PRÉLIMINAIRES
A. Cette traduction a été commencée à Londres , et n’a été terminée qu’à Paris. Lorsque j’entrepris ce travail , j’avais l’espoir de le soumettre à l’auteur ^ afin d’être plus sûr que je n’aliérais en rien ses idées; afin de l’offrir avec plus de confiance aux médecins et aux chirurgiens de mon pays. Cette version , que je crois fidèle en ce qu’elle contient le sens du texte, ne jouit donc point de l’avantage d’avoir été faite sous les yeux de l’auteur : avantage si essentiel pour tout ouvrage , où il importe peut-être beaucoup plus de rendre l’esprit de l’expression que le sens lui-même ; car dans les livres spéculatifs ou littéraires , l’idée est souvent dans le mot ; et un mot détourné légèrement de sa véritable acception nuit essentiellement à l’exactitude de la traduction. Mais ici je n’ai eu qu’à exprimer des faits, et l’on sait bien que la valeur d’un fait ne consiste pas dans un mot: ainsi il m’a suffi d’être clair; j’ai tâché d’être simple comme l’auteur.
Ses observations exposées avec clarté ^ précision et simplicité, comme il serait plus aisé de s’en convaincre dans le texte , sont dignes d’étre ])rises pour modèle. Il est donné à si peu de médecins d’exposer les faits à la nianière d’Hippocrate, qu’il m’est bien permis de faire cette remarque en faveur de celui qui l’a méritée. Une vérité bien conçue n’a pas besoin d’être surebargée de paroles pour être bien exprimée , et pour être mise à la portée <le celui qui la cliercbe ; il n’y a que les idées fausses qui s’enveloppent d’un grand assemblage de mots 5 car ce n’est qu’ainsi qu’elles sont dangereuses.
IMaîs un des avantages autrement essentiels c]ue celui de la version préeise d’un mot dans un autre , est celui d’avoir pu suivre M. Brodie dans ses visites à l’Iiôpital St.-Georges, à ce même hôpital qui a fourni le plus grand nombre des faits rassemblés dans le livre suivant ; d’avoir pu rapprocher et comparer les
inductions avec les cas d’oii elles dérivent :
d’avoir pu ap]n’é.cier la simplicité du traitement arrêté d’après un diagnostic fondé sur des symptômes presque tous matériels; de s’êtreassuré enfin que la théorie n’a point marché avant l’observation , mais bien que de la pratique sont déduits des principes c|ui , s’ils sont prou-
vés rigoureusement justes par ceux qui en feront l’application ^ seront d’une utilité éminente , non seulement pour la chirurgie , mais même pour la médecine; car je ne mets aucun doute que la pathologie externe , si l’on s’attache toujours à en étudier les phénomènes avec le même soin, avec la même méthode qu’on y apporte aujourd’hui ^ ne concoure nécessairement aux progrès de la pathologie interne ; et ces progrès seront d’autant plus certains qu’ils découleront par analogie de principes invariables.
B. Les meiileiu'S ouvrages ont leurs imperfections : celui-ci peut avoir aussi les siennes. Je suis donc loin de penser qu’il faille s’abandonner aux idées théoriques qu’il contient , sans qu’elles aient reçu la sanction de rex])érience ; et le lecteur , qui n’aurait point jugé convenable de jeter un coup-d’œil sur ces paragraphes^ sera sans doute étonné^ comme jel’ai été moi-même en parcourant les ])remières observations J que parmi tant de faits il y en ait si j)eu qui soient dépendans de la constitution individuelle. Sous ce rapport, je puis assurer qu’il m’a été démontré que la maladie est plus souvent locale que je ne l’imaginais : il m’en coûtait de revenir de ma prévention ,
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maislc Irailemeiil purement local m’a détrompé [)liis d’une fois. Néaninoins^j’aurai sans doute occasion de faire voir que seul il n’a ])as toujours suffi et que dès-lors on aurait dû avoir égard dans l'énumération des symptômes à l’état général de l’économie ; puisque dans un cas^ et dans plusieurs autres peut-être ^ on n’a obtenu la guérison (pi’en donnant des remèdes y dont l’action pouvait s’étendre à tout l’organisme.
C, Le titre général du livre semble embrasser toutes les affections articulaires , cependant toutes n’y sont point traitées. On n’y considère que les maladies des divers tissus qui composent les articulations, et jamais celles qui consistent dans le rapport que les parties articulaires, dont la rupture ou le trop intime contact constitue lésion de ces mêmes rapports • tels sont l’entorse, toutes les luxations, et l’anki» lose. L’entorse n’y est mentionnée que comme cause, et l’ankilose comme terminaison de maladie ÿ et quant aux luxations, il n’y est question que de celle dite luxation spontanée du fémur , qui , selon M. Brodie et selon d’autres,
doit être considérée comme l’effet consécutif de l’uicération des cartilages de l’articulation iléo-fémorale dès-lors cette maladie ne doit plus être regardée comme une luxation,
bien comme une affection désorganisatrice des cartilages ^ qui rompt le rapport de la tête du fémur avec la cavité qui la contient.
