OBSERVATION XIII
Un homme , âgé de trente ans , offrait depuis long-temps les symptômes d'une maladie du cœur. Quelques jours avant sa mort, lorsque je le vis, son pouis était à peine perceptible ; la face était bleue , les extrémités froides ; il se plaignait d'une douleur extrême et d'une constriction le long de la poitrine ; il avait une toux entre-coupée et ne cessait de pousser des gémissemeiis et des cris. IjC cœur était extraordinairement large et gonflé par un sang foncé en coliîeur. Le venti^cule gauche avait un volume énorme; ses parois étaient très-amincies , n'ayant pas plus d'une ligne d'épaisseur dans quelques endroits , surtout vers le sommet du ventricule , où il y avait un dépôt considérable de fibrine semblable à celle qui se rencontre dans les sacs anévrismaux, mais sans être disposée en couches aussi régulières. Entre les colonnes charnues, il y avait un semblable dépôt qui offrait l'aspect de pe-
lÔO MALADIES
tites granulations. Les "valvules , l'aorte ascendante , et toutes les parties en rapport avec le cœur étaient saines, ainsi que tous les autres viscères tlioraciques et abdominaux. Il paraît très - probable que dans ce cas le tissu musculaire du ventricule gauche avait été si aminci, et sa cavité tellement augmentée de volume , qu'il ne pouvait se débarrasser entièrement du sang qu'il contenait, de sorte que ce liquide s'y accumulait et se trouvait , pour ainsi dire , hors du courant de la circulation.
Les anévrismes, comme les abcès, tendent en général à s'avancer vers la surface extérieure du corps; mais sous ce rapport, ils sont beaucoup influencés par la situation et le côté du vaisseau qui leur a donné naissance. Quand le sac fait saillie au dehors , il ne s'ouvre que rarement ou même jamais, par déchirement, mais la distension extrême fait entrer en suppuration les tégumens et les parties environnantes , et à la séparation de l'escarre le sang s'écoule de la tumeur. Un mécanisme semblable a lieu quand la maladie s'étend dans une cavité tapissée par une membrane muqueuse , comme l'œsophage , les intestins, la vessie, etc. Dans ces circonstances, l'anévrisme s'ouvre en général par la séparation
DES ARTiîRES ET DES VEINES. 101
d'une escarre qui s'est formée sur sa partie la plus distendue , et non par décliireraéïit. Lorsque le sac s'avance dans une cavité revêtue d'une membrane séreuse , comme la plèvre, le péricarde, le péritoine, etc. L'escarre de ces membranes ne peut avoir lieu ; mais les parois de la tumeur étant devenues extrêmement minces par suite de leur grande distension , celle-ci finit par produire une fente ou fissure à travers laquelle le sangs'écoule. J'ai examiné des anévrismes qui s'étaient ouverts dans les cavités du péricarde , de la plèvre ou du péritoine , et j^ai toujours trouvé l'ouverture anévrismale faite par déchirement et non par escarre : d'un autre côté , j'ai vu que tous ceux qui s'étaient ouverts à la surface du corps , ou dans des cavités garnies par des membranes muqueuses, l'avaient fait par escarre et ulcération et non par déchirement.
Quelques artères sont moins sujettes que d'autres à ces maladies de leurs membranes ^ qui prédisposent à la formation des anévrismes. J'ai déjà fait remarquer que rarement la maladie se rencontre dans l'artère pulmonîiire. Les artères du bras sont bien moins souvent malades que celles du tronc ou des membres inférieurs. Chez les vieillards, uii
amas de matière calcaire se forme quelquefois entre les feuillets des artères; mais tous les auévrismes que j'ai vus dans les branches de l'artère axillaire avaient été produits pat tUie violence accidentelle. Rarement les anévrismes naissent des artères du quatrième ordre, comme des radiales , des cubitales , des tibiales , des carotides externes , etc. , ou de leurs ramifications, à moins que ce ne soit par une violence exlérieure II est également utile de remarquer que les femmes sont beaucoup moins sujettes que les hommes aux anévrismes, ainsi qu'à ces maladies des membranes artérielles qui précèdent leur formation. La table suivante indique la fréquence comparative des anévrismes chez les deux sexes» dans difFérens cas de cette maladie que j'ai eu occasion d'observer pendant la vie des malades, ou aussitôt après leur mort. Elle montre également la fréquence comparative des anévrismes dans les différentes artères du corps.
Cette table ne renferme pas les anévrismes provenans des artères lésées , et les ané-- V ris m es par anastomoses.
Ane'vrisraes de l'aorte ascendante, de l'artère irmoiuinée {tronc brachio - céphalique ) et de la courbure de l'aorte
— de i'aorle descendante
— de l'art eue carolide
• — des artères sous-clavière et axil-
laire
- — de l'artère inguinale ( iliaque
externe )
- — des artères fémorale et poplilée .