‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 26 sur 53 · Tome i · texte numérisé non relu

Tome i

Des cataplasmes préparés avec la pulpe déplantés fraîches.

Il est des articulations^ comme celles du genou, du coude, de la hanche et de l’épaule, sur lesquelles on ne peut employer les bains froids; si l’on veut prévenir des inflammations traumatiques, il faut donc recourir alors à d’autres moyens. La même nécessité se fait sentir quelquefois , même aux pieds et à la main. Le malade ne peut rester constamment le pied dans l’eau , et cependant il peut être utile de continuer le froid pendant trois ou quatre jours.

Je ne connais pas de moyen qui satisfasse mieux à cette indication que des cataplasmes préparés avec la pulpe, de plantes fraîches ; les plus usités sont les cataplasmes préparés avec le persil haché, les racines jaunes ou les pommes de terre râpées; ce sont ces derniers qu’il est le plus facile de se procurer, qu’on peut renouveler le plus aisément’, et qui produisent le froid le ^us intense ; ils #é paraissent préférables à tous les autres.

Les cataplasmes de pommes de terre se préparent en râpant des pommes de terre fraîches dont on place la pulpe entre deux linges ; on les applique tout autour de l’articulation malade, et on les renouvelle avant qu’ils soient chauds. Dans les maisons particulières où l’on peut râper les pommes de terre au moment de s’en servir, il vaut mieux ne pas faire préparer les cataplasmes par avance , le froid qu’on obtient alors est plus vif.

Les cataplasmes de carottes jaunes sont en général plus difficiles à se procurer que ceux de pommes dé terre ; peut-être même n’ont-ils pas une action aussi efficace , ce qu’il faut sans doute attribuer à l’absence du principe astringent qui paraît exister dans la pomme de terre.

Les cataplasmes faits avec du persil haché constituent un remède vulgaire dans les entorses. Beaucoup d’observations ne laissent aucun doute sur l’utilité du persil employé de cette manière. La réfrigération qu’il produit, jointe à sa propriété astringente , doivent le rendre aussi efficace pour le moins que les pommes de terre ; mais comme on ne peut se le procurer avec autant de facilité et en quantité assez considérable pour renouveler souvent les cataplasmes et pour entourer complètement

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les articulations, les pommes de terre me paraissent, de tous les moyens que je viens d’énumérer , celui qui doit recevoir les applications les plus nombreuses et les plus utiles.

Le temps pendant lequel on peut continuer ces applications est beaucoup plus long que celui qu’on peut donner aux bains de pieds. Si l’entorse est légère et qu’il n’y ait point de rupture, leur emploi, pendant un jour ou deux, suffit ordinairement , mais on peut en continuer l’usage pendant beaucoup plus longtemps. Lorsque Faction du froid est ainsi prolongée, il faut en diminuer graduellement l’intensité ; à mesure que l’on s’éloigne du moment de l’accident, on met une distance de plus en plus considérable entre les époques de renouvellement des cataplasmes , et l’ott a soin de leur laisser perdre de plus en plus de leur froid, avant de les appliquer sur rarticulation ; il suffit, pour cela , de les laisser quelque temps à l’air ou d’y ajouter une certaine quantité d’eau tiède.

Lorsque les cataplasmes préparés avec la pulpe de plantes fraîches sont appliqués avec toutes les précautions convenables, ils préviennent merveilleusement l’inflammatioa , et font disparaître promptement la tension inflammatoire et la rougeur. Lorsque celles-ci sont déjà développées, on voit alors la peau se rider et blanchir. "

Je n’ai pas remarqué qu’à l’époque de la suspension des cataplasmes , l’inflammation et la rougeur fassent revenues, comme on pouvait le craindre.

Des applications de compresses trempées dans des liquides réfrigérants. — Les liquides réfrigérants que l’on peut employer pour prévenir la congestion sanguine, sont très-nombreux. Les plus usités sont : l’eau froide ou glacée, l’eau-de-vie camphrée, l’eau blanche , le mélange d’eau-de-vie camphrée et d’éther , conseillé par Astley Couper , sous le nom de lotion évaporante , etc. On trempe des compresses dans ces liquides , et on les applique sur les parties malades. Ce moyen a des effets qui varient suivant la manière dont il est employé ; il n’atteint en aucune façon le but que l’on se propose , si , comme on le fait tous les jours dans les hôpitaux , on place une bande par dessus les compresses et que l’on attende douze

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heures pour les renouveler. A peine cette application est-elle faite, que le liquide en contact avec les tissus vivants est déjà chaud. Dans cette condition, au lieu dé prévenir la congestion sanguine, il la favorise et l’augmente, ainsi que le prouve la pratique des hydropathes dont l’expérience démontre l’utilité, et qui consiste à rappeler une chaleur habituelle aux pieds, en entourant ceux-ci, une ou deüx fois par jour, d’un linge humecté d’eau froide qu’on recouvre de linges secs et que l’on maintient par une bande.

Pour que les applications de compresses trempées dans des liquides froids produisent une réfrigération permanente, il faut les changer à chaque instant , tous les quarts-d’heure au plus tard. Je dis changer, car si l’on se contente de verser de nouvelles portions de liquide sur les compresses encore chaudes, l’on ne produit aucun froid réel, et l’on s’expose à mouiller le lit, comme dans le cas où l’on pratique les irrigations continues, sans précautions convenables.

Il suit de tout ce que nous venons de dire, que les applications de compresses trempées dans des liquides réfrigérants , ne peuvent prévenir la congestion sanguine , si elles sont faites avec autant de négligence qu’on le voit d’ordinaire. Elles atteignent ce but, si on les renouvelle très-fréquemment. Mais ce mode de réfrigération étant plus difficile à employer , exigeant une surveillance encore plus attentive que les cataplasmes de pommes de terre , je crois ce dernier moyen de beaucoup préférable.

