CHAPITRE IX
Dü RHUMATISME CHRONIQUE.
Dans les chapitres précédents , nous avons traité de l’arthrite chronique, de l’hydarthrose et des corps étrangers. La connaissance de ces altérations locales , bien connues sous le rapport de l’anatomie pathologique et du diagnostic, sert d’introduction naturelle, à l’article que nous allons consacrer au rhumatisme chronique. Car dans les cas graves de ce genre de rhumatismes , elles s’observent dans un nombre plus ou moins considérable d’articulations.
Dans les articles consacrés aux afifections aiguës des jointures , nous avons traité, avant d’aborder la question du rhumatisme aigu , des diverses variétés d’arthrites , avec simple rougeur, avec sécrétion' de sérosité, de pus ou de fausses membranes, nous suivons le même ordre pour les arthropathies chroniques. En poursuivant ces études comparatives , nous sommes conduit à nous demander si l’on n’a pas confondu sous le nom de rhumatisme chronique un grand nombre de maladies distinctes;, ainsi qu’oh^ l’a fait pour le rhumatisme aigu. Je n’hésite point à répondre par l’affirmative et à établir en principe que^ pour discuter avec précision sur le rhumatisme chronique, il faut avant tout distinguer les diverses maladies auxquelles on a donné ce nom, et préciser le sens que l’on attache à cette expression encore mal définie.
On dit en général qu’un malade est affecté d’un rhumatisme chronique , lorsqu’il éprouve successivement ou simultanément des douleurs et de la. gêne des mouvements dans diverses, parties du corps , et plus spécialement dans les grandes arti-
culalions , lorsque ces douleurs changent de place , qu’elles augmentent par .les temps humides et froids , qu’elles diminuent par les temps secs et chauds , et que Faction de l’humidité a contrihué à leur développement.
Les cas où ces symptômes se manifestent peuvent offrir entre eux les plus grandes différences , et tous les praticiens attentifs ont senti la nécessité d’établir des distinctions entre ces états divers. Tous, depuis Baillou,.à l’exception de quelques modernes, dont les erreurs sur ce point peuvent être rigoureusement démontrées, ont senti qu’il fallait distinguer des affections rhumatismales la goutte proprement dite ; cette maladie , spéciale par ses causes et surtout par la sécrétion dans les jointures de matières inorganiques dont l’acide urique est la base.
L’on est également bien arrêté sur la nécessité de séparer du groupe confus des affections confondues sous le nom de rhumatismes chroniques , les douleurs vagues , avec ou sans lésions matérielles , qui se produisent sous l’influence d’une syphilis constitutionnelle , douleurs dont l’origine comme le traitement ont un caractère tout-à-fait spécial .
Lorsque le sang éprouve une dissolution scorbutique, il peut s’infiltrer dans des organes quelconques , et on le trouve épanché dans les cavités articulaires aussi bien que dans les tissus sous-muqueux , siège le plus ordinaire de ces infiltrations. On observe alors des douleurs vagues, de la gêne dans les mouvements, etc., et l’on a donné à cet ensemble de symptômes le nom de rhumatisme scorbutique , affection non moins spéciale que la goutte ou le rhumatisme syphilitique, par les causes qui la produisent, par les signes qui la décèlent et par les traitements qu’elle réclame.
Les accoucheurs Qnt aussi distingué du rhumatisme ordinaire celui qui se manifeste à la suite des couches. Déjà nous avons fait voir comment , dans les cas graves et à l’état aigu , le rhumatisme puerpéral méritait une description à part par sa coexistence avec des lésions graves de l’utérus et de ses an-, nexes, et par sa tendance à la suppuration. A l’état chronique, il offre, quoique à un moindre degré, les caractères spéciaux que nous venons de signaler à l’état aigu.
Ce seul aperçu sur des distinctions que l’on a été conduit â établir par des observations précises , montre suffisamment à quelle confusion on serait conduit si l’on prétendait décrire comme une maladie unique tous les états que l’on confond journellement sous le nom de rhumatisme chronique. Ce qui s’appliquerait à l’une de ces variétés ne s’appliquerait point à l’autre^ et le traitement que l’on trouverait efficace dans certains cas se montrerait complètement impuissant dans d’autres.
Cependant, ces distinctions nous paraissent encore insuffisantes. Parmi les malades qui sont considérés comme rhumatisants, il en est qui éprouvent tous les symptômes de l’infiâmmation chronique disséminée dans plusieurs articulations, et dont l’état est la prolongation de celui que nous avons décrit sous le nom de rhumatisme inflammatoire aigu ; les autopsies démontrent chez eux des rougeurs des synoviales, des absorptions de cartilages , des sécrétions de sérosité ou de fausses membranes. Cependant, à côté de ces malades l’on en voit chez lesquels les douleurs, après avoir persisté quelque temps, se terminent par la formation d’abcès froids dans les jointures, et où tout l’ensemble de la constitution offre les caractères de la diathèse purulente chronique. Evidemment ces rhumatismes n’ont qu’une analogie très-éloignée et doivent être distingués les uns des autres.
Suivez les phases parcourues par les douleurs vagues des articulations qu’accusent certains malades atteints de diathèse tuberculeuse, nous verrons que ces douleurs qui au début fixent à peine l’attention du médecin et n’ont pour lui aucune signification , ne sont que le premier indice d’un travail de tuberculisation qui se fait dans les jointures.
Il n’est pas jusqu’à la constitution scrofuleuse qui, dans l’âge adulte ou la vieillesse , ne puisse se manifester par les symptômes généralement assignés aux rhumatismes chroniques. Le véritable caractère de la maladie peut tarder à se montrer , mais dans certains cas des productions^ de tumeurs fongueuses et purulentes ne tardent pas à mettre en évidence la véritable origine de la maladie.
Ainsi donc , il ne suffît pas de détacher du groupe où l’on a
Dü RHUMATISME CHRONIQUE, confondu tant d’affections distinctes , celles qui reconnaissent pour cause la goutte , la syphilis , le scorbut et les suites de couches J il faut encore en distinguer celles qui se développent sous l’influence des diathèses purulentes chroniques, des diathèses tuberculeuses ou des scrofules.
Dans les chapitres suivants, nous traiterons de la plupart de ces états , et s’il en est quelques-uns sur lesquels nous ne devions point nous appesantir , comme les rhumatismes chroniques produits par la syphilis . ou le scorbut, par exemple, nous en parlerons au moins comme terme de comparaison avec les états que nous voulons spécialement faire connaître. Nous réserverons ici le nom de rhumatisme chronique à cette affection disséminée dans plusieurs jointures, qui est à l’état- chronique ce que le rhumatisme inflammatoire primitif est à l’état aigu. . .
Ce genre dé rhumatisme, que les auteurs ont souvent désigné sous le nom de rhumatisme, goutteux^ est parfaiteinent caractérisé, et l’on péut rassembler sur lui des faits suflSsants pour en tracer l’histoire ; quelquefois il est primitif , mais le plus souvent il succède à un rhumatisme inflammatoire aigu. Comme ce dernier, il s’observe de préférence chez les hommes bien constitués ; il survient d’ordinaire à la suite de l’action plus ou moins prolongée du froid humide, et les autopsies démontrent, chez les malades qui en sont affectés, des rougeurs des synoviales, des absorptions de cartilages, et, dans certains cas , des épanchements de sérosité et de fausses membranes plus ou moins avancées dans leur organisation.
Observations de rhumatismes ehronigues.
Pour bien faire comprendre quelles sont les maladies que je réunis dans ce chapitre, et donner une idée des matériaux qui ont servi à la description, générale que je vais présénter , je citerai quelques observations : les unes sont destinées à faire connaître les diverses altérations que l’on trouve après la mort ; les autres , les symptômes que la maladie présente lorsqu’elle
a toute son intensité et les changements qu’elle éprouve dans sa marche vers un état meilleur.
Observation. — Rhumatisme chronique succédant à un rhumatisme aigu. Mort. Autopsie. Inflammatiàn chronique des synoviales avec sécrétion de sérosité dans les articulations les moins malades. Inflammation chronique des. synoviales et absorption partielle des cartilages dans d’autres articulations ; et enfin absorption complète des cartilages^ formation accidentelle des tissus fibreux, ulcération des os et épaississement des ligaments dans la hanche gauche qui, de toutes les jointures, était la plus profondément altérée.- — ,Un homme de 42 ans, fortement constitué, conduisit pendant quatre ans les wagons sur le chemin de fer de Saint- Étienne à Lyon ; pendant ce temps il passa souvent les nuits couché dans ces wagons , recevant la pluie et la neige , et gardant ses vêlements mouillés; plusieurs fois, dit-il, il coucha sur la terre.
Dans le mois de mars 1842, il fut pris tout-à-coup d’un rhumatisme articulaire aigu avec douleur et gonflement dans les deux épaules et dans toutes les articulations du membre inférieur, gauche. Après deux mois de durée, les- douleurs se fixèrent dans la hanche gauche et disparurent presque complètement de toutes les autres articulations.
La maladie de la hanche fit des progrès continuels, quoique lents, pendant cinq mois, et six mois .après le début de sa maladie, ce conducteur vint à l’Hôtel-Dieu de Lyon.
Je décrirai avec détails les symptômes qu’il présentait du côté de la hanche, à l’article consacré aux lésions locales de cette articulation, et je me contenterai d’indiquer ici les symptômes qui se rapportent, surtout au rhumatisme chronique.
. La hanche gauche et le genou correspondant étaient les seules articulations dans lesquelles le malade accusait de la douleur. Soit qu’il ne souffrît pas dans les épaules et dans les pieds, soit que la douleur de la hanche absorbât toute son attention, il ne se plaignit jamais de souffrir ailleurs qu’à la hanche, et il ne dit pas que les mouvements des autres articulations fussent rendus plus difficiles ; on négligea, du reste, de lui faire des questions à cet égard.
