortit du la poitrine huit à dix onces de sérosité jauaâtre et opaque. Le poumon gauche adhérait à la pleyre
cote droit de
costale par une fausse membrane. Dans différens points des deux poumons, on voyait des traces d’une inflammation récente. En ces endroits, Île tissu pulmonaire était dur et gorgé d’une sérosilé puriforme.
On voyait encore au pli du coude l’ouverture de la saignée; en pressant sur les environs, il s’écoulait un peu de pus; le bras n’était ni dur ni gonflé. La veine céphalique, incisée, se trouva remplie de pus dans toute son étendue. La veine radiale superficielle contenait aussi du pus jusqu’à deux pouces environ de son origine. Ce pus était épais, bien lié, et d’un blanc mat, sans aucun mélange de sang; il semblait même que le sang n’était plus admis depuis plusieurs jours dans la veine céphalique. Les parois de ce vaisseau élaient tres-épaissies , dures ; rougedtres à l’extérieur; sa surface interne avait une teinte uniformément grisâtre. Dans le tissu cellulaire inter -fibrilaire du grand pectoral du même cote , on remarquait aussi une certaine quantité de pus disséminé, assez épais et verdatre (a).
Françoise Rousset, domestique , âgée de vingt-ans ; d’un tempérament sanguin et d'une bonne constitution, avait toujours joui d’une parfaite santé jusqu’à son arrivée à Paris, qu’elle babitait depuis deux ans, lors qu’ellé entra à l’Hôtel-Dieu, le 15 juillet 1812. |
- Elle était affeciée dé vomissemens de sang qu’on attribuait à un dérangement dés menstrues. Quelques heures après une saignée du pied gauche, qu’on lui pratiqua le 20 du même mois, elle éprouva une douleur très-aiguë
(a) Journal de Médecine, Chirurg. , Pharm., etc., tome xt1,
page 417. ( Observation sur une inflammation de la veine séphas dique , suivis de suppuration , par Le Héristé, }
408 Tt MALADIES
à l'endroit de la piqüre, dont les bords devinrent durs et saillans. Ce gonflement s’étendit peu à peu jusqu’à la parlie supérieure de la jambe, et les ganglions lympha= tiques de l’äîne s’engorgèrent et devinrent douloureux. Il survint de Ja fièvre et de l’insomnie. Ces accidens durèrent jusqu’au 23 au soir, où les douleurs, ainsi que le gonflement, diminuerent par l'emploi des cataplasmes’, des bains locaux, du repos et des boissons délayantes. Alors on put voir la veine saphene dure, tendue, augmentée de volume, depuis. deux travers de doigt aus dessous de la malléole jusqu’à la hauteur de l’origine du tendon d’Achille. Une friction avec les mains , dirigée vers l’ouverture de cette veine non encore Cicatrisée , déterminait la sortie d’une petite quantité. de pus épais, d’un blanc mat, mélé de quelques stries rouges , prenant la forme sphérique à sa sortie, avant de tomber, Le 26, les douleurs avaient complètement cessé, la suppuration était tarie et la plaie cicatrisée ; la-veine , quoique diminuée de diamètre , conservait encore sa dureté lors. de la sortie de la malade, le 5 août de la même annee. ss
Fréaud (Jacques), pâtissier , âgé de trente-quatre ans, d’une assez bonne’ constitution , éprouvait depuis environ un an des-douleurs vagués aux jambes; ces douleurs ayant redoublé dans le mois d’avril 1814, il se fitsaigner trois fois au bras droit dans l’espace de quinze jours ; les petites plaies résultant des saignées se cicatriserent chacune au boat de trente-six. heures sans aucun ‘accident. Les dou'eurs ayant reparu de nouveau, Fréaud eut recours ai rnoyeñ qui l'avait d’abord soulagé, et se fit pratiquer une nouvelle saignée au bras gauche par le
même chirurgien. La plaie de la veine et des tégumens ne se ferma point comme dans les saignées précédentes; elle suppura, se couvrit de bourgeons charnus qui devinrent fongueux. La persistance de cette plaie, qui génait les mouyemens du coude ,. l'espoir d’une prompte guérison, firent entrer Fréaud à l’Hôtel-Dieu le 10 septembre 1814, huit jours apres sa dernière saignée. Il offrait alors au pli du bras, sur le.trajet de la veine médiane céphalique, une petite plaie fongueuse, rendant un pus blanchâtre et non sanguinolent. De la charpie simple fut appliquée pendant les premiers jours 3 mais bientôt une légère inflammation. érysipélato- phlegmoneuse se développa au pli et à la partie interne de ce bras : on parvint à la calmer par des: cataplasmes émolliens. Le sixième jour, M. Dupuytren, ayant palpé avec soin la partie externe et antérieure du. bras ,sentit une espèce de cordon étendu depuis le pli du coude jusqu’à la partie supérieure du: membre ; la rénitence légère de ce. cordon, sa forme cylindrique, sa situation sur. le trajet de la veine céphalique, lui firent soupçonner qu’il était. formé par, cette veine enflammée. Le septième jour, un nouvel exanien, confirma M. Dupuytren dans son idée, et le huitième jour, pour en convaincre les. élèves , il pratiqua, au tiers inférieur du. cordon, une petite incision à l’aide d’une lancette ; aussitôt jaulit un. sang mêlé à du pus; et pour prouver que ce dernier liquide ne venait point du tissu cellulaire environnant la veine, comme le pensaient quelques personnes , il introduisit dans celle-ci un stylet qu’il fit pénétrer inféricurement à une assez grande profondeur; de plus, lorsqu'on comprimait au-dessous de la nouvelle plaie’, le
sang et le pus cessaient de couler, et si l’on pratiquait au contraire la compression au-dessus, le sang mêlé au pus sortait par jets, surtout si én même temps lé malade contractait ses muscles de l’avant-bras. Nul doute à tous ces signes que la veine céphalique ne fat enflammée. On continua l’usage dés cataplasmes émolliens. Le neuvième jour, la cicatrisation de la notivélle plaie était opérée ; on en écarta les bords, et l’on fit sortir une nouvelle quan tité de pus sanguinolent. Les jours suivans, on vit le cordon formé par la veine céphalique diminuer insen- Siblement dé volume, et la plaie du pli du coude sé cicatriser. Enfin , le seizième jour, les deux petites plaies de la veine ‘étaient fermées ; celle-ci n’offrait plus qu’une espèce de cordon bien moins volumineux que la veine du côté opposé , ce qui confirma l’opinion de M. Dupuytren, qui prétendait que cetté veiné ne donnerait plus passage au sang, et que, réduite d’abord en un cordon higamenteux ; elle se confondrait peu à peu avec Je tissu cellulaire ambiant, comme la veine ombilicale chez l’adulté, On conçoit aussi que l’oblitération de cette veine entraînera irés-peu d’accidens, à cause des nombreuses anastomoses qui existent au pli du coude entre lés veines céphalique, basilique , étc. Quoi qu’il en soit, Fréaudsortit de l'hôpital le dix-septieme jour apres son entrée, ayant recouvré l'usage des mouvemens du coude, qui cépendant étaient un peu génés par l’état dé flexion que le bras avait conservé durant sa mala-
die (a),
(a) Observation recueillie à la clinique de M. le professeur Du« puytrene | :
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 411 sae
Un militaire âgé de trente-trois ans , d’une constitution détériorée par des travaux trop pénibles, entra, le 15 mai. 1810 , dans un hôpital militaire anglais, pour s’y faire traiter d’une ophthalmie, On lui ouvrit la veine médiane basilique du bras droit, on lui administra plusieurs potions purgalives , et.il fut mis à la diète. En trois jours il fut convalescent, et put sortir de l’hôpital ; mais il y rentra bientôt , parce que l’ophthalmie reparut avec une nouvelle intensité ; il se plaignait aussi dé douleurs au bras droit, et dit que la plaie faite par la lancetle ne s’était point cicatrisée ; que pendant quelques jours:, elle avait été mise à nu; enfin, qu’il avait fait sur cette partie de légeres frictions. En examinant la plaie, on vit que ses bords étaient écartés et renversés ; et qu’il en sortait un peu de pus. Bientôt la douleur s’étendit au bras en suivant Je trajet de la veine. Le pouls était fréquent, La partie fut couverte d’un cataplasme ; l’on fit des fomentations sur le bras; enfin le malade fut purge. Cepen~ dant la douleur s’accrut, les veines grossirent , la rougeur et la tension augmentérent; mais la plaie ne changea point. On prescrivit le calomel à Vintérieur ; douze sang~ sues furent appliquées sur le bras ,.et lon continua Vusage des cataplasmes et des fomentations, Le lende~ main, on trouva moins de sensibilité, de tension et ‘de gonflement au membre affecté: la plaie était presque entierement fermée, Le malade eut trois selles copieuses,. et il parut mieux , quoique la fièvre n’eût pas cessé. Ori remplaça les fomentations et les cataplasies émolliens par une lotion spiritueuse, La plaie se cicatrisa entière ment; mais l’état général ne s’améliora point. La fièvre sontinua et offrit évidemment les caractères du typhus..
QIo. “MALADIES :
Tous les symplomes généraux prirent beaucoup d’inten= sité, et l’on administra sans aucun avantage les médicamens recommandés dans ces circonstances. Enfin le 6 quin, le malade mourut.
À Vouverture du cadavre, on vit que la piqûre de la veine médiane basilique était fermée, et l’on ne découvrit aucune altération produite par la lancette, La veine blessée paruttres- dilatée, plus épaisse que dans l’état naturel et adhérente au tissu cellulaire ambiant. Du pus occupait la grande veine médiane , environ à deux pouces.au- dessous. de l’origine des médianes basilique et céphalique ; on en vit autant dans tout le trajet de la veine humerale jusqu’à l’axillaire. Là, se trouvait un dé= pot irrégulier de.lymphe adhérente a la membrane interne de la veine. Avant de passer sous la clavicule, et à un pouce de distance de cet os, le vaisseau reprenait tout-à-coup son aspect naturel, et l’on: ne trouvait plus jusqu’au cœur aucune trace d’altération. Ce dernier organe était sain, à l’exception d’une petite tache circonscrite de lyniphe sur sa face antérieure, et une semblable sur la. surface opposée du péricarde, dans la cavité . duquel il, y avait un peu de liquide épanché, ainsi que dans les cavités du thorax (a).
Henri Pennak, âgé de vingt-deux ans, fut admis dans Vhopital de Guy; le 4 mars 1818, pour un ulcère à la jambe , pendant le traitement duquel il fut atteint d’une pneumonie que l’on combattit par la saignée aux deux bras. Le défaut de soin pour le bras droit occasionna une hémorrhagie trois jours apres la phlébotomie. Le ma-
(a) On wounds and ligatures of veins. Voyez Surgical Essays by Astley Cooper and B, Travers. P. 1, p. 225. London , 1818
lade se plaignit de douleur à ce membre; la plaie s’enflanma, et la veine, ainsi que le tissu cellulaire environnant , devinrent durs comme une corde. La comprese sion exercée sur le trajet de ce vaisseau déterminait une évacuation de pus par la plaie. Cependant l’inflammation était presque entièrement dissipée par Pemploi des fomentations et des cataplasmes, lorsque la phlegmasie: de la poitrme prit un nouveau développement , et se termina d’une maniere funeste cing jours apres la saignée.
L’examen anatomique des parties fit voir la petite plaie du bras gauche légèrement enflammée , et l’on décou« vrit un abcès au pli du coude du bras droit ; la plaie des tégurnens était agrandie par I’ ulcération ; mais celle de la veine paraissait fermée , et ses bords off ratent un ase pect blanchatre , comme s’il en était sorti de la lymphe. La veine, dans l'étendue d’un pouce au-dessous et de quatre pouces au-dessus de la piqûre , se trouva rem plie de coagulum dont l’extraction laissait voir la membrane interne du vaisseau enflammée, mais dans la longueur seulement de quatre ou cinq pouces.