Des irrigations continues d’eau froide. — ^ Les irrigations continues d’eau froide sont, de tous les moyens employés jusqu’à présent pour prévenir la congestion sanguine , celui qui se présente au premier abord avec les conditions les plus satisfaisantes. Elles sont loin cependant d’avoir pris dans la pratique une extension aussi grande qu’elles semblaient d’abord devoir le faire. Les raisons principales de l’espèce d’abandon dans lequel sont tombées, après une faveur extrême, les irrigations continues d’eau froide, sont : 1° la difficulté que l’on éprouve quelquefois à se procurer les instruments convenables; 2° les imperfections attachées aux procédés jusqu’à présent mis en usage.

DE l’entoese. 229 ^

Dans les procédés ordinaires, l’articulation sur laquelle on M veut faire l’irrigation est placée sur un morceau de taffetas ciré^^ Tantôt l’on dispose dans ce système le taffetas ciré , de nièré à conduire le liquide au pied du lit, c’est, ce qui se p:a|V que surtout pour le pied; tantôt on cherche à faire tomber, l’eau sur les côtés du lit , c’est ce que l’on fait pour le genou, pour le coude, et- pour le poignet.

Lorsque l’on dispose le taffetas ciré , de telle manière que le liquide soit entraîné vers le pied du lit , le membre doit être m,aintenu incliné ; Cette position déclive tend à y amener la congestion, et dès-lors à détruire en partie les bons effets de la réfrigération.

Lorsque le liquide se déverse sur les côtés du lit , les membres malades peuvent être placés horizontalement , et l’inconvénient que je signale cesse d’exister ; mais l’on observe alors un accident bien autrement gravé et très-difficile à éviter ; je veux parler de la suffusion du liquide qui glisse le long des membres, entre la peau et le taffetas ciré, et va mouiller lé lit à une profondeur plus ou moins grande. Cette humidité permanente peut 'être extrêmement nuisible et donner naissance à des accidents très-graves.

On aura donc un bon système d’irrigation , 1° lorsque on sera arrivé à maintenir par ces irrigations un froid continu , tout en permettant aux parties malades d’être élevées et de rester dès-lors dans cette situation où la position elle-même contribue à prévenir la congestion sanguine ; 2“ lorsque dans ce système , le liquide pourra s’écouler sans que l’on ait à craindre l’humidité du lit. Je suis arrivé à remplir parfaitement ces deux conditions , pour le pied, le genou , le poignet et le coude, à l’aide des appareils dont je vais donner la description.

Jppareüs destinés aux irrigations continues d’eau froide et permettant de maintenir élevées les articulations malades , tout en prévenant Vhumidité du ZiL --/ J’ai peu de remarques à faire sur les moyens à employer pour diriger sur l’articulation malade une irrigation continue d’eau froide. Il est facile de remplir cette indication, en plaçant au-dessus du lit, soit un récipient particulier muni d’un robinet et d’un tube flexible , soit tout

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autre vase dont le fond puisse être percé d’un trou. On bouche incomplètement cet orifice avec une petite tige en bois ou bien avec un cordon de chanvre , ou un morceau de linge elBlé qui sert de conducteur au liquide. On peut aussi opérer l’irrigation à l’aide d’un sipbon formé par un tube long et flexible. Ce tube plonge par l’une de ses extrémités au fond du liquide réfrigérant , passe au-dessus des bords du récipient et descend en dehors , assez bas pour que son extrémité libre soit constamment placée au-dessus du niveau du liquide dans lequel plonge l’autre extrémité. De la sorte, on peut, sans avoir de vase dont le fond soit percé, diriger une irrigation continue sur le point précis que l’on veut soumettre à la réfrigération.

Quant aux appareils que j’emploie pour obvier aux inconvénients que j’ai signalés , et notamment pour éviter l’humidité du lit , on en comprendra facilement la construction , en se rappelant les gouttières dont j’ai parlé en traitant des moyens de maintenir les membres immobiles , et dont on trouvera une description détaillée aux articles consacrés aux maladies du genou, du pied, du poignet, etc., etc.

Ces gouttières sont garnies de taffetas ciré ; sur une grande partie de leur longueur existe en arrière une fente à travers laquelle lés liquides peuvent facilement s’écouler. Ces fentes sont prolongées au-dessus et au-dessous de l’articulation, afin de livrer sûrement passage au liquide qui tombe sur cette dernière ; toutefois , l’expérience m’ayant démontré que souvent le liquide éprouve de la peine à s’échapper , que celui-ci s’aQ" cumule de chaque côté entre le membre et l’appareil , et qu’il se forme ainsi deux rigoles qui conduisent l’eau jusque vers les parties supérieures du membre, j’ai fait établir des rainures transversales qui conduisent l’eau à la fente située au fond de la gouttière. A défaut de cette modification, j’ai employé de petits morceaux de bois placés entre le membre et l’appareil, et qui servaient dé conducteurs au liquide.

Comme l’expérience m’a fait connaître la difficulté avec laquelle on recueille les liquides qui tombent de la gouttière , j’ai fait attacher en dehors de l’appareil une toile cirée qui , repliée sur elle-même , forme un tuyau dans lequel se réunis-

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sent toutes les eaux qui tombent de l’appareil, et qui les conduit ■ dans un vase placé au pied du lit.

L’emploi des irrigations continues d’eau froide et des compresses mouillées peut être suivi d’accidents assez nombreux , contre lesquels il est important de se mettre en garde. Si les liquides glissent le long des membres , et qu’une partie du tronc soit mouillée ,• les malades sont exposés à toutes les conséquences graves que peut entraîner le contact de l’humidité avec le tronc. Ainsi, des rhumatismes articulaires se sont déclarés à la suite des irrigations d’eau froide mal dirigées; ainsi, j’ai vu survenir le tétanos dans un cas où l’on pratiquait l’irrigation , et je suis disposé à l’attribuer à ce que le liquide qu’on faisait tomber sur le coude avait glissé sur le côté de la poitrine.

