EAUX MINÉRALES SULFUREUSES ET SALINES
J’ai indiqué (page 178 et suiv.) quelles sont les principales sources de ces eaux, j’ai décrit leur mode d’administration, leurs effets immédiats^ et les moyens'de les remplacer par des préparations pharmaceutiques. Je dois les examiner ici, seulement dans leurs rapports avec le traitement du rhumatisme chronique. Les faits les plus nombreux, et qui se reproduisent chaque jour, démontrent que les traitements par les eaux minérales sulfureuses ou salines, sont très-efficaces pour guérir cette maladie, à la condition toutefois qu’elles soient prises sur les lieux, et avec toutes les précautions usitées dans les
grands établissements. Aussi s’agit-il moins de prouver que ces eaux peuvent être utiles, que de rechercher dans quels cas spéciaux on doit les préférer aux autres méthodes thérapeutiques, ou choisir les unes de préférence aux autres.
La réponse à ces questions, si elle est faite à priori, est arbitraire; elle ne peut être précise qu’ autant qu’elle se fonde sur l’expérience ; mais où puiser cette expérience? ce n’est pas sans doute dans les comptes-rendus dont nous sommes chaque jour inondés et que publient les médecins des eaux, comptesrendus dans lesquels l’auteur n’a jamais pour but d’éclairer la science, en signalant les revers aussi bien que les succès, mais qui, étant tous rédigés sous forme d’apologie, démontrent bien, s’ils sont véridiques, la réalité de certaines guérisons, mais ne donnent pas les éléments qui peuvent servir à résoudre le problème que nous nous sommes proposé.
Les réponses que nous demandons, nous les avons trouvées surtout dans la conversation des médecins qui ont suivi un grand nombre de rhumatismes soumis aux traitements par les eaux salines ou sulfureuses, et surtout dans celle de notre honorable maître, M. ViriceL Leur expérience, d’accord avec les présomptions que suggérerait une sage théorie, permet d’établir :
1® Que les eaux sulfureuses ou salines ne conviennent pas dans les rhumatismes, tant que l’inflammation aiguë n’est pas complètement dissipée. Elles raniment alors les douleurs et tous les autres accidents.
2“ Que les eaux salines conviennent mieux aux personnes délicates, nerveuses ou pléthoriques, tandis que les sulfureuses produisent des résultats plus favorables chez celles qui ont un tempérament lymphatique et qui doivent être excitées.
3° Que, tandis que les eaux salines d’une médiocre activité, comme celles de Neris, de Plombières, de Luxeuil, méritent la préférence chez les personnes nerveuses , les eaux plus actives, celles de Bourbonne, de Balaruc, peuvent convenir aux personnes plus fortement constituées.
En réfléchissant à cette circonstance, que les eaux sulfureuses conviennent surtout aux malades mous et lymphatiques, je me
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suis demandé s’il ne conviendrait pas de les administrer chez eux avec plus d’activité et pendant plus longtemps qu’on n’a coutume de le faire. On sait queBordeu, après avoir montré que les maladies chroniques ont, comme les maladies aiguës, leur période de crudité ou d’invasion, de coction et de crise, établit que les eaux minérales agissent en faisant succéder ces périodes avec plus de rapidité et en rapprochant ainsi la marche des maladies chro- . niques de celle des maladies aiguës. Pourrait-on, dans ces idées, aller jusqu’à substituer l’inflammation aigue à l’inflammation chronique, comme nous le faisons dans le traitement de l’hydrocèle par des injections irritantes. Pourrait-on, en un mot, administrer intérieurement et extérieurement les eaux sulfureuses avec assez de continuité et de force pour déterminer une véritable fièvre et une inflammation aiguë de nature spéciale dans les articulations malades, puis suspendre tout traitement et abandonner la maladie à une croissance momentanée, et à sa décroissance rapide et graduelle, comme nous le faisons pour l’inflammation aiguë artificielle de la tunique vaginale. Je ne crains point de dire qu'il est des cas où cette méthode peut être employée, et sans doute on la mettra en pratique lorsqu’on sera bien convaincu de toute la difffeence qui sépare les inflammations aiguës de causes externes de celles qui surviennent spontanément, et lorsque l’on osera porter dans la médecine la hardiesse que nous avons dans nos traitements chirurgicaux. Nous n’hésitons pas, quand nous pratiquons des opérations, à faire passer les malades pendant plusieurs semaines par des états plus pénibles que ceux où ils se trouvaient, pour arriver à une guérison définitive. En médecine, on s’habitue trop à vouloir une amélioration graduelle à partir du jour où une médication est employée, et l’axiome à et lœdentibus fit
indicatio continue à éloigner de toutes les méthodes énergiques qui ne conduisent au bien qu’en faisant passer momentanément par un état mauvais.
Nous devons dire en terminant qu’il n’est pas rare de voir des rhumatisants dont les douleurs ont été accrues d’une manière durable par des eaux minérales salines ou sulfureuses. Ce résultat s’observe en général chez les hommes sanguins, vi-
goureusement constitués, dont les maladies articulaires ont le caractère de l’inflammation chronique.
Quelles que soient les bornes de la puissance des eaux minérales salines ou sulfureuses, il n’en est pas moins vrai qu’elles fournissent une ressource puissante et qui ne demande qu’à être administrée avec les précautions et dans les conditions convenables. Malheureusement, on ne peut en faire usage que dans certaines saisons ; pour les prendre, il faut faire des voyages qui ne sont faciles qu’au petit nombre de personnes qui jouissent de l’aisance et qui ne sont pas retenues par des affaires ; aussi seràit-il désirable de pouvoir les remplacer par des moyens artificiels, que l’on pût employer au moins dans toutes les grandes villes. Dans les articles que nous avons consacrés, page 178 et suivantes, aux eaux minérales, nous avons indiqué quelques-uns des moyens par lesquels on peut remplacer ces eaux. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet ; qu’il nous suffise de dire que toutes ces substitutions sont imparfaites, et qu’il est impossible, dans l’état actuel de nos con naissances, de remplacer le mode naturel d’administration des eaux minérales.