OBSERVATION XI
Une jeune femme de vingt ans avait été soumise à un traitement médical pour une hydropisie. On s'aperçut chez elle d'une sorte de suspension des facultés intellectuelles, jointe k une surdité et à un bourdonnement des oreiWes (tifijiitus aurium . Au commencement de sa maladie, on lui avait appliqué des sangsues à la tête au sujet d'une douleur qui n'avait jamais été bien définie. Une semaine avant sa mort, elle éprouva tout-à-
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coup , et sans aucune cause apparente , des vomissemens violens , de la diarrhée, une céphalalgie atroce , une sensation comme si le crâne eût été soulevé par une force interne , un trouble dans la vision , ime impossibilité de soutenir la lumière , etc. Elle resta plusieurs jours dans une agonie cruelle, la pupille n'étant ni fixe ni dilatée , et les souffrances auxquelles elle était en proie ne lui laissant que de courts instans de répit : vingtquatre heures avant sa fin , elle tomba dans une stupeur apoplectique.
Les vaisseaux de la pie-mère étaient gorgés de sang ; les ventricules contenaient des masses du même liquide coagulé, qui paraissait tout récemment déposé. A. la base du crâne , audessous de l'arachnoïde , se trouvait un épanchement considérable de sang qui, dans quelques endroits , avait déchiré la substance cérébrale. En détachant le coaguîum pour reconnaître d'où le liquide était sorti , on fit une ouverture à un sac anévrisnial, à l'enveloppe extérieure duquel le coaguîum adhérait d'une manière très-intime. Lesac était de la grosseur d'une fève, communiquant avec le tronc de l'artère basilaire dans l'endroit oii elle se divise en artères cérébelleuse et cérébrale pos'térieure. 11 s'étendait de là en avant et en
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haut entre les cuisses de la moelle allongée. Doué de peu de consistance , et distendu d'une manière inégale, ce sac était mince, surtout 9 sa partie supérieure, où l'on voyait une ouverture, et c'est de là que le sang avait pu se frayer une route dans les ^'entricules et au - dessous de la membrane arachnoïde. La surface interne de l'artère avait une couleur rouge , et le sac paraissait formé par la dilatation du tube entier dans cet endroit. Sa surface interne, irrégulière, contenait un petit caillot de sang (1). Quand
(i) L'anévrisrae des artères inte'rieures de l'encépliale est extrèmenaent rare. Le docteur Baillie, dans la dernière édition de son Traité d'Anatomie pathologique, p. 456 , dit qu'il n'a vu que deux cas d'anévrismes des artères de la tête et du cerveau , et le seul exemple authentique que j'en aie rencontré dans les auteurs est celui rapporté par sir Gilbert Blane , dans le second volume des Transactions d'une Société pour l'avancement des connaissances médicales et chirurgicales , p. igS. Dans ce cas , il y avait deux anévrismes des artères carotides internes, de cinq huitièmes de pouce de diamètre, et remplissant de chaque côté le trou de la selle turcique. Je n'ai vu quô deux anévrismes des artères de l'encéphale: l'un était situé sur l'artère antérieure du cerveau , et je le décrirai d'une manière particulière quand je traiterai de la guérison sponlanée de l'anévrisme ^ l'autre est la préparation qui m'a été envoyée par M. Barnes, et dont je viens de
un sac anevrismal pénètre la substance d'un; os, ce dernier paraît comme carié et corrodé. Cette circonstance a été diversement expliquée. Quelques-uns des anciens pathologiste^ prétendaient que le sang avait une propriété dissolvante sur l'os , d'où résultait chimiquement sa dissolution lorsqu'il entrait en contact avec ce fluide. D^Tutres ont attribué cet effet à l'impulsion du sang en circulation contre l'os. Hunter et Scarpa l'ont regardé comme provenant de l'absorption de la matière terreuse par suite de la pression du sac , cjui certainement sufïit pour le produire, puisqu^il excite constamment l'absorption des parties molles dans le voisinage de la tumeur. La destruction du périoste , qui précède en général celle de Tos , peut y contribuer aussi. Lesvaisseaux qui nourrissent la matière terreuse
ddnnei' l'histoire. Il se trouve aussi rapporté dans la collection de cas d'hydropisie publiée par le docteur Blackaîl d'Exeler , qui a décrit égaioment les apparences de la maladie dans l'intérieur du crâne. J^oyez J. Blackaîl , Observations on Oie nature and cure of dropsies , and parliculary on tlie présence of the coagulable part ofthe Blood , in dropsical urine , etc. , p. 126. London , i8i5 • c'est-à-dire , Observations sur la nature et le traitement des hydrojDisies , et particulièrement sur la préteiice de la partie concrescible du sang dans l'urine des bydropicj[ues , etc.
DES ARTERES ET DES TEINES. ^J
n'existant plus, FenlTctien de Tos ne peut continuer à avoir lieu , et ce qu'il en reste offre un aspect rugueux et carié. Nul cloute Cependant que l'absorption n'en soit la principale cause, puisqu'il est impossible d'expliquer par tout autre moyen l'irrégularité qui a lieu dans la destruction des os et qui leur donne un air de carie. Les anévrismes produisent quelquefois des excavations dans les os encore recouverts par des membranes. Dans '- ces cas, l'os n'est pas privé de la source de sa nutrition et le sang n'est point en contact avec sa substance. L'absorption par suite de la pression peut donc seule effectuer sa destruction. Je disséquai , il y a quelques années, un. anévrisme de la grosseur d'une noisette qui existait dans le corps d'une des vertèbres lombaires, et qui communiquait avec la cavité de l'aorte, dont les membranes, très-épaissies et détruites en apparence par l' ulcération , étaient en opposition immédiate avec ce petit sac. La cavité du corps de l'os garnie en entier par nne membrane mince et unie, devait avoir été formée par l'absorption d'une partie de la vertèbre, et non par l'action de quelque puissance dissolvante du sang. Cet état des os , dans l'anévrisme , n'est jamais accompagné de la formation de pus : du moiiis ceux qui ont
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examiné des faits semblables n'en ont pas rencontré dans les parties voisines.
