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DES ARTERES ET DES VEINES. D praticable sans l’ouverture de la cavité de cette membrane. En conséquence , je me déterminai à employer d’auires moyens , et à favoriser les efforts de la nature vers la guérison spontanée , avant d'entreprendre une opération quelconque.
16 mai. La tumeur augmente subitement, et la pulsation devenant plus distincte, on tire au malade douze onces de sang par une saignée du bras.
21 mai. On exerce une compression sur la partie antérieure de la tumeur au moyen d’une pelote maintenue par une large bande. Une seconde saignée de douze onces amène un peu de soulagement. |
27. La pression sur la tumeur ayant été discontinuée , où trouve que la peau a perdu sa couleur, sa sensibilité et qu’elle est ulcérée.
30. Le matin, le malade à déclaré avoir passé une mañvaise nuit, êt il paraît éprouver un trouble général considérable. La tumeur a beaucoup aug= menté. On fait sur elle l'application d’un tourni. quet, ajusté de manière à comprimer l’anévrisme, en ménageant autant que possible les parties envi ronnantes.
er juin. Le malade supporte assez bien la pression du tourniquet ; mais celui-ci n’a produit aucune diffé rence dans le volume de la tumeur.
4 juin. Le tourniquet ayant été desserré’, on a observé une légère ulcération de la peau à la surface du sac, cé qui engage à en discontinuer l’applica= tion.
5 juin. Il se plaint d'une pesanteur telle dans le
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membre affecié, qu’il a de la difficulté a le soulever. La peau qui recouvre Vanévrisme manifeste des dispositions a la gangrene.
19 juin. On observe une escarre à la partie extérieure de la tumeur , au-dessous du ligament de. Poupart. Cette escarre est presque détachée, et elle est environnée de toutes Bare d’une A ation profonde.
20 juin. À dix heures du matin, ily a eu une hémorragie à la partie externe du sac; mais la perte de sang n’a pas été considérable. On a fait l'application d'une compresse maintenue par un emplâtre agglutinatif, L’hémorragie n’a pas reparu le lendemain.
22 juin. A sept heures du matin, après un léger exercice , l’hémorragie se ren ouvelle, maïs sans être plus abondante que la première fois.
24 juin. L’hémorragie a paru. de nouveau; elle
s’est arrêtée d'elle-même.
25 juin. Vers deux heures et demie de l'après-midi, à la suite d’une agitation morale subite, l’hémorragie pu avec abondance. La compression sauve la vie du malade, qui se trouvait dans le plus grand danger ; mais ses forces sont tellement épuisées que l’évacuaiion des matières fécales se fait involontairement.
À neuf heures du soir du même jour, je le vis et le trouvai réduit à un tel état, qu'il lui aurait été impossible de survivre à Vhémorragie dont il était menacé à chaque instant. Desirant encore éviter l’ouverture de l'abdomen pour lier l'aorte près de sa Lifurçation, je me déterminai à reconnaître s’il serait
DES ARTERES ET DES VEINES. 57g possible de passer une ligature autour de l'artère dans l’intérieur même du sac anévrismal. Je pénsais que si l’artère s'était ouverte près du centre du sac, ainsi qu'il arrive ordinairement dans l’anévrisme ‘je pourrais la comprimer avec mon doigt et Pentourer d'une ligature. Dans cette intention , je pratiquai une petite incision sur l’anévrisme, environ à deux pouces au-dessus du ligament de Poupart, et ayant fait une trés-peiite ouverture au sac, j’introduisis facilement mon doigt dans sa cavité et cherchai l'artère sur laquelle il s'était formé : mon doigt remplissait si complètement Vorifice qu'il était impossible à une goutte de sang de s'échapper sur ses côtés. Je remuai le doigt pour découvrir l’arière, mais je ne trouvai qu'un amas de eaillots : l'artère pénétrait le sac supérieurement et l’abandonnait inférieurement , sans Jais= ser dans son intérieur une portion intermédiaire de vaisseau. Je fus donc contraint d'abandonner ce mode ” opératoire. Sur le point de retirer mon doigt, je chargeai deux des aides de comprimer avec leurs mains l'aorte sur la colonne vertébrale : ils réussirent à arréter les pulsations de l’artére à l’aîne droite. En ôtant mon doigt, j'eus soin de fermer, au moyen d’un plumasseaü de charpie, l'ouverture que j'avais faite au sac. |
Hest à propos de faire observer ici que l’ouverture produite sur l’anévrisme par le procédé Vulcération était trop éloignée du siége naturel de l'artère pour - me laisser l'espérance de la découvrir avec mon doigt. Sur le point de quitter le lit du malade >} éprouyai un
vif regret partagé par tous les élèves qui m’entouraientt c'était de laisser périr ce malheureux d’hémorragie sans lui procurer la dernière chance de salut qui lui restat, en faisant la ligature de l’aorte. Décidé tout-acoup, je m’écriai : « Eh bien! Messieurs , je suis déterminé à profiter de cette dernière ressource et à pratiquer cette operation, I»
Voici comment j’y procédai : les épaules du malade furent légèrement élevées par des oreillers, dans l’intention de relâcher autant que possible les muscles abdominaux : je craignais qu’une sortie des intestins : ne produisit de Ja gène dans l'opération, et je fus surpris agréablement en voyant que leur état de vacuité, par suite de l’excrétion involontaire des matières fécales, s’opposait à cet accident. Je remarquerai ici en passant, qu'il est absolument nécessaire, dans une opération semblable, de vider préalablement les premières voies avec des laxatifs.
