II
niaire , il fait une petite incision à cette gaîne membraneuse immédialement sur l'artère carotide. Cette ouverture peut être élargie de manière à admettre la pointe d’une aiguille à anévrisme qu'on insinue entre l’artère et Ja veine. Par une pression convenable, dirigée enavant et dans le point de contact de la veine et de l'artère, qui doit être fixée par l’indicateur de la main gauche de l'opérateur, et en remuant l'instrument tantôt en haut et tantôt en bas, on le fera pénétrer du côté trachéal de la carotide. En retenant Vaiguille à anévrisme en contact avec l'artère , l’opérateur évitera de comprendre dans la ligature la paire vague qui est située derrière et entre les deux vaisseaux. Le lien (1) étant passé sous l’artere , on relire Paiguille à anévrisme. La ligature doit être fortement assujettie par
(4) Si Vartere est isolée des parties environnantes dans une plus grande étendue qu’il n’est utile pour le simple passage de l'aiguille à anévrisme au-dessous d’elle, on lui appliquera deux ligatures par les raisons que j'ai deja données ; mais il sera prudent dene pas diviser le vaisseau dans Vinlervalle. En effet, suppposez qu'une ligature appliquée à une artère, à la partie inférieure du cou, vienne à se détacher par une cause quelconque , il sera extrémement difficile, pour ne pas dire
impossible , d’assujettir de nouveau le vaisseau, ou de se
DES ARTERES ET DES VEINES. 55 deux nœuds ordinaires, et ramenée en dehors de la plaie , immédiatement vis-a-vis de l’endroit où elle est placée sur l'artère. Les bords de Vincision ne seront maintenus en contact
rendre maître de ’hémorragie, Si la dénudation de l’artère ne suffit qu’au passage seulement de l'aiguille à ané= vrisme au-dessous d’elle , on pourra, je crois, être tran= quille avec une seule ligature. Dans trois des cas où l’artere carotide a été liée, et où les ligatures se sont déta— chées sans accident, deux ligatures avaient été appli= quées, mais le vaisseau n’avait pas été divisé dans Vintervalle. Une seule fois, M. Astley Cooper divisa le vaisseau ; le malade se rétablit. Pour la ligature de Pa névrisme de la carotide, comme pour la plupart des autres opérations de l’anéyrisme, le chirurgien trou- » vera de l’avantage à employer une aiguille d’une courbure plus étroite que celle qu’on donne ordinairement à cet instrument. Afin de remédier a la difficulté de passer une aiguille à anévrisme commune autour d’une artere , dans une plaie profonde et peu large, M. Abernethy a recommandé l’emploi d’aiguilles à manche d’argent pur, par conséquent flexible, et terminées par des pointes d’acier assez tranchantes pour traverser le tissu cellulaire , mais pas assez pour leser aucune des parties importantes contigués à celles qu’on leur fait embrasser, Lorsque les pointes de ces instruinens sont ure fois pas= sées.au-dessous du vaisseau, le chirurgien peut ployer leurs manches de maniere à les accommoder à l’espace dans lequel ils ont à tourner. { ABERNETHY, Surgical Observations on aneurisms , p. 245 , 2° édit. )
que par des bandelettes lors agpluti- :
natif.
Le malade sera mis dans son lit, la tête légèrement élevée et inclinée vers le sternum, de manière à placer lartère dans le relâchement le plus complet. La tête peut être assujettie dans cette position par un bandage qui, l’embrassant , irait passer sous les aisselles. La plaie ne sera pansée que le quatriéme ou le cinquième jour, et l’on évitera avec soin tout ce qui produirait une irritation générale ou locale.
Observation sur un anévrisme de l'artère carotide (1).
L'observation suivante est extraite du Journal de Médecine et de Chirurgie de la Nouvelle-Angleterre (2). Le docteur Post, chirurgien distingué de New-Yorck, a récemment pratiqué avec succès l’opération de l’anévrisme sur l'artère carotide. La tumeur, située immédiatement au - dessous de l'angle de la machoire , avait six pouces de longueur et
(1) Cette observation est placée dans l’appendix de l’ouvrage de M. Hodgson. ( Note du traducteur. ) (2) Vol. in, p.215 , publié & Boston , en avril 1814.
quatre de largeur. Une incision de trois pouces fut faite entre la tumeur et la clavicule. Les muscles étant disséqués et la gaine des vaisseaux ouverte, on sépara l’artére de la veine et de la paire vague. Deux ligatures furent engagées sous l’artère à trois quarts de pouce lune de l’autre, et apres les avoir serrées . on divisa le vaisseau dans l’intervalle. On passa une aïguille au - dessous de l'extrémité divisée de la portion inférieure, et l’on mit une ligature sur le bout du vaisseau. Aussitôt après l’application du premier lien, la pulsation cessa dans la tumeur. Le malade ressentit peu de douleur le jour même de l’opération; ensuite il fut attaqué d’une toux violente, comine le premier malade de M. Cooper. Les ligatures se détachèrent le dix-huitième jour. La tumeur diminua graduellement. La guérison fut retardée par la formation d’un sinus au cou; mais enfin le malade fut tolalement rétabli quatre mois environ après lopération (1).
(1) Il paraît certain que les anciens connaissaient les anévrismes des carotides ; mais ils n’ont rien laissé sur les opérations que peut nécessiter leur traitement. Paul Barbette dit que le cou est une partie très-fréquemment affectée , et que presque toujaurs il doit ses nombreuses
maladies à l’altération des arteres carotides (a). Il assure avoir observé la méme chose aux genoux et aux bras,
Si les anciens ont peu parle des anéyrismes des carotides , ils ont cependant connu la possibilité et l’innocuité de Ja ligature de ces vaisseaux. Oa trouve dans les ouvrages de Gälien des passages qui ne laissent pas de doute à cet égard.
Plusieurs chirurgiens militaires , anciens ou modernes, font mention de blessures par armes blanches ou par armes à feu des artères carotides ; mais ils s’expriment si vaguement ou en termes si obscurs qu’on ne peut presque rien retirer de leurs écrits.
Acrel rapporte que, dans un cas de lésion de l'artère carotide par un coup de feu, il fit une compression sur le vaisseau et sauva la vie au blesse,
Van Horne (4), dans ses notes sur l’ouvrage de Botal, raconte un fait semblable (c).
(a) Pars affecta scepissime, imo fere semper ob arterias carotides, collum est ; observavi tamen illud in genubus et brachiis. Oper. Med. et Chir, Lib, 15, cap. rx,
(6) De F'ulneribus sclopetis.
(c) M. Larrey nous a donné l’histoire de Ja blessure qu’un officier franeais recut devant la ville de Saint-Jean d’Acre, dont nos troupes faisaient le siége *. Une balle vint ouvrir lPartère carotide de M. Arrighi, qui dut la vie à la compression qu’un soldat exerca de suite sur le vaisseau en portant la main dans la plaie. M. Larrey fit peu après un bandage compressif. Ce fait m’a été raconté par M. Pélissier, un de nos plus braves militaires , couvert d’honorables cica= trices ; il est’ aujourd’hni retiré en Anvergne , sa patrie. Cet officier servait comme canonnier en Egypte, et ce fut lui qui arréta le sang
qui sortait en abondance de la plaie de M. Arrighi , maintenant duc
* Mémoires de Chirurgie militaire et Campagnes du baron Larrey , t. 1, p. 3a9.
Hébenstreit , dans les notes qu’il a ajoutées à sa traduc=
de Padoue. La force de l’hémorragie fit présumer-que l'artère carotide externe se trouvait atteinte par la balle. Cet officier , dépourvu de connaissances anatomiques , n’a pu me donüer aucun renseignement sur ce point; mais M. Larrey ne paraît pas avoir de doutesur la nature de la blessure. El a tout récemment publié une observation analogue. « A mon passage à Bruxelles , j’eus l’occasion de voir un jeune soldat anglais qui avait recu une blessure semblable à celle de l’aide-decamp Arrighi, avec cette différence seulement que, chez l’Angiais , la plaie était au côté gauche de la face, et que la carotide externe n’avait pas été entièrement coupée comme chez M. Arrighi : aussi, chez le premier, l’hemorragie reparut-elle à la levée de l’appareil. Le chirurgien anglais s’empressa de mettre la carotide primitive à découvert et lPembrassa par deux ligatures très-serrées : à leur chute, les bords de la plaie furent rapprochés; la cicatrice s’en obtint promptement, et ce blessé se trouva guéri peu de jours après. Il n’y avait point de pulsations dans l'artère temporale; et comme le tronc du nerf facial avait été détruit par la balle, ainsi que chez M. Arrighi , les mouvemens des-muscles de la face de ce côté et Ja sensibilité animale étaient éteints * ».
Peu avant la prise de Paris en 1814, deux opérations de ligatures des artères carotides ont été faites dans deux hôpitaux de cetie capitale par les chirurgiens de ces maisons ; mais le succès n’a pas répondu. à leur attente et à l’habileté avec laquelle ces opérations ont été pratiquées. L’encombrement des hôpitaux, l’épidémie contagieuse qui y régnait, l’état de faiblesse et d’épuise~ ment dans lequel se trouvaient les blessés lors de leur réception dans ces asiles, les hémorragies plus ou moins nombreuses et abondantes qu’avaient épronvées les malades pendant leur transport, donnent sans doute une raison suffisante de cette non rcussite.