Toute la surface de la plevre était couverte d’une couche albumineuse très-épaisse et récemment déposée. Les poumons contenaient de nombreuses vomiques ; il y avait un épanchement considérable dans les cavités de la poitrine ; le cœur et les visceres abdominaux étaient sains (a).
(a) Bens. TRAVERS , ouvrage cité.
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§ II. De [Inflammation des veines produite par leur ligature et par l’excision des varices.
Dans un memoire fort curieux ; et duquel nous avons extrait les deux dernières observations, M: B. Travers, “chirurgien de l'hôpital Saint- Thomas à Londres, nous fait connaître les dangers qui peuvent résulter de l’inflammation des veines produite par leur ligature ou par eur division dans le traitement des varices.
Nous savons pourtant, ainsi que nous le rappelle M. B. ‘Travers, qu’Hippocrate piquait les varices; qu’/Etius d’Amide, Paul d'Ægine, Avicenne et Albucasis décrivent l’opération de l’excision , et qu’elle paraît avoir été pratiquée par‘ Fallope et Marc-Auréle Severin ; que les -deux Fabrices plaçaient la partie variqueuse du vaisseau entre deux ligatures, et la vidaient par l’incision ; qu’Am~ ‘broise Paré, Dionis, Petit et autres, ouvraient les va- ‘rices pour en retirer les caillots, puis rapprochaient par ‘a compression les parois du vaisseau. Cependant il est ‘constant, d’après un grand nombre de faits , que la liga~ ture et l’excision des varices ont donné lieu à des accidens inflammatoires dont la mort n’a élé que trop souvent la” terminaison. Ç
En 1801, la ligature de la grande veine saphène fut pratiquée à ‘l'hôpital de Guy, sur une vieille femme, pour la guérison d’ulceres variqueux aux jambes. L’opération se fit un peu au-dessus et sur le côté interne du genou ; l’inflammation de la veine en fut le résultat, et plusieurs abces se formérent dans la direction du vaisseau, au-dessous de la ligature et sur le côté interne du gras de la jambe, Il y eut un trouble général des fonc-
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tions; plusieurs des abcès s’ouyrirent et s’ulcérérent, et la malade mourut d’épuisement. Dans un second cas, chez un homme, deux ligatures furent placées sur la veine, et le vaisseau fut divisé dans leur intervalle, Au bout de trois jours, le malade se plaignit de douleurs dans le trajet de la veine, depuis le liea de sa division jusqu’à l’aîne. Une tache inflammatoire se manifesta sur la jambe, s’étendit du genoa jusqu’à l'articulation da pied , et le jour suivant il y eut un gonflement considérable, La douleur au-dessus de la ligature se propageait jusque dans la cavité abdominale ; la cuisse devint gonflée et sensible au toucher; toute l'économie animale fut ébranlée par cette maladie locale ; il n’y eut point d’abcés ; mais, comme dans l’observalion précédente , le ma- lade succomba à uneinflammation étendue de la veine (a).
Un jeune homme de vingt-trois ans, d’une constitution pléthorique, était tourmenté depuis deux ou trois ans. d’ulcères douloureux à la partie interne de l’articulation du pied droit avec la jambe , qui se fermaient et se rouvraient alternativement , de manière à l'empêcher de travailler. Il eut le desir, d’après le conseil de M. Travers, de se faire-lier la veine saphene, qui était variqueuse. Une incision de trois quarts de pouce fut faite un peu au-dessus du point distendu , immédiatement sur la veine et dans la direction de son trajet, Le tissu cellulaire fut séparé avec soin, jusqu’à ce qu’on parvint à la veine, qu’on mit à nu. Une aiguille portant une double ligature fut passée sous le vaisseau , et l’on eut. soin de ne comprendre que lui dans l’anse de fil que l’on. serra.
-(a) Mémoire de M. B. Travers.
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L’on divisa ensuite la veine entre les deux ligatures, et Fon rapprocha les lèvres de la plaie par une suture et un emplatre agglutinatif, dans la vue de guérir par premiere intention. Le malade fut mis au lit, et fit usage d’embrocations froides. Le second jour, il prit une mixture aperilive. Le troisieme, la plaie fut pansée et parut parfaitement réunie, à l’exception du point d’où les ligatures sortaient. La ligature fat coupée, et l’on appliqua un nouvel emplatre agglutinatif. Ce jour-là, le malade se plaignit de douleurs dans la partie inférieure du membre , le long de la veine ; depuis la ligature in- . férieure jusqu’au pied. Suivant son expression , on aurait dit que le sang faisait dans la veine des efforts pour surmonter l’obstacle produit par la ligature. Cette sensation disparaissait entièrement en appliquant un bandage modérément serré depuis les orteils jusqu’en haut. Le cinquième jour, il parut une petite marque érythémateusé vers la plaie. Il ÿ eut un épistaxis ; et l’on jugea à propos de tirer seize onces: de sang par la saignée. Le sixième jour , il se manifesta de la douleur au côté interne du genou dans la direction de la veine: il n’y avait pourtant aucune inflammation extérieure sur ce point. Les levres de la plaie commencèrent à se désunir. Dans la soirée, le malade fut saisi d’un frisson violent , suivi de chaleur, et il eut un peu de délire. Le pouls, dur et plein , offrait cent trente pulsations. On réitera la saignée, qui produisit un soulagement momentané. La moiteur et les sueurs survinrent , et apres elles le malade gouta quelque repos ; mais biéntôt les symptômes fébriles reparurent avec la même violence ; ils augmenterent graduellement en fréquence, mais diminuérent en force , jusqu’à ce
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que la nature fut épuisée, et que la mort arrivat le vingt: deuxieme jour apres l’opération,
Pendant les quatre ou cing jours qui suivirent le frisson, la plaie fournissait du pus en abondance ; l'inflamrhation gagna graduellement la veine : elle s’était:manifestée par la douleur qu’occasionnait la pression. Cependant la plaie était, avant la mort » presqu’entièrement guérie. Les ligatures s’étaient séparées le quatrième jour. Le traitement médical fut strictement anti-phlogistique ; le malade fut saigné à diverses reprises ; et chaque fois avec un soulagement apparent. Néanmoins » deux jours avant la mort, les forces vitales étaient si affaiblies qu’on fut obligé dé recourir aux cordiaux.
~ Dans une autre observation » M. Travers fait con= naître que l’inflammation de la veine fémorale peut être
produite par la simple ligature de ce vaisseau. Jean White » âgé de vingt-huit ans , fut admis à ’hé= pital de Guy; dans le mois de novembre 1816, pour une tumeur anévrismale au jarret gauche. Pendant qu’on plaçait deux ligatures sur l’artère crurale , il survint une hémorragie par une pelle plaie de la veine fémorale. Cet écoulement de sang fut d’abord incommode; mais on l’arrêta en embrassant la veine par un ruban de fl. Au bout de dix jours, un fil se détacha pendant le pan sement; on crut qu’il provenait de la veine. Le lendemain ; une légère hémorragie se fit par la plaie. Le ma= lade se plaignit de douleurs au toucher, entre l’arcade crurale et la plaie , et dans la direction de l’artere fémorale. Du treizieme au seizieme jour, les deux ligatures se séparèrent ; la plaie fournissait un pus de bonne nature; la tumeur du jarret était moindre et plus molle ; IT. 27
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mais le malade se plaignait de céphalalgie; son pouls était plein et frequent, le ventre libre, la soif peu vive. A Vexception de quelques légers acces de fievre, tout alla bien jusqu’au vingt-cinquieme jour, ou, en pansant le malade, on vit que la plaie avait donné du sang: on evalua à douze onces environ la quantile de ce liquide qui était sortie. Le lendemain , l’hémorragie se renouvela deux fois, et un acces de fievre parut et revint pendant les jours suivans. Le pouls avait de la fréquence ; l’on remarquait un changement notable dans la physionomie. La tumeur de la partie inférieure de la cuisse et du jarret continuait à diminuer ; mais la jambe offrait un engorgement œdémateux cédant sous la pression du doigt. Le malade s’affaiblit de plus en plus, et je trente-deuxième jour apres l’opération il cessa d’exister. À l’examen du cadavre, on trouva le membre, et principalement la jambe et le pied, œdémateux, la plaie en suppuration et offrant dans son fond quelques granulations. Le bout de l’artere divisée parut sain, La veine feimorale ainsi que la crurale profonde étaient remplies par une maliere qui adhérait à leurs parois. Un chalumeau ayant élé introduit dans la partie supérieure de la veine fémorale , l’air passa, par linsufflation, jusqu’à la plaie extérieure. On fit la même expérience sur l'artère femorale ; mais elle parut n’avoir aucune communication avec la plaie externe. On ouvrit ensuite la veine : sa membrane interne fut trouvee recouverte par une fausse membrane , et ses parois, vers sa partie inférieure, adhéraient entre elles. Ce vaisseau ne contenait rien qui ressemblat à du sang; toules ses membranes étaient tres-, épaissies, et sa capacité diminuait graduellement jusqu’à
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la plaie, où il était complètement oblitéré. Il existait une ouverture aux parois de cette veine , à environ trois quarts de pouce au-dessus de la partie oblitérée, et cette ouverture communiquait avec la plaie externe. L’inflammation adhésive s’était étendue de la surface interne de la veine fémorale jusqu’à Viliaque et la bifurcation de ia veine cave. Cette dernière était aussi enflammée ; mais la phlegmasie n’avait produit ni lymphe ni pus. La surface interne de la veine iliaque offrait la même ap= parence que celle de la fémorale. L'iliaque corresrondante n’était pas affectée. Lia surface interne de l’artère était saine ; le caillot lymphatique s’étendait à une dis= tance assez considérable au-dessus de la hgature, et son bout était resserré et oblitéré. I] y avait un épanchement séreux considérable dans la poitrine; l’un des lobes du poumon gauche était recouvert d’un dépôt récent de lymphe , et la substance parenchymateuse des poumons paraissait avoir été enflammée. I] y avait aussi une lé~ gere teinte inflammatoire à la surface des intestins.
§ HE. De ?Inflammaiion des Feines à la suite des amputations.
J. Hunter a plusieurs fois reconnu par la dissection que les veines peuvent s’enflammer après l’amputation d’un membre , et c’est cette phlegmasie qu'il accuse de produire la douleur ;. le gonflement des parties et la propagation de l’inflammation dans tout le membre , et irés=loin au - dessus de la surface traumatique, La ligature des veines et des artères est regardée comme étant la cause déterminante de ces accidens dans la plupart
des cas; cependant on peut raisonnablement admettre que l’inflammation , dont le moignon est le siége, peut facilement s'étendre aux veines qui s’y rendent, et qu’elle se propage ensuite le long de ces canaux vasculaires.