Je viens de décrire les appareils au moyen desquels on peut éviter cés inconvénients ; il est d’autres accidents qui méritent encore d’être notés , bien qu’ils n’aient pas la même importance.

Lorsque la réfrigération est trop prolongée , on l’a accusée de favoriser la gangrène et d’empêcher le développement des phénomènes de réaction nécessaires à la guérison. Nul doute qu’il ne soit possible de modifier la température et la quantité du liquide, de manière à éviter les dangers de cet excès de réfrigération ; mais ^ en résumé, à raison des difficultés que présente l’emploi des irrigations d’eau froide , je leur préfère l’usage des pulpes de plantes fraîches , et en particulier de celle de pommes de terre. Je pense qu’il faut , dans les trois ou quatre premiers jours , renouveler ces applications toutes les demibeures , puis toutes les heures , et arriver ainsi au bout de huit jours à la suspension complète de tous les moyens qui produisent du froid.

Il est bien peu de cas où l’emploi des réfrigérants dans l’entorse récente soit formellement contre-indiqué. Il serait imprudent , sans doute , de faire plonger les articulations atteintes d’entorse dans l’eau glacée , pendant la période menstruelle. Mais il y aurait peu d’inconvénients à employer , dans ces circonstances , les cataplasmes préparés avec la pomme de terre

MALADIES DES ARTICULATÏOÎTS.

râpée. Boyer, qui proscrit Beau froide dans ce cas , conseille alors l’emploi des défensifs résolutifs , et notamment de l’éloupade de Moscati, que je décrirai plus tard. Si, au moment de l’accident , le malade est haletant et couvert de sueur, on attendra , pour employer lés réfrigérants , què le calme de la respiration et de la circulation soit rétabli. Si l’on craint une congestion fâcheuse du cerveau ou de la poitrine , sous l’influence de la rétrocession du sang provoquée par la réfrigération d’un membre , on pourra , dans quelques cas , pratiquer une saignée générale ou appliquer des sangsues. Enfin, si dans quelques circonstances particulières il était impossible de mettre en usage les réfrigérants , il faudrait avoir recours alors aux sangsues appliquées au-dessus de l’articulation forcée, et employer les autres moyens que je vais décrire, tels que le massage, l’immobilité, etc. ; mais , dans tous les cas, il faudra se garder des applications chaudes émollientes, qui favorisent le développement de l’inflammation et son passage à l’état chronique.

De Vimmobilité à la mite des anforses^

Les déchirures de ligaments et les fractures d’os, qui peuvent être la suite des mouvements forcés ou des éntorses , nécessitent l’immobilité des articulations pendant un temps plus ou moins long , et pour, obtenir cette immobilité , le chirurgien a divers moyens à sa disposition : le séjour du malade au lit sans aucun appareil ; l’emploi des appareils ordinaires , avec les coussins et les attelles disposés comme pour la fracture des . os qui avoisinent l’articulation- malade ; l’emploi de l’étoupade de Moscati ou du bandage amidonné ; enfin . celui des gouttières.

On s’habitue généraleméht à prescrire le séjour au Kt comme un moyen d’assurer- lé' repos des articulations. C’est ce qui semble résulter, du moins, de la lecture de tous les articles'que l’on trouve sur les maladies articulaires dans les Dictionnaires ou . dans les Traités . généraux de chirurgie. On y répète jusqu’à satiété : le malade sera soumis au repos lé plus absolu ; il gardera le lit, et comme l’on n’ajoute rien sur cette question , le -,

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séjour au lit est considéré comme synonyme de repos d’une articulation.

Il ne faut pas une Heu longue réflexion pour s’apercevoir que le séjour au lit ne constitue pas le repos d’une articulation. Des pressions exercées sur diverses parties les distendent avec plus ou moins de violence , comme on peut s’en convaincre en se rappelant ce que j’ai dit sur les effets des positions dont la plupart, loin de permettre le repos véritable des articulations, sont la cause d’une distension violente des moyens d’union des os. Peut-être même si , dans les entorses du pied , l’on réussit quelquefois en permettant au malade de se lever , doit-on attribuer le succès à ce que, durant "la marche, l’articulation malade est soustraite à l’influence fâcheuse d’une mauvaise position. Enfin, le séjour au lit, en abandonnant l’articulation à elle-même , est un état mixte qui n’est ni le repos ni le mouvement, et sur lequel il faut bien se garder de compter toutes les fois que l’immobilité d’une articulation est jugée nécessaire.

Les appareils avec des coussins de balle d’avoine et des attelles latérales sont loin d’être convenables. Pour les mettre en usage^ on commence par entourer le membre d’un bandage roulé, on place ensuite des coussins de balle d’avoine sur les côtés, puis des attelles droites en dedans et en dehors. Il est impossible de faire choix d’appareils plus vicieux. . Avec ces . appareils, l’immobilité est maintenue à l’aide d’une compression circulaire, et cette compression augmente souvent la douleur et l’inflammation, au lieu de les diminuer ; souvent même elle est insupportable ./Dans les entomes tibio-tarsiennes, qui sont les plus fréquentes, ces appareils ne soutiennent pas assezbien le pied,' et, en le laissant retomber, exposent à tous les accidents qui peuvent résulter de sa mauvaise position et de la distension des ligaments. .

L’étoupade de Mqscati et le bandage, amidonné sont fréquemment employés à la suite des entorses, lorsqu’on veut établir un certain degré de compression sur les parties malades et assurer l’immobilité d’une articulation.

