DÉS BLANCHISSEUSES
+ D'autres malheurs menacent encore ces ouvrières. La lessive bouillante , à laquelle elles mélent quelquéfois de la chaux au lieu de cendres, répand des vapeurs qui leur occasionent de la toux et de la gêne dans la respiration. Grégoire Horstius rapporte qu’une servanté ayant penché la tête dans une chaudière-pleine de lessive pour y nettoyer du linge, fut prise d’un serrement considérable: à la poitrine , le- -quel la suffoqua:et la fit mourir'au bout de sept jours de tourmens inouïs. À l'ouverture du cadavre, on trouva les poumons livides , et les bronches garntes de caroncules noirâtres qui avaient intercepté le pas-
sage de l'air. ] Les vapeurs hixivielles peuvent causer l'asphyxie , comme le prouve le fait suivant que m'a
communiqué mon collègue M. Aupepin.
* «Le 11 novembre 1819; on avait coulé pendant
toute la journée la lessive dans une petite buanderie:
La chiaudiére était chauffée avec du bois, et les va-
peurs n'avaient pour issue qu'un tuyau en poterie ;
le nommé Boisenté , âgé de quarante-sept ans, ayant
alimenté lui-même le feu jusqu'à minuit, ferma exactement la porte ainsi que la fenêtre; etse coucha
avec son fils sur une soupente établie dans le même
endroit. Le lendemain:matin cet homme ne s’étant päs
levé à son heure accoutumée ;les voisinscherchèrent ; mais vainement ; à l’éveiller: La porte fut enfoncée,
“etl'on touva les detx individus dans ‘un état-complet d’asphyxie. Appelé de suite, M. Aupepin les fit
æeurer de la buanderie et exposer au grand air. Des
L L ? PEER . : Nuhe ‘ricuons répêtées sur tout le corps, et une Salonée
254 + MALADIES du bras les rappelèrent à la vie ; le ‘soir il$ avaient | recouvré complètement leur connaissance ; ils né prouvérent aucune suite fâcheuse de cet accident. L'âcreté de la lessive occasione aux: mains des blanchissenses des gercures qui deviennent quelquefois si considérables , que l'inflimmauon et la fièvre les accompagnent. J'ai vu plusieurs de ces ouvriéres dont les mains étaient devenues ealleuses ; leurs doigts, demi-fléchis, ne pouvaient être étendus qu'avec peine ,* de sorte qu'elles. ne pouvaient s’en servir. Les chemises et le linge imprégnés de mille saletés , des virus galeux, vénérien , de sang menstruel, exhalent desodeurs fétides. Considéré sous ce dermer point, le méuer de blanchissense est sans contredit l'un des plus dangereux; ces ouvrières peuvent en effet contracter les maladies contagieuses par le linge qu’elles manient , et qui recele les émanations du corps des malades. Quoiqu'il soit bien démontré aujourd’hui que leau dissout et détruit les miasmes délétéres, 11 serait néanmoins trés-utile que les draps et les chemises des malades atteints de quelque virus ou de maladies putrides ne fussent, ‘dans aucune circonstance, méléset blanchis confusément avec ceux des personnes en santé. Cette précaution me paraît d'autant plus importante , que Je linge couvert de pus vénérien, d'écoulement blennorrhagique, agit inamifestement sur la lessive et Ja fait tourner, au rapport des blanchisseuses. En Angleterre , On a imaginé des mécaniques pour laver le linge des malades, et préserver les
DES BLANCITISSEUSES 255
blanchisseuses de Ja contagion. Il.est à désirer.qu’on établisseïde pareilles machines en France , du moins | A # À =
à côté des,grands hôpitaux.
Les blanchisseuses qui nettoient les étoffes de soie, en les exposant aux vapeurs du soufre, sont sujeues aux accidens produits par le gaz acide sulfureux. On peut consulter à ce sujet l’article concernant les
ouvriers qui travaillent le soufre, page 6r.
Souvent des épingles on des aiguilles, laissées imprudeinment dans le linge, piquent les doigts des blanchisseuses, et déterminent des panaris tresviolens. , J'ai extrait dernièrement de la main d’une de ces ouvrières une aiguille qui avait séjourné 5 q ] pendant deux mois dans les chairs, et qui, pendant ce temps , n'avait causé que des douleurs assez ps5 q légères. Parmi les cendres, il se trouve quelquefois 5 ,.
des morceaux de verre on des esquilles d’os qui % q peuvent faire des blessures plus où moins graves. Pour prévenir ce dernier accident , al est convenable. de tamiser les cendres avant de.s’en servir.
Etant obligées de travailler continuellement de: bout. et le corps courbé , les blanchisseuses sont exposées aux varices et aux ulcères des jambes.
M. Hallé a remarqué que les blanchisseuses qui habitent les alentours de la riviére des Gobelins, respirant chaque jour les exhalaisons de leau stagnante , sont sujettes aux fièvres intermittentes et aux
» à A n maux de gorge ganvréneux. Lorsque les eaux des ‘blanchisseuses n’ont pas un écoulement facile , elles
s'arrêtent dans les rues, croupissent et dégagent des
256 MALADIES vapeurs urés-malfaisantes : c’est ce qu'on observe à Boulogne près Paris ; les blanchisseuses, qui y sont en grand nombre , habitent un quartier qi répand une odeur siinfecte, que peu de bourgeois veulent y fixer leur demeure:
M. Cadet-Gassicourt a remarqué que les blé chisseuses aiment la danse, les spectacles , les cafés et les plaisirs de l'amour.
La médecine , qui doit de la reconnaissance aux blanchisseuses pour la propreté qu’elles entretien nent, ne peut-elle pas les préserver des maux auxquels elles sont exposées ? Ramazzini leur conseille de porter des vêtemens secs, et de quitter ceux qui sont mouillés aussitôt que leur ouvrage est fini, de se fricuonner le corps, de détourner la face des vapeurs de la lessive chaude, et d’'oindre souvent leurs mains avec l’onguent rosat ou le beurre. Ces ouvres doivent, en outre, étendre à l'air le hinge des malades, ou le tremper dans une eau de javelle (1), ne le toucher qu'avec des pincettes pour éviter la contagion, se garanur de l'humidité en portant des chaussons de laine et des sabots, s'abstenir dé laver pendant l'écoulement des règles, bassiner les crevasses des-mains avec de l’eau de guimauve où du lait tiède, ne pas coucher dans les endrons où se coule la lessive , ni dans ceux où est étendu le linge mouille.
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(x) Ce qu’on connaît à Paris sous le ,nom d’eau de javelle
n'est que l'acide muriatique oxigéné combiné avec un alcali:- Eos