Ives le Borgne, âgé de quarante-deux ans , sous-lieutenant au premier régiment du corps impérial d’artillerie de marine , recut
à Vaffaire de Brienne, le 2 février 1814, un coup de feu à la
* Mémoires de Chirurgie militaire, etc., t. 1%, p. 323.
tion de la chirurgie de Benjamin Bell, rapporte une ob=
joue droite; la balle, après avoir pénétré an- dessous de l’os malaire , vint sortir au niveau de l’apophyse mastoide du même côté. Le malade, renversé par le coup, resta pendant quelque temps sans connaissance; revenu à lui, il fut transporté à une ambulance où un premier appareil fut posé et servit à arrêter le sang; de là le malade fut évacué d’un hôpital sur un autre, et arriva enfin à l'Hôtel - Dieu, où il entra le 11 février 1814, dans l’état suivant : Ja face était ronge, tuméfiée; tout le trajet que la balle avait parcouru était enflammé ; le ponls était assez développé, la respiration libre, le mal de tête modéré, la langue blanchâtre, et le malade conservait assez d’appétit. Un cataplasme émollient fut appliqué sur la joue; des Jlavemens et des bains de pieds furent prescrits. On se contenta de le nourrir avec du bouillon et des soupes. Ce traitement fut continué pendant trois Jours, époque à laquelle les escarres commencèrent à se detacher.- On pansa alors la plaie avec un digestif animé d’essence de térébenthine, Le 17, plusieurs morceaux d’escarres étant 1ombés, une hémorragie survint ; elle fut arrêtée au moyen d’un bandage un peu serré. Le 18 et le 19, l’hémorragie se renouyela et fut encore arrêtée par le même moyen. Le 20, elle se manifesta de nouveau, mais avec plus de force que les jours precedens : il fallut tamponner la plaie avec de Ja charpie et exercer une forte constriction avec une bande appliquée autour de la tête et du col, ce qui géna un peu la respiration. Le a1, le visage était œdémateux , la respiration génée, le pouls faible; on laissa le malade dans cet état. Le 22, l’hémorragie se renouvela deux fois ; il fallut lever et réappliquer Vappareil La plaie de la joue avait un mauvais aspect; elle était noirâtre, livide , remplie de caillot; elle ne fournissait plus de pus ; le malade s’affaiblissait de plus en plus; le visage était fortement œdémateux, le pouls trèsfaible et la respiration difficile, Le 24, il survint une septième hémorragie. Le malade paraissant n’avoir plus que quelques instans À vivre si Ou ne recourait promptement à un moyen éner-
gique, M, Dupuytren se décida à pratiquer la ligature de la carç=
ee re ee er mm À
servation de lésion de l’artere carotide interne produite
tide primitive, et l’exécuta de la manière suivante : Le malade, placé sur son lit, la tête appuyce et élevée par des oreillers et couchée sur son côté gauche, l'opérateur fit une incision obli-que de bas en haut, de dedans en dehors, sur le bord antérieur du sterno - mastoïdien ; il divisa le tissu cellulaire sous - cutané, le muscle peaucier ; il fit porter le muscle sterno-mastoidicn en dehors, et l’assujettit dans cette position par le doigt d’un aide; il dirigea lui-même en dedans et à ganche le larynx , et continua de détrnire le tissu cellalaire qai unissait ces parties , avec la pointe mousse d’une sonde cannelée. Lorsqu'il fut parvenu au faisceau nerveux et vasculaire formé par Partère carotide , la veine jugulaire interne , le nerf pneumo-gastrique et la partie supérienre du trisplanchnique, il porta son doigt au fond de la plaie pour s’assurer d’une manière positive de la situation de l’artère. Elle fut trouvée à la partie interne du faisceau vasculaire. Il s’agissait de l’isoier des parties voisines avec lesquelles elle était uuie par un tissu cellulaire lâche, infiltré de sérosité , mais non enflammé. On était arrivé au point le plus important , le plus délicat de Popé= ration , celui qui offrit aussi le plus de difficulté. ‘Comme le doigt de laide qui portait en dehors le muscle sterno-mastoidien génait les mouvemens de l’opérateur et s’opposait à ce qu’on vit distinctement les objets placés dans le fond de la plaie, il fat remplacé par une sonde cannelée très-forte qui, courbée à angle droit, forma.un crochet au moyen duquel on pnt facilement porter le muscle en dehors. M, Dupuytren se servit encore d’une sonde cannelée mousse pour isoler Vartére. Lorsque cela fut fait, il en iptroduisit une autre au-dessous du vaissean , le souleva et s’assura qu’il était seul au-devant de Vinstrument. Alors il porta, à Ja faveur de la cannelure de cette sonde, un long stilet aiguillé et garni d’un double ruban, au- dessons de Partère carotide; ce vaisseau embrassé par l’anse de fil, l’opération se tronva presque terminée. Le doigt indicateur de Ja main gauche fat posé sur l’artère soulevée de la main droite par! lPanse de fil;
une pression assez forte fut exercée par ce doigt pour s'assurer
ba MALADIES
] par le bistouri d’un chirurgien qui enlevait une tumeur
que le nerf pnenmo-gastrique n’était point compris dans la ligature : alors on la serra modérément; mais au moment où la constriction fut exercée, le malade poussa un cri, exécuta de légers mouvemens qui parurent convulsifs ; la respiration , qui jusqu’alors avait été stertoreuse , fut suspendue , et tout fit craindre que le malade n’eût cessé d’exister. Cependant de légères frictions pratiquées sur la région du cœur ranimérent bientôt les mouvemens de cet organe; la respiration se rétablit, mais beauconp plus libre qu’elle ne Pétait avant Popération, et le malade , que nous avions cru mort, fut promptement rappelé à la vie. La ligature d’atiente , placée au - dessous de celle qui avait été serrée, fut couchée vers
Vangle inférieur de la plaie et enveloppée dans un petit linge ;
IS ñ PS !. :
Pautre portée vers l'angle supérieur, et enveloppée pareille-
ment; un plumasseau de charpie molle fut posé sur la plaie récente qu’on ne chercha pas à réunir. Les plaies produites par le coup de feu furent débarrassées des caillots qu’elles contenaient , lavées avec une forte décoction de'quinquina animée d’eau-de-vie camphrée, et couvertes , ainsi que les parties voisines qui étaient gangrences , de compresses’ imbibées de la même décoction. On mit le malade à l'usige du vin et d’un régime fortifiant. Le 23 février, à six heures du soir, il avait toute sa connaissance , et répondait exactement à toutes les questions qui lui étaient adressées ; il assurait se trouver mieux , ne se plaignait que de la plaie primitive, et ne pouvait rendre compte de lespèce de changement qu’il disait s’être opéré en lui depuis le moment de l'opération ; la respiration était libre, et non stertorease comme elle était auparavant ; le’ pouls, très - accéléré , n’avait pas de consistance; il s’effacait aisément sous la pression du doigt. La langue commencait à se sécher. On prescrivit une limonade vineuse et le vin de quinquina. La nuit fut bonne, ’hémorragie ne reparut point, et le malade goûta à plusieurs reprises les douceurs du sommeil.
Le lendemain de l'opération, 24 février , l’état du malade n’a-
vait d’alarmant que la grande faiblesse où l'avait jeté les hémor-
squirrheuse. La perle énorme de sang qui suivit cette
ragies ; la plaie de la jone était gangrenense à sa surface ; and ques lambeaux semblaient vouloir se détacher , et furent ewe avec des pinces etedes ciseaux ; l’celéme de la face avait diminué, Du reste, même état de faiblesse et d'accélération du pouls, de sécheresse de la langue et d’intégrité des fonctions intellectuelles ; la respiration était moins libre, la toux et Pexpectoration paraissaient être plus difficiles. ( Looch blanc , limonade vineuse , vin de quinquina. )
La journée se passe sans accident; la nuit, le délire se manifeste ; le malade dit qu’il a bien dormi ; il avait enlevé toutes les pièces d'appareil, sans toucher aux ligatures. ;
Le troisième jour de lopération, 25 février , Payne semble augmenter ; la langue devient plus sèche , la respiration est plus libre et l’expectoration plus facile que la veille; la plaie gangreneuse est pansée avec un plumasseau de charpie recouvert de digestif ; l’autre plaie est pansée à plat. ( Même prescription. )
Pendant la journée oe le malade se plaint de son ancienne plaie, dit que les douleurs sont trés-vives lorsqu'il est forcé d’avaler.
La nuit fut assez tranquille ; la difficulié de la déglutition augmenta. |
Le quatrième jour, 26 février, l’état adynamique fait des progrès ; le mala‘le est plus absorbé que la veille ; mais il répond encore aux questions qu’on lui adresse ; le pouls est toajours accéléré ‘et faible. (Même pansement , même prescription , moins le looch.) Le soir, le malade est pris d’un léger délire qui angmente pendant la nuit; il appelle à plusieurs reprises un de ses-compagnons d’armes,
Le cinquième jour , 27 février , la faiblesse augmente Aa langue est brune , le pouls petit, fréquent ; la déglutition doulourense et difficile ; les fonctions intellectuelles ne s’exécutent que difficilement. Le malade est dans un délire continuel. ( Même prescription. ) |
Le soir, le délire augmente ; le malade ne connaît personne ; il commande différentes manœuvres militaires ; il cherche à plu-
gigars reprises à se débarrasser des pièces d’appareil; le pouls de
blessure du vaisseau aurait infailliblement et en peu de
vient intermittent; la respiration stertoreuse , et la mort arrive le sixième jour de l’opération, 28 février, à cinq heures du matin ,. vingt-six jours après la blessure.
Ouverture du cadavre.
1°. Toutes les parties comprises dans l’incision étaient dans cet état inflammatoire qui confond presque tous les tissus, augmente leur densité et diminue leur résistance ;
2°. La ligature n’embrassait que la carotide et quelques fibres du muscle sterno-thyroidien; il n’y avait ni sang ni caillot dans l’intérieur de l’artère ; le point lié était froncé, et avait contracté un rétrécissement tel qu’il nous a été impossible de lui rendre son premier calibre sans le déchirer ;
3°. La veine jugulaire interne , parfaitement isolée , se trouvait en dehors de la carotide ;
4°. Les nerfs pneumo-gastrique et trisplanchnique , loin d’avoir été compris dans la ligature , étaient hors de la sphère d’inflammation ; ,
5°. Il n’y avait d’intéressés que les tégumens, le muscle peaucier , le tissu cellulaire, et l’anse nerveuse que forme la branche descendante du grand hypoglosse pour s’anastomoser avec les rameaux antérieurs des deux premières paires cervicales ;
6°. La plaie produite par la balle, gangreneuse à sa surface, avait détruit presque en entier la parotide; la branche de, la ma- ‘choire était fortement échancrée à son bord postérieur ; le condyle et son col, l’apophyse coronoïde , étaient isolés du reste de la branche de l’os, qui était dépouillée de parties molles ; les muscles masseter et ptérygoïdien,interne étaient détruits, réduits en une espèce de putrilage noirâtre.
La carotide externe était coupée au-dessus de l’origine de la branche occipitale; l'ouverture béante de cette artère ne laissait d'autre moyen d'arrêter lhémorragie que la ligature qui a été faite. Malheurensement elle a été pratiquée trop tard.
