HYDROTHÉRAPIE
Ce que nous avons dit (page 173 et suiv.) sur les procédés qu’on emploie en hydrothérapie et sur les effets immédiats qu’on produit à son aide, montre combien son action est puissante. Plus sûrement qu’aucune des méthodes que nous avons examinées jusqu’à présent , elle rétablit chez les personnes bien constituées les fonctions de la peau , elle porte le sang aux parties externes d’une manière durable , elle rétablit les sécrétions de sueurs supprimées, et augmente la force de résistance au froid. Par les grandes quantités d’eau que les malades boivent et qui sont éliminées par les sueurs , elle peut dissoudre et entraîner des principes morbifiques ; comme les eaux sulfureuses , elle peut produire ces fièvres aiguës qui jugent souvent des maladies chroniques ; en même temps , elle augmente la force des digestions et la puissance générale de l’organisme. Loin de produire , comme les eaux sulfureuses , des congestions quel-
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quefois dangereuses sur des organes internes , elle appelle toute l’excitation au dehors , et elle est d’autant mieux supportée que les sujets sont plus robustes . L’ensemble de ces conditions devait la rendre et la rend en effet très-efficace dans le rhumatisme inflammatoire chronique* Je vais faire connaître avec détails les applications iqiie l’on en a faites dans cette maladie et l^s résultats qu’on en a obtenus.
On trouve dans le Traité de t hydrothérapie , par M. Scoutteten , l’énumération des auteurs qui ont préconisé l’emploi de l’eau froide dans les affections rhumatismales. Hippocrate, Celse, Avicenne, et, à leur imitation , Monro, Bianchelli, ont vanté ce moyen dans les douleurs articulaires. Floÿer, vers la fin du seizième siècle, le recommanda contre les maladies chroniques en général , et, en particulier , contre le rhumatisme chronique. Des médecins distingués , contemporains de Floyer, tels que Bâÿnard et Pitcarn , adoptèrent ses opinions. Fréd. Hoffmann et beaucoup d’autres médecins du dixhuitième siècle mentionnèrent! aussi le rhumatisme chronique parmi les maladies qu’on traite avee le plus de succès par l’eau froide. Parmi ces auteurs , je citerai Pouteau, dans les oeuvres duquel on trouve ï’obsertatioü suivante, qu’il a empruntée à Maret, de Dijon :
«Un curé d’un village peu distant de Dijon était perclus dés jambes par des rhumatismes et une espèce de sciatique qui, non seulement lui causait les douleurs les plus vives, mais encore lui enlevait la liberté des mouvements, au point que son état approchait de celui d’une paralysie complète. Il tenta toute sorte de remèdes diapboréliques, sudorifiques, fondants, purgatifs ; il alla aux eaux thermales, y prit les bains, la douche et en but amplement; il en revint dans un plus mauvais état que celui-oû il y était allé.
«A son retour, ce malade, désespéré du peu de succès des remèdes, chercha des recettes dans les livres, ouvrit, par bonheür pour lui, le Dictionnaire de médecine, et il vit le bain froid préconisé pour le rhumatisme. Aussitôt il se fit porter à une petite rivière qui passe au bas de son presbytère ; la saison était froide, puisque ça été sur la fin de novembre qu’il a pris ce bain. Il resta dans l’eau cinq minutes, fut porté ensuite dans un lit. Jusqu’à ce moment il ne pouvait faire aticun mouvement ; il sentit un soulagement notable dès le quatrième bain, et il put aller prendre le cinquième à l’aide d’un bras. Huit bains l’ont guéri. J’ai vu, continue M. Ma- Tomê 1. 34
ret, ce malade à la ville, il y a trois mois ; il me conta l’histoire entière de sa maladie et de sa guérison; alors il marchait fort bien, quoique lentement (1). «
On regrette que des faits semblables n’aient pas été rapportés en plus grand nombre par les auteurs , qui se sont montrés partisans de l’eau froide. Leurs assertions auraient eu bien plus de poids, et cette méthode ne serait pas généralement tombée en désuétude, jusqu’au moment où Priesnitz a rappelé l’attention sur elle, et modifié les procédés connus avant lui. Il aurait fallu surtout tenir compte des noinbreuses variétés que présente le rhumatisme chronique , et examiner comparativement dans chacune d’elles les résultats obtenus par cette médication. Par lât on aurait pu distinguer les cas où elle convient de ceux où elle doit être inutile, ou même nuisible. En resserrant ainsi le cercle de ses applications, on lui aurait conservé la confiance qu’elle mérite.