Ainsi, à proprement parler, on ne parle dans ce Traité que de la lésion organique fixe des divers tissus des articulations^ comme de la lésion de la membrane synoviale, des cartilages, de la substance celluleuse ou spongieuse des os , des bourses muqueuses, des gaines des tendons, etc.; en un mot des phlegmasies des articulations. La goutte , le rhumatisme , et autres maladies analogues, n’y sont considérées pour quelque chose qu’autant qu’elles sont causes, ou complication.
D. La détermination précise de la localité de la maladie , obtenue par le diagnostic , n’a simplifié le traitement , que parce qu’elle l’a rendu rationel. Et si fulcération des cartilages, connue sous le nom absurde de tumeurs blanches , est, de toutes les maladies chirurgicales, celle pour laquelle on a proposé le plus grand nombre de remèdes, c’est que de toutes elle était la moins connue, 11 en est de même de classes entières de maladies : est-il, par exemple, d’affections contre lesquelles on ait employé plus de médicamens que contre les maladies nerveuses? Tant qu’on s’obstinera à diriger le
xnoyens curatifs contre l’effet au lieu de les di-
riger contre la cause ; tant qu’on aura la prévention de croire qu’un remède peut guérir instantanément une maladie (jui est ])eut-être le résultat d’une cause qui agit depuis longues années ; tant que l’on se tiendra dans la persuasion de l’existence des s})éciliques; tant que l’on SC laissera aller à cette médecine empirique et médicamenteuse ^ qui ne prescrit des remèdes que parce qu’en une circonstance analogue ces remèdes ont réussi comme si le cas devait être toujours le même, comme si les com])lications et les modifications des pliénomènes vitaux ne devaient compter pour rien^ enfin, tant qu’on ne voudra point affecter une marche méthodique , raisonnée et éclairée par les faits physiologiques connus , on entravera les progrès de l’art , et l’on perpétuera les erreurs et le charlatanisme. Toute science qui exclut le raisonnement est une science de mensonge et une source de calamités.
De toutes les affections , les maladies inflammatoires sont les mieux connues , parce qu’elles ont été les mieux étudiées , ou qu’elles présentaient plus de facilité pour le faire ; aussi leur traitement est-il presque populaire dans les cas les plus simples. On en est venu à ce point
dans cette classe de maladies , que l’on ne peut pas tarder à juger de leur état curable ou incurable. Si les remèdes (et ils ne sont pas nombreux) doivent amener la guérison y l’indication ne consiste plus que dans le moyen relatif; le médicament agit d’après le même mode d’action, puisque sa nature est la même. Il importe de le localiser, c’est toute la difficulté; et lorsqu’on a vu quelques faits , l’embarras qui peut naître du choix des remèdes cesse bientôt : là même, une erreur ne peut jamais être une faute. Mais si l’incurabilité est jugée véritable y il n’y a plus de médecine pour le médecin; et s’il prescrit encore des médicamens, c’est afin de calmer quelques symptômes, dont l’amendement peut soutenir l’espoir du malade : ici, le meilleur médecin est le plus philosophe.
Les autres classes de maladies sont loin d’être aussi bien jugées que les phlegmasies, bien que celles-ci offrent encore des difficultés'que le temps et l’expérience résoudront.
E. Si l’on ne craignait de dépasser les bornes prescrites à ces réflexions , peut-être parviendrait-on à faire entrevoir combien il est d’erreurs à relever pour placer une vérité , afin d’être assuré que les pas que l’on fera
dans la carrière ne seront pas inutiles pour celui qui la ])arcourra ^ ni perdus pour ceux qui viendront après lui , et que tous seront pro* iilables ])our riiumanitè. D’ailleurs , où n’entraîneraient point des details immenses tires des signes , dont on a peut-être exagéré l’importance sans en apprécier toujours la valeur j des symptômes^ dont on a dû augmenter le nombre , parce qu’on ignorait l’influence d’un phénomène sur l’autre ^ , etc. j des causes de maladies, dont on a fait, à mon avis, et dont on fait encore aujourd’hui une si mauvaise appréciation , soit qu’on les considère comme prochaines ou comme éloignées ; et parmi celles-ci , on n’a pas porté assez d’attention à celles qîii tiennent aux écarts de régime, aux
abus de la civilisation Ici je m’arrête ^
il faudrait aux hommes plutôt un livre de morale hygiénique qu’un livre de thérapeutique
L’étiologie des maladies est encore un sujet neuf en médecine : ce qu’on en a dit jusf[ii’à ce jour prouve du moins qu’il y a beaucoup à faire.