« Un sujet de vingt ans, d’une houne constitution, reçut un
(ea
minutes enlevé le malade, si l’opérateur, conservant sa
coup de feu à la bataille de Paris en 1814. La balle pénéixa derrière l’apophyse mastoide, et vint sortir sous l’os dela pommette du même côté. Six jours après la blessure, hémorragie considérable et artérielle par les deux orifices de la “plaie : le tamponnes ment l’arrêta. Au bout de six à huit heures, l’hémorragie se ree nouvela : nouveau tamponnement. L’effusion du sang est encore suspendue pour quelque temps, et se reproduit ensuite avec plus de violence. Le sujet se trouvant trés-affaibli, MM. Lallement, Murat, Baron et Marjolin convinrent qu’il ne restait qu’une seule ressource, celle de faire Ja ligature de l’artére carotide primitive. On pratiqua cette opération & huit heures du matin. Le malade passa la journée et une partie de la nuit très-tranquillement , sans éprouver le moindre accident. Le lendemain , à six heures du matin, l’hé> morragie ent lieu de nouveau par la plaie faite par la balle; on ne put l'arrêter par le tamponnement, et le blessé mourut. On fit l’exameñ du cadavre. La ligature appliquée sur la carotide se trouvait dans l’état où elle était immédiatement après l’opération. L’artère paraissait rétrécie entre cette ligature et le coeur, et contenait nne petite quantité de sang coagule. La portion d’artère siiuée au-dessus de la ligature paraissait au contraire plus grosse que dans l’état naturel. Les veines du cœur étaient affaissées. Le wone des artères carotides externe et interne , et la veine jugulaire étaient intacts. La balle*avait pazsé dans les parties internes de l’apophyse mastoide, et avait déchiré l’artère et la veine occipitales. Les vaisseaux du cerveau etaient vides de sang ; la substance de cet organe n’offrait aucune altération. »
« Une hémorragie violente s’étant déclarée au cou d’an soldat, après la chute d’une escarre survenue à la suite d’une blessure d’arme à feu, M. Giroux , l’attribuant à une blessure d’une division de la earotide, lia le tronc principal. Les quatre premiers jours , le malade était en bon état, excepté un peu de faiblesse. Le cinquième jour, céphalalgie sus-orbitaire, léger trouble des facultés intellectuelles , la plaie blafarde et la suppuration sereuse. Le sep-
tième , stupeur, dérangement des idées , accès de fièvre violent.
présence d’esprit , n’eût fait la ligature de l’artère. Le succes récompensa son heureuse hardiesse, et le malade vecut plusieurs années apres cet accident.
Harder (a) parle d’un anévrisme de l'artère carotide externe, qu’on chercha à guérir en ouvrant la tumeur. Le malade périt d’ hémorragie au milieu de l’opération.
Rumler (6) nous a trarismis l’histoire d’une rupture de l'artère carotide gauche, chez un homme qui, portant un: lourd fardeau , voulut fléchir trop fortement la tête et le cou.
On trouve dans les Opuscules pathologiques de Haller, et dans la Collection des observations des médecins de Londres (c) , quelques histoires d’anévrismes des carotides ; mais ces faits sont pour la plupart tronqués ei in= completement décrits.
Il n’en est pas de même de l'observation publiee par le celebre Antoine Petit (d) ; l'anévrisme dont il parle se
Le huitième, perte considérable de sang, qui suinte de tonte la sur= face dela plaie , mais qu’on parvint à arrêter. Même accès de fièe; le froid dure plus de deux heures. Le malade meurt le neuvième jonr. L’ouverture du crâne fit voir du sang cailié à la base de cette cavité, et comme renfermé dans une membrane * », (a) J. J. Harper, Apiarium observationum medicis et physicis experimentis illustratum , obs. 86. Basilze , 1687.
(b) Waxcun, Curat. et consilia , obs 81.
(c) Medical Observations and inquiries , vol. v1, art. 4.
(d) Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1765, Cette observation est rapportée en entier par M. John Bell, Principles of surgery, Discourse vi1, of Salivary tumors, vol..111, p. 252 ; et par M. J. Vose, Disputatio pathologica de Arterie carotidis
aneurismate. Edinburgi, 1809.
# Docs sur l’Anévrisme de l'artère carotide primitive ou tronc céphalique, Le: P. J. Vanderhagen. Paris , 1815.
guérit spontanément, et à la mort du sujet, produite par une attaque d’apoplexie, plusieurs années après la guérison de l’anévrisme, on trouva l'artère carotide oblitérée depuis son origine jusqu’à la tumeur qui existait vers la bifurcation du tronc en carolides interne et ex terne. | Tous ces faits bien connus d’ obliteration des artères carotides, dans queïques cas de rupture de la tumeur anévris- ‘ male, et presque toujours la certitude dela mort du sujet si l’on ne recourait pas à une opération ; les experiences tentées sur les animaux par Galien, Valsalva , Morgagni, ainsi que par Maunoir et plusieurs autres physiologistes mo-
mandation formelle de Van-Swieten de
dernes ; la rec lier l’artere carotide dans les anévrismes faux, n’avaient pointencore pu décider les chirurgiens à elabliren principe la ligature des carotides comme ils l'avaient fait pour les Vaisseaux des membres. Cependant le passage de Van- Swiéten ne laisse aucun doute sur ce point. I] dit « qu’on. ne risque rien à faire la ligalure d'une artère carotide, parce qu’une quantité suflisante de sang peut être portée à la tête par l’autre et par les artères verlébrales, Je liai Jes deux carotides à un chien anquel j'avais coupé auparavant les nerfsrécurrens , et je ne remarquai pas qu’il en ett soufs. fert aucun derangement; car , ais | huit jours, je trouvai Vanimal vigoureux et alerte: je lui liai alors les veines jus gulaires : il n’en resulta encore aucun mal remarquable, Quatre jours apres, le chien était en trés-bonne sante, J'examinai alors les ligatures que j'avais faites aux carotides; je vis qu'elles étaient bien serrées et fermes ; un thrombus fort épais et compact se tronvait placé entre
la ligature et le cœur. A l’ouverture du crâne, rien ne
parut changé dans le cerveau : au contraire, son volume semblait être plutôt augmenté que diminue (a).
Les mêmes expériences ont été faites sur un renard par M + Maunoir de Geneve, et il a obtenu des résultats sem— blables (b). Moi-méme j’ai lié un grand nombre de fois, sur des chiens et des chevaux, les carotides: ces animaux n’ont éprouvé que tres-peu de trouble dans leurs fonctions.
Van-Swieten insiste sur un point tres - important : il dit qu’il faut chercher avec soin les deux bouts de la carotide coupée, et les ayant trouvés, les lier : il ne suffit pas méme d’avoir lié celui qui est le plus proche du cœur, car le sang continuerait à venir par l’autre, parce que les carotides sont joinffés entre elles, et avec les artères vertébrales, par d’assez grandes ra-
mificaiions sous la base du cerveau (c). » C’est peut-être
(a) Preterea impune videtur ligari posse carotis arteria, cum per alteram et vertebrales arterias sanguinis idonea copia ad caput deduci possit. In cane, cui ante octiduum abscideram nervos recurrentes , ligavi utramque carotidem, nec potui observare illum aliquid mali inde pati : inveni enim hoc animal post alios octo dies elapsos vegetum et alacre. Ligavi tunc venas jugulares sine ullo observabili malo. Examinans tunc ligaturas carotidibus injectas , inveni illas firmissime heerere , et thrombum valde densum et ecompactum herere ‘inter ligaturam et cor. Aperto craniopin cerebro nihil mutatum apparebat , imo cerebri volumen patuit auctum quam minutum apparebat. (Van-Swieten, Commentariain H. Boerh., t.1, § 190, p. 266, Lugd.-Batav. )
(6) Mémoires physiolog. et pratiques sur l’Anévrisme et la ligature des artéres. Geneve, 1802.
(c) His factis deberet utrumque , extremum carotidis discissæ investigari , et inventum deinde ligari. Non sufficit enim ligasse arterie illam partem , quæ cordi propior est ; pergeret enim san-
guis effluere per alterum arteriæ discissæ extremum , quia c&
parce qu’on n’a pas tent ‘cette conduite dañs les opéra tions ‘de ligatures de la carotide que nous avons si tées , qu’elles ont été suivies d’ hémorragies funestes. 1 ‘En vain le célèbre Haller avait observé vnieasinuninen spontanée de l’artere carotide (4) ; il vit péfir dans une autre circonstance un homme‘atteint d’un 'arévrisme: dé la carotide , et que la ligature de'ce vaisseau aurait peutêtre pu sauver (5). En vain également (cA. Petit {d), MM. Baillie (e) et Pelletan: (f) ont pee ae ares tions d’oblitération de cé trond vasculaires ©) 92 09% ‘Le'célébre Scarpa n’a consacré que acuainaalioral ‘son’belouvrage à l’histoire de l'anévrisme de‘la*earotide ; il rapporté deux principales observations #/1eellé d’un militaire qui fut précipité avec son cheval du haut des -miurs de Mantoue ; et qui souffrit-une violenté torsion’ du cou ; d’où résulta unetumeür anévrismale" vers: angle de'la mâchoire : elle était grosse comme le‘poing,et battait avec une grande véhémence ; 2° celle de” Lucréce Boffeli: Dans le premier cas, il vit la maladie} Pexamina et ne songea point à l'opération. Le malheureux malade
rotides sub basi.cerebri cum se invicem et, cum wertebralibus
arterüs, magnis satis ramis emissis , junguntur. Van-Swizten 3
t 1, -§ 270, p: 267. ailes = ss | (a). Observ. XXIII. Corotis arteria et vena exsecatae ? 2: got ?
Opusc. pathol.’, t. ar. ‘1:
CAUTENS #41 IN)
(b) Observ. v1. pee ne carotidis i Opuse. pathol 1 al. Lausanne , ) 1768.
“(a Pages 2, 4, 6 dela Séconde partie,
(d) Mémoires de l’Académie des Sciences , année » 1965)
(e) Transactions of a Society for the improvement a. medical and chirurgical knowledge , vol. I, P- 727.
(f) Clinique chirurgicale, t. +, Fe “68. | IT. ie ee
pe
se mit entre Jes mains d’un charlatan qui le fit périr en prenant la tumeur pour un abcés et y portant le bistouri (a). Pour le second cas, on se contenta de faire quelques saignées qui n’empécherent point la maladie de croître , et la poche anévrismale de se déchirer, d’où s’ensuivit la mort de la malade.
Dans un mémoire publié récemment, le savant professeur de Pavie déclare qu’il admet sans aucun doute la possibilité de guérir Vanéyrisme de la carotide, au moyen de la ligature du tronc de cette artère, dans l’intervalle-qui existe de la tumeur à l'extrémité du sternum. I] cite, les observations d’Abernethy , de Cooper, etc., et il va jusqu’à donner la description du manuel opératoire (b).
Cependant le mode de circulation du sang dans la cavilé du crâne, les nombreux troncs vasculaires qui s’y rendeni … leurs fréquentes anastomoses , l’oblitération spontanée de quelques-uns de ces troncs, sans que les fonctions cérébrales parussent en. souffrir, devaient amener-à penser que , dans un cas d’anévrisme d’une artère carotide, on pourrait espérer de guérir la maladie en intérceptanty-par une ligature sur le vaisseau , tout abord du sang Gans Ta tumeur. Cefte opération n’a été faite que tres-tard , et il n’y a que tres-peu d’années, si nous en exceptons le cas rapporté par Hébenstreit , qu’elle a
(a) ‘Dopo sei mesi ebbi contezza , che questo infelice aveva perduto la vita fra le mani d’un igrorante ciarlatano , che gli aveva aperto il tumore creduto un astesso. Scarpa, sull Aneurisma , etc.