L’étoupade de Moscati, telle qu’on l’applique le plus ordi-

nairement, se prépare avec de l’étoupe, de l’alun pulvérisé, du blanc d’œuf et de l’eau-de-vie camphrée. On commence à délayer l’alun dans le blanc d’œuf et l’on ajoute en dernier lieu l’eau-de-vie camphrée. Ce mélange se fait à parties égales, et lorsque les substances ont été bien battues ensemble, on étend la pâte liquide qu’elles forment sur un gâteau d’étoupes de grandeur convenable, et l’on enveloppe immédiatement les parties malades avec cette sorte d’emplâtre. Ce topique agit d’abord par l’impression de froid qu’il produit, et par la propriété astringente et résolutive de quelques-unes des substances qui le composent ; puis il ne tarde pas à se dessécher, et il forme alors autour de l’articulation un moule soh’de dont l’action médicamenteuse est tout-à-fait nulle. L’appareil ainsi desséché exerce souvent sur les parties malades une compression douloureuse, aussi est-on dans l’usage de l’arroser deux fois par jour, pour qu’il conserve un certain degré de fraîcheur et de mollesse. Puis, lorsque le gonflement des parties venant à diminuer, la pression exercée sur elles n’est plus suflBsante, on fait une nouvelle application du topique, et l’on continue ainsi jusqu’à la cessation du gonflement et des douleurs de l’articulation.

Appliquée de cette manière, l’étoupade ne ressemble guère au moyen conseillé par Moscati , pour les fractures du col de l’humérus. (Ce chirurgien enveloppait, dans ces cas, l’épaule avec des étoupes et des compresses imbibées de blanc d’œuf.) Elle ofirirait plus d’analogie avec le défensif que Ledran composait avec le bol d’Arménie, le blanc d’œuf et lé vinaigre.

Sans nier les avantages des bandages inamovibleSj et notamment du bandage amidonné, dans certaines fractures et dans tous les cas où l’indication d’une compression circulaire constante est la seule à remplir, je trouve que, dans le traitement des entorses, ces bandages présentent plusieurs inconvénients : 1" ils enveloppent immédiatement et de toute part les articulations malades, il est impossible défaire sur elles les applications réfrigérantes que j’ai indiquées et qui sont d’une grande utilité. 2° Si le gonflement des parties augmente, il faut inciser longi-

DE l’eNTOKSE.

tudinaîemeut le bandage et souvent aussi l’enlever tout à-fait, pour soulager le malade en faisant cesser une constriction trop forte. Si l’engorgement diminue, le bandage n’exerce plus une compression égale et suffisante, il faut le renouveler ou lui faire subir des modifications que sa rigidité et sa friabilité rendent difficiles à exécuter. 3” Ces bandages n’assurent la bonne position et l’immobilité de l’articulation malade qu’à l’aide d’une compression circulaire très-forte et qui est souvent intolérable. 4® Il est très-difficile d’obtenir avec ces bandages une immobilité complète, parce que, appliqués seulement autour de l’articulation malade, ils ne maintiennent pas tout le membre dans une bonne position. Pour l’entorse du pied, par exemple, alors même que l’articulation tibio-tar sienne est convenablement entourée d’un bandage amidonné, si la jambe n’est pas maintenue elle-même dans une bonne position, et si elle peut tourner à droite ou à gauche, le malade, en se soulevant dans son lit, s’appuiera sur le côté interne ou sur le côté externe du pied, et celui-ci sera dès-lors plus ou moins entraîné dans un mouvement vicieux, d’où pourra résulter le passage de la maladie à l’état chronique.

Les gouttières de M. May or sont de beaucoup préférables à tous les moyens que nous venons d’examiner ; elles permettent d’assurer l’immobilité dans une bonne position, tout en laissant les articulations à découvert et en n’exigeant pas qu’une compression soit exercée sur elles. On conçoit toute l’importance de cette dernière condition : si l’articulation n’est pas comprimée, le gonflement peut se faire au dehors sans que l’inflammation soit rendue plus douloureuse par la constriction exercée sur elle, et si l’articulation est à découvert on peut appliquer sur elle toutes les substances réfrigérantes dont nous avons démontré les avantages.

Mes appareils réunissent les mêmes avantages; mais je les préfère parce qu’étant munis de trépieds, ils ne peuvent se renverser dans aucun sens et sont plu| mobiles que ceux de M. Mayor, et parce que, se moulant avec plus d’exactitude sur les formes des membres, ils permettent à ceux-ci de rester fixes sans qu’on ait besoin de les serrer par aucune de leurs extrémi-

tés. En même temps qu’ils sont de la plus grande commodité pour le malade, ils réunissent toutes les conditions que l’on peut exiger, car ils assurent l’immobilité saçs compression et dans une position favorable.

Du temps pendant lequel doivent être continués Vimmohïlifé des articulations et le séjour au lit. — Le temps pendant lequel une articulation est maintenue immobile doit être aussi court que possible. Aussitôt que l’inflammation aiguë est dissipée, il faut permettre au malade d’exécuter de légers mouvements, il faut en imprimer soi-même aux articulations. Par là on prévient les accidents si graves et si nombreux qu’entraîné l’immobilité des articulations"^(l), et si, malgré ces précautions, le mal passe à l’état chronique^ il faut employer les traitements décrits à l’article inflammation chronique des articulations.

Mouvements artificiels et massages.

Tous les auteurs sont d’accord sur l’utilité de prévenir l’inflammation par l’emploi des répercussifs, et de maintenir dans un repos plus pu moins prolongé les articulations qui sont le siège d’entorses récentes. Parmi les moyens que l’on peut mettre en usage dans ces* cas, faut-il comprendre encore le massage longtemps prolongé et certains mouvements imprimés aux os qui forment les articulations ?