Les essais nombreux auxquels nous nous sommes livré, nous permettent de signaler les conditions dans lesquelles le traitement hydrothérapeutique produit les plus heureux résultats. Tandis que la vigueur de la constitution rend quelquefois nuisible l’excitation provoquée par les eaux sulfureuses ou salines , elle est une des conditions les plus favorables aux succès de l’hydrothérapie. La réaction qui suit alors les bains froids ou les douches froides est énergique , la rougeur comme la chaleur de la peau se rétablissent avec promptitude et persistent d’une manière durable. On a peu d’espérance à avoir lorsque la constitution des malades a été profondément altérée, qu’ils sont pâles , faibles , et qu’ils ont ressenti , par exemple , cette profonde détérioration que produit un long séjour dans des habitations humides.
L’on a surtout lieu d’attendre de bons résultats de l’hydrothérapie , toutes choses égales d’ailleurs sous le rapport de l’âge et de la constitution, lorsque la cause du mal a été l’action plus ou moins prolongée de l’humidité, lorsque les malades ressentent un froid glacial autour des articulations malades ,
(1) Pont esiVL, Œuvres complètes, t. 5, p. 184.
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qu’ils transpirent difficilement et qu’ils sont sujets à des frissons passagers ; lorsque les douleurs et la gêne des mouvements augmentent pendant rhiver et l’automnè , et en général dans les temps froids et humides , qu’elles diminuent au printemps et surtout en été, et, en général, dans les temps? secs et chauds. L’influence exercée par ces modificateurs démontre que la calorification est diminuée, que les sécrétions cutanées sont moins abondantes que dans l’état normal , et qu’il existe un mouvement de concentration vers les organes internes. L’hydrothérapie , qui augmente d’une manière si remarquable non-seulement les sueurs , mais la résistance au froid , qui active la circulation sous-cutanée par une modification toute vitale, convient spécialement dans ces cas. Il est vrai que la plupart de ces conditions indiquent aussi des traitements sulfureux ou salins , mais l’hydrothérapie me paraît de beaucoup préférable si les inflammations tendent à devenir aiguës ^ et dèslors si les excitants généraux sont dangereux.
On pourra juger des effets que l’on peut attendre de cette méthode, même dans des cas de rhumatisiùès graves , par les faits suivants qui ont été publiés par M. Barrier (1), chirurgien en chef désigné de l’Rôtel-Dieu de Lyon.
La première observation a été rapportée page 497 et suiv., où je l’ai citée comme un exemple dès symptômes et de la marche du genre de rhumatisme chronique que j’ai surtout en vue dans Ce chapitre.
Les résultats obtenus dans ce cas sont incontestablement les plus remarquables entre ceux que nous a procurés le traitement par les bains froids dans le rhumatisme chronique. Ancienneté du mal , intensité des douleurs , grand nombre et gravité des altérations anatomiques , tout concourait à rendre la guérison difficile et à faire craindre l’impuissance de nos moyens. Cependant , la disparition des douleurs que le malade s’attendait à ne voir cesser qu’au printemps, a eu lieu au milieu de l’hiver. Ce qui n’est pas moins remarquable , c’est la guérison de plusieurs altérations anatomiques qui duraient depuis
(1; Gazelle des hôpitaux, 1842.
sept ans, et contre lesquelles on devait présumer que toutes les méthodes thérapeutiques seraient impuissantes.