(b) Mémoria sulla legatura delle principali arterie degli arti con una Appendice all’ Opera sull Aneurisma di Antonio Scarpaa p. 126, $ 24. Pavia, 1817.
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 41 LR PSN, AMMA A CO été pratiquée de manière à devenir une règle de conduite pour le praticien dans le traitement des anévrismes. Sous ce rapport , toute la gloire appartient à M. Astley Cooper, car l’opération faite par M. Abernethy dépendit de la gravité de la circonstance.
Nous allons maintenant faire l’énumération des divers cas dans lesquels la ligature de l'artère carotide a été faite avec ou sans succes. Nous ne ferons que citer les uns, et nous exposerons les autres avec quelques détails lorsqu’ils n’auront pas élé rapportés dans le corps de cet ouvrage.
1°, M. Abernethy a pratique la ligature de l'artère carotide primitive pour un déchirement des branches de ce tronc vasculaire par la corne d’une vache. Avant l'opération , le malade perdit beaucoup de sang. dl mourut au bout detrente heures. - ,
L'examen du cadavre fit découvrir des traces d’une inflammation au cerveau (a). -
2°, Au mois d'octobre 1805, M. A. Cooper Jia la carotide sur une femme, pour une tumeur anévrismale à la partie moyenne du cou. Deux ligatures furent placées à un demi-pouce l’une de l’autre , mais on.ne coupa point l'artère entre elles. La malade mourut le dixueuvieme jour. L’autopsie du cadavre fit voir une inflammation au sac, à la huitième paire de nerfs, dans la trachée-artère , et la glotte en grande partie openes (6).
(a) The Surgical works of John Abernethy , vol. the second ,
p. 115, ease xxIV, on injuries of the head. ( Voyez p. 26 de
la seconde partie de cette tradaction de l’ouvrage de M. Hodgson. } (b) Medico-Chirurg, Trans., vol. 1, p.1, pl.retu.( Por. p. 8 de la seconde partie de cette tradnerion.de l'ouvrage de M. Hodgson.)
3°, En 1808, M. Cooper répréta celte opération : eile fut couronnée Fe succes (a).
4°. M. Benjamin Travers fit, le23 mai 1809, laligature de la carotide primitive pour une tumeur dans l'orbite , du genre de celles que M. Jolin:Bell désigne sous le nom d’anévrisme par anastomose : aucun accident ne survint, et:le malade fut guéri de son affection (5).
:50:En 1808, M. Cline lia Partère carotide à l’hôpital Saint- Thomas. La tumeur , yoiumineuse, située sur. le côté gauche du cou, s’élait développée rapidement. Le malade 4nourut le quatrieme jour apres l’opération. Le cadavre ne fut point ouvert (e):
6°. M. Hodgson a consigné dans son ouvrage une observation dans laquelle on voit que la ligature de la carotide fut faite avec succes pour un anévrisme faux de cette artere (d).
7°. En 1813, le docteur Post, de New-York , a lié avec succes l’artere carotide sur un sujet de trente-cinq ans, qui portait une grosse tumeur anévrismale imrnédiatement au-dessous de l’angle de la mâchoireet du côté droit @ ob oi 700
(a) Medico- chirurgical Transactions , vol: 13:1@. 222. (Foyez page 13 de notre seconde partie. )
(b) Medico-Chir urgical Transactions , vol. 11, p. ux ( V oyez aussi la page 15 de cette seconde partie. )
(c) London medical review , vol. 11, p. 96. I M Voss , Disput. pathologica de arteriæ carotidis aneurismate , ne 104. Edinburgi , 1809. ( Voyez aussi la seconde partie de notre traduction, p. 24. )
(d) Foyez obs. xu, p. 18 de cet ouvrage.
(e) Vew ingland Fou nal of medecine and Surgery , vol. nr, p. 205 ; published at Boston > apr il 1814. — Elemens of surgery
8°. Opération de l’anévrisme faux primitif faite à V'Hotel-Dieu de Paris en 1814 (a). oe
op, Opération semblable, et pour un cas analogue, pratiquée en 1814 à l’hospice de la Salpêtrière (6).
10°, Ligature de la carotide exécutée en 1814, par M. Giroux , pour une blessure de ce tronc vasculaire (c).
11°. Ligature de la carolide pour une tumeur ; anévrismale de cette artere.
« Le nommé Dupoeli, dragon espagnol, âgé de vingt- sept ans, d’un tempérament nerveux sanguin , ayant peu d’embonpoint, fut reçu à l'hôpital de Truxilo, où M. Dupont remplissait les fonctions de chir urgien en chef de la place. Le malade portait “depuis six mois, a la parue supérieure gauche du cou, une tumeur de la grosseur d’un œuf de poule, qui s’étendait depuis langle de la mâchoire inférieure jusqu’à quelques lignes audessous du cartilage thyroïde ; à la vue seule, on en distinguait les battemens , qui étaient isochrones à ceux de l'artère. La tuteur diminuait par la pression, et se rétablissait sitot qu’on | Pabandonnait. Le malade éprouvait de violens maux de téte, avec élancemens, pour peu qu'il se baissat ou qu'il fit quelque effort. La respiration s’exécuiail assez facilement ; mais il éprouyait une irritalion dans fe larynx : le malade avait d’ailleurs une
for the use of students ; by John Syng Dorsey , vol. 11, p. 180. Philadelphia , 1813. ( Voyez p..36 de la seconde partie de notre traduction de l'ouvrage de M. Hodgson. )
(a) Voyez page 30.
(b) Voyez page 44.
(c) Voyezp. 45, et la Dissertation sur PAnévrisme de lartère carotide ou tronc céphalique , par PJ Vanderhaghen. Paris, 18,5.
assez bonne santé. M. Dupont ne put tirer aucun renseignement sur Ja cause de la maladie. Le iroisieme jour de son entrée à l’hôpital , la tumeur paraissait être aug— mentée. M. Dupont résolut d’opérer ce malade ; ce qu’il fit conjointement avec M. le docteur Serra ; il sitivit exactement le procédé de M. A. Cooper. L'opération ne fut troublée par aucun accident ; le malade fut couché ; on lui prescrivit le repos le plus parfait et un régime sévere. Il ne ressentait plus les élancemens dont il se plaignait auparavant ; la nuit fut bonne. Même état jusqu’au quairleme jour à dater de l’opération. Le sixieme jour on leva l’appareil; la tumeur était d’un volume moindre, plus résistante , et le sang qu’elle contenait était coagulé. On réappliqua l’appareil. Le septième jour, là tumeur, plus dure encore que la veille, parut considérablement diminuée ; aucun accident ne troubla la marche de la guérison , qui fut complete le 28 septembre, et le malade sortit de l'hôpital n’ayant plus qu’une tumeur de la grosseur d’une olive (a). »
12°, En 1815, M. Charles Collier a fait avec succes la ligature de J’artere carotide commune dans un cas de blessure à la face. Voici quelques details sur cette opération (0).
William Ball, tambour du quarante-quatrieme régiment, âgé de vingt-ans, d’une constitution grêle , fut blesse le 17 juin par la pointe d’une épée qui passa par Vangle de la joue gauche, et pénétra dans la bouche en | lacérant cruellement la langue dans trois ou quatre en-
(a) Dissertation sur lAnévrisme de l'artère catotide ou tronc
céphalique, par P. J. Vanderhaghen. Paris, 1815. (b) Medico-Chirurgical Transactions , vol. ¥11 , p. 107.
droits. Il fut apporté à l’hôpital de Sainte-Elisabeth , le 19, et, d’après son récit , il avait perdu une grande quantité de sang dans le chemin ; mais depuis ce temps jusqu’au 22 , il ne lui arriva rien de remarquable. Le soir du mêine jour , je vins pour le voir, et je trouvai qu’un sang artériel s’élançait avec une force considérable du fond d’une plaie étroite et profonde , et coulait dans une direction comme sil fût provenu de plusieurs branches de la carotide externe. Je débridai la plaie ; mais tous mes efforts pour découvrir les sources de l’hémorragie furent inutiles ; alors je m’appliquai seulement à modérer l’écoulement du sang par la compression de la carotide, au moyen de compresses graduées appliquées avec soin. Quoique l’hémorragie se fût arrêtée pendant trois ou quatre minutes , il fut bientôt évident que le sang avait seulement changé de chemin, car il reparut en aussi grande abondance par la bouche qu’il Pavait fait auparavant par la plaie, et il fallut enlever continuellement les caillots pour prévenir la suffocation. Le malade était pale, le pouls faible et précipité ; tout indiquait extinction rapide de la vie par suite de la perte de sang. Mon opinion que la conservation du malade dépendait de la ligature de l’artère carotide commune , ayant élé approuvée dans une consultation avec M. Cavanagh, chirurgien - major, et mon ami M. Cooper, aussi chirurgien-major , je pratiquai l’opération en pre~ sence de ces Messieurs, à huit heures du soir. Le ma lade étant placé sur une table, et son cou un peu étendu sur le côté, je fis une incision de plus de deux pouces sur le bord interne du muscle sterno-
eléido-mastoidien ; je disséquai le peaucier et le tissu
Le]
cellulaire , et détachai de son bord la veine thyroidienne , apres l'avoir mise à nu. Le muscle disséqué fut tenu descôlé par M. Cooper, tandis que je séparat la veine jugulaire de ses connexions , et j'enlevai en partie son enveloppe cellulaire ;.cette difficulté surmontée , j’incisai la gaîne cellaleuse de l'artère , et mis de côté la huitième paire de nerf. Par cette dissection , je pus passer sous le vaisseau une sonde cannelée armée d’une ligature composée de deux fils; l’artere fut alors liée à trois quarts de pouce environ du sternun, et les levres de la plaie rapprochées par deux sutures entrecoupées. L'opération dura pres d’une heure; l’hémorragie cessa du moment ou la ligature fut appliquée, et le sang ne reparut point. Deux heures apres l'opération, le malade était assez tranquille , et avait sa connaissance ; le pouls: était faible, la figure tres-pâle. Le matin suivant , 23 juin,, je le trouvai parfaitement à son aise, si ce n’est une légère sensation de chaleur dans la gorge , augmentée depuis l’opération ; le pouls donnait quatrevingt-seize pulsations , avec un peu de roideur ; la liberté du ventre fut entretenue par de petites doses de calomel et de jalap. La plaie fut pansée le 25, et paraissait bien; le pouls était faible, et variait entre cent douze et cent vingt pulsations. Le 26, le malade se plaignit d’un, bruityincommode dans loreille gauche, et d’une légère sensation d’engourdissement du même côté de la face. Depuis ce temps jusqu’au 2 juillet, il n’arriva rien qui put causer beaucoup d’alarmes : le pouls était rarement au-dessous de cent dix pulsations ; la peau avait sa température ordinaire; la carotide droite offrait des pulsations bien plus fortes qu'à l’ordinaire; le sensorium
DES ARTERES ET DES VEINES. br
n’était troublé en aucune maniere. On prescrivit des sels neutres, et la diète fut légère. Le 2 juillet, un érysipèle commença sur la glande parotide gauche, s’étendit sur la joue et sur la paupière , causant un peu de tuméfaction, et affectant le côté opposé. Cet érysipele fut modéré; il eut un effet vésicant dans quelques endroits, et s'arrêta au bout de cinq ou six jours par l'emploi de doux purgatifs et par des applications froides. Le 5 juillet, la ligature de l’artere tomba , et la guérison parut être plus prompte que nous me pouvions l’attendre d’une constitution affaiblie par des maladies antérieures. Le 12 juillet, une deuxieme attaque d’érysipele commença , semblable en tout à la premiere ; elle céda comme elle à un doux traitement.