Suivant la plupart des chirurgiens, lorsqu’on ne trouve ni fracture avec déplacement, ni luxation, il n’y a point de traitement mécanique à employer. Cette opinion est loin d’être acceptée par les gens du peuple, et l’on s’ait que les rhabilleurs auxquels ils ont recours à la suite des entorses, impriment aux articulations des mouvements plus ou moins étendus et qu’ils exercent sur elles des pressions et des frictions vigoureuses. Quelle est de ces deux pratiques celle qui doit être adoptée? La solution de cette difficulté me paraît très-importante. Je vais examiner les questions qui s’y rattachent en distinguant ce qui

(2) Voyez page 68 et suivantes.

DE l’entosse. 237

a rapport aux mouvements artificiels et ce qui a rapport au massage.

Mouvements artificiels. Plusieurs auteurs ont conseillé d’imprimer des mouvements aux articulations qui viennent d’être affectées d’entorses.

Fabrice d’Aquapendente fait un précepte de cette pratique.

Il conseille de faire des tractions et de s’assurer de la bonne position des surfaces articulaires par des mouvements de va et vient. '

Dans son Mémoire "sur les entorses (1), M. Ribes émet aussi cette idée qu’il faut imprimer, aux articulations qui sont le siège d’entorse, des mouvements et des pressions qui puissent remettre en placé les parties qu’on peut supposer être éloignées de leur situation normale.

Ces préceptes sont vagues, et il est difficile d’en faire l’application. Je pense que l’on peut établir avec plus de précision qu’à la suite d’une entorse, il faut imprimer à l’articulation malade tous les mouvements qu’elle peut exécuter dans l’état sain, et, si quelques-uns de ces mouvements sont difficiles, il faut exercer les tractions et les pressions nécessaires pour qu’ils puissent s’accomplir. En agissant ainsi, on s’assure, lorsque les os peuvent se mouvoir dans toutes les directions qui appartiennent à l’état normal, qu’aucun obstacle ne s’oppose à ces mouvements, et s’il est difficile, impossible même, de les * faire exécuter, on en conclut que probablement il existe quelques déplacements insensibles.

En agissant suivant ces préceptes dans les entorses du genou, on fléchira la jambe sur la cuisse^ et si Cette flexion est impossible^ on exercera une traction sur les os de la jambe ; puis, passant l’avant-bras en arrière de la partie supérieure du tibia, on tirera cette partie en avant, pendant qu’on fera exécuter le mouvement de flexion.

Dans les entorses de l’articulation tibio-tarsienne,ron étendra et l’on fléchira alternativement le pied sur la jambe, au besoin,

(1) Mémoire etobserv. par M. Ribes, t. 2, p. 492.

il sera utile d’exercer des tractions pour faciliter ces mouvements.

Dans les entorses de l’épaule, on cherchera à produire des mouvements de circumduclion, et si le malade ne peut écarter que difficilement le bras du tronc, on agira comme si l’oa voulait réduire une luxation de l’humérus dans le creux de Faisselle.

Des observations nombreuses démontrent Futilité de ces manœuvres. Ainsi^ en ce qui regarde le genou, des faits empruntés à la pratique de Hey et d’Astley Cooper prouvent que le mouvement de flexion peut faire cesser promptement les douleurs et l’impossibilité de marcher, consécutives à des entorses de cette articulation.

J’ai obtenu les résultats les plus satisfaisants de cette pratique. Je rappellerai à ce sujet l’observation suivante.

Observation. — Luxation présumée des cartilages sémi-hmaires. — Un homme irès-vigoureux, âgé de 45 ans, se fit une entorse du genou dans un mouvement forcé de rotation de la jambe en dehors. Je le vis deux jours après cet accident : l’on ne pouvait reconnaître dans le genou aucun dérangement physique, il y avait seulement un peu d’épanchement de liquide dans la cavité synoviale. Le malade ne pouvait marcher qu’avec une peine extrême, il souffrait beaucoup et ne pouvait étendre que trèsincomplètement la jambe sur la cuisse. Cette disproportion entre la gêne des mouvements, qui était portée très-loin, et l’inflammation, qui était peu intense, me fit penser qufll y avait peut-être luxation des cartilages sémi-lunaires. Je fis alors fléchir le genou aussi fortement que possible: cette flexion fut douloureuse. Après l’avoir effectuée une première fois, j’étendis la jambe et je la fléchis de nouveau. Cette manœuvre fut suivie d’un soulagement immédiat, le malade put marcher avec mains de peine et étendre complètement la jambe sur la cuisse. L’inflammation se dissipa avec rapidité.

, Cette pratique m’a réussi d’une manière non moins remarquable dans un cas d’extension forcée du coude i Au cinquième jour après l’accident cette articulation était très-douloureuse et la flexion était impossible ; il n’existait aucune luxation manifeste. J’opérai cependant comme si les os de Favant-bras eussent été déplacés en arrière, j’exerçai des extensions, et je fis ensuite fléchir Favant-bras sur le bras ; les douleurs et la gêne des

DE l’entorse. 239

mouvements cessèrent de suite d’une manière presque complète.

Je me rappelle aussi avoir vu des cas où des malades qui, à la suite d’entorse de l’épaule, éprouvaient de vives douleurs dans cette articulation, ont été rapidement soulagés par des extensions pratiquées sur le bras, celui-ci faisant angle droit avec le tronc, et par des mouvements de circumduction exécutés pendant que l’on tirait sur rbumérus. .

Je n’ai pas eu l’occasion de répéter ces manœuvres sur la hancbe, et en les faisant dans les entorses de la main ou du pied je n’ai observé aucun succès évident.

