‹ Traité des maladies des artères et des veinesChapitre 22 sur 52 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Un homme grand et mince , âgé de soixante ans , était depuis long-temps affligé de symptômesd'une maladie des poumons. Il éprouvait des syncopes fréquentes, et son pouls était faible et irrégulier. Il eut des attaques soudaines de dyspnée qui simulaient les paroxismes d'un asthme. La saignée et les purgatifs calmèrent ces symptômes ; mais, six mois avant sa mort , il ne pouvait se coucher sur le côté gauche à cause du malaise extrême qu'il ressentait dans cette position. Il expectorait sans cesse une grande quantité de mucosités , et consumé enfin par la violence du mal et la difficulté de respirer , il mourut. On trouva les bronches et les poumons rem^ plis de mucosités, l'aorte ascendante eX'»traordinairement dilatée, et formant en haut un sac de quatre pouces de diamètre. La dilatation commençait à l'origine du vaisseau , et se terminait brusquement au milieu de sa courbure. La membrane interne était irrégulièrement épaissie et recouverte d'écaillés de matière calcaire ; dans plusieurs endroits elle présentait des ulcérations et des fissures , et précisément au-dessus des valvules semi-lunaires se trouvaient deux petits sacs dont l'ern

veloppe était recouverte de croûtes épaisses de matière terreuse. De ces sacs naissaient les artères coronaires. Les valvtdes semi-lunaires se montraient séparées l'une de l'autre parsuite de la dilatation de cette partie du vaisseau , et elles étaient épaissies et retirées sur elles-mêmes. La brusque terminaison de la maladie à la courbure de l'aorte était très remarquable, et permettait de se faire une juste idée du diamètre comparatif de cette immense dilatation. Le cœur fut trouvé comme à l'ordinaire , et les membranes artérielles, en général, n'offraient pas une apparence morbide prononcée. L'aorte dilatée empiétait sur les poumons et comprimait la division de la tracbée. L'artère innominée ou bracliio-céphalique , et les artères carotide gauche et sous - clavière, provenaient de la partie supérieure du liyste.

. Cet étal de l'aorte ascendante paraît être en .général produit par une maladie antérieure des tissus du vaisseau qui lui fait perdre son élasticité, et ne lui permet pas de reprendre ses dimensions naturelles après que le sang y a passé. Dans quelques cas , ne pourrait-il pas être dû. à une sorte de paralysie de la membrane moyenne ou fibreuse, puisque j'ai va ce vaisseau très-dilaté sans qu'il présentât

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aucune altération dans son tissu? Ayant une fois perdu son élasticité par une cause quelconque , l'impulsion du sang augmentera la dilatation et finira par donner naissance à la maladie.

Les symptômes qu'elle produit ressemblent beaucoup à ceux qui accompagnent la plupart des lésions organiques du cœur , et surtout à ceux de l'anévrisrae de l'aorte. Le diagnostic de ces deux affections est très-obscur , parce que le plus souvent l'anévrisme existe en même temps. Cependant on peut tirer quelques indices de la faiblesse particulière du pouls et du soulagement qu'éprouve le malade en se couchant sur le côté gauche , position qui favorise le passage du sang dans l'aorte descendante.

La mort résulte en général, dans cette maladie , soit de la pression exercée par le sac sur des organes importans, tels que les bronches ou l'œsophage , soit , ce qui est plus ordinaire, de l'accumulation du sang dans le sac , qui empêche la circulation , et qui, en opprimant le cœur, arrête l'exercice de ses fonctions, et de là une syncope ou une mort subite. Quelquefois la dilatation parvient à une étendue telle que le sac se déchire et que le sang est épanché dans la cavité ihoraciquerM. Pel-^

DES ARTERES ET DES VEINES. Dl

letan (i) rapporte un cas où le vaisseau dilaté adhérait aux poumons , dans les cellules desquels il finit par s'ouvrir et par produire la mort. Chez un second sujet, il s'ouvrit dans ]e péricarde , et chez un troisième dans le médiastiu postérieur.

Le traitement ne peut être que palliatif. Le danger consiste dans la gêne apportée aux fonctions des viscères environnans par la dilatation artérielle , et dans sa rupture par suite de l'accumulation excessive du sang dans son intérieur. La quantité du sang en circulation , et la force avec laquelle il est poussé dans le sac par l'action du cœur, peuvent accélérer beaucoup l'une ou l'autre de ces terminaisons. Les indications sont donc de diminuer l'action du cœur et la quantité de sang envoyée dans le sac par cet organe. On peut les remplir par des saignées et des évacuans répétés pour produire un effet continu. Le traitement est pour ainsi dire le même que celui des anévrismes internes , dont nous nous occuperons tout-à-l'heure.

Je ne puis m'empêcher de remarquer que beaucoup de cas , considérés comme des exemples d'angine de poitrine , d'asthme ou

(i) Clinique chirurgicule , tome ï , page 8g et 90,

4e quelque autre maladie des poumons , ne sontautres que désaffections des gros vaisseaux sanguins, et cela me fera terminer ce chapitre par l'observation suivante de Bichat : ce La pratique de l'Hôtel-Dieu me montre chaque jour que ces cas d'ossification , ceux d'anévrisme, et ceux des autres affections organiques dont le cœur est le siège , forment une classe de maladies chroniques presque aussi nombreuse que celle des maladies chroniques du poumon , sur lequel on rejetait en général tous les symptômes des maladies de poitrine avant M. Corvisart (i) ».

(i) Anatamie générale, tome ii , p, 2g6>

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