» La plaie de l’opération guérit bientôt, à l’exceplion de l’ouverture par laquelle passait la ligature , et qui offrit encore un léger écoulement pendant quelques jours apres qu’elle fut tombée ; la premiere plaie s’était fermée immédiatement apres l'opération. La sanlé du malade étant rélablie, H sortit de lhôpital le 12 d'août. On ne pouvait, à celte époque , apercevoir de pulsation dans aucune partie du trajet de l’artere au-dessus de la PaaS »
+ M. William Goodlad a lu, dans le mois de fevrier “pte: , à la Société médico-chirurgicale de Londres, l’histoire de Vextirpation d’une tumeur occupant le côté de la face et du cou , qui avait exigé préalablement la ligature de l’artere carotide primitive, Voici le fait (a) :
(a) Medico-Chirurgical Transactions ; history of a tumor in the face and neck, etc., vol. vit, part. 1, p. 112. London, 1816.
« Les arteres carotides fournissent au cerveau une portion si considérable de sang , que les praticiens, jusque dans ces derniers temps, ont été effrayés de leur ligature, craignant que les fonctions de cet important organe ne fussent par là assez entravées pour détruire la vie. M. Abernethy est le premier qui ait lié la carotide pri~ milive gauche sur un homme dont l’artere carotide interne , et plusieurs branches de l’externe, avaient été divisées par la corne d’une vache. Le malade ne vécut que trente heures, et mourut de la lésion qu’avaient éprouvée les fonctions du cerveau.
» En conséquence, cette opération fut si peu encouragee, qu’on ne Ja regarda comme justifiable que dans Jes cas où la mort serait inévitable de toute autre maniere. Depuis cette époque, la carotide a été liée par M. A. Cooper et par M. Travers ; mais je crois qu’il n’y a pas d'exemple qu’on ait appliqué une ligature à ce vaisseau pour rendre praticable l’extirpation d’une tumeur : le cas suivant, dans lequel cette opération a été exécutée avec succes , sera donc, je l’espere, digne de l'attention de la Société.
» Le 31 du mois d’août, je fus invité à aller voir -mistriss Kershaw, de Middleton, femme de moyen âge et maigre, pour une consultation qui avait ete faite le jour précédent a Manchester : Je résultat général de cette consultation avait élé qu’aucune opération n’était exécutable. La malade portait une large tumeur s’étendant depuis l’angle externe de l’œil gauche jusqu’au bas de la joue , et depuis le trou sous-orbitaire jusqu’à la racine de l'oreille. Celle-ci était soulevée par la tumeur qui, passant sous elle , se dirigeait derrière l’apophyse mastoide.
En avant, cette tumeur allait du menton vers la trachée, qu’elle couvrait éh parlie , et arrivait jusque sur la clavicule. La circonférence de sa base, la derniere fois qu’on la mesura , était de vingt pouces : depuis cette époque , elle avait augmenté rapidement, mais je regrette de ne m'être pas assuré de son voluine exact : toutefois, d’après l’espace qu’elle occupait, elle devait avoir au moins vingt-huit pouces de longueur dans sa portion supérieure comprise depuis la corne de l’hyoïde jusqu’au-dessus du zygoma. Cette tumeur , dans sa base, était plus large que dans son milieu ou son sommet ; en la soulevant par sa parlié inférieure en plaçant une main de chaque côte , et en passant en même temps les doigts sous elle, on pouvait reconnaître avec certitude qu'elle n’avait pas de connexion avec les vaisseaux ; mais commie elle s’étendait sur la trachée, et qu’elle était unie avec elle, il fallait un examen tres-attentif pour se convaincre qu'il n'existait pas d’union entre elles. La corne de Vhyoide élait mobile sous la tumeur ; et en passant les doigts éntre cés parties, je me convainquis très-bien qu’elles pouvaient être séparées. L’cesophage était trop éloigné pour être compris dans la maladie. Au-dessus de la corne de l’hyoïde, la base de la tu= sneur, profonde et élendue, génait considérablement la déglutilion.
» La maladie, commencant derriere l'angle de la machoire , s’étendait au-delà de l’apophyse mastoide ; elle était si intiinemént adhérente avec les parties sous-jacentes, que ‘le doigt ne pouvait être passé sofis elles. La glande parotide était récouverte par la tumeur; mais c'était une queslion digne d’une éonsidéralion sérieuse,
6o MALADIES
que de décider jusqu’à quel point la substance, de cette glande se trouvait intéressée. L’étendue de la maladie devenait de peu d'importance si l'artère carotide pouvait être liée, ainsi que, j'en avais l'intention. Je crois avoir fait observer que la tumeur était parfaitement mobile, quoique ‘ses mouvemens fussent très-limités, et qu’il n’y avait aucune adhérence , soit à la mâchoire, soit au zygoma. we ‘ |
» La surface de la tumeur était divisée en larges tubercules , et le sommet de chacun de ces mamelons devenait plus proéminent par une collection de fluide : ils paraissaient charnus , mais ils n’avaient ni la dureté ni aucun des autres caractères externes du carcinome. L’on ne remarquait point de glandes absorbantes d’affectées dans le voisinage , et quoiqu'il y eüt ulcération dans deux endroits différens, l’aspect des ulcères n’était pas repoussant : un fongus hoœmatodés n’était donc pas à craindre. Cependant une circonstance décourageante proyenait de ce qu’un charlatan ayant voulu enlever la tumeur avec l’instrument tranchant, dans le commencement de son apparition , il en était résulté une hémorragie tres-alarmante. Apres un temps tres-court, la maladie avait paru de nouveau , et n’avait mis que neuf mois pour atteindre l’énorme volume qu’elle offrait. De grosses veines variqueuses serpentaient sur sa surface , et comme la peau était uniformément malade , on pouvait s'attendre que l’ulcération s’étendrait jusqu’à elle, et que Vhémorragie en serait une conséquence inévitable. La santé de cette femme paraissait assez bonne, quoique ses forces fussent affaiblies , et que la pesanteur de la tumeur qu’elle portait sur l’épaule l’empêchât de faire de l’exer-
cice. Elle s’était adressée à plusieurs praticiens en ville et dans un hôpital ‘Voisin : leur réponse avait été constamment contraire à ses vœux. :
» Les objections contre l’opération étaient de deux sortes : la crainte de l’hémorragiei qui, survenant 1m mediatement , ‘devait tuer la malade , ‘et la reproduction de la tumeur lorsqu'on laurait enlevée. On ré pondait à la premiere par la ligature dé l'artère caro tide, et alors il n’y avait pas de doute‘que la tumeur ne put être extirpée, si ce n’est dans l’endroit dont j’ai fait mention. Comme les consultans pensaient que la mort “était inévitable de: toute autre maniere , et devait même “bientôt arriver, il me parut que, nonobstant l’incerti- ‘tude du succes, j'étais justifié en saisissant le dernier ‘moyen de salut qui restât. La question se tournait alors sur la ligature de l'artère carotide. Si les deux malades sur lesquels M. Cooper avait fait cette ligature eussent péri, cette connaissance seule m’eût empéché d’avoir recours à la ligature. Mais au contraire, un de ces malades s’est rétabli. Toutefois, comme aucun chirurgien, dans des cas d’anévrisme , ne doit hésiter d'employer ‘tous les moyens praticables , et encouragé par l’exemple du succes de M. Travers , je me décidai à entreprendre opération , plutôt que de voir périr la malade par les progres de son mal. La chance de l'irritation dans la trachée , lœsophage , etc., produisant la toux et détrui- ‘sant l’adhérence dans le vaisseau, ov troublant les fonc tions de l'estomac par la lésion de la-huitième paire de nerfs, était égale dans l’un et dans l’autré cas ; mais le danger provenant Ge l’hémorragie semblait moins considérable que dans un anévrisme, parce que certaine
62 MALADIES a ————" ——— 4 ———————————— rh ment l'artère était saine. Si les symptômes inflammatoires survenaient , ils devaient être affaiblis par l’écoulement provenant d'une large surface en suppuration , et la perte de sang durant l’opération devait, sous ce rapport, paraître avantageuse et desirable.