Des frictions prolongées et du massage.— Parmi les affections, confondues sous le nom d’entorses , il en est de deux sortes ; les unes sont consécutives à des mouvements imprimés aux articulations par la contraction musculaire , telle est par exemple l’entorse qui succède à un mouvement brusque par lequel on tourne le cou , ou par lequel on redresse la colonne vertébrale. Les autres succèdent aux mouvéïnents forcés produits par des violences extérieures : On trouve dans les entorses du pied le type de ces dernières. Cela posé , je crois pouvoir établir ; que dans les entorses dues à la contraction musculaire, le massage est très-utile, et qu’il est en quelque sorte le seul traitement efficace ; que dans les entorses produites par des violences extérieures , il est encore d’une utilité réelle , quoique moins générale.

Les preuves sur lesquelles je m’appuie pour démontrer que le massage est utile dans les entorses produites par les contractions musculaires, sont surtout des preuves de faits. Ces faits sont tirés de la pratique de Pouteau , de Lieutaud , de M. Récamier et de M. Martin aîné, ancien chirurgien en chef de l’bospice de la Charité de Lyon. Ils sont empruntés enfin aux observations que j’ai faites en me guidant sur les préceptes donnés par ces auteurs.

On trouvera l’exposition détaillée de ces faits dans les articles consacrés à la description des phénomènes morbides qui succèdent aux mouvements forcés de la colonne vertébrale , du cou et de l’épaule , etc. Je ferai remarquer d’ ailleurs dès à pré-

aiALADIES DES ARTICULATIONS.

sent, que l’entorse par contraction musculaire se rencontre surtout dans des régions où des muscles épais recouvrent les articulations , et qu’elle ne s’observe guère au poignet, ni au coude-pied, qui présentent des dispositions anatomiques peu favorables à ce genre de lésion.

Après les preuves pratiques que l’on trouvera rassemblées dans les articles que j’indique, les démonstrations théoriques ne peuvent être qu’ accessoires ; seraient-elles obscures , insuffisantes, le fait n’en resterait pas moins vrai. Qu’il me suffise de . dire que, suivant l’observation de M. Martin, les muscles qui se sont violemment contractés restent raides , dans une sorte de crampe , et que le massage fait cesser cette contraction spasmodique rebelle à tout autre moyen.

Dans les entorses produites par des violences extérieures , le massage a-t-il encore quelques avantages? Les faits qui pour* raient permettre de répondre à cette question sont nombreux et concluants ; je me contenterai , toutefois , de citer ceux qui ont un caractère scientifique.

La Gazette Médicale àQ 1836, n® ôO, renferme un Mémoire de M. Magne sur le traitement de l’entorse au moyen du frottement et du massage combinés. L’auteur n’a employé cette méthode que dans quatre cas d’entorses récentes; mais les résultats qu’il a obtenus sont très-significatifs.

La première observation est celle d’un jeune homme dont le pied fut porté dans une extension forcée. Douleur très-vive, impossibilité de placer le pied à terre, large ecchymose. Deux séances de massage suffirent pour dissiper complètement tous ces accidents.

Deuxième observation. — Extension forcée du pied, gonflement, ecchymose, impossibilité de marcher; massage vingt-quatre heures après l’accident, rétablissement immédiat des fonctions du membre.

Troisième observation. — Adduction forcée, douleur, insomnie; massage vingt-quatre heures après l’accident, guérison immédiate.

Quatrième observation. — Entorse du poignet résultant d’une chnie de vingt pieds de haut, dans laquelle le poids du corps avait porté en totalité sur ta main fléchie ; douleur et gonflement considérables. Dn autre chirurgien prescrivit trente sangsues, des cataplasmes et des bains émollients ; aucun amendement. Au bout d’un nombre de jours qu’il ne déler-

DE l’entorse. 241

mine pas, l’autenr met en usage des frictions et le massage, et deux heures après, la douleur avait disparu et le membre avait repris ses fonctions.

Ces guérisons si instantanées se sont toutes parfaitement maintenues.

Le procédé opératoire employé par l’auteur est le suivant î il commence par pratiquer sur le membre , en passant sur la jointure, des frictions d’abord très-légères, et dont il augmente graduellement l’intensité. Ces frictions doivent être faites sur tout le pourtour de l’articulation, en insistant néanmoins plus longtemps sur les points les plus douloureux.

Ce premier temps de l’opération doit durer de 45 minutes à une heures A cette époque, la douleur et le gonflement ont déjà sensiblement diminué. On fait alors exécuter à l’articulation quelques légers .mouvements, puis on revient aux frictions qu’on porte au point du véritable massage. Au bout de 30 à 40 minutes de ces nouvelles pratiques , on fait mouvoir l’articulation dans tous les sens, pendant S ou 6 minutes. Cette épreuve n’amène déjà presque aucune douleur. Enfin, on termine cette série d’opération par un massage de 15 à 20 minutes; après quoi on prescrit au blessé de naarcher. La durée totale de l’opération est d’environ deux heures.

Pour consolider la guérison, on répète encore deux où trois fois le frottement et le massage combinés , le jour même ou le lendemain de l’accident.

J’ai pratiqué quelquefois le massage des articulations atteintes d’entorses ; toujours j’en ai obtenu un soulagement , jamais une guérison complète , comme dans les cas que je viens de citer. Il est vrai de dire que je n’ai point pris l’ensenible des précautions conseillées par M. Magne , et n’ayant fait des frictions que pendant quelques minutes , je ne puis citer mes observations comme propres à juger sa méthode.

En comparant les résultats pratiques què l’on obtient de l’emploi des mouvements artificiels et du massage dans les entorses , avec les données d’anatomie pathologique fournies par l’expérimentation directe , j’ai été conduit à reconnaître certains rapports entre ces deux ordres de faits.