Je fis donc une incision longue de trois pouces à Ja ligne blanche ; j’eus soin de lui donner une légère courbure pour éviter l’ombilic : un pouce et demi de l'incision se trouvait au-dessus , et le reste au-dessous du nombril , et son inclinaison était dirigée de cette manière du côté gauche ( D). Ayant divisé la ligne blanche , je fis une petite ouverture au péritoine ‘et j introduisis mon doigt dans ’abdomen; ensuite, avec un bistouri boutonné, j’élargis l’ouverture du péri~ toine presque dans la méme proportion que celle de la plaie externe, L’épiploon ni les intestins ne sortirent, et pendant la durée de l'opération, il ny
eut qu'une petite circonvolution qui s’engagea entre
les lèvres de la plaie. -
L'ouverture étant suffisante pour Lo pénétrer mon doigt dans l'abdomen , je l’y introduisis à tra vers les intestins, et je parvins à la colonne vertébrale, où je trouvai l'aorte excessivement dilatée et battant avec une force extrême. Au moyen de l’ongle de mon doigt, je détachai le péritoine sur le côté gauche de Faorte, et ensuite remuant doucement le doigt de
côté et d’autre, je le fis passer graduellement entre Y'aorte et le corps des vertèbres, et je parvins enfin du:
eôté droit de ce vaisseau.
. Ayant alors mon doigt sous l'artère et sur ses côtés,
je conduisis derrière elle l'aiguille mousse à ané~.
vrisme armée d’une seule ligature : mon élève M. Key amena la ligature jusqu’à la plaie externe, après quoï l'aiguille fut immédiatement retirée.
La circonstance qui exigea le plus d’attention fut
d'éviter de comprendre l'intestin dans l’anse de la
hgature. : les extrémités de eette derniére furent ramenées vers la plaie, et le doigt fut promené infé= rieurement dans son anse pour empécher une portion quelconque de lintestin d'y ètre comprise ; on serra la ligature et on en laissa les bouts hors de la plaie. L'épiploon fat placé derrière Pouverture , autant que la ligature put le permettre, afin de faciliter ladhé-. rence, et l’on rapprocha les bords de ja plaie par quelques points de suture et l’emplatre agglutipatif.
Pendant l'opération, les matières fécales sortirent
involontairement , et le pouls du malade ,'tant'immédiatement après qu’au bout d’une heure, offrait cent quarante-quatre pulsations par minute. Je prescrivis trente gouttes de teinture d’opium et de mixture camphrée, et l'évacuation involontaire des matières ne tarda pas à s'arrêter. J’appliquai ma main sur la cuisse droite immédiatement après l'opération, et le malade me dit que je iouchais son pied : l’on voit par là que la sensibilité de cette jambe. était très-imparfaite. À minuit, le pouls présentait cent trente - deux pulsations. | 26 juin. À une heure du matin, le malade se plaienit de chaleur dans abdomen, mais sans que la pression lui occasionnat aucune souffrance; il disait que sa tête était brülante et qu'il ressentait des douleurs dans les épaules ; les membres inférieurs, qui étaient devenus froids aussitôt après l'opération, avaient alors recouvré leur chaleur naturelle ; d’autres parties du corps étaient couvertes d’une sueur froide. La sensibilité des extrémités inférieures était devenue trés-peu distincte depuis l'opération. | A deux heures, il se trouva tellement soulagé par sa potion qu'il en desira davantage. On lui donna dix gouties de teinture d’opium. Ses jambes furent enveloppées dans de la flanelle, et des bouteilles d’eau chaude furent placées sous ses pieds : le malade. dit alors que la chaleur de son ventre était diminuée. À six heures, la sensibilité de ses membres était en-. core imparfaite.
À huit heures du matin, il dit se trouver assez
DES ARTERES ET DES VEINES. 533 bien; cependant il ne rendait ni urine ni matiéres fécales ; la jambe droite était plus chaude que la gauche; la sensibilité se rétablissait.
A midi, la Température de la jambe dioite était dé quatre-vingt-quatorze degrés; celle de la jambe gauche ou du membre affecté était de quatre-vingt-sept et demi. |
À une heure aprés nié , je le visitai, et je fus agréablement surpris en voyant ce malade, qui, la veille au soir, était sur le point de mourir , arranger alors sa couverture et sourire à mon approche.
A trois heures, après une quinte de toux, le ma- Jade fut très -effrayé de l’idée que fa ligature avait glissé dans la plaie : c'était une fausse alarme. Bientôt après , il se plaignit de douleurs dans l’abdomen : elles n’étaient ni longues ni très- intenses ; elles cédaient aisément aux fomentations. Comme il n’y avait
pas eu d’évacuations alvines, on prescrivit un lavement, | :
A six heures du soir, le malade vomit peu après que le lavement lui eut été donné ; la température de Ja jambe droite était de quatre-vingt-seize degrés, celle du membre malade était de quatre-vingt-sept et demi.