» Une autre considération était de déterminer le degré de pouvoir de la mature pour réparer la perte de substance, puisque Ja peau qui recouvrait la tumeur se trouvait altérée : une large surface en suppuration devait donc être mise à nu et se couvrir ensuite de granulations. I] ne paraissait pas certain qu’une puissance suffisante res— tat dans la partie pour ces opérations , surtout d’après la faiblesse qu'avait produite la maladie. Comme j'avais exprimé la ferme volonté de surmonter ces obstacles , cette femme devenait impatiente que j'en vinsse à l’exécutron = et une hémorragie alarmante survenue le troisième jour apres ma visite, mettant sa vie en danger, il n’y eut plus de temps à perdre. Je me rendis Je 5 septembre à Middleton, et je procédai à l’opération de Ja manière suivante : La malade fut d’abord placée sur une table, la tête aussi basse qu’elle pouvait la supporter , à cause du danger de suffocation qui était à craindre.par la pression de la tumeur. by 254
» Une incision de quatre pouces d’étendue fut faite aux tégumens; la tumeur en même temps fut ramenée , autant que possible, de dessus la trachée vers Je bord du muscle sterno-mastoidien ; le trajet.de celui-ci n’avait pas été tracé auparavant, le bord sternal de,son insertion tendineuse élant à peine apparente. L’écoulement de sang qui suivit l’incision fut très - abondant; mais ayant.séparé Je sac de la tumeur d’avec.les tégumens environ-
nans , on apercut le bord interne du muscle; et le peaucier divisé dans une plus grande étendue , on senti tresbien les battemens de l’artère au fond de la plaie. L’instrument fut alors mis de côté , le tissu cellulaire séparé au moyen des doigts, l’enveloppe artérielle découverte : et les vaisseaux saisis entre le pouce et l’indicateur. Je m’efforçai de séparer les fibres aponévrotiques au moyen des ongles de l'indicateur et du pouce, de manière à passer un doigt au-dessous de l’artère , et d’empécher toute autre partie d’être comprise dans la ligature. La résistance à mes efforts fut grande , et l’extrémité percee d’une sonde qui m'avait été précédemment utile, fut dirigée vers le côté externe du vaisseau, de maniere à presser sur le point opposé à mon doigt; mais quoique incliné sous différens angles pour s’accommoder à Ja plaie , une sonde du plus fort diamètre se trouva trop faible pour être dirigée avec sûreté à une si grande profondeur , et elle tournait dans la plaie. Le volume de la tumeur ajoutait beaucoup aux difficultes de cette période de l’opération , non-seulement en rendant la plaie plus profonde, mais encore par Ja nécessité de la tenir de côté .et de géner par là les doigts, tandis que si on la Jaissait en liberté, en pressant sur la sonde, elle en changeait la direction. La pointe d’une aiguille à anévrisme fut alors essayée sans un meilleur succes ; mais en dirigeant lacourbure de cet instrument dans la plaie, je m’apergus qu’elle pressait avec une grande facilité contre le doigt, et alors je fus convaincu qu’il n’y avait aucune autre partie de comprise. En effet, le vaisseau avait été depouillé de son fascia , si ce n’est à sa partie postérieure , où , en insinuant l’aiguille entre le pouce et l'indicateur,
passés de chaque côté, presque toutes les fibres furent coupées , et leur division étant faite, le doigt indicateur fut engagé graduellement et avec précaution sous le vaisseau avec l’aiguille en contact, mais sens dessus dessous. Ce ne fut qu’avec la plus grande difficulté que je parvins à la retourner dans une plaie aussi profonde ; et malgré l’exirême attention que j'apportais à tenir Vindicateur de la main gauche entre l'extrémité de linstrument et la ‘trachée , et à presser sur Jes extrémités de de instrument pour l’incliner et l’aécommoder à la cavité , je fis plus de violence aux Vaisseaux que je ne l’eusse desiré. La malade supporta cette opération pénible avec le plus grand courage , chérchant seulement a soulager Pirritalion que ‘les doigts produisaient , , par de fréquens efforts pour avaler, Il s’écoula une quantité considérable de sang, et la ligature fut immédiatement appliquée aussi bas qu’il fut possible dans la plaie. Au moment où l’on serra le fil, la malade éprouva une vive douleur qui s’étendait de la plaie ‘tout ce côté de 14 tête. Le fluide contenu dans le sommet de chaque tubercule fut alors évacué pour diminuer le volume de la tumeur, In rendre plus facile à saisir, ét diininuer la pression sur la trachée , dont la malade se plaignait ‘beaucoup. L’incision fut prolongée de la base de la tumeur à sa partie supérieure, et l’on disséqua d'abord en partant de la joue. Durant cette partie de l'opération , on se servit des doigts tant qu’il fut possible; mais parfois de’ fortes bandes ligamenteuses rendirent la section par Vinstru= ment nécéssaire, En divisant les tégumehs qui unissaient la portion supérieure de la tumeur à la tête, endroit où les veines externes étaient ramifiées , l’hémorragie fut
considérable. et en disséquant ¢ en bas, Ja branche de la mâchoire St apparente : dans cette partie , aussibien que derrière et sous Voreille , chaque coup de l’ins: trument était. suivi par un jet de sang, et parfois par un écoulement abondant qui durait quelques secondes, La malade était tres-faible apres l'opération, mais un peu de vin > pr is par intervalle, lui rendit bientôt sa connaissance, Outre un suintement sanguin général , il ‘y avait quélques endroits d’où le sang coulait en plus grande quantite. Quoique ce füt un sang veineux, par précaution plutôt que par nécessité, on fit la ligature des vaisseaux qui le fourhissaient ; s la plaie avait alors l'apparence suivante : tout le muscle sterno- -mastoidien était à nu, et ses fibres se trouvaient disséquées j jusqu’à un Fate de distance de son insertion à la clavicule. En arriere, la plaie s’étendait de l’apophyse mastoide jusqu’a la trachée; elle devenait plus étroite 4 la partie inférieure du cou. La glande sous-maxillaire fut mise àänu, et environ un cinquième de sa substance’, qui paraissait altérée , fut enlevé, Le muscle digastrique et la grande portion du milo = -hyoidien furent mis à nus ; la branche de la mâchoire était seulement recouverte par le périoste , si ce n’est dans l'endroit où elle est ca chée par le muscle masseter , dont une partie, qui pa raissait malade, fut extirpée : toute l'apophyse condys loidienne de cet os fut mise à découvert de la même ma nière. On voyait sur la joue une substance cellulaire qui ne paraissait pas saine et qu’on enleva ; cependant on conserva une quantité suffisante de peau pour couvrif le zigoma. La glande parotide fut entierement enlevée. Après avoir nettoyé la plaie , la peau à rapprochée aus EU De
tant que possible, fut réunie au moyen de bandelettes agglutinatives, recouvertes de plumasseaux de charpie enduite de cérat; la malade, quoique tres-faible , se trouvait assez bien. On la placa dans son lit. Son pouls, tresfaible , offrait cent dix pulsations. :
» Onze heures du soir, même jour. Elle est tres-bien , quoique éprouvant une grande soif et du malaise dans la gorge, qui l’empéche d’avaler. Son pouls est élevée, quoique non moins fréquent ; elle a uriné librement.
» Deuxième jour, neuf heures du matin. Elle a été tourmentée par la soif jusqu’a minuit ; mais ensuite elle a bien dormi : le mal de gorge est din , quoiqu’en avalant elle s ’en aperçoive encore, À quatre heures du matin , elle a transpiré copieusement, et sa peau est encore humide ; le pouls est mou, et bat cent huit fois; elle a uriné librement : aucune selle; mais elle en avait eu trois la veille avant l’opération.
» Il y a une sécrétion copieuse de mucosités de la trachée ; aucune douleur de tête » point de malaise, et la plaie est bien. Un suintement général de sang a pénélre Vappareil. A neuf heures du soir, le pouls a cent vingt plusations , la peau ‘est sèche et chaude ; parfois il y a battemens dans la tête ; la soif ne se fait pas sentir. L’écoulement de sérosité none de la plaie continue. » Troisieme j jour, neuf heures du matin. La malade a passé une bonne nuit. Son pouls est maintenant mou; il a cent six pulsations. Aucune douleur dans la plaie , quoique la face soit un peu gonflée, Elle a eu du frisson dans la nuit ; il a disparu immediatement par l'application d’une couverture chaude, et a été suivi d’une chaleur considérable. Outre le mal de gorge, elle a une
légere toux qui ne lui cause aucune douleur, Un lave» ment a procuré trois évacuations copieuses de couleur et de consistance convenables : elle a uriné librement » et pris du thé et du gruau avec plaisir, mais en petite quantité. Neuf heures du soir. Le pouls est plein, et s’est de nouveau élevé à cent vingt pulsations. Elle éprouve aussi quelques douleurs de tête , et les élancemens s’étendent jusqu’à la face; elle n’a point eu de nouvelles selles. Le suintement de sang paraît avoir cessé ; le malaise de l’œsophage et la sécrétion du mucus sont un peu modérés. Sa tête et son cou ont été tenus humides avec de l’eau tiède, et on lui donne une prise des pous,. dres suivantes toutes les vingt-quatre heures :
# Sous-muriale de mercure. ..... gr. Vj; Antimoine en poudre......... gr. xÿj.
Mélez et divisez en six prises.
» Quatrième jour , neuf heures du matin. Pouls mou eta cent pulsations; peau froide et moite. La malade a passé la nuit assez bien ; les battemens dans la tête sont moins incommodes , et dent être de peu de conséquence parce qu’elle y est sujette. La plaie fournit une suppuration abondante. Il y a eu une nouvelle évacuation ce matin. Elle fait encore des efforts pour avaler, et l’écoulement du mucus est considerable ; la toux, qui a toujours été tres-légere, a disparu. — Même jour ,, huit heures du soir. Pouls vibrant et donnant cent quatre pulsations; la tête est sans douleur ; la malade n’a point de chaleur, peu de soif, et elle est sans toux. La sécrétion muqueuse n’augmente pas, quoique la dou
68 | MALADIES ja Ce OR ne hi AR ak tener aies PA leur se soit étendue à la base de la langue. Les regles, qui avaient commencé à paraître ce malin, on! cessé. Il y a eu-une nouvelle évacuation. Si le ma! de tête revient, ou si le mal de gorge augmente, un lavement lui sera donné ; on lui fait continuer ses poudres, et prendre du lait en De
» Neuf heures du matin, cinquième jour. Pouls mou et à cent quatre pulsations, La malade ne se plaint ni de soif ni de mal de tête. La peau est fraîche, la difficulté de la déglutition et le plyalisme sont comme à l’ordinaire ; mais elle éprouve principalement la premiere apres le sommeil. La nuit s’est passée assez bien. L'appareil a été levé , et la plaie a presente l’aspect suivant : elle est tres-etendue et recouverte dans sa partie supérieure d’une ma~ tigre muqueuse très - colorée qui y. adhere. Une petite quantité de sang coagulé et tres~coloré suinte dans plusieurs points. La moitié inférieure de la plaie n’offre pas par-tout des granulations, mais elle est d’une couleur pale, et la peau, dans quelques endroits de ses bords, est desséchée. L’écoulement est aqueux et considérable. De la charpie sèche est appliquée , et l’on ordonne, outre du lait et du bouillon, du vin ou du porter en petite quantilé. On prescrit aussi deux cuillerées, à prendre toutes les vingt-quatre heures, de la potion suivante :
% Decoction de quinquina........... Zvij; Teinture de quinquina composée... 5j; Acide sulfurique étendu...,....... 5j;
“Letnture "d'ophénr ie 2.90 5 002.09 gral
» Le soir, peau fraiche, pouls a cent pulsations. La
nee
malade a pris du bouillon, du lait, et une petite quan tité devin ; comme il n’y a point eu d’évacuation depuis la visite da matin, on prescrit une poudre purgative ; le quinquina et le vin sont discontinués jusqu’a ce que Ja poudre ait produit son effet.