F. La nouvelle méthode employée dans ce Traité (i) pour envisager les maladies des arti-
(i) Cette mélliode a été indiquée par M. Delpeck
culations ^ n’a point nécessité de nouveaux mots en proscrivant les anciens. Ainsi le langage médical se trouve purgé de quelques expressions qui J dans le fond, étaient inutiles, si elles n’étaient point dangereuses. C’est un soin que les médecins, qui sont destinés à concourir aux progrès de la science , ne doivent point négliger; car tant qu’on pourra exprimer une vérité par des mots usités, pris même dans le langage ordinaire, elle n’en sera que mieux conçue. En employant les termes inflammation de la membrane synoviale ^ ou des cartilages^ cÜ ulcération de la membrane synoviale , ou des cartilages , on est déjà fixé et sur la nature et sur le traitement; c’est un avantage que n’avaient pas les termes de tumeurs blanches , ôé hydropisies des articulations^ etc. Vraisemblablement ce qui a lieu pour ces maladies doit également exister pour une infinité d’autres. Dans l’origine de la science , le défaut de ces connaissances ,
dans un de ses ouvrages (Mal. rép. cliir. Paris ,1816 ) ; mais la nature de ce travail ne comportait point les développemeiis contenus dans les mémoires de M. Brodie, mémoires dont M. Delpliecli n’a pu avoir connaissance au moment où il composait son livre.
C’est sous ce même point de vue que M. Alibert considérera les plilegmasies des articulations dans le genre arthrose de sa belle nosologie naturelle.
qu i ont servi aux progrès qu’elle a faits aujourd hui , a du être cause de beaucoup de méprises, tous les syniploiiies devaient être pris pour des maladies, lors([u’onne savait les rapporter k aucune lésion sensible ou appréciable. Aussi serais-je porté à croire qu’il existe encore bien des affections qui ne sont que des symptômes. Et parce que le temps et l’ignorance ont maintenu ces erreurs, la raison doit-elle les consacrer ? Peut-être que si l’on n’eùtpas mis tant de confiance dans les mots, et qu’on n’eût point cédé à la manie d’en créer d’autres , nous aurionsmoinsde liialadies, surtout moins de remèdes , et plus de probabilité d’une vie , sinon plus longue, du moins plus à l’abri des infirmités. Je ne dirai rien de la complication des maladies , ni des affections sympathiques; elles peuvent se rencontrer , mais non pas aussi souvent qiPon pourrait Fimaginer: les symptômes et les sympathies sont encore ici pris t[ueî([iiefois pour des maladies. Tâchons de ne point exagérer nos maux,* ils sont assez nom- ])reux , sans avoir besoin d’en supposer.
G. On verra dans ce livre combien l’examen cadavérique est utile , et pour le diagnostic et pour le traitement, lorsqu’on n’en exalte pas les ressources , et qu’on n’en force
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pas les conséquences pour faire ployer les faits en faveur d’une idée que Ton aime , parce qu’on J’a créée ; Ton y verra combien il est important de bien étudier une maladie interne , à cause des analogies qu’elle peut avoir avec une autre qui serait caciiée à nos sens ; l’on y verra enfin que les inductionspathologiques et thérapeutiques qui en découlent sont d’accord avec les faits anatomiques et physiologiques connus , et que le rapprochement qu’on en a fait avec les maladies internes est plus qu’ingénieux : il est puisé aux sources de la vérité.
H. J’ai hasardé quelques notes dans cette traduction ; j’aurais peut-être dû , pour leur donner quelque poids, les appuyer de l’autorité des médecins recommandables qui ont écrit sur la matière dont il est question dans ce livre, mais je ne l’ai point fait, dans la crainte d’être entraîné dans de longues discussions , et dans des citations qui n’auraient rien ajouté à la méthode et à la bonté des principes qui y sont exprimés. Un étalage d’érudition , un travail de patience, m’a paru ici hors de propos : et puis d’ailleurs , la médecine est une science dont l’éiuidition ne prouve pas toujours la certitude.
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Comme plusieurs notes appartiennent au texte y j^ai dû les distinguer de celles qui me sont propres : celles de Fauteur sont désignées par une lettre ; les miennes le sont par un chiffre.
Sir Evérard HOME, Baronnet,