M. B. Travers croit que les ligatures des veines, dans les amputations , sont nuisibles en déterminant les accidens dont nous parlons. J’ai entendu dire à M. Larrey que les inflammations qui se manifestent dans ces circonstances, el qui s'étendent parfois jusque dans les cavités du tronc, pouvaient bien être dues à la coma pression des filets nerveux du trisplanchnique qui forment, comme l’on sait, une sorte de réseau sur les ar~ teres. Cependant je tiens de M. Hamunick, chirurgien en chef du plus grand hépital de la marine en Angleterre, qu’il avait trés-fréquemment lié les veines dans les ampulations, et presque toujours impunéinent. Je puis assurer avoir trouvé des traces manifestes de phlegmasie dans les veines sur un grand nombre de sujeis morts à la suite d’amputation de la jambe ou de la cuisse, et dont j'ai disséqué avec soin le moïgnon pour étudier la cicatrisation dans les différens tissus. ;
Un jeune militaire de vingt-deux ans, d’une bonne constitution , recut à fa bataille de Laon, en 1814, une balle qui tui fit une plaie à l’avant-bras dro, et lui fractura les os pres de leur articulation avec Fhumérus, -Plusieurs hémorragies, le manque de soin, le transport du blessé d’un hôpital dans un autre, Vaffaiblirent , et influerent sur sa plaie de manière à lui faire prendre un mauvais caractère ; la diarrhée survint et produisit un épuisement auquel le malade succomba. L'examen du bras avait fait remarquer une dureté qui suivait le trajet des
veines , el la dissection des parties fit reconnaitre que la veine médiane céphalique et la radiale superficielle avaient une résistance et une épaisseur contre nature dans un pouce d’étendue. Dans cet endroit, la membrane celluleuse était épaissie et rouge. Ayant disséqué ces veines jusqu’à leur réunion à la céphalique, et celleci jusqu'à la hauteur de l’attache du deltoide, leurs parois parurent moins résistantes, et leur couleur sem bla moins foncée que dans l'état ordinaire. La cavité de ces vaisseaux , mise à nu par une incision longitudinale de leurs parois, fut trouvée remplie par un pus blanc, bien lié, épais et sans odeur. Ce liquide formait sur la membrane interne un enduit blanc-grisatre, qui s’enlevait facilement. Cette membrane était légerement rouge dans toute I’étendue où elie avait été en contact avec le pus, et particulièrement vers les valvules, qui paraissaient sensiblement épaissies. Ces altérations se terminaient en haut par des caillots, des flocons de pus, et un rétrécissement du canal plus marqué que dans le reste de la veine (a).
Jean Crute , âgé de trente ans , subit amputation de la jambe droite , au-dessus du genou, poui une maladie scrophuleuse ancienne de cette articulation. Sa sanié ge nérale n’élait pas tres-déteriorée, Pendant les deux premiers jours qui suivirent l’opération, le malade parut extraordinairement faible; il poussait de profonds sou. pirs el. parlait tres-peu, Dans la soirée du troisieme jour , on reconnut que le trouble général était plus grand que d'ordinaire apres une amputation. Pendant la nuit, il
(a) L. B. Longuer,l.c., p. 96.
eut plusieurs vomissemens bilieux et fut tres- agité. Le lendemain, le pouls fut trouvé tres - fréquent et trèesdur, on tira du bras vingt onces de sang, et l’on prescrivit quelques apérilifs. Le pouls baissa, devint mou , et le malade fut soulagé , quoique les vomissemens continuassent par intervalles. Le moignon mus à nu, on vit que les bords de la plaie étaient séparés , et il se fit un écoulement abondant de sang grumeleux et de sanie purulente. Des fomentations emollientes et un cataplasme furent appliqués sur je moignon; dans la soirée, il y eut un paroxysme ; la fievre et le délire se manifesterent. Le cinquième jour , le pouls prit encore plus de fréquence ; Jes traits de la face s’allérerent, et dans la soirée, le malade s’éleignit.
L’examen anatomique fit voir que l’artère était saine, qu’un caillot albumineux consistant obstruait le canal contracté sur lui-même, I] y avait sur la veine fémorale une ligature qui y avait été appliquée pour arréter une hémorragie provenant en apparence de cette veine. Depuis cette ligature , le long des veines fémorale, iliaque externe et cave, jusqu’à l’endroit où les rénales arrivent à cette derniere , la membrane interne était ta pissée par de larges plaques albumineuses. Il y avait aussi des traces d’une inflammation légère, s’étendant jusqu’à l'oreillette droite du cœur ; mais les caracteres de l’inflammation adhesive étaient tels que je viens de les decrire. Entre les ouvertures de la veine fémorale et de l’artére, on découvrit une petite branche naissant immédiatement au-dessus de la ligature de l'artère , etal n'y avait pas de doute que l’hémorragie ne se fat faite par ce vaisseau, : ‘
Un homme de moyen âge, d’une mauvaise constitution produite par l’intempérance, fut admis dans un hôpital pour une ulcération très-étendue de la jambe. L’amputation , comme ressource dernière , fut pratiquée au-dessus du genou, et l’on appliqua une ligature sur la veine comme sur l'artère, Le cinquième jour apres l’opération, l’amputé éprouva une fievre très-forte, qui ne fit qu’augmenter pendant les deux jours suivans. Le septième , il y eut du délire, et le malade mourut le neuvième jour. »
Les bouts de l’artère et de la veine embrassés par Ja ligature furent trouvés, lors de la dissection, dans un état de gangrene, et dans une étendue de queiques pouces au-dessus de la ligature, la veine contenait une fausse membrane mêlée à de la matière purulente.
Après avoir donné ces observations sur l'influence de la ligature des veines pour produire l’inflammation, M. B. Travers fait connaître, d’apres des expériences qui lui sont propres , le mode d’agir des ligatures appliquées sur des veines. Suivant cet auteur , une ligature ne divise pas la membrane interne d’une veine, soit chez Fhomme , soit chez les animaux. Elle alionge seulement cette membrane, et lui imprime une ligne visible de dépression , qui semble être d’abord une ligne de sépa~ ration ; et l’on dirait que la tunique externe ou cellulaire ‘est seulement divisée. En examinant la veine jugulaire d’un cheval au bout de vingt-quatre heures, de trois ou de cing jours, il n’a pu apercevoir aucune différerce dans les apparences. La veine, tant au-dessus qu’audessous , est plissée longitudinalement de chaque côté de la ligature. La portion voisine du cœur est parfaitement
ee | vide et affaissée sur elle-même ; celle qui est vaisine de l'extrémité est distendue par un long caillot de sang, generalement consistant , qui est moule sur le vaisseau, et porte l'impression de ses valvules semi-lunaires. Le caillot s'étend dans une longueur de plusieurs pouces ; il n'est pas tonjours compacte et lamelleux, ou adhérent à la membrane interne. Parfois il est peu consistant et divisé ; mais il remplit toujours le cylindre de la veine. Il n'y a ni rougeur sur la membrane interne ; encore moins ge signes d'inflammation adhésive , ou d'épaississement des membranes de la veine , ou d’agglutinahon des replis contigus: ces replis s’effacent lorsqu'on enlève la ligature ; mais la gaine cellulaire de la veine est épaissie par un depôt de lymphe dans le voisinage de la hgature, La division du vaisseau entre deux ligatures permet la retraction des bouts divisés , dans l'étendue d’un pouce, sans produire aucune différence dans l'état que je viens de décrire. Au bout de sept jours, l'épanchement de lymphe dans la gaîne cellulaire est tellement augmenté autour de la ligature, qu'il forme pour elle une sorte de canal distinct de la plaie. L'ulcération des membranes de la veine existe déjà au neuvième jour, et elle marche progressivement jusqu’à ce que la sépara= tion soit accomplie. Ce travail forme une periode de quinze à vingt-cinq jours. Chez un cheval jeune et vigoureux, la ligature ne tomba point avant le vingt-cine quième jour, Les bouts ulcérés de la veine étaient séparés dans l'espace d’un pouce, et unis à la gaîne cellulaire par un dépôt albumineux formant une couche solide et lisse. La membrane interne de Ja portion supérieure de la veine avait un bord mince; le bord inférieur était uni
et enfoncé dans la plaie. Ces deux bouts n’avaient éprouvé d’autre contraction que celle qui dépendait de l’adhérence de l'extrémité ulcérée de la gaîne. La portion de la veine voisine du cœur se trouvait vide. La portion
supérieure se trouvait remplie par un caillot lamelleux, épais , adhérent d’une manière intime à la membrane interne, qui paraissait décolorée. En séparant avec pré~ caution le feuillet qui tapisse l’intérieur de la veine, on ne put découvrir aucun épaississement des membranes de ce vaisseau , ni aucune apparence d’inflammation dans son canal. Rien de semblable n’existait dans la portion inférieure.
L'effet d’une ligature sur une artère est aujourd’hui si bien connu qu’il serait parfaitement inutile de s’y arréter ou d’en parler de nouveau, s’il ne fallait pas montrer ici en quoi il diffère de l’état précédent.
La membrane interne d’une artère est divisée par une ligature ronde ; le resserrement du canal dans le lieu de la ligature est rendu permanent par un dépôt de lymphe entre les membranes du vaisseau. Cette sécrétion se porte en quelques heures de la fissure produite par la ligature jusqu’au point opposé, et finit par amener une union solide entre les parois du vaisseau. £a ligature, qui se sépare au bout de dix, quinze ou vingt jours, laisse les bouts contractés à une petite distance l’un de l’autre et adhérens à la gaine, en représentant une sorte de cône ; le tube est completement fermé à chaque bout par un caillot de lymphe qui en-bouche complètement l’orifice , et un caillot de sang se trouve ordinairement dans Vintérieur du vaisseau, L’épaississement de la gaîne par un dépôt adhérent à l'extérieur , et l’épaississement des meiIne
branes des deux bouts du vaisseau, sont les seuls points de ressemblance entre les veines et les artères embrassées par des ligatures. La compression, qui n’est qu’une ligature plus large , ne produirait aucune différence dans ses résultats si on l’appliquait à une veine. Exercee sur une artere, il est bien connu qu’elle agit comme une ligature , mais avec plus de lenteur.
Ces expériences furent faites sur la veine jugulaire du cheval. Les veines du corps que l’on ouvre dans la saignée sont trop petites pour montrer d’une manière aussi eatisfaisante le mécanisme de la guérison. M. Travers dit en avoir examiné plusieurs apres la mort, et à des époques plus ou moins éloignées. Il a trouvé, dans les plaies récemment faites, un petit caillot et plus ou moins d’ecchymose dans le tissu cellulaire. La plaie présente une figure ovalaire, et lorsqu’elle est nouvelle, Je renversement de ses bords est manifeste. La cicatrice conserve cette forme, quoiqu’à un moindre degré; elle est plus transparente que le reste du cylindre, et peut facilement s’apercevoir , même lorsqu'elle est ancienne, en regardant la veine à la lumiere. M. B. Travers dit n’avoir jamais observé que la: membrane de la cicatrice format une poche ainsi qu’on la décrit pour les veines du cheval. Il n’y a aucune adhérence extraordinaire du tissu cellulaire et de la veine , et par conséquent il n’existe point de connexion plus étroite entre les cicatrices des tégumens et de la veine que par-tout ailleurs.