» Dix heures du matin, sixieme jour. Le pouls est mou et offre quatre-vingt-dix-huit pulsations. La peau est fraîche ; il n’y a ni douleur de tête ni soif, et la difficulté d’avaler a cessé. Sur les trois heures, elle s'est réveilléé en sursaut, à la suite d’un rêve, et a êlé trèsagitée; son pouls était alors trés-fréquent et les élancemens dans la tête tréseviolens, avec une douleur aiguë ; mais au bout d’une demi-heure , elle s’est rendormie , et a passé tres-bien le reste de la nuit. [] y a un peu de sensibilité dans la joue ; mais la chaleur est toujours na- ‘turelle; il-n’y a pas eu d’évacuation. La surface supérieure de la plaie est en suppuration ; la partie inferieure offre des granulations, mais elles sont tres- pales. Une escarre borde l’orifice qui conduit a l’artère,
» Lundi, dix heures du matin, septième jour. La malade a passé une bonne nuit ; le pouls est mou et a cent pulsations. Elle est exempte de soif et de fièvre. Son appétit est bon, et elle prend en abondance du lait, du ‘potage et du bouillon ; une selle a été procurée hier par un lavement , elle en a eu une autre ce matin. La sécretion du mucuset la difficulté d’avaler ont cessé ; il y a eu un péû de diminution dans la sécrétion de la salive , la bouche ‘étant généralement sèche après le sommeil. L’é~ coulement est partiellement puriforme , mais la glande maxillaire sécrete une grande quantité de salive. L’es~ carre est plus mince, ayant çà et la des points de gra-
nulations qui s’élevent au travers, et dont l’un offre le diamètre d’une piece de six sous. Au cou, les granulations sont pales; mais il y a une disposition à se cica~ triser sur le bord postérieur où passe le muscle sternomastoidien. La pulsation dans la carotide droite s’étend au cole gauche, et celle de la sous-claviere gauche semble s'être communiquée au vaisseau qui a été lié, et peut faire soupçonner qu'il y a encore communication entre ces troncs vasculaires. | » Mardi, neuf heures du matin, huitieme jour, Les escarres continuent ase séparer, et la surface traumatique est moins pâle. L’écoulement est copieux , et.sur le.cou il est puriforme, Il y a aussi un peu de suintement par l’orifice a travers lequel passe la ligature pour se rendre à l’artèré ; mais cette ouverture a une apparence tressaine ; et l’escarre qui la bordait s’est séparée. La dernière ligature appliquée aux pelits vaisseaux s’est aussi détachée ce matin. La malade a passé une bonne nuit, et ses forces augmentent. | » Mercredi, elle est restée jusqu’à une heure sans: reposer ; mais ayant été ensuite a la selle, elle a assez bien dormi : cependant elle n’est pas si bien ce matin; son pouls est à cent dix pulsations; l’appetit manque; la malade a du dégoût pour, toute autre chose, que du gruau : sa langue est nette , sa peau moite ; 1l y a eu une nouvelle évacuation , et l’écoulement est-naturel. Elle a eu hier quelques élancemens pres de la ligature; mais aujourd’hui la plaie est bien. L’ulcération sur le cou diminue rapidement; les granulations, quoique, pales , sont bonnes; dans la partie supérieure qui recouvre la joue , la surface est:mollasse et irritable. Les escarres. se
soni séparées pour la plupart, si ce n’est une du diametre d’un shelling A au-dessous de l'oreille, et une autre dan la partie la plus profonde de la plaie, au bord inférieur de la glande sous-maxillaire. L’écoulement de la salive est toujours tres-grand. Une tr es-petite quantité de] pus de bonne nature sort par. la pression de l'orifice à travers lequel passe la ligature ; mais les granulations naissent rapidement , et ce n’est maintenant qu’ une simple ouver= ture fistuleuse. De la charpie sèche a été appliquée pour absorber la matière de l’écoulement, et par-dessus on a mis des emplâtres agglutinatifs. J’ai visité de nouveau ce soir la malade, et j'ai trouvé son pouls plus mou ét battant cent quatre fois par minute. La DDR a été considérable , et il y a eu des selles naturelles; on or= donne de manger du fruit mûr , et on fait quitter le Vie. à si » Jeudi À ttre jour. La malade a passé une bonne nuit; son appétit est revenu ; et ce matin, de bonne heure , son pouls était à quatre-vingt-quatorze pulsations. La plaie va beaucoup mieux et se ferme rapidement ; la portion supérieure commence à se guérir ; particulière ment près de l’oreille. |
» Vendredi, comme hier; elle va bien sous tous les rapports. Le pouls est à cent deux pulsations. On a permis à la malade de se lever ; depuis. trois es elle mange bien ; les selles sont ttes
» Samedi, onzieme jour. La ligature est tombée ce matin sans la plus petite hémorragie ; le pouls est mou et a quatre-vingt-douze pulsations. La malade a bien dormi depuis minuit ; son appétit est excellent.
» Dimanche , douzième jour. Comme hier , le pouls a
quatre-vingt-douze pulsations. Elle s’est levée pendant une heure sans éprouver de faugue , ét elle à Bien dormi. pote Bo,
» Mardi » quatorzième jour. Le pouls, Hi niatit’, par suite de l'agitation qu avait éprouvée Ja malade, était. irrégulier et à cent huit pulsations; aujourd” hui il est seulement à à quatre -vingt-deux pulsations , ‘mou et régulier. La malade se rétablit progressivément ; mais les granulations s'élèvent au-dessus de la plaie , et il ya eu une abondante sécrétion de salive : en conséquence x la surface de l’uicération a été touchée de temps en temps avec une solution de nitrate d'argent, qui a remédié à ces deux i inconvéniens. L'ouverture qui conduisait à l’artere est entièrement fermée. La santé générale est bonne, et le dix-septieme j jour apres l'opération, la malade s’est levée, pendant trois heures sans éprouver de fatigue. Au bout .de dix semaines, la plaie était cicatriséé ; mais les granulations n'ont jamais été vermeilles , et Ta secré= tion de la salive , long-temps considérable, n’a pas retardé la cicatrisation de. l’ulcère. In y a eu aucun syme ptôme du retour de cette formidable affection.
» Je ne puisterminer mon récit sans appeler l’attention de la Societe sur I’ amélioration que la chirurgie peut tirer de celte opération pour lextirpation de toute tumeur derriere la mâchoire, qui n’a pas de connexion plus profonde que les muscles attachés à à Vapophyse sty=
loide , et. que l’on peut enlever avec sûreté : le chiyungien,, toutefois, ne peut prendre trop de cute pour s'assurer que ni le larynx ni le pharynx n’ont d’attaches avec elle. |
» Je ne connais pas de cas où la Sighs ait pu étre
comparée avec celle-ci. La rapidité de la naissance de la tumeur montre son extrême vascularité, et l’écoulement de sang fut si considérable, même après la ligature de la carotide‘, que je fus convaincu qu’il était impossible à l’opérateur le plus habile de réussir sans cette précaution préparatoire. Dans un cas semblable, parüculièrement si la tumeur était bien définie, l’opération serait simplifiée si, au lieu de lier l’artère, le chirurgien incisait dessus , et arrétait le cours du: sang par la pression qu’exercerait un aide, soit sur les vertebres, ou entre son pouce et l’indicateur , jusqu’à ce que la tumeur fût enlevée et qu’on ett lié toutes les branches divises.
» Non-seulement par là l’opérateur serait plus tranquille ; mais la crainte de voir la tumeur se reproduire “Sérait aussi diminuée.
» Une question pourrait ici s’éléver sûr l’utilité de faire simplement l’opération préparatoire, et de laisser la masse morbide se détacher. Mais je crois cela impraticable , parce que la chute d’une substance aussi volu= mineuse produirait plus de dérangement constitutionnel que son ablation par l'instrument , et retarderait, si elle ne l’empêchait pas, oe = membranes artériélles.
» Je n’insiste pas sur la confiance qué l’on a maintenant dans la ligature des principaux ‘vaisséaux sanguins ‘quand il n’a point existé d'obstacles à la circulation. En eïet, sur ce point tres-important de pratique , lon a | une parfaite conviction de sa nécessité et dé son utilité , et l’on est redevable de cette conviction à M. Abernethy et à d’autres chirurgiens modernes. »
14°. M. Dalrymple a fait avec succes la ligature du tronc commun de l’artére carotide gauche, pour ‘un anévrisme par anastomose dans l’orbite, cas semblable à celui pour, lequel M. Travers a eu recours à la même opération (a).
Le 24 novembre 1812, une femme de quarante-quatre ans, d’une constitution délicate, vint me trouver 3 en se plaignant.de son œil gauche. Elle me dit que, cinq mois auparavant , éiant grosse. de son sixième enfant, elle fut saisie, au milieu de Ja nuit, d’une douleur intense dans le globe de l’œil ; accompagnée d’une sorte de bruissemént dans la tête-qui l’alarma beaucoup. L'attaque fut soudaine et instantanée. Entendant un bruit comme. un craquement , et éprouvant en même temps une douleur extraordinaire. dans le globe de l’œil, elle s’éveilla toute alarmée et sauta hors du lit: Dix ou douze heures apres, l’œil. devint enflammé et les paupières se tuméfierent tellement qu’elles dépassaient de beaucoup le niveau des arcades orbitaires supérieures et inférieures. La malade sentit aussi une douleur aigue dans toute la partie gauche de la tête, ainsi que dans la paupière el au fond de l’orbite du même côté. La nuit suivante, l’extrême violence de la douleur diminua, mais le gonflement des paupières sembla plutôt augmenter , et elle croyait sentir.que le globe de l’œil était tiré en haut vers le front. Aucune altération particuliere n'eut lieu dans les sept semaines suivantes, au bout desquelles elle fut délivrée.