11 y avait un froid constant et assez vif dans les pieds et dans les jambes ; on n’observa rien de particulier sous le rapport de la transpiration. A part la hanche, dont la maladie se traduisait par des signes évidents, on ne voyait dans les autres articulations aucune altération de forme et de volume.
Le malade resta quatre mois à l’Hôtel-Dieu; dans Iqs deux derniers mois, il se plaignit d’un catarrhe pulmonaire et d’une oppression assez forte, et il mourut onze mois après le début de sa maladie. Nous fîmes
son autopsie avec beaucoup de soin, parce que nous y trouvions un exemple rare des altérations qui accompagnent le rhumatisme clironique succédant au rhumatisme aigu.
Autopsie. — Le ligament capsulaire dé la hanche gauche avait dans tous les sens plus d’un centimètre d’épaisseur, tant son diamètre était augmenté par la formation accidentelle de tissus fibreux dans lès parties environnantes; tout l’intérieur de l’articulation était rouge, contenait un peu de sang noir, et offrait des fausses membranes, en partie vasculaires, en partie fibreuses, qui unissaient le fémur à la cavité colyloïde ; les cartilages étaient complètement absorbés, et il y avait ulcération de la partie supérieure de la tête du fémur, ainsi que du fond et de la partie supérieure de la cavité cotyloïde. Du reste, les os qui avoisinaient les parties . ulcérées étaient augmentés de volume.
On retrouvait, comme on le voit, dans la hanche tous les caractères de l’inflammation chronique pseudo-membraneuse.
Le genou du côté gaiiche n’offrait aucune trace d’absorption des cartilages, ni d’épaississement des ligaments, mais il contenait un peu de sérosité jaunâtre et la membrane synoviale était enflammée dans toute son étendue ; cette inflammation était rendue sensible par la rougeur de celte membrane dont les petits vaisseaux étaient injectés, et par la couleur rouge des petites saillies qu’on voyait à sa surface interne.
Les deux articulations de l’épaule offrirent des lésions plus graves : non seulement leurs membranes synoviales é taient d’un rouge vif et paraissaient épaissies , mais leurs cartilages avaient presque complètement disparu. Getle absorption des cartilages était complète dans les parties où les os se touchaient habituellement ; partout elle s’était faite de la partie libre à la partie adhérente des cartilages ; ceux-ci étaient intimement unis aux os. Nous ne trouvâmes point de sérosité dans ces articulations.
L’inflammation chronique des synoviales, jointe à l’ulcération partielle des cartilages, se retrouva dans les articulations inédio-tarsiennes et métatarso-phalangiennes du côté gauche ; toutes les autres articulations furent ouvertes, mais elles étaient saines.
Avec les lésions que nous venons de signaler dans les j oinlures, il en existait plusieurs autres dans les viscères. La totalité du péritoine était recouverte de petites granulations blanchâtres que je regardai comme formées par des fausses membranes non vasculaires. Ce péritoine était, du reste, parsemé d’un grand nombre de petites taches noires,, et offrait tous les caractères de l’inflamnaatidn chronique.
La plèvre du côté gauche contenait une grande quantité de sérosité jaunâtre, et toute sa surface interne était recouverte d’une couche de fausses membranes blanches, molles et épaisses. Celte pleurésie avait tous les caractères d’une maladie récente, le lobe inférieur du poumon gauche était le siège d’une hépatisation grise, il était tout infiltré de pus ;
les bronches étaient le siège d’une rougeur vive, et elles étaient remplies de mucosités épaisses.
Cette observation est précieuse sous le rapport de l’anatomie pathologique, elle démontre :
1° Que les parties qui sont le siège d’un rhumatisme chronique présentent diverses lésions, même lorsque les douleurs ne se font pas sentir ; les douleurs peuvent se déplacer et disparaître, sans que les altérations disparaissent elles-mêmes.
2“ Ces altérations consistent au plus faible degré dans l’in- • flammation chronique des synoviales; à un degré plus élevé dans cette inflammation chronique avec absorption des cartilages, et énfin, à un degré plus avancé encore, à ces lésions viennent s’ajouter l’ulcération des os, et la formation de tissu fibreux, soit dans l’articulation, soit dans les ligaments et le tissu cellulaire environnants.
3" Les lésions des synoviales sont constantes, celles du tissu fibreux ne s’observent que dans les parties où le mal a pris une très-grande intensité ; tout fait penser qu’elles sont consécutives à celles des synoviales. '
4° Tandis que la cause qui a produit le rhumatisme détermine les altérations graves et nombreuses dans les articulations, et spécialement dans les séreuses articulaires ; les séreuses viscérales peuvent éprouver des lésions non moins graves, comme on l’a vu dans ce cas pour le péritoine ou pour la plèvre.
S® Les membranes muqueuses et le parenchyme pulmonaire peuvent être le siège des affections que produit la cause rhumatismale. Cette dernière conclusion suppose que la maladie du poumon observée chez ce malade ne reconnaissait pas d’autres causes que celles qui ont produit les maladies des jointures ; cette supposition peut être contestée, mais je la crois conforme à une juste appréciation des faits.
Observation. — "Rhumatisme ehronique et général fixé spécialement dans le genou. — Un vieillard de 65 ans vint à l’Hôtel-Dieu de Lyon pour être traité d’an rhumatisme chronique. Depuis plusieurs années il éprouvait des douleurs vagues dans diverses articulations- Le genou gauche était le siège d’une hydarlhrose et de douleurs intenses. Ce malade, qui avait un rétrécissement êt qui ne pouvait uriner qu’avec peine,
I)ü RHraiATISME CHRONIQUE. 497
fut atteint d’une fièvre pernicieuse ; il mourut sans avoir subi aucun traitement pour son rhumatisme.
A l’autopsie, nous trouvâmes le genou rempli d’une sérosité filante et noircie par du sang. La membrane synoviale était très-fortement injectée, toute sa surface interne était hérissée de petites houppes pénétrées de vaisseaux d’un rouge noirâtre ; il n’y avait aucune trace de fausse membrane. Les cartilages, surtout ceux de la rotule, étaient ulcérés superficiellement dans quelques points ; dans d’autres, légèrement gonflés, grisâtres et séparés en filaments ramollis. Les fibro-cartilages sémi-lunaires étaient parfaitement intacts , ainsi que les ligaments et toutes les parties molles qui entouraient l’articulation.
. Après cette étude sur le genou, j’ouvris toutes les articulations des membres. Quelques-unes étaient saines, mais la plupart offraient des altérations qui étaient en moins les mêmes que celles que nous avions observées en plus dans le genou. Ainsi, leur membrane synoviale était, dans quelques points; recouvertes de franges d’un rouge vif, et leurs cartilages étaient partiellement ulcérés et ramollis. La lésion de ces cartilages m’a paru, dans quelques parties, plus étendue et plus grave que celle de la membrane synoviale. Du reste, les tissus fibreux étaient parfaitement sains» ,
Observation. — 'Rhumàîîsme chronique âafanî àe âlx ans, avec des altérations anatomiques graves et nombreuses ; hyàarihrose des deux genoux, des deux articulations médio-tarsiennes et de celle du poignet droit. Gonflement, sans hydarthrose, de plusieurs articulations des doigts ; luxation spontanée du cubitus en arrière. — Le sujet de cette observation est un homme de 45 ans, d’une constitution primitivement robuste, mais un peu affaiblie. Lors de son entrée à i’ Hôtel-Dieu de Lyon, le 28 janvier 1843, il offre les symptômes suivants ;
Le poignet droit est déformé par un gonflement qui est surtout marqué en arrière, et qui, dans ce sens, s’étend aux articulations du carpe. On sent une fluctuation distincte, comme celle produite par une hydarthrose. Le cubitus proémine en arrière, comme dans les luxations commençantes, offre une mobilité anormale, et on peut lui faire exécuter des mouvements assez étendus d’avant en arrière. Les mouvements du poignet sont très-bornés ; l’étendue dè ces mouvements est à peu près moitié moindre que dans l’état normal.
Les articulations de la première et de la deuxième phalange des doigts indicateur, médius et annulaire sont tuméfiées. Cette tuméfaction est dure, comme si elle existait dans les os ; elle est sensible en arrière et sur les côtés. Un gonflement semblable existe clans les articulations de la deuxième et de la troisième phalange des doigts auriculaire, médius et indicateur ; du reste, les doigts ne sont pas déformés. A la main gauche, le gonflement occupe les articulations de la première et de la seconde Tome 1. , S 2
MALADIES DBS AÊTICDLATIONS.
phalange des quatre premiers doigts ; sur le dos du pouce, légère fluctuation; le poignet est libre. Les doigts des deux mains ne peuvent être ni étendus, ni fléchis complètement ; la flexion est si bornée que le malade ne peut serrer un globe de 10 centimètres de diamètre.
Les deux genoux sont tuméfiés, ils sont le siège d’une hydarthrose qui soulève ia synoviale au-dessus et sur les côtés de la rotule. La distension de la capsule va jusqu’à trois ou quatre travers de doigts au-dessus de ce dernier os. Les mouvements d’extension et de flexion sont bornés; le malade ne peut redresser qu’incomplètement la jambe. - '
On trouve dans les deux pieds les altérations suivantes : gonflement et fluctuation distincte sur la face dorsale, qui font présumer une bydarthrose dans les articulations médio-tarsiennes.
L’articulation tibio-tarsienne ne paraît pas affectée.