D'après tout ce que nous venons de voir, il paraît, suivant M. Travers, que Ja membrane interne d’une veine , au lieu d’être aussi fortement disposée à ’inflammation adhésive que le prétend’ Bichat, est au contraire,
en la comparant avec celle d’une artère , tres-peu sus-
ceplible d’une telle inflammation. En outre, le mode de guérison et de division par l’ulcération semble avoir leu sans aucun signe de l’action inflammatoire sur la membrane interne. | Les artères sont promptement et fortement disposées a l’adhérence, et les hémorragies qui suivent la ligature après un certain laps de temps dépendent, soit d’un etat morbide de l’artère, lequel empêche son inflammation et la sécrétion de la lymphe , soit de ia destruction, -par f’ulcération ou la suppuration , d’une adhérence qui s'était établie, C’est par la dernière de ces causes que l’hémorragie est produite au bout de trente à quarante jours; car s’il n’y avait pas d’adhérence, elle surviendrait plus promptement. La contractilité de tissu serait d'un bien faible secours, en supposant même qu’elle s’exerçät au degré que l’on suppose. | Les parois des veines n’adhérent que difficilement entre elles apres que ces vaisseaux ont été liés. Leurs plaies, dans les circonstances ordinaires, ne se cicatri« sent pas immédiatement , et leurs bouts divisés ne se contractent ni ne s’enflamment. En outre ; les hémorragies des ‘veines se reproduisent’ tres - facilement quand de gros vaisseaux ont été blessés, et ces accidens peuvent se manifester plusieurs jours après la blessure. Le peu de disposition de la membrane des veines à s’enflammer n’est pas incompatible avec sa susceptibilité, après une excilalion extraordinaire, à éprouver une phlegmasie des plus intenses, H n’est pas rare de trouver les actions morbides des parlies très-difficiles à calmer et
> ste A LA 2 ¢ © ’ eee a arreler, quoique parfois il ait fallu les causes les plus
L98 MALADIES a A a a TE ORBLE OO oc Pare ah
énergiques pour leur donner la premiere impulsion. Les diverses terminaisons de l’inflammation des membranes des veines, lenrs divers états d’adherence, de suppuration , d’ulcération , et la disposition que la phlegmasie paraît avoir à s’étendre par continuité, sont des signes caractéristiques de l’inflammation du tissu cellulaire, ainsi qu’on le voit dars l’érysipele et quelques autres affections, et doivent être en conséquence rapportés à la prédominance de ce tissu dans la composition de ces vaisseaux. Il parait difficile d’assigner la nature de la cause immediate de cetie inflammation : si nous la rapportons à l'opération de Ja phlébotomie ou à toute autre cause analogue et purement locale, comment expliquer sa rareié apres une opération aussi commune et aussi répandue que la saignéc : encore ne parlons-nous point des autres opérations chirurgicales et des accidens où les veines sont blessées, lacérées, contuses, comprimées, ulcérées, etc. En outre, nous verrons, dans l’histoire générale de cette maladie , qu’elle vient à la suite de modes opposes et divers d’irrilation locale. L’insuffisance appa~ rente de l’injure locale comme cause, la rapidité et la violence de l’inflammation, et les symptômes sympaihiques ou généraux irès-intenses qui se manifestent , doivent d’autre part engager à regarder cette phlegmasie comme dépendant d’un élat particulier de la constitution, et l’on ne peut admettre comme objections que des saignées subséquentes faites à ces malades n’ont pas été suivies d’effets locaux semblables. Cependant, si lon cherche les rapports de la rareié des cas d’inflammation avec la fréquence de opération , on trouvera , neuf fois sur dix, que cette inflammation dépend d’une lésion lo=
cale, quoique simple. L’exposition à l’air de la cavité de la veine est une circonstance qui souvent n’accompagne point les lésions par lesquelles l’inflammation est produite , et la veine peut être mise à nu et sa cavité à découvert sans qu’il en résulte rien de fâchenx. La non adhérence et l’ulcération de la plaie des tégnmens est un effet de la suppuration établie au-dessous. L’abcès souscutané, comme l’a observé J. Hunter, n’est rien si la veine et les parlies soujacentes sont réunies. Chez Vhomme, un abcès sous la plaie et une inflammation diffuse dans le tissu cellulaire sous-cutané, les vaisseaux lymphatiques , leurs ganglions , et même dans l’aponévrose, entraînant un gonflement oedémateux et une tension du membre entier, sont certainement des suites plus fréquentes de la saignée que l’inflammation de la veine, surtout quand la plaie a été négligée on mal traitée , ou quand on a laissé le malade se servir inconsidérément de son bras.
I] paraît que la plaie d’une veine après la saignée ne se réunit pas directement, mais que le sang épauché en dernier forme un coagulum sur la plaie, que Vagelutination est complete entre ce caillot et les bords de l’orifice qu’il occupe , et que ce caillot sert pour la production de la nouvelle membrane. Si, par une cause quelconque, la suppuration survient, le caillot est déplacé, et l’ulcération s’empare alors des bords de la plaie, en augmente l’etendue , lui donne une forme circulaire , et finit par détruire toute la circonférence du tube vasculaire,
J. Hunter, dont la perspicacité ne laissait rien échapper, avait vu que l’inflammation se développait entre la partie
liée ou blessée et le cœur. L’inflammation ulcérative sur les bords de la plaie détruit le travail par lequel la réparation doit s’effectuer , et qui, par le renversement de ses bords et la présence du caillot , est rendu en quelque sorte étranger au canal. Voila donc une cause d’irrita= tion bien suflisante pour produire l’infflammation à laquelle cette membrane est si. éminemment disposée. Ainsi l’imperfection de la réunion étend son influence sur la cavité de la veine ; et si la présence d’un thrombus, la destruction de l’agglutination , le déplacement du cails lot par des hemorragies secondaires , l’exercice immédiat et inconsidéré du membre, des frictions faites sur la plaie ou l’application d’emplaires agglutinatifs , qui souvent l’enflamment, sont tous ensemble, ou quelques-uns d’entre eux seulement , des causes suffisantes de l’iriflammation suppurative dans le yoisinage de la plaie, ces méines causes prédisposent aussi à l'accident grave qui nous occupe , quoiqu’on puisse souvent empêcher Vins flammation de s’étendre dans l’intérieur de la veine. Si la plaie des veines se guérissait comme celle d’une artère, elles ne seraient pas exposées, apres la saignée, à l’inflammation secondaire.
. Quoique M. Travers regarde comme hors de doute l'existence de l’oblitération des veines, cependant il ne pense pas que l’union des parois de ce vaisseau se fasse comme le disent Hunter et M. Hodgson, ou comme on Fobserve dans les artères à la suite d’une inflammation très-intense. Le canal du vaisseau diminue lorsque l’obstruction est arrivée simplement, et il est alors rempli par des couches de coagulum ; mais il n’y a ni tendance à la contraction de ce canal , ni aucune Gisposition à l’adhé-
DES ARTERES ET DES VEINES. 451 é i
sion des parois du vaisseau , et la sécrétion excessive dans l’un , et le coagulum énorme dans l’autre, sont des barrières égales à cette union. La disposition de la membrane des veines à l’inflammation suppurative, ou au moins à l’inflammation mixte, est une circonstance defavorable à l’adhésion primitive. Les parois d’une veine ne s’unissent pas non plus I’ une à l’autre lorsqu’une suppuration abondante se fait sur la membrane interne. J. Hunter a probablement voulu désigner les veines lorsqu'il a dit que quelques surfaces ne présentent pas une aussi grande aptitude que d’autres à Punion primitive ou inflammation adhésive , lorsqu'une grande quantité de liqueur albumineuse concrescible (coagulating lymph ) est sécrétée par ces surfaces (a). Si l'inflammation est moins intense , si la veine reprend 4-peu-pres son apparence ordinaire , son canal alors se contracte graduellement jusqu’à Poblitération , et il se fait entre les membranes du vaisseau un dépôt d’une matière qui augmente leur densité et leur épaisseur, et qui le change en un cordon cylindrique et solide, d’une dureté cartilagineuse , et dont la coupe transversale laisse voir le canal plus étroit que dans l’état sain.
M. Simpson de Saint-André , dans une operation pour extirper une tumeur du cou profondément située, fit la ligature de la veine jugulaire ; qui était comprise dans une partie de Ja tumeur. Au bout de huit jours, il coupa la veine immédiatement au-dessous de la ligature ; il la trouva solide et presque cartilagineuse. M. ‘Travers croit que cet état de la veine était l’effet de l’épaississement in-
(a) Hunter, On the blood and inflammation , p. 319%
terstitiel des parois de ce vaisseau , qui finit par amener son obliteration , car la situation des parties ne permettait pas d’admettre ici la présence d’un caillot sanguin. Il n’ose décider si, dans une veine variqueuse qui se consolide, c’est par l’épaississement inéerstitiel ou par un caillot étendu et compacte que se fait l’oblitération ; cependant 1l paraît pencher pour le dernier pro= cédé. Dans l’un et l’autre cas, il croit que la veine est définitivement réduite, par l'absorption interstitielle, à cet état ligamenteux dans lequel se trouvent si souvent les vaisseaux oblitérés. Quoi qu’il en soit , il en conclut que dans la cure d’une varice, soit par la ligature, soit par la division de la veine, la guérison n’est jamais effectuée par l’inflammation de la membrane interne (a).
§ IV. Inflammation des Veines à la suite de la ligature du cordon ombilical.
Méckel a vu survenir chez un enfant, peu apres la naissance , des vomissemens, des coliques , la diarrhée, l'ictere, de la fievre , et des phénomenes nerveux variés. La mort eut lieu au dixième jour de la naissance. A l'ouverture du cadavre, on trouva le péritoine en-
flammé , recouvert d’une fausse membrane, et un épanchement puriforme dans la cavité abdominale. Les branches de la veine porte , et surtout celles de la veine ombilicale , étaient tres-tuméfiées , leurs parois tres-épaisses ;
célles de la veine ombilicale et ses premieres branches
(1) B. Trayers. On wounds and ligatures of veins , p. 282:
dans le foie, avaient l'épaisseur d’une ligne ou deux, et etaient recouvertes d’une fausse membrane tres-adherenie. »
Osiander a fait connaître un fait analogue: « Un enfant fut attaqué d’un érysipele qui s’étendit bientôt sur tout le corps; i! mourut le troisième jour de sa naissance. Les intestins et le foie étaient enflammés a leur extérieur , recouverts de fausses membranes, et enduits de matière purulente. La veine ombilicale était, depuis le nombril jusqu’au foie, remplie d’un pus jaune. Enfin Meckel nous a transmis l’histoire d’un enfant qui vint au monde avec une hernie inguinale etrauglee, suite de la compression de l'abdomen durant l’accouchement. La hernie ne put êlre réduite que lé troisième jour apres la naissance ; mais il resta des coliques tres-vives, et du météorisme auquel vinrent se joindre l’ictère et des vomissemens. La mort arriva le septième jour. A l’ouverture du corps , on découvrit toutes les lésions propres à la péritonite; la veine ombilicale était tres-enflammee, ses parois se trouvaient tapissées de pus, et sa surface interne offrait dés ulcerations (a). »
§ V inflammation des veines crurales à la suite des
couches.
Meckel a’publié, dans la Dissertation de Sasse , plu- sieurs faits d’inflammation des veines crurales à la suite des couches. Schwilgué lui a emprunté l’histoire de la maladie d’une femme qui mourut plusieurs semaines
(a) Scuwircué. Faits pour servir à l’histoire des inflammations veineuses et artérielles ; Biblioth. médic. , tome xvi, p. 114.
XL e 2 8
45% MALADIES EEE ntm À après l’accouchement. Pev-de temps s’était écoulé depuis sa délivrance , qu’elle éprouva de la fievre, des tiraillemens douloureux dans l’abdomen et dans le bassin , qui disparurent ; mais au bout d’environ trois semaines, 1l survint une fièvre erratique, de l’expectoration , une douleur dans la région du foie ainsi que dans la hanche gauche, et une douleur intolérable dans la cuisse du même côté. A l’examen du cadavre, on trouva la cavité abdominale remplie d’une matiere purulente, le foie tres-volumineux, et les poumons sains. Les vaisseaux cruraux étaient, ainsi que les nerfs du même nom, entourés d’une matiere puriforme. La veine crurale , examinée depuis son origine jusqu’au genou, avait l’épaisseur et la consistance de l’artere ; elle était remplie de pus et de sang, tandis que l’artere ne contenait que de ce dernier. Les parois de la veine criaient sous les ciseaux ; sa membrane interne, bien lavée, était plus spongieuse que dans l’état ordinaire , et recouverte d’une fausse membrane tres-distincte, qui s’en laissait détacher par lambeaux. Ses valvules étaient en partie corrodées, déchirées, et en partie épaissies , tuméfiées, et de couleur foncée (a). »
M. Travers cite, d’apres M. Wilson (5), une + | servalion d’une inflammation de la matrice, provenant en apparence des veines utérines, après un accouchement récent , et il dit que dans d’autres circonstances la phleg wane peut passer des parties enflammees jusqu’à ces vaisseaux. Il a vu l’inflammation s’étendre aux
veines iliaques, à la veine cave inférieure, jusqu’à Ja
(a) Scuwircué , Mémoire cité, p..194.
(6) Medic. and Chirurg. Transact. , vol. 111 , p.65.
naissance de la veine cave hépatique. Les membranes de ces vaisseaux étaient très-épaissies , et leurs cavités pleis nes de caillots. Depuis les veines rénales inférieurement , la veine cave était remplie par une fausse ee adhérente à ses parois. Ï découvrit un abcès contenant quatre onces d’un pus bien formé, entre les veines ré nales et hépatiques. Immédiatement au-dessous de la naissance de ces dernières , la cavité de la veine cave était resserrée et oblitérée par un dépôt de matière alba mineuse. M. Wilson a observé des altérations semblables dans les veines de l’utérus, et s’étendant à la veine cave ; dans le corps de deux femmes mortes peu de jours aprés Venfantement; et le docteur Clarke (a) assure qu’il a trouvé du pus dans les veines utérines dans des cas dé périlonite puerpérale (b).