Observation. — Rhumatisme chronique, sans altération anatomique, siégeant dans plusieurs articulations; traitement par les bains froids ; guérison prompte et complète. — J.-B. Rollet, admis à l’Hôtel-Dieu, salle d’Orléans, n® 206, le 10 décembre 1842, est un homme vigoureux, âgé de S3 ans. À son entrée, il éprouvait des douleurs dans les deux pieds, les deux genoux, les deux hanches et dans les reins. Ges douleurs étaient si vives que depuis plus de quinze jours il n’avait pas goûté, disait-il, un instant de repos. Les articulations douloureuses étaient le siège d’un sentiment de froid glacial qui se faisait surtout sentir en bas des jambes et aux pieds, et que l’application des corps les plus chauds était impuissante à faire disparaître; les mouvements étaient extrêmement bornés, mais ils l’étaient par la douleur plus que par la rigidité des tissus, qui n’avaient subi aucune altération appréciable. Non seulement le malade était dans l’impossibilité de marcher, mais il pouvait à peine se tenir debout. Du reste, la santé générale était bonne, tout l’ensemble de la constitution portait l’empreinte de la vigueur.
La maladie avait débuté, deux ans auparavant, par un , rhumatisme articulaire aigu. Dans le mois de novembre 1840, Rollet, retenu sur un bateau découvert qui avait été entraîné sur des terres inondées, reçut pendant sept jours une pluie continuelle et ne put changer ses vêtements humides. Immédiatement après, se déclara un rhumatisme articulaire aigu, borné aux articulations des membres inférieurs, et qui se prolongea pendant sept mois, sans avoir été amendé par les moyens nombreux qui furent mis en usage. Â l’hôpital de Trévoux, on employa les fumigations aromatiques. Admis dans un service de médecine, à i’Hôtel-Dieude Lyon, dans le mois de février, il y prit 15 bains de vapeur, et endura plus de 30 vésicatoires successivement appliqués sur les parties malades. Tous ces moyens furent inutiles, et ce ne fut qu’à la fin d’avril et avec le retour du beau temps que les douleurs se dissipèrent. Elles revinrent I hiver suivant, dans les articulations déjà affectées. Le malade ne fit aucun traitement, et le mal ne se dissipa que vers lé milieu de mars, sous l’influence d’une température plus douce.
Le troisième accès revint dans le mois de novembre 1842. Son retour prématuré fut âctivé par une nouvelle impression du froid humide. Rollet était resté plusieurs heures dans le Rhône, occupé à recueillir les débris d’ü'n bateau qui avait fait naufrage. Dans ce troisième accès, les douleurs furent aussi vives que dans le premier, et la difficulté de la marche ne tarda pas à rendre le séjour au lit indispensable.
Si, pendant les deux étés qui s’étaient écoulés depuis l’invasion du mal, les douleurs avaient disparu, les fonctions de la peau ne s’étaient cependant point rétablies, l’exercice ne ramenait plus la transpiration, très-
facile avant l’invasion du rhumatisme, et les pieds qui, avant cette époque, étaient le siège d’une transpiration fétide, étaient devenus secs et inodores ; enfin, le malade était toujours resté très-impressionnable au froid.
On commença le traitement par rapplication de compresses trempées dans l’eau froide. Dès le deuxième jour, le sentiment de froid disparut et les douleut-s furent un peu calmées. Maisjdès qu’on suspendit l’emploi de ce moyen, les symptômes reparurent avec leur première intensité. Les lotions froides sur toute l’étendue des membres inférieurs n’eurent aussi qu’une action insuffisante. Alors (quinzième jour) M. Bonnet prescrivit les bains froids qui, en raison de leur action plus énergique, devaient avoir plus de succès.