Pendant les douleurs de l’enfantement, qui furent
(a) Voyez page 15 , seconde partie, |
tres -intenses , une tumeur d’un rouge foncé et d’une | forme oblongue se manifesta entre les paupières ; pen dant sept à huit jours, elle augmenta graduellement, jusqu’à ce qu’elle eût occupé , dans une direction verli= cale, la presque totalité de l’espace entre le bord sourcilier et le bord inférieur de l’aile du nez ; elle s’étendait horizontalement depuis l’angle externe de l’œil gauche, le long de la racine du nez, presque jusqu’à l’angle interne de l’œil droit. Pendant le temps que l’accouchée mit à se rétablir, cette tumeur fut piquée en diversendroits par un chirurgien qui donnait alors des soins à la malade. Elle fournit du sang en abondance, devint plus petite et d’une couleur extrêmement rouge. Une semaine apres on:la piqua de nouveau et avec des résultats semblables. L'opération ayant été encore répétée plusieurs fois, les dernières incisions ne procurerent aucun soulagement. Deux mois avant l’apparition de cette tumeur , la ma- Jade perdit tout pouvoir sur le muscle élévateur de la paupière supérieure ; mais si l’on déprimait la tumeur et qu’on relevat cette, paupière, pile voyait aussi bien qu'auparavant. Elle ne tarda pas. à Ht Pera’ tout - à - fait a vue de ce côté, | Se | Telle était sa position HAE je. la: vis pour la preaniere fois le 24. novembre, Je ne,la.vis point pendant trois ou quatre mois, et lorsqu’elle eut de nouveau recours à mes soins vers. le milieu de, mars,, son état était tres-empire. L’affection locale paraissait décidément ané= vrismale, La douleur, constante et aiguë , correspondait, suivant la malade , au fond de l'orbite ; mais ce qui l’incommodalt le plus était un Pete caning! dans Ja tête 5
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pres son rapport, il devenait insupportable quand , par quelque accident, sa tête se trouvait au-dessous d’un. certain niveau. -
Le globe de l'œil casa ; immobile , était tellement auginenté, ou plutôt poussé aveé tant de force contre la paupière supérieure , qu’il obligeait cette partie à s’avancer sous une forme convexe, bien au-delà des bords de l'orbite. Le sourcil du côté affecté s'élevait un peu au-dessus du niveau de celui de l’autre éôté. La surface externe de la paupière tuméfiée était, dans sa plus grande partie, molle ét élastique au toucher; mais son épiderme était épaissi d’une manière remarquable, comme toute la texture’ de là peau en général, dans Te voisinage de l’orbite. On trouvait profondément , entre les tégumens dé la paupiere, un peu vers |’ ans interne de l'œil , un amas de petites tumeurs - d'une structure dense et consistante, oc¢casionnant une grande douleur quand on les coinprimait, el commu biquant au doigt un mouvement pukatoire. Entre cet amas et le bord inférieur du sourcil, précisément dans le trajet de la branche’ frontale de’ l'artère ophtalmique, se rencontrait une substance tuberculeuse, dure, qui s’élevait un peu'plas Haut, au-déssus de la surface générale dé la paupière ; ét'ayant des pulsations encore plus distinctes que celles des petites tumeurs. Cette subtance était dure, com pacte, et la plus légère préssion y occasionnait une douleur intolérable. La : paupière inférieure était fermée, et présentait une tumeur convexe, d’un rouge foncé, suivant dans son contour la direction: du‘ bord inférieur de l'orbite, et s'étendant depuis la commissure externe des paupières jusqu’au - dela du tendon du: muscle or
biculaire. A sa partie la plus haute, elle était recouverte par une avance de la paupière supérieure , qui était paralysée et qui cachait entierement Je globe de l’œil. La partie la plus déclive de cette tumeur ne dépassait pas la ligne du trou sous-orbitaire. De même que les tu= meurs de la partie supérieure de l'orbite, celle-ci com= muniquait au toucher une pulsation anévrismale, qui devenait également perceptible ala vue lorsque la force de la circulation était augmentée. En outre , immédiatement au - dessus du tiers nasal du bord supérieur de Vorbite, les tégumens , doucement soulevés, formaient une lumeur molle, qui occupait exactement la place de certaines branches de l’artere frontale, et qui avait des
battemens isochrones à ceux du pouls. Une élévation
semblable de la peau existait à la racine du nez, et sous levait le doigt qu’on plagait sur elle. Lorsque le globe de l’œil était découvert, il paraissait d’abord augmenté de volumes mais une inspection plus attentive mon= trait qu’il était poussé en avant. On pouvait suivre une multitude de vaisseaux dilatés depuis la surface de la tumeur inférieure jusqu'à cette portion de la conjonclive qui recouvre la membrane sclérotique. La cornee conservait son éclat et sa transparence ordinaires; mais les fibres de l'iris avaient perdu totalement leur faculté contractile ; et la pupille, très -dilatée, avait une figure irrégulière. Derrière le cristallin > On apercevait quelque chose d’une couleur. fauve. Les veines cutanées de la figure étaient, en général, tres-gorgées de sang, et donnaient à la peau de toute cette partie une apparence d’etranglement. Lorsqu’on exerçait une forte pression sur l'artère carotide commune, les battemens
78 MALADIES de la tumeur située à la partie inférieure de l’orbite cessaient ; mais ceux des tumeurs supérieures continuaient encore un peu. La force de la pulsation était , il est vrai, tres-affaiblie; la malade ne pouvait supporter aucune compression capable de la faire cesser entièrement. D’apres l'examen tres-attentif de ce fait intéressant , je ne pus m’empécher d’y remarquer tous les caractères de l'affection particulière des artères qu’on a nommée anévrisme par anastomose , et dont on trouve une si belle description par M. Travers, dans le second volume des Transactions médico-chirurgicales.
. En conséquence, le 7 avril 1815 , je liai le trone ‘commun de l’artère carotide gauche en présence de plusieurs gens de l’art. | L'opération fut pratiquée d'après la méthode adoptée par M. Astley Cooper, dans le cas de Humphrey Hymphry, et son exécution présenta les mêmes circonstances que celles qui accompagnèrent l’opération de mon illustre ami. Aussitôt que le bord du muscle mastoidien eut été soulevé , on aperçut la branche descendante du nerf de la neuvième paire, et, apres avoir ouvert la gaîne de l'artère, la paire vague fut distinguée au côté externe du vaisseau. La veine jugulaire repoussée par l'indicateur de la main gauche au-dessous du bord du muscle mastoidien , ne causa aucun embarras. Rien que l'artère découverte ne fut compris entre les liga= “tures, formées d’un fil rond, petit, mais très- fort. Placées à la distance d’environ un pouce un quart l’une de l’autre, elles furent tres-serrées autour du tronc de l’artere , qu’ on divisa dans l'intervalle , a la distance d’ environ deux tiers de’ pouce de la ligature inferieure.
Les bords de la plaie furent rapprochés au moyen de l’emplâtre agelutinatif ordinaire. à
Les effets de l'opération furent immédiats et décisifs, Aussitôt que les ligatures eurent été liées , les mouvemens — pulsatoires des tumeurs du front et de la joué cesserent entierement ; mais une légère vibration était encore aper— cevable dans la paupière supérieure tuméfiée. La tumeur rouge de la paupière inférieure devint pâle , et sa surface s’affaissa. Quelques minutes après que la malade eut été replacée dans son lit, elle ne ressentait presque plus de douleur, et le bruit qui Pavait si long-temps tourmentée n’existait presque plus : elle me dit que la tête ne lui faisait plus éprouver les sensations dont elle se plaignait auparavant. |
Cinq heures du soir. I] n’y a de pulsations dans aucune des tumeurs. La malade a senti une vive douleur à la partie postérieure de la tête, mais qui a disparu, et maintenant elle est tranquille, Le pouls a cent deux pulsations. |
Neuf heures. Il existe un peu de difficulté à avaler, ainsi que de l'anxiété,
8 avril. La malade a passé une nuit tranquille , quoiqu’elle ait peu dormi. Le pouls est mou et offre cent pulsations.
Une heure après midi. Il y-a du calme et du bien-être, lintellect est parfaitement lucide. La paupiere supérieure est mobile pour la première fois depuis plusieurs mois.
9 avril. La nuit a été bonne, le sommeil a produit du calme. Le pouls est mou et a cent pulsations, La tumeur sur la partie interne du sourcil est entièrement
disparue. Celle de la paupière supérieure est beaucoup
plus petite, sa texture est plus molle , et elle est moins douloureuse quand on la comprime. Le globe de l’ceil est aussi considérablement retiré dans son orbite. La plaie va bien; mais la malade a toujours beaucoup de difficulte à avaler. Er:
Dix heures du soir. Elle a passé une journée tranquille, et elle a été très-enjouée.
10 avril. Nuit excellente , pouls à quatre-vingt-dixhuit pulsations. Une heure après midi, il y a eu une selle. Pouls à quatre-vingt-seize pulsations.
11 et 12 avril. Les deux journées et les deux nuits ont été excellentes. Pouls à quatre-vingt-quatre et à quatre= vingts pulsations.
15 avril. On a enlevé le premier appareil. Les bords de la plaie sont réunis dans toute leur étendue, à l’ex« ception des points où les ligatures ont eté placees.
La malade a eu un peu de frisson. Maintenant, elle éprouve de la chaleur et de la soif. Le soir, l’acces de fièvre avait disparu. Le pouls était mou et baltait quatre vingt-dix fois.
14 avril, six heures du AM La malade a passé une |
bonne nuit et a bien dormi. | Deux heures après midi. Elle souffre et se plaint d’un ébranlement général. Le pouls est dur et offre cent douze
pulsations. On a tiré seize onces de sang du bras, et or= .
donné une potion purgative.
Cinq heures du soir. Elle a été purgée deux fois et se trouve maintenant mieux. |
15. avril. Elle est bien ; de grands changemens sont survenus dans les tumeurs. Le globe: de l’ceil est com- pletement rentré dans l'orbite , et la proéminence ge-
DES ARTERES ET DES VEINES. ol nérale de la paupière supérieure a diminué. On ne peut apercevüir, dans aucune des parties malades , nila plus légere pulsation, ni le moindre mouvement vibratoire. à Dhs: et | . she oa
18 avril. La ligature supérieure s’est détachée en renouvelant l'appareil, a |
4 mai. Pendant les trois ou quatre derniers jours, 1
ligature inférieure s’est délachée, au milieu dune éva- 5 ’
cualion abondante de matière ; mais sans être accompa-
gnée de l’escarre de l’artère,
7 mai. Depuis deux jours, des granulations se sont élevées aux extrémitées de la plaie, dans les endroits ou les ligatures avaient élé placées. On lesa touchées aye le nitrate d'argent, mais on aeu de la peine 4 arréte leur croissance, et la Suppuration est trés-abondante,
10 mui. Il y a eu um peu de fièvre, avec douleur , tension ei rodgeur à la pean, le long des bords de la cie callites PRE APCE
pr
12, mai. Un sinus s’est formé, et une évacuation con = sidérable de pus a eu lieu par l'ouverture inférieure.
19 mai, Les granulations spongieuses ayant eté détruites et la plaie étant presque guérie , On a laissé aujourd’hui la malade retourner dans sa famille,
| Depuis cette époque jusqu’au 3 juillet , il n’est rien surve
nu de nouveau. Les
ont alt disparu , et la santé générale est rélablie , quoique la plaie ne soit pas entièrement fermée, Des granulations mollasses et pales s'élèvent chaque jour dans les endroits où les ligatures ont été placées sur l’artere, et plusieurs petits sinus, se formant lentemeni et
successivement , occasionnent beaucoup d’incommodités,
Dans la soirée du 5 juillet, je fus appelé en grande ha.e