OBSERVATION XXVIII
Un homme d'une constitution athlétique, âgé de trente-sept ans , conducteur de la malle , attribuait l'origine d'un anévTisme de l'artère poplitée dont il était atteint, à un violent efïort qu'il avait fait en sautant. Une petite tumeur pulsative se manifesta peu après au jarret; cette tumeur augmenta graduellement, et au bout de quelques semaines, elle acquit le volume d'un petit melon. On ne pouvait avoir aucun doute sur la nature de la maladie, et comme cet homme refusait de se soumettje à l'opération , une compresse fut placée sur le trajet de Tartère ; l'on appliqua une bande médiocrement serrée depuis les or-
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tieils jusqu'au haut de la cuisse; l'on prescrivit une dièle sévère, un repos absokiet de fréquentes saignées. La tumeur continua à augihenter pendant quelque temps, et la douleur qu'elle occasionnait était extrême. A la fin , la pulsation devint obscure et disparut graduellement ; en même tem ps la tumeur devint dure et incompressible; elle diminua de volume, etau bout de quelques semaines, elle était à peine perceptible. Cet homme se rétablit, et il ne lui restait plus qu'une légère roideur dans le membre , lorsque je le vis deux ans après (i).
(ï) Ce cas est rapporte par M. Freer, dans ses Observa» tio3is sur l'anévrisme, p. 108. On trouvera , dans les auteurs suivans , des cas d'anëvrismes des artères fémorale et poplilée qui se sont guéris spontanément : ployez :
GxJATTANi , De exlern. Aneurjsmat., liisf . m , iv et v,
MoRGAGNi, Epist. IV , art. 10.
Ford . Médical Journal , vol. ïx.
Desault , Journal de Méd. de Paris , t. lxxi , p. 45o.
Abeknethy, Suvgical Observations , etc., ou Observations cliirurgicales sur l'anévrisme, p. 252,
Pei.letan , Clinique chirurgicale , tome i , p. 1 1 5.
Home, Transactions of a. Society for ihc improi>e~ ment of médical and chirurgical knowledge , etc. ^ vol. 1 , p. i56.
WiLSON , ibid. , vol. Il , p. 268.
Fp.eer , Obsfjn'alions on Aneurism , p. 107 et 108»
Je Yais maintenant examiner par quels moyens l'art peut favoriser le dépôt du coai^uluni propre à produire la guérison des anévrismes. Les faits que j'ai établis elles observaiions que j'ai rapportées prouvent jusqu'à Févideuce que non-seulement ce procédé „ dans la plupart des cas, effectue la guérison spontanée 5 mais encore qu'il est le seul mode dont cette guérison puisse s'opérer dans les £lnévrismes de l'aorte. La position particulière d'une poche anévrismale susceptible de s'oblitérer par sa pression sur la cavité de l'artère qui a donné naissance à la maladie ^ est une circonstance rare qui doit être plutôt regardée comme un accident que comme un événement qu'il soit au pouvoir de l'art de produire. La guérison par le sphacèle ne peut pas non plus s'accomplir sans de grands dangers pour la vie du malade. Enfin le dépôt du coagulum semble être d'une importance première, quel que soit le mode dont la guérison de l'anéviisme s'effectue: si elle a lieu par le sphacèle, la cavité de l'artère doit être oblitérée par le coagulum , et je démontrerai par la suite, en traitant de l'opération de l'anévrisnie, que si cette opération doit amener l'oblitération de la portion supérieure de l'artère aune certaine distance du siège de la maladie, c'est
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en définitif de la formalion du coagulurn que dépendent la contraction du sac et la guérison.
Le dépôt du coagulum et le rétrécissement subséquent du sac sont donc les circonstances qui doivent attirer principalement noire attention, surtout dans les anévrismes internes, qui ne peuvent être guéris que p^ir ces seuls procédés. L'existence fréquente des anévrismes dans le thorax et l'abdomen , et l'impossibilité de recourir alors aux. opérations qui pourraient arrêter les progrès du mal dans tout autre endroit, donnent beaucoup d'importance à ces recherches : de plus , un grand nombre d'exemples prouvent sans réplique que les efforts de l'art n'ont pas toujours été inutiles pour amener la nature à effectuer la guérison dans ces circonstances. 11 nous reste à étudier de quelle manière nous devons diriger nos efforts pour parvenir à ce b«t si désirable.