Du 27 décembre au 15 janvier, le malade ayant pris quinze bains froids, parut entièrement guéri, et, comme on le garda à l’hôpital pendant plusieurs jours encore, on put s’assurer que la guérison était solide. En effet, à l’époque de sa sortie de l’hôpital, le malade, depuis plus de quinze jours n’avait aucun sentiment de froid dans les articulations. La chaleur était répartie simultanément sur toute l’enveloppe cutanée, les douleurs avaient complètement disparu, les mouvements étaient parfaitement libres, et, depuis plus de huit jours, le malade se promenait librement, comme il le faisait dans l’état de santé Quoiqu’on fût au milieu de l’biver, il n’était point impressionnable au froid. La transpiration s’établissait facilement par l'exercice, et la sueur fétide, qui avait disparu depuis plus de deux ans, avait reparu aux pieds. En un mot, sous le rapport des douleurs et des mouvements, le malade était revenu, au milieu de l’hiver, à l’état qui, suivant toute probabilité, ne devait se manifester qu’au retour de la belle saison; et les fonctions de la peau qui, depuis l’invasion du rhumatisme, ne s’étaient jamais rétablies, même pendant l’été, avaient repris : leur caractère normal.
Ge traitement fut remarquable, non seulement par les résultats curatifs, mais par les observations que nous fîmes sur lès effets immédiats du bain froid. Après le premier bain, qui ne dura cependant qu’une minute, et bien qu’on eût remis le malade dans la couverture de laine, celui-ci resta plus de quatre heures avant de se réchauffer. Le jour suivant il se réchauffa au bout d’une heure ; le troisième jour, au bout d’une demiheure, et après tous les autres bains il se réchauffa immédiatement. Après le troisième bain, la rougeur de la totalité de la peau suivit immédiatement la sortie de l’eau froide ; une éruption'd’urticaire qui durait une ou deux heures se manifesta à la suite du troisième et du cinquième bain, et ne revint pas par la suite. L’amélioration dans les douleurs ne se fit sentir bien distinctement qu’après le troisième bain, et fit ensuite des progrès réguliers. A la même époque, la transpiration spontanée devint plus facile sur tout le corps, mais la sueur fétide des pieds ne reparut que vers le huitième bain.
Les résultats ont été si prompts et si évidents dans ee cas qu’il est im-
MALADIES DES ARTICULATIONS, possible de mettre en doute l’utilité du baia froid, qui a amené la disparition d’un rhumatisme très-douloureux, après un traitement de trois semaines, dans des conditions telles que, suivant toute présomption, les douleurs ne devaient diminuer qu’au printemps.
La circonstance la plus propre à faire ressortir l’efficacité du traitement est le rétablissement de la transpiration cutanée, et surtout celui de la sueur fétide des pieds. Si, par des suppositions, du reste sans fondement, on pouvait prétendre que les douleurs auraient disparu au milieu de janvier, comme elles avaient disparu au printemps, pendant les années antérieures, on peut dire que probablement la transpiration des pieds ne se serait point rétablie, non plus que la facilité de suer par l’exercice. De pareils changements ne pouvaient être espérés, même diïtant l’été, à l’époque où le malade éprouvait la plus notable amélioration dans son état. (Observation recueillie far M. Gelin.}
Observation* — Rhumatisme suh-aigu, datant de deux mois, sans altération anatomique, dans plusieurs articulations , avec hgdarthrose considérable dans le genou gauche guérison après cinq bains froids.— Antoine Vergnolet, âgé de 25 ans, tonnelier, fortement constitué, est admis, le 22 janvier 1843, à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Louis, n® 86. Ce malade éprouve dans les deux genoux, les deux hanches, les deux pieds, et dans les reins, des douleurs assez vives pour rendre tout repos impossible. Toutes les parties malades, les pieds surtout, sont le siège d’un sentiment de froid glacial. Les mouvements sont très-difficiles : le malade peut faire à peine quelques pas en boitant et aidé, d’une canne; sans appui, il ne peut marcher.
A l’exception du genou gauche, toutes les articulations ne présentent aucune altération anatomique.
Lu genou gauche est le siège d’une hydarthrose considérable. La rotule paraît écartée dé près d’un centimètre des condyles du fémur, et la Synoviale distendue forme une tumeur qui s’élève au-dessus de cet os de trois travers de doigt. La fluctuation est évidente, les mouvements du genou .sont très-bornés ; l’extension et la flexion sont également impossibles. Le malade ne peut se soutenir sur le membre inférieur gauche. Depuis l’invasion du mal, la peau des pieds est sèche et la transpiration du corps „ est à peu près nulle.
