‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 39 sur 98 · DES ANATOMISTES · texte numérisé non relu

DES ANATOMISTES

dans la nuit suivante, des mouvemens de fièvre, et, sur le matin, une abondante sueur qui achevèrent de le sauver. Mais heureusement de 1els événemens sont rares, et l’on peut citer un grand nombre d’anatomistes qui ont vécu/parimi Îles cadavres sans en : avoir été incommodés. | . Une nourriture saine et mixte, l'usage modéré du vin et des liqueurs, les ablutions fréquentes avec loxicrat, l'emploi de vêtemens particuliers qui ne soïent ni de laine n1 d'autres poils d'animaux , et que l’on et en entrant dans les lieux de dissecuon, pour les quitter quand on en sort; l’assainissement des salles par l’enlévement des cadavres qui commencent à se putréfier, par le lavage et les fumigations de chlore; telles sont les précautions convenables aux anutomistes. | | Mais ce qu’il y a de plus redoutable dans les exercices anatomiques, c’est cette inoculation vénéneuse qui peut s’opérer. par la moindre blessure qu'on se fait en disséquant. Parmi les faits nombreux qui attestent le danger de ces piqüres, nous nous bornerons à rappeler que M. Corvisart s'étant blessé légèrement, en préparant, dans l’année 1786, une lecon anatomique, le bras tout entier se gonfla énormément, et que, d'aprés les progrès rapides du mal, ce médecin, devenu si célèbre, nous aurait été infailliblement enlevé sans les nombreuses et profondes incisions que lui fit au bras son ami Desault, Macquart dit avoir. vu trois de ses confrères qui ont été obligés de subir desitraitemens, complets de ma-

174 MALADIES | ladies vénériennes, pour avoir eu lé malheur de se piquer, même légèrement, en disséquant des véroés. M. Hasson m'a communiqué un fait semblable. Les plaies lés plus dangereuses sont celles que produit un scalpel imprésné d’un pus fétide ; on a remarqué aussi que celles qui résultent de la dissecuüon d'animaux herbivores sont suivies d’accidens trèsgraves. |

Les anatomistes doivent donc prendre tous les soins nécéssaires pour ne pas se blesser dans leurs travaux. S'ils se piquent, il faut sur-le-champ Ex— primer le sang autant que possible, laver la plaie avec de l’eau fraîche ét la cautériser avec le nitrate d’argent fondu , la potasse caustique ou le fer rouge. Les acides et le muriate d’antimoine, qui ont, comme la potasse liquéfice, l’avantage de pénétrer jusqu’au fond de la peute plate, déterminent presque toujours un panaris. M. Laennec assure, d’après plusieurs expériences personnelles, qu'il serait beaucoup plus prudent de bien laver la plaie, en y faisant tomber un filet d’eau, que d'employer de semblables caustiques. Si le doigt et l’avant-bras se gonflent, il faut y appliquer des sangsues, faire une ou plusieurs saignées vénérales, et se soumettre à un régime rafraîichissant. |

Maladies des Élèves des hôpitaux.

Le service des hôpitaux est beaucoup plus nui- stble à la santé que les travaux anatomiques ; la plupart des élèvés sont atteints de là fièvre nosocomiale.

DES MÉDECINS. 195 Celle-ci doit être attribuée aux molécules putrides qui sexhalent des excrémens des malades et aux miasmes que dégagent beaucoup d'individus rassemblés dans le même Heu. La propreté, la tranquillité des passions , la sérénité d'âme, enfin l'observation des principales règles de lhygiène sont les meilleurs préservatifs. |

Maladies des Médecins.

La plupart de ceux qui s'occupent à rétablir la santé chez les autres compromettent la leur, et c’est aux médecins principalement que s'adresse cet adage : « Alus inserviendo consumuntur , aliis medendo moriuntur, » Voltaire a fait remarquer que, parmi les centénaires , 1l n’y en a pas un seul qui fût de la Faculté, et 1 ajoute : « le roi de France a déjà enterré quarante de ses médecins, tant premiers qu'ordinaires, par qüaruer, consultans, etc. » Cependant on a vu beaucoup de médecins parvenir à un âge assez avancé, et si la plupart n’atteignent pas une longue vieillesse , c’est que leurs organes sont épuisés de bonne heure par les travaux continuels de la pratique et du cabinet, :

Les médecims praticiens qui, chaque jour, font de l'exercice en visitant leurs malades, ne sont ordinairement incommodés que par la fatigue. Ramazzini prétend qu'étant obligés de monter des escaliers souvent élevés, ils sont sujets aux hernies ; mais l’expé-

rience na pas confirmé cette assertion. ls peuvent

. contracter les -imaladies contagieuses,, telles que Îa variole , la scarlatine, la rougeole , la syphilis.

Le doyen d’âge des médecins de Paris fut atteint de la petite-vérole pour avoir recu un soufflet de la main d’un varioleux. On assure qu’un chirurgien distingué de la capitale a gagné la syphilis eta perdu un œil en ouvrant un bubon vénérien dont le pus jaillit sur le globe oculaire. Des accoucheurs, en constatant la grossesse et en facihitantelaccouchement chez des femmes imfectées du virus syphiliique, absorbent ce virus. lorsqu'ils portent à leur doigt indicateur une excorialion, même très-légère. |

Mais, dans les maladies épidémiques et contagieuses, telles que le typhus, la fièvie jaunetet la peste, la vie des médecins est exposée à de bien plus grands dangers. Combien de fois n’a-t-on pas vu le médecin accompagner dans la tombe le malade auquel ilavait prodigué ses soins ! Le sang-froid et le courage sont, dans ces circonstances périlleuses, le meilleur préservauf. Didier, Chicoyneau et Bailly, qui furent envoyés à Marseille lorsque la peste y faisait les plus grands ravages, prouvérent qu'un des moyens les plus sûrs de résister à la contagion était de ne pas la redouter. {ls s’exposèrent à des dangers contunuels ; ils setransportérent avec la plus grande activité chez tous les malades ; ils étaient sans cesse environnés des vapeurs qui s’en élevaient, et échappèrent cependant tous trois aux effets pernicieux-de ce fléau. C'est ainsi que M. le baron Desgenettes conserva la santé en soignant les pestiférés en Egypte ; il prenait,

Page 1