Le dépôt de la partie fibrineuse du sang lorsque ce fluide est retiré de la circulation, paraît être une conséquence générale de sa composition, et cette circonstance se rencontre dans presque toutes les poches anévrismales, surtout dans celles qui existent depuis long-temps^ mais rimpulsion continuelle de la circuhition dans l'intérieur du sac produit un amincisse-
ment si rapide de ses parois , qu'il y a toujours beaucoup à craindre qu'un dépôt suffisant de coagulum ne se soit pas encore fait pour résiiter à cette impulsion et prévenir la rupture du kyste. La force du sang en circulation poussé dans le sac est donc la cause de son accroissement et de sa rupture ultérieure, en même temps que la rapidité du cours de ce liquide est contraire au dépôt de sa fibrine. Comment prévenir l'aggrandissement du sac pendant que le sang qui s'y rend oblitère sa cavité au moyen du dépôt du coagulum ?
Si, comme je viens de le dire , l'impulsion du tang en circulation cause l'expansion du sac et sa rupture ultérieure , nos eft'orls doivent tendre à diminuer la violence du cours de ce liquide. Tout ce que Fart peut donc effectuer avec sûreté pour la guérison de l'anévrisme se réduit à la diminution de la force de lacirculalion dans le sac. On prévient ainsi l'accroissement de la tumeur; l'amas du coagulum oppose une forte barrière à son augmentation subséquente, et la diminution graduelle de la cavité du sac finit par produire son oblitération. Je démontrerai plus tard, en traitant de l'opération de l'anévrisme, qu'un procédé semblable résulte , dans la plupart des cas, de l'application d'une ligature sur une
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artère, à quelque distaace de la maladie. La force de la circulation dans la tumeur est alors simplement affaiblie,- le sang amené parles branches collatérales pénètre dans l'artère audessus du sac; mais sa quantité est tellement diminuée, que le dépôt du coagulum n'en continue pas moins, jusqu'à ce que la cavité de la poche soit remplie , et que, par son resserrement subséquent, la maladie se trouve guérie. La contraction du sac et de l'artère semble dépendre d'une loi du système vasculaire d'après laquelle il paraît que , lorsqu^il y a obstacle au cours du sang et diminution dans sa quantité , le diamètre du vaisseau se resserre graduellement jusqu'à ce qu'il corresponde à la quantité de sang qu'il doit recevoir, ou jusqu'à ce que sa cavité finisse par s'oblitérer. Ainsi le même mode d'oblitération a lieu dans les vaisseaux ombilicaux et le conduit artériel aussitôt après la naissance , comme dans une artère fermée au cours du sang par l'application d'une ligature.
Il nous reste à chercher quels sont les moyens de diminuer la force de la circulation de manière à empêcher l'accroissement du sac et à produire son oblitération finale, sans avoir recours à l'interruption du cours direct du sang par l'application d'une ligature à la
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partie supérieure de l'artère. Il suflit d'observer à ce sujet que les moyens généraux de diminuer la force de la circulation sont les saignées répétées , une diète sévère , un repos absolu , Téloignement de toute disposition de l'esprit propre à accélérer la circulation , et une attention soutenue àl'état de ces orgciues^ plus particulièrement de ceux du canal alimentaire, qui exercent une si grande influence sur l'action du cœur et des artères.
VaJsalva et Albertini , au rapport de Morgagni (i), ont effectué îa guérison d'un grand nombre d'anévrismes , tant internes qu'externes, par l'emploi rigoureux de ce traitelîient débilitant , par des saignées répétées et une diète sévère. Valsai va affaiblissait à un lei point ses malades, qu'ils pouvaient à peine tirer leurs bras hors du lit. L'anévrisme diminuait en proportion de la débilité, et la diète devenait alors moins sévère en proportion des progrès delà guérison. Les cas suivans m'ont misa même de reconnaître les heureux effets de ce traitement.
(i) Leltre xvn , art. 5o.