Il y a deux mois que les premiers symptômes ont paru. Après avoir travaillé plusieurs jours dans une cave humide, le malade fut pris subitement de douleurs aiguës dans les deux épaules et dans le genou droit. Ces douleurs persistaient encore, quoiqu’affalhlies, lorsque le malade, étant resté plusieurs heures couvert de vêtements humides, les douleurs reparurent avec plus d’intensité que jamais ; elles abandonnèrent les épaules et se fixèrent dans le membre inférieur et dans la région lombaire. Cette recrudescence durait depuis trois mois quand le malade entra àrhôpitai.
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On commença immédiatement et sans aucune préparation le traitement par les bains froids.
Les résultats furent aussi prompts què complets. Après le premier bain, les douleurs et le sentiment de froid disparurent. Après le second bain, le malade put se tenir debout en s’appuyant sur le membre inférieur dont le genou était rempli de sérosité; la fluxion et l’extension purent s’exécuter, et la tumeur parut diminuer.
Après le troisième bain, la diminution de l’hydarlbrose était frappante ; après le quatrième bain, celle-ci avait presque complètement disparu, et après le cinquième bain, il n’y avait point de différence de forme et de volume entre les deux genoux. Lé jour où le sixième bain devait être donné, il fut impossible de retenir le malade à l’hôpital *, il partit, disant qu’il n’avait plus besoin d’aucun remède. La marche s’exécutait avec la plus grande facilité. Entré le 22 janvier, le malade sortit le 28.
Ce malade resta une heure avant de se réchauffer après le premier bain ; il se réchauffa toujours immédiatement au sortir des bains suivants; l’impression du froid lui fut toujours très-désagréable, mais la réaction se fit constamment avec promptitude et énergie; U n’était pas essuyé que sa peau était d’un rouge vif. Il n’eut point d’éruption à la peau.
La guérison, dans ce cas, a été si rapide, elle a suivi si immédiatement d’action du bain froid, qu’il est impossible de trouver un fait qui parle plus haut en faveur de la méthode.
Si la promptitude de la guérison peut être èn partie expliquée par le peu d’ancienneté de la maladie, la force et la jeunesse du malade, l’épanchement de sérosité dans le genou constituait une difficulté assez grande, et la résorption assez rapide de l’hydarthrose montre que le bain froid peut agir utilement, même quand des altérations matérielles viennent se joindre aux douleurs et à la difficulté des mouvements. (Observation recueillie par M. Duviard.)]
Observation. Rhumatisme chronique datant de cinq mois et demi, disséminé dans diverses articulations; absorption des cartilages dans le genou droit ; traitement parles bains froids. Guérison prompte des douleurs et de la difficulté des mouvements ; persistance seulement des symptômes annonçant l’absorption des cartilages. — L. Servonnat, tanneur, âgé de 33 ans, d’une bonne constitution, est admis dans la salle d’Orléans, n“ 220, le Ier février 1843. Il accuse de très-vives douleurs dans les deux pieds, dans les deux genoux, dans la hanche droite et dans la région lombaire. Toutes ces parties sont le siège d’un froid glacial ; l’intensité des douleurs est telle que le malade n’a pu dormir depuis huit jours. Le genou du côté droit est légèrement tuméfié, excessivement douloureux, et les mouvements produisent un craquement si fort et tellement
Strident, que M. Bonnet ne se rappelle point en avoir jamais observe de semblable. La marche n’est possible qu’à l’aide de deuj^ béqmllest du reste, la santé générale est bonne.