Un froid glacial se fait sentir autour des articulations malades, et spécialement de celles des membres inférieurs. Les douleurs sont très-vives et ne laissent aucun repos. Le malade ne peut faire quelques pas qu’en s’appuyant sur les corps environnants ; il ne peut se servir ni de canne, ni de béqulllesi à cause de l’état de ses mains.
- Voici les commémoratifs que nous fit connaître ce malade : En 1830, étant à la Guadeloupe, il fit des marches forcées, et passa tes nuits, pendant deux mois, couché sur la terre humide. Quelque temps après, il ressentit dans plusieurs articulations des douleurs qui prirent une intensité toujours croissante pendant l’hiver, et disparurent durant l’été, jusqu’en 1834. Cette année-là, ainsi que l’année suivante, il fit usage des eaux de Bai’èges, mais sans aucun soulagement. Depuis 183S jusqu’à la fin de 1842, les douleurs qu’il éprouvait continuèrent à disparaître pendant la belle saison, pour revenir avec la saison froide et humide. Mais, depuis 1S3S-, les genoux, les pieds, le poignet droit et les articulations des doigts restèrent constamment tuméfiés dans l’été comme dans l’hiver, et il continua toujours à éprouver de la raideur dans les articulations malades.
Entre autres traitements qu’on lui fit subir depuis son retour des eaux de Barèges, il faut signaler l’application de 6 moxas qu’on brûla le long de chacun de ses bras, pour faire disparaître des douleurs qui paraissaient fixées dans les biceps. Dans cette longue suite de souffrances, le malade maigrit, mais il conserva les traces d'une vigoureuse constitution.
Du 31 janvier au 8 février, il prit dix-sept bains froids, suivant les procédés hydro-thérapeutiques. Après ce temps, les hydarlhroses des deux genoux, des deux pieds et du poignet droit étaient complètement dissipées , le gonflement des articulations des doigts subsistait à peine ; il ne restait d’autre altération anatomique que le soulèvement et la mobilité de l’extrémité inférieure du cubitus droit avec un peu d’empâtement dans les parties environnantes. Depuis quinze jours, les douleurs et le sentiment de froid avaient complètement disparu ; les mouvements
DU BHCMATÎSME CSRONIQüE. 499
du pied, de la jambe et des doigts étaient parfaitement libres ; les deux mains pouvaient se fermer et serrer les corps avec assez de force. Le malade se promenait sans diflicuUé et sans appui dans les salles et dans les cours. Celte amélioration vraiment inattendue suivit une marche rapide : dès les premiers bains, le mieux était très-sensible sous tous les rapports. Après le premier bain, qui n’avait pourtant duré qu’une minute, le malade resta une heure avant de se réchauffer. Après les autres bains, il se réchauffa toujours, immédiatement, quoique la durée du bain eût été portée successivement de une à cinq minutes.
Il fut le plus souvent impossible d’obtenir de la transpiration dans la = couverture de laine, et le bain fut pris fréquemment sans qu’il y eût de la sueur. Cette circonstance n’a paru entraîner aucun inconvénient.
Lorsque la sueur s’établissait et qu’elle était abondante, elle avait une odeur fétide assez semblable à celle de la corne brûlée : cette sueur ne fut jamais acide.
La rougeur de la peau, au sortir du bain, fut peu sensible dans les premiers temps ; elle fut très-évidente par la suite, surtout aux membres inférieurs.
Les faits que je viens de rapporter ne sont pas les seuls qui . serviront de base à la description générale du rbumatisme chronique inflammatoire que je vais donner; les éléments de cette description seront encore puisés, soit dans les auteurs qui ont traité si souvent cette diflScile question, soit dans d’autres faits que j’ai observés moi-môme; parmi ceux que j’ai recueillis dans les auteurs, et dans lesquels l’autopsie a permis de juger de l’état des articulations, je citerai la 22® et la 23® obsérvation citées par M. Chomel dans son Traité du rhumatisme. J’engage aussi le lecteur à consulter une autopsie très-détaillée de rhumatisme chronique des deux genoux, avec production accidentelle de tissus osseux et de tissus fi.bro-cartiiagiBeux, que j’ai citée page 494. Elle contribuera à donner une idée juste des diverses variétés d’altération que l’on peut observer dans le rhumatisme chronique inflammatoire des personnes bien constituées.
Anatomie pathologique du rhumatisme chronique.
L’anatomie pathologique du rhumatisme chronique est trèscomplexe ; elle doit être étudiée dans les articulations ellesmêmes, et dans les organes intérieurs.
Bans les articulations, les lésions qui accompagnent le rhumatisme chronique sont très-nombreuses et très-variées. Ainsi, parmi les nombreuses articulations qui peuvent être simultanément affectées, les unes n’offrent aucune lésion appréciable à l’extérieur, les autres présentent des altérations matérielles plus ou moins évidentes. Dans celles qui offrent des lésions matérielles, même à l’extérieur, il peut y avoir des épanchements de sérosité, des hydarthroses ; en un mot, des sécrétions de lymphe plastique laquelle produit, par son organisation, des tissus fibreux, fîbro-cartilagineux, et même quelquefois des tissus osseux.
Je ne traiterai pas des altérations que l’on trouve dans ces cas ; pour éviter des répétitions inutiles, je renvoie aux chapitres arthrite chronique et hydarthrose, et je n’examinerai avec détail que l’anatomie pathologique du rhumatisme cbroniquej sans altération appréciable à l’extérieur. Dans cet état, dont les principaux phénomènes sont la gêne des mouvements et l’existence des douleurs, y a-t-il des altérations matérielles? Oui, sans aucun doute.
Dans de certains cas, ainsi que j’en ai cité des exemples page 495, on peut trouver une rougeur plus ou moins étendue de la surface interne de la membrane synoviale, avec développement des espèces de papilles que présente cette membrane. Ces franges synoviales, devenues plus vasculaires, donnent à quelques parties de l’articulation l’aspect d’une membrane muqueuse. Avec cette rougeur coexiste un épanchement de liquide, appréciable seulement à l’ouverture de l’articulation, et insuffisant pour produire une tuméfaction sensible à l’extérieur. Enfin, dans quelques points les cartilages, devenus jaunâtres et un peu ramollis, offrent une ulcération plus ou moins étendue et sont séparés en filaments peu adhérents les uns aux autres.
Ces lésions sont à l’état chronique toutes celles que nous avons signalées à l’état aigu dans la variété la plus ordinaire du rhumatisme inflammatoire fébrile ; même rougeur de la synoviale, même épanchement de sérosité, même altération des cartilages.
En traitant du rhumatisme chronique, le rédacteur des leçons
Dü RHUMATISME CHROMOITE.
de M. Chomel fait remarquer que dans tous les faits qu’il a cités, indépendamment des lésions que présentaient les membranes synoviales , les cartilages et les extrémités osseuses , on a trouvé une infiltration de sang dans les tissus cellulo-fibreux extérieurs à la membrane synoviale, et que les parois intérieures de la cavité articulaire ainsi que les ligaments inter-articulaires offiraient une couleur noirâtre. Ces lésions, dit-il, ne se lient pas constamment au rhumatisme chronique, et ne peuvent en être réputées la cause anatomique ; elles en sont l’effet, suivant toute probabilité, et encore n’en sont-elles pas l’effet immédiat, ainsi que M. Chomel l’a déjà fait remarquer dans sa thèse.
Quand je rapproche les caractères de ces épanchements de ceux que nous avons montrés succéder, chez les hommes les mieux constitués, à une longue immobilité des articulations, je pense avec M. Chomel qu’il ne faut point les considérer comme dépendant de l’affection rhumatismale, et j’ajoute qu’ils sont l’un des effets du repos souvent très-proîongé auquel les malades ont été condamnés.
Les diverses lésions que nous venons de décrire réunies, s’observent le plus souvent isolées ; dans de certains cas, il y a seulement ulcération des cartilages et rougeur de la synoviale , la sérosité ayant été absorbée ou n’ayant jamais été produite. Dans les cas les plus ordinaires de rhumatisme chronique sans altération appréciable à l’extérieur , on ne trouve que l’ulcération superficielle et la teinte jaunâtre des cartilages.
En pratiquant sur le cadavre des désarticulations, comme exercices de médecine opératoire, il m’était souvent arrivé de trouver des érosions de cartilages dans toutes les jointures des membres^ ou du moins dans un grand nombre d’entre elles. En me demandant quels symptômes avaient dû traduire durant la vie ces altérations légères, mais si multipliées, je pensai que les malades avaient dû ressentir la gêne des mouvements et les douleurs vagues qui s’observent dans le rhumatisme chronique.
M. le docteur P. Brun, de Lyon, a fait passer ces soupçons à l’état de certitude. Après avoir reconnu chez deux vieillards
502 MALADIES DES AETICÜEATIOîfS.
des symptômes de rhumatisme chronique bien caractérisés, il trouva ces érosions des cartilages avec teinte jaunâtre dans toutes les articulations qui avaient été le siège de douleurs. M. Brachet, ancien médecin de l’Hétel-Dieu de Lyon, m’a dit avoir observé depuis longtemps des cas analogues.
L’ulcération superficielle des cartilages et la vascularisation des franges synoviales me paraissent constituer le caractère anatomique du rhumatisme chronique sans gonflement des articulations. Il est à remarquer que ces lésions existent toujours dans les hydarthroses où l’épanchement de liquide vient se joindre à l’inflammation chronique de la synoviale et à l’ulcération superficielle des cartilages ; d’où il suit que, dans les cas légers que nous examinons ici, les lésions sont de même nature, mais à un plus faible degré que dans les cas où il y a hydarthrose ; s’il y a de plus ulcération des os, production accidentelle de tissus fibreux, la lésion est pics, grave, mais ne change pas de nature.