Cette observation a été faite depuis très-long -temps par un médecin français des plus respectables et des plus savans. M. le professeur Chaussier a fréquemment trouvé dans les ouvertures qu’il a pratiquées de femmes mortes à la suite des couches, avec péritonite, à l’hospice dé la Maternité, que les veines des viscères abdominaux étaient remplies d’une suppuration sanieuse ; et M. Ribes a rencontré sur une femme morte d’une inflammation du bas-ventre, quelques jours après sa couche, toutes les veines de l’abdomen gorgées de sanie purulente.
a: Practical Essays on the management of pregnancy , pag.
& B Dravens ; Mémoire cité, ps 251.
2 NS OR LSE I à . ee
§ VI. Inflammation des veines de l'utérus et des ovaires à la suite de l'avortement.
« Une femme fit une fausse couche ‘au septieme mois de gestation, et le placenta n’ayant pu être extrait que par Jes moyens de l’art, à cause d’une hémorragie tres-abondante, il survint de la fièvre , une éruption miliaire , une douleur dans les lombes et dans le bassin. Une matiere purulente s’écoula des organes génitaux et du rectum. Apres la mort, on trouva, entre la paroi postérieure de l'utérus et le vagin, un abcès qui s’ouyrait dans le rectum. Les veines de l’utérus et des ovaires étaient enflammées, leurs parois épaissies, leur cavité ulcérée et remplie de pus. Toute la veine rénale droite et la portion de la veine cave qui reçoit cette dernière , étaient enflammées, rouges, tuméfiées, et pleines d’un caillot de sang qui, dans son milieu, contenait une matière blanche , épaisse et puriforme (a). »
§ VII. Inflammation des veines par leur communication directe ou leur contact avec d’auires tissus
malades.
M. le docteur Fizeau a publié une observation sur une suppuration dans les veines hépatiques avec affection or— ganique des canaux biliaires. Nous croyons devoir rapporter la phlegmasie des veines dans cette circonstance à Pinfluence de la proximité ou du contact de ces vaisseaux avec une dégénérescence d’une partie des voies biliaires. Le sujet de cette observation était un jeune homme de vingt ans, tres-studieux, d’un caractère doux, d’une consti-
(a) ScHwWILGUÉ , loc. cit, , pe 196.
LA
tution délicate. Quoique né de parens sains, il ‘avait presque toujours été malingre dans son enfance. La maladie qui le conduisit au tombeau commença et marcha comme une fievre bilieuse tres-intense ; elle céda, à la fin du premier septénaire, aux moyens qu’on a coutume d’employer contre ce genre de fievres. Elle revint avec le type intermittent, mais du reste avec les mêmes symptômes bilieux, et céda aux mêmes remèdes, les évacuans et les amers. Une seconde rechute fut combattue par: les mêmes moyens ; mais la jaunisse, qui ne se dissipa point, et l’enflure qui commença, annoncerent que le principe du mal n’était pas détruit. Une troisième rechute eut lieu au bout de quelques jours ; la fièvre fut beaucoup plus violente ; les accès ou plutôt les redoublemens, au nombre de trois ou quatre par jour, ne laissèrent aucun intervalle d’apyrexie. L’enflure fit des progrès, le ventre se gonfla, les hémorragies symptomatiques se manifestérent, l’oppression devint extrême. On donna les apozemes purgatifs, fébrifuges, et les apéritifs, Les vésicatoires furent mis aux jarabes : les acces dimi- -nuerent , s’éloignerent ; la fièvre redevint encore intermittente. Enfin , au bout de quelques jours, elle reprit le type rémittent , avec des redoublemens irréguliers, et continua ainsi pendant les quinze derniers jours de la vie. La nature de la maladie ne fut connue que dans les deux derniers septénaires. La continuite de la fièvre avec des redoublemens, comme dans la fièvre hectique de certaines phthisies aiguës , l’absence des symptômes bie lieux , l'appétit, qui se conserva jusqu’au dernier moment, la sécheresse , la couleur terne de la peau, etc. , tout indiquait assez manifestement une suppuration in-
438 MALADIES ne RE RR A RA NR RE terne; mais il n’était guere possible d’en assigner le siege. La présence de l’ictere, au commencement de la maladie, portait à croire que .le mal existait dans le foie; mais sa disparition lorsque la maladie s’est aggravee et mieux caractérisée , l’absence totale de la douleur et même du plus léger embarras dans Ja région du foie, l’intermittence de la fievre pendant long-temps , semblaient éloigner l’idée d’une phlegmasie aigué. Ouverture du cadavre. Les cuisses et les jambes étaient infiltrées; abdomen contenait beaucoup de sérosite jau= natre. Nulle trace d’inflammation n’existait dans le péritoine ni dans le canal alimentaire. L’estomac, les intestins, pales à l’intérieur et à l’extérieur , paraissaient dans l’état naturel. Ils contenaient un peu de mucosité blanchâtre, qui, vers le duodénum, semblait être du pus ; point de matieres fécales moulées ni colorées : cependant les selles avaient toujours été colorées. Le foie avait son volume naturel; pâle à l’extérieur , son tissu était parfaitement sain; mais en l’incisant, on voyait sortir une grande quantilé de pus des canaux que l’on prit d’abord pour les conduits biliaires. En examinant leur volume et leur position, on reconnut que c’étaient les veines hépatiques ; plusieurs avaient en effet le diametre d’un gros tuyau de plume; de plus, ils étaient tous isolés. Leurs parois , adhérentes à leur enveloppe celluleuse, ne s'affaissaient point quand on les coupait transversalement, ainsi que le font celles de la veine porte. Enfin, ils n’étaient pas accompagnés des artères hépatiques et des conduits biliaires. Les gros troncs de ces canaux étaient pleins de pus, comme les: plus pelits rameaux, tant qu’on pouvait les suivre; leurs
DES ARTERES ET DES VEINES. 439 te ARE CAS eg parois étaient saines, ainsi que la membrane propre du foie. I] n’y avait pas de foyer de pus dans la substance de ce viscère, et malgré les recherches les plus exactes, il fut impossible de trouver l’origine de ce liquide : on remarquait seulement qu’il n’avait pas la même couleur par-tout. En général , il était tres-fétide ; mais dans des endroits, il avait une couleur lie de vin, quoique le tissu du foie fût très-sain ; dans d’autres, il était blanc et semblable au pus d’un phlegmon. Du reste, il paraissait accumulé en tres-grande quantité , au point de distendre les canaux qui le contenaient ; car, lorsqu’on les ouvrait, il sortait rapidement et à flots, comme d’un abcès volumineux. L’artère hépatique et la veine porte, avec leurs divisions, en un mot, les vaisseaux entourés de la capsule de Glisson , étaient dans l’état naturel, La vésicule biliaire était très-petite, vide; ses parois avaient une grande épaisseur, elles paraissaient presque aussi dures qu’un cartilage; mais la membrane interne était saine cti enduite d’une très- petite quantité de liquide visqueux et jaune : le péritoine ne semblait pas non plus altéré. Les conduits cystique, hépatique et cholédoque étaient compris dans une masse de substance blanche, presqu’aussi dure qu’un cartilage, qui les entourait en entier, de même que les gros vaisseaux de la scissure transverse. On voyait de plus une tumeur grosse comme un petit œuf de poule , d’un tissu blanc, homogène, ressemblant aux tubercules non suppurés, et moins dur que le reste de la masse (a).
Dans les affections cancéreuses et carcinomateuses d’une certaine étendue , dans les érysipèles phlegmoneux , j’ai
(a) Biblicthèque médicale, tome xxxvin, p. 209.
44o MALADIES
assez fréquemment rencontré, après la mort des sujets, du pus dans les veines et une rougeur très-remarquable dans les arières , non-seulement dans le voisinage des parties affectées, mais encore dans des régions tres-éloignées , et surtout dans les principaux troncs vasculaires. Quelques personnes paraissent avoir fait de pareilles obseryations, M: Langstaff a trouvé les veines des parties avoisinant celles qui étaient le siége d’un fongus malin remplies par une substance molle et pulpeuse, semblable pour sa texture à celle de la tumeur elle-même; et M. Travers a vu la veine jugulaire interne malade et enflammée dans le corps d’un homme qui avait succombé aux désordres produits par un carcinome de l'estomac et du foie.
M. Patissier a observé, sur un sujet mort di tétanos, la membrane interne des oreillettes et des ventricules du cœur, surtout du côté droit, d’un rouge tres-intense, principalement à la base des valvules mitrales et tricuspiges ; la membrane interne de l’aorte , des -carotides primitives , des sous-clavieres, de la veine caveinférieure, des veines jugulaires et de lartère pulmonaire, présentaient une rougeur qui diminuait à mesure qu’on s’éloi- . gnait du cœur. Cetie rougeur ne disparaissait point par des lotions répétées, ni méme en raclant la membrane avec un scalpel. |
Mon ami le docteur Raikem m’a envoye de Volterra, où il exerce la médecine avec distinclion., des observations et des notes précieuses dont je me suis servi pour la redaction de cet article. Je citerai le fait suivant, qui démontre que linflammation des veines coincide quel-
quefois avec des lésions organiques des poumons.
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 44r
Un homme âgé de cinquante ans, d’une stature élevée, dévoré par une phthisie pulmonaire, était réduit au dernier état de consomption. I] se plaignait d’une douleur dans la région lombaire, et avait les membres infé-. rieurs infiltrés , lorsqu'il fut enlevé: par une mort subite le 10 mai 1809. atts
A l’ouverture du cadavre, on vit que les poumons étaient remplis, de tubercules dont plusieurs étaient en suppuration. Une partie de ces visceres se trouvait dans cet état d’induration rouge qu’on nomme communément hépatisation.
Les cavités du cœur ne contenaient ae quelques gouttes de sang liquide.
La veine cave inférieure, immédiatement au-dessous de l’origine des veines émulgentes , renfermait une maüere concrete , molle, blanchaire , fibrineuse , tellement adhérente à sa partie postérieure , qu’on né pouvait l’en détacher sans emporter des portions de la membrane interne. Celte substance solide s’étendait jusque dans les veines iliaques , crurales , et dans les principales divisions de ces dernieres, acquérant une couleur rouge de plus en, plus foncée, diminuant par degrés de consistance , mais remplissant toujours le calibre de ces vaisseaux. La veine crurale, examinée attentivement, presenta dans sa cavité une matiere concrete, rouge, noirâtre, molle et adhérente à la membrane interne. ©
Cette membrane , considérée à la parlie inférieure de la veine cave , était rouge , épaissie , et se séparait tres< facilement de la membrane:;proyiré. Dans les branches fournies par l’extrémité de cé tronc, on ne distinguait aucune trace, d'une semblable lésion : toutefois, en plu-
sieurs points de l’étendue des veines crurales, l’on découvrit que la membrane interne était déchirée et soulevée par du sang coagulé , extravasé entre elle et la membrane celluleuse,
Les arteres iliaques et fémorales contenaient un peu de sang liquide
Le péritoine renfermait quelques onces de sérosite. Les membres inférieurs étaient tres-infiltrés (a).
M. Ribes a souvent rencontré l’inflammation des veines dans les parties affectées d’érysipele. Il dit que si cette maladie: se termine par suppuration , ce qui est trés-rare , les paroïs des veines sont rouges, surtout la membrane interne, dont l’épaisseur.est augmentée, et leur cavité est remplie par du pus. Dans le cas de gangrene, elles sont noires, se déchirent facilement, et contiennent de la sanie.