Ce rhumatisme date de cinq ans. Le malade, étant soldat en Algérie, a contracté dans ce pays insalubre, d’abord une dyssenterie, puis des fièvres intermittentes pernicieuses, et enfin un rhumatisme articulaire aigu. Le premier accès de ce rbumatisme ne se disripa qu’après plus d’un an. Les accès suivants revinrent ensuite tous les hivers, se prolongèrent pendant toute la durée de la mauvaise saison, et parurent ne rien perdre de leur intensité. Pendant l’été, le malade pouvait reprendre ses travaux.
Les traitements qu’il a suivis antérieurement, et qui ont été dirigés par MM. Tre'snel et Boissat, à l’hôpital devienne, et par M, Petrequin, à i’Hûtel-Dieu de Lyon, n’ont jamais paru modifier sensiblement la durée des accès. Les beaux jours seuls en amenèrent la terminaison momentanée.
Aujourd’hui, le malade nous dit que ses douleurs sont revenues depuis deux mois et demi, et c’est à l’invasion de ce nouvel accès qu’il a commencé à s’apercevoir des çraquemepts qui sç produisent dans le genou droit.
Les bains froids sont commencés le 2, février, et continués tous les jours jusqu’à la fin du mois. Dès le dixième bain, toutes les douleurs ont disparu, ainsi que le sentiment de froid et la gêne des mouvements dans des articulations qui n’étaient le siège d’aucune altération anatomique; mais, dans le genou dont les cartilages paraissaient absorbés, il reste encore un peu de doalpur et de gêne, et le craquement est toujours aussi fort. Vers la fin de février, le malade marche avec la plus grande facilité ; il n’éprouve plus qu’un peu d,e douleur lorsque son pied porte sur les inégalités du pavé. L’amélioration n’a été sensible qu’après le troisième bain ; le sommeil n’est venu qu’après le cinquième ; l’impressionnabilité au froid a commencé à disparaître à la même époque.
Nous ajouterons, pour compléter cette observation, que le premier jour, quoique la durée du bain eût été de moins d’une minute, le froid consécutif dura près de cinq heures ; le lendemain il fut d’une demi-heure ; plus tard la chaleur se rétablit immédiatement après la sortie du bain. Dès le troisième jour, on remarqua une rougeur extrêmement intense de la peau, aussitôt que le malade était essuyé ; la transpiration dans les , couvertures de laine s’établit promptement, mais ne présenta aucune odeur particulière. {Observation recueillie par M. Gelin.)
Si dans les observations que je viens de rapporter l’emploi de l’eau froide a été d’une efficacité remarquable , je crois devoir signaler des cas où ce moyen a échoué.
Observation. — Un homme de 42 ans est admis dans la salle, d’Orléans, n'* 239, pour un rhumatisme qu’il avait contracté 26 mois auparavant,
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après avoir gardé sur le corps, pendant plusieurs heures, des vêtements mouillés. Les douleurs se faisaient sentir surtout à la hanche droite, ainsi qu’au genou du même côté et aux pieds; elles étaient très-vives dans la première de ces articulations, elles rendaient la marche très-difficile et . empêchaient presque complètement le malade de goûter le repos. Il n’y avait toutefois aucune altération appréciable dans les articulations souffrantes. On fit prendre six bains froids sans aucune espèce d’améhoration Étonné de ce résultat négatif, nous comparâmes soigneusement l’état de cet individu avec celui des autres malades affectés de rhumatisme chronique, et chez lesquels les bains froids avaient parfaitement réussi. Nous trouvâmes, les différences suivantes : 1® le malade non guéri, n’éprouvait pas dans les articulations malades ce sentiment de froid qui existait chez tous ceux qui avaient été guéris ; 2® il souffrait pendant l’été çomiTie pendant l’hiver, dans les beaux jours comme pendant les jours pluvieux. Ceux auxquels nous le comparâmes éprouvaient tous une grande amélioration au retour de la belle saison. 3“ Enfin, parmi ces derniers, les uns avaient une transpiration des pieds supprimée, les autres ne suaient que très-difficilement par l’exercice. Le dernier malade n’éprouvait, au contraire, aucun changement dans les fonctions cutanées.