Toutes les observations que je viens de citer montrent surabondamment que le rhumatisme chronique ne siège point primitivement dans les tissus fibreux ; les auteurs qui ont considéré ce tissu comme étant spécialement aflecté dans le rhumatisme chronique ont commis une erreur et émis une opinion qui n’est point fondée sur une connaissance exacte des lésions anatomiques.
Si les capsules fibreuses étaient le siège primitif de la maladie, elles seraient constamment altérées, et l’on voit, au contraire, qu’elles ne le sont que dans des cas exceptionnels. L’on trouverait des inflammations des tissus fibreux indépendantes de celles des membranes synoviales, ce qui n’est point, puisqu’ils ^ ne deviennent malades que lorsque celles-ci sont profondément altérées, et que, lorsque le mal est léger, les synoviales sont les seules parties molles où l’on trouve quelque lésion.
L’absorption si fréquente des cartilages et les épanchements de sérosité achèvent de prouver que le siège primitif du rhumatisme est dans les parois de la cavité articulaire, et non dans les ligaments extérieurs à celle-ci.
L’idée que le rhumatisme chronique siège essentiellement dans les tissus fibreux vient sans doute de cette observation, que
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les articulations rhumatisées sont raides et que Ton croit que toute raideur doit provenir d’un tissu fibreux. C’est donc par une simple induction, basée sur des faits cliniques, que l’on a décidé une question de siège que les autopsies pouvaient seules résoudre. Celles-ci, en démontrant l’ulcération des cartilages et les inégalités qui en résultent entre les surfaces articulaires, ont suffisamment expliqué la raideur des articulations ; évidemment l’on partait d’un principe faux en supposant qu’une lésion de tissu fibreux pouvait seule expliquer cette raideur.
On s’est demandé si les rhumatismes chroniques pouvaient entraîner des suppurations à leur suite. Suivant les uns, la terminaison du rhumatisme par suppuration est possible, quoique rare; suivant les autres, elle ne s’observe jamais.
Voici, ce me semble, comment on peut comprendre les faits sur lesquels reposent ces deux opinions contradictoires.
Sous le nom de rhumatisme chronique, on confond les aSections les plus distinctes. Sides malades, après avoir habité, par exemple, des maisons humides, éprouvent des douleurs dans diverses articulations^ que ces douleurs s’accompagnent de gêne dans les mouvements, qu’elles soient erratiques, qu’elles augmentent dans les temps humides et diminuent dans les temps secs, on dit qu’ils sont affectés de rhumatisme chronique. Or , parmi ces malades , il en est qui sont vigoureusement constitués, qui sont dans l’âge adulte ou dans la vieillesse ; les anciens militaires en offrent généralement le type.
Il en est d’autres, maigres, pâles, étiolés, comme le sont, par exemple, les tisserands qui ont passé leur vie dans des caves; chez les premiers, l’on ne voit jamais, à ma connaissance, les parties rhumatisées passer à la suppuration; il peut s’y produire de la sérosité ou des ffiusses membranes, jamais des tubercules ou du pus ; chez les seconds, au contraire, la formation d’abcès dans les parties qui ont été le siège de douleurs est très â craindre, nous en fournirons la preuve dans les articles consacrés aux abcès multiples qui se forment dans les articulations, sous l’influence d’une diathèse purulente.
État des organes internes dans le rhumatisme chronique. — Lorsqu’il existe un rhumatisme aigu, les inflammations des
séreuses viscérales et des organes intérieurs coexistent trèsfréquemment avec les inflammations aiguës des articulations. Cette coexistence, cette simultanéité de lésions dans des organes quelconques du corps, est l’une des preuves que nous avons invoquées en faveur de l’existence d’une cause générale dont le rhumatisme aigu des articulations n’est que l’une des conséquences.
Probablement, si l’anatomie pathologique du rhumatisme chronique n’avait pas été si négligée, on posséderait un grand nombre d’observations de malades à l’autopsie desquels l’on aurait trouvé tout à la fois des traces d’inflammation chronique dans plusieurs jointures et dans plusieurs organes intérieurs. J’ai cité, page 494, un exemple remarquable de cette coexistence. Dans ce cas, il y avait tout à la fois inflammation chronique sans suppuration de la hanche, du genou droit et des deux épaules, inflammation avec suppuration dans le péritoine, la plèvre et le poumon.
Cependant, la science est loin de posséder des observations analogues qu’il serait important d’avoir recueillies, et ces observations manquent^ non parce que les matériaux n’existent point, mais parce que les observateurs ont négligé de les recueillir. Les uns, dans leurs autopsies de rhumatisme chronique, n’ont étudié que l’état des organes intérieurs, et ils ont négligé l’étude des articulations. Les autres n’ont étudié que les articulations, et ont négligé les organes intérieurs.
J’ai parcouru l’ouvrage de Latour sur le rhumatisme ; cet ouvrage, publié en 1803, contient la description d’un assez grand nombre d’autopsies faites sous la direction de Bichat et de M. Récamier, cependant on n’en trouve pas une seule où l’on ait tenu compte des lésions articulaires. Ainsi en citant, d’après Cabanis, l’observation de Mirabeau, l’auteur dit que l’on trouva à l’autopsie les traces d’une péricardite aiguë ; mais l’on négligea d’étudier les articulations dans lesquelles les accès de rhumatisme s’étaient cependant fait sentir plusieurs fois.
M. Chôme!, dans l’article qu’il a consacré au rhumatisme chronique, a cité trois autopsies de cette maladie; dans chacune d’elles , l’état anatomique des articulations est décrit
BU RHTOLITISME CHRONIQUE.
avec détails ; mais, une fois, l’on ne dit rien de l’état des organes intérieurs^ et, deux autres fois, on se contente de dire qu’il n’ÿ avait aucune altération dans les viscères thoraciques et abdominaux ; ce qui ne peut satisfaire en aucune façon, car des symptômes observés pendant la vie, et relatés dans les observations, font présumer l’existence d’affections intérieures, et une assertion aussi vague que celle de l’intégrité des viscères de la poitrine et du ventre, suppose un examen très-superficiel.
M. Bouillaud {Traité du rhumatisme) n’a cité aucune observation complète de rhumatisme chronique. Dans son Traité des maladies du cœur, tout en insistant sur la cause rhumatismale de plusieurs lésions de cet organe, il n’a jamais décrit l’état des articulations des malades qu’il a autopsiés.
La science manque donc d’observations précises d’anatomie pathologique dans lesquelles on ait soigneusement examiné et les altérations éprouvées par les jointures, et les lésions concomitantes qui peuvent exister dans les viscères; il y a sous ce rapport de grandes lacunes à remplir.
Et cependant, si l’on considère le nombre immense des rhumatisants, que d’occasions se sont présentées, surtout dans les hôpitaux d’invalides et dans les hospices des vieillards, de répéter ces observations! Mais l’on se laisse trop préoccuper, sur la fin de la vie des rhumatisants, par les catarrhes pulmonaires, les maladies du cœur qui les entraînent, et, quand on fait leur autopsie, on oublie complètement les douleurs articulaires dont ils s’étaient plaints pendant de longues années et sur lesquelles ils n’avaient pas appelé l’attention des médecins dans le cours de leur dernière maladie. Et ne faut-il pas aussi ajouter qu’à force de se contenter d’hypothèses sur le rhumatisme chronique, on a. semblé croire que cette maladie échappait à l’observation, et que, sur un mal aussi fugace en apparence, l’anatomie pathologique n’avait rien à nous apprendre ! De telles erreurs doivent être signalées, et l’on ne saurait trop appeler l’attention des travailleurs sur la nécessité de combler les lacunes laissées par nos devanciers (1).
(i) M. Andralest le seul auteur, à ma connaissance, qui ail dit quelques mois
MALADIES DES AKTICüLATIONS.
Causes du rhumatisme chronique.
Le rhumatisme chronique se développe dans deux conditions bien distinctes ; tantôt il succède au rhumatisme articulaire aigu , tantôt il survient , sans avoir été précédé par des phénomènes aigus , et il offre , dès le début , le caractère qui lui est propre. Je vais rechercher les causes qui le produisent dans ces deux conditions distinctes.
Déterminer les causes du rhumatisme chronique lorsqu’il succède au rhumatisme aigu, c’est dire quelles sont les circonstances qui empêchent ce dernier de se terminer par résolution. Ces circonstances , assez difEciles à analyser , me paraissent nombreuses. Je crois devoir tenir compte 1® des causes extérieures qui ont produit le rhumatisme aigu; de la constitution des sujets chez lesquels ce genre de rhumatisme s’est développé ; 3° de la nature des altérations qui se sont produites dans le cours du rhumatisme aigu ; 4° et enfin du mode de traitement qui a été suivi dans cette maladie.
Lorsque les causes extérieures qui ont produit le rhumatisme aigu ont agi pendant longtemps , et ont pu de la sorte modifier plus profondément les fonctions de la peau et celles de la constitution tout entière, elles prédisposent, sans aucun doute, au passage du mat à l’état chronique. Je citerai plusieurs exemples de rhumatisants chez lesquels la chronicité du mal a répondu, si Je puis m’exprimer ainsi, à la chronicité de la cause productrice. Ainsi, j’ai cité (p. 494 et suiv.) l’observation d’un conducteur de wagon, qui fut pendant quatre ans exposé à l’action souvent répétée et prolongée du froid humide. Dans
de rétat du sang dans le rLumatistae chronique ; il s’èst contenté, dans son Traité d’hématologie, d’affirmer que, dans le rhumatisme Chronique, la proportion de fibrine n’est pas augmentée, xomrne dans -le rhumatisme aigu, et qu’à mesure que l’acuité de cette dernière maladie s’efface, la proportion de la fibrine va graduellement en diminuant, et reste ce qu’elle est dans l’état normal, lors même que l'affection passe à l’état chronique.