Dans les expériences sur le genou, des mouvements alternatifs de flexion et d’extension font disparaître le déplacement des Tome l. ' 16

cartilages semi-lunaires, produit par le mouvement de rotation et d’adduction forcée : dans celle que l’on pratique sur la hanche, on voit des lambeaux de la capsule et des muscles déchirés pénétrer dans l’intérieur de la cavité cotyloïde et s’interposer entre les surfaces articulaires. Des mouvements modérés imprimés à la cuisse dégagent ces parties et rétablissent leurs rapports normaux. Enfin, au coude et à l’épaule , l’expérimentation permet de constater quelquefois aussi les mêmes résultats. Ce sont précisément ces articulations du genou, du coude et de l’épaule dans lesquelles on a obtenu les avantages les plus incontestables des tractions et des mouvements propres à remettre en place des parties déplacées. J’ai lieu de croire que les mêmes manœuvres seraient très-utiles dans certains cas d’entorses de la cuisse.

Âu poignet et au coude-pied , la lésion que l’on constate le plus souvent à la suite des entorses , c’est la déchirure des gaines tendineuses et des muscles ; c’est la fracturé des extrémités articulaires des os. L’immobilité dans une bonne position semble être alors le traitement le plus convenable. Les mouvements artificiels ne sont pas indiqués. Toutefois il faut remarquer qu’à la suite des entorses de ces articulations comme de toutes les autres, les tendons peuvent se déplacer et abandonner leurs gaines; que des lambeaux musculaires peuvent s’interposer entre les surfaces articulaires, ou bien entre les fragments ; que des luxations incomplètes peuvent avoir lieu. On comprend que des pressions exercées méthodiquement, que le massage, puissent alors avoir une influence favorable pour remédier à quelques-uns de ces désordres physiques, notamment aux déplacements des tendons, ainsi qu’aux luxations incomplètes.

Traitement de l’inflammation aiguë consécutive aux entorses^,

Lorsque l’inflammation aiguë n’a pas été prévenue , quel est le traitement qu’il convient de lui appliquer ? On conseille, en général, l’emploi des cataplasmes chauds, émollients, des sangsues , le séjour au lit et le repos le plus complet de l’articulation. C’est là le traitement mis en usage dans les hôpitaux,

DE l’emorse. 243

même au début de raccident. Je ne saurais trop insister sur la supériorité de la pratique vulgaire qui emploie les réfrigérants au début des entorses. Les cataplasmes chauds ne calment point les douleurs , n’empêchent pas le développement des phé^ nomènes inflammatoires, et c’est à leur emploi trop général qu’il faut attribuer bien souvent la persistance des congestions et des gonflements articulaires dans les entorses. Mais si ce traitement antiphlogistique et émollient doit être proscrit dans les premiers jours qui suivent les entorses , peut-on y avoir recours lorsque l’inflammation est développée? sans aucun doute, il convient dans ce cas ; en le mettant en pratique, on doit insister sur les applications de sangsues en grand nombre sur le trajet des veines qui reviennent des parties enflammées, et maintenir l’articulation immobile au moyen de gouttières appropriées.

Traitemèïit des lésims chroniques consécutives mae entorse^

Le traitement des lésions chroniques qui peuvent succéder aux entorses varie suivant la nature de chacune d’elles. Nous ne pouvons en exposer ici toutes les variétés. Ainsi, nous n’avons pas à nous occuper du traitement spécial des fongosités et des abcès qui peuvent survenir à la suite de mouvements forcés, chez des scrofuleux ou sur des sujets atteints de diathèse purulente. Nous circonscrirons la question aux cas qui s’observent chez des malades bien constitués, et qui se réduisent à des douleurs avec difficulté dans les mouvements, sans lésion apparente, ou accompagnée d’inflammation chronique.

Les moyens que l’on trouve conseillés pour ces cas dans tous les auteurs classiques sont l’immobilité et l’emploi des Metions stimulantes, comme celles de baume de Fioravenli, de baume nerval, de baume opodeldoch ; les bains excitants dans des solutions alcalines, telles que la décoction de cendres, le sang de boeuf, la décoction de plantes aromatiques; enfin les diverses espèces de douches, et spécialement les douches sulfureuses et salines.

Sans doute, il est des cas où ces divers excitants ont amélioré

MALADIES DES ARTICüLATIOIfS.

l’état des malades et contribué à leur guérison^ mais il en est beaucoup d’autres où ils ont aggravé tous les accidents ; ils conviennent chez les malades d’un tempérament lymphatique, lorsque les articulations ne sont le siège d’aucun élancement inflammatoire et d’aucune chaleur ; ils sont nuisibles quand il existe des symptômes tranchés d’inflammation chronique, et que les malades sont sanguins et vigoureux. Dans aucun cas ils ne constituent une méthode vraiment efficace, et ce n’est pas sur eux qu’il faut compter.

L’immobilité n’est pas moins nuisible dans l’immense majorité des cas; Pour s’en convaincre, on n’a qu’à se rappeler les accidents graves que nous avons démontré en être la suite (page 68 et suiv.) lorsqu’elle agit sur des articulations saines. Loin d’assujettir au repos les jointures depuis longtemps malades à la suite d’entorses, il faut leur imprimer chaque jour les mouvements qui appartiennent à l’état normal, et même exercer sur elles les tractions qui seraient utiles pour faire disparaître des déplacementsinsensibles. J. Hunter s’exprime ainsi à propos de ces mouvements (1) : « Dans beaucoup de cas les entorses restent douloureuses après que les symptômes primitifs se sont dissipés. On fait souvent disparaître cette douleur en donnant du mouvement à la partie ; il semble que quelque chose se remplace par ce mouvement. »

A ces mouvements l’on doit joindre un massage très-long^ temps prolongé et répété plusieurs fois au besoin.