Les raisons qui m’engagèrent à croire que les bains froids n’étaient peut-être pas indiqués dans le cas que je viens de citer , me p^iyaissent toujours justes , car une méthode qui a pour but essentiel d’exciter vivement la peau et d’augmenter la force de résistance au froid , n’est pas indiquée lorsque l’action du froid et l’humidité n’augmentent pas les accidents ; mais le peu de persistanee que l’on a mis dans l’emploi de la méthode me fait penser qu’il est impossible d’assurer qu’elle fût restée impuissante si on l’eût continuée assez longtemps. L’on n’est pas toujours aussi heureux que dans les premiers faits que nous avons cités , et il faut persévérer quelquefois pendant un mois ou deux pour obtenir des résultats évidents. Nous avons vu des malades guéris daps des établissements hydrothérapeutiques et qui étaient restés plusieurs semaines sans éprouver d’amélioration.
Sous le rapport du temps pendant lequel on peut le mettre en usage, le traitement par l’eau froide diffère essentiellement de celui par les eaux minérales ; non-seulement l’on peut , mais on doit le continuer pendant plusieurs mois pour qu’il manifeste toute son efficacité , tandis qu’au bout de, quelques
semaines l’on doit suspendre l’administration des eaux sulfureuses ou salines.
Remarquons , en terminant , que n’ayant employé que les bains sans pouvoir faire usage de üaction si puissante de la douche^ ayant traité nos malades dans des hôpitaux, c’est-à-dire dans des conditions hygiéniques peu favorables , nous sommes loin d’avoir pu produire ce que l’on obtient dans des établissements hydriatiques où l’air, l’exercice , le régime concourent aux résultats que tendent à produire les modes les plus variés de l’administration de l’eau.
Comme le traitement par les bains froids exige beaucoup de temps, qu’il est très-pénible et qu’il est difficile d’y décider les. malades , on a cherché à y suppléer par l’application de compresses, dites réchauffantes; ces compresses sont trempées dans, de l’eau froide fortement exprimée et appliquées sur les articulations souffrantes. Par dessus , l’on place des linges secs , une enveloppe de laine , et l’on maintient le tout avec des bandes. Ce pansement est changé deux fois par jour ; l’expérience démontre que ce moyen très-simple et d’une facile application fait disparaître quelquefois le sentiment de froid glacial que les malades éprouvent au niveau des articulations souffrantes; une amélioration dans les douleurs coïncide ordinairement avec la disparition de ce sentiment de froid; j’ai vu deux cas où une guérison complète suivit au bout de quelques jours l’emploi de ce moyen.
Mais, en général , il ne produit qu’un soulagement momentané , les douleurs ne tardent pas à revenir avec leur intensité première, et l’on ne saurait compter sur lui, comme on peut le faire sur le traitement général par des bains froids précédés de sueurs.
Traitement local du rhumatisme chronique. — Indépendamment des traitements modificateurs de l’ensemble de l’économie , il est utile dans les rhumatismes chroniques de recourir à un traitement local. Nous avons déjà dit quel doit être ce traitement dans les cas graves où il existe des indurations ou des hydarthroses. Lorsqu’aucune lésion matérielle évidente ne se montre à l’extérieur , il faut également veiller à ce que les
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membres ne soient pas placés dans de mauvaises positions , les soumettre à un exercice modéré , en rapport avec la tendance qu’ont les inflammations aiguës à se développer sous l’influence de la marche. L’on peut recourir aux frictions ou aux applications narcotiques et stimulantes qui ont été indiquées , page 140 et suivantes. Les moxas peuvent procurer de remarquables résultats , comme Pouteau en a cité des exemples ; les vésicatoires peuvent aussi convenir ; mais ce sont surtout les douches auxquelles il faut avoir recours, leur nature, comme leur mode d’administratibn , doit toujours être en rapport avec le traitement général que l’on adopte. Par exemple , elles doivent être sulfureuses , quand on emploie un traitement sulfureux ; froides , quand l’on a recours à un traitement hydrothérapeutique. Un massage persévérant en aide remarquablement l’action.