« Si l’on examine les vaisseaux sur le cadavre d’une personne morte ayant un érysipèle qui se soit terminé par suppuration gangreneuse , l’on observe, à moins que la gangrene ne soit portée à un tres-haut degré , que les parois des veines sont un peu dilatées, qu’elles ont acquis une assez grande épaisseur, que leur membrane interne, à la circonférence et au voisinage du foyer, est rouge. et visiblement enflammée : elles contiennent du pus ou une véritable sanie. M. Ribes a rencontré quelquefois cette sanie jusqu’à plusieurs pouces au-delà du
foyer du mal (b).
(a) Observations sur l’oblitération et l’inflammation des veines. ( Mémoire manuscrit , par M. Raikem. )
(b) Exposé sommaire de quelques recherches anatom.- physiol, et
§ IX. De l'Inflammation des veines produite par une meétastase.
Quoique la théorie des métastases ne soit point encore parvenue au degré de perfection que tout esprit exact et sévère doit desirer , il n’en reste pas moins démontré, même pour les plus sceptiques, qu’il est dans les maladies certains principes qui peuvent se déplacer, ou que, pour parier une langue plus nouvelle, l’irritation fixée d’abord sur un point peut se porier sur un autre, et y occasionner des désordres qui se manifestent à nos sens par des signes le plus souvent équivoques , et qui de-, mandent parfois une grande sagacité pour être saisis et appréciés.
Un jeune garçon de quatorze à quinze ans, d’un teint pâle, d’une constitution faible, fut affecté d’une - éruption cutanée que l’on prit pour la gale, et qui disparut bientôt par quelques frictions pratiquées avec un ônguent. Il ne tarda guere à se déclarer des douleurs vives et continues dans toute l’étendue du membre abdominal droit, qui devint le siége d’une infiltration séreuse, et la fièvre se joignit à tous ces accidens,
Vers le milieu du mois de mars 1809, le malade entra à l’hôpital ; il présentait alors tous les symptômes généraux de la maladie que M. le professeur Pinel appelle fièvre adynamique continue ; la maigreur était considérable ; la cuisse et la région inguinale du côté droit offraient un gonflement œdémateux excessivement doulou-
pathologiques , par F. Ribes, t. viir, p. 624 des Mémoires de la Société médicale d’émulation de Paris.
Ahh MALADIES
reux, quoique la surface de ces parties n’offrit aucune différence de couleur et de température avec l’état naturel. La jambe gauche était un peu infiltrée.
Tous les moyens de la thérapeutique mis en œuvre ne purent calmer les souffrances intolérables du jeune malade , auquel jl était survenu un dépôt purulent et circonscrit dans le tissu cellulaire sous-cutané de la partie antérieure et supérieure de la poitrine, lorsqu'il expira Je 4 avril de la même année.
Ouveriure du cadavre, Habitude du corps décolorée et blafarde ; face ressemblant à celle des phthisiques; poumons mous, gorgés de sérosité, peu crépitans, d’une pesanteur spécifique inférieure à celle de l’eau commune.
Cœur flasque , pâle, contenant une assez grande quan tite de sang fluide et séreux. La veine cave, à deux pouces au-dessous du diaphragme , présentait les traces d’une lésion qui s’étendait jusqu’à sa partie inférieure. La membrane interne de cette veine était devenue opaque et épaisse d’une demi-ligne , noirâtre en plusieurs endroits, blanchatre en quelques autres ; elle n’avait que. tres-peu de résistance et se séparait facilement de la tunique celluleuse correspondante; enfin la même membrane adheérait à une matiere blanche, sans cohésion, comme médullaire, qui, en rapport avec la face libre de la mieæbrane interne du vaisseau , augmentait de plus en plus de masse à mesure qu’on s’approchait davantage de la naissance des veines iliaques primitives.
Avant de se bifurquer, ce gros tronc veineux était dilaté et complètement obstrué par la substance concrete dont il vient d’être parlé, et qui ressemblait à de la fibrine altérée, d’une teinte rougeâlre , et contenant
om A |
dans ses interstices un peu de liquide sanguimolent,
La veine iliaque primitive gauche était obstruée par une pareille concrétion blanchätre, et les branches qui en partent, quoique fort dilatées , se trouvaient entièrement vides, —
La veine iliaque primitive du côté droit était remplacée par une sorte de canal ligamernteux , à parois
épaisses , d’un calibre extrêmement étroit, et qui allait se perdre et disparaître dans un vaste foyer purulent formé dans le tissu cellulaire qui environne les vaisseaux hypogastriques et iliaques , ainsi que la face externe et droite de la vessie. Malgré les recherches les plus minutieuses, on ne put découvrir le moindre vestige de la veine crurale,; son trajet était occupé par une traînée de pus circonscrit dans la route de ce vaisseau sangüin. Cette suppuration s’étendait jusqu’au jarret.
Les veines de la jambe droite étaient rétrécies et remplies de fibrine solidifiée, et il n’existait aucune lésion apparente dans le reste du système veineux.
Les artères étaient vides et saines. quant à leur tissu et à leur calibre. |
Le foie présentait une couleur rouge foncée, et un volume supérieur à celui qui convenait à l’âge et au développement du sujet. La rate avait aussi un volume Fe considérable , et les ganglions lymphatiques du mésenière étaient tuméfés. Le tissu cellulaire sous-cutane des membres abdominaux contenait de la sérosité (a).
Il est impossible de ne pas reconnaître ici une inflammation de la membrane interne des veines ; annoncée
(a) M. Raixem, Mémoire cité,
Ne
chez ce sujet par des douleurs atroces dans les parties qui correspondent aux veines les plus vivement enflammées , par une tumeétaction œdémateuse des parties voisines, par une fièvre continue ; et constatée après la mort par l’épaississement , l’opacité, la couleur noiratre ou blanchâtre de la membrane interne de la portion inférieure de la veine cave abdominale ; par les adhérences qu'avait’ contractées cette membrane avec la substance molle, blanche et friable qui remplissait sa cavité; par la transformation de la veine iliaque, du côté droit en un canal ligamenteux, à parois épaisses, d’un calibre fort étroit ; enfin, par la destruction d’une grande portion de cette dernière veine et de la crurale, qui était remplacée par une collection de pus.
Cette observation démontre que les tissus veineux peu-\ vent s’enflammer par une cause interne , car c’est à la suite d’une métastase que la maladie se déclara, et quoique l’inflammation fut bornée à la veine cave abdominale et aux troncs iliaque et crural, elle fut méconnue pendant la vie, et devint néanmoins funeste, à cause 1° de son intensité, 2° de sa terminaison par suppura~ tion, 30 et peut-être aussi par l’oblitération de la partie inférieure de la veine cave et de ses principales divisions.
Il arrive rarement qu’une cause interne suffise pour produire l’inilammation des veines; cependant il est reconnu, d'après plusieurs faits recueillis et publiés par J. P. Frank (a), et par son fils Joseph Frank , que la membrane
(a) Ac frequens venarum inflammatio , tum spontanea, tum
maxime per externas læsiones inducta , de proprio his vasis sensu
interne du système artériel , ainsi que celle des gros troncs veineux , peuvent s’enflammer par une cause interne.
Les lésions que l’on observe à l’ouverture du corps des personnes qui sont mortes du typhus sont extrémement variées ; mais j'ai le plus souvent trouvé des traces d’inflammation sur les méninges, et surtout dans les veines de ces parties, ainsi que dans les sinus cérébraux, Le typhus ne serait-il, dans quelques cas, qu’une phlegmasie des veines encéphaliques? On a pu voir dans les faits que nous avons rapportés que plusieurs médecins avaient reconnu, dans l’inflammation des tissus veineux, les symptômes qui caractérisent le typhus. —
§ X. Inflammation des veines par des causes méca= niques ou chimiques, la presence des vers, etc.
Quoiqu’on ne puisse pas nier dans certains cas l’existence d’une cause interne dont on ignore la nature, il faut reconnaître cependant que l’inflammation des veines dépend bien plus souvent encore d’une irritation mécanique ou chimique, permanente ou temporaire, exercée sur la membrane interne de ces vaisseaux, | Quelques faits particuliers portent à croire que des vers peuvent se développer dans la caviié des veines ,
sat apertè testantur. Hinc similes in venis, a phlogosi per internam superficie diffusa , effectus, pruritum, ardorem, dolores , tumores oblongos , funisque tensi, aut variis nodis inter- Secti, figuram assumentes , abscessus , concretiones , durities tunicarum admitti oportet : que singula, recentiorum observata , et sectio pathologica confirmant. ( De Curand. homin. Morbis ,
Epitome , auct. J. P. Frank; lib. v ,p. xx 2p 66. aber, 1807. )
irriter leurs parois, et produire l’inflammation. Treuiler (a), Fabricius (4) et Rudolphi (c) , décrivent des vers qui avaient été trouves dans les veines. Mais pour les hommes qui font autorité en helminthologie, l'existence de ces vers est fort incertaine; les uns les nomment polystoma venarum, d'autres hexathyridium venarum. Rudolphi les place parmi les espèces douteuses, et il me paraît donner de bonnes raisons pour ne pas en admettre l'existence.
Un irritant quelconque porté sur la membrane interne des veines peut, comme on doit facilement le concevoir, provoquer l’inflammation de ce tissu. C’est en effet ce qu'on a vu arriver lorsque du pus ou de lichor provenant d’un ulcere de mauvaise nature ou d’une plaie frappée de pourriture d’hdpital, a été absorbé par les veines qui partaient des surfaces traumaliques, et circulait avec le sang dans ces vaisseaux. Enfin des expériences bien faites ont démontré que toute matiere irritante ou acre injectée dans les veines déterminait promptement la phlegmasie de ces vaisseaux.
M. le docteur Bodson nous a montré, à la Société ana—
(a) Observ. patholog. anat.
(b) Fasciola umblæ fabricii faun. Groenland , p. 329 , n° 3r4. Rudolphi le nomme Distoma seriale. Habitat in sanguine dorsali salmonis alpini aggregata et multis ramificationibus dispersa, ut facile tenia erederetur per sanguinem transparens ; continua collum suum prolongans , flectendoque hinc inde rapinam quasi guærens , cui se adhwrens locum etiam mutare potest. In. sanguine vero quiete, sociis suis annexe, collum vix conspicuum.
(c) Entozoorum sive vermium intestinalium Hist. natur., vol 1, p. 351, et seq.; vol, 11, p. 456.
tomique, les veines iliaque primitive et crurale gauches d’une femme âgée de soixante ans, morte 4 la suite d’une carie dé la quatrième vertebre dorsale , d’une paralysie des mémbres abdominaux et d’une partie du tronc; épaissiés ; cohtertant du piss consistant et rougeâtre , tandis que du sang veineux non altéré se trouvait , soit dans les véines de la jambe, soit dans la veine cave inférieure. Des concrétions fibrineuses étaient renfermées et en grand nombre dans les veines affectées, dont elles obstruaient Ja cavité; quelques-unes y étaient adhérentes ; d’autres , dont il en existait une assez considérable dans la veine iliaque primitive; étaient libres. La plupart de ces con« crétions , plus ou moins consistantes à l'extérieur ; conte= naient un pus épais et rougeatre. Cette femme portait un large ulcere à la plante de chaque pied; et le mem bre abdominal gauche offrait seul de Vinfiltration (a). En 1812 ,un Castillan ; prisonnier dé guerre, nommé Joachim Gonzales, âgé de trenté-trois ans , d’un tem= pérament bilieux, d’une constitution détériorée par les chagrins , par la misère de la captivité et par une diarrhée chronique, portait au pied droit un vaste ulcere couvert de pourriture d’hépital, et qui s’étendait sur toute sa face supérieure. Au milieu de la couche gris gale qui réparaissait à mesure qu’on l’énlevait , on voyait larcade formée par les deux veines saphenes ; ainsi que les rameaux qui s’y rendent, former une saillie. Ces veines, disséquées pour ainsi dire par la pourriture, étaient grossies de moitié ; dures et résistantés sous le
(a) Société anatomique ; procès-verbal dé la séance da 21 pluviôse an 13.