M. Brulet, de Dijon, a publié dans le journal de cette ville plusieurs observations d’entorses traitées par le massage. Je vais les reproduire textuellement ; elles me paraissent très-propres à entraîner la conviction. Yoici ce que dit M. Brulet :

« Un praticien très-estime, M. Giiyot de Norges, donne ses soins pendant trois mois à un homme qui avait une forte entorse à l’un des pieds. Tout ce que son expérience^put lui suggérer dans cette circonstance fut employé, mais vainement : le malade boitait toujours. Celui-ci, las de ses douleurs et de sa claudication, va un jour dans un village voisin chercher secours près d’un rebouteur. Après des pressions fortes, prolongées et douloureuses, pour remettre, dit le malade, ses nerfs déplacés, il marcha

(1) Œufres de John Hunter t tracl. de Riclielot, t. î, p, 373.

DE l’èntokse. 24 o

facilement, et revint chez lui avec autant d’aisance que s’il n’eût jamais eu d’entorse. M. Guyot vit ce malade le lendemain et put constater ce singulier résultat qui l’étonna vivement.

« M. de Nans tombe de cheval et ne se relève qu’avec une entorse trèsdouloureuse de l’un des pieds La marche est impossible, les douleurs sont déchirantes, le gonflement est énorme. Pendant trois mois il est traité à l’hôpital militaire de Lyon, sans le moindre succès. Àu bout de ce temps cette entorse est encore ce qu’elle était à son début. Amené à Dijon, et conduit chez M''® Dupuis, il est pendant deux heures soumis à des pressions diverses faites avec les mains, et à un massage doux ou plus fort, selon les circonstances. La douleur produite par cette opération est quelquefois si forte que l’expression manque au malade pour la peindre. Au bout de deux heures, les douleurs diminuent et cessent complètement. Le malade revint immédiatement chez lui, librement et faisant des entrechats dans sa cour pour mieux constater la réalité de sa guérison.

« M. de Lachad... tombe de cheval et a, par le fait de cette chute, une forte entorse de l’un des genoux. La ehirurgie,. pendant deux mois, fait d’inutiles efforts pour alléger son mal: le moindre mouvement du membre développe de cruelles douleurs. Fatigué de cette situation qui menaçait de se prolonger indéfiniment, il s’adresse à l’art de MH® Dupuis, qui fait pour le genou de M. L... ce qu’elle a fait pour le pied de M. dé N. . . Les douleurs causées par la pression des pouces, et la distension latérale de la peau, sont si vives qu’elles produisent trois lipothymies. L’opérateur n’en Continue pas moins sa manipulation. Après deux heures et demie, la sensibilité du genou est rentrée dans son état normal; extension et flexion se font sans douleurs, et M. de L... retourne chez lui aussi libre des mouvements de son membre malade que de celui qui ne l’avait point été.

« Deux séminaristes de Plombières tombent, l’un de dessus un mur qu’il veut franchir, l’autre du sommet d’une roche. Tous deux ont une entorse de l’un des pieds. Le premier est soumis aux pressions de M'te Dupuis, le huitième jour de sa chute ; le second, le troisième jour. Chez tous deux l’articulation malade est très- tuméfiée, douloureuse, et la marche est impossible. Trois heures suffisent pour faire cesser complètement tous ces accidents, et nos deux séminaristes eussent été de Dijon à Plombières à pied, si la permission leur en eût été donnée. »

Par quel procédé opératoire arrive-t-on à ces résultats? Ou débute par embrasser l’articulation malade des deux mains. Avec un ou les deux pouces, on cherche les lieux les plus douloureux et la direction que suit la douleur. Lorsqu’on s’est assuré de ces deux faits, on commencé, par frotter doucement avec les pouces sur le trajet des parties les plus sensibles, tantôt

dans un sens vertical, tantôt en décrivant des lignes divergentes. Bientôt la friction est plus énergique, sans cependant la pousser jusqu’à enlever l’épiderme. La douleur s’accroît toujours par elle, et ses aiguillons sont quelquefois d’une grande violence» La Conduite à tenir alors varie selon la nature du sujet, son courage, les accidents que cause ce surcroît de douleur, les effets locaux qui en résultent. On prolonge, l’on suspend ou l’on modère simplement les frictions, selon le caractère de tous ces phénomènes.

La durée totale de cette opération, à laquelle on joint un massage plus ou moins fort et étendu, varie selon les cas. Généralement on persévère dans tout ce qui la constitue jusqu’à la cessation entière de toute douleur : c’est le fait le plus commun. Quelquefois on revient pendant deux ou trois jours à cette opération. Chez un très-petit nombre de sujets, on est forcé d’insister sur elle pendant cinq à six jours.

M. Brulet pense que le massage émousse en quelque sorte la douleur, ce qui , dit-il , est d’autant plus probable que l’opérateur ne s’arrête que lorsque les pressions d’abord très-pénibles à supporter , cessent de provoquer des souffrances. L’expbcation dè M. Brulet me paraît digne d’être prise.en considération; peut-être faut-il ajouter que ces pressions longtemps exercées favorisent la résolution des liquides infiltrés ; quoiqu’il en soit, la méthode que nous venons d’exposer est précieuse, surtout dans les entorses du pied et du poignet. Lorsque j’en ai fait usage , j’ai toujours vu un certain soulagement en être la conséquence , et si je n’ai obtenu que des résultats bien inférieurs à ceux que fait connaître le journal de Dijon, peut-être faut-il l’attribuer à ce que je n’ai pas, appliqué la méthode pendant le temps et avec la persévérance nécessaires.

Si le massage était insuffisant et s’il existait en même temps des signes d’inflammation , que l’articulation fût chaude , que le malade y ressentît des battements, que ses douleurs augmentassent à la suite d’un exercice trop prolongé , il faudrait recourir aux applications réfrigérantes répétées de temps en temps. Aucun moyen ne m’a paru plus efficace dans les cas que je viens de spécifier. On peut employer alors les bains froids , dans les

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