‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 1 sur 53 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Ce serait mal comprendre les besoins de la science, ce serait négliger les enseignements que donnent les erreurs du passé, que de suivre les tendances exclusives de ces deux écoles : leurs efforts doivent être associés, et l’on doit embrasser dans son ensemble le sujet dont elles n’ont envisagé qu’une des faces multiples.

Si l’on s’occupe^ en traitant des maladies articulaires, de l’artbritis, de la goutte et du rhumatisme, à la manière des anciens médecins, et spécialement de ceux des deux derniers siècles, on oublie ce qu’il y a de matériel dans les lésions anatomiques, de rigoureusement démontrable dans le diagnostic, de précis dans le traitement local. Si, au contraire, comme les chirurgiens modernes, on ne s’occupe que des lésions locales sans étudier leurs rapports, soit avec les troubles fonctionnels que peuvent éprouver les organes internes, soit avec les diathèses rhumatismales, goutteuses, et purulentes, on néglige l’ordre d’étude qui jette le plus de jour sur l’étiologie, le pronostic et le traitement des maladies articulaires. Manifestations fréquentes d’affections générales, ces maladies ne peuvent être comprises dans leur développement qu’autant que l’on tient compte des causes qui modifient toute la constitution, et elles périssent bien plus sous l’influence de traitements généraux, que par Faction des moyens qui agissent directement sur les parties lésées-

Mais s’il est évident que dans un ouvrage de la nature de celui-ci on doit envisager la question tout à la fois au point de vue qu’avaient spécialement adopté les anciens médecins, et à celui qu’ont choisi les modernes, on peut rester incertain sur l’ordre dans lequel les faits qu’on peut recueillir par leurs diverses méthodes doivent être présentés. J’avais d’abord eu le projet de commencer par lé rhumatisme, la goutte, les diathèses scrofuleuse et purnlente, et de passer ensuite aux maladies locales des articulations. Cette marche avait plusieurs avantages je commençais par les questions les plus générales et je descendais ensuite graduellement à des sujets de plus en plus spéciaux. Les matériaux de cet ouvrage étaient disposés à peu près dans l’ordre où se sont succédé les travaux que la science possède sur les maladies articulaires. Je traitais des causes avant

MALABIKS DES AETIGULATIONS.

de m^occuperdes effets, et j’insistais avant tout sur les problèmes dont la solution importe le plus à la thérapeutique.

Mais je n’ai pas tardé à me convaincre que cet ordre, malgré ses avautages, ne devait pas être conservé. En le suivant , je commençais par ce qui est le plus obscur, le' plus hypothétique dans les maladies articulaires, et je ne répondais pas à l’attente du lecteur qui cherche ici bien plus des connaissances spéciales sur le sujet de cet ouvrage que des dissertations sur les diathèses dont l’étude appartient à un traité de pathologie générale. J’ai donc préféré suivre un autre ordre et appeler d’abord l’attention sur les altérations locales des jointures. Quel que soit le degré d’importance que l’on assigne à ces lésions, c’est par leur étude qu’il faudra toujours commencer, parce qu’elle constitue la partie de nos connaissances en pathologie la plus positive et la plus susceptible de vérification.

Chaque espèce de maladie articulaire, l’inflammation aiguë, l’hydarthrose, par exemple, offre des caractères communs, quelle que soit l’articulation dans laquelle on l’observe, et cependant dans chaque jointure elle a quelque chose de spécial. D’après cette considération, on pourrait diviser cet ouvrage en deux parties : l’une dans laquelle on traiterait des arthropà.hies (1), abstraction faite de leur siège dans telle ou telle articulation, et l’autre où l’on s’occuperait des particularités de chacune de ces maladies dans le genou, la hanche, le coude, le poignet, etc. J’ai cru devoir adopter cette division ; mais, remarquant que les diverses espèces de maladies articulaires ont plusieurs caractères communs, sous le rapport des lésions qui les constituent, des causes qui les produisent, des traitements qu’elles réclament, j’ai cru devoir séparer de leur description individuelle les considérations générales que j’avais à présenter à leur sujet. En conséquence j’ai divisé cet ouvrage en trois parties.

La première est consacrée aux maladies articulaires en général ; la deuxième, à chaque espèce d’arthropathie en particu-

(1) Je me servirai de ce mot artkropathie, introduit dans la science par M. Velpeau, aussi bien que de celui à’artfiralgiè, proposé par M. Guérin, comme synonyme de maladie articulaire»

MALADIES DES ARTlCüLÀTlONS.

lier ; la troisième, aux caractères spéciaux de chacune de ces espèces dans le genou, la hanche, le poignet, etc., etc.

Je ferai rentrer dans la deuxième partie l’histoire du rhumatisme et de la goutte. Avec l’inflammation aiguë des jointures, je traiterai du rhumatisme aigu; avec l’inflammation chronique, du rhumatisme chronique; avec les concrétions goutteuses, de la goutte. J’espère que de ce rapprochement résultera quelque lumière. Les observations d’anatomie et de diagnostic local donneront plus de précision à la Connaissance du rhumatisme et de la goutte, et les rapprochements que nécessite l’exposition de cette dernière, entre l’état des articulations et celui de l’ensemble de l’économie^ donnera plus de portée à l’étude des lésions locales.

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