Be 29
doigt; l’enduit qui les couvrait était d’autant plus épais et plus adhérent , qu’on l’examinait sur une partie de la veine plus anciennement à découvert. Cette partie de la veine, de dure et gonflée qu’elle était, devint pulpeuse et molle dans l’espace de quatre à cinq jours, et l’on ne pouvait pas suivre son mode de destruction, par sa confusion avec les autres tissus. La mort du malade arriva , mais l’examen du corps ne fut point fait (a).
« Sasse ouvrit à un chien les vaisseaux cruraux de chaque côte ; il les frotta de teinture de cantharides et rapprocha les tégumens. Deux jours apres, is parurent rouges à l'extérieur ; leur cavité était en partie enduite, et en partie obstruée par une matière couenneuse. Il amputa la cuisse à un chien, fit la ligature des vaisseaux , puis la toucha avec de la teinture d’euphorbe : au bout de deux jours, les vaisseaux étaient enflammés, recou= verts d’une matière blanche , et à l’intérieur tapissés par une fausse membrane. Un abces de la grosseur d’une fève existait dans la veine crurale, pres du ligament de Poupart. La veine était rétrécie et presque oblitérée. De pareils effets ont été produits par Sasse lorsqu’il a in jecté de la teinture d’euphorbe , de cantharides, ou bien une solution d’opium, soit dans l’abdomen, soit dans les veines jugulaires (b). »
De tous les fails rapportés jusqu’ici, nous pouvons en déduire des conséquences que nous regarderons comme pouvant former l’histoire générale de l’inflammation des veines.
(a) M. Lenever, ouvrage cité , p. 28.
(8) Soxwireué , Mémoire cité, p. 197
§ XI. Description générale de la phleemasie des
vernes.
Causes, L'augmentation de l’action da cœur et des artères, ou d’autres causes internes dont on ignore la na= ture, péuvent produire linflammation des veines ; elle coincide quelquefois avec des lésions organiques variées : la contiguite de ces vaisseaux avec des tissus enflammés ; leur communication avec des surfaces ulcérées ou traumatiques » peuvent aussi amener leur phlegmasie.
Toutes les lésions produites sur leurs parois ; les déchiremens , les plaies qui ne se cicatrisent pes primitive= | ment, les contusions, ou la simple compression exercée sur ces vaisseaux (a) , les corps étrangers dans leur cavité, les irritations mécaniques faites sur leur membrane inierne, les matières Acres injectées dans leur canal , les ligatures appliquées sur elles avec ou sans excision , sont autant de causes dont nous avons démontré l’existence d'après des ‘observations.
J. Hunter éroit qu’on peut regarder comme cause principale de l’inflammation de la veine après la saignée, le défaut de disposition à la réunion par premiere intention. De cet état de non adhérence primitive résnlte que les lèvres de la plaie n’étant pas convenablement rapprochées , tous les irritans peuvént agit sur la veine, Sur sa membrane interne et produire l’inflammation (8);
Les phlegmasies des veines sont idiopathiques , sym-= pathiques, symptomatiques et métastatiques.
(a) J. Hunter.
(6) Medical and vbilpsorMiag! Commentaries , by aS ociety it Edinburgh. Vol. yr, part. 1, p, 430.
§ XII. Caracteres physiologiques des inflammations des veines.
Les signes à l’aide desquels on reconnaît l’inflammation des veines ne sont pas toujours faciles à saisir, surtout si la phlegmasie réside dans les petits vaisseaux , on même dans les trones , lorsqu'ils appartiennent aux cavités splanchniques.
1°, Caractères locaux. Les circonstances commémoratives , la douleur dans le trajet de la veine, le gonflement du tissu cellulaire voisin , quelquefois la rougeur de la peau , sa tension, sa sensibilité et sa rénitence le long du cours de la veine ; plus tard , une corde noueuse, tendue , douloureuse, affectant la direction propre au vaisseau , sont les phénomènes les plus ordinaires de ces inflammations ; s’il existe une plaie on peut voir sortir du sang altéré ou du pus plus ou moins épais par l’orifice de la veine. Dans cette circonstance , peu apres la lésion faite au vaisseau , il y a de la douleur dans la blessure, le gon~ flement survient, la plaie ne se réunit point par premiere intention , ses bords deviennent durs , ou s’il y a cicatrisation , un abces se forme sous la cicatrice, et bientôt Ja déchire. Les douleurs qui suivent le trajet du vaisseau enflammeé se dirigent plus particulièrement vers le cœur que vers les extrémités ; elles augmentent par la pression, et on les a quelquefois prises pour des douleurs rhumatismales. Une sensation de chaleur brülante suit absolument la même direction que la douleur.
29, Caractères généraux. I} est rare que |’inflamma= tion d’une veine, surtout si elle a quelque développement, ne soit point accompägnée d’un trouble général
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 455 ou d’un véritable état fébrile , dont l’intensité variera suivant celle de V’inflammation , suivant l’étendue de da maladie , son siége , l'importance du vaisseau, et la tendance vers telle ou telle terminaison. I] est à remarquer que plusieurs médecins ont observé dans ces circon— stances les phénomènes propres au typhus, et moi-même, chez plusieurs sujets qui avaient succombé aux accidens du typhus, j'ai trouvé, comme je lai déjà dit, des traces évidentes d’inflammation dans les veines encéphaliques et dans les sinus veineux du crâne. La durée de ces inflammations est parfois très-courte; le plus souvent elle est continue ; cependant il paraît, d’après l’observation de M. Fizeau , que cette phlegmasie peut être rémittente , et offrir de véritables redoublemens dans ses symptomes. é
Ces phlegmasies des veines peuvent étre confondues avec celles des artères, des vaisseaux lymphatiques ou des nerfs, Dans le premier cas, la douleur et les autres caractères extérieurs se dirigent du point où l'artère a élé lésée vers les branches et les rameaux de ce vaisseau. Dans le second cas, la douleur remonte bien du côté du coeur, mais les ganglions lymphatiques se tuméfient , deviennent douloureux, et souvent la peau offre deux ou trois lignes flexueuses rouges , qui paraissent peu après la lésion du vaisseau ou la simple piqüre, et l’engorgement de tout le membre ne tarde pas à arriver.
Enfin , si c’est le nerf qui est le siége de la maladie, la douleur se propage du côté de son origine à un centre commun , mais surtout du côté de ses rameaux ; elle est instantanée , elle suit immédiatement la piqüre , et ceite douleur a des caractères tres-varids , ainsi que nous le
voyons dans les névralgies, qui souvent ne sont que des inflammations chroniques des nerfs.
§ XIII. Caractères anatomiques des inflammations des veines.
Les terminaisons des inflammations des veines peuvent se faire par des modes tres-variés. Nous ne possédons pas de faits bien authentiques qui prouvent que la résolution s'opère dans quelques cas , et que le vaisseau reprenne ses propriétés antérieures, et remplisse les fonctions aux= quelles il a été primitivement appele.
L’union de ses parois, Poblitération de sa cavité, la suppuration , l’ulcération et la gangrene arrivent le plus communément.
Nous dirons que ces inflammations se présentent sous les formes suivantes : 1° inflammation adhésive; 2° inflammation suppuratoire ; 39 inflammation ulcéreuse ; 4° inflammation gangreneuse; 5° inflammation élimi-
natoire.
1°. Inflammation adhésive des veines.
J. Hunter et M. le professeur Dupuytren pensent que Vinflammation adhésive peut exister dans les veines, et c’est en effet par elle que les plaies de ces vaisseaux se reunissent en vingt-quatre ou trente-six heures. Ii faut cependant distinguer la cicatrisation de la tunique des veines d’avec celle de la membrane interne : la premiere , lorsqu'elle est divisée, se réunit à la maniere des plaies du tissu cellulaire ; mais il n’en est pas de même de l’adhérence de la membrane interne; elle se fait plus
tard et plus difficilement, V’inflammation s’emparant beaucoup moins aisément de ce tissu. Cependant la cicatrisation des solutions de continuité des parois des veines reste quelque temps faible et facile à déchirer. Douze ou vingt-quatre heures apres une saignée , on peut , par une légère percussion ou par la distension , rompre cette cicatrice. C’est même par ces manœuvres qu’on change Pinflammation adhésive en inflammation suppuratoire, et qu’on la propage plus on moins loin dans la cavité des veines et parfois jusqu’au cœur.
J, Hunter a pourtant considéré Vinflammation adhesive des veines comme un moyen d'arrêter les progrès de la phlegmasie , et il dit que, par la compression exercée sur les parois des veines, on les fait adhérer ; on borne la maladie en s’opposant à ce que le pus qui s’est formé au-dessous de l’adhérence puisse arriver plus loin, M. B. Travers croit, au contraire, que cette inflammation adhésive est rare dans les veines; qu’il faut une vive irritation pour la provoquer , et que la phlegmasie déve loppée passe rapidement à la suppuration, ou bien qu'il s’épanche dans le vaisseau une grande quantité de matiere albumineuse qui en remplit le calibre , l’oblitère, finit par adhérer aux parois ; mais ici ce n’esi pas l'in. flammation adhésive proprement dite, dans laquelle il ne doit se faire qu’un suintement peu abondant sur les sure faces entre lesquelles l’adhérence doit s'établir.
Le peu de disposition à l’inflammation adhésive offert par la membrane interne des veines, semble s’opposer à Panalogie qu’on a cru reconnaitre entre elle et les tissus, séreux.
2°. Inflammation suppuratoire.
L’inflammation suppuratoire est assez commune dang jes veines ; la plupart des observations que nous avons rapportées en démontrent l'existence. Ce mode d’inflammation offre une grande disposition à s’étendre de plus en plus sur les surfaces affectées., et le pus mélé au sang en circulation dans ces vaisseaux est, avec la continuité des tissus, un puissant agent de propagation de la phlegmasie. C’est dans ces circonstances que les phénomènes ge néraux prennent de l’intensité, et que le danger pour le malade devient des plus graves. Si l’inflammation diminue, le pus, d’ichoreux , de séreux cu de blanc et consistant qu’il était, se change en matiere albumineuse, et Vadhérence secondaire ou l’oblitéralion du vaisseau en est la conséquence. |
3°. Inflammation ulcéreuse.
Nous possédons plusieurs exemples bien authentiques d’inflammation ulcéreuse des veines. M. Portal rapporte, dans son Anatomie médicale (a), qu’il rencontra sur le cadavre d’une femme une ulcération de la veine cave supérieure.
M. Travers cite une observation où l'on voit que la veine jugulaire interne a été oblitérée par la pression d’une tumeur située profondément sur le côté droit de la trachée-artere, et recouvrant les gros vaisseaux. Le sujet, vers la fin de sa vie, avait rendu du pus et du sang par ja bouche et par le rectum. A Ia dissection des parties,
(a) Vol, 111, pe 354,
apres la mort, on trouva que la tumeur contenait du
tissu cellulaire gangrené et du sang en putréfaction.
La veine jugulaire interne était remplie, dans une certaine étendue, par un caillot de sang; mais on apercevait au-dessus de ce coagulum une ulcération établissant une communicalion avec la poche de la tumeur, .en sorte que le sang qui revenait de la tête passait en partie par le kyste. Il existait aussi une ulcération qui faisait communiquer le kyste avec l’œsophage, de manière que les matières renfermées dans la tumeur pouvaient passer par le canal alimentaire. .
On a fréquemment observéique si les plaies des veines ne se terminaient point par première intention, la sup- | puration qui se formait soit dans les membranes du vais-
seau , soit dans les tissus voisins, était bientôt accompa- gnée d’ulcération des bords de la plaie; que peu à peu ouverture s’agrandissait, et qu'il n’étaii pas rare de voir toute la circonférence du vaisseau détruite par ce travail , et la continuité cesser d'exister dans son canal par les progres de cette ulcération. Enfin Von connaît plusieurs exemples d’ulcération de la membrane interne de la veine, mais sans perforation de toute l’épaisseur des pac
rois du vaisseau.