A neuf heures du soir, il prit un demi -verre de vin de Porto dans de l’eau tiède, qu’il rejeta immédiatement ; il se plaignit de douleurs dans les lombes ; le pouls était faible et offrait cent quatre pulsations ; le malade était trés-agité , et il rendit involontaire ment des matières fécales.
À onze heures, le pouls était faible et présentaie cent pulsations. Le malade vomit encore.
Le 27, à sept heures du matin. Il a passé une nuit agitée ; les vomissemens ont reparu par intervalles; le pouls est faible et présente cent quatre. pulsations; le malade se plaint de douleurs par tout le corps, mais plus particulièrement à la tête; les artères carotides battent avee une force considérable ; et tout exprime en lui une grande anxiété; il est trèsagité, Purine sort goutte à goutte et fait ressentir une légère douleur à l'extrémité du pénis,
À huit heures, le membre affecté paraît froid et li vide, plus particulièrement autour de l’anévrisme; mais la jambe droite conserve sa chaleur naturelle.
À onze heures, le pouls est faible et offre cent vingt pulsations ; il paraît baisser. Le malade ne répond plus aux questions qu’on lui adresse; il semble éprouver du malaise vers le coeur, et tient sa main sous le sein gauche.
Il mourut à une heure dix-huit minutes, ayant survécu quarante heures à l'opération.
MM. Brooks, Travers, chirurgien de l'hôpital Saints Thomas, Stocker, apothicaire de celui de Guy, et un concours immense d'élèves assistèrent à l’examen du cadavre. |
A l’ouverture de l'abdomen , on ne trouva pas la plus légère trace d’inflammation du péritoine, si ce n'est vers les bords de la plaie. L’épiploon et les in= testins conservaient leur couleur naturelle; les lèvres. de la plaie étaient unies ensemble par l'inflammation,
DES ARTERES ET DES VEINES. ~ 585 adhésive, a l'exception du point par lequel sortait la ligature.
Nous vimes avec plaisir que io ligature ne renfermait aucune portion d’épiploon ou d’intestin; elle avait été passée autour de l’aorte, à environ trois quarts de pouce au-dessus de sa bifurcation, et à environ un pouce au plus au«dessous de l'endroit dans lequel le duodénum croise l'artère. En ouvrant avec précaution l’aorte, nous trouvâmes un caillot de plus d’un pouce d’étendue qui fermait le vaisseau au-des« sus de la ligature; au-dessous de la bifurcation y en avait un autre d’un pouce de longueur, qui oc cupait le diamètre de l'artère iliaque droite, tandis que la gauche était oblitérée par un troisiéme qui s étendait jusqu’à l’anévrisme. Nous fiimes tous trèssatisfaits de voir l’arière aussi complétement fermée au bout de quarante heures, Le sac anévrismal , qui avait la plus grande dimension, s’étendait depuis l’ar= iére iliaque commune jusqu’au-dessous du ligament de Poupart et à l’autre côté de la cuisse. L’artére manquait depuis la parte supérieure jusqu’à la partie inférieure du sac, qui était rempli par une immense quantité de Fibre | ‘
Le col du fémur s'était rompu dans l’intérieur du ligament capsulaire et n'était pas réuni.
En examinant toutes les circonstances de cette observation , à laquelle devons-nous attribuer la mort de cet individu ? Elle ne fut pas causée par l’inflammation, puisque les viscères de abdomen en étaient parfaitement exempts.
586 MALAD. DES ARTERES ET DES VEINES.
Sa mortme parait avoir été occasionnée par un défaut de circulation dans le membre affecté d’anévrisme; en effet, quoique l’autre membre eut conservé sa chaleur et sa vitalité , celui sur lequel la maladie avait son siége ne recouvra jamais sa température ordinaire, ce qui dut provenir sans doute du volume de l’anévrisme, et de l’état de dérangement du coagulum qu’il contenait, qui empéchaitle libre cours du sangà travers le sac. Ce membre ne reprit jamais sa chaleur naturelle , et il y ent plusieurs degrés de différence entre les deux extrémités ; la sensibilité reparut aussi dans le membre droit, ce qui n’eut pas lieu dans le gauche. En conséquence, dans un anévrisme qui aurait un siége semblable, je ferais l'application de la ligature avant que la tumeur eût acquis un grand développement. |
Une question reste encore indécise, relativement à la ligature de l'aorte : c’est la manière dont elle peut ètre détachée : doit-on la laisser pendre au dehors de la plaie ou la couper trés-prés du vaisseau ? doiton enfin employer le presse-artère de M. Crampton, ou se servir pour ligature de quelque matière inusitée jusqu'ici ? Quoique le malade dont je viens de rapporter l’histoire n’ait pas éprouvé d’inflammation dans l’abdomen, je n’en aurais pas moins craint, s’il eût vécu plus long-temps, qu'un corps étranger, suspendu au milieu des intestins, n’eût produit cet effet.