ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MALADIES ARTICULAIRES
Les chimistes, avant de traiter des corps composés, exposent les propriétés des corps simples ; les anatomistes, depuis Bichat, étudient les tissus élémentaires avant de décrire les organes formés par la combinaison de ces tissus. Je vais essayer pour l’anatomie pathologique un travail analogue. Je rechercherai quelles sont les lésions primitives des articulations, et, après^
avoir étudié chacune d’elles séparément, je montrerai quelles sont les lésions complexes qu’elles peuvent former en s’associant entre elles.
En distinguant et décrivant à part chacune des lésions élémentaires dont les articulations peuvent être affectées, je ne négligerai point une autre méthode d’analyse, conséquence directe des travaux de Bichat, et qui depuis longtemps a pris rang dans la pathologie articulaire ; je veux parler des distinctions qui sont fondées sur le siège des lésions dans tel où tel tissu. Depuis la publication de V Anatomie générale, on a soin, en décrivant une maladie des articulations, de dire quels changements ont éprouvés les cartilages, les synoviales, les ligaments, le tissu cellulaire, etc. Brodie (1) a eu surtout le mérite d’avoir fait cette distinction dans un grand nombre de cas. En décrivant à part les inflammations des synoviales, les ulcérations des cartilages, les maladies des extrémités osseuses , il a contribué à débrouiller le chaos que présentait ayant lui l’anatomie pathologique des articulations. J’avais d’abord eu le projet de tenir compte de cette analyse des tissus en consacrant une suite d’articles aux lésions des synoviales, des cartilages, des fîbro-cartilages, du tissu cellulaire et des os ; mais ces distinctions multipliées m’entraînaient à de nombreuses répétitions. Elles m’ont paru en partie inutiles pour résoudre les questions que je soulève dans cet article; j’ai été conduit à traiter seulement dans des paragraphes séparés :
1® De l’anatomie pathologique des parties molles des articulations;
2® De l’anatomie pathologique des extrémités des os ;
3® De l’anatomie pathologique des cartilages d’incrustation.
Les lésions élémentaires que l’on observe dans les synoviales ou dans le tissu cellulaire sont les mêmes que dans les ligaments et les fibro-cartilages ; on peut donc les décrire dans un seul article. Les caractères particuliers de celles des extrémités osseuses sont assez nombreux pour qu’on ne puisse se dispenser de les exposer à part. Quant aux lésions des cartilages, elles ne
(I) Traité dei maladies des articulations.
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peuTent être confondues sous aucun rapport arec celles des parties molles et des os ; plus que toute autre elles demandent une étude spéciale.
§ 1. ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES PARTIES MOLLES DES articulations.
J’ai dit que j’examinerais d’abord les lésions élémentaires que l’on peut observer dans les parties molles qui composent les articulations. Si je me guidais sur les principes généralement admis en ânatômié pathologique, je dirais que ces lésions élémentaires sont ; les congestions sanguines, les sécrétions de sérosité, de pus, de tubercules, de fausses membranes, les concrétions goutteuses, les ulcérations, les formations accidentelles de tissus fibreux, cartilagineux et osseux, de fongosités et de tissus lardacés, ét enfin les ramollissements et les indurations.
, Considérant que les indurations et les ramollissements ne sont pas des lésions élémentaires, car elles ne sont que la conséquence des lésions antécédentes ; qpe les tissus fibreux, lardacés, fongueux, ne sont que des produits divers de l’organisation de la lympbe plastique, j’admettrai "seulement comme lésions élémentaires dés parties molles dans les articulations :
A. La congestion sanguine ;
B. La sécrétion de sérosité ;
C^ La lympbe plastique et les divers produits de son organisation;
D. La sécrétion de pus ;
E. Celle de tubercules ;
F. Les épanchements de sang ; -
G. La sécrétion d’urate de soude et de chaux ;
H. L’ulcération.
xi. Congestion sanguine.
La congestion sanguine est la lésion <pi’on observe le plus fréquemment dans les maladies articulaires ; elle s’observe surtout dans les synoviales et le tissu cellulaire lâche, qui, dans quèlques parties, en double la surface externe; elle offre.
comme dans tous les tissus plus directement accessibles à l’Ob' servation, deux états bien distincts ; celui dans lequel le sang est sans adhérence avec les vaisseaux^ et celui dans le^ quel il a contracté avec ceux-ci des adhérences plus ou moins intimes (1). Sans doute, c’e&t le premier de céS états que l’on observe dans le rhumatisme inflammatoire aigu, lorsque la rougeur, qui de l’articulation s’étend quelquefois jusqu’à la peau, paraît et disparaît avec promptitude ; et c’est le second qui est propre aux inflammatiops chroniques des synoviales eu général si difficiles à guérir.
C’est par la rentrée du sang dans la circulation, et par le retour des vaisseaux à leur contraction normale que s’opère la guérison de la congestion sanguine. Il est aisé de prévoir que, lorsqu’elle est récente, les phénomènes de guérison peuvent s’accomplir avec facilité, si la cause qui a produit la congestion cesse d’agir. Mais lorsque les vaisseaux sont depuis longtemps distendus, et que le sang est plus ou moins adhérent à leurs parois, le retour à l’état normal offre de grandes difficultés.
B. Sécrétion de sérosité.-
La sécrétion de sérosité est presque aussi fréquente que la congestion sanguine dans, les maladies articulaires ; accumulée dans les synoviales, elle forme les hydarthroses aigus et chroniques ; infiltrée dans le tissu cellulaire, des œdèmes plus ou moins consistants ; on la retrouve fréquemment aussi faisant partie des tissus lardacés et des masses fongueuses.
La sérosité a dans, les articulations les mêmes caractères physiques et chimiques que dans les autres parties du corps; elle y est transparente, d’une teinte légèrement citrine ; semblable, par ses apparences extérieures comme par sa composition, à la sérosité du sang. Comme celle-ci, elle est incapable de s’organiser, mais elle forme l’un des éléments de la matière organisatrice. Par le premier de ces caractères, elle diffère de la lymphe plastique, qui est susceptible d’organisation ; par le second, elle
(l) On peut consulter sur ce sujet les observations microscopiques dues à Astin,gs, Kalteiibrunner, Wilson Philips, Gendrin, etc.
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se distingue du pus et des tubercules qui troublent l’organisation des produits vivants au milieu desquels ils peuvent être déposés.
Les épanchements de sérosité se guérissent par résolution. Cette résolution est d’autant plus difficile que la circulation est plus gênée dans les vaisseaux capillaires et que les tissus qui l’entourent sont plus épais et plus rapprochés de l’état fibreux.