. 4° Inflammation gangreneuse.
La fréquence de la suppuration des veines semble faire croire que la gangrene peut aisément frapper ces vals= seaux. L’6bservation démontre pourtant le contraire.
Lorsque nos parties sont sphacelées et tombent en putréfaction , la nature, toujours sage et prévoyante , a
voulu s’opposer à la mort générale en mettant des bornes aux accidens de la mort partielle, Les veines et les arteres résistent long-temps aux effets de la gangrene, qui détruit tous les tissus au milieu desquels elles se trouvent. Cependant ces vaisseaux ne sont pas dans l’état sain; deja Vinflammation les travaille, et une abondante quantité de matière albumineuse mélée à un peu de sang les remplit, bouche leur canal dans une étendue plus ou moins considérable, et s’oppose ainsi aux hémorragies, Plus tard, les vaisseaux, isolés de tous côtés par la destruction des autres tissus, et ne recevant plus de nourriture, meurent par une sone d’inanition ; un travail se fait dans un point, mais toujours au-dessous de la terminaison du caillot. La partie du vaisseau dépouillée des parties ambiantes se sépare , et ce travail inflammatoire, par lequel les parties privées de vie sont séparées des autres, est ce que je nomme, d’après M. le professeur Dupuytren , inflammation éliminatoire.
5°. Inflammation éliminatoire.
Lorsqu'une ligature a été placée sur une veine ou sur une artère, c’est par cette inflammation éliminatoire que le vaisseau est séparé dans toute l’épaisseur de la ligne embrassée par la ligature, que celle-ci se détache, et qu’une portion du vaisseau forme une véritable escarre. Dans l'artère, si la ligature n’est pas trop large et qu’elle soit convenablement serrée, il y a une inflammation modérée au-dessus et'au- dessous. Un suintement léger d'une matiere concrescible se fait sur la membrane interne ; l’adhérence primitive en résulte ; un caillot de
figure conique , albumineux à sa base et sanguin à son
sommet , se forme pres de l’adhérence des parois vasculaires, pour s’opposer à l'effort du sang ; et par une inflammation éliminatoire , l’artere est peu à peu détruite dans le point correspondant à la ligature, laquelle finit par tomber: cette chute se fait du dixième au quinzième jour si le vaisseau seul a été compris dans l’anse de fil, quelle que soit sa nature ; mais elle se fait plus ou moins attendre si cette ligature est médiate et si elle comprend des parties fibreuses. Ce caillot n’est point adhérent à la membrane interne dans les premiers jours ; par une inflammation qui survient dans les tissus du vaisseau, il finit par adhérer. : seen
Si une cause quelconque vient s’opposer à l’union des parois vasculaires, dans les points les plus voisins de la ligature , et lorsque le caillot n’est pas encore adhérent, Vhémorragie peut se faire ; et si l’on veut alors employer Jes ligatures d'attente, on divise facilement toute l’epaisseur des parois artérielles dans un point où le cail- Jot n’occupe pas tout le calibre du vaisseau, et où, pare . conséquent, il ne peut pas adhérer à la membrane interne. Cette section des parois de l’artere, par une ligature de réserve, s'opère d’autant plas promptement que l’inflammation a fait perdre aux tissus des artères leur résistance, et qu’ils se laissent diviser comme des parties frappées de la dégénérescence lardacée. Ces obseryations sur le mode de résistance des tissus enflam~ més, et sur la véritable cause des hémorragies consécutives, appartiennent à M. le professeur Dupuytren ; et j'ai été souvent à même d’en vérifier et d'en reconnaître la justesse et l’importance. ;
Si une hémorragie survient peu de temps apres qu'une
CET EE STD I LI A a
ligature a été placée sur une artère, ce n’est pas immédiatement au-dessus du premier fil qu’il faut en serrer un second, mais dans un point éloigné où les parois artérielles ne sont point enflammées. ;
Une ligature large a-t-elle élé appliquée sur une artere, la section des parois vasculaires n’a pu être opérée; Punion primitive de la membrane interne ne se fait point ; c’est l’inflammation suppuratoire et l’inflammation ulcéreuse qui surviennent ; et lorsque toute l’épaisseur de la paroi du vaisseau a été détruite par ce travail, l’hémorragie en est la conséquence.
Dans les veines, les choses se passent un peu différemment.
L’inflammation adhésive étant plus difficilement excitée dans ces vaisseaux , et la membrane interne n’offrant pas la même facilité à être divisée que celle des artères, l’adhérence primitive ne s’y fait point ou que tres-difficilement. La facilité que les tissus de la veine ont à se laisser distendre par le sang est encore une circonstance défavorable à cette union primitive. Il faut une irritation plus forte et plus durable pour que la veine s’enflamme. La matiere albumineuse seule est sécrétée si la phlegmasie est modérée, ou bien à cette sécrétion se joint la formation du pus si l’inflammation est intense. Alors l’inflammation s’étend sur une des surfaces, soit par la force de l’irritation qui a agi, soit parce que le pus a circulé dans la partie de la veine placée entre la ligature et le cœur, et c’est sans doute a cette propaga~ tion de la phlegmasie que nous devons le développement des symptômes généraux, la gravité de la maladie, et souvent la mort du sujet,
DES ARTERES ET DES VEINES. 461 cg en
Les parties de la veine situées près de la ligature s’en flammient , les membranes des veines acquièrent de l’épaisseur , le canal du vaisseau se remplit, et dans une grande étendue , d’une matière albumineuse concrete qui adhère bientôt aux parois vasculaires et rend la veine imperméable au sang. Alors les inflammations ulcéreuse et éliminatoire divisent toute l’épaisseur du vaisseau dans la ligne circulaire embrassée par la ligature.
§ XIV. Traitement.
Le traitement des inflammations des veines doit être dirigé d’après les mêmes principes que celui des autres plilegmasies : il faut d’abord rechercher la cause : si c’est à la suite d’une saignée , s’assurer ‘si la pointe de la lan= ‘cette ne s’est pas brisée , et si une portion de l'instrument n’est point restée dans les parois du vaisseau.
Lorsque inflammation est locale, on a conseillé de la faire cesser brusquement des son début par des lotions ou des fomentations froides, de la giace pilée , des pré parations saturnines. Pius avancée , la maladie sera combattue par l'application des sangsues sur le trajet du vaisseau affecté, par des fomentations relachantes , des ca= taplasmes émolliens , des onctions huileuses, mucilagineuses , des bains tiedes , des topiques opiacés , camphrés ou narcotiques.
J. Hunter , Reil et M. Abernethy pensent qu'il faut et qu’on peut provoquer l’inflammation adhésive au-dessus et au-dessous du point affecté pour borner la maladie, et s'opposer à ce qu’elle gagne de proche en proche les troncs veineux principaux et le cœur lui-même. Cette
adhérence empêcherait aussi que le pus circulant avec le sang allât irriter la membrane interne des veines sur toute la surface qu’il viendrait à parcourir. Cette inflammation adhésive est obtenue, suivant les auteurs que je viens de citer; par une compression exercée convenablement sur la veine. D’après ce que nous avons dit précédemment, il paraît que l’on ne peut pas compter sur les bons effets de cette compression ; parce qu’il est très-difficile d’obtenir l’inflammation adhésive. |
Un moyen plus certain serait de couper transversalement et en totalité la veine qui est le siége de la maladie, et à une certaine distance du mal, pour faire cesser la continuité des tissus , et s’opposer ainsi à la propagation de, la phlegmasie. L’on conçoit que cette opération n’est praticable que dans les cas où la veine affectée est d’un calibre médiocre , facilement accessible aux instrumens , et lorsqu'on ne peut pas craindre de léser une artère ou un nerf importans, ou lorsque la veine que l'on veut diviser n’est pas d’un calibre qui puisse produire uné hémorragie inquiétante,
La prudence exige que, dans l'opération de la phlébotomie, on tâche toujours de réunir par premiere intention les diverses parties intéressées, et que si de nouvelles émissions sanguines sont desirées peu de temps apres la premiere; on ne détruise pas le travail de la cicatrisation primitive pour obtenir du sang par la même ouverture, mals qu'on en pratique une seconde sur un autre point, et, s’il est possible, sur une veine. différente. , if |
Si l’inflammation s’est terminée par suppuration ; on
Des divers états morbides des membranes des V eines.
L’inflammation produit fréquemment Vé- paississement des membranes des veines, ainsi que Vadhérence de leurs parois et l’oblitération de leur cavité. L’ulcération s'étend quelquefois à la tunique des veines et donne lieu à des hémorragies en découvrant leur canal. Dans quelques cas, l'ulcération commence par la membrane interne et détruit — ensuite les autres feuillets membraneux.
M. Portal a trouvé dans le cadavre d’une femme les tissus de la veine cave supérieure plus épais dans quelques endroits, et dans d’autres plus minces qu’à l’ordinaire, mais ulcérés en apparence à leur surface interne. Immédiatement au-dessus de l'oreillette droite, on découvrit une ouverture dans les
se hâtera d’ouvrir les abces et de procurer un libre cours au dehors à la matière purulente.
Enfin si les symptômes généraux apparaissent et qu’ils soient intenses , on les combattra par tous les moyens dirigés contre la fièvre angio-ténique , et les phlegma~ sles. |
( Note du traducteur. }
parois de ce vaisseau, par laquelle un épanchement de sang s’était fait dans le péricarde (3). Cependant , en général, l’inflammation adhésive précède l’ulcération, et en oblitérant la cavité du vaisseau, elle prévient ’hémorragie. Quand le sphacèle a lieu dans le voisinage des veines, leurs cavités, comme celles des artéres dans des circonstances semblables, se remplissent de caillots étendus qui empêchent l’hémorragie à la chute ae la partie gangrenée.
Il y a quelquefois rupture des veines sans qu'aucune altération morbide existe dans leurs parois. Leur rupture, dans ces circonstances, peut être la suite d’un exercice musculaire forcé ou de quelque violence accidentelle ; elle a paru dépendre parfois d’une accumulation soudaine et excessive du sang. J'ai vu deux fois une veine du gras de la jambe se rompre pendant des crampes violentes des muscles jumeaux : une accumulation de sang au-dessous de la peau en fut la suite. M. Portal a examiné le cadavre d'une
(1) Anatomie médicale, t. nt, p. 354. Morgagni rap~ porte une observation ow Ja surface interne de lextre= milé de la veine cave supérieure paraissait corrodée. Epist. Lily art. 59.
jeune femme qui mourut subitement dans
un bain froid, La veiné cave supérieure s’é=
tait déchirée immédiatement au-dessus de l’oreillette droite, et une grande quantité de . sang s’était us Le dans la poitrine (1). Sénac à rapporté des observations de veines rompues pendant la période du frisson des accès de fièvres intermittentes (2). Les: valvules des veines peuvent se rompre; et alors la pression de la colonne du sang force le vaisseau à devenir variqueux.
Un dépôt de matière calcaire se forme assez ordinairement dans les parois des Fou tères des personnes avancées en age; mais il est extrêmement rare d’en rencontrer
dans le tissu des veines (3) (4). Le doc
(1) Anatomie médicale, tome ur, p. 355.
(2) Voyez ibid.
(5) Cette circonstance a conduit Bichat à croir éco aly avait une différence d’or rganisation entre la membrane in terne des veines et celle des artères. « Jamais cette mem brane commune ne s’ossifie chez le vieillard, comme ik” arrive dans les artères ; son organisation paraît répugner à se pénétrer ainsi ER phosphate calcaire. Quand cela arrive , c’est un état contre nature; au lieu que lossification de la membrane commune ds sang rouge est un état presque naturel chez le vieillard. » ( Anatomie géné rale, t. 41, p. 404.)
(4) M. le professeur Béclard m’a dit avoir trouvé, il ¥