Ce fait, signalé par M. Audral, a un caractère négatif ; il constate ce qui n’est pas, mais il ne dit point ce qui est.
j’iîistoire des malades traités par les bains froids , on trouvera l’exemple de deux soldats qui avaient fait la guerre , l’un en Algérie , l’autre à la Guadeloupe, et qui , après avoir été longtemps exposés aux causes productrices du rhumatisme, contractèrent dans plusieurs articulations, des douleurs qui se sont prolongées pendant plusieurs années , et n’ont pu guérir que difficilement. L’histoire de la plupart des militaires, si sujets aux rhumatismes chroniques, est semblable à celle de ces deux malades.
Je suis disposé à penser que le rhumatisme chronique doit avoir plus de tendance à s’établir chez les personnes dont la constitution est détériorée, qui sont pâles , faibles , que chez ceux qui sont vigoureux, et qui ont conservé toutes leurs forces. Lés premiers sont, en général, ceux qui ont demeuré longtemps dans des endroits humides^ privés de soleil et d’air ; tandis que les seconds n’ont été soumis que d’une façon plus ou moins passagère aux causes productrices du rhumatisme. Si je pensé que chez les individus de la première catégorie les maladies articulaires tendent à devenir chroniques, c’est de ma part une présomption plutôt qu’une vérité démontrée.
^La nature des altérations .àorA les jointures sont devenues le siège pendant le cours du rhumatisme aigu a , plus que toute autre cause peut-être , une grande influence sur le passage du rhumatisme aigu à l’état de rhumatisme chronique.
Si c’est du pus qui est sécrété dans les membranes synoviales , la maladie passe inévitablement à l’état chronique, puisque le pus ne peut être résorbé , et que s’il se fait jour au dehors , les trajets fistuleux qui communiquent avec l’articulation exigent toujours un temps très-long pour se cicatriser.
Le passage à un état chronique m’oins prolongé , mais cependant d’une durée impossible à fixer par avance , a toujours lieu lorsque l’inflammation aiguë de l’articulation est suivie d’une sécrétion de lymphe plastique dans la synoviale et dans les tissus environnants. Ce genre d’inflammation s’accompagne toujours d’absorption des cartilages ; la guérison ne pouvant avoir lieu que lorsque la lymphe plastique est organisée , et cette organisation étant longue à se faire, les suites de l’inflam-
S08 MALADIES Ï)ES ÀMICULATIONS.
mation doivent nécessairement se prolonger pendant un temps assez long ; il est même probable que dans ces cas , s’il y a eu absorption des cartilages , la guérison ne peut jamais être complète.
Lorsque l’inflammation des jointures affectées de rhumatisme aigu s’est bornée à une sécrétion de sérosité, sans suppuration^ sans fausse membrane, la terminaison par un rhumatisme chronique n’est pas nécessaire ; mais elle est encore à craindre , surtout si la sécrétion de sérosité est très-abondante , et si la congestion sanguine a été considérable.
C’est dans les cas où l’état aigu des articulations s’est borné à un peu de congestion sanguine et de sécrétion de sérosité , où les articulations se sont à peine tuméfiées et même ne se sont pas tuméfiées du tout, que le rhumatisme aigu a le moins de tendance à se prolonger.
Quant au genre de traitement qui a été suivi , il faut sans doute en tenir compte. M. Bouillaud, dont on connaît la confiance dans les saignées coup sur coup , regrette en quelque sorte que l’efficacité de cette méthode l’empêche de voir des rhumatismes chroniques succédant aux rhumatismes aigus ; il îî’a plus l’occasion d’en observer que lorsqu’on a employé contre l’état aigu une autre méthode que la sienne.
Comment comprendre après cela que ceux qui ont suivi ses malades reprochent à la méthode des saignées coup sur coup d’éterniser le rhumatisme , tout lui faisant perdre de son acuité dans le début. Je ne me charge point de l’expliquer, je me contente ici d’exposer les opinions contradictoires qui ont cours dans la science.
Nous avons dit que le rhumatisme chronique inflammatoire pouvait se développer sans être précédé de rhumatisme aigu ; il peut se produire alors sous l’influence de toutes les causes que nous avons examinées avec détails dans l’article consacré à l’étiologie générale des maladies articulaires. Ces causes sont: les refroidissements , le séjour dans des maisons humides , un genre de vie comme celui des militaires en campagne, qui gardent longtemps sur le corps leurs vêtements mouillés ou qui couchent fréquemment sur la terre humide. Ces causes tendent
BU RHUMATISME GHRONIQUE.
surtout à produire des rhumatismes chroniques , lor^u’elles agissent sur des individus €|ui y sont prédisposés par une influence héréditaire , et qui ont atteint l’âge de 35 à ÔO ans.
Ce genre de maladie ne s’observe que très-rarement dans la jeunesse ou dans l’enfance. Lorsqu’une famille entière habite une maison humide , les enfants et les jeunes gens y deviennent sujets aux abcès froids et aux fongosités ; les personnes âgées contractent des douleurs qui ont tous les caractères de celles que nous décrivons en ce moment.
Les constitutions faibles sont assurément plus disposées aux rhumatismes primitivement chroniques que les constitutions fortes, mais c’est en général dans ces dernières que les maladies des jointures conservent le caractère de l’inflammation chronique sans suppuration.
Symptômes du rhumatisme chronique.
Dans le rhumatisme chronique généralisé , plusieurs articulations sont aflectées simultanément 5 et en même temps il existe des altérations et des troubles fonctionnels divers dans les organes intérieurs, îl y a donc, comme on le voiL des symptômes qui se rapportent aux maladies des articulations et des symptômes qui dépendent de l’affection des organes intérieurs.
Ce n’est pas dans cet ouvrage qu’il convient de traiter des affections rhumatismales chroniques du Cœur , du poumon , de la matrice , de l’estomac , etc. , etc. , je ne puis que renvoyer sur ce sujet aux traités spéciaux de médecine clinique. Je dois faire remarquer, toutefois, que ce serait se borner à un examen bien superficiel , que de considérer seulement dans le rhumatisme chronique l’état des articulations. Si l’on veut se faire une idée du véritable caractère de l’affection générale, si l’on veut rassembler tous les éléments du pronostic , ü ne faut pas négliger l’état des organes intérieurs.
îl est utile aussi d’étudier les diverses sécrétions , spécialement celles de la peau , des reins. Malheureusement l’on ne possède que très-peu de faits qui puissent guider dans cette
610 MALADIES DES ARTICDLATIONS.
observation. Je ne connais aucun travail sur l’état des urines dans le ^rhumatisme chronique. Les fonctions de la peau ont été aussi étudiées très-incomplètement , car on n’a pas fait d’analyses comparatives de la sueur, chez les rhumatisants et chez les hommes qui jouissent d’une bonne santé , et l’on n’a pas déterminé par des pesées exactes , semblables à celles de Sanctorius, si la transpiration insensible est ou non augmentée. Les seuls changements que l’observation clinique ait permis de reconnaître sont les suivants : .
Chez les malades affectés de rhumatismes chroniques , la peau est habituellement sèche et aride , et la transpiration des pieds, si elle existait avant la maladie^ est supprimée ; cependant ces malades transpirent facilement et avec abondance s’ils s’entourent de couvertures de laine, ou s’ils font de l’exercice , si bien que l’on observe chez eux , suivant les circonstances , deux états opposés : la diminution et l’augmentation des sueurs. Il est à présumer que la transpiration , en quelque sorts facile , qui se produit chez eux sous l’influence de la chaleur ou de l’exèrcice, est plus aqueuse et moins acide que la transpiration normale ; toutefois, ce fait n’a jamais été constaté (1).
Cependant, les rhumatisants, beaucoup plus que les hommes
(1) Je viens de dire que l’on n’avait pas analysé les urines el les sueurs chez les malades affectés de rhumatisme chronique. On verra cependant, à l’article. goutte, a^\xt des analyses de ce genre ont été faites chez les goutteux. Or, comme l’on a confondu fréquemment les rhumatismes chroniques, dans lesquels les articulations sont tuméfiées, avec la goutte véritable, il se peut que les analyses en question aient été réellement exécutées ; mais on ne saurait en avoir l’assurance, tant il est difficile d’assigner leur véritable place aux recherches que l’on possède sur le rhumatisme et sur la goutte. Beaucoup de praticiens rangent parmi les goutteux tous ceux qui éprouvent des douleurs avec gonflement et difformité des articulations ; or, parmi ces malades, les uns ont des hydarihroses, les autres des indurations fibro-cartilagineuses ; quelques-uns, des concrétions d’acide urique. Or, ces derniers seuls sont véritablement goutteux; les autres doivent être rangés dans la classe des rhumatismes. Il est facile de comprendre que si l’on dit vaguement : on a trouvé chez un goutteux des urines plus acides, on ne sait si le goutteux en question avait des concrétions d’acide;urique, des hydarlhroses ou des formations de tissus fibreux, toutes choses indispensables à connaître pour assigner sa véritable place au fait que l’on vient de signaler.
DU RHUMATISME CHRONIQUE. Ôlî
bien portants, sont sensibles au froid, surtout au froid des pieds, ce qiii prouve que la puissance de produire le calorique est diminuée chez eux.
Quant aux symptômes que présentent les articulations , de deux cboses l’une, ou des altérations matérielles sont perceptibles au dehors , ou les articulations ont conservé leur forme et leur volunae normal.
Dans le premier cas , les symptômes peuvent être ceux des épanchements de sérosité dans les synoviales (hydarthroses), ou ceux des inflammations avec formation accidentelle de tissus fibreux, cartilagineux ou osseux. Je crois devoir , pour éviter les répétitions inutiles , ne pas- exposer. ici les signes de ces productions nouvelles; ori trouvera toutes ces questions de diagnostic longuement traitées dans les articles arthrite chronique et hydarthroses.