Sous ce rapport, il diffère essentiellement des caries ordinaires ou ulcérations des os; l'exfoliation l'accompagne aussi très-rarement; d'où peut se tirer une observation pratique très -importante ; savoir, que si l'anévrisme se guérit , les os recouvreront leur état primitif sans l'intervention des procédés nécessaires pour la cure des caries ou nécroses. Il est aussi digne de remarque qu'un cartilage soumis y soit à la pression , soit au contact du sang dans les sacs anévrisraaux, est détruit avec moins de rapidité que l'os. Ce fait parait indiquer qu'il n'est pas pourvu d'une aussi grande quantité d'absorbans. Il a été noté par GuillaumeHunter (i), et j'ai eu de fréquentes occasions de l'observer dans les cartilages intervertébraux, ou dans ceux des côtes et dea articulations.
Les parties qui entrent dans la composition du sac anévrismal retiennent jusqu'à uncer-
(i) Médical Ohseivalîons and inquirîes , by a socieir ofphjciansy in London, vol.i, p. SsS. — Thehistory of an Aneurjsm of ihe AORTA , with some remarks on Anewysm in gênerai , etc., c'est-à-dire , Observations et recherches médicales , par une société de mëdecins de Londres , e(e.
tain point leurs propriétés originelles. Ainsi , quand la maladie survient dans le voisinage des os et que le périoste contribue à la formation du sac, ses vaisseaux continuent à sécréter une matière terreuse qui , dans quelque cas 5 a été assez abondante pour envelopper une portion considérable de la tumeur. Je pense qu'un dépôt un peu étendu de matièrei calcaire se trouve rarement dans un sac anévrismal, à moins que le périoste des os voisins n'entre dans sa composition.
Une des premières circonstances qui accompagnent en général la formation de l'anévrisnie , c'estl'amas d'une portion fibreuse du sang sur la surface interne du sac. Ce dépôt se fait par des couches successives , semblables en quelque sorte à celles qui entrent dans la composition des calculs urinaires, et n'en diffèrent simplement qu'en ce que , dans ces derniers , ce sont les couches intérieures qui sont formées d'abord , tandis que c'est le contraire dans les autres. Ce coagulum paraît composé de fibrine entremêlée de quelques particules rouges, et il se dépose à la surface du sac, comme on le voit sur les côtés d'un vase où l'on a agité du sang nouvellement tiré. Il ne semble pas produit par la coagulation ge'nérale du sang contenu dans la poche anévrismale, puisqu'il
est toujours disposé par couches , ainsi que Je l'ai déjà fait observer. 11 est vrai que souvent j après la mort, on trouve dans les anévrisrnes une certaine quantité de sang coagulé ; mais il faut remarquer qu'il y a une grande différence entre ce sang et les couches concentriques qui recouvrent la surface du sac. Ceux qui ont examiné des anévrisrnes doivent avoir vu ces couches déposées à la surface ioternedu kyste, puisqu'il esi extrêmement rarequ'elles n'aient pas commencé à se former même dans la première période de la maladie. On en rencontre dans les petits kystes , comme dans ceux qui sont considérables , et elles ne paraissent pas dépendre du diamètre de l'ouverture par laquelle le sac communique avec l'artère. On en tiouve presqu'universelîement dans les anévrismes dont les membranes artérielles se sont ouvertes , tandis que dans les sacs formés par une dilatation générale ou pai tielle des membranes du vaisseau , je n'en ai jamais observé. On a supposé que l'existence du coagukmi lamelleux pouvait servir, en quelque sorte, à distinguer les sacs anévrismaux résultant de la destruction des feuillets artériels, de ceux qui sont dus à la simple dilatation de ces mêmes membranes Cette observation , toutefois , ne me paraît pas suffisante pour
établir le diagnostic , parce qu'il arrive quelquelois , quoique très-rarement , que des anévrismes évidemment formés par la destruction des tissus du vaisseau ne contiennent pas de côagulum lamelleux. Les ci r-* constances qui produisent un dépôt de côagulum dans un sac anévrisnial existent également dans les autres maladies où le sang sort de son cours régulier. Ce dépôt a lieu dans les sacs formés par suite de la destruction des membranes artérielles par une cause interne , aussi bien que dans ceux qui proviennent de la lésion des artères. Dans quelques maladies du cœur, où les cavités de ce viscère sont dilatées d'une manière contre nature, et où leurs parois musculaires sont si fort amincies qu'elles ne peuvent plus donner d'impulsion au liquide qu'elles contiennent , la fibrine du sang qui s'accumule dans leur intérieur s'v dépose. J'ai vu deux cas où cela existait : Pun était une dilatation de l'oreillette gauche par suite de la contraction de l'ouverture auriculo-ventriculaire, et l'autre un anévrisme passif du ventricule gauche.
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