Dans les cas où la forme et le volume des articulations sont conservés , l’on ne doit pas se borner à dire qu’il n’y a aucune altération. L’attention doit se porter sur les sensations qu’éprouvent les malades et sur toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements des jointures.
En général , les douleurs se font sentir dans plusieurs articulations. Vives aujourd’hui dans une partie , elles auront disparu demain pour se faire sentir ailleurs avec intensité , et après avoir parcouru diverses articulations, elles reviennent de nouveau dans celles qu’elles ont déjà occupées. Leur intensité est extrêmement variable , quelquefois elles sont très-légères , d’autres fois elles troublent le repos et rendent le sommeil impossible ; elles augmentent , en général , sous l’influence du froid et de l’humidité , et leur redoublement permet à quelques malades d’annoncer que le temps va changer. M. Ghomel a toutefois constaté, par des observations précises, que cette prescience des variations atmosphériques était loin d’avoir le caractère de certitude qu’on lui assigne généralement. Cependant, les malades éprouvent en général un froid glacial autour des articulations souffrantes, et ils ont beau les entourer de flanelle ou de colon , ils ne peuvent parvenir à les réchauffer.
La transpiration s’établit aussi plus difficilement au voisinage
Sî2 MALADIES DES ARTICULATîONS.
des articulations rhumatisées qu’ autour des articulations saines. J’ai souvent eu l’occasion de constater ce fait , en faisant suivre des traitements hydro-thérapeutiques. Lorsque les' malades étaient dans la couverture de laine , la transpiration s’établissait partout ailleurs que dans les membres malades , et le rétablissement de cette transpiration normale suivait pas à pas tous les degrés de l’amélioration qu’éprouvait la maladie.
Après l’étude des sensations qu’éprouvent les rhumatisants , il faut passer à l’examen du mode suivant lequel s’exécutent leurs mouvements. En général, ceux-ci sont plus ou moins bornés , soit que le malade cherche à les exécuter spontanément, ou qu’ils soient imprimés, par une main étrangère. Lorsque les cartilages sont absorbés , on perçoit des craquements qui font reconnaître l’existence de cette lésion. Peut-être, dans quelques cas, les frottements rudes que les os semblent exercer les uns sur les autres sont-ils dus à la sécheresse de l’articulation ; car il me semble probable que dans le rhumatisme chronique , il doit en être des synoviales articulaires comme de la peau , c’est-à-dife que dans certains cas leur sécrétion est augmentée , et que dans d’autres elle est moins considérable.
Il ne faut pas négliger de rechercher jusqu’à quel point les douleurs augmentent ou diminuent par le mouvement. En général , un exercice modéré fatigue moins le malade qu’un repos absolu. Lorsque le mouvement augmente les douleurs et produit du gonflement , on peut présumer que le caractère de la maladie est inflammatoire.
Considérations sur le rhumatisme chronique.
Je me propose de démontrer maintenant qu’il existe dans le rhumatisme chronique une affection générale constitutionnelle , dont la maladie, disséminée dans les articulations n’est que la conséquence , et que cette affection peut être considérée comme une diathèse inflammatoire chronique. Je le répète , je parle surtout dû rhumatisme chronique qui succède au rhumatisme aigu.
DO EHÜMATISME CHRONIQDE. 513
Pour démontrer que l’inflammation chronique et rhumatismale des articulations dépend d’une cause qui agit sur l’organisme entier, il faudrait : 1® prouver que, dans le rhumatisme chronique, le sang a une composition spéciale ; 2® qu’avec les maladies articulaires peuvent coexister des maladies de même origine, et plus ou moins nombreuses dans les organes des cavités splanchniques ; 3“ que les sécrétions de la peau , celles des reins, etc., sont altérées.
L’ignorance où nous sommes de l’état du sang et des urines chez les malades atteints de rhumatisme chronique, les études superficielles qui ont été faites sur leurs sueurs , tout eu nous privant d’une partie des preuves qu’exige une rigoureuse démonstration, ne m’empêchent pas d’avancer que le rhumatisme chronique dépend d’une affection générale.
Yoici les faits sur lesquels je m’appuie :
1“ Dans le rhumatisme chronique , non -seulement les malades éprouvent un sentiment de froid autour des articulations spécialement affectées, mais ils sont disposés à ressentir le froid dans tout le corps , ils souffrent d’un léger abaissement de la température ; en un mot , leur force de résistance au froid est diminuée. Or, une diminution dans la force par laquelle nous résistons au froid indique une modification de l’organisme entier, et non un état tout local.
2® Les malades affectés de rhumatisme chronique ont ordinairement la peau sèche et privée de transpiration halitueuse ; en même temps, s’ils font une marche même peu longue, toute leur peau devient le siège d’une transpiration abondante. Cette sécheresse delà peau et cette facilité à transpirer par l’exercice indiquent aussi un changement général. On sait que l’on observe ordinairement la facilité des transpirations dans les convalescences de maladies graves, c’est-à-dire dans un état où toutes les fonctions de l’économie sont modifiées.
3® Lorsqu’un malade est affecté d’un rhumatisme chronique, si une partie quelconque de son corps devient le siège d’une lésion traumatique , d’une contusion , par exemple , des douleurs spéciales se manifestent dans cette partie , et y persistent avec une opiniâtreté que l’on n’observe jamais à la suite de Tome 1. 33
contusions , sembîables du reste chez des hommes sans maladie antérieure. G’est ainsi qu’un mourement un peu exagéré ou la plus légère foulure d’une articulation jusque-là parfaitement saine suffisent pour y appeler le principe du rhumatisme, et y déterminer les douleurs caractéristiques qui décèlent sa présence. Or, si la cause du rhumatisme chronique était de nature à se faire sentir seulement sur certains tissus ou sur certains organes , les choses ne se passeraient point ainsi. Il faut évidemment que l’affection soit générale pour qu’elle puisse se faire sentir indistinctement sur tous les organes.
L’observation clinique ajoute de nouvelles preuves à celles que nous venons d’exposer ; tous les jours , l’on voit des rhumatisants éprouver des maladies intérieures , en même temps que des douleurs se font sentir dans leurs jointures , et ces maladies intérieures ne peuvent être attribuées à d’autres causes qu’à l’influence rhumatismale. On peut consulter avec fruit , sur ce sujet, le Traité du rhumatisme chronique, par Rodamel, médecin des hôpitaux de Lyon ; dans cet ouvrage, exclusivement clinique , l’auteur , examinant le rhumatisme chronique fixé sur le poumon, l’estomac, les intestins, les reins, la vessie, etc. , montre qu’il n’est pas un des viscères sur lesquels son action ne puisse se faire sentir. Le Traité des affections rhumatoïdes , par Gosse , de Genève, peut aussi être consulté avec avantage.
Après avoir démontré , par des observations et des faits, que dans le rhumatisme chronique l’économie tout entière est affectée comme dans le rhumatisme aigu , et que la maladie chronique des articulations n’est que l’un des effets d’une disposition générale, il nous reste à chercher ce qui caractérise cette disposition.
Pour entrer dans l’examen d’une question aussi difficile et aussi obscure, nous devons rappeler ce principe qui ne cesse de nous servir de guide, savoir : que les dispositions générales ne peuvent être appréciées dans leur nature. Nous ne pouvons les connaître que par leurs effets, et dans l’espèce, nous n’avons pour juger de l’affection générale qui produit le rhumatisme chronique , qu’à déterminer la nature des altérations que pré-
BU RHUMATISME CHRONIQUE. ol5
sente ce rhumatisme. Si nous trouvons, par exemple, que ce sont des inflammations chroniques , nous dirons que l’affection générale qui s’observe dans le rhumatisme chronique est une disposition chronique aux inflammations. En nous exprimant ainsi J nous croyons rester dans la limite des inductions rigoureuses qu’on peut tirer des faits, et nous tenir en garde contre toute opinion hypothétique.
En disant que le caractère général des altérations qu’on observe dans le rhumatisme chronique est celui de l’inflammation , j’ai besoin de rappeler que l’affection que j’examine surtout dans ce chapitre , est celle qui survient chez des individus dont la constitution n’est point altérée , et chez lesquels le rhumatisme chronique a succédé au rhumatisme aigu ; je ne parle pas des maladies chroniques des articulations qui] pourraient survenir à la suite de l’habitation dans des lieux humides, soit chez des scrofuleux, soit chez des malades affectés de diathèse purulente, soit enfin chez des personnes naturellement saines et dont la constitution aurait été profondément altérée. Chez ces malades , l’action prolongée de l’humidité peut produire des fongosités , des tubercules , des suppurations , maladies bien différentes de l’inflammation chronique avec sécrétion de matière organisable.
Pour éviter toute confusion , j’élimine ces cas défavorables que j’examinerai dans les chapitres suivants.
Etudié au point de vue des lésions anatomiques, il n’est pas douteux que le rhumatisme qui affecte les individus bien constitués du reste , n’offre tous les caractères de l’inflammation chronique. Dans de certains cas , la phlegmasie est évidente. Ainsi, lorsqu’il y a hydarthrose avec rougeur des synoviales , ulcération des cartilages , il y a certainement inflammation chronique avec sécrétion de sérosité. Si la synoviale , devenue plus rouge , est épaissie , que les tissus environnants soient devenus fibreux , fibro-cartilagineux , etc. , l’articulation est le siège d’une inflammation avec sécrétion de matières organisables.
S’il y a simplement rougeur de la synoviale, ulcération des cartilages, ou que ces deux lésions soient réunies, l’on ne
trouve, il est vrai, que quelques-uns des éléments anatomiques des indammations bien caractérisées ; mais ces derniers cas sont en moins ce que les premiers sont en plus , et en se guidant sur ce principe que, pour apprécier les cas obscurs, il faut juger leurs rapports avec les cas évidents, on ne doutera pas que le caractère de l’inflammation chronique ne se retrouve à unflegré plus ou moins prononcé dans toutes les affections qui font le sujet de ce chapitre.
Cependant, les dispositions anatomiques que présentent, dans le rhumatisme chronique , les viscères intérieurs , lorsque les altérations sont manifestes, ont bien aussi le caractère de l’inflammation chronique. On en voit un exemple frappant et des mieux étudiés dans les épaississements et les indurations des valvules du cœur, sur lesquelles M. Bouillaud a présenté les considérations les plus satisfaisantes.
Au jugement que nous venons de porter sur la nature des altérations qu’on observe dans le rhumatisme chronique , on peut objecter que les inflammations rhumatismales offrent un caractère spécial qui doit les faire distinguer de toutes les autres. Ce n’est pas l’ anatomie pathologique qui démontre cette spécialité, car on retrouve, comme dans les lésions traumatiques, des injections des synoviales, des épanchements de sérosité ou de fausses membranes, des absorptions de cartilages, etc.
Mais si les inflammations rhumatismales ne semblent pas différer des autres inflammations sous le rapport anatomique , on peut croire qu’il n’en est pas de même sous le rapport des symptômes. Ainsi, l’on admet généralement que le déplacement des douleurs forme le caractère spécial des rhumatismes chroniques ; on regarde aussi comme spèciale l’influence exercée sur cette maladie par lesjtransitions de température et le sentiment de froid qu’on rapporte aux parties altérées. Je ne puis partager cette manière de voir.
Il est très-vrai que lorsqu’un malade éprouve dans plusieurs parties du corps ces inflammations chroniques que l’on appelle rhumatismales, tantôt il souffre dans une partie, tantôt dans une autre, et que lorsque la douleur a acquis une certaine intensité dans un point, elle disparaît quelquefois brusquement
DU EHU1VIATISME CHROKIQDE. 517
pour se porter ailleurs. Mais ce qui est Trai pour les douleurs est-il vrai pour l’inflammation chronique dont elles peuvent être la conséquence? Non, sans aucun doute.
Et d’abord l’on peut se rappeler l’observation que nous avons citée page 494, et dans laquelle on a vu que depuis quatre mois les douleurs avaient cessé dans les épaules, mais il n’en était pas dê métne de la rougeur des synoviales et de l’absorption des Cartilages qui avaient persisté ; l’inflammation était restée fixe, la douleur seule s’était déplacée, ou plutôt avait cessé de se faire sentir, absorbée qu’elle était par les douleurs plus fortes qui s’étaient manifestées dans la bancbe.
A défaut d’autopsies, du genre de celles que nous venons de citer, et dans lesquelles les altérations sont soigneusement rapprochées des symptômes, les faits qu’on observe sur le vivant peuvent servir à démontrer que les inflammations chroniques, dites rhumatismales, ne se Méplacent pas plus que les autres altérations. Jamais on ne voit les genoux, ou toute autre articulation devenue plus raide, recouvrer en quelques heures la bberté de leurs mouvements ; jamais, dans un rhumatisme chronique, des hydarthroses, des duretés, des gonflements des jointures, ne se dissipent brusquement.
En fait, les inflammations chroniques de nature rhumatismale ont tout autant de fixité que celles qui reconnaissent une autre origine, ce sont les douleurs qui seules sont susceptibles de déplacement. Or, ce déplacement des douleurs constitue-t-il un caractère exceptionnel ? Non, sans aucun doute.
Toutes les fois que plusieurs organes sont simultanément affectés, jamais la douleur ne se fait sentir partout avec la même intensité et simultanément'. Lorqu’un malade a des tubercules dans les poumons, dans lès intestins, dans les os, etc., tantôt il souffre des reins, tantôt sous le sternum, tantôt dans le ventre, tantôt dans les articulations, et à mesure que la douleur devient vive dans une de ces parties, elle disparaît dans les autres. Certes, 'chez ces malades il y a bien des douleurs qui se déplacent, et cependant il n’y a pas de rhumatisme, à moins qu’on ne veuille dire que ces tubercules sont de cause rhumatismale, ce qui conduirait à confondre les choses les plus^^distinctes.
Dü reste, les altérations matérielles sont bien loin d’entraîner des douleurs continues; dans les pierres vésicales, dans les cancers, les douleurs cessent ordinairement pendant un temps plus OU moins long pour se reproduire plus tard, et, s’il existe plusieurs cancers, elle se font sentir plus vivement, tantôt dans les uns, tantôt dans les autres.
En dernière analyse, le déplacement des douleurs ne me paraît être autre chose que la conséquence de l’alfectiôn simultanée de plusieurs organes, et en d’autres termes, de la généralité de la cause qui a produit le rhumatisme chronique.
On considère aussi comme un caractère propre des douleurs rhumatismales, l’influence qu’exercent sur elles les transitions de température et les changements dans l’humidité de l’air, ce caractère ne me paraît point encore spécial. Sans faire remarquer que ces influences sont loin d’être aussi constantes qu’on l’a prétendu, on ne saurait perdre de vue que beaucoup de maladies, qui ne peuvent en rien être assimilées aux affections rhumatismales, font éprouver des douleurs qui augmentent ou diminuent suivant l’état de l’atmosphère. Telles sont les vieilles cicatrices , chez des individus dont la santé est, du reste, excellente.
Quant à la sensation dé froid qui se fait sentir si fréquemment autour des articulations affectées de rhumatisme chroni-; que, elle n’a rien d’exceptionnel. Cette sensation de froid n’existe point, quand l’inflammation est aiguë, et que la congestion sanguine s’étend jusqu’à la peau ; elle ne commence à être perçue, chez les rhumatisants, que quand la maladie devient chronique et que l’iniammation est bornée aux parties profondes de la jointure ; dans ce cas, pendant que la congestion se fait intérieurement, il y a froid à l’extérieur.
Loin de trouver là un fait exceptionnel, ne doit-on pas y voir simplement un symptôme semblable à celui que l’on rencontre dans toutes les maladies analogues. Dans toutes les affections chroniques du poumon, des frissons courent sur la poitrine, et l’impression du froid ne peut y être que très-difficilement supportée ; dans les congestions cérébrales, ou dans les congestions utérines, les pieds sont copstamment froids. Dans tous ces cas.
un sentiment de froid se manifeste à une distance plus on moins grande de la partie où s’est faite la congestion sanguine, comme autour des articulations affectées de rhumatisme chronique.
En résumé, les inflammations chroniques rhumatismales des articulations n’ont rien d’exceptionnel. Je ne puis leur reconnaître qu’une condition particulière, c’est la multiplicité des parties dans lesquelles elles peuvent se faire sentir simultanément. De telle sorte que nous arrivons à reconnaître que la disposition générale, la diathèse inflammatoire chronique, est la véritable cause de tous les phénomènes spéciaux que l’on a attribués aux affections rhumatismales. Si les symptômes qu’elles présentent sont si variés et se combinent de tant de façons diverses, c’est que les lésions locales qui sont la conséquence de Cette diathèse se font sentir dans les organes les plus nombreux et les plus divers par leurs usages, comme le cerveau^ le coeur, les articulations, etc., que plusieurs de ces dernières peuvent être simultanément affectées, et que l’on peut y observer tous les degrés de l’inflammation chronique, depuis de simples rougeurs jusqu’à l’ankylose des jointures par des formations accidentelles des tissu fibreux. Enfin, c’est parce que l’affection est générale et se manifeste simultanément dans plusieurs organes, que les douleurs se déplacent et qu’elles se font sentir tantôt dans une partie et tantôt dans une autre.
Traitement,
Nous devons établir avant tout une distinction entre le traitement habituel du rhumatisme chronique et celui des arthrites aiguës qui surviennent pendant son cours.
Ce serait une grande erreur de penser que les inflammations* aiguës qui viennent de temps à autre s’enter, pour ainsi dire, sur les inflammations chroniques, doivent être abandonnées à elles-mêmes, et qu’il ne faut pas les combattre, ainsi que l’ont enseigné, pour les accès de goutte, les auteurs qui voyaient dans ces accès une sorte de crise importante à ménager. Chaque accès de rhumatisme aigu doit ajouter aux lésions qui exis-
MALADIES DES ARTIGULATIOUîS.
taient primitivement dans les jointures. A sa suite, l’absorption des cartilages doit être plus étendue, les épanchements de liquides plus considérables, la rougeur des synoviales plus intense. J’en juge par l’analogie : lorsqu’un malade a des rougeurs de la conjonctive, des taches de la cornée, toutes les fois que l’inflammation chronique passe à l’état aigu, les opacités et les rougeurs prennent un nouvel accroissément. La même aggravation des. lésions anatomiques s’observe dans la pituitaire ou les amygdales, lorsque ces parties, étant le siège d’un gonflement habituel, sont frappées de congestions actives.
Il faut donc combattre le rhumatisme aigu qui peut survenir dans le cours du rhumatisme chronique, comme on le combattrait s’il était primitif. Dans l’un et l’autre cas, la méthode antiphlogistique doit être adoptée. Les boissons rafraîchissantes, les saignées, le nitrate de potasse, etc., etc., doivent faire la hase du traitement.
La guérison du rhumatisme chronique, dans l’état où il n’est le siège d’aucun symptôme aigu, offre, en général, de grandes diflicultés ; ces difficultés augmentent avec le nombre des articulations affectées, l’altération plus ou moins profonde de l’économie et la nature des lésions anatomiques. S’il y a des absorptions de cartilages, des formations accidentelles de tissus fibreux à l’intérieur et autour des articulations, une guérison complète est impossible ; s’il n’y a que des épanchements de sérosité dans les synoviales, la guérison est possible, mais elle offre plus de difficultés que si les symptômes se réduisent à la douleur et à la gêne dans les mouvements. Dans ces cas même la maladie peut résister à tous les moyens, soit que l’on ne puisse détruire la cause intérieure qui l’a produite, soit que l’on ne puisse remédier aux lésions anatomiques que présentent les synoviales et les cartilages. Quoi qu’il en soit de ces différences, voici sur quels principes le traitement peutêtrebasé :
Le premier soin doit être de placer le malade dans des conditions hygiéniques favorables ; après avoir soigneusement étudié sous quelles influences sa maladie s’est produite, on doit le soustraire à ces influences. Il importe surtout de le placer dans une habitation sèche, aérée et exposée au midi.
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Les mouvements des articulations malades et celui de la totalité du corps doivent être recommandés. L’expérience a démontré que l’exercice modéré, en rapport avec les forces du malade, est d’une extrême utilité. Â toutes les preuves de faits qui démontrent cette utilité, nous pouvons ajouter les résultats que nous ont donnés quelques autopsies rapportées plus haut et celles qu’a citées M. Chomel. En nous montrant dans les articulations des épanchements de sang liquide, comme ceux que produit l’immobilité trop longtemps prolongée, elles nous ont prouvé que le repos ajoute de nouvelles lésions à celles dont les jointures sont déjà le siège, et dès lors qu’il doit être soigneusement évité.
L’expérience démontrant que le froid et l’humidité augmentent les douleurs des malades affectés de rhumatismes chroniques , l’usage est de les vêtir chaudement, et de leur faire porter de la flanelle en caleçon et en gilet. Cette pratique doit être conservée ; nous montrerons toutefois que si l’on a guéri un rhumatisme par l’eau froide, si le malade continue les lotions de même nature, et qu’il se rende ainsi moins sensible au froid et à l’humidité, les vêtements chauds doivent être abandonnés. Ce n’est toutefois qu’après avoir augmenté la force de résistance au froid que Ton peut recourir à cette pratique hardie.
En se conformant aux principes généraux du traitement des maladies, on doit, après s’être occupé des questions hygiéniques, faire un traitement propre à rétablir les fonctions dont la suppression ou le changement ont donné naissance au rhumatisme chronique ; ainsi, suivant lés cas, il faut rétablir une transpiration des pieds accidentellement supprimée, rendre son activité à la sécrétion de la sueur, rappder les règles, reproduire une éruption à la peau, un flux hémorrhoïdal.
Pour rétablir la transpiration des pieds, on pourra conseiller au malade de porter durant la nuit des bas dont la surface interne aura été saupoudrée d’un mélange à parties égales de chlorhydrate, d’ammoniaque et de chaux, ou mieux de carbonate d’ammoniaque, 16 grammes pour chaque pied; pour rappeler la transpiration cutanée , les sudorifiques et d’autres moyens sur lesquels nous insisterons dans un ins-
tant; pour la suppression des règles et des hémorrhoïdes, des moyens appropriés qu’il n’est pas de notre sujet de décrire. Dans le cas où le rhumatisme succéderait à une gale rentrée, on pourrait, à l’exemple d’Hirschel, faire frotter tout le corps, et surtout les mains et les pieds, d’une teinture de cantharides à laquelle on ajouterait du camphre. A l’aide de ce moyen répété quelquefois, Hirschel a vu la gale reparaître et les douleurs se dissiper. Dans le même ordre de moyens, je dois signaler les bains chauds, que Barthez dit être très-utiles pour les douleurs rebelles des articulations qui peuvent succéder aux fièvres exanthématiques et surtout à la scarlatine.
Mais, quelque bien indiqués que soient les moyens que nous venons de conseiller, il faut médiocrement compter sur leur efficacité. Il en est de même des moyens dont l’indication peut être basée sur l’état particulier du malade. Sans doute, il peut être utile de saigner, si celui-ci est pléthorique et disposé aux congestions, d’employer de légers laxatifs s’il y a constipation habituelle ; sans doute, à l’exemple de Vicat, on peut donner l’éther sulfurique ou la liqueur d’Hoffmann dans les rhumatismes qui sont liés à une cause morale, mais il faut médiocrement compter sur l’emploi de tous ces moyens. Ceux dont l’efficacité est le mieux démontrée sont beaucoup plus énergiques et appartiennent à la classe des moyens empiriques.
Ce n’est pas sans embarras que l’on peut aborder l’histoire de tou'S ceux qui ont été vantés contre le rhumatisme chronique ; pour en faire une énumération complète il faudrait passer en revue presque toute la matière médicale. Je tâcherai de les faire connaître, en analysant d’abord ce qu’en dit Barthez dans son Traité des maladies goutteuses. Cet auteur, dont l’ouvrage est remarquable^ surtout par la distribution dogmatique et raisonnée des moyens thérapeutiques si nombreux et si divers qui ont été conseillés par ses devanciers^, distingue deux ordres de méthodes de traitement empirique du rhumatisme chroni^ que ; les méthodes perturbatrices qui agissent par des évacuants révulsifs ; les méthodes spécifiques qui emploient des remèdes contre l’état rhumatique des humeurs et des solides.
Parmi les méthodes perturbatrices et qui procèdent par la voie
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des fortes évacuations, il signale les purgatifs énergiques, tels que l’électuaire caryocostin, relectuariüm ê scammonio, répété de manière à produire une perturbation constante • les diapboré tiques actifs, tels que les infusions de sassafras, les fortes décoctions de salsepareille et de saponaire, les diverses préparations d’antimoine, la résine de gayac à des doses trop faibles pour purger ; les excitants diapborétiques., tels que les builes essentielles de térébenthine, le baume du Pérou, l’eau de goudron ; les moyens qui produisent des sécrétions artificielles de pus, tels que les cautères ; la combinaison des purgatifs et des diurétiques,, comme celles de la résine de gayac, prise à une dose suffisante pour purger, et de la poudre de Dower ; enfin, les moyens propres à produire une salivation artificielle, comme le calomélas ou les frictions mercurielles.
Parmi les moyens qu’il considère comme résolutifs de l’état rbumatique des solides et des liquides, il en signale quelquesuns que nous pouvons considérer comme dissolvants de la fibrine du sang, tels que les préparations alcalines, le savon, l’eau de chaux; d’autres dont les effets ne peuvent être expliqués chimiquement, tels que la gomme ammoniaque, la douceamère, le camphre, le mercure à la dose où il ne produit point de salivation, et enfin les plantes vireuses, telles que l’aconit, la ciguë, la jusquiame, la belladone, etc., etc.
Quelque nombreux que soient les moyens que nous venons d’énumérer, il en est un grand nombre d’autres que l’on trouve conseillés dans les auteurs et qui sont mis journellement en pratique ; tels sont les préparations de colchique, d’huile de foie de morue, et surtout les bains de vapeur simple ou à la russe, les eaux minérales salines ou sulfureuses, et enfin les traitements par l’eau froide, suivant les procédés hydro-thérapeutiques.
Comment choisir entre des moyens si différents les uns des autres, au milieu dés assertions contradictoires dont la plupart ont été l’objet ? il me semble que le guide le plus sûr se trouve dans la distinction dès méthodes qui sont restées dans la pratique, et de celles qui, après avoir été vantées par quelques auteurs, après avoir amélioré peut-être l’état de quelques rhumatisants, sont tombées dans l’oubli ou ne sont plus em-
JLVLADIES DES ARTICDLATIONS.
ployées que dans des cas exceptionnels. Bans la première classe, celle des moyens qui ont résisté à l’épreuTe du temps , on doit citer sans doute les purgatifs drastiques et les préparations de colchique. Il n’est pas rare de trouver des malades qui, après avoir fait usage pendant longtemps de l’eau-de-vie allemande^ à la dose de 20 à 30 grammes par jour, ou du remède de Leroy, ont été débarrassés de rhumatismes opiniâtres ou ont éprouvé un remarquable soulagement; mais ces moyens sont dangereux, ils peuvent irriter le tuhe digestif, et y déterminer de graves altérations ; ils sont de plus impuissants pour agir sur les fonctions cutanées dont le rétablissement est l’une des conditions les plus importantes à remplir dans le traitement du rhumatisme.
Les mêmes observations s’appliquent à peu près aux préparations de colchique qui, depuis le mémoire d’Everard Home et les travaux de Chelius, se sont assez généralement répandues dans la pratique. On emploie ordinairement le vin de colchique, à la dose d’une cuillerée à café par jour, pris chaque matin dans une infusion de thé, en ayant soin de suspendre le remède de temps à autre, afin de ne point trop irriter les voies digestives. On peut citer quelques cas de succès de l’emploi de ce moyen ; mais quels que soient les avantages que l’on puisse assigner à des remèdes intérieurs, il est certain qu’aucun d’eux ne satisfait aux indications que présente le traitement du rhumatisme chronique, et spécialement celui que nous avons en vue , dans ce chapitre. Produit ordinairement par l’action du froid humide, il est entretenu par un dérangement dans les fonctions cutanées et par la diminution de la résistance au froid ; il réclame surtout des moyens qui agissent sur l’enveloppe extérieure comme la cause du mal a agi elle-même. Sous ce rapport, les bains de vapeur, les eaux minérales, les bains froids, offrent des ressources qu’aucun médicament ne peut remplacer, et, quelles que soient les difficultés, les dépenses que nécessite leur emploi, c’est toujours à eux. qu’on est obligé d’avoir recours dans les cas qui offrent quelques difficultés. C’est surtout sur leurs